Chris Gooch est un jeune artiste australien bourré de talent (à mes yeux). Under Earth est sa deuxième bd publiée en France après Bottled.
Il aura fallu cinq ans pour qu'il accouche de ce pavé de 560 pages. Gloups.
Comme le titre l'indique, tout va se passer sous terre. L'action se situe dans un futur proche. A 600 m de profondeur des hommes et des femmes purgent une peine de prison, mais ici, ni cellules, ni barreaux, tout ce petit monde est libre de ses mouvements sous l'œil d'une police répressive. Une véritable fourmilière où il est nécessaire de travailler et/ou magouiller pour pouvoir se nourrir et se loger. La loi du plus fort est de mise. Une société violente, avec ses codes, s'est mise en place dans ce monde des plus répugnant.
On va suivre quatre personnages, on va les suivre par binômes.
D'abords, Ele et Zoé, deux femmes qui vivent de petits larcins pour le compte d'un caïd.
Ensuite, Malcolm, un grand balèze qui va prendre sous sa coupe Reece fraîchement débarqué.
Il est impossible de dissocier texte et dessin puisqu'ils sont intimement liés. La narration se fait avec un minimum de mots, c'est le dessin qui porte le récit avec beaucoup d'expressivité pour faire passer les émotions, un découpage dynamique (avec de superbes vues plongeantes pleine page) et une colorisation différente pour nos deux groupes, le jaune pour ces dames et un violet/lilas pour ces messieurs. Le rouge interviendra aussi dès que le sang coulera.
L'ensemble est très fluide et procure une lecture agréable.
Un style graphique très typé comics à la limite de la caricature. Les personnages ont des faciès laids comme le monde qui les entoure.
Un récit sur les rapports humains avec le meilleur et le pire, ils sont ici exacerbés.
J'ai beaucoup aimé cette descente aux enfers, pas réellement innovante mais magnifiquement réalisée et fraîchement sélectionnée au festival d'Angoulême.
Chris Gooch, un artiste que je vais suivre.
Coup de cœur.
Jours de sable est un one-shot particulièrement travaillé, que ce soit au niveau de la documentation (l'autrice y a passé 4 ans, à voyager et interviewer beaucoup de gens, dont la fameuse "Migrant mother") ou au niveau artistique. J'ai adoré cette BD qui est émouvante et raconte beaucoup de choses sur une période méconnue de l'histoire des Etats-Unis. Jours de sable traite du Dust Bowl, cette région au centre des USA qui pendant les années 30 a subi 10 ans de sécheresse, de tempêtes de sable et de poussière. Plus de deux millions de personnes ont dû émigrer et accepter un travail pénible. D'autres sont morts de faim ou de pneumonie. Ce fléau de poussière est en partie dû à l'agriculture intensive qui a retiré l'herbe des terres. Ainsi, au moindre coup de vent les particules s'élèvent dans les airs et ne retombent jamais, car tout est plat sur des centaines de kilomètres.
L'autrice a su retranscrire le caractère dramatique de cette période tragique, via son héros, un jeune photographe qui vient dans l'Oklahoma pour faire un reportage du phénomène. Le contact est difficile, il doit revoir entièrement sa méthode, et on s'attache à ce personnage qui se pose beaucoup de questions sur la moralité de sa démarche. Il s'inquiète pour les habitants, et finalement la photographie passe presque au second plan, tant il est ému par ces familles en déclin, condamnées à fuir ou mourir.
Visuellement, c'est généreux puisque Jours de sable contient de nombreuses pleines pages pour mieux décrire l'ampleur du phénomène climatique. J'aime beaucoup l'économie des bulles de dialogue, pour avoir lu beaucoup de BD qui ressemblent à des romans illustrés. La plupart du temps, la page est découpée en trois rangées seulement, ce qui donne beaucoup d'espace pour la mise en scène. Le découpage est plutôt sobre, avec quelques diagonales pour marques des transitions. Des photographies réelles viennent compléter le récit.
Ca m'a initié à cette période de l'histoire, je me suis empressé de regarder le documentaire Arte sur le Dust Bowl.
C'est un vrai coup de coeur pour moi, j'ai hâte de découvrir le reste de son travail.
Je ne vais pas trop faire dans l'originalité en disant qu'Astérix est la Bande Dessinée qui m'a donné le goût de la lecture en général et plus particulièrement pour le genre.
Je ne serai certainement pas objectif en disant que cette série reste la meilleure que j'ai lu mais quand on est nostalgique de notre tendre enfance c'est pardonnable.
Je vais également appuyer les commentaires de beaucoup en disant que le duo Goscinny/Uderzo a produit la véritable identité d'Astérix même si certains albums d'Uderzo "seul" m'ont enchanté, à savoir "le Grand Fossé" et "Astérix chez Rahàzade".
La relève Ferri/Conrad n'apporte aucun intérêt à la suite de la série mais j'ai été, comme beaucoup je pense, un des premiers à me les approprier à leur sortie. Prévu pour le 40ème tome, le nouveau duo Fabcaro/Conrad n'arrangera, à mon avis, rien à la médiocrité de ces derniers albums.
Série culte pour tout ce qu'elle m'a apporté dans ma jeunesse.
J'ai connu cet ouvrage par le biais des Bulles de Sang d'encre où RIP était finaliste en 2019. Il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre que le duo Gaet's/Julien Monier allait remporter ce titre haut la main. Mesdames et messieurs, nous avons ici à faire à un chef d'œuvre.
Tout d'abord, l'originalité du scénario avec Derrick (pour le T1) et ses collègues qui composent une équipe chargée de nettoyer les logements des personnes mortes sans héritiers. Un thème glauque et d'une noirceur sans nom qui accompagne un scénario passionnant avec une fin qui vous laisse sans voix (pour le T1).
Ensuite, la construction des six volumes, où chaque tome reprend la même histoire avec un angle différent selon la narrateur choisi, est divinement orchestré.
Pour terminer, le style d'écriture avec des dialogues courts mais salement géniaux, des dessins aux couleurs particulièrement maîtrisées qui vous plongent aisément dans l'univers de la mort et de ses odeurs répugnantes, font de RIP mon coup de cœur de ces dernières années.
En d'autres termes, en attendant le numéro 6, foncez acheter ces œuvres!!!
C'est une vraie bonne surprise que cet ouvrage de la collection "Jungle pépite" qui adapte des romans et revisite des écrits célèbres pour les enfants. J'avais été moyennement séduit par Le Baron perché mais je suis conquis par cette relecture contemporaine du Petit Poucet.
Je ne connaissais pas JC Mourlevat mais cette série me donne envie d'aller dans son répertoire. Je trouve que le scénario et la mise en scène de Maxe L'Hermanier touchent juste. Le récit est dynamique, touchant et plein de surprises et de clins d'oeil.
On accompagne cette sympathique fratrie à travers un Sud-Ouest froid et pluvieux déconcertant. Car ce fut mon premier contre-pied que de découvrir que l'action ne se situait pas dans un Nord stéréotypé mais au pays du soleil si souriant. Ce conte sous forme de road trip pour enfants se déroule avec humour et tendresse sous nos yeux d'enfants.
Car on se prend vite au jeu du récit et de sa progression dramatique. C'est une approche poétique qui m'a beaucoup plu.
Je trouve que le graphisme porte très bien le récit. Dans un style semi réaliste, Stedho allie à la fois un univers de conte effrayant avec des personnages sombres et des atmosphères chaleureuses de fraternité irréductible.
Très bonne mise en couleur qui met en valeur l'ambiance de cas sociaux englués dans la boue, le froid et les odeurs de chaussettes.
Un récit rempli de lumière à partager avec ses enfants pour un conte très moderne.
Je suis depuis des années un passionné d'Achille Talon. Il est réputé, à juste titre, pour ses textes, mais Greg est aussi un redoutable physionomiste. La panoplie d'expressions faciales dont il a doté Achille est quasi phénoménale quand on considère la simplicité relative des traits de son héros. J'ai un faible pour les albums fleuve. 40 ans après leur publication "Le trésor de Virgule", "Le roi des Zôtres", "Viva Papa" et "Le grain de la folie" constituent encore d'amusantes critiques socio-politiques, parfaites pour initier les jeunes ados. Je relis Achille régulièrement et certaines scènes me font encore rigoler à tous les coups.
J’ai découvert ce comics par hasard, et je pense que ça faisait très longtemps que je n’avais pas pris autant de plaisir à suivre une histoire. Cette histoire décrit les destins entremêlés de Bishan, Kori et Vikram. Une narration aussi peu banale (surtout sous forme de lettres qui donnent un aspect grandiose au dessin et à l’action) pour un format comics qui donne beaucoup de relief. Un vrai coup de coeur, une grande et triste histoire, très marquante dont je me rappelerai longtemps.
Sortie en catimini, comme jusqu'alors presque toutes les productions des éditions iLatina, ce titre est tombé sur ma route alors que je m'intéressais aux peuples endémiques du continent sud-américain. N'ayant jamais entendu parler du peuple Selk'nam, je me suis lancé dans la lecture de ce titre surprenant.
Histoire d'évacuer le fâcheux, je déplore le choix du format, un poil petit, qui ne rend hommage ni aux dessins de Rodrigo Elgueta, ni à ce peuple incroyable sur lequel circulaient bien des légendes. Ceci fait, le reste est plus qu'engageant.
De légende donc, il est abondamment question. Le premier à avoir évoqué ce peuple n'est autre que Magellan, ou plus exactement Antonio Pigafetta, rédacteur et témoin direct de l'extraordinaire épopée du navigateur portugais. En effet, lorsque l'expédition aborde les terres encore inexplorées de l'Am-Sud, à savoir la Patagonie, les hommes aperçoivent sur la plage une scène pour le moins étonnante qui confère au récit une dimension homérique : "Toutefois, un jour, sans que personne y pensât, nous vîmes un géant qui était sur le bord de la mer tout nu, et il dansait et sautait et chantait, et en chantant il mettait du sable et de la poussière sur sa tête." D'où le nom Patagon signifiant "grand-pied"...
Le mythe a fait long feu. Aujourd'hui, on s'accorde sur le fait que si les habitants de ces terres désolées avaient une constitution imposante avec une taille moyenne dépassant le mètre quatre vingt, on est loin des fantasmes propagés par les premiers navigateurs qui en faisaient des géants de trois mètres.
L'anecdote, bien évidemment relatée dans cette BD, suffit à me convaincre d'entamer la lecture. Or des anecdotes, on en découvre bien d'autres. Ainsi, les auteurs de Nous les Selk'Nams déroulent leur affaire à la manière d'une enquête de terrain, se mettant parfois en scène. Mais la force du récit provient surtout d'un curieux et savoureux mélange de genres. L'ouvrage prend tour à tour des accents poétiques, sociologiques ou carrément politiques, et malheureusement bien souvent teinté de tragique. Un récit peu banal qui tente des trucs, au risque parfois de paraitre bancal, mais qui reste toujours juste dans les propos. Tout ceci fait que l'on ne s'agace cependant pas des défauts. On passe au-dessus pour comprendre l'histoire de ce peuple martyr (un de plus), et grâce encore une fois à l'intelligence des auteurs, on saisit mieux ce qu'il fut et ce que fut l'esprit des hommes de la Terre de Feu.
Mais voilà que je parle au passé. Erreur ! Grossière erreur ! Car comme le rappelle justement Blue Boy dans sa critique, rapportant les propos de Margarita Maldonardo, l’une des héritières de ce peuple aujourd'hui accroché aux branches : « Utilisez vos outils de diffusion et racontez que nous, les Selk’Nams, nous sommes toujours vivants. C’est comme ça que vous pouvez nous aider ». Une très belle découverte !
J'ai une longue histoire avec L'Arabe du futur, semée d'échecs de lecture, de rejets vis à vis de comportements et de mentalités insupportables à mes yeux et souvent à désespérer d'atteindre un jour la paix entre les peuples et le respect de la nature dont nous ne sommes qu'un élément parmi tant d'autres.
Et puis Riad Sattouf a été invité sur France Inter en cette fin d'année 2022 pour parler de la sortie du dernier tome de la série et tout ce qu'il en a dit m'a fortement donné envie de retenter le coup. Relecture du tome 1 d'abord, j'y ai retrouvé ce qui m'avait fait buter les premières fois, mais j'ai continué et j'ai dévoré la suite en quelques jours, une lecture presque boulimique, parfois en état de sidération face à cette vie et ces épreuves incroyables.
Cela ne m'a pas redonné espoir pour la paix dans le monde mais plutôt ouvert les yeux sur une impossibilité assez déprimante tant nos différences et convictions sont ancrées en nous dès le plus jeune âge par notre éducation et l'environnement dans lequel on grandit... ce qui les rend bien difficile à nuancer par la suite quand l'occasion pourrait se présenter.
Il n'y a heureusement pas que ça dans l'Arabe du futur. C'est toute une vie simple et complexe à la fois, semée de moments forts et de déchirements, le tout illustré dans un style à la fois drôle, efficace et poétique.
Une série marquante à tous points de vue.
Merci papa Noël pour cette magnifique BD que j'ai trouvée sous le sapin le 25 décembre !
J'ai eu un coup de cœur pour l'objet en lui-même en flânant en librairie : une couverture sublime, des grandes et superbes planches que j'ai feuilletées rapidement et qui laissaient présager le meilleur à la lecture et ce fut le cas !
Le récit ne fait de cadeau à personne et donne la part belle à la liberté, aux grands espaces, à l'introspection et aux questionnements sur la nature profonde de chacun face à ses origines.
Et on en prend plein les mirettes à chaque page, du grand spectacle.
Un bien beau voyage à faire sans hésiter !
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Under Earth
Chris Gooch est un jeune artiste australien bourré de talent (à mes yeux). Under Earth est sa deuxième bd publiée en France après Bottled. Il aura fallu cinq ans pour qu'il accouche de ce pavé de 560 pages. Gloups. Comme le titre l'indique, tout va se passer sous terre. L'action se situe dans un futur proche. A 600 m de profondeur des hommes et des femmes purgent une peine de prison, mais ici, ni cellules, ni barreaux, tout ce petit monde est libre de ses mouvements sous l'œil d'une police répressive. Une véritable fourmilière où il est nécessaire de travailler et/ou magouiller pour pouvoir se nourrir et se loger. La loi du plus fort est de mise. Une société violente, avec ses codes, s'est mise en place dans ce monde des plus répugnant. On va suivre quatre personnages, on va les suivre par binômes. D'abords, Ele et Zoé, deux femmes qui vivent de petits larcins pour le compte d'un caïd. Ensuite, Malcolm, un grand balèze qui va prendre sous sa coupe Reece fraîchement débarqué. Il est impossible de dissocier texte et dessin puisqu'ils sont intimement liés. La narration se fait avec un minimum de mots, c'est le dessin qui porte le récit avec beaucoup d'expressivité pour faire passer les émotions, un découpage dynamique (avec de superbes vues plongeantes pleine page) et une colorisation différente pour nos deux groupes, le jaune pour ces dames et un violet/lilas pour ces messieurs. Le rouge interviendra aussi dès que le sang coulera. L'ensemble est très fluide et procure une lecture agréable. Un style graphique très typé comics à la limite de la caricature. Les personnages ont des faciès laids comme le monde qui les entoure. Un récit sur les rapports humains avec le meilleur et le pire, ils sont ici exacerbés. J'ai beaucoup aimé cette descente aux enfers, pas réellement innovante mais magnifiquement réalisée et fraîchement sélectionnée au festival d'Angoulême. Chris Gooch, un artiste que je vais suivre. Coup de cœur.
Jours de sable
Jours de sable est un one-shot particulièrement travaillé, que ce soit au niveau de la documentation (l'autrice y a passé 4 ans, à voyager et interviewer beaucoup de gens, dont la fameuse "Migrant mother") ou au niveau artistique. J'ai adoré cette BD qui est émouvante et raconte beaucoup de choses sur une période méconnue de l'histoire des Etats-Unis. Jours de sable traite du Dust Bowl, cette région au centre des USA qui pendant les années 30 a subi 10 ans de sécheresse, de tempêtes de sable et de poussière. Plus de deux millions de personnes ont dû émigrer et accepter un travail pénible. D'autres sont morts de faim ou de pneumonie. Ce fléau de poussière est en partie dû à l'agriculture intensive qui a retiré l'herbe des terres. Ainsi, au moindre coup de vent les particules s'élèvent dans les airs et ne retombent jamais, car tout est plat sur des centaines de kilomètres. L'autrice a su retranscrire le caractère dramatique de cette période tragique, via son héros, un jeune photographe qui vient dans l'Oklahoma pour faire un reportage du phénomène. Le contact est difficile, il doit revoir entièrement sa méthode, et on s'attache à ce personnage qui se pose beaucoup de questions sur la moralité de sa démarche. Il s'inquiète pour les habitants, et finalement la photographie passe presque au second plan, tant il est ému par ces familles en déclin, condamnées à fuir ou mourir. Visuellement, c'est généreux puisque Jours de sable contient de nombreuses pleines pages pour mieux décrire l'ampleur du phénomène climatique. J'aime beaucoup l'économie des bulles de dialogue, pour avoir lu beaucoup de BD qui ressemblent à des romans illustrés. La plupart du temps, la page est découpée en trois rangées seulement, ce qui donne beaucoup d'espace pour la mise en scène. Le découpage est plutôt sobre, avec quelques diagonales pour marques des transitions. Des photographies réelles viennent compléter le récit. Ca m'a initié à cette période de l'histoire, je me suis empressé de regarder le documentaire Arte sur le Dust Bowl. C'est un vrai coup de coeur pour moi, j'ai hâte de découvrir le reste de son travail.
Astérix
Je ne vais pas trop faire dans l'originalité en disant qu'Astérix est la Bande Dessinée qui m'a donné le goût de la lecture en général et plus particulièrement pour le genre. Je ne serai certainement pas objectif en disant que cette série reste la meilleure que j'ai lu mais quand on est nostalgique de notre tendre enfance c'est pardonnable. Je vais également appuyer les commentaires de beaucoup en disant que le duo Goscinny/Uderzo a produit la véritable identité d'Astérix même si certains albums d'Uderzo "seul" m'ont enchanté, à savoir "le Grand Fossé" et "Astérix chez Rahàzade". La relève Ferri/Conrad n'apporte aucun intérêt à la suite de la série mais j'ai été, comme beaucoup je pense, un des premiers à me les approprier à leur sortie. Prévu pour le 40ème tome, le nouveau duo Fabcaro/Conrad n'arrangera, à mon avis, rien à la médiocrité de ces derniers albums. Série culte pour tout ce qu'elle m'a apporté dans ma jeunesse.
RIP
J'ai connu cet ouvrage par le biais des Bulles de Sang d'encre où RIP était finaliste en 2019. Il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre que le duo Gaet's/Julien Monier allait remporter ce titre haut la main. Mesdames et messieurs, nous avons ici à faire à un chef d'œuvre. Tout d'abord, l'originalité du scénario avec Derrick (pour le T1) et ses collègues qui composent une équipe chargée de nettoyer les logements des personnes mortes sans héritiers. Un thème glauque et d'une noirceur sans nom qui accompagne un scénario passionnant avec une fin qui vous laisse sans voix (pour le T1). Ensuite, la construction des six volumes, où chaque tome reprend la même histoire avec un angle différent selon la narrateur choisi, est divinement orchestré. Pour terminer, le style d'écriture avec des dialogues courts mais salement géniaux, des dessins aux couleurs particulièrement maîtrisées qui vous plongent aisément dans l'univers de la mort et de ses odeurs répugnantes, font de RIP mon coup de cœur de ces dernières années. En d'autres termes, en attendant le numéro 6, foncez acheter ces œuvres!!!
L'Enfant océan
C'est une vraie bonne surprise que cet ouvrage de la collection "Jungle pépite" qui adapte des romans et revisite des écrits célèbres pour les enfants. J'avais été moyennement séduit par Le Baron perché mais je suis conquis par cette relecture contemporaine du Petit Poucet. Je ne connaissais pas JC Mourlevat mais cette série me donne envie d'aller dans son répertoire. Je trouve que le scénario et la mise en scène de Maxe L'Hermanier touchent juste. Le récit est dynamique, touchant et plein de surprises et de clins d'oeil. On accompagne cette sympathique fratrie à travers un Sud-Ouest froid et pluvieux déconcertant. Car ce fut mon premier contre-pied que de découvrir que l'action ne se situait pas dans un Nord stéréotypé mais au pays du soleil si souriant. Ce conte sous forme de road trip pour enfants se déroule avec humour et tendresse sous nos yeux d'enfants. Car on se prend vite au jeu du récit et de sa progression dramatique. C'est une approche poétique qui m'a beaucoup plu. Je trouve que le graphisme porte très bien le récit. Dans un style semi réaliste, Stedho allie à la fois un univers de conte effrayant avec des personnages sombres et des atmosphères chaleureuses de fraternité irréductible. Très bonne mise en couleur qui met en valeur l'ambiance de cas sociaux englués dans la boue, le froid et les odeurs de chaussettes. Un récit rempli de lumière à partager avec ses enfants pour un conte très moderne.
Achille Talon
Je suis depuis des années un passionné d'Achille Talon. Il est réputé, à juste titre, pour ses textes, mais Greg est aussi un redoutable physionomiste. La panoplie d'expressions faciales dont il a doté Achille est quasi phénoménale quand on considère la simplicité relative des traits de son héros. J'ai un faible pour les albums fleuve. 40 ans après leur publication "Le trésor de Virgule", "Le roi des Zôtres", "Viva Papa" et "Le grain de la folie" constituent encore d'amusantes critiques socio-politiques, parfaites pour initier les jeunes ados. Je relis Achille régulièrement et certaines scènes me font encore rigoler à tous les coups.
These Savage Shores
J’ai découvert ce comics par hasard, et je pense que ça faisait très longtemps que je n’avais pas pris autant de plaisir à suivre une histoire. Cette histoire décrit les destins entremêlés de Bishan, Kori et Vikram. Une narration aussi peu banale (surtout sous forme de lettres qui donnent un aspect grandiose au dessin et à l’action) pour un format comics qui donne beaucoup de relief. Un vrai coup de coeur, une grande et triste histoire, très marquante dont je me rappelerai longtemps.
Nous, les Selk’Nams
Sortie en catimini, comme jusqu'alors presque toutes les productions des éditions iLatina, ce titre est tombé sur ma route alors que je m'intéressais aux peuples endémiques du continent sud-américain. N'ayant jamais entendu parler du peuple Selk'nam, je me suis lancé dans la lecture de ce titre surprenant. Histoire d'évacuer le fâcheux, je déplore le choix du format, un poil petit, qui ne rend hommage ni aux dessins de Rodrigo Elgueta, ni à ce peuple incroyable sur lequel circulaient bien des légendes. Ceci fait, le reste est plus qu'engageant. De légende donc, il est abondamment question. Le premier à avoir évoqué ce peuple n'est autre que Magellan, ou plus exactement Antonio Pigafetta, rédacteur et témoin direct de l'extraordinaire épopée du navigateur portugais. En effet, lorsque l'expédition aborde les terres encore inexplorées de l'Am-Sud, à savoir la Patagonie, les hommes aperçoivent sur la plage une scène pour le moins étonnante qui confère au récit une dimension homérique : "Toutefois, un jour, sans que personne y pensât, nous vîmes un géant qui était sur le bord de la mer tout nu, et il dansait et sautait et chantait, et en chantant il mettait du sable et de la poussière sur sa tête." D'où le nom Patagon signifiant "grand-pied"... Le mythe a fait long feu. Aujourd'hui, on s'accorde sur le fait que si les habitants de ces terres désolées avaient une constitution imposante avec une taille moyenne dépassant le mètre quatre vingt, on est loin des fantasmes propagés par les premiers navigateurs qui en faisaient des géants de trois mètres. L'anecdote, bien évidemment relatée dans cette BD, suffit à me convaincre d'entamer la lecture. Or des anecdotes, on en découvre bien d'autres. Ainsi, les auteurs de Nous les Selk'Nams déroulent leur affaire à la manière d'une enquête de terrain, se mettant parfois en scène. Mais la force du récit provient surtout d'un curieux et savoureux mélange de genres. L'ouvrage prend tour à tour des accents poétiques, sociologiques ou carrément politiques, et malheureusement bien souvent teinté de tragique. Un récit peu banal qui tente des trucs, au risque parfois de paraitre bancal, mais qui reste toujours juste dans les propos. Tout ceci fait que l'on ne s'agace cependant pas des défauts. On passe au-dessus pour comprendre l'histoire de ce peuple martyr (un de plus), et grâce encore une fois à l'intelligence des auteurs, on saisit mieux ce qu'il fut et ce que fut l'esprit des hommes de la Terre de Feu. Mais voilà que je parle au passé. Erreur ! Grossière erreur ! Car comme le rappelle justement Blue Boy dans sa critique, rapportant les propos de Margarita Maldonardo, l’une des héritières de ce peuple aujourd'hui accroché aux branches : « Utilisez vos outils de diffusion et racontez que nous, les Selk’Nams, nous sommes toujours vivants. C’est comme ça que vous pouvez nous aider ». Une très belle découverte !
L'Arabe du futur
J'ai une longue histoire avec L'Arabe du futur, semée d'échecs de lecture, de rejets vis à vis de comportements et de mentalités insupportables à mes yeux et souvent à désespérer d'atteindre un jour la paix entre les peuples et le respect de la nature dont nous ne sommes qu'un élément parmi tant d'autres. Et puis Riad Sattouf a été invité sur France Inter en cette fin d'année 2022 pour parler de la sortie du dernier tome de la série et tout ce qu'il en a dit m'a fortement donné envie de retenter le coup. Relecture du tome 1 d'abord, j'y ai retrouvé ce qui m'avait fait buter les premières fois, mais j'ai continué et j'ai dévoré la suite en quelques jours, une lecture presque boulimique, parfois en état de sidération face à cette vie et ces épreuves incroyables. Cela ne m'a pas redonné espoir pour la paix dans le monde mais plutôt ouvert les yeux sur une impossibilité assez déprimante tant nos différences et convictions sont ancrées en nous dès le plus jeune âge par notre éducation et l'environnement dans lequel on grandit... ce qui les rend bien difficile à nuancer par la suite quand l'occasion pourrait se présenter. Il n'y a heureusement pas que ça dans l'Arabe du futur. C'est toute une vie simple et complexe à la fois, semée de moments forts et de déchirements, le tout illustré dans un style à la fois drôle, efficace et poétique. Une série marquante à tous points de vue.
Hoka Hey !
Merci papa Noël pour cette magnifique BD que j'ai trouvée sous le sapin le 25 décembre ! J'ai eu un coup de cœur pour l'objet en lui-même en flânant en librairie : une couverture sublime, des grandes et superbes planches que j'ai feuilletées rapidement et qui laissaient présager le meilleur à la lecture et ce fut le cas ! Le récit ne fait de cadeau à personne et donne la part belle à la liberté, aux grands espaces, à l'introspection et aux questionnements sur la nature profonde de chacun face à ses origines. Et on en prend plein les mirettes à chaque page, du grand spectacle. Un bien beau voyage à faire sans hésiter !