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Par Bruno :)
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série John Byrne's Next Men
John Byrne's Next Men

Ce vers quoi commençait à tendre le genre super-héroïque au milieu des années quatre-vingt : une mise en abîme de plus en plus "réaliste" du destin probable du surhomme au sein de la société, une représentation d'avantage S.F. qui aurait pu transcender l'entièreté de la production pour l'amener vers des rivages beaucoup plus enrichissants, sinon originaux. Loin au delà du banal affrontement bien/mal, en tous cas. Mais le virage entr'aperçu avec le "Dieu Créé, L'Homme Détruit." de Claremont/Anderson, loin de montrer l'exemple avec son exploration un poil plus poussée qu'à l'accoutumée du pitch Humaniste originel des X-Men, va vite être remplacé par une popularisation quasi générale de la violence et du trash comme prétexte à plus de réalisme... Tant pis ! John Byrne nous venge tous avec son super efficace John Byrne's Next Men, plein de bruit et de fureur -et de sens ! Avec une rigueur graphique quasi sans faille et un sens du récit peaufiné par l'expérience, il te me nous a torché un petit bijou Science-Fictionnesque qui décortique toutes les astuces utilisées depuis des lustres par les auteurs de Comics ; nous offrant à chaque arc une extrapolation bien plus cohérente de tel ou tel sujet, et des conséquences bien réelles qui en découleraient SI... Le dessin est tellement au point dans son efficacité qu'il en manque presque de charme, dépouillé qu'il est de toute hésitation ou expérimentation ; même si Byrne nous offre pas mal de plans très inventifs. La conséquence logique est une froideur d'ordre général, surtout dans le second arc. Mais un vrai humour de situation (le décalage induit par l'inexpérience des Next Men) et, plus directement, du traitement de certains personnages (le portrait bien sentis de Ben Horowitz et le sadisme moqueur de Satanas, l'émouvante humanité de Sandy...) s'occupent de réchauffer l'atmosphère ; et on se réjouit que le Comic soit publié chez Dark Horse plutôt que Marvel ou DC... N'empêche : on suit avec beaucoup de sympathie l'odyssée de ces "NEXT MEN" vers plus de maturité et de conscience et, si les avatars qu'ils subissent après l'affrontement "final" avec leur Némésis Satanas me parlent moins dans leur logique "à suivre", plus classique (John Byrne adore les histoires de voyage temporels et je crois que c'est ce que j'aime le moins dans la S.F.), tout ce qui est mis en scène avant pointe le talent de l'auteur et l'intérêt de l'histoire. Aucun des personnages n'est traité à la légère -Tony est un poil trop "chargée", néanmoins, niveau background !- et leur évolution est logique tout du long. Du développement d'une conscience morale chez Jack à l' endurcissement psychologique de Bethany (bien raccord avec sa propre mutation, pour le coup !) jusqu'à l'acquisition -douloureusement triste- de la maturité pour Danny, on ne peut rester à distance de ces individus projetés du jour au lendemain dans le monde des hommes, après avoir commencé leur existence au (presque !) paradis. Et même l'absence d'évolution comportementale chez Nathan et Jasmine tombe sous le sens : il est dés le départ un être dépassionné et déjà abouti, mature avant l'heure, alors qu' elle n'exprime qu'émotion et simplicité et continuera, par la suite et malgré les épreuves, à faire preuve de la plus confondante naïveté. Ces choix-là aussi prouvent encore d'avantage l'implication de l'auteur à tenter de nous offrir quelque chose de différent du Comic Book habituel. Un travail de caractérisation qui fait sa patte depuis Alpha Flight ; et qui rend mon approche de facto sympathique envers ses créations et/ou adaptations. Un grand moment du Comic !

21/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Justiciers du futur
Les Justiciers du futur

Halala ! Dave Cockrum et son légendaire goût pour le costume de super-héro qui tue ! Non mais : rien que la couverture, quoi ! Le bonhomme est à l'origine de ma passion pour le genre super-héroïque. Comment ne pas avoir toute sa chimie cérébrale bouleversée quand, aux alentours des huit-neuf ans, un Spécial Strange entre les mains, ont se retrouve les yeux écarquillés à essayer d'assimiler toutes les subtilités stylistiques qu'arbore une véritable horde de belligérants, drapés des oripeaux les plus élaborés et colorés qu'on ait jamais contemplé ?! Déjà, le groupe des X-Men qui ouvrait le chapitre m'avait grandement impressionné ; mais la Garde Impériale ?! Il était vraiment le Christian Lacroix du genre ! Avec cet album à (presque) mi-chemin des genres (c'est très S.F. !), il s'est manifestement fait plaisir en mettant en scène, via une histoire assez simple d'invasion temporelle, un groupe de super héros typiques du MCG, tous nantis de ce qui se faisait de mieux en matière d'assortiment personnalité/pouvoir/patronyme ; et dont la trempe très naïve, fidèle au style d'une époque déjà datée au moment de la publication, justifie précisément les représentations graphiques très travaillées et très réussies de leurs costumes et leurs pouvoirs, ainsi que de leurs personnalités -croquées en bleus et roses, elles aussi. Le récit est bien rythmé (luttes en épisodes contre les envahisseurs par des membres de l'équipe, associés en binômes puis réunis à nouveau pour la conclusion) et les informations clés en rapport avec les personnages sont peu à peu dévoilées, accentuant notre désir d'en savoir d'avantage sur eux et les liens qui les unissent. C'est qu'ils sont très attachants dans leur originalité, que cette dernière soit due à leurs capacités paranormales et/ou leur background personnel : Avatar, Silver-Shadow, Blackmane, Sunswift et Terrayne en particulier. Et Werehawk est carrément du jamais vu, dans son genre ! Et quasiment tous bénéficient, bien sûr, d'une apparence très soignée sous leur incarnation méta-humaine -à part Terrayne, par contre : pas jojo du tout, sinon original ! L'ensemble est ma foi très agréable à lire -si on omet le côté hécatombe de l'invasion : annihilation des principales capitales du monde, en complet porte-à-faux avec l'humour omniprésent et très représentatif du médium. C'est peut-être cet aspect jusqu'au-boutiste qui a empêché la parution d'une série régulière au sein des publications Marvel ? On a, en tous les cas, tous loupé quelque chose, sur ce coup-là. Salut l'Artiste !

21/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Mikros Archives
Mikros Archives

Quelle grande époque ! Jean-Yves Mitton et Marcel Navarro torchent en quelques épisodes un trio de Sup' Héros bien sympathiques (même si archi-calibrés !) qui vont, une année durant de publication mensuelle (!) combattre de méchants extra-terrestres insectoïdes tout en découvrant leurs pouvoirs, induits par ceux-là même qu'ils affrontent ; et cela tout en évitant de se faire lyncher par les foules en délire de leurs concitoyens -c'est très Silver Surfer et Spiderman, ça ! C'est plein de grands sentiments et de clichés, encore plus mis en avant par des dialogues ampoulés au possible mais, si ça ne m'a pas dérangé à l'époque -surtout que le style de Mitton, déjà très efficace et personnel, fait un bond en avant SPECTACULAIRE à mi chemin de la publication !- j'ai depuis lors découvert que cette outrance littéraire était faite exprès ! En effet : pas du tout amateurs du genre, les deux créateurs ont eu du mal à prendre au sérieux leur médium, traité un peu comme un exercice de style -au départ, en tous cas-, et ils se sont perversement amusés à en exagérer les poncifs les plus éculés. Mais apparemment, à l'instar de l'intelligence, l'Art ne peut s'exprimer en dessous de son propre niveau ; et c'est bel et bien une réussite dans le genre qu'ils nous ont offerte, tout au long de la carrière de nos trois héros psychorigides (j'exagère: quand Jean Mitton relance sa série dans le magazine Titans, sa personnalité chaleureuse -et très franche !- s'exprime beaucoup plus librement dans la peinture de notre société Francophone, enrichissant d'autant plus l'univers de Mike, Salty et Crabby.). Et puis la redite, en matière de super-héros, n'est pas forcément synonyme de vacuité ou d'ennuis : Marvel et Consorts auraient disparu depuis longtemps, sinon ! Un monument du Comic Book, donc ; qui ne s'essouffle à aucun moment et nous offre, comme ses meilleurs concurrents Anglo-Saxons, un sommet du récit avec la fabuleuse "Saga Du Psi", aussi magnifiquement illustrée qu'elle est élaborée dans sa progression dramatique.

21/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série New Mutants (Nouveaux Mutants)
New Mutants (Nouveaux Mutants)

Une réédition en album de certains des épisodes de la série, illustrés (entre autres, beaucoup moins inspirés même si honnêtes, comme Rick Leonardi...) par un Bill Sienkiewicz en pleine expérimentation graphique pour essayer de trouver d'autres façons de raconter en images... C'est foutraque et chaotique -et très jouissif en même temps car on sent bien le plaisir qu'il prend à manipuler (démolir !) les codes narratifs habituels. Pas mal de croquis rapides, rythmes de parution oblige ; mais on a droit a de très expressives attitudes de la part des personnages, croquées très spontanément. L'emploie du noir -très présent !- met en valeur la moindre perle graphique, et les scénarios de Chris Claremont, plus étranges qu'à l'accoutumée (relation de cause à effet avec son dessinateur du moment, comme c'est souvent le cas avec la manière de procéder au MCG), donnent matière aux audaces picturale du grand Bill -toute relatives, quand même, dans cette production très mainstream. Ses couvertures sont, par contre, absolument remarquables d'inventivité et de maitrise et justifient -je ne plaisante pas !- à elles seules l'achat.

21/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ghost in the shell (Mamoru Oshii)
Ghost in the shell (Mamoru Oshii)

Oui, il semble un peu vain d'imprimer sur du papier les images d'un long métrage d'animation, aussi réussi soit-il. Surtout si le dit Dessin Animé est, déjà, directement inspiré d'un Manga. Cependant, dans le cas présent, outre que le résultat est plutôt joli -comme une BD au graphisme hyper-soigné-, il permet à ceux que ce genre d’œuvre filmée plutôt contemplative rebute, d'apprécier un scénario très élaboré et abouti traitant quelques sujets inusités, comme la perception que l'on a de soi-même et de la place qu'on occupe au sein de son univers personnel -et des possibilités d'évolutions qu'on est, ou non, prêt à envisager. Car, nonobstant les qualités réelles de l’œuvre imprimée originale de Masamune Shirow, largement mieux fournie en humour et action, le réalisateur du film, Mamoru Oshii, s'est complètement réapproprié l'histoire pour en donner une représentation beaucoup plus poétique de son sujet. L'ambiance et le ressenti général -très Zen- arrivent a transparaitre malgré le format de l'album ; et c'est une bonne chose, étant donnée la grande qualité du tout, que Ghost In The Shell bénéficie aussi de ce médium-là auprès du public. C'est un petit objet que je conserve précieusement. ... L'idéal étant, bien sûr, de parcourir la BD avec, en fond, l'excellente Bande Originale de Kenji Kawaï, pour être complètement dans l'ambiance.

21/10/2023 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Otto (par Charles Nogier)
Otto (par Charles Nogier)

Derrière ce titre palindromique se cache une histoire multiple et d'une sensibilité rare qui cheville le lecteur à son corps. Tout passe par le dessin, splendide. Et pour cause : elle est muette. Otto, c'est l'histoire a priori banale d'un chien et de sa fugue. Otto, c'est un dessin d'une beauté saisissante qui restitue à merveille les mouvements, les expressions, les atmosphères, les sentiments. On sent les odeurs, celle de la terre s'imbibant de pluie, celle de la charogne que les corbeaux se disputent, celle des fleurs et des bêtes. Parmi les sentiments exprimés ou ressentis, et qui forment ici comme un cercle vertueux, c'est celui de liberté qui domine, emportant le récit et imprimant son rythme hirsute. Comme le chien, le lecteur affronte les éléments et fait de multiples rencontres. Il traverse le doute, peut-être, la solitude, surement. Il explore, médite, contemple. Il gambade et vit sa journée de chien en jouissant de cette liberté retrouvée. Otto, c'est une ambiance nimbée du bleu tendre des souvenirs. La nostalgie imprègne chaque page. Nostalgie de l'enfance avant tout. Elle habite ce livre et s'incarne de manière fugitive dans la silhouette de ce petit garçon. Il est à la fois l'auteur et ses souvenirs, mais aussi le lecteur qui aussi bien se rappelle et espère une issue favorable. Ce lien d'amitié qui unie l'enfant au toutou contient la tension dramatique. Rien n'est dit, tout est suggéré par la seule force de la peinture. J'ai aimé partager cette escapade et ressors de ma "lecture" (il faudrait dire voyage) très touché émotionnellement. Bien plus que je ne l'aurais cru. Il est cool ce chien, Otto...

20/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Réincarnations - Please Save my Earth
Réincarnations - Please Save my Earth

J'ai connu PSME d'abord via sa version animée, en cassette vidéo, avant de m'attaquer, bien plus tard, au Manga lui-même -ma seconde expérience du genre, après Akira (au traitement graphique beaucoup moins typique du genre). Le sujet m'avait séduit -et la bande originale est absolument magnifique : Yoko Kanno et Hajime Mizoguchi sont des compositeurs extraordinaires. Sinon, quelle claque ! L'intrigue, mise en scène de manière complètement éclatée (les flashbacks non linéaires et les objectifs/intérêts des héros qui ne cessent de s'inverser, se croiser ou se brouiller) est passionnante de bout en bout, nous faisant passer par tous les affres de la création avec chacun des personnages. Saki Hiwatari nous balade d'un épisode à l'autre sans jamais tout à fait complètement dévoiler les raisons les plus intimes des motivations du petit groupe d'ex/nouveaux amis/ennemis et, en ce qui me concerne, l’aveu déchirant de Alice à Haruhiko, vers la fin, m'a complètement pris par surprise -et d'autant plus touché que j'avais oublié que les traumas qui nous définissent ne sont décidément jamais les plus évidents. Mais de nombreux autres instants de dure vérité confrontent les adolescents à leurs proches ainsi qu'à eux-mêmes, et mon cœur battait vraiment pour eux tout au long de leur quête ; c'est dire l'art consommé de l'Artiste ! Si on ajoute la réelle beauté des images, des visages (!), des décors à la profonde réflexion Humaniste qui soutient cette (longue ! Mais c'est traditionnel, au Japon) série poétique et romantique, on ne peut qu'en constater la grande réussite. Un summum du genre, pour l'amateur de Manga vraiment moyen que je suis ; et un summum TOUT COURT pour l'amoureux de bandes dessinées, un poil mieux éclairé.

19/10/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Jonathan
Jonathan

2023, bientôt 50 ans que le premier album est sorti. Je déniche un lot dans une librairie d'occasion, je les achète. C'est pas cher et ça fait un avis de plus ! Retour à la maison, je commence le premier volume. J'en sors surpris : ça a été publié dans le journal Tintin, ça ? Ça parle d'une guerre que les occidentaux n'ont jamais vraiment regardée en face. Ça mentionne des ethnies inconnues, on a des morts, des bombardements. C'est vraiment fait pour enfant ? Je continue les lectures et l'étonnement grandit. On parle de vols d'œuvres culturelles par les occidentaux, de disparus dans l'Himalaya par manque de préparation, de maladies mentales. Chaque volume est une histoire mais toutes ensemble tissent une trame narrative qui se suit. C'est prenant, c'est passionnant. L'auteur évolue, et ça se sent. Le dessin du premier volume, plus grossier, s'affine. On sent l'amour pour la montagne, pour le Tibet, pour les populations locales. On mentionne quantité de noms inconnus en occident, ça parle de pays qu'on ne connait qu'en carte postale. Le tout accompagné de bandes originales à chaque album : Mike Oldfield, Kate Bush, Pink Floyd, Brian Eno, du classique parfois … Tiens, il a les mêmes goûts que mon papa, qui me les a transmis ! Et puis la césure, les albums américains. Cosey a changé d'imaginaires, tout comme dans ses BD. On oublie les montagnes de l'Asie, on a les plaines de l'Amérique. C'est le passage de Saigon-Hanoi à Orchidea. Mais Jonathan reste le même, il est toujours affublé de ses vêtements iconiques, sa coupe de cheveux et son spleen mélancolique. Jonathan, c'est du Corto Maltese inspiré par l'Asie et l'Amérique, c'est du baroudeur qui n'a jamais d'attaches. Il aime, il avance, il découvre. Jonathan ne juge pas, il est spectateur d'un monde, s'inscrit dedans et accepte les gens tels qu'ils sont. Marginaux, rêveurs, idéalistes, tous portés par leur foi en quelque chose. Jonathan, lui, regarde. Je ressors de ma lecture. C'est prenant. Une envie me vient d'aller prendre mes chaussures et de marcher dans les Vosges. On est en automne, c'est le moment où la forêt sera magnifique et j'ai soudainement envie de montagne. La BD qui habite après sa lecture, n'est-elle pas la meilleure ? Lorsqu'on est encore baigné par une ambiance, c'est qu'elle nous marque, après tout. Et j'ai envie de retourner faire des escapades avec Jonathan, voir un peu le monde et vivre quelques instants encore dans l'Himalaya. Il va falloir que je me procure les albums manquants. Et si je me remettais un Mike Oldfield en attendant ?

19/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Stray toasters
Stray toasters

Dans la foulée d'Elektra : Assassin, pour le style, mais sans Frank Miller au récit. Une histoire de démon en balade à New York, qui constate nos mœurs de sauvages (carrément déstabilisantes pour lui !) et croise les héros de l'histoire -aux prises avec leurs propres démons personnels, pour le coup !- alors que des meurtres de petits garçons et de jeunes femmes défrayent les chroniques, plutôt heureuses d'avoir du sordide à raconter au public... La speakerine est hilarante, avec ses apartés loufoques ! Les personnages sont tangibles et leurs affres faciles à suivre -même la psychopathe de service ! Et la créature qui inspire le titre assez obscur du Comic m'apparait assez impressionnante/inquiétante, sous les coups de pinceaux du Grand Bill -sans parler du toubib...! J'aime aussi les audaces graphiques alliées à l'humour, qui m'autorisent -pauvre petit cœur sensible que je suis !- à parcourir cette histoire sans ressentir trop d'empathie pour l'aspect Thriller du sujet : c'est du spectacle, avant tout. Je l'adore, cet Artiste-là !

19/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Elektra (Delcourt)
Elektra (Delcourt)

Fin d'été 1988, festival de BD (supermarché, quoi !) de Hyères. Je viens d'acheter l'album de Daredevil (Miller/Mazzucchelli - j'en connaissais les pages) et, ma maigre paie en poche (service militaire à peine entamé !), je passe pour la troisième fois devant un étal exhibant le Elektra : Assassin de Frank Miller et Bill Sienkiewicz... Décidément, la couverture m'intrigue ! Bien sûr la couleur (rose pétant !), mais aussi le fait que je n'arrive pas à l'interpréter ! Et puis le vendeur m'interpelle, pour me dire que le recueil est réservé pour un client ; mais que ce dernier n'étant toujours pas revenu... C'est un des plus grands chocs graphiques de ma vie -et l'impact perdure aujourd'hui. Je n'ai jamais retrouvé pareille joie purement visuelle à parcourir un Comic, sinon à la lecture du Stray toasters, du seul Bill. J'ignorais alors qu'on pouvait à ce point s'amuser à raconter une histoire ; et surtout que, pour l'illustrer, on pouvait tout se permettre, si on parvenait à ne pas noyer le sens sous la forme donnée au récit par les images. Ce miracle-ci prouve qu'on peut même le magnifier en explosant ses codes et cadres, tout en jouant avec ses pinceaux/crayons/ciseaux/photos/photocopies Etc...!! Il est manifeste que Miller, habituellement prisonnier de ses tics et obsessions plutôt ras des pâquerettes (c'est très subjectif !), a vu sa prose transcendée par l'incessant va-et-vient des idées -et remaniements graphico-scénaristiques !- entre lui et son artiste ! Le placement des phylactères même participe au rythme du récit ; en guidant par exemple nos yeux le long d'une splash-page à l'apparence de peinture mythologique tant elle est mise en scène : "No, Garreth.". "You cannot die.". "Not yet.". "Breathe.". Aujourd'hui adoubé mais, à l'époque, encore en devenir, le Grand Bill s'offre un terrain de jeux et d'expérimentations picturales de presque 300 pages et les idées fusent tous azimuts, jusqu'à la fin (jouissive à tous les niveaux, aussi !). Un festin créatif pour les deux associés, j'en suis persuadé. Et je continue d'en apprécier une bonne tranche bien nourrissante, de temps à autre : l'innovation amusante s'est faite rare, dans le genre.

19/10/2023 (modifier)