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Couverture de la série Les Aveugles
Les Aveugles

Lecture agréable où le rire est présent : Il y a un humour absurde comme je l’aime parfois, avec des situations loufoques, les personnages sont tous ridicules et opposés à ce que l’on voit dans les romans de chevalerie classiques. L’auteur glisse de nombreuses références à certains classiques qui sont bien amenées et permettent encore plus de rire Un bon moment de détente, crée par un auteur ayant fait rire trois générations dans ma famille et que je conseille. Et je vous conseille aussi Le Génie des alpages du même auteur, ayant la même ambiance

02/11/2022 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Animan
Animan

Manimal : Les vieux de la veille se souviennent probablement de cette courte série télé américaine diffusée sur FR3, euh France 3 dans les années 80. Si l'ensemble de cette oeuvre n'aura pas perduré dans la durée (annulée par manque d'audience outre-Atlantique), ses multiples rediffusions plus son caractère fantastique auront marqué durablement les gamins que nous étions, à savoir un justicier ayant la faculté de se transformer par la pensée en n'importe quel animal (mais surtout en faucon et en panthère pour des raisons probablement budgétaires). Anouk Ricard s'est souvenue également de cette série et décide dès lors d'en développer sa propre version gauloise. Jonathan Chase devient ainsi Francis et sera Animan avec les mêmes pouvoirs mais dans un contexte assumé cette fois pour la rigolade ! La bande dessinée étant sans limites coté effets spéciaux, cette fois notre brave héros va devenir tour à tour un toutou pour discuter avec les chiens, une guêpe pour piquer les malfrats ou même un lombric pour aller mener une enquête outre tombe au sens propre !!! Bien évidemment notre héros va trouver sur sa route son ennemi juré, Objecto dont la particularité est de se transformer en objets familiers ! Une nouvelle fois, le sens de la dérision de Anouk Ricard fait mouche. Ses dessins si simples forment un parfait contrepoids avec des dialogues absurdes et le rire est souvent au rendez=vous ! Francis vit avec une grenouille dotée de la parole et qui ignore la double vie de son compagnon. L'ensemble est un mélange déconnant de vie de couple, d'enquêtes improbables sans oublier l'aspect super héros dans un rythme pétaradant entrecoupé de petits strips. Animan c'est un peu la synthèse de tout son travail, de Commissaire Toumi à Boule de Feu, et si elle dessine toujours aussi mal les voitures, son trait naïf participe grandement à la cohésion de l'ensemble sur un ton résolument décalé. Que du bonheur à lire et à relire, encore un sans fautes pour une autrice décidément pas comme les autres.

02/11/2022 (modifier)
Couverture de la série Solo (Martin)
Solo (Martin)

Quand la Bd était sortie en 2014, je ne pensais pas m'y intéresser, et puis finalement au vu des dessins en feuilletant par curiosité en bibli, je me suis lancé dans cette aventure, et j'ai bien fait. On est quasiment immergé dans cet univers animalier post-apocalyptique, sombre, chaotique, impitoyable et dangereux grâce à un scénario parfaitement conduit à défaut d'une grande originalité. Car en fait, j'y ai retrouvé un ton, des situations et un univers assez semblable à celui de Conan, lorsqu'il erre en quête de gloire et de richesses ; la différence ici c'est que Solo et la plupart des autres espèces animalières errent dans ce monde détruit à la recherche de nourriture, sinon on se fait bouffer. Je vois à droite à gauche que c'est un Mad Max animalier, un univers à la Mad Max... je dirais oui et non, il n'y a pas ici de quête pour l'essence, c'est seulement pour bouffer, de plus dans les Mad Max, du moins dans le 1er film, il n'y a que des humains d'une part, et le monde ne semble pas encore complètement détruit d'autre part, il est sauvage mais il y a encore une once de civilisation, c'est dans l'opus 2 que ça devient plus sauvage et plus apocalyptique, on sent que les hommes ont fait péter la planète. Chez Solo, il y a aussi des humains, mais les animaux anthropoïdes sont plutôt dominants et ne cessent de se battre, soit pour assurer leur survie, soit en arène comme des gladiateurs. A cela s'ajoute une petit côté fantasy dans cet univers, surtout marqué par les silhouettes de gros bourrins des personnages, les armes blanches qu'ils emploient, et leurs techniques de combat, même le décor dévasté et désertique rappelle un peu le genre fantasy. En tout cas, ce monde a beau être désertique, il est très riche et dense au niveau background. Le héros a beau être un personnage badass, il est très attachant, et c'est pourquoi on ressort triste et un peu dépité je l'avoue à la lecture du tome 3 car l'auteur n'hésite pas à le tuer, clôturant un cycle exceptionnel nourri d'un mélange d'action et de réflexion, soutenu par un dessin hors norme d'un dynamisme rare. Parlons-en de ce dessin justement : Oscar Martin est un dessinateur très talentueux, décidément ces dessinateurs espagnols ne cesseront de m'émerveiller. Sa technique anthropomorphique est poussée au maximum avec un grand brio, comme chez son compatriote Guarnido, croquant des personnages hyper musclés et très expressifs, on les reconnait tous ; son trait est rugueux, épais, puissant, et possède en même temps un petit air disneyen, la colorisation dans des tons de beige, de gris et de couleurs approchantes est bien dosée, ses cadrages et ses dessins en pleine-page ont aussi un impact énorme, dommage que le format d'album choisi soit petit, ces dessins se seraient peut-être senti moins à l'étroit dans un format d'album normal, je sais pas ; l'auteur compense le format par le nombre de pages qui est conséquent. En tout cas, j'adore ce dessin, c'est une belle claque graphique. J'en viens à présent au gros défaut qui m'empêche de noter 5/5 : la voix off qui permet à Solo d'exprimer ses pensées sur la difficulté de construire son identité quand on doit tuer pour exister ; l'idée est bonne, mais ça aurait été cent fois mieux à petite dose, là on a un dialogue intérieur en texte narratif trop envahissant, trop verbeux, qui tend à ralentir la lecture et qui devient vite pénible. C'est dommage. Maintenant, est-ce que la série aurait dû s'en tenir à ce cycle de 3 albums qui se termine par la mort stupide de Solo ? Je répond oui, pour moi ça aurait pu rentrer parmi les Bd exceptionnelles par sa dimension rare. Vouloir continuer est certes concevable, je le comprend, d'autant que le nouveau cycle qui démarre avec Legatus, fils spirituel de Solo, se révèle plus psychologique, renouvelant le concept tout en gardant un lien avec le premier cycle car l'ombre de Solo plane dessus, tout au moins avec le tome 4 qui est encore d'un bon niveau. Le premier cycle était sans doute plus brut de décoffrage, avec une succession de bastons, de massacres et d'étripages qui revenaient un peu trop souvent, mais le fond était d'une richesse inouïe ; on y décelait même de l'amour et de l'humanisme, un vrai paradoxe avec ces personnages animaliers. Dans ce second cycle, il y a un peu moins d'action, plus d'introspection, mais au final, ça finit par répéter un peu le premier cycle, je l'ai trouvé moins attractif, sans trop de renouvellement, d'ailleurs je n'ai pas vraiment apprécié le tome 5. Je garde quand même un excellent moment de lecture, la série (et surtout son premier cycle) est une totale réussite.

01/11/2022 (modifier)
Couverture de la série Les Dessous de Pointe-Noire
Les Dessous de Pointe-Noire

C'est une lecture qui résonne d'une manière particulière pour moi. Malgré les différences, je me suis retrouvé dans quelques situations du mundélè Laurent de cette histoire. La différence d'âge, la différence d'approche sur us et coutumes de chaque continent et le rôle de chacun dans le foyer conjugal sont des difficultés d'un couple mixte bien observées par KHP. J'ai trouvé les personnalités de Laurent, Naomie et Yevline très finement travaillées et correspondant à l'ambiguïté des rapports humains très présente en l'Européen et l'Africaine, même quand ces rapports sont sincères. Entre doute et confiance, sincérité et incompréhension le métissage des corps et des cultures n'est pas un chemin toujours aisé. KHP utilise parfois un discours un brin moralisateur mais propose une conclusion assez optimiste et loin d'une vision fondamentaliste puritaine pour la femme africaine moderne ce qui me convient très bien. Pour goûter pleinement l'originalité du graphisme de KHP il faut lire le petit dossier en fin d'ouvrage. Son trait est fin, précis et constant. Son N&B fait un peu crayonné scolaire manquant de fantaisie mais son style réaliste rend des personnages très vivants et des jeunes femmes très belles. C'est assez rare de trouver dans une BD africaine des scènes de sexe aussi poussées. Le dessin de KHP porte une charge érotique puissante. Je ne proposerai donc pas cette BD au moins de 15 ans. J'ai bien apprécié cette série et découvert un artiste qui possède un bien beau talent.

01/11/2022 (modifier)
Par Solo
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Kiss the Sky
Kiss the Sky

J'allais en librairie pour commander la BD de Beethoven - Le prix de la liberté. Je ne suis pas sorti les mains vides! J'avais lu que le duo d'auteurs avait ce projet sur Jimi Hendrix, mais je ne m'attendais pas à voir l'ouvrage dans les rayons. Il faut commencer par préciser que le travail bien fait commence dès la fabrication de cette BD, au format carré. Rare et tellement plaisant, ça colle beaucoup trop bien avec le remplissage du dessin, qui gagne en matière grâce au papier épais. La couverture toilée est sobre et classe. On est sur un petit plaisir du toucher. C'est le seul duo d'auteurs capable de couper mon cerveau en deux. Dupont me donne envie de dévorer les planches pour le style narratif exceptionnel et son écriture à la fois tranchante et fluide. Et Mezzo me fait rester sur chaque case à contempler ces petits tableaux qui nous sont offerts. Cette osmose a par ailleurs un double intérêt pour les lecteurs: - mettre en avant une quantité infinie d'informations sur l'histoire du blues : salles de concert, vinyles, relations entre les stars, chansons du moment... - tenter de raconter ce récit qui pourrait permettre aux plus néophytes d'y trouver son compte Avec Robert Johnson (voir Love in Vain), l'histoire est racontée telle une légende, essentiellement parce-que les archives ne sont pas très fournies pour les artistes noirs des années 20. Ici, l'ère contemporaine a évolué: le blues emporte tout le monde et les enregistrements/écrits foisonnent. On peut donc profiter d'une pléthore de références habillant subtilement le récit. Pour moi, c'est une jouissance de trouver toute cette mine d'informations. Je n'aime pas le côté people accolé aux célébrités, mais là comprenez que les plus grands esprits se rencontrent... C'est l'apogée du blues, l'avènement de la guitare électrique, l'affirmation et l'émancipation de la "black culture" par la musique. Et c'est aussi une période de rude concurrence où la communauté noire voyait la musique comme un moyen permettant de quitter la misère et l'anonymat. C'est donc une période majeure pour le monde musical, et les auteurs savent bien nous le rappeler. Voilà dans quoi se trouve Jimi Hendrix. Pour lui, la vie aura toujours été une galère prête à chavirer. Je pense que les personnes moins fans du thème trouveront des répétitions (échec > succès > échec ...). Mais vous voyez bien que je ne compte pas donner une seule critique négative. L'évolution du personnage est parfaite, la réussite de ce Jimi est aussi bien graphique que psychologique. On a le sentiment de suivre ses pas comme si l'on marchait à ses côtés. Niveau structure du récit, le dosage donné à chaque période de sa vie est idéal pour moi, sachant qu'un deuxième tome reste à publier. Un deuxième tome, rendez-vous compte, je nage en plein bonheur... Pour le dessin, qu'est-ce qui n'a pas encore été dit... On reconnaît Mezzo et sa patte continue d'évoluer. Il faut lire Love in Vain. Désolé mais c'est un ordre (pour votre bien ceci dit). Avec Kiss the Sky, une quantité pharaoniques de célébrités nous est présentée. Le risque était de se perdre à différencier tous ces personnages placés au milieu de scènes bondées. Eh bah non! Même pas! Le talent c'est le travail, et je serais tenté de dire que Mezzo a dû en suer pour crayonner tout ce casting. Je crois qu'il a poussé encore plus loin le réalisme dans son trait pour permettre des distinctions aussi limpides. Les portraits, les expressions, les comportements corporels, les guitares... Un vrai travail d'historien avec le point de vue artistique. J'ai vraiment baigné dans cet univers graphique. Et puis, les femmes... je ne devrais pas les limiter à l'esthétisme car elles ont une part très importante dans le récit, mais 'My word!' qu'elles sont belles! L'attente des publications signées par Mezzo peut sembler outrageusement longue. Mais il suffit de voir le résultat de son travail pour comprendre et adhérer à la fréquence de ses créations. Jean Michel Dupont place la barre aussi haute, car il participe aussi bien à la mise en situation qu'au ton du récit. Ces deux-là se sont bien trouvés. Le dessin répond au texte, et inversement, comme l'art du contre-point que l'on retrouve en musique. Un travail d'orfèvre. Il est évident que les auteurs respectent profondément le guitariste, en offrant une biographie singulière et très personnelle, en plaçant les consommations de drogue en retrait du scénario. Et c'est un fait assez rare pour être souligner, parce-que j'en ai un peu marre de l'image facile du "drogué" qui est injustement retenue plus que tout le reste. Pour les amoureux du blues, c'est un must-have qu'il faut acheter les yeux fermés. Les références sont infinies et les friandes anecdotes de l'époque ne vous lasseront jamais. Pour les lecteurs un peu moins branchés sur cette musique, la sécurité serait plutôt de l'emprunter dans un premier temps. L'histoire de Jimi Hendrix, du blues/rock et de la black music racontée dans une petite œuvre d'art de 24,5€.

01/11/2022 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Glacé - d'après Bernard Minier
Glacé - d'après Bernard Minier

Philéas surfe sur le succès des adaptations en BD. En voilà encore une qui mérite toute votre attention. Du polar bien noir, original avec un décor à vous glacer jusqu’aux os ! Un cheval a été mutilé de façon atroce. L’ADN retrouvé sur les lieux de cette boucherie chevaline appartient à un dangereux criminel pourtant enfermé dans un établissement psychiatrique ultra sécurisé à quelques kilomètres de là ! Il y a du rythme. Plus on avance dans cette histoire angoissante, plus l’ambiance devient oppressante. C’est délicieux. L’atmosphère vous prend littéralement aux tripes. Vous êtes pris entre les montagnes impressionnantes, l’hôpital psychiatrique, et la neige. Le tout – nous sommes vernis – dans la pénombre des longues soirées de l’hiver pyrénéen. Grrrrr ! oui oui vous allez greloter ! Chapeau bas à Mig pour avoir su réaliser ce climat tout en mode blanc bleu si particulier. Je vous le dis, pour la fin, vous aurez beau vous creuser la tête, tourner les pages, revenir en arrière, vous ne trouverez pas le dénouement. Et ça c’est vraiment brillant. L’histoire vous tient en haleine. Une belle surprise glacée que je vous recommande vivement. C’est diaboliquement bon.

31/10/2022 (modifier)
Par Josq
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Fée Aveline
La Fée Aveline

Ah, La Fée Aveline, c'est toute une partie de mon adolescence... J'ai lu cet album assez tôt, et contrairement à beaucoup, je pense, j'ai pu découvrir cette oeuvre de Goscinny simultanément aux Lucky Luke et Astérix, ce qui explique probablement pourquoi je la trouve aussi culte. Mais indépendamment du souvenir d'enfance, j'adore La Fée Aveline, car je trouve qu'on est tout simplement sur une des oeuvres les plus matures de Goscinny. Adoptant une tonalité plus adulte, on n'est certes pas encore au niveau de l'oeuvre fleuve de Goscinny (mais jamais publié en albums, qu'attendent les ayants droit ?), Docteur Gaudéamus, et de ses vaudevillesques histoires (passagères) de femmes et d'adultère, mais on sent que l'auteur ne cherche pas spécialement ici à draguer un public enfantin. C'est peut-être aussi ce qui me fascinait à l'époque où je commençai à découvrir le monde des adultes et c'est ce qui rend cette Fée Aveline si particulière et assez unique au sein l'oeuvre de mon auteur favori. Attention, on est évidemment loin de la série "pour adultes", mais cette maturité de ton est en fait nécessaire pour mieux exploiter le décalage que Goscinny instaure dans ses récits, et surtout pour mieux diffuser sa vision étonnamment satirique du monde et de la société de son époque. Ce qu'il va dénoncer ou simplement croquer de manière affectueuse, ce sont tous les travers d'un monde d'adultes, d'où le fait qu'il vaut mieux avoir cette maturité nécessaire pour mieux goûter le sel des gags de l'auteur. D'où le fait aussi que pour mettre en place un décalage maximal, il faut faire entrer en collision deux mondes qui sont complètement opposés l'un à l'autre. Cette opposition, on l'a déjà vue ailleurs, mais elle trouve ici une de ses meilleures incarnations, c'est donc celle entre le monde réel et l'univers des contes de fées. Goscinny s'amuse sans cesse du décalage permanent qu'on va pouvoir trouver entre l'univers sucré et naïf des contes à la Perrault et notre monde désenchanté. Il s'en amuse, mais n'hésite pas non plus à dénoncer ce qu'il voit, et comme le dit bamiléké dans son avis, l'auteur a une vision étonnamment moderne du monde qui l'entoure, et sa vision des rapports hommes/femmes est franchement intéressante, faisant écho avec les débats que notre actualité connaît aujourd'hui. A la manière des meilleurs apologues, Goscinny met en scène une sorte de Candide moderne et donc actualisé, au travers de ce personnage de fée qui découvre un monde dont elle ignore tous les codes, et c'est d'une pertinence que n'égale que l'humour avec lequel c'est mis en scène. Le papa d'Astérix promène donc son regard acéré sur un monde pris dans une sorte de frénésie incontrôlée, un monde où tout va trop vite et où aucune place n'est laissée aux rêves. Il multiplie alors tous les outils narratifs dont il raffole : jeux de mots à foison, multiplication des "anachronismes" (pour peu qu'on puisse dater l'univers des contes de fées), choc des cultures radical, situations cocasses à hurler de rire... Jamais méchant, mais jamais consensuel, Goscinny nous offre donc un beau voyage en absurdie, et nous propose de poser un regard renouvelé sur le monde qu'on traverse au quotidien. Mais si l'ami René nous pousse à cela, ce n'est pas pour détruire, plutôt pour (re)construire quelque chose. Cette chose qu'on a perdue, et qu'il illustre à merveille ici, c'est cette capacité d'imagination, ce pouvoir de rêver, cette volonté de s'évader qui caractérise la fée Aveline. Elle vient d'un monde où tout est possible et ne comprend pas pourquoi les humains vivent tous ainsi, sans jamais chercher à s'élever au-dessus de leur médiocrité ambiante, de ce quotidien morne où personne n'est réellement heureux. Le dessin de Coq est sans aucun doute une des plus belles armes de cette bande dessinée pour illustrer le message, ou plutôt la vision du monde, qu'elle véhicule. En effet, le dessinateur espagnol a une nouvelle fois recours à ce trait d'une élégance rare, à la fois très rigoureux et très épuré, qui donne merveilleusement corps à l'imaginaire de Goscinny, que ce soit dans son ton réaliste ou dans sa fantaisie débridée. Sous la plume de Coq, notre monde et notre quotidien sont magnifiés, et leur laideur disparaît sous un éblouissant vernis de poésie. Ainsi, à l'image de son héroïne, Goscinny opère un renversement titanesque : la normalité, ce n'est plus "métro, boulot, dodo", c'est "carrosse, loisirs, château". En nous immisçant dans cet univers de contes de fée, l'auteur nous montre ce qu'il recherche partout dans notre monde : cette petite étincelle de bonheur qui change tout. Et comme dans toute son oeuvre, il la concrétise avec un art consommé. Finalement, s'il fallait résumer ce chef-d'oeuvre de Goscinny, on ne pourrait guère trouver mieux que cette magnifique phrase de Chesterton, que j'aime souvent à rappeler : "Notre monde ne manque pas de merveilles, mais seulement du désir d'être émerveillé."

28/10/2022 (modifier)
Par Cleck
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Celle que...
Celle que...

J'ai une infinie sympathie pour cette série. Vanyda y évoque merveilleusement l'adolescence et les bouleversements rencontrés durant cette période : le corps qui se transforme, la découverte du sentiment amoureux, la personnalité qui se fixe, les amitiés qui évoluent en conséquence... Cela est réalisé avec une délicatesse rare, proche de celle vue dans l'inégalée série TV "My so-called life" / "Angéla 15 ans". Vanyda parvient grâce à un trait rond, aérien et volontiers enfantin, à une mise en page dynamique et légère, à des cadrages réinterrogeant les situations, à signifier des sentiments aussi vaporeux que la timidité, le trouble, l’amour naissant, à donner vie au bouillonnement intérieur, aux doutes tus, à esquisser des sentiments éphémères. Avec bienveillance, Vanyda invite son lecteur dans l’intimité de personnages devenus familiers, révélant une complicité douce et silencieuse, chaude comme des souvenirs nostalgiquement suspendus, belle comme une vérité malicieusement reconnue.

28/10/2022 (modifier)
Par Cleck
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Grande Arnaque
La Grande Arnaque

"La Grande arnaque" est une merveille absolue. Cela fourmille d'idées grandioses et d'extravagances heureuses. Le mélange des genres (thriller politique, tragédie, historique, romance...), le jeu formellement incroyable avec la narration (faisant se déplacer le point de vue entre ici un acteur résigné à être la voix du pouvoir, là un chœur antique, etc.), l'horrible personnage de l'Iguane (véritable personnification visuelle de la terreur), cette manière de mêler les petites et la grande Histoire, les hommages au cinéma et à la littérature... Tout se renforce pour tout à la fois décrire dans leur mythologie le fonctionnement des dictatures, dénoncer avec une pertinence folle celle argentine et construire un thriller nerveux d'une habileté rare. Chef d’œuvre indispensable qui mériterait d'être étudié en fac de lettres tout autant qu'en école d'Art. Naturellement, ce coup de génie ne put être égalé, et la suite intitulée "l'Iguane", sans démériter, ne put atteindre un tel sommet.

28/10/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Primordial
Primordial

C'est les noms de Jeff Lemire, mais surtout celui d'Andréa Sorrentino qui ont attiré mon attention et un simple feuilletage a suffit de me convaincre pour passer à la caisse (et aussi l'avis d'Alix). Le pitch de départ est intriguant et il le restera tout le long du récit. Impossible d'en dire plus, il faut garder le mystère entier pour avoir son lot de surprises. Une narration non linéaire puisqu'elle va nous faire voyager du passé au présent et vice et versa. Les transitions se font naturellement, l'ensemble est fluide. Un récit qui m'a captivé du début à la fin, une fin d'ailleurs qui laisse la porte ouverte à son imagination. Elle ne m'a pas déçu, même si j'attendais autre chose. La partie graphique est monstrueuse de virtuosité. J'en ai les yeux écarquillés de bonheur. Sorrentino et Stewart jouent sur deux styles différents suivant les époques. Pour le passé, un trait gras associé à des couleurs ternes où le noir domine l'ensemble. J'ai particulièrement aimé les visages avec un côté flou, surtout celui de la jolie Yelena. La guerre froide est présente sur chaque case. Et pour le présent, c'est un changement radical avec un trait plus fin, géométrique avec une mise en page hallucinante et des couleurs qui explosent de partout. Une lecture d'une traite, un album que j'aurai plaisir à ouvrir de temps en temps pour en prendre plein les yeux. Et une lecture doit donner du plaisir et j'en ai pris une sacrée dose. Que demander de plus ? Gros coup de cœur graphique.

27/10/2022 (modifier)