Après le très réussi Itinéraire d'une garce, la collection Porn'pop dirigée par Céline Tran (ex Katsuni) nous offre une très belle surprise avec cet album.
Les auteurs nous présentent les aventures d'un couple trentenaire (Anis et Adèle) en passe de pimenter leur vie sexuelle, pour rompre la monotonie du couple. Certes le thème n'est pas très nouveau mais le traitement fait ici est assez original. On oscille sans cesse entre l'enquête policière et des scènes assez explicites. Mais j'avoue que l'intrigue l'emporte sur le côté voyeur, qui est habituellement réservé à ce genre de bande dessinée, ce qui est assez fort quand même !
Outre un scénario bien réussi et intriguant, il faut souligner la qualité du dessin de Duddy, que je ne connaissais pas, et qui m'a littéralement séduit.
C'est par le plus grand des hasards que je suis tombé sur cet album (un article sur sceneario.com), qui est sorti à une période assez creuse sur le plan éditorial (mi-août)
En tout cas une agréable surprise pour un album qui mérite de dépasser l'appellation bd pour adulte, comme l'était Itinéraire d'une garce, qui s'apparentait plus à un roman graphique qu'à une simple bd de cul. En effet, nous suivons les aventures d'un couple qui est pris dans un engrenage, qui semble les dépasser.
Bref, une petite pépite que vient d'éditer la directrice de la collection "Porn'pop", Céline Tran.
Me concernant il n’y a qu’un Marsupilami. Celui de Spirou et de Fantasio. Il m’était donc difficile d’imaginer qu’un « héritier » de Franquin puisse reprendre ce personnage si particulier qui a bercé toute ma jeunesse. Je me suis donc collé à la lecture de cet album avec une certaine réticence.
Au final je n’ai pas été déçu. Bien au contraire. Je dirais même que j’ai été conquis ! Mais que c’est bon ! Zidrou et Franck Pé ont réussi le tour de force de déposséder le Marsupilami de toute sa force hilarante pour en faire un héros d’une aventure dramatique.
Le dessin est tout bonnement admirable avec de très belles pleines pages du port d’Anvers. Les cadrages en mode cinématographique rétro sont magnifiques. Le lecteur est au cinéma ! Visuellement nous sommes sur une pépite graphique. La colorisation convient parfaitement à l’histoire. Houba Houba !
Oui le côté Spirou et Fantasio est gommé. Oui l’atmosphère est un peu glauque. Oui notre Marsupilami se retrouve bien loin de son nid habituel. Oui on peut le dire, ce récit est même un peu tragique et sombre. Et Oui je vous invite à lire cet album ! Et si tu rajoutes un scénario entrainant et rythmé, tu as compris que cela fleure bon le 4 étoiles et le coup de coeur !
Pour cet impressionnant pavé, David L. Carlson s’est basé sur une histoire vraie qui l’a captivé d’emblée, celle de son ami Charlie, ou plutôt celle de son père, Matt Rizzo. Le lecteur le comprendra aisément dès les premières pages qui le plongent dans un univers sombre et inquiétant, à travers le récit de l’accident de chasse du père, dans un « no-man’s » land de Chicago où planait alors l’ombre de Leopold et Loeb. Les deux jeunes hommes avaient voulu commettre le crime parfait en séquestrant et en tuant un adolescent de 14 ans.
Sans trop spoiler le récit, on découvrira que le père, ancien petit malfrat, a fait plusieurs années de prison et que, par une troublante « coïncidence », il y a fait connaissance avec Nathan Leopold, l’un des deux assassins dont il partageait la même cellule. Avant cet épisode qui représente la majeure partie du livre, Charlie raconte ses premières années à Chicago, sa (re-)découverte de son père et les longs moments passés avec lui, dans un appartement sans lumière où il passait l’essentiel de son temps sur sa machine à écrire en braille.
C’est paradoxalement en prison que l’apprenti gangster s’est racheté une conduite en prenant goût aux choses de l’esprit, grâce à Leopold qui se révèlera, contre toute attente, une personnalité attachante et soucieuse de transmettre sa passion de la littérature et de la « langue des poètes » aux détenus. Au sein de la prison, celui-ci organise régulièrement des lectures des grands auteurs littéraires, dans un mode théâtral qui permet de mieux capter l’attention des détenus, avec parfois quelques réactions épidermiques et souvent passionnantes. Car l’initiative de Leopold intrigue, et peu importe ce qu’ils en comprennent, les prisonniers viennent assister avec intérêt à ces sessions en apparence à mille lieues de leurs préoccupations triviales, mais qui leur permettent a minima d’échapper à leur quotidien misérable.
David L. Carlson nous propose ici un roman graphique d’une extrême richesse, touffu certes mais néanmoins très fluide. L’érudition est présente à toutes les pages, avec en surplomb les figures tutélaires de la littérature et de la poésie à travers les siècles : Platon, Nietzche, Edgar Allan Poe, Shakespeare, Homère, Milton, Emerson et d’autres. Mais celle qui servira de fil rouge au récit, c’est assurément Dante Alighieri et sa « Divine Comédie », qui, pour Matt Rizzo, fera office de métaphore pour sa vie passée et présente, se muant progressivement en quête initiatique salutaire, lui qui avait pour obsession de mettre fin à ses jours au début de son incarcération.
Cet objet rare et très personnel s’avère un magnifique conte noir qui revisite avec brio la fameuse « Divine Comédie », prouvant s’il le fallait qu’elle fait bien partie des grandes œuvres humaines intemporelles. Landis Blair de son côté nous subjugue et nous envoûte par son trait hyper-expressif, tout en noirceur, reflétant parfaitement l’univers carcéral du récit (lié en partie à la cécité du personnage principal), où croisillons et hachures recouvrent les pages jusqu’à l’obsession. Ce parti pris autorise les visions les plus cauchemardesques, seuls quelques rares espaces sont concédés à un blanc à peine rassurant. Blair fait preuve d’une expressivité folle et d’une originalité inouïe dans la mise en page.
A n’en pas douter, « L’Accident de chasse », c’est du lourd, et pas seulement au sens figuré. Très justement récompensé au Festival d’Angoulême 2021, ce roman graphique, dans la lignée d’un « Maus », où là encore les rapports père-fils faisaient l’objet d’une exploration sans concession, est une ode superbe à la littérature et à la poésie, en particulier aux grands auteurs cités dans le livre. L’ouvrage, qui vient nous rappeler que l’imagination a le pouvoir de briser les barreaux d’une prison, honorera sans conteste votre bibliothèque. Un chef d’œuvre à lire et à relire.
William Roy pour son premier album a choisi un sujet très difficile. Même si cela lui a permis d'extérioriser toutes les difficultés et les angoisses qu'il a traversées avec son épouse pour avoir un enfant, la FIV est un sujet technique et éthique assez pointu.
La grande qualité du livre pour moi, est que le scénario ne s'embourbe pas dans une biologie trop lourde avec des protocoles interminables. C'est d'ailleurs la partie vulgarisation des protocoles qui m'a le moins intéressé. Peut-être parce que je me sentais moins concerné ou que je connaissais déjà pas mal de choses.
Par contre j'ai été très agréablement surpris par le déroulé du scénario qui joue sur deux niveaux très bien pensés. Le pauvre Guillaume porte à la fois la culpabilité (illégitime) de rencontrer un problème avec son sperme mais aussi, il porte en lui une blessure relationnelle profonde avec son père.
Cette position centrale d'une paternité voulue mais improbable et d'un modèle paternel qu'il a subi et meurtri construit un surplus d'émotions et d'ambiances psychologiques complexes, ce qui enrichit beaucoup le série. Le paroxysme de cette intensité dramatique est le moment où Guillaume doit choisir entre les retrouvailles avec son père et l'hospitalisation d'Emma.
Ce que je trouve remarquable aussi, est que l'auteur réussit à introduire des moments comiques assez inattendus et très bien placés. L'hommage à Gotlib ne pouvait pas être mieux placé lors des séances de "recueils".
Le graphisme convient parfaitement à ce type de série qui est presque autant reportage/documentaire que roman graphique à mon avis. C'est l'enchaînement des difficultés et la palette des sentiments et des expressions de Guillaume et Emma qui priment sur le réalisme du dessin.
On trouve de petites piques à l'encontre d'une partie des médecins rencontrés. Je dois avouer que j'ai bondi quand ses premiers médecins ne lui ont pas demandé d'arrêter de fumer (surtout 10/j !!!) dès son premier rendez-vous.
Une lecture vraiment intéressante qui a su aller bien au-delà d'un simple exposé de vulgarisation scientifique, mais qui aborde des notions sur la paternité très pertinentes.
Moomin est un curieux personnage, un troll en forme d’hippopotame dont il n’existe qu’une seule famille, vivant dans la vallée des Moomins.
Né de l’imagination d’une artiste finlandaise, il prend vie d’abord sous forme de roman jeunesse à la fin de la guerre. L’auteure le déclinera en bd dans les années 50. C’est donc vieux et pourtant, c’est d’une incroyable modernité.
J’ai découvert les Moomins en cherchant de la littérature jeunesse pour mes enfants. Et bien sûr je lis tout avant de leur donner. Et je suis tombée amoureuse, littéralement. Des romans.
Je n’ai lu la forme bd que bien après, et c’est ça qui me perturbe un peu dans mon avis, j’ai du mal à faire la part des choses.
J’aime beaucoup la bd. Comme je le disais, malgré l’âge, je la trouve très moderne, le dessin, la mise en page, le rythme. Le dessin est incroyable, quelle expressivité sur ces hippopotames sans bouche, avec quelques traits, toutes les émotions passent. Les autres créatures peuplant cette vallée sont bien expressives aussi. Et l’auteure utilise joyeusement les objets et éléments du décor pour séparer les cases, j’adore.
Le rythme est soutenu, Moomin et ses amis vivent de petites aventures de quelques pages. L’intérêt est renouvelé par les thématiques différentes. Parfois purement divertissantes mais souvent sujets de société. Le rapport à l’autorité, la reconnaissance sociale, l’amitié, le désir de posséder, l’image de soi, la jalousie… Vous ai-je dit déjà que c’était moderne ? On s’attendrait presque à voir un thème sur les réseaux sociaux et les likes…
Voilà, quatre étoiles pour la bd, mais j’en aurais mis cinq pour les romans. Surtout le premier que j’ai lu, « Moumine le troll », petit pamphlet contre la société de consommation bien enrobé en conte pour enfants, j’adore.
Moomin est une institution en Scandinavie. Au Japon aussi où il s’est largement exporté. Succès bien mérité.
J’aime beaucoup les albums de Rodolphe, et son nom sur une couverture est pour moi un signe encourageant… nouvelle bonne pioche avec « Iruene », même si cette histoire est finalement surtout le fruit de l’imagination de Griffo. Ce dernier habite depuis 1990 sur la petite île de La Palma, qui a servi d’inspiration pour ce récit.
J’ai trouvé l’intrigue prenante et bien construite. On nage en plein mystère en début d’album : s’agit-il de rêves ? De réincarnation ? De portes sur d’autres mondes ? De voyage dans le temps ? Les réponses arrivent petit à petit, et sont satisfaisantes, en ce qui me concerne en tout cas. Le dénouement final n’est certes pas des plus originaux, mais m’a personnellement beaucoup plu.
La mise en image de Griffo est exemplaire, le dessin est clair, la narration parfaite. Et le travail d’édition de Daniel Maghen est de qualité, comme d’habitude. A noter une interview intéressante de Griffo par Rodolphe en fin d’album.
Un chouette one shot.
En 1992 à Rio, 120 chefs d’États dont Bill Clinton nous avaient abreuvé de beaux discours et de belles promesses quant à leur volonté de faire un réel effort pour sauver la planète (pour faire court).
Je lis "Les Bourrinologues" comme une réponse cinglante et documentée à toutes ces paillettes et ces paroles hypocrites qui n'ont été suivies d'aucune réelle volonté politique (à part celle des îles Marshall peut être). "COP = Caca" porte le T-shirt d'Alex pauvre stagiaire de 3eme dont l'avenir est bien compromis auprès de nos trois bourrinologues.
Le scénario développe neuf cas exemplaires qui montrent que depuis 1990 TOUT s'est aggravé dans l'insouciance de nos responsables politiques et de nos populations anesthésiées par internet (le passage avec Larry Page est delicious).
J'ai une préférence pour les récits des tomates bio espagnoles et celui de la Silicone Valley. Mais tous les chapitres sont excellents et révèlent l'hypocrisie et la bêtise de notre comportement aujourd'hui encore.
J'aime beaucoup le graphisme qui mêle dessins et photos. Les exposés sont précis, clairs et terrifiants. C'est moderne avec un public cible d'ados de 15/18 ans. Mais dialogues et graphisme s'adressent à tous grâce à un HDV (Humour De Vieux) particulièrement percutant.
Une série engagée et assez terrifiante quand on gomme le second degré. J'ai vraiment beaucoup aimé.
Je suis bien d'accord avec Gruizzli, la jeune artiste roumaine Ileana Surducan est vraiment talentueuse. La série qu'elle nous propose avec Ced est un petit bijou d'oeuvre pour la jeunesse.
Directement inspiré d'une ambiance à la Poe, ce récit fantastique est très bien construit avec une véritable intrigue et un dénouement à la fois tendre et fort, loin de toute mièvrerie commerciale.
Car le scénario aborde des thèmes forts comme la mort, le pardon ou la séparation d'êtres que l'on a appris à aimer.
J'aime bien ces histoires à la Shining ou l'enfant possède le don de voir ce que les adultes ignorent. Il y a une sorte de passerelle entre le monde de l'enfance et le monde de l'artiste. Cela nous libère parfois d'un rationalisme borné.
Le graphisme d'Ileana se prête à merveille à l'illustration du scénario avec une Charlotte pas si je-sais-tout que çà. Je trouve qu'elle dégage une expressivité très empathique avec ses grands yeux, sa figure aux crayons de couleurs dans cet univers si coloré mélange de crayons de couleurs et d'aquarelles.
L'introduction de Chuck est une vraie trouvaille à la fois dans le scénario mais aussi grâce au graphisme. La représentation des fantômes est aussi très aboutie soit sous leur forme humaine soit sous leur forme spirituelle.
Je trouve cette série très équilibrée entre sa construction littéraire et sa construction graphique.
Une belle découverte et une lecture très plaisante pour les jeunes mais pas que.
Sorti conjointement avec l'album Jesse James, dans cette collection la Véritable histoire du Far West, avec une superbe couverture, l'album "Wild Bill Hickok" adopte la même approche, il s'agit d'un biopic très réaliste où Dobbs, comme il l'a fait sur Jesse James, revisite le mythe du personnage devenu une véritable légende vivante. Ses exploits sont en effet légendaires car ils ont été considérablement romancés, aussi, il est louable que les auteurs de cet album jouent la carte d'un biopic historique. Hickok fut l'une des plus fameuses gâchettes de l'Ouest, il a marqué cette histoire du vieux Far West et a inspiré de nombreux films parmi lesquels on retiendra surtout Une aventure de Buffalo Bill en 1936, avec Gary Cooper dans le rôle d'Hickok, Little Big Man en 1970 où le rôle était tenu par Jeff Corey (dans une scène cocasse), le Bison blanc en 1977, récit imaginaire mais fidèle à la légende où Hickok était incarné par Charles Bronson, et surtout Wild Bill en 1995 où Jeff Bridges campait le gunfighter face à Ellen Barkin en Calamity Jane. C'est probablement le film qui s'approche le plus de la vraie histoire d'Hickok, et Bridges s'était fait la tête adéquate.
Wild Bill eut une vie bien remplie et tumultueuse, il a représenté la loi au Kansas, mais c'était surtout un gunfighter, il a tué pas mal de types, qui l'avaient sûrement mérité, c'est pourquoi il était rongé par de vieux démons (violence, alcool, femmes, jeu), c'est ce qui est montré dans cette biographie que j'ai trouvé plutôt fidèle en la comparant à mon Histoire du Far West de jean-Louis Rieupeyrout. Les auteurs content sa vie au travers de divers souvenirs, la narration se fait par flashbacks jusqu'à sa mort tragique, en relatant le passé par tranches de vie qui semblent très courtes et que je trouve un peu trop résumées (notamment la relation avec Calamity Jane). Cependant, ils ont su saisir le personnage à travers ces épisodes si courts soient-ils, tout en révélant des pans moins connus de sa personnalité, le récit reste constamment captivant.
Hickok a inspiré aussi des Bd ces derniers temps chez d'autres éditeurs, preuve que le personnage fascine le public avide de western, puisqu'on le retrouve dans la série Wild West et aussi dans West Legends ; je n'ai pas encore lu le second, mais le premier s'intéresse surtout à sa relation avec Calamity Jane, on peut donc dire que toutes ces Bd ne se cumulent pas, elles sont complémentaires et cernent le personnage sous différents angles. A noter que Hickok était aussi apparu dans un tome de la série Trent.
Le dessin adopte un angle sombre, violent et crépusculaire, comme dans Jesse James, c'est un dessin musclé et nerveux qui est en même temps nostalgique, avec une mise en page impressionnante, des cadrages de différentes tailles, des angles de vue audacieux et cinématographiques, j'aime beaucoup ce découpage. Ennio Bufi a reproduit fidèlement la silhouette familière de Wild Bill avec sa grande moustache, sa longue chevelure et son habit long caractéristique qui lui donnait une allure de dandy. La dernière page montre son assassinat honteux à l'âge de 39 ans, tué alors qu'il jouait au poker ; sa combinaison de cartes fut surnommée ensuite Dead man's hand (la main du mort) avec 2 as noirs, 2 huit noirs et le valet de carreau.
Voila encore un bon one-shot qui en annonce d'autres dans cette collection, en espérant qu'il soient d'excellente qualité, et qui compte pour l'instant 2 belles réussites. On trouvera en fin d'album un remarquable dossier historique qui donne des infos complémentaires dont certaines non développées dans la narration.
Je l'ai emprunté à la bibliothèque.. Vraiment je m'attendais pas à ça. L'histoire est prenante, c'était meilleur qu'une série. On devrait en faire une série d'ailleurs, elle serait géniale. Merci beaucoup et les dessins sont juste au top.
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ADAN - L'Agence de tous vos fantasmes
Après le très réussi Itinéraire d'une garce, la collection Porn'pop dirigée par Céline Tran (ex Katsuni) nous offre une très belle surprise avec cet album. Les auteurs nous présentent les aventures d'un couple trentenaire (Anis et Adèle) en passe de pimenter leur vie sexuelle, pour rompre la monotonie du couple. Certes le thème n'est pas très nouveau mais le traitement fait ici est assez original. On oscille sans cesse entre l'enquête policière et des scènes assez explicites. Mais j'avoue que l'intrigue l'emporte sur le côté voyeur, qui est habituellement réservé à ce genre de bande dessinée, ce qui est assez fort quand même ! Outre un scénario bien réussi et intriguant, il faut souligner la qualité du dessin de Duddy, que je ne connaissais pas, et qui m'a littéralement séduit. C'est par le plus grand des hasards que je suis tombé sur cet album (un article sur sceneario.com), qui est sorti à une période assez creuse sur le plan éditorial (mi-août) En tout cas une agréable surprise pour un album qui mérite de dépasser l'appellation bd pour adulte, comme l'était Itinéraire d'une garce, qui s'apparentait plus à un roman graphique qu'à une simple bd de cul. En effet, nous suivons les aventures d'un couple qui est pris dans un engrenage, qui semble les dépasser. Bref, une petite pépite que vient d'éditer la directrice de la collection "Porn'pop", Céline Tran.
Le Marsupilami de Frank Pé et Zidrou - La Bête
Me concernant il n’y a qu’un Marsupilami. Celui de Spirou et de Fantasio. Il m’était donc difficile d’imaginer qu’un « héritier » de Franquin puisse reprendre ce personnage si particulier qui a bercé toute ma jeunesse. Je me suis donc collé à la lecture de cet album avec une certaine réticence. Au final je n’ai pas été déçu. Bien au contraire. Je dirais même que j’ai été conquis ! Mais que c’est bon ! Zidrou et Franck Pé ont réussi le tour de force de déposséder le Marsupilami de toute sa force hilarante pour en faire un héros d’une aventure dramatique. Le dessin est tout bonnement admirable avec de très belles pleines pages du port d’Anvers. Les cadrages en mode cinématographique rétro sont magnifiques. Le lecteur est au cinéma ! Visuellement nous sommes sur une pépite graphique. La colorisation convient parfaitement à l’histoire. Houba Houba ! Oui le côté Spirou et Fantasio est gommé. Oui l’atmosphère est un peu glauque. Oui notre Marsupilami se retrouve bien loin de son nid habituel. Oui on peut le dire, ce récit est même un peu tragique et sombre. Et Oui je vous invite à lire cet album ! Et si tu rajoutes un scénario entrainant et rythmé, tu as compris que cela fleure bon le 4 étoiles et le coup de coeur !
L'Accident de chasse
Pour cet impressionnant pavé, David L. Carlson s’est basé sur une histoire vraie qui l’a captivé d’emblée, celle de son ami Charlie, ou plutôt celle de son père, Matt Rizzo. Le lecteur le comprendra aisément dès les premières pages qui le plongent dans un univers sombre et inquiétant, à travers le récit de l’accident de chasse du père, dans un « no-man’s » land de Chicago où planait alors l’ombre de Leopold et Loeb. Les deux jeunes hommes avaient voulu commettre le crime parfait en séquestrant et en tuant un adolescent de 14 ans. Sans trop spoiler le récit, on découvrira que le père, ancien petit malfrat, a fait plusieurs années de prison et que, par une troublante « coïncidence », il y a fait connaissance avec Nathan Leopold, l’un des deux assassins dont il partageait la même cellule. Avant cet épisode qui représente la majeure partie du livre, Charlie raconte ses premières années à Chicago, sa (re-)découverte de son père et les longs moments passés avec lui, dans un appartement sans lumière où il passait l’essentiel de son temps sur sa machine à écrire en braille. C’est paradoxalement en prison que l’apprenti gangster s’est racheté une conduite en prenant goût aux choses de l’esprit, grâce à Leopold qui se révèlera, contre toute attente, une personnalité attachante et soucieuse de transmettre sa passion de la littérature et de la « langue des poètes » aux détenus. Au sein de la prison, celui-ci organise régulièrement des lectures des grands auteurs littéraires, dans un mode théâtral qui permet de mieux capter l’attention des détenus, avec parfois quelques réactions épidermiques et souvent passionnantes. Car l’initiative de Leopold intrigue, et peu importe ce qu’ils en comprennent, les prisonniers viennent assister avec intérêt à ces sessions en apparence à mille lieues de leurs préoccupations triviales, mais qui leur permettent a minima d’échapper à leur quotidien misérable. David L. Carlson nous propose ici un roman graphique d’une extrême richesse, touffu certes mais néanmoins très fluide. L’érudition est présente à toutes les pages, avec en surplomb les figures tutélaires de la littérature et de la poésie à travers les siècles : Platon, Nietzche, Edgar Allan Poe, Shakespeare, Homère, Milton, Emerson et d’autres. Mais celle qui servira de fil rouge au récit, c’est assurément Dante Alighieri et sa « Divine Comédie », qui, pour Matt Rizzo, fera office de métaphore pour sa vie passée et présente, se muant progressivement en quête initiatique salutaire, lui qui avait pour obsession de mettre fin à ses jours au début de son incarcération. Cet objet rare et très personnel s’avère un magnifique conte noir qui revisite avec brio la fameuse « Divine Comédie », prouvant s’il le fallait qu’elle fait bien partie des grandes œuvres humaines intemporelles. Landis Blair de son côté nous subjugue et nous envoûte par son trait hyper-expressif, tout en noirceur, reflétant parfaitement l’univers carcéral du récit (lié en partie à la cécité du personnage principal), où croisillons et hachures recouvrent les pages jusqu’à l’obsession. Ce parti pris autorise les visions les plus cauchemardesques, seuls quelques rares espaces sont concédés à un blanc à peine rassurant. Blair fait preuve d’une expressivité folle et d’une originalité inouïe dans la mise en page. A n’en pas douter, « L’Accident de chasse », c’est du lourd, et pas seulement au sens figuré. Très justement récompensé au Festival d’Angoulême 2021, ce roman graphique, dans la lignée d’un « Maus », où là encore les rapports père-fils faisaient l’objet d’une exploration sans concession, est une ode superbe à la littérature et à la poésie, en particulier aux grands auteurs cités dans le livre. L’ouvrage, qui vient nous rappeler que l’imagination a le pouvoir de briser les barreaux d’une prison, honorera sans conteste votre bibliothèque. Un chef d’œuvre à lire et à relire.
De père en FIV
William Roy pour son premier album a choisi un sujet très difficile. Même si cela lui a permis d'extérioriser toutes les difficultés et les angoisses qu'il a traversées avec son épouse pour avoir un enfant, la FIV est un sujet technique et éthique assez pointu. La grande qualité du livre pour moi, est que le scénario ne s'embourbe pas dans une biologie trop lourde avec des protocoles interminables. C'est d'ailleurs la partie vulgarisation des protocoles qui m'a le moins intéressé. Peut-être parce que je me sentais moins concerné ou que je connaissais déjà pas mal de choses. Par contre j'ai été très agréablement surpris par le déroulé du scénario qui joue sur deux niveaux très bien pensés. Le pauvre Guillaume porte à la fois la culpabilité (illégitime) de rencontrer un problème avec son sperme mais aussi, il porte en lui une blessure relationnelle profonde avec son père. Cette position centrale d'une paternité voulue mais improbable et d'un modèle paternel qu'il a subi et meurtri construit un surplus d'émotions et d'ambiances psychologiques complexes, ce qui enrichit beaucoup le série. Le paroxysme de cette intensité dramatique est le moment où Guillaume doit choisir entre les retrouvailles avec son père et l'hospitalisation d'Emma. Ce que je trouve remarquable aussi, est que l'auteur réussit à introduire des moments comiques assez inattendus et très bien placés. L'hommage à Gotlib ne pouvait pas être mieux placé lors des séances de "recueils". Le graphisme convient parfaitement à ce type de série qui est presque autant reportage/documentaire que roman graphique à mon avis. C'est l'enchaînement des difficultés et la palette des sentiments et des expressions de Guillaume et Emma qui priment sur le réalisme du dessin. On trouve de petites piques à l'encontre d'une partie des médecins rencontrés. Je dois avouer que j'ai bondi quand ses premiers médecins ne lui ont pas demandé d'arrêter de fumer (surtout 10/j !!!) dès son premier rendez-vous. Une lecture vraiment intéressante qui a su aller bien au-delà d'un simple exposé de vulgarisation scientifique, mais qui aborde des notions sur la paternité très pertinentes.
Moomin
Moomin est un curieux personnage, un troll en forme d’hippopotame dont il n’existe qu’une seule famille, vivant dans la vallée des Moomins. Né de l’imagination d’une artiste finlandaise, il prend vie d’abord sous forme de roman jeunesse à la fin de la guerre. L’auteure le déclinera en bd dans les années 50. C’est donc vieux et pourtant, c’est d’une incroyable modernité. J’ai découvert les Moomins en cherchant de la littérature jeunesse pour mes enfants. Et bien sûr je lis tout avant de leur donner. Et je suis tombée amoureuse, littéralement. Des romans. Je n’ai lu la forme bd que bien après, et c’est ça qui me perturbe un peu dans mon avis, j’ai du mal à faire la part des choses. J’aime beaucoup la bd. Comme je le disais, malgré l’âge, je la trouve très moderne, le dessin, la mise en page, le rythme. Le dessin est incroyable, quelle expressivité sur ces hippopotames sans bouche, avec quelques traits, toutes les émotions passent. Les autres créatures peuplant cette vallée sont bien expressives aussi. Et l’auteure utilise joyeusement les objets et éléments du décor pour séparer les cases, j’adore. Le rythme est soutenu, Moomin et ses amis vivent de petites aventures de quelques pages. L’intérêt est renouvelé par les thématiques différentes. Parfois purement divertissantes mais souvent sujets de société. Le rapport à l’autorité, la reconnaissance sociale, l’amitié, le désir de posséder, l’image de soi, la jalousie… Vous ai-je dit déjà que c’était moderne ? On s’attendrait presque à voir un thème sur les réseaux sociaux et les likes… Voilà, quatre étoiles pour la bd, mais j’en aurais mis cinq pour les romans. Surtout le premier que j’ai lu, « Moumine le troll », petit pamphlet contre la société de consommation bien enrobé en conte pour enfants, j’adore. Moomin est une institution en Scandinavie. Au Japon aussi où il s’est largement exporté. Succès bien mérité.
Iruene
J’aime beaucoup les albums de Rodolphe, et son nom sur une couverture est pour moi un signe encourageant… nouvelle bonne pioche avec « Iruene », même si cette histoire est finalement surtout le fruit de l’imagination de Griffo. Ce dernier habite depuis 1990 sur la petite île de La Palma, qui a servi d’inspiration pour ce récit. J’ai trouvé l’intrigue prenante et bien construite. On nage en plein mystère en début d’album : s’agit-il de rêves ? De réincarnation ? De portes sur d’autres mondes ? De voyage dans le temps ? Les réponses arrivent petit à petit, et sont satisfaisantes, en ce qui me concerne en tout cas. Le dénouement final n’est certes pas des plus originaux, mais m’a personnellement beaucoup plu. La mise en image de Griffo est exemplaire, le dessin est clair, la narration parfaite. Et le travail d’édition de Daniel Maghen est de qualité, comme d’habitude. A noter une interview intéressante de Griffo par Rodolphe en fin d’album. Un chouette one shot.
Les Bourrinologues
En 1992 à Rio, 120 chefs d’États dont Bill Clinton nous avaient abreuvé de beaux discours et de belles promesses quant à leur volonté de faire un réel effort pour sauver la planète (pour faire court). Je lis "Les Bourrinologues" comme une réponse cinglante et documentée à toutes ces paillettes et ces paroles hypocrites qui n'ont été suivies d'aucune réelle volonté politique (à part celle des îles Marshall peut être). "COP = Caca" porte le T-shirt d'Alex pauvre stagiaire de 3eme dont l'avenir est bien compromis auprès de nos trois bourrinologues. Le scénario développe neuf cas exemplaires qui montrent que depuis 1990 TOUT s'est aggravé dans l'insouciance de nos responsables politiques et de nos populations anesthésiées par internet (le passage avec Larry Page est delicious). J'ai une préférence pour les récits des tomates bio espagnoles et celui de la Silicone Valley. Mais tous les chapitres sont excellents et révèlent l'hypocrisie et la bêtise de notre comportement aujourd'hui encore. J'aime beaucoup le graphisme qui mêle dessins et photos. Les exposés sont précis, clairs et terrifiants. C'est moderne avec un public cible d'ados de 15/18 ans. Mais dialogues et graphisme s'adressent à tous grâce à un HDV (Humour De Vieux) particulièrement percutant. Une série engagée et assez terrifiante quand on gomme le second degré. J'ai vraiment beaucoup aimé.
Hôtel Pennington
Je suis bien d'accord avec Gruizzli, la jeune artiste roumaine Ileana Surducan est vraiment talentueuse. La série qu'elle nous propose avec Ced est un petit bijou d'oeuvre pour la jeunesse. Directement inspiré d'une ambiance à la Poe, ce récit fantastique est très bien construit avec une véritable intrigue et un dénouement à la fois tendre et fort, loin de toute mièvrerie commerciale. Car le scénario aborde des thèmes forts comme la mort, le pardon ou la séparation d'êtres que l'on a appris à aimer. J'aime bien ces histoires à la Shining ou l'enfant possède le don de voir ce que les adultes ignorent. Il y a une sorte de passerelle entre le monde de l'enfance et le monde de l'artiste. Cela nous libère parfois d'un rationalisme borné. Le graphisme d'Ileana se prête à merveille à l'illustration du scénario avec une Charlotte pas si je-sais-tout que çà. Je trouve qu'elle dégage une expressivité très empathique avec ses grands yeux, sa figure aux crayons de couleurs dans cet univers si coloré mélange de crayons de couleurs et d'aquarelles. L'introduction de Chuck est une vraie trouvaille à la fois dans le scénario mais aussi grâce au graphisme. La représentation des fantômes est aussi très aboutie soit sous leur forme humaine soit sous leur forme spirituelle. Je trouve cette série très équilibrée entre sa construction littéraire et sa construction graphique. Une belle découverte et une lecture très plaisante pour les jeunes mais pas que.
Wild Bill Hickok
Sorti conjointement avec l'album Jesse James, dans cette collection la Véritable histoire du Far West, avec une superbe couverture, l'album "Wild Bill Hickok" adopte la même approche, il s'agit d'un biopic très réaliste où Dobbs, comme il l'a fait sur Jesse James, revisite le mythe du personnage devenu une véritable légende vivante. Ses exploits sont en effet légendaires car ils ont été considérablement romancés, aussi, il est louable que les auteurs de cet album jouent la carte d'un biopic historique. Hickok fut l'une des plus fameuses gâchettes de l'Ouest, il a marqué cette histoire du vieux Far West et a inspiré de nombreux films parmi lesquels on retiendra surtout Une aventure de Buffalo Bill en 1936, avec Gary Cooper dans le rôle d'Hickok, Little Big Man en 1970 où le rôle était tenu par Jeff Corey (dans une scène cocasse), le Bison blanc en 1977, récit imaginaire mais fidèle à la légende où Hickok était incarné par Charles Bronson, et surtout Wild Bill en 1995 où Jeff Bridges campait le gunfighter face à Ellen Barkin en Calamity Jane. C'est probablement le film qui s'approche le plus de la vraie histoire d'Hickok, et Bridges s'était fait la tête adéquate. Wild Bill eut une vie bien remplie et tumultueuse, il a représenté la loi au Kansas, mais c'était surtout un gunfighter, il a tué pas mal de types, qui l'avaient sûrement mérité, c'est pourquoi il était rongé par de vieux démons (violence, alcool, femmes, jeu), c'est ce qui est montré dans cette biographie que j'ai trouvé plutôt fidèle en la comparant à mon Histoire du Far West de jean-Louis Rieupeyrout. Les auteurs content sa vie au travers de divers souvenirs, la narration se fait par flashbacks jusqu'à sa mort tragique, en relatant le passé par tranches de vie qui semblent très courtes et que je trouve un peu trop résumées (notamment la relation avec Calamity Jane). Cependant, ils ont su saisir le personnage à travers ces épisodes si courts soient-ils, tout en révélant des pans moins connus de sa personnalité, le récit reste constamment captivant. Hickok a inspiré aussi des Bd ces derniers temps chez d'autres éditeurs, preuve que le personnage fascine le public avide de western, puisqu'on le retrouve dans la série Wild West et aussi dans West Legends ; je n'ai pas encore lu le second, mais le premier s'intéresse surtout à sa relation avec Calamity Jane, on peut donc dire que toutes ces Bd ne se cumulent pas, elles sont complémentaires et cernent le personnage sous différents angles. A noter que Hickok était aussi apparu dans un tome de la série Trent. Le dessin adopte un angle sombre, violent et crépusculaire, comme dans Jesse James, c'est un dessin musclé et nerveux qui est en même temps nostalgique, avec une mise en page impressionnante, des cadrages de différentes tailles, des angles de vue audacieux et cinématographiques, j'aime beaucoup ce découpage. Ennio Bufi a reproduit fidèlement la silhouette familière de Wild Bill avec sa grande moustache, sa longue chevelure et son habit long caractéristique qui lui donnait une allure de dandy. La dernière page montre son assassinat honteux à l'âge de 39 ans, tué alors qu'il jouait au poker ; sa combinaison de cartes fut surnommée ensuite Dead man's hand (la main du mort) avec 2 as noirs, 2 huit noirs et le valet de carreau. Voila encore un bon one-shot qui en annonce d'autres dans cette collection, en espérant qu'il soient d'excellente qualité, et qui compte pour l'instant 2 belles réussites. On trouvera en fin d'album un remarquable dossier historique qui donne des infos complémentaires dont certaines non développées dans la narration.
Corps et Âme
Je l'ai emprunté à la bibliothèque.. Vraiment je m'attendais pas à ça. L'histoire est prenante, c'était meilleur qu'une série. On devrait en faire une série d'ailleurs, elle serait géniale. Merci beaucoup et les dessins sont juste au top.