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Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Lulu et Nelson
Lulu et Nelson

Après la série très remarquée Les Carnets de Cerise, la dessinatrice Aurélie Neyret nous revient chez Soleil, toujours dans la très belle collection Métamorphose avec une nouvelle série jeunesse : "Lulu et Nelson", avec Charlotte Girard et Jean-Marie Omont au scénario. On remarquera d'emblée la magnifique couverture de l'album (la collection Métamorphose de chez Soleil est toujours un réel plaisir quant au soin apporté à l'objet !) qui donne indéniablement envie de partir à l'aventure. Et pour ce qui est d'aventures, on va être servi ! L'action principale commence par prendre place à Naples en 1964, où Nera notre jeune héroïne vit au sein d'une troupe de cirque avec son père Roberto, dompteur de lions. Nera est par ailleurs fan de Cyrus le grand lion du cirque. Mais suite à un tragique incendie, le cirque part en fumée et son lion Cyrus meurt... La voilà donc qui décide d'aller en trouver là où on trouve des lions : en Afrique ! Les enfants sont formidables... Nera s'arrange donc pour embarquer en douce pour l'Afrique du Sud, mais heureusement son père réussit à rejoindre le navire qui doit l'emmener et les voilà tous les deux en partance pour Durban. C'est là qu'ils découvrent un pays en proie aux inégalités raciales et où les injustices crèvent les yeux. C'est d'ailleurs en intervenant pendant une manifestation contre l’apartheid que le père de Nera finit en prison... C'est à cette occasion que Nera va elle faire la rencontre de Nelson... Outre le graphisme très expressif et réaliste ainsi que sa colorisation assez pep's, les auteurs inscrivent ce récit dans la grande Histoire de façon intelligente et captivante. En tant qu'adulte je me suis laissé prendre au jeu et j'ai plongé dans cette aventure aux multiples rebondissements. L'histoire est très bien menée, le dessin chaud et touchant d'Aurélie Neyret aidant, on ne lâche l'ouvrage qu'une fois sa lecture terminée. Reste à attendre la suite avec impatience et l'Histoire devrait encore prendre une autre dimension si mon pressentiment est bon. La suite, vite ! *** Tomes 2 & 3 *** Après un premier tome plein de promesses, les deux autres ne sont pas en reste et bouclent cette courte série de façon efficace. Le père de Nera ayant finit en prison, elle se fait héberger chez Mary, une femme très engagée, en attendant que son père soit libérer. Nera en profite pour partir à la recherche des lions qu'elle aimerait tant ramener ! Danny, un des employés de Mary qui connait le langage des lions va lui permettre la rencontre tant espérée. Mais le danger et la malveillance pointent aussi le bout de leur nez pour compliquer les plans de Nera et de Nelson. Voilà une trilogie qui tient toutes ses promesses ; sans traîner en longueur les auteurs nous proposent une histoire bien construite, bienveillante et intelligente, sans mettre de côté ou édulcorer les problèmes du racisme et de la violence qui va avec. Le coup de crayon d'Aurélie Neyret et sa colorisation mettent parfaitement en valeur le scénario imaginé par ses comparses pour notre plus grand bonheur. Encore une très bonne série !

03/04/2020 (MAJ le 04/01/2023) (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Inconnue du bar (Dans la tête de...)
L'Inconnue du bar (Dans la tête de...)

Purée, il est fort, le Munoz ! Je le connais grâce aux Fluide Glacial de ma copine, ayant pu apprécier son travail sur Annick Tamaire (non référencé encore sur le site, d'ailleurs) et j'ai été vite admiratif de son ton, oscillant entre un humour noir, un ton toujours acide mais jamais gratuit, une sympathie sincère dans ses personnages, mais aussi une touche d'émotion qui transparait toujours dans son œuvre. C'est à la fois cruel mais beau, et j'ai le sentiment qu'il est toujours dans une démarche qui ne se moque pas mais préfère en rire. Même si on rit plus jaune que franchement. Je me devais de commencer par une petite présentation de son univers, parce qu'il réunit ici, à mon sens, une sorte de quintessence de son œuvre. Et je dis cela autant parce que je connaissais déjà une partie des histoires que parce qu'il a réussit à me surprendre avec celles-ci. Et ça, c'est franchement fort. La plupart des histoires étaient déjà parues dans Fluide Glacial au cours de l'année passée, ce qui me faisait hésiter à l'acheter. Mais au détour du rayon librairie, je me suis rendu compte qu'il s'agissait d'une impression qui a ajouté un liant de l'ensemble. Et ce liant est d'autant plus génial : en ajoutant Dara, inconnue d'un bar sans grande clientèle qui intrigue le serveur, les histoires deviennent interne au récit. Les protagonistes s'interrogent sur celles-ci, les dissèquent et tentent d'analyser le récit, comme si Munoz voulait expliquer ses histoires. Je ne ferais pas dans la facilité en estimant qu'il voulait contextualiser et analyser ses histoires, j'aurais plutôt l'impression que Munoz s'en sert comme d'un prétexte pour la trame principale, utilisant ses récits comme des possibilités narratives. Et ça, déjà, c'est fort. Mais surtout, le récit global conserve un ton que j'apprécie : c'est une question de sentiments non avoués, de rapports entre personnes connues et inconnues, d'amours aussi (eh oui, on ne se refait pas). L'intrigue est franchement touchante, Munoz jouant habilement des silences et des non-dits, mais aussi des visages et expressions de ses protagonistes. Le tout semé de quelques piques d'humour qui font mouche presque à chaque fois. Et là-dessus, les histoires que j'avais déjà eu plaisir à lire dans le magazine mais qui sont toujours aussi bonnes même en album : celle avec les licornes est glaçante et touchante, avec un regard d'enfant sur une réalité sordide. C'est magistralement mis en scène, et ce n'est qu'une des nombreuses histoires qui touche autant qu'elle amuse. Franchement, je suis carrément emballé et je lui décerne un coup de cœur bien mérité. C'est toujours agréable de voir des auteurs comme lui sortir des écuries Fluide Glacial, prouvant bien qu'il y en a encore sous le capot dans ce magazine. Parce que des Inanna Djoun, des Les Contes ordinaires d'Ersin Karabulut ou des "L'Inconnue du bar (Dans la tête de...)" j'en redemande encore !

03/01/2023 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Méridien
Méridien

"Méridien" est une très belle surprise, un album à contre-courant. La surprise vient du scénario original qui nous mène dans une Amérique du Sud encore sauvage à travers une expédition scientifique française au XVIII° siècle. Une expédition qui s'est réellement déroulée avec quelques savants de renom de l'époque. Charles-Marie de la Condamine (astronome et encyclopédiste), Pierre Bouguer (astronome et hydrographe), Louis Godin (astronome) et Joseph de Jussieu (botaniste et biologiste). Des personnages hauts en couleur et aux tempéraments bien différents, mais le mensonge, l'ambition et les enjeux vont créer des frictions dans ce petit groupe. Un récit emplit d'humanité, mais qui côtoie aussi la cruauté, les peuples autochtones subissent le joug des espagnols. Une narration poétique et singulière avec les passages où différents volatiles vont jauger les faits et gestes de nos scientifiques, et qui pose la question sur notre relation avec la nature. Tout n'est-il que calculs et équations ? Un récit historique qui fait la part belle à l'aventure avec un grand A. La surprise vient aussi du dessin, il s'en dégage une ambiance sombre, sauvage et étouffante. Un trait hachuré, brouillon par moments qui apporte du relief. Un style unique en son genre qui est sublimé par une explosion de couleurs dans de merveilleux tons délavés. Un rendu époustouflant ! Une lecture dépaysante, instructive et immersive. A ne pas louper. Coup de cœur.

03/01/2023 (modifier)
Couverture de la série Juliette - Les Fantômes reviennent au Printemps
Juliette - Les Fantômes reviennent au Printemps

Franchement bien principalement parce que j’ai été on ne peut plus réceptif à l’humour distillé dans cet album. Cette galerie de personnages à la fois farfelus et proches de nous est exploitée avec toute la dérision nécessaire par l’autrice. C’est vivant, humain et joyeux jusque dans les moments les plus sombres. Le dessin est en parfaite osmose avec le ton de l’album. Un côté naïf dans le trait, certains profils parfois franchement ratés, mais des couleurs vives et joyeuses. Le charme du graphisme vient de son imperfection au même titre que le charme des personnages vient de leurs imperfections. Osmose, donc… L’histoire en elle-même est des plus anodines, mais je me suis attaché à ces personnages, j’ai aimé le caractère saugrenu de certains passages, j’ai été touché par d’autres… En clair, même s’il ne s’y passe rien d’exceptionnel, j’ai beaucoup aimé cette lecture.

03/01/2023 (modifier)
Par Francis
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Terre du Milieu mais un peu sur la gauche
La Terre du Milieu mais un peu sur la gauche

Incroyable si vous êtes un fan du Seigneur des Anneaux et que vous avec un humour varié ( c’est à dire vous comprenez bien la culture autour du seigneur des anneaux ça devrait le faire ). Le seul défaut c’est que c’est pas en anglais et qu’ils peuvent pas en profiter!!

31/12/2022 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Pizzlys
Les Pizzlys

Wash ! Il est trop fort ce Jérémie Moreau ! Ça fait mine de rien des années qu'il enquille les chefs d'œuvre. C'est comme avec le gars Gomont, sauf qu'au lieu de travailler un style, Jérémie explore. Il est en mouvement permanent. Il le prouve une fois encore avec Les Pizzlys qui se trouve en même temps être sa meilleure Œuvre à ce jour. Punaise ! Que de bonnes choses parues cette année ! Que de "meilleures BD" ! Rochette a sorti cette année sa meilleure, tout comme Inker... Les Pizzlys est une œuvre en lien avec l'ambiance de fin de monde que nous connaissons actuellement. A travers les personnes d’Étienne et Zoé, frère et sœur tous deux incapables de lâcher leur téléphone portable, Moreau parle de notre civilisation qui s'oublie dans le numérique dont l'industrie est à ce jour le plus gros émetteur de CO2. Le propos est tragique, on-ne-peut-plus réaliste. Ça glace les sangs. Néanmoins, Moreau capte un truc, comme une possibilité, un espoir, une étincelle. On n'évitera rien, mais on peut s'y préparer, et préparer l'après qui est déjà là, en fait. Côté dessins, Moreau reprend grosso modo ce qui avait conféré tant de poésie au Discours de la panthère, son œuvre précédente, à savoir des couleurs très psychédéliques mais avec lesquelles il drape ici un scénario qui monte lentement vers une acmé paroxystique où la réalité des choses se confronte à une sagesse extrêmement mature. On sent des choses qui étaient en germe sur Penss et les plis du Monde mais que, sans doute, la maturité aidant, il est parvenu à déployer dans une histoire très accrocheuse qu'il fait fleurir avec la puissance du printemps. Je ne sais pas pourquoi j'ai écrit ça ; ça m'est venu tout seul. C'est ce que je ressens. Zou !

30/12/2022 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Serpent et le Coyote
Le Serpent et le Coyote

Cette histoire m’a donné tout ce que la couverture m’avait promis : de l’aventure, de l’action et des grands espaces américains. Matz n’en est pas à son coup d’essai et a réalisé de nombreux polars (dont le mythique Le Tueur), et ce nouvel album ne déçoit pas. L’histoire (inspirée du programme de sécurité des témoins américain, Witsec) est certes classique au possible, mais bien construite et rondement menée. La narration en « voix off » est un peu lourde par moment, mais bien amenée (le narrateur parle à son coyote adopté) et permet au lecteur d’en apprendre plus sur la situation actuelle mais aussi sur le passé du personnage. Le procédé est efficace, et j’ai avalé les 140 pages d’une traite. Surtout que le dessin est magnifique. Il est fin et détaillé, très lisible, et les paysages américains sont parfaitement représentés… quel dépaysement ! Un polar de qualité, que je recommande vivement aux amateurs du genre.

30/12/2022 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Blacking out
Blacking out

Rhàà lovely ! glop glop ! mais que cet album est bon ! Cela devient extrêmement rare de trouver un excellent polar avec une fin que tu ne vois pas venir de loin. J’ai adoré me perdre ! Un ex-flic démis de ses fonctions traine péniblement sa carcasse à la recherche de la rédemption. Une occasion se présente à lui. Il va donc mettre toutes ses forces et toutes ses compétences pour dénouer un crime abominable. Ca sent le brulé ! C’est oppressant ! C’est glauque ! c’est violent ! Les pistes sont abondantes. Difficile de trouver qui est l’assassin ! Le scénario haletant tient la route. Le graphisme est nerveux et sombre. Le trait noir est épais. Peter Krause ne fait pas dans la fioriture et c’est tant mieux. Cela donne du rythme à cette histoire poisseuse autour d’un personnage à la dérive. A noter que l’album est complété par une galerie d’illustrations. Ce bonus est juste magnifique esthétiquement. Voilà donc un one shot brulant - dans la même veine que les comics US - vraiment agréable à lire que je recommande vivement. Et je vous l’annonce d’ores et déjà, vous serez surpris par le dénouement.

30/12/2022 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Faits divers
Faits divers

Certains pourront trouver à cette BD un côté un peu gadget. Anouk Ricard s'appuie donc sur des titres d'articles de presse qu'elle extrapole pour en tirer une histoire invraisemblable. Et c'est réussi. Tantôt absurdes, tantôt ridicules, ces scénarios abracadabrantesques (qui tiennent parfois en un seul dessin) sont truculents. C'est vraiment très très drôle, tout à fait dans mon style d'humour. Elle a donné suite pour faire un tome 2 de Faits Divers, malheureusement moins réussi. Ce tome 1 est un régal à savourer comme un bonbon. Avec le même inconvénient : ça ne dure pas très longtemps mais qu'est-ce que c'est bonbon !

30/12/2022 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Une rainette en automne (et plus encore...)
Une rainette en automne (et plus encore...)

Il faut saluer ici le travail d'édition remarquable des Editions de la Cerise. Cette petite BD au format italien et dos toilé est déjà très engageante. L'objet annonce la couleur (si je puis dire) : le lecteur sera immergé dans une ambiance des plus japonisantes. Et puis en feuilletant, on découvre le dessin absolument délicieux de Linnea Sterte, et là, c'est mon cœur qui fond. Après m'être renseigné sur l'autrice, je réalise qu'il y a quelques années, j'avais vu passer sa bande-dessinée précédente intitulée In-Humus qui n'avait alors pas plus retenu mon attention que cela. Il faut dire que son dessin a évolué, et moi aussi. Mais revenons à notre petite rainette. Graphiquement, c'est un pur coup de cœur. J'adore ce trait fin et ciselé, cette science du détail qui permet de déceler des raffinements jusque dans les fonds obscurs représentant des scènes nocturnes. J'aime le choix de ce monochrome bleuté qui redonne toute sa dimension au dessin. Je suis admiratif de cette ligne minimale qui souligne un relief, ouvrant la page sur l'immensité du paysage, et aère la tête ! On songe à ces dessins pariétaux où un trait unique évoque à la perfection et de manière évidente la silhouette d'un mammouth. Et bien entendu, on songe également aux maîtres du manga, les Tsuge, Mizuki et Cie... Il y a d'ailleurs dans cette histoire la même poésie. Tout est léger comme les flocons qui viendront conclure de manière ouverte cette histoire feutrée. En outre, il flotte dans l'air un humour tendre. L'histoire tient sur un confetti, et le résumé que l'on trouve un peu partout sur le net se suffit à lui-même. C'est un petit conte initiatique, genre malheureusement tombé un peu en désuétude. Mais ces histoires de trois fois rien (que j'affectionne tant) racontent souvent beaucoup. C'est par le peu qu'elles nourrissent l'esprit, avec une économie empruntée à l'art japonais. C'est le cas ici. Sans s'attarder, on y rencontre des esprits : celui d'un jeune arbre tordu sous les traits d'une petite fille en kimono, celui d'un vieil arbre dépeint comme un étrange humanoïde non genré, et bien sûr celui de la fleur de shungiku capturé par les crapauds (cf. résumé) que le lecteur ne verra d'ailleurs jamais. On rencontre des chiens, des chats, des souris, mais nul conflit. Tout ce petit monde cohabite le plus naturellement du monde, les chats conseillant par exemple à nos crapauds en vadrouille une excellente auberge tenue par la même famille de souris depuis 58 générations... Cette aventure à l'échelle de rainette et pleine de poésie m'a totalement conquis. Je suis à deux doigts de penser qu'on tient là un petit chef d'œuvre. Mais je ne voudrais surtout pas survendre la chose. Entendons-nous bien : par "petit chef d'œuvre", j'entends ici un "petit bijou", un trésor fragile rapporté de mes pérégrinations et objet de sentiments tout à fait personnels tel un coquillage trouvé sur la plage, une plume ramassée au détour d'une balade, un caillou de poucet aux couleurs irisées... Tous ces bidules appelés à rejoindre la boite aux secrets planquée derrière les rayonnages de la bibliothèques. Voilà ! une rainette en automne, c'est tout à fait ça ! Ce livre magnifique fait partie de la sélection pour Angoulême. Restons toutefois réalistes : ce ne sera pas le futur Fauve d'Or. Ce n'est pas suffisamment Grand Public. Elle recevra peut-être une distinction, ce qui serait bien entendu une juste reconnaissance, mais franchement, à la lecture, on est loin, bien loin de toutes ces considérations. La rainette n'est pas une bête de course. C'est une BD qui se savoure dans la solitude et le calme. Et c'est très bien ainsi !

30/12/2022 (modifier)