Les derniers avis (9696 avis)

Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Chroniques de Jérusalem
Chroniques de Jérusalem

Ce récit immersif dans la ville de Jérusalem est particulièrement intéressant et bien écrit. Guy Delisle, marié à une logisticienne de MSF, s’apprête à vivre une année à Jérusalem. Alors que sa compagne travaille toute la semaine, et parfois aussi le week end, le père de famille part à la découverte de la ville, de ses quartiers, de ses coutumes et de ses surprises. Seul, avec ses enfants ou en compagnie d’un copain expat, il arpente les rues, les jardins publics, découvre les lieux saints et traverse le Mur. Le ton du récit, de même que le dessin, sont simples ou plutôt sobres et le tout est remarquable d’efficacité et de clarté. Pas de dialogues ou de pensées surjoués, pas de situations compliquées qui donneraient un rôle hors du commun à notre héros qui d’ailleurs n’en est pas un ! Non, tout tourne autour du quotidien d’une famille et ça suffit largement pour nous immerger en profondeur dans cette ville un peu mystérieuse, aux religions qui se côtoient et aux traditions bien affirmées. En filigrane, la question politique est omniprésente : la sécurité d’Israël, les colonies, Gaza, le rôle des missions humanitaires, et toutes les questions qui se posent à un visiteur étranger. Le texte (dialogues et pensées) et le dessin sont légers, très expressifs et ne manquent ni d’humour ni de situations qui confinent à l’absurde. Un album vraiment convaincant et difficile à refermer tant le héros est attachant.

27/10/2022 (modifier)
Couverture de la série Marie Tudor - La Reine sanglante
Marie Tudor - La Reine sanglante

Je peux m'exclamer : ENFIN ! ce volume arrive enfin, car la présence de cette reine trouve logiquement sa place parmi cette collection des Reines de sang, puisque le surnom qu'elle a laissé dans l'Histoire fut celui de Marie la Sanglante (Bloody Mary). Etais-je prophétique ? mais dans mon avis sur Frédégonde - La Sanguinaire, je formulais le voeu de trouver dans cette collection des reines comme Marie Tudor, Catherine de Médicis et Tseu-Hi... eh bien ça y est, elles y sont toutes ! D'autant plus qu'il n'y avait rien eu encore sur la monarchie britannique qui fut pourtant largement marquée par le sceau du sang selon les monarques. Le règne des Tudor fournit une occasion en or de raconter ce destin sanglant de Marie Tudor qui lors de son règne de 1553 à 1558, enverra à l'échafaud ou sur les bûchers des centaines d'hérétiques. A noter qu'elle sera la première reine régnante d'Angleterre et d'Irlande. Le tome 1 raconte sa vie de sa naissance à ses 21 ans lorsqu'elle devient marraine de son demi-frère, futur Edward VI. Le tome 2 racontera vraisemblablement son règne après avoir écarté l'infortunée Jane Grey, son désir de ramener le catholicisme en Angleterre, son mariage avec Philippe II d'Espagne, ses sanglantes répressions, et la perte de Calais qui hâta sans doute son trépas. Mais laissons cela, j'y reviendrai lors de la parution de ce tome en remontant mon avis. Après une enfance choyée, Marie bascule soudain dans une forme de rejet paternel car Henry VIII veut un fils et il n'en a pas, il doit donc se remarier, mais il doit s'opposer à la papauté. Henry se remarie avec Anne Boleyn, sulfureuse prétendante, pour cela il rompt avec l'église catholique de Rome et se proclame chef de l'église anglicane. Marie doit alors prêter allégeance à la nouvelle souveraine, ce qu'elle refuse. Elle est ensuite nommée dame d'honneur de sa demi-soeur Elizabeth. Mais la roue du destin ne cesse de tourner, Anne Boleyn perd son crédit auprès du roi, une nouvelle reine, Jeanne Seymour la remplace, mais Marie ne perd pas de vue ses chances de monter un jour sur le trône. Tout ceci est bien relaté, Marie vit tous ces événements en mettant en place ses pions et en se formant à l'exercice du pouvoir par l'observation, préparant son règne lorsqu'elle succédera à son frère. Pour l'heure, elle subit, cette première partie de vie est pétrie de contradictions, de vexations, de frustrations et d'humiliations. Sa formidable volonté lui sera d'une aide précieuse. On peut s'étonner que Corbeyran verse dans une Bd historique, ce n'est pas sa spécialité, il n'en a pas scénarisée tant que ça, et c'est d'autant plus méritoire que la période en question est complexe, mais ce XVIème siècle avec cette monarchie anglaise, c'est une période foisonnante qui m'a toujours fasciné et captivé, c'est vous dire mon intérêt pour cette Bd. Le traitement est très sérieux et assez pointu, Corbeyran ne s'écarte pas de la réalité historique, annonçant un tome 2 sanglant. Mais il faut au minimum être intéressé par la période et la monarchie anglaise, si ce n'est pas le cas, passez votre chemin. Au dessin, Montalbano a fait ses preuves, son dessin est particulièrement soigné et précis, reproduisant magnifiquement cette Angleterre du XVIème siècle, avec un découpage classique, et on retrouve plusieurs têtes connues, notamment Henry VIII à l'allure svelte et pas encore obèse (sans doute dans le tome 2), tel qu'on le voit dans la série TV les Tudor sous les traits de Jonathan Rhys-Meyers. Un bon début qui met bien en bouche pour un second album qui promet, enfin j'espère...

26/10/2022 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Komi cherche ses mots
Komi cherche ses mots

J'ai connu ce manga via son adaptation en anime que j'avais adoré et le manga est de même qualité. On suit le quotidien d'une étudiante qui est traitée comme une déesse parfaite par les autres élèves qui cache un secret: elle souffre d'anxiété sociale et du coup a de la difficulté à parler et ne sait pas du tout être social. Un élève ordinaire découvre son secret, ils devient amis et il va tout faire pour qu'elle ait le plus d'amis possible. Il y a beaucoup d'humour ce qui fait que la plupart des personnages ont des traits de caractères exagérés et cela fonctionne bien la plupart du temps. Il y a juste la lesbienne folle amoureuse de Komi qui deviennent vite horripilante et que je ne trouve pas vraiment marrante. Le fait que les camarades de classes de Komi la mettent sur un pied d'estrade au lieu de la traité comme un être humain ordinaire est un peu agachant aussi. Malgré tout, l'humour fonctionne la majorité du temps et la plupart des personnages sont attachants. Il y a un bon mélange d'humour et de moment un peu plus mignon entre les deux héros. Le dessin est très bon. Seul problème est qu'il y a déjà plus de 27 tomes parus au Japon et j'espère que l'auteur va s'arrêter à temps parce que déjà je trouve que plus de 20 tomes d'un manga humoristique c'est trop, là on approche la trentaine et il semble pas que la fin soit pour bientôt....

26/10/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Undertaker
Undertaker

L’Undertaker est un personnage qui a du caractère, de la répartie et des citations plus qu’approximatives ! Dès le premier diptyque, ça démarre fort. Undertaker est une série qui se dit inspirée de Blueberry, ce n’est pas rien, et on espère qu’elle tiendra la route jusqu’au bout. Jonas Crow est un croque mort qui a le sens des affaires. Appelé pour enterrer un client – jusque-là, rien de plus normal – il se retrouve embarqué dans une course-poursuite rocambolesque. Les personnages sont bien campés, ils prennent leur place dans l’histoire et sont intéressants. Le croque mort, pour commencer, est un homme cynique au passé trouble que l’on va découvrir au fil des tomes. Les personnages secondaires sont très bons eux-aussi en particulier les personnages féminins qui ont des caractères forts et une vraie présence dans le scénario. Dans le second diptyque, le scénario se fait plus sombre. L’histoire de chaque personnage est approfondie et la tension dramatique augmente surtout avec les nombreuses scènes de nuit, à la lueur des feux de camps. Ca crée une intimité propice aux révélations. Même si on retrouve une forme de course-poursuite, la dimension psychologique de ces deux albums et la personnalité puissante de Jeronimus Quint proposent un scénario qui réussit à bien évoluer. Le troisième diptyque apporte son lot de nouveaux personnages et de révélations. C’est vraiment une bonne série. Reste à espérer qu’elle saura s’arrêter à temps avant de commencer à s’étirer en longueur et à se répéter, ce serait dommage. Du côté du dessin, j'ai vraiment beaucoup aimé : les visages des personnages sont très expressifs, les décors somptueux, les ambiances très réussies. Tout ça est très bon.

23/10/2022 (modifier)
Par r0ud0ud0u
Note: 1/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série 7 secondes
7 secondes

Série vraiment sympa, mais une fois encore : *** Statut histoire : Série abandonnée : (Morvan repousse sans cesse le 5e et dernier tome) *** Donc je vais pousser un coup de gueule, soit la série ne marche pas assez et ne se vend pas, là je peux comprendre. Mais ici, apparemment le scénariste a abandonné la série après 4 tomes (prévu en 5). Le scénariste c'est quand même le gars qui a prévu la chute de l'histoire, et ce plus ou moins au début de son écriture (à moins qu'il soit un mauvais scénariste à la hollywoodienne et qu'il écrive à la va comme je te pousse suivant la météo). Loin de moi cette idée pour MORVAN que j'aime beaucoup. Par respect pour les lecteurs, j'aurais aimé avoir une autre version reprise par le site que : "Morvan repousse..." Parce que "repousse" ça veut dire qu'il reste de l'espoir mais après plus de 15 ans, je pense qu'il n'y en a plus ! Donc gros "coup de gueule"

23/10/2022 (modifier)
Par Titanick
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Singe de Hartlepool
Le Singe de Hartlepool

Quelle horrible histoire ! Dites-moi que ce n’est qu’une légende locale et qu’elle n’a pas le moindre fond de vérité. J’aurais aimé croire, mais malheureusement sans conviction, qu’il n’est pas possible de trouver tant de bêtise chez l’être humain. Notre pauvre singe fait donc les frais d’une ignorance crasse et d’une xénophobie sans limite. Et si l’intrigue se passe à l’époque napoléonienne où l’ennemi du Français est l’Anglais, et vice-versa, la xénophobie ambiante se retrouve partout et toujours et surtout aujourd’hui, l’ennemi est à adapter suivant les circonstances. Histoire horrible donc, mais histoire drôlement bien racontée. On sent bien l’animosité des villageois qui s’exacerbe avec l’effet de meute. Et tous les efforts des quelques personnes sensées n’ont plus aucune prise sur leurs esprits enflammés par la haine. Bravo aux auteurs d’avoir réussi à raconter tout ça avec beaucoup d’humour et autant de fluidité. En ouvrant la bd, je n’étais pas fan du dessin. Et finalement, je n’en imagine plus un autre, il colle trop bien à l’histoire. Ces trognes sont vraiment trop expressives, c’est de la belle ouvrage. À lire et à faire lire.

21/10/2022 (modifier)
Par Antoine
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Perpendiculaire au soleil
Perpendiculaire au soleil

Futur fauve d'or d'Angoulême 2023 ? Depuis presque 25 ans que je déambule sous les bulles, pour la première fois l'année dernière, j'ai vu juste quant à l'album lauréat du fauve d'or. Je retente donc ma chance pour 2023 (tout en prenant plus de risques car je ne sais même pas si la bd sera dans la liste officielle), avec cet album coup de poing plus que coup de cœur. Disons que je pars avec une belle cote, allez pour la beauté du geste disons 100/1. Valentine Cuny-Le Callet est de ces personnes qui vont au bout des choses. Elle est contre la peine de mort, comme je l'espère encore une large majorité d'entre nous. Mais elle ne s'arrête pas là, comme personnellement je le fais, en me contentant de gueuler devant mon écran lors des débats télévisés sur la question. Non, elle, elle entame une relation épistolaire, à 19 ans !, avec un condamné à mort américain. Il faut déjà en avoir dans le bide. Oui, dans le bide, car faire ceci, c'est risquer de se prendre en pleine tronche les horreurs des crimes du condamné mais aussi se retrouver face à la grosse machine juridico-carcérale américaine, qui sans vouloir tomber dans le cliché hollywoodien, fait quand même vraiment peur. Et comme si cela ne suffisait pas, elle prend la décision d'en faire un bouquin, dans un témoignage à la limite de la catharsis. Non, franchement, rien que pour ça, je trouve que mon pari devient de moins en moins risqué. 70/1. Et ce bouquin, qu'est ce qu'il vaut ? Dès le départ, on entre dans le vif du sujet, Valentine Cuny-Le Callet nous fait entrer dans le système pénitentiaire américain et sa sentence maximale : la peine de mort. Dès le deuxième petit chapitre, des dessins reprenant des photos de condamnés à mort juste avant ou après la sentence nous place dans le contexte de ce bouquin. Ici, on va parler de mort. De mort données par d'autres. Que cela soit par les meurtriers condamnés ou par les bourreaux (justice, matons, État). Pas de complaisance donc, pas de fausse naïveté non plus, la plupart du temps, les condamnés sont de vrais méchants, le haut de la planche en page 16 nous le rappelle. Néanmoins, la question posée est celle du droit à donner la mort, quel que soit le contexte. L'autrice y répondra plus tard dans le bouquin, pas la peine d'épiloguer sur sa réponse. La puissance de l’œuvre se trouve donc ici, dans cette volonté de ne rien épargner aux lecteurs. Je salue d'ailleurs le choix de l'autrice de ne divulguer que sa première lettre, dès le début de l'ouvrage, pour ensuite laisser la part belle aux lettres de son correspondant. On entre dans sa peau, on vit avec elle les coups de poignard que sont les mots rédigés par l'autre. Comment peut-on être si solide et si mature à 19 ans ? J'en suis encore estomaqué. 50/1. On suit donc les relations entre cette jeune femme d'une force incroyable et un condamné à mort. Je n'ai pas encore mentionné son nom, mais Renaldo McGirth est donc ce condamné à mort. Pour un crime horrible. Pour lequel il clame son innocence. Au cœur de l'ouvrage, Valentine nous explique, froidement, méthodiquement, le meurtre pour lequel Renaldo se retrouve dans le couloir de la mort. Sans se substituer à la justice, juste en pointant du doigt certains éléments troublants, et encore. Ce n'est pas le propos du bouquin, je l'ai mentionné plus haut. Non, cet ouvrage nous renvoie à nos démons. A ce que nous sommes capables ou non de faire, à ce que nous sommes capables ou non de ressentir. 40/1. Il y a réellement deux bouquins dans ce bouquin. L'un traite de la peine de mort donc, mais aussi des conditions de vie des condamnés dans le couloir de la mort, et par extension en prison, avec ce doux paradoxe bien hypocrite qui est celui de la réinsertion. L'autre nous raconte les échanges qui auront donnés naissance à la bd. C'est assez incroyable d'ailleurs de voir comment ces deux-là ont réussi à débattre artistiquement dans cet enfer. Si tout à l'heure je parlais de démon, là nous sommes face à l'incroyable capacité de l'Homme à se sublimer, et ce, même dans un contexte aussi dur que celui du couloir de la mort. La lecture est dure. Très dure, on peine à imaginer la "vie" de Renaldo. Mais la lecture est fluide, passionnante. J'aurais pu tout lire en une soirée mais je me suis arrêté, j'en avais besoin. Le dessin est magnifique. Tout en noir et blanc, très différent selon les pages. 30/1. Seul petit bémol. Je n'ai pas saisi toutes les références graphiques parsemées tout au long de l’œuvre. Sont-elles trop personnelles (correspondant à l'état d'esprit de Valentine), suis-je passé à côté ? Je ne saurai dire. Je ne mets pas (encore) 5/5, je dois laisser incuber mais cela viendra peut-être. Enfin, trois derniers petits détails. Le titre, magnifique, très poétique et d'un sens remarquable, à découvrir en fin d'ouvrage. La couverture, époustouflante avec ce visage qui sort de l'ombre et ce serpent qui l'entoure. La quatrième de couverture et ses trois cases, ces mains, cette lettre, d'une rare puissance. 10/1. Qui suit ? EDIT (décembre 2022) : L'album n'est pas dans la sélection du FIBD, je suis davantage déçu pour l'autrice et Reinaldo que pour mon pari... Honnêtement, il n'aurait pas dépareillé et méritait de concourir.

19/10/2022 (modifier)
Couverture de la série L'Âge d'eau
L'Âge d'eau

Un titre très poétique (et accrocheur !), et parfaitement raccord avec le contenu. En effet, l’intrigue se développe « au fil de l’eau », dans un univers post-apocalypse, l’eau recouvrant une bonne partie des territoires, qu’il faut en partie évacuer. Au milieu de cette inondation géante, nous suivons deux frères et leur chien (bleu !), ainsi qu’une ado rebelle. Le rythme est très lent, comme le cours d’un fleuve, et il ne faut pas chercher ici d’actions trépidantes. D’autant plus que, de façon récurrente, de pleines pages (souvent superbes !) coupent le récit, pour des digressions poétiques. Un rythme lent, mais aucun ennui ne à l’horizon. Car l’histoire est captivante justement par son côté « planant ». Mais aussi par toutes les réflexions philosophiques, poétiques qui l’irriguent (et le chien n’est pas le dernier dans ce domaine !). Les deux frères sont dépareillés, l’un molosse taciturne et ne s’exprimant que par râles ou borborygme, l’autre dynamique et déterminé. Le monde semble dans un état désespéré, désespérant, mais on se plait à voir des hommes vivre pleinement, sans entrave ni attache. Le dessin de Benjamin Flao est vraiment très bon, et très beau. La plupart des planches ont un rendu assez old school, avec ce dessin et cette colorisation qui font penser à Pratt – avec des personnages moins anguleux. Et d’autres planches qui ont l’aspect de peintures abstraites. Un très beau récit en tout cas.

19/10/2022 (modifier)
Couverture de la série De Cape et de Mots
De Cape et de Mots

Même s’il ne révolutionne en rien un genre déjà souvent exploré, ce conte de fée adapté d’un roman de Flore Vesco m’a réellement charmé. Tout d’abord, il y a le dessin de Kerascoët. Très expressif et dynamique, il apporte vie et humour à l’histoire. Les personnages sont bien typés (et parfois gratinés), les décors sont minimisés mais bien présents quand le besoin s’en fait sentir, le découpage renforce encore le dynamisme de l’œuvre. C’est très agréable à lire et entrainant. Ensuite viennent les personnages. Tous très classiques, ils correspondent bel et bien aux rôles qui leur sont attribués. C’est donc un casting sans surprise mais agréablement ‘confortable’. On sait de suite à quoi s’en tenir. L’héroïne dispose d’un réel charisme grâce à sa fantaisie et à son sens de la répartie. La reine est méchante et capricieuse à souhait. Le bon roi est bon. Et le gentil apprenti-bourreau fait ici office de prince charmant. Je pourrais encore longtemps continuer cette revue des troupes et vous constateriez que chaque personnage est finalement conforme aux attentes. Tous apportent quelque chose au récit, aucun n’est inutile, et les interactions entre eux font tout le sel de ce conte. La trame générale est tellement classique qu’elle devient juste un support sur lequel vont pouvoir jouer les autrices et auteur. Ils nous offrent ainsi une variation dans laquelle la pointe de l’épée est remplacée par la vivacité d’esprit, et le bon mot devient finalement plus mortel qu’une botte de Nevers. C’est donc une lecture sans surprise mais j’ai vraiment été séduit par son humour, sa vivacité et son espièglerie. Son positivisme (c’est un vrai conte de fée) et sa fraicheur ont donc fait de cette lecture un agréable moment hors de tracas du quotidien. Récréatif !

17/10/2022 (modifier)
Couverture de la série Une maternité rouge
Une maternité rouge

Une Maternité rouge est une des lectures que j'ai préférées cette année. C'est pourquoi je n'hésite pas à mettre la note max. Je trouve que Lax est aussi bon dans son scénario que dans son graphisme. Il possède une maîtrise dans les deux domaines qui fait de cet artiste un créateur d'oeuvres originales qui laissent rarement indifférentes. Lax s'empare ici du thème des migrants qui traversent l'Afrique et la mer au péril de leur vie. C'est le thème émotionnel central du récit même si Lax n'en rajoute pas. Du racket, des meurtres, des viols, des noyades ou de l'esclavagisme tout a été dit de nombreuses fois dans divers média. Alou est le témoin de ces misères sans en être la victime. Son impuissance est notre impuissance à sauver ces pauvres enfants transportés dans cet enfer. Le graphisme de Lax est tellement beau et précis que son récit est proche du réalisme d'un documentaire photographique. Mais Lax exploite aussi le thème sensible de la captation des oeuvres d'art qui peuplent nos si beaux musées. Point de manichéisme dans l'approche de l'auteur. Si la barbarie des intégristes n'a aucune légitimité, le soin avec lequel les oeuvres illégitimement acquises sont traitées, permet le débat. Lax ne propose pas de réponse toute faite. Comme tout artiste il doit apprécier les efforts fait par l'Etat pour sauvegarder tous les patrimoines. La culture a toujours été un rempart contre la barbarie et sauver une statuette Dogon c'est bien plus que présenter un ornement supplémentaire aux écoliers parisiens. Comme le dit Lax c'est le murmure des peuples que l'on écoute pour les aimer et les respecter. Le graphisme de Lax est à son summum. Les planches du delta du Niger, le marché africain ou la traversée de la Méditerranée sont à couper le souffle. Lax nous propose une galerie de beaux visages où la souffrance des épreuves pour les migrants ou celle de l'impuissance pour les bénévoles se lit aussi facilement qu'un texte. Une très belle série qui m'a beaucoup touché. C'est souvent le cas avec ce merveilleux auteur.

17/10/2022 (modifier)