Les derniers avis (9593 avis)

Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série RIP
RIP

Vraiment un excellent polar que je recommande aux amateurs du genre. J'ai dévoré les albums les uns après les autres et j'attends la suite avec impatience. J'adore les histoires où on suit le point de vue de différents personnages et ici c'est merveilleusement bien fait. Le scénario est très bien construit et s'épaissie aux fils des tomes lorsqu'on en apprend plus sur chaque personnages qui ont tous des choses à cacher et on voit des événements aperçus dans les tomes précédant d'une autre manière. La mécanisme est parfait et on ne se perds pas du tout. J'aime aussi le ton noir du récit et cette galerie de personnages paumés dont certains finissent par être malgré attendrissant. Le dessin est vraiment excellent. C'est un style que j'adore et les couleurs sont justes superbes. J'espère que la fin va être exceptionnelle !

26/05/2022 (modifier)
Couverture de la série Les Saveurs du béton
Les Saveurs du béton

Angoulême 2022 prix de la BD du Musée de l'Intégration. J'ai beaucoup aimé ce témoignage de madame Kei Lam sur ses années de préadolescente lors de l'installation de sa famille dans la cité La Noue à Bagnolet en Seine-Saint-Denis. C'est un témoignage très intéressant d'une enfant unique immigrée non francophone et sans lien historique avec la France. C'est une oeuvre fraiche, touchante et pleine d'espoir car elle donne l'exemple d'un parcours d'excellence dans un environnement peu favorable. C'est un point très important du livre, une enfant de la première génération peut aujourd'hui en France aspirer à devenir ingénieur(e), docteur, architecte ou fonctionnaire (en devenant Français). Je confirme que c'est possible dans toutes les banlieues et toutes les cités même avec des mamans célibataires femmes de ménage, comme le travail de la maman de Kei. Et pas seulement pour des enfants "Asiats" stéréotypés "intellos". Kei Lam ne s'en rend pas compte dans son livre mais c'est un progrès considérable qui a été effectué par la République en peu de décennies. Ce que j'aime le plus, c'est son regard neuf et naïf vis à vis de l'accueil en France. Kei ne porte pas avec elle le fardeau d'une guerre d'Algérie ou d'une colonisation brutale. Sa famille ne représente pas l'espoir d'une vie meilleure pour tout un village. Venant de Hong Kong elle ne déprime pas au souvenir de plages ensoleillées. Kei nous présente son témoignage avec beaucoup de spontanéité en ne cachant ni les bons côtés de sa cité ni les difficultés. Elle développe une bonne dose d'humour à certains passages comme ses visites en préfecture avec, quelquefois, une certaine injustice de ton (cela semble évident que tous les documents doivent être en français et certifiés conformes). Le scénario de Kei Lam intéressera les personnes concernées par un pan important de la vie sociale de notre pays. Derrière son parcours personnel Kei Lam nous décrit aussi une histoire d'amour entre sa famille et la cité de La Noue. Il y a des saveurs, des bonnes (la solidarité, les copines, les rêves de grandeur) et les moins bonnes (la violence, l'entretien) Mais in fine c'est plutôt l'image de 25 ans de vie heureuse qui se dégage. Le dessin est un peu minimaliste mais cela ne nuit pas au récit. C'est très fluide et dynamique. Je ne me suis jamais ennuyé tout au long du livre, c'est assez drôle et parfois dramatique. Une très bonne lecture qui m'incite à découvrir d'autres oeuvres de Kei Lam.

24/05/2022 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Toutes les morts de Laila Starr
Toutes les morts de Laila Starr

Des BDs qui parlent du sens de la vie, de la mort etc… j’en ai beaucoup lues, c’est une thématique qui me plait. « Toutes les morts de Laila Starr » se place directement en haut de panier ! Les thèmes sont certes éculés. Le message n’est pas foncièrement original, mais délivré de façon magistrale. L’histoire de Laila Starr et Darius est poignante et prenante au possible. Le personnage de Laila, déesse de la Mort renvoyée de son boulot, est attachant et cocasse, et ses morts successives permettent des sauts temporels qui font avancer l’histoire de façon originale. Les réflexions philosophiques sont justes et bien intégrées à l’intrigue. J’ai notamment adoré le dernier chapitre, son message est en parfait accord avec mon point de vue personnel. Je m’imagine citer des répliques de ce chapitre à mes enfants, si jamais ils me posent des questions sur le sens de la vie, sur la peur de la mort. La mise en image est magnifique. Le dessin est maitrisé, et les couleurs criardes et psychédéliques me rappellent un peu le style de Moebius. En tout cas que c’est beau. Un album que j’ai englouti d’une traite, et que je pense relire, ce qui est rare. Un coup de cœur.

23/05/2022 (modifier)
Couverture de la série Sirocco
Sirocco

Deuxième œuvre que je lis de cet auteur italien et deuxième coup au cœur ! Et si « Basilicò » avait réussi à me surprendre par un scénario plus original qu’attendu, « Sirocco » m’a séduit par la sincérité et l’émotion qui s’en dégagent. Nous sommes ici devant un pur roman graphique dans lequel l’auteur nous parle de la vie, l’amour et la mort. Des thèmes extrêmement classiques et déjà souvent exposés, et pourtant Giulio Macaione a réussi à me toucher. Peut-être le fait qu’il ait réalisé cet album dans un contexte bien particulier lui a t’il apporté ce petit supplément d’âme qui fait la différence. Peut-être est-ce tout simplement dû au grand talent de cet artiste, à son dessin simple et élégant, à sa narration fluide, à ses dialogues d’une grande justesse. En tous les cas, moi, je suis fan. Trois personnages pour trois générations animent ce récit. Trois personnages qui chacun endosse trois statuts : la femme, la mère, la grand-mère ; l’homme, le père et le fils ; la jeune femme, la fille et la petite-fille. Ce qui est remarquable dans l’étude des caractères est que chacun d’eux a sa propre histoire, aucun n’est enfermé dans un statut rigide. Et grâce à cela, le récit sonne juste et aborde énormément de thématiques liées à la vie, à la liberté de choix, au deuil, à l’amour, à la mort. Autour de ces personnages gravitent quelques rôles secondaires qui permettent d’encore étoffer la richesse de ces rapports humains. Aucun rôle n’est négatif même face à la mort ou à la maladie, tous sont constructifs et bienveillants, même si cela n’empêche pas les frictions, et en cela cet album fait aussi du bien. J’ai vraiment été ému par la fin de l’album et si le thème de la danse classique n’est pas vraiment celui qui m’attire a priori, les planches qui lui sont consacrées sont parmi celles qui m’ont le plus touché. Il est question d’art, d’amour, de la nécessité de profiter de l’instant présent et de celle de s’accrocher à ses rêves -quand bien même l’une semble être un obstacle pour l’autre- il est question de la vie, tout simplement… et de la mort. Un très bel album.

23/05/2022 (modifier)
Par Pharise
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Temps des Ombres
Le Temps des Ombres

C'est une découverte par hasard le jour même de sa sortie. La couverture était attirante. Mais on sait que ça ne fait pas tout ! Heureusement, ici, ça fonctionne, et ça fonctionne même très bien. Le scénario est bien amené, tout en douceur, le premier tome est là pour poser l'ambiance et l'univers, mais il glisse plusieurs points intrigants savamment dosés qui incitent à vouloir en savoir plus. Le point futé : je pense qu'il y a des informations déjà glissées dans ce tome pour les tomes suivants. La série a été pensée pour être un ensemble, et j'en vois l'effet dans quelques détails qui mettent en éveil ma curiosité (et mon impression que je vais devoir relire les tomes à chaque nouvelle sortie pour y trouver de nouveaux indices invisibles jusqu'à présent.) Le scénariste fait du jeu de rôle (découverte très sympa de sa chaîne dédiée au sujet d'ailleurs !) et on voit bien la patte du rôliste. Bref, je ne m'attendais pas à une aussi bonne accroche, surtout pour une série que je pensais essentiellement destinée à un public jeune. Encore !

23/05/2022 (modifier)
Par Canarde
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Est-ce qu'on pourrait parler d'autre chose ?
Est-ce qu'on pourrait parler d'autre chose ?

Je suis juste à l'âge où je me demande comment je vais me débrouiller avec mes parents, quand ils vont devenir moins autonomes. Cette BD remue le couteau dans la plaie et ne parle pas d'autre chose. Ici nous sommes avec une fille unique, comme moi, mais juive new-yorkaise, qui essaye de se démerder avec ses parents qui perdent pied tout en conservant leur identité, certains défauts, certaines habitudes liées à leur histoire et leur culture, mais aussi en lâchant prise par bien des aspects. Roz décrit avec humour mais aussi avec désespoir la faiblesse grandissante de ses parents, qui petit-à-petit perdent le contact avec une vie de tous les jours "normale". Pour nous montrer ces dérives, elle raconte son histoire et celle de ses parents et essaye de repérer la part des déraillements due à leur histoire et celle due à la vieillesse. C'est une observation que nous pourrons tous faire un jour ou l'autre, j'en ai peur. Elle décrit aussi les institutions qui prennent en charge la fin de vie aux États-Unis. Pendant des décennies notre société a évacué ce qui n'était pas beau à voir : les déchets, le caca, les menstrues, la mort, la vieillesse, le viol, la douleur... Notre époque est en train d'essayer de réparer ces oublis (pêle-mêle : les couches lavables, les toilettes sèches, Me-too, le recyclage des déchets, la réparation des objets plutôt que l'enfouissement, le réemploi des matériaux plutôt que le rejet à la mer, des colocations de personnes âgées, des logements intergénérationnels, des expériences en France pour autoriser des inhumations dans des bois du souvenir, la sédation...) Cette BD ne va pas du tout vers ce coté général et politique, elle reste sur le témoignage au plus proche de son cas personnel et, comme souvent, c'est là que cela devient universel. Elle découpe son histoire en chapitres assez courts pour que l'on puisse interrompre la lecture facilement et ainsi "parler d'autre chose". Les dessins et l'esprit qui rappellent Tom-Tom et Nana par l'aspect caricatural et bon enfant des personnages, ne s'adressent assurément pas à des enfants. Pourtant ce contraste bizarre entre l'image, la drôlerie des dialogues et le fond de l'affaire, qui est sans issue, semble la seule manière d'"en" parler.

22/05/2022 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Une vie d'huissier
Une vie d'huissier

Un dessin qui touche, avec des gros plans sur les visages, une texture de l'image qui remplit la page et imprime la rétine de manière très persistante. C'est particulier et rien que pour cela c'est à lire. Ensuite l'histoire, tellement inhabituelle dans la fiction, de la vie d'un huissier est intéressante par elle-même, oscillant entre l'étude sociologique, le film de gangster, et la tragédie à la Zola. Le fait que ce soit l'adaptation d'un témoignage réel et le lien entre l'auteur et le héros ajoute à la présence du dessin une sorte d'intimité presque intimidante. Bref, lisez-le, c'est troublant. J'aurais peut-être dû mettre 5, mais il manque quelque chose au niveau de la construction de l'histoire, et peut-être un peu trop de voix off...

21/05/2022 (modifier)
Par Canarde
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Taxi ! - Récits depuis la banquette arrière
Taxi ! - Récits depuis la banquette arrière

Très frustrant cette bd, mais on se demande si cette frustration n'est pas aussi sa réussite. Une belle construction faite de 4 conversations parallèles qui avancent chacune leur tour, et donc s'interrompent et reprennent tout au long de l'album. Un dessin noir et blanc, sans effet de style qui va à l'essentiel et représente les 4 villes dans une égalité de traitement graphique. Une situation répétitive : l'intérieur d'une voiture de taxi, la cliente, le chauffeur, la circulation. Mais des stratégies différentes, parfois, c'est elle qui a envie de parler, parfois c'est le professionnel de la tchatche qui s'impose, mais tout cela finit par dessiner la vie de l'héroïne et celles des conducteurs aussi. Ça me plaît mais c'est juste un peu vite lu... et donc frustrant, la boucle est bouclée.

21/05/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Spirou de Schwartz et Yann
Le Spirou de Schwartz et Yann

Le Spirou de Schwartz et Yann mérite plusieurs lectures et plusieurs niveaux de lecture à mon avis. C'est une oeuvre complexe en trompe-l'oeil. La série explore tellement de pistes quelquefois contradictoires qu'on peut assez facilement s'y perdre et lui faire le reproche de fourre-tout. Comme indiqué dans plusieurs avis, il y a pléthore de références sur la Résistance Bruxelloise, sur la BD belge et sur le parler Bruxellois. C'est un côté hommage appuyé qui contraste presque avec le côté comique et ridicule des actions de Spirou et des Gestapistes. Yann nous invite-t-il à aller au-delà des apparences que les auteurs nous livrent? C'est fort probable, d'où cette invite aux lecteurs de rechercher la réalité via toutes ces références. C'est encore plus criant pour les deux autres albums. Pauvre Fantasio qui se débat avec " L'existentialisme est un humanisme" auquel il n'a pas l'air de comprendre grand chose. Yann a choisi deux périodes, le Nazisme et le Colonialisme , qui donnent la nausée. "La Nausée" n'est elle pas la clé de la série? Fantasio aurait pu le demander à J.P Sartre. Car m'enfin !! Nos deux héros pourfendeurs de la bête monstrueuse à Bruxelles sont tout miel devant le tableau géant d'une autre célébrité historique. Quel beau portrait de Léopold II, quelle belle statue dans une case carte postale qui vente la douceur de vivre au milieu de Léopoldville. Léopold II !! Esclavagiste, tortionnaire par procuration qui a sur la conscience plusieurs millions de Congolais tués ou mutilés (commission d'enquête 1904-05). Ce qui n'empêche pas d'avoir une avenue à Paris 16. La nausée je vous ai dit, on y est jusqu'au cou!! Yann ne nous renvoie-t-il pas à travers Spirou l'image de l'Autodidacte de Sartre naïf et pétri de bons sentiments ambigus. C'est particulièrement vrai dans le dialogue entre Spirou et le pauvre albinos. Quelle ironie envers l'humanisme sentimentaliste et satisfait de Spirou et la réalité de la situation. Le dessin de Schwartz est très bon, un poil d'auto dérision quand il se dessine en conducteur de blindé. Il est bien dans l'esprit de la série, dynamique et invraissemblable. Ses décors sont soignés, travaillés et font entrer dans l'ambiance déjantée du Paris intello de 1945/47. J'aime beaucoup les couleurs chaudes et agréables. Une série qui mérite de prendre son temps mais une superbe lecture dans un style très différent de Emile Bravo sur le même thème de la Résistance. Les deux se complètent à mon avis.

20/05/2022 (modifier)
Par Hervé
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Petit Frère
Le Petit Frère

Jean Louis Tripp continue de m'étonner. Après Extases, où l'auteur s'était mis littéralement à nu, il nous offre un nouveau livre autobiographique déchirant avec "le petit frère", un drame qu'il a vécu à 18 ans avec la mort de son frère, Gilles. C'est une de mes lectures les plus émouvantes et poignantes de cette année. A travers près de 330 pages, nous suivons une famille recomposée et aussi déchirée, par le deuil d'un jeune enfant, mais surtout la culpabilité ressentie par Jean Louis Tripp avec cette main lâchée, main qui reviendra comme un leitmotiv dans ce récit. L'auteur restitue parfaitement ce drame de cet été 1976, avec ce décalage avec un pays en grandes vacances : "les gens étaient heureux. Et nous, avec notre convoi funéraire, on était presque déplacés", écrit -il. Avec cet album, Jean Louis Tripp a choisi le dessin en noir et blanc sur iPad, ce qui ne nuit nullement à la qualité graphique. Seules quelques planches en couleurs, vers la fin de l'album, viennent apporter un brin d'optimisme, comme si Jean Louis Tripp avait enfin tourné la page, et s'était enfin apaisé. Un album très fort, et qui rejoint dans mon panthéon personnel un album aussi fort dans l'émotion que Le Journal de mon père de Taniguchi. Bref, un petit chef d’œuvre à lire et à relire.

19/05/2022 (modifier)