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Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série The Cute Girl Network
The Cute Girl Network

Une belle petite histoire romantique qui atterrit dans mes mains ... Comment résister ? D'autant que cette histoire-là est assez originale dans son traitement. Dans le fond, c'est une simple rencontre entre deux personnes qui se plaisent et ça finit sur le baiser qu'on attend (je vous rassure, il y en a déjà eu un avant et pas que). Mais en même temps, c'est une excellente histoire dans sa forme, exploitant plusieurs pistes que j'ai rarement vues mais qui ont toutes un approfondissement que j'apprécie. Mine de rien, je dirais que la thématique de cette BD est avant tout la question du genre homme-femme, avec pas mal de critiques sur la vision qu'on a de la femme. En même temps, c'est surtout un personnage féminin qui aime faire du skate et ne pas se laisser bouffer qui est au centre du récit. De ce coté là, j'ai beaucoup apprécié Jane, une femme qui en veut ! D'autre part, on a une vision des hommes (mon dieu, ce colocataire beauf et macho !) assez négative, dans un environnement où les femmes s'organisent pour les éviter. Ce qui est agréable, c'est de montrer une histoire d'amour qui franchit plusieurs clichés du genre : le mec est pas sûr de lui et pas entreprenant, par rapport à la femme, la femme sait ce qu'elle veut et n'hésite pas à le dire, on a des femmes s'organisant pour éviter les gros cons de mecs dragueurs et lourds, et surtout j'adore le personnage de Jack. A l'inverse de la plupart des hommes virils, il est simple d'esprit, maladroit, pas très malin, très volontaire, plein de bonne humeur et gentil. Une sorte d'anti-macho, qui veut juste que les gens soient bien et gentils. C'est très amusant de lire ses frasques, d'autant qu'elles m'ont parfois fait penser à des trucs que j'ai déjà pu faire. Ça aide à l'empathie. L'histoire a d'original l'association de femmes se passant les informations sur les ex, histoire de ne pas toujours subir les erreurs de se faire draguer par le gros con (franchement, le colocataire est une caricature parfaitement horrible). Et j'aime l'idée que Jane passe outre, pour de bonnes raisons, et dans une histoire qui ne parait jamais forcée ou convenue. C'est juste une histoire banale dans un très joli enrobage avec des personnages très mignons et réalistes. Une parfaite mise en scène, en somme. Le dessin rajoute une petite touche, avec son côté dynamique et retranscrivant l'ambiance de la ville américaine. C'est plutôt bon et j'aime bien le mélange d'un style cartoon avec le mouvement bien dynamique. C'est chouette à l’œil, ça rend bien. Et pour un dessin de ce style, les moments de tendresse passent très très bien ! Oui, je suis faible face à des histoires de ce genre, mais franchement je trouve que celle-ci a de réels atouts. C'est franchement une très bonne surprise, les thématiques abordées ne sont jamais simplement un décor mal utilisé, c'est un propos qui est tenu et qui me va très bien. Je pense que les amoureux des romans graphiques et des comédies romantiques ne pourront qu'être charmés par cette petite histoire d'amour, simple et original. Pour ma part, j'ai un réel coup de cœur !

02/08/2022 (modifier)
Couverture de la série McQueen
McQueen

Je me souviens de la série Les Enquêtes Auto de Margot, mais comme les dessinateurs étaient trois, je ne sais plus quelle était l'implication réelle de Van der Zuiden ; toujours est-il que dans ce polar, il change de style graphique, tout en restant dans une sorte de Ligne Claire un peu plus épurée, adoptant un style qui rappelle un peu celui de Philippe Berthet. Sa mise en page alterne un découpage à la fois classique et moderne, avec des grandes cases, des pleine-pages ou du gaufrier à 9 cases, ça se démarque vraiment d'autres polars modernes, ce qui fait que ce genre de bande lorgne carrément vers le comics, c'est curieux, je pensais vraiment avoir à faire à un comics en la lisant, d'autant plus que l'époque choisie (les sixties), le style de l'enquête, le fonctionnement du personnage... tout ceci donne un cachet rétro à cette histoire qui reprend tous les clichés imaginables des polars noirs et même des films noirs américains de la grande époque. Quand on en a lu et vu un paquet comme moi, ça peut laisser indifférent, mais quand on est néophyte dans ce domaine et qu'on n'a pas trop vu de ces films bogartiens, ça doit être encore plus exaltant. C'est un polar mouvementé de style hard boiled qui reprend tous les codes du genre et qui joue parfaitement des rebondissements inattendus pour surprendre et étonner ; on y trouve des bagnoles, des actions violentes, des péripéties incroyables, des passages à tabac, des tronches patibulaires, des belles pépées bien carrossées, bref tout l'attirail immuable de ce genre de récit. Le scénario n'a rien de très original puisqu'il se nourrit de tout un tas de clichés, mais on s'immerge bien dedans, la narration est plaisante et bien élaborée, l'ambiance est très réussie, bref c'est très efficace pour tenir en haleine. Le personnage de McQueen est curieux, sa peau bleue et son faciès simiesque lui donnent une étrange originalité, caractériellement, il est plus proche des privés genre brutasse comme Mike Hammer que des privés plus éduqués comme Marlowe, j'aime bien ce gars, même si son apparence physique me fait bizarre. Au final, un polar très sympathique.

30/07/2022 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Malcolm Max
Malcolm Max

Londres fin XIXe, une grosse touche de fantastique mâtinée de steampunk, une bonne grosse enquête sur des voleurs de cadavres et un tueur en série ? Chouette !!! Déjà le pitch match une sacrée dose d'éléments propres à titiller ma corde sensible ! C'est donc dans ce Londres en pleine période Victorienne que Malcolm Max et sa belle acolyte Charisma mènent l'enquête sur des vols de cadavres. Mais cette enquête va trouver des ramifications dans une affaire beaucoup plus importante, celle du tueur en série surnommé Le Poète, qu'on croyait pourtant réglée depuis que ce dernier avait été exécuté... Petite précision, notre enquêteur est un expert du paranormal et de la chasse au démon ; quant à la belle Charisma, elle est pour sa part un demi-vampire. Voilà pour le décor ! Plutôt emballé par le programme je me suis lancé à corps perdu dans cette lecture et j'avoue qu'il m'a fallu un petit moment pour m'adapter à ce qui pour moi reste le point faible de cet album : le texte. Qu'est-ce que ça peut paraître bavard ! Peu habitué à ce genre de narration où le texte occupe une part importante des cases, cela surprend grandement au début. Et puis, je me suis laissé prendre, car heureusement l'histoire est très bonne et les personnages plutôt bien sentis. Le graphisme d'Ingo Römling étant lui aussi très efficace, on finit par se laisser totalement embarquer par cette enquête mouvementée et ésotérique. Les rebondissements s'enchaînent, les scènes de crimes très théâtrales sont assez fantastiques : j'en redemande ! Une belle découverte que cette série, j'attends la suite avec impatience. *** Tome 2 *** L'album commence tambours battants, Malcolm et Charisma se retrouvant tous deux dans une situation plus qu'inconfortable. Charisma a été faite prisonnière en visitant l'usine Shacklock qui fabrique les étranges "hommes mécaniques", sous la direction du répugnant Leech et Malcolm se retrouve incarcéré dans la Tour de Londres, suspecté de la vague de meurtres atroces ayant plagié le défunt tueur en série le Poète... Un comble, vu qu'il enquêtait sur ces derniers, surtout que les âmes desdites défuntes à qui il a promis vengeance vont se rappeler à son bon souvenir pour qu'il honore sa promesse... Avec ce 2e opus, l'intrigue avance, les personnages se dévoilent petit à petit et le puzzle commence à prendre forme. Le rythme prend le pas sur le côté un peu bavard toujours présent mais bien dosé et on se surprend à arriver à la fin de ces 46 pages sans avoir eu le temps de s'en rendre compte ni de souffler. On en aurait même voulu un peu plus, brisé dans notre élan... En tout cas le talent de notre duo d'auteur se confirme et j'attends donc la suite avec impatience ! *** Tome 3 *** Voilà un tome conclusif comme je les aime ! Tout aussi efficace et rythmé que les deux premiers en apportant réponse à tous les mystères et questions que déroule le scénario. Bravo ! Car ce troisième tome monte encore la barre plus haut ! Que ce soit dans l'action, l'horreur, l'humour, notre duo d'auteurs s'est surpassé pour nous proposer une des meilleures série que j'aurai pu lire cette année. Côté dessin, Ingo Römling fait toujours des merveilles avec un trait racé qui colle à merveille à cette ambiance Victorienne. C'est donc avec quelques regrets que l'on referme ce troisième et dernier opus. Un second cycle, ça vous tente pas les gars ???

12/08/2020 (MAJ le 29/07/2022) (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Breakwater
Breakwater

Ce qui interpelle d’emblée dans ce roman graphique, c’est cette atmosphère particulière. Derrière la grisaille apparente du dessin, qui peut rebuter de prime abord, se dissimule une belle ambiance intimiste, pleine de douceur. Et pourtant, le sujet autant que le contexte n’inspirent pas forcément la gaité, et c’est là tout le paradoxe du livre. « Breakwater », c’est l’histoire d’une femme entre deux âges, résignée à son job d’ouvreuse dans un cinéma décrépit dont la splendeur s’est effacée peu à peu sous la poussière du temps. Loin des multiplexes clinquants, on y joue principalement des films d’art et d’essai. Sa vie est banale à pleurer, mais elle semble toutefois s’en contenter. Un peu timide, Chris va faire connaissance avec Dan, un jeune homme qui vient d’être recruté par le directeur du cinéma. Ces deux êtres que la solitude a rapprochés vont nouer une solide complicité, l’homosexualité de Dan écartant toute ambigüité sur le type de relation qu’il établira avec sa collègue. Mais pour ce dernier, en apparence équilibré, des événements troublants vont peu à peu se faire jour, annonciateurs du drame à venir… Alors pourquoi « Breakwater » est-il si plaisant malgré toute cette « grisaille » ? Cela tient à deux facteurs. Tout d’abord le dessin (noir et blanc bien sûr), qui laisse infuser son charme au fil des pages. Katriona Chapman a su injecter une grande sensibilité dans son trait crayonné somme toute assez rudimentaire. Et si les personnages restent expressifs malgré ce minimalisme, le charme réside en grande partie dans l’ambiance, avec plusieurs pleines pages représentant les couloirs du vieux ciné nimbés d’une lumière rasante, ou la ville de Brighton à la météo chagrine malgré sa position maritime dans l’Angleterre méridionale. L’autre facteur, c’est un scénario simplissime composé des phrases courtes et de silences. De même, l’autrice a su refléter l'humanité des personnages à travers leurs expressions. Ces personnages ordinaires, héros du quotidien à mille lieues du monde de la « win », nous sont extrêmement proches. Sans en faire des tonnes, Katriona Chapman a su leur conférer une âme qui ne peut que toucher le lecteur un tant soi peu empathique, en particulier dans les dernières pages du récit où Chris est confronté à un terrible dilemme. Et comme l’histoire se déroule dans un cinéma, il apparaît plus que logique de faire le lien avec Ken Loach. En effet, le cinéaste britannique aurait très bien pu faire un long-métrage de cette peinture sociale mélancolique, à la fois pleine de fraîcheur et de gravité, et qui laisse tout de même entrevoir une parcelle bienvenue de paradis terrestre. « Breakwater » est sans aucun doute la lecture idéale au cœur de l’été. Un moment de grâce et d’intelligence, où l’intimité rejoint l’intemporalité, loin du fracas de la vie urbaine et de ses égoïsmes. Et tout cela malgré un sujet grave mais dans lequel se retrouveront tout celles et ceux qui peinent parfois à s’intégrer à ce monde « stoned » qui nous assène en permanence ses « souriantes » injonctions à la performance.

28/07/2022 (modifier)
Par Steffy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Play with fire
Play with fire

J’ai attendu avec hâte la version française, souhaitant comprendre les subtilités des dialogues. Les questionnements dans ce livre sur la sexualité et le genre sont évoqués avec beaucoup de justesse, nous renvoyant à nos propres questionnements bien au-delà de la thématique. Sur notre perception corporelle, nos relations aux autres, les choix passés ou futurs de notre vie, etc. C’est une plongée au cœur de soi et c’est un vrai bonheur à lire. Les illustrations sont dynamiques, certaines pages sont juste sublimes de spontanéité et de beauté. Beaucoup d’émotions dans cette histoire que j’ai adoré lire.

28/07/2022 (modifier)
Par PAco
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Sideshow
Sideshow

Houuuuu mais c'est que ça part très très bien cette nouvelle série ! Voilà longtemps que Corbeyran n'avait pas réussi à m'embarquer d'emblée dans une de ses séries ! Il faut dire que le trait semi réaliste d'Emmanuel Despujol et la superbe colorisation de Fabien Alquier y sont aussi pour quelque chose. L'album s'ouvre sur une scène d'enterrement un peu pathétique, une seule personne est présente aux obsèques de Charly. Arrive alors au dernier moment une femme : Trixie. Ne se connaissant pas ils décident d'aller manger un bout pour faire connaissance, car s'ils ont tous deux connus Charly, ils ne se sont jamais rencontré. Commence alors le récit de la découverte du "pouvoir" de Charly qui va lui permettre pendant cette période très dure de la Grande Dépression américaine de s'en sortir plutôt pas mal grâce à son aptitude à annihiler les pouvoirs des créatures surnaturelles. C'est d'ailleurs au cours d'une de ses missions qu'il fera la connaissance de Trixie, une femme tatouée de la tête aux pieds faisant partie d'une troupe de Freaks qui tourne dans le Sud profond américain. C'est dans cette caravane de Monstres que Charly va trouver refuge avec la petite fille qui l'accompagne ; mais ce n'est pas sa fille : c'est sa prisonnière... J'ai vraiment apprécié la construction narrative de cet album où temps présent et flashbacks sont vraiment bien gérés et donnent au récit toute la fluidité attendue. De même, l'équilibre entre réalité historique et personnages fantastiques est bien dosé rendant la lecture de ce premier tome très agréable. Ajoutez à cela le graphisme de Despujol et la mise en couleur de Fabien Alquier qui à eux deux imposent des ambiances qui collent à merveille au récit que leur a servi Corbeyran, et nous avons là un très bon album qui lance une série déjà très haut en orbite ! Il ne reste plus qu'à espérer que la suite soit du même tenant, en tout cas pour ma part j'attends la suite avec impatience ! *** Tome 2 *** Enthousiasmé par le premier volet de cette courte série, j'avoue sortir de ce diptyque un brin déçu. Si le trait de Despujol et la mise en couleur de Fabien Alquier restent de très bonne facture, c'est du côté du scénario de Corbeyran que l'intrigue s'éparpille trop à mon goût. A vouloir aller piocher dans trop de gamelles à la fois, la soupe qu'on nous sert au final est plutôt insipide, et ce qui faisait le sel et le piquant du premier tome perd largement en saveur et en originalité. On se demande même ce que vient faire notre bon vieux Lovecraft dans cette histoire... Caution fantastique de renom, certes, mais qui tombe un peu comme un poil de Luc dans la soupe ! Bref, une série en deux tomes qui démarre très fort, mais qui fait un peu pschittt dans le second. Très dommage, ça partait pourtant très bien ! Je descends ma note à 3/5 pour le coup.

18/06/2021 (MAJ le 27/07/2022) (modifier)
Couverture de la série Valérian - L'Armure du Jakolass
Valérian - L'Armure du Jakolass

Valérian et Laureline font partie de mes héros favoris. Leurs aventures m’ont régalé plus jeune et il m’arrive encore de les relire (je souligne car ce n’est pas le cas d’autres héros bien plus célèbres). Cette revisite, concoctée par un Larcenet des grands jours, m’a plus que ravi. Nous ne sommes pas sur une simple déclinaison de nos héros spatio-temporels, l’auteur mélange son univers à celui de Mezières et Christin. Au final, une réussite, je prends mon pied à chaque lecture. Lors de ma 1ère lecture, je m’étais fait avoir par le petit twist final, cette idée me plaît bien, un rien iconoclaste. J’aime beaucoup comment Larcenet utilise le matériau de base pour proposer sa version, de l’aventure humoristique mâtinée de Chez Francisque (pas ce que je préfère de l’auteur mais ici ça passe bien), l’utilisation des Shingouzs est juste magique, et nous voyons que très peu nos 2 héros finalement, ce qui ne m’a pas déplu, ni manqué, l’histoire fonctionnant très bien sans. Au dessin, on retrouve son trait Bill Baroud, efficace et humoristique, de sacré bonnes bouilles. Mais ce dernier est sublimé par les couleurs de Jeff Pourquié, franchement réussies, elles participent grandement au plaisir de lecture. A noter qu’une petite vingtaine d’auteurs (Dumontheuil, Trondheim, Libon, Edika, Cosey, Petillon …) ont participé à l’album, bien malin à celui qui saura identifier sans faute leurs apparitions. Voilà un chouette hommage à la série mère, sous forme de faux pastiche. J’adore.

26/07/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Bibliomule de Cordoue
La Bibliomule de Cordoue

Tarid, Lubna et Marwan nous emmènent dans un magnifique « mule-trip » à la fois émouvant et captivant. Et pourtant, sur leur mule, ils ne transportent que des livres. Comment ça « que des livres ! » ? Ces livres, c’est l’histoire de l’humanité, les premiers philosophes, les premiers mathématiciens, les premiers biologistes… le berceau de nos cultures. Mais le savoir est en danger. Comme le démontrent les auteurs à la fin de l’album, les livres sont trop facilement détruits par ceux qui prêchent la pensée unique et refusent la science qui remet en question ce qui s’expliquait par les actions divines ou les hommes providentiels. Et cela, de l’Antiquité à nos jours. Ancré dans un contexte historique solide, bien implanté géographiquement dans la ville de Cordoue dont on reconnaît encore quelques quartiers et la grande mosquée, La Bibliomule de Cordoue est un hymne à l’intelligence, à la science, à l’ouverture d’esprit, au respect de l’autre et à l’éducation. L’album, en lui-même, est un très bel objet rappelant les livres précieux et uniques dont il est question dans le récit. C’est écrit simplement, le dessin est vraiment très beau et les couleurs chaudes. Un bel écrin graphique pour une très belle histoire. Je venais de relire « Le Singe de Hartlepool » et Lupano me confronte à nouveau à l’intolérance, l’inculture et la haine aveugle. C’est superbe et je recommande chaudement la lecture de ce beau conte andalou.

26/07/2022 (modifier)
Par Blue boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Journal
Journal

C’est sous l’impulsion sagace de David Chauvel que les éditions Delcourt nous offrent une séance de rattrapage pour cette excellente autobiographie de Fabrice Neaud, publiée à l’origine dans les années 90. Journal 1 Si vous appréciez les histoires simples, je vais vous faire gagner du temps : vous pouvez passer votre chemin ! Ce journal est une œuvre exigeante qui atteint un niveau d’introspection rarement vu dans une autobiographie. Fabrice Neaud, à l’époque âgé de 24 ans, y évoque ses débuts artistiques difficiles, au début des années 90, dans sa ville de province (dont il ne citera jamais le nom) : travaux de commande peu gratifiants, engueulades récurrentes avec son associé Alain, galère de thunes… l’auteur y parle aussi d’une vie amoureuse peu satisfaisante, de ses sorties vaines dans le bar homo de la ville, de ses rencontres nocturnes furtives dans le parc voisin, des jeux de drague qui se terminent parfois mal, les « casseurs de pédés » ayant toujours su où aller pour assouvir leur pulsions haineuses et masquer leur frustration sexuelle… L’ouvrage va très vite se centrer sur sa relation avec Stéphane, un jeune appelé du contingent rencontré dans le parc en question et à qui il demandera de poser dans le cadre de son travail. Stéphane se prêtant gracieusement au jeu, Fabrice va très vite s’enticher de ce garçon dont la flamme ne sera pas vraiment réciproque. Mais Fabrice, malgré sa passion croissante, sait rester lucide et comprend que la rupture est inévitable. Plus il se fait insistant, plus Stéphane s’éloigne, inexorablement. Ses visites s’espacent, toujours à l’improviste. Pour Fabrice, la situation devient insupportable. Dans un acte quasi suicidaire, il commettra l’irréparable en lui adressant lettre sur lettre, laissant exploser le pire de lui-même… Journal 2 Plus court que le précédent, ce second volet est un récit de transition. L’auteur tente de se remettre de sa rupture avec Stéphane. Il nous confie ses états d’âme sur une multitude de sujets, évoque sa solitude et son désir irréfréné des hommes bien charpentés, lui, le type au « corps mort » en dehors des rares moments de baise. Fabrice Neaud y retrace également les débuts de sa collaboration avec Loïc Néhou, admirable fondateur d’« Ego comme X », qui débouchera quelques années plus tard sur la sortie du « Journal » ici présent. Vers la fin, les plus observateurs pourront apercevoir l’image furtive de son prochain amour, Dominique, qui sera le sujet principal du volet suivant. Journal 3 Fabrice Neaud évoque ici sa rencontre avec Dominique, qui comme lui se lance dans une carrière artistique après avoir étudié aux Beaux-arts. C’est l’histoire d’un coup de foudre unilatéral, né dans une zone indéterminée se situant entre malentendu et ambigüité, l’histoire d’un amour passionnel à sens unique qui emportera l’auteur vers des gouffres infernaux, vers un point de non retour sans rémission. S’il y a comme un air de déjà vu, le contexte et les bases de ce « Journal 3 » sont différents. Dans le premier volet, la relation avec Stéphane était liée à une rencontre dans un lieu de drague nocturne, un jardin public. Ici, l’auteur fait la connaissance de Dominique dans son bar habituel, à côté de chez lui. Aucun sous-entendu sexuel ni amoureux, et les premiers instants de la rencontre ne sont pas détaillés, mais on imagine qu’à force de l’y croiser, parmi la clientèle de profs et d’étudiants des Beaux-arts, une vague complicité s’est installée progressivement entre les deux jeunes hommes autour de leur amour de l’art. Ce faisant, Fabrice passe de plus en plus de temps avec « le Doumé », comme se plaisent à le surnommer ses connaissances, et comme avec Stéphane, il se met à en faire des portraits, après l’avoir mitraillé de son objectif. Sauf qu’avec Stéphane, la relation était beaucoup plus superficielle, faite de silences et de non-dits, le jeune militaire étant davantage porté sur le sexuel que l’artistique… Ce volet va ainsi être centré sur ce nouvel « amant » qui ne le sera qu’à un stade potentiel. Et à en juger seulement par l’épaisseur du livre, on peut en déduire que cette histoire aura marqué durablement son auteur. La lecture de ce pavé exutoire de 400 pages viendra confirmer que ce dernier aura laissé quelques plumes dans cet épisode houleux et tourmenté de son existence. Journal 4 : Les Riches Heures S’il est difficile de résumer ce quatrième tome, la couverture, en plus du titre aux accents positifs, le fait plutôt bien. L’auteur s’y représente avec un papillon effleurant sa joue, son visage exprimant un mélange d’étonnement et d’amusement. Et quoi de mieux que le plus beau de tous les insectes pour symboliser la légèreté et la métamorphose ? Cette année 1996 intitulée « Les Riches Heures » peut ainsi s’envisager comme un point de basculement, un nouveau départ de Fabrice, après sa relation tumultueuse avec Dominique où il aura perdu quelques plumes… Ainsi, Neaud revient à un format narratif plus dilué, qui n’est plus centré seulement autour d’un personnage, l’objet (l’homme-objet ?) d’une passion, quelque chose qui s’apparenterait plus à un journal « ordinaire », où les soubresauts amoureux font place à un quotidien plus homogène. De manière significative, le récit s’ouvre sur une évocation du Pays basque, une véritable déclaration d’amour, principalement géographique et moins risquée cette fois ( !), pour une région où l’auteur se plaît à arpenter la campagne et les douces collines. Dans une longue séquence muette et contemplative, le lecteur se voit immerger dans une nature réconfortante où la beauté se décline à toutes les échelles, de la plante la plus fragile aux ciels prodigieux des Pyrénées avoisinantes. La suite du livre nous parle en quelque sorte de son processus de « reconstruction », en alternant des portraits de ses connaissances, amitiés nouvelles et potentielles via le fameux « Poney Club », prétexte à des discussions enflammées entre « collègues » autour d’un apéro ou d’un gueuleton. D’autres scènes aléatoires s’égrènent au fil des pages. Les anecdotes les plus banales ouvrent la porte à mille et une réflexions de la part de l’auteur, qui ne fait que confirmer son regard pénétrant sur les choses. En vrac, il y parle de la « pudeur » et de ses « malentendus », des relations humaines dans le cadre d’un groupe, de la perception d’un individu biaisée par les codes socioculturels, de l’amitié, ce « sentiment qui se manifeste mais ne s’énonce pas »… Bref, difficile de tout énumérer mais cela reste toujours passionnant, même quand parfois le sujet est plus pointu. Quant aux souvenirs de ses relations passées, ils y sont peu évoqués, de façon assez compréhensible, l’auteur ayant choisi de s’abriter derrière ses amitiés professionnelles. En les rattachant à son vécu, Fabrice Neaud aborde des problématiques humaines et philosophiques, à la base peu conçues pour le divertissement, et pourtant celui-ci parvient étrangement à nous captiver malgré la densité de l’ouvrage et son épaisseur qui pourrait faire peur (plus de 200 pages tout de même). Alors comment l’expliquer ? Ce qu’on apprécie particulièrement chez cet auteur, c’est l’honnêteté et la franchise avec laquelle il se livre, sans fards, parfois crument, sans pudibonderie de midinette. Et cette fameuse thématique de la pudeur qui lui tient tant à cœur, il la développe savamment en partant de sa libido qu’il a mis en veilleuse (en ne conservant que les fantasmes) pour déboucher sur la fascination qu’il éprouve vis-à-vis d’un acteur porno gay ayant suspendu sa brillante carrière de culturiste. Neaud met sa talentueuse patte au service de sa passion pour les corps nus de « brutes viriles » (et je serais le dernier à m’en plaindre…). Son dessin réaliste en noir et blanc reste superbe, dénué de vulgarité, et reste sexy tout en évitant de faire appel aux instincts bassement lubriques. La pornographie, les bites et les culs musclés, il les honore avec classe, y va franco et détruit toutes les culpabilités propres aux homosexualités refoulées ou non assumées. Un véritable travail de salut public. Plus globalement, Fabrice Neaud nous happe dans son journal, non seulement par sa sincérité et son audace. La diversité des questions abordées n’a d’égale que la fantaisie avec laquelle il illustre ses propos. Par l’humour dont il fait preuve ici et qui était moins flagrant auparavant, on a réellement le sentiment qu’il est passé à autre chose, un humour souvent caustique qui insuffle une certaine légèreté (de papillon ?) par rapport à la tournure « mélodramatique » des précédents tomes. L’auteur parvient ici à canaliser ses agacements avec des représentations plus « cartoonesques », pas de doute, ses chakras se sont ouverts… C’est sans doute aussi pour cette raison qu’il a choisi le véhicule de la bande dessinée, qui permet d’exprimer si bien des sentiments antagonistes lorsque comme ici l’alliance du texte et du dessin fonctionne à plein. Au final, ce dont nous fait part Fabrice Neaud ici, c’est son amour de la vie. Comme il le dit très bien dans les premières pages, « dessiner, c’est aimer ». Et cet amour, tout lecteur normalement constitué devrait le sentir à chaque page. Au bout de quatre tomes, ce « Journal » est devenu un ami. Et c’est avec une impatience très peu feinte que l’on attend la sortie cet automne, plus de vingt après (!), du cinquième tome (« Les Guerres immobiles »), car oui, la bonne nouvelle, c’est que l’artiste a décidé de remettre les couverts, et là on sera reparti pour un nouveau cycle intitulé « Le Dernier Sergent » ! ----- Fabrice Neaud nous offre ici une autobiographie peu commune, où il se livre à cœur ouvert, sans faux semblants, sans cette pudeur de façade trop souvent pratiquée dans ce type d’ouvrage. Ce n’est pas un journal de poseur, et l’auteur ne s’y montre pas forcément sous son meilleur jour. Il ne se fait pas de cadeaux, pas plus à lui-même qu’aux autres personnages jalonnant le récit. De plus, Neaud parvient à maintenir une tension inattendue dans des histoires dont on devine pourtant l’issue tragique, tension sans doute due à son côté écorché vif et entier, qui l’expose à des revers violents résultant d’actes qui ne le sont pas moins. Fabrice aime les hommes, les « vrais », les « brutes », et n’est attiré ni par les « folles » ni par les machos-cuir, et c’est bien là son drame. Il aime les types bien bâtis, virils et éventuellement poilus, au look « hétéro », et ne rentre donc pas dans les cases. D’autant qu’il n’exprime pas une solidarité particulière pour ses semblables, lesquels font parfois preuve d’un sectarisme incluant des codes qui ne sont pas caractérisés par la bienveillance, bien au contraire, ne faisant que reproduire les travers d’une société hétérosexuelle qui ne fait que les tolérer et qu’ils déplorent eux-mêmes. En outre, Fabrice Neaud dessine le désir homosexuel avec brio, magnifiant les portraits tirés de ses clichés photographiques, saisissant parfaitement les sentiments derrière les regards et les sourires. Son trait noir et blanc, à la base réaliste mais davantage centré sur les personnages que sur les décors, rend les émotions vibrantes en recourant à une technique quasi impressionniste : visage floutés, hachurés, rayés ou littéralement effacés. Son sens accompli du découpage fait le reste, Neaud établissant un dialogue permanent, toujours plein d’a-propos, entre dessin et texte. A travers cette autobiographie qui n’a pas pris une ride, l’auteur se livre à mille et une réflexions aussi pointues que passionnantes sur son rapport aux autres, sur la façon dont il se perçoit dans le monde et sa difficulté à y trouver sa place, sur cet « exil », « lot de la solitude », et peut-être, son inaptitude à l’amour… Fabrice Neaud, animal certes atrabilaire, nous parle de tout cela via le scalpel de son hypersensibilité, avec justesse, audace et honnêteté, sans aucun pathos. Il y aborde également quelques problématiques sociales, notamment la précarisation rampante et la montée des inégalités, des problématiques qui plus de vingt ans après, n’ont rien perdu de leur actualité, bien au contraire…

24/07/2022 (modifier)
Par Solo
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ar-Men - L'Enfer des enfers
Ar-Men - L'Enfer des enfers

Ahhh Emmanuel Lepage, il ne faut décidément pas louper ses créations. Même si le sujet principal reste Ar-Men, phare érigé à l'extrémité Ouest de l'île de Sein en Bretagne, n'allez pas penser qu'il n'y ait que ça à retenir, oh que non! En réalité, l'auteur nous fait voyager à travers les âges pour mettre en lumière toute une histoire régionale. La prise de recul offerte par la narration nous permet d'apprendre plein de choses. Mais ne pensez toujours pas que c'est juste une BD-docu! Toutes ces histoires sont des aventures, inspirantes et extraordinaires, dont il faut en extraire l'essence et les faire confronter entre elles pour saisir tout l'intérêt du bouquin. Après, c'est du Lepage tout craché (tout bisou plutôt, parce-que je l'adore) : pour une 4ème découverte de cet auteur, il est encore et toujours question du rapport entre l'Homme, son histoire, son orgueil face à la nature, la nature elle-même et ce que l'individu pourrait tirer de tout cela, à commencer par le lecteur. On retrouve aussi ce travail de mémoire, cette volonté de partager des connaissances et de nous faire grandir. Bref, ce sont des thèmes ancestraux et éternels qui permettent à Lepage, je trouve, d'avoir des BD intemporelles et à portée universelle. La petite chose en deçà que j'ai en tête, c'est mon intérêt porté sur le personnage principal. J'ai l'habitude de lire Lepage se mettre en scène et structurer ses pensées. Ici, nous suivons Germain, personnage fictif. Le ton est donc forcément plus impersonnel, ce qui m'a fait prendre quelques distances. Et même si j'ai beaucoup d'intérêt pour les solitaires, je n'ai pas été convaincu dans l'absolu, trouvant cette partie d'histoire trop accessoire ou sous-exploitée. On commence à connaître le gaillard: si Lepage avait eu l'opportunité de vivre 30 jours dans le phare par exemple, il se serait mit en scène j'en suis sûr, et le récit aurait été autrement grandiose! Et par-dessus tout, je suis toujours ébahi par la magnificence du dessin, qui nous fait rendre compte de la fragile ou dévastatrice beauté de ce qui nous entoure. Lepage m'émerveille par ses planches absolument somptueuses. Comment ne pas voir, même ressentir, le fracas des vagues contre le phare, ces tempêtes sur le récif, ces oiseaux virevoltant au-dessus des rochers indissolubles, ces plans larges avec l'océan pour seul horizon... La notion d'émerveillement est toujours là graphiquement, moins scénaristiquement (aussi parce-que nous ne retrouvons pas l'œil de l'auteur, cf. paragraphe précédent). C'est intelligent, sensible, immersif et contemplatif. Du Lepage comme on aime. Ca s'achète les yeux fermés.

24/07/2022 (modifier)