Pas toujours évident de trouver une accroche pour un avis, si je devais définir ce comics en un mot : Génialissime !
Je déambulais dans ma librairie préférée et soudain mon œil gauche fût attiré par une jolie couverture, puis par un nom d'un des auteurs, celui de Ram V. Et là, ça fait tilt, mais oui il a scénarisé These Savage Shores. Hop, dans le panier.
La naissance d'un petit Darius va provoquer une restructuration chez les dieux et Mort se voit congédiée et envoyée sur Terre en simple mortelle dans le corps de Laila Starr, tout juste décédée, car ce petit garçon va découvrir le secret de la vie éternelle et ainsi mettre notre grande faucheuse au chômage.
Ram V a concocté une merveille de conte philosophique et poétique sur la place dans notre monde de la vie et la mort.
La narration est fluide et toute en sensibilité. Des personnages attachants qui vont évoluer durant le récit car chaque chapitre fait un bon de quelques années dans le futur, après chacunes des morts de Laila.
On visite l'Inde, de Bombay à une plage de Goa, ainsi que son folklore fantastique.
Un conte contemplatif qui n'oublie pas de nous faire réfléchir, où l'émotion transpire, sans oublier la petite touche d'humour.
De la poésie.
Je découvre Filipe Andrade, il a un talent fou. Un grand format qui permet d'admirer toutes ses superbes planches qui défilent sous mes yeux et la colorisation "flashy" dans les tons roses, mauves et bleus apportent cette ambiance singulière d'une Inde mystérieuse.
J'ai pris une claque tellement c'est beau.
Un petit mot pour le traducteur, il a fait un super boulot.
Pas culte, enfin pas encore, mais ce comics mérite 5 étoiles et un énorme coup de cœur.
"Je veux arriver à la fin
Avec des cicatrices à montrer
Traces des décisions difficiles prises
Par un cœur imprudent"
Cicatrices - Akur Puri
Angoulême 2022 Prix du Public France Télévision. Léa Murawiec pour son premier album nous envoie un missile. Si cette jeune autrice confirme, il va falloir s'habituer à son nom vite fait.
J'ai adoré le concept proposé. Dans une ville monde presque sans borne, nous nous promenons dans un univers dystopique qui ne doit rien à une explosion nucléaire ou à un régime galonné.
C'est bien plus subtil car nous sommes les propres responsables de cet univers ultra connecté où la renommée (la présence) tient lieu d'espérance de vie.
Peu importe la qualité et ce que vous faites du moment que l'on parle et que l'on pense à vous. L'oubli ou la solitude, c'est la mort imminente quel que soit votre âge.
Paradoxalement les ados peuvent être aussi vite exposés que les personnes âgées à cause d'un lien social en reconstruction entre enfance choyée par les parents et âge adulte bien cadré par son statut.
Manel Naher, la vingtaine rebelle n'a cure de ces contraintes et ne rêve que de liberté et d'aventure avec son pote Ali. Elle développe un tropisme vers le vide. Ce grand vide que la communication officielle vous en interdit la rêverie.
Sauf qu'à cause d'un imprévu, comme la vie en est faite constamment, Manel est rattrapée par la patrouille. A cet âge, la pire angoisse et la pire agressivité peut suivre à la plus belle exaltation. L'action qui en découle peut avoir des effets si imprévus qu'ils vont vous transformer du tout au tout.
Léa Murawiec pose un regard aiguisé et un poil angoissant sur les défauts possibles de notre société future. Elle me renvoie à cette montée d'angoisse subie par de nombreuses personnes au moment du confinement quand les liens sociaux réels ont été mis à mal à cause du virus.
Je trouve que c'est très finement observé.
Le concept est bon et comme si cela ne suffisait pas Léa Murawiec nous claque du/son style. On peut ne pas aimer mais l'auteure met immédiatement sa signature graphique dans votre pupille.
Avec ses trois couleurs pantones, son trait fluide, élastique et bondissant, Murawiec ne laisse pas respirer. Les effets de profondeur donnent le vertige et confortent ce sentiment d'angoisse quand on regarde ces planches avec ces milliers de buildings jumeaux où s'inscrivent ces milliards de noms.
C'est en tout cas l'impression que cela m'a donné.
Un super concept et un graphisme personnel qui décoiffe comme son héroïne pour un premier album. Quel coup de maîtresse !!
Une jolie surprise que ce conte.
Un triangle amoureux entre un garçon au cœur de pierre, une jeune fille au cœur d'artichaut et un autre garçon au cœur d'or. Une histoire triste et touchante.
Une narration où la voix off du conteur, sous forme de poésie noire, m'a pris aux tripes. Sous cette noirceur la lumière jaillera, elle fera néanmoins un dommage collatéral.
Un récit tout en subtilité et sensibilité qui interpelle sur ce merveilleux sentiment : l'amour.
Une lecture rapide du fait de sa faible pagination, 29 planches.
Un dessin soigné dans un style enfantin où chaque personnage a ses propres couleurs qui les suivent.
Du très beau travail.
Une fable pour les petits et les grands.
Note réelle : 3,5.
Depuis une dizaine d'années et plein d'albums, Aurélien Ducoudray s'est fait une solide réputation, celle d'un auteur au regard acéré sur différentes sociétés, mais aussi d'un potentiel comique qui fait grincer des dents. Ce nouvel album ne déroge par à cet adage, puisqu'il raconte, par le petit bout de la lorgnette, un évènement majeur de l'Histoire européenne de la fin du XXème siècle, à savoir la fin de règne de Nicolae Ceausescu.
Et en effet c'est raconté d'une manière tout à fait surprenante ; nous avons sept citoyens lambda, dont on nous montre un bout de vie, et surtout l'épisode qui a pu les amener à être "choisis", se retrouver réunis dans un commissariat roumain, et laissé dans la plus complète ignorance des projets formés pour eux, jusqu'au dernier moment. On ne voit rien, ou presque, venir, jusqu'à cette révélation, qui donne un tout autre relief à leurs histoires individuelles. Ajoutez à cela l'ours(e) du titre, et vous avez une sorte de parabole socio-historique assez brillante sur la Roumanie des années 1980. C'est fin, osé, et cruellement drôle.
Le petit point faible est pour moi le dessin de Gaël Henry, que je trouve immature, informe, mais c'est vrai que quelque part, ça se justifie par l'ambiance roumaine de l'époque, où tout était gris, vain, étouffé...
Une bonne lecture, intelligente et drôle.
Passionnant scénario sur fond de déliquescence de l’empire romain en proie aux doutes, aux invasions et à l’arrivée d’une nouvelle religion, celle des chrétiens. Historiquement, ce n’est pas une période simple et le scénario construit avec des flash-backs, n’est pas simple non plus. Mais avec un peu d’attention, ça passe bien. Le scénario teinté de fantastique est prétexte à raconter la dynastie des Sévère et en particulier le règne pour le moins original d’Elagabal ainsi que les ambitions des trois Julia, les célèbres femmes d’Emèse. C’est intelligent, hyper bien documenté et le scénario retombe sur ses pieds à la fin. Gilles Chaillet connaît Rome et l’histoire de Rome comme sa poche. C’est un régal de précision et les dessins montrant la Ville avec ses monuments, son organisation politique et religieuse, ses traditions auxquelles s’accrochent désespérément ce qui reste des grandes familles sénatoriales sont bluffants ! A lire sans hésiter pour tous les amateurs de la Rome antique.
Kim et Marc sont des personnages attachants et toujours en action. Pas de temps mort ! Ils évoluent dans des paysages superbes aux couleurs franches… Cette série cumule pas mal de défauts qui auraient dû me rebuter mais par un phénomène étrange, après quelques pages de lectures, j’ai trouvé l’histoire captivante ! Je viens de relire le premier cycle, et il n’a rien perdu de ses qualités. Côté défauts : il y a d’abord les positions très figées des personnages aux expressions ahuries, bouches ouvertes, il y a aussi les dialogues, plus que mièvres quand il s’agit des rapports amoureux naissants entre adolescents aux sourires idiots. Côté plus : un scénario très bien écrit, sans temps morts, un rythme actif pour un récit fluide, au découpage impeccable. Les personnages n’ont pas tous un intérêt équivalent. Kim est la plus passionnante, la plus forte, la plus mûre et en miroir Marc, qui est en sorte l’inverse de Kim. A cela s’ajoute une critique politique d’un régime totalitaire aux excès d’autorité sans surprise mais qui donne un contexte et une profondeur assez intéressante à l’histoire. Quant à la Mantrisse, le fil rouge mystère de l’histoire, Léo laisse planer le doute sur son caractère bénéfique ou maléfique. Et c’est cette incertitude qui donne toute sa dimension au récit. Moralité : ne pas se fier à la simplicité et à la naïveté apparente de l’histoire…
Voilà un album jeunesse qui aura su me conquérir et se révéler d'une grande justesse en abordant un sujet difficile.
Yeowoo est une jeune renarde de 5 ans quand ses parents décident de divorcer. Son père l’emmène s'installer temporairement chez son grand-père et sa tante qui habitent ensemble. Mais le "temporaire" va s'éterniser et c'est finalement jusqu'à ses 16 ans que Yeowoo va devoir vivre là-bas. Sa mère ne donnera pas signe de vie et son père lui promet entre chaque visite toujours plus espacée de la ramener "bientôt"... Yeowoo fait chèrement payer à son entourage ces sentiments d'abandon et d'injustice et c'est grâce à Paulette, (une poule rejetée par les siennes par ce qu'elle ne pondait pas) venue s'installer à côté du grand-père de Yeowoo que cette dernière va petit à petit apprendre à vivre et grandir malgré tout.
Si le dessin de l'autrice Yunbo qui fait très "album jeunesse" ne m'inspirait pas de prime abord, c'est grâce à son récit très bien construit que je suis rentré petit à petit dans un album qui se révèle au final très complet et subtil. Les sujets abordés, qu'il s'agisse du rejet, de l'abandon, de la différence, le sont de manière intelligente, sans être pédant ou didactique. Les personnages sont d'une rare justesse et on finit par se laisser porter par ce récit et cette relation singulière qui va se tisser entre Paulette et Yeowoo. Le contraste entre cette colère sourde de Yeowoo qui ne demande qu'à exploser et ce graphisme animalier "enfantin" très poétique est surprenant, mais l'équilibre trouvé par l'autrice est redoutable et force l'admiration : parti dans cette lecture plus par curiosité que par conviction j'en suis sorti conquis.
Un album à découvrir et une autrice à suivre !
Quelle fraicheur !
C'est pas prétentieux et diablement inventif !
Voilà un petit univers où l'on se sent bien. La créativité constamment renouvelée en fait un peu un Julius Corentin Acquefacques mais abordable par tout le monde, avec un petit côté peps coloré en plus !
C'est imbattable !
Wow
wow
wow
Alors ça, je m'y attendais pas.
Il est rare que le scénario soit au dessus du dessin (qui est très bon). Cette bd c'est un thriller ! Un roman, graphique, thriller, dystopique (les dystopies sont souvent négatives...)
C'est vraiment très bien écrit, il y a un rythme, une narration, du chien !
Et surtout, c'est très original. Les personnages dans leur ensemble, sont crédibles, divers, bien campés, originaux, cohérents. Leurs chemins se recoupent par fils scénaristiques habiles.
Il y a une relecture de la société, actuelle, en devenir, en dystopie qui fait un peu flipper tout le monde. Ce qui pourrait être mon seul mini bémol : je suis une petite flippette et cette bd m'a légèrement angoissée à la lecture (en même temps c'est un "thrilleur dystopique") et quelques scènes gores pour moi.
La partie "science fiction" est très bien gérée, ce qu'il faut, intriguante. L'idée des robots atlas est géniale. La dystopie avec l'histoire française et algérienne est je trouve assez fine, et constitue une trame de fond bien dosée, qui rajoute du corps à l'ensemble.
Bref ça fonctionne à merveille. C'est intelligent, dense, rythmé.
Une bd assez rare, j'ai hésité avec les 5 étoiles.
Vivement recommandée.
Ce "Raptor" est envoûtant, mystique et poétique.
Le Pays de Galles au XIX° siècle, l'histoire de deux hommes, l'un, Arthur, a perdu sa femme, l'autre, Sókol (faucon en slave) erre dans un monde fantastique chassant les monstres.
Mon troisième McKean et ils ont tous un point commun, celui d'avoir comme fil conducteur un animal. Le chat pour Cages, le chien pour Black Dog - Les Rêves de Paul Nash et ici un rapace et plus particulièrement un faucon. Dans la mythologie celtes, le faucon est la mémoire du monde, un symbole ascensionnel, il annonce aussi la victoire de la lumière sur les ténèbres. Il aura toute sa place dans ce récit.
Une narration a deux niveaux, l'un ancré dans le réel et l'autre dans l'imaginaire.
Je me suis laissé aller au gré des ressacs, les ressacs de l'art, la nature, la vie et la mort. Des thèmes exploités de façon lyrique. Quelle maestria !
Visuellement c'est toujours aussi beau et les couleurs sont superbes. Du travail d'orfèvre.
Une lecture immersive.
Un diamant ciselé.
Note réelle : 4,5.
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Toutes les morts de Laila Starr
Pas toujours évident de trouver une accroche pour un avis, si je devais définir ce comics en un mot : Génialissime ! Je déambulais dans ma librairie préférée et soudain mon œil gauche fût attiré par une jolie couverture, puis par un nom d'un des auteurs, celui de Ram V. Et là, ça fait tilt, mais oui il a scénarisé These Savage Shores. Hop, dans le panier. La naissance d'un petit Darius va provoquer une restructuration chez les dieux et Mort se voit congédiée et envoyée sur Terre en simple mortelle dans le corps de Laila Starr, tout juste décédée, car ce petit garçon va découvrir le secret de la vie éternelle et ainsi mettre notre grande faucheuse au chômage. Ram V a concocté une merveille de conte philosophique et poétique sur la place dans notre monde de la vie et la mort. La narration est fluide et toute en sensibilité. Des personnages attachants qui vont évoluer durant le récit car chaque chapitre fait un bon de quelques années dans le futur, après chacunes des morts de Laila. On visite l'Inde, de Bombay à une plage de Goa, ainsi que son folklore fantastique. Un conte contemplatif qui n'oublie pas de nous faire réfléchir, où l'émotion transpire, sans oublier la petite touche d'humour. De la poésie. Je découvre Filipe Andrade, il a un talent fou. Un grand format qui permet d'admirer toutes ses superbes planches qui défilent sous mes yeux et la colorisation "flashy" dans les tons roses, mauves et bleus apportent cette ambiance singulière d'une Inde mystérieuse. J'ai pris une claque tellement c'est beau. Un petit mot pour le traducteur, il a fait un super boulot. Pas culte, enfin pas encore, mais ce comics mérite 5 étoiles et un énorme coup de cœur. "Je veux arriver à la fin Avec des cicatrices à montrer Traces des décisions difficiles prises Par un cœur imprudent" Cicatrices - Akur Puri
Le Grand Vide
Angoulême 2022 Prix du Public France Télévision. Léa Murawiec pour son premier album nous envoie un missile. Si cette jeune autrice confirme, il va falloir s'habituer à son nom vite fait. J'ai adoré le concept proposé. Dans une ville monde presque sans borne, nous nous promenons dans un univers dystopique qui ne doit rien à une explosion nucléaire ou à un régime galonné. C'est bien plus subtil car nous sommes les propres responsables de cet univers ultra connecté où la renommée (la présence) tient lieu d'espérance de vie. Peu importe la qualité et ce que vous faites du moment que l'on parle et que l'on pense à vous. L'oubli ou la solitude, c'est la mort imminente quel que soit votre âge. Paradoxalement les ados peuvent être aussi vite exposés que les personnes âgées à cause d'un lien social en reconstruction entre enfance choyée par les parents et âge adulte bien cadré par son statut. Manel Naher, la vingtaine rebelle n'a cure de ces contraintes et ne rêve que de liberté et d'aventure avec son pote Ali. Elle développe un tropisme vers le vide. Ce grand vide que la communication officielle vous en interdit la rêverie. Sauf qu'à cause d'un imprévu, comme la vie en est faite constamment, Manel est rattrapée par la patrouille. A cet âge, la pire angoisse et la pire agressivité peut suivre à la plus belle exaltation. L'action qui en découle peut avoir des effets si imprévus qu'ils vont vous transformer du tout au tout. Léa Murawiec pose un regard aiguisé et un poil angoissant sur les défauts possibles de notre société future. Elle me renvoie à cette montée d'angoisse subie par de nombreuses personnes au moment du confinement quand les liens sociaux réels ont été mis à mal à cause du virus. Je trouve que c'est très finement observé. Le concept est bon et comme si cela ne suffisait pas Léa Murawiec nous claque du/son style. On peut ne pas aimer mais l'auteure met immédiatement sa signature graphique dans votre pupille. Avec ses trois couleurs pantones, son trait fluide, élastique et bondissant, Murawiec ne laisse pas respirer. Les effets de profondeur donnent le vertige et confortent ce sentiment d'angoisse quand on regarde ces planches avec ces milliers de buildings jumeaux où s'inscrivent ces milliards de noms. C'est en tout cas l'impression que cela m'a donné. Un super concept et un graphisme personnel qui décoiffe comme son héroïne pour un premier album. Quel coup de maîtresse !!
Coeur de pierre
Une jolie surprise que ce conte. Un triangle amoureux entre un garçon au cœur de pierre, une jeune fille au cœur d'artichaut et un autre garçon au cœur d'or. Une histoire triste et touchante. Une narration où la voix off du conteur, sous forme de poésie noire, m'a pris aux tripes. Sous cette noirceur la lumière jaillera, elle fera néanmoins un dommage collatéral. Un récit tout en subtilité et sensibilité qui interpelle sur ce merveilleux sentiment : l'amour. Une lecture rapide du fait de sa faible pagination, 29 planches. Un dessin soigné dans un style enfantin où chaque personnage a ses propres couleurs qui les suivent. Du très beau travail. Une fable pour les petits et les grands. Note réelle : 3,5.
L'Ours de Ceausescu
Depuis une dizaine d'années et plein d'albums, Aurélien Ducoudray s'est fait une solide réputation, celle d'un auteur au regard acéré sur différentes sociétés, mais aussi d'un potentiel comique qui fait grincer des dents. Ce nouvel album ne déroge par à cet adage, puisqu'il raconte, par le petit bout de la lorgnette, un évènement majeur de l'Histoire européenne de la fin du XXème siècle, à savoir la fin de règne de Nicolae Ceausescu. Et en effet c'est raconté d'une manière tout à fait surprenante ; nous avons sept citoyens lambda, dont on nous montre un bout de vie, et surtout l'épisode qui a pu les amener à être "choisis", se retrouver réunis dans un commissariat roumain, et laissé dans la plus complète ignorance des projets formés pour eux, jusqu'au dernier moment. On ne voit rien, ou presque, venir, jusqu'à cette révélation, qui donne un tout autre relief à leurs histoires individuelles. Ajoutez à cela l'ours(e) du titre, et vous avez une sorte de parabole socio-historique assez brillante sur la Roumanie des années 1980. C'est fin, osé, et cruellement drôle. Le petit point faible est pour moi le dessin de Gaël Henry, que je trouve immature, informe, mais c'est vrai que quelque part, ça se justifie par l'ambiance roumaine de l'époque, où tout était gris, vain, étouffé... Une bonne lecture, intelligente et drôle.
La Dernière Prophétie
Passionnant scénario sur fond de déliquescence de l’empire romain en proie aux doutes, aux invasions et à l’arrivée d’une nouvelle religion, celle des chrétiens. Historiquement, ce n’est pas une période simple et le scénario construit avec des flash-backs, n’est pas simple non plus. Mais avec un peu d’attention, ça passe bien. Le scénario teinté de fantastique est prétexte à raconter la dynastie des Sévère et en particulier le règne pour le moins original d’Elagabal ainsi que les ambitions des trois Julia, les célèbres femmes d’Emèse. C’est intelligent, hyper bien documenté et le scénario retombe sur ses pieds à la fin. Gilles Chaillet connaît Rome et l’histoire de Rome comme sa poche. C’est un régal de précision et les dessins montrant la Ville avec ses monuments, son organisation politique et religieuse, ses traditions auxquelles s’accrochent désespérément ce qui reste des grandes familles sénatoriales sont bluffants ! A lire sans hésiter pour tous les amateurs de la Rome antique.
Aldébaran
Kim et Marc sont des personnages attachants et toujours en action. Pas de temps mort ! Ils évoluent dans des paysages superbes aux couleurs franches… Cette série cumule pas mal de défauts qui auraient dû me rebuter mais par un phénomène étrange, après quelques pages de lectures, j’ai trouvé l’histoire captivante ! Je viens de relire le premier cycle, et il n’a rien perdu de ses qualités. Côté défauts : il y a d’abord les positions très figées des personnages aux expressions ahuries, bouches ouvertes, il y a aussi les dialogues, plus que mièvres quand il s’agit des rapports amoureux naissants entre adolescents aux sourires idiots. Côté plus : un scénario très bien écrit, sans temps morts, un rythme actif pour un récit fluide, au découpage impeccable. Les personnages n’ont pas tous un intérêt équivalent. Kim est la plus passionnante, la plus forte, la plus mûre et en miroir Marc, qui est en sorte l’inverse de Kim. A cela s’ajoute une critique politique d’un régime totalitaire aux excès d’autorité sans surprise mais qui donne un contexte et une profondeur assez intéressante à l’histoire. Quant à la Mantrisse, le fil rouge mystère de l’histoire, Léo laisse planer le doute sur son caractère bénéfique ou maléfique. Et c’est cette incertitude qui donne toute sa dimension au récit. Moralité : ne pas se fier à la simplicité et à la naïveté apparente de l’histoire…
Seizième printemps
Voilà un album jeunesse qui aura su me conquérir et se révéler d'une grande justesse en abordant un sujet difficile. Yeowoo est une jeune renarde de 5 ans quand ses parents décident de divorcer. Son père l’emmène s'installer temporairement chez son grand-père et sa tante qui habitent ensemble. Mais le "temporaire" va s'éterniser et c'est finalement jusqu'à ses 16 ans que Yeowoo va devoir vivre là-bas. Sa mère ne donnera pas signe de vie et son père lui promet entre chaque visite toujours plus espacée de la ramener "bientôt"... Yeowoo fait chèrement payer à son entourage ces sentiments d'abandon et d'injustice et c'est grâce à Paulette, (une poule rejetée par les siennes par ce qu'elle ne pondait pas) venue s'installer à côté du grand-père de Yeowoo que cette dernière va petit à petit apprendre à vivre et grandir malgré tout. Si le dessin de l'autrice Yunbo qui fait très "album jeunesse" ne m'inspirait pas de prime abord, c'est grâce à son récit très bien construit que je suis rentré petit à petit dans un album qui se révèle au final très complet et subtil. Les sujets abordés, qu'il s'agisse du rejet, de l'abandon, de la différence, le sont de manière intelligente, sans être pédant ou didactique. Les personnages sont d'une rare justesse et on finit par se laisser porter par ce récit et cette relation singulière qui va se tisser entre Paulette et Yeowoo. Le contraste entre cette colère sourde de Yeowoo qui ne demande qu'à exploser et ce graphisme animalier "enfantin" très poétique est surprenant, mais l'équilibre trouvé par l'autrice est redoutable et force l'admiration : parti dans cette lecture plus par curiosité que par conviction j'en suis sorti conquis. Un album à découvrir et une autrice à suivre !
Imbattable
Quelle fraicheur ! C'est pas prétentieux et diablement inventif ! Voilà un petit univers où l'on se sent bien. La créativité constamment renouvelée en fait un peu un Julius Corentin Acquefacques mais abordable par tout le monde, avec un petit côté peps coloré en plus ! C'est imbattable !
Le Dernier Atlas
Wow wow wow Alors ça, je m'y attendais pas. Il est rare que le scénario soit au dessus du dessin (qui est très bon). Cette bd c'est un thriller ! Un roman, graphique, thriller, dystopique (les dystopies sont souvent négatives...) C'est vraiment très bien écrit, il y a un rythme, une narration, du chien ! Et surtout, c'est très original. Les personnages dans leur ensemble, sont crédibles, divers, bien campés, originaux, cohérents. Leurs chemins se recoupent par fils scénaristiques habiles. Il y a une relecture de la société, actuelle, en devenir, en dystopie qui fait un peu flipper tout le monde. Ce qui pourrait être mon seul mini bémol : je suis une petite flippette et cette bd m'a légèrement angoissée à la lecture (en même temps c'est un "thrilleur dystopique") et quelques scènes gores pour moi. La partie "science fiction" est très bien gérée, ce qu'il faut, intriguante. L'idée des robots atlas est géniale. La dystopie avec l'histoire française et algérienne est je trouve assez fine, et constitue une trame de fond bien dosée, qui rajoute du corps à l'ensemble. Bref ça fonctionne à merveille. C'est intelligent, dense, rythmé. Une bd assez rare, j'ai hésité avec les 5 étoiles. Vivement recommandée.
Raptor
Ce "Raptor" est envoûtant, mystique et poétique. Le Pays de Galles au XIX° siècle, l'histoire de deux hommes, l'un, Arthur, a perdu sa femme, l'autre, Sókol (faucon en slave) erre dans un monde fantastique chassant les monstres. Mon troisième McKean et ils ont tous un point commun, celui d'avoir comme fil conducteur un animal. Le chat pour Cages, le chien pour Black Dog - Les Rêves de Paul Nash et ici un rapace et plus particulièrement un faucon. Dans la mythologie celtes, le faucon est la mémoire du monde, un symbole ascensionnel, il annonce aussi la victoire de la lumière sur les ténèbres. Il aura toute sa place dans ce récit. Une narration a deux niveaux, l'un ancré dans le réel et l'autre dans l'imaginaire. Je me suis laissé aller au gré des ressacs, les ressacs de l'art, la nature, la vie et la mort. Des thèmes exploités de façon lyrique. Quelle maestria ! Visuellement c'est toujours aussi beau et les couleurs sont superbes. Du travail d'orfèvre. Une lecture immersive. Un diamant ciselé. Note réelle : 4,5.