Les derniers avis (9805 avis)

Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Cuisine des ogres
La Cuisine des ogres

A la différence de Mac Arthur, c'est le dessinateur (ou un style graphique singulier) qui occasionne mes achats impulsifs, très rarement un scénariste ou le sujet du bouquin. Et cette BD ne déroge pas à la règle, puisqu'il a juste fallu que je découvre le nom de Jean-Baptiste Andreae pour que je reparte avec l'album sous le bras. J'attendais avec impatience le retour d'Andreae après son magnifique Azimut et je n'ai pas été déçu. Une explosion d'inventivité. Son dessin est toujours aussi féerique, ses couleurs merveilleuses et sa mise en page dynamique. Un dépaysement total. Fabien Vehlmann nous propose un conte sombre et légèrement horrifique avec une pointe d'humour et de bons jeux de mots qui m'a mis en appétit. Ce tome est une entrée consistante en la matière et il appelle une suite à cette régalade. Oui, je me suis pourléché les babines dans cette cuisine des ogres. Les personnages sont savoureux, tantôt pimentés, tantôt tièdes ou encore saignants. Un monde fabuleux et cruel où on n'y mange pas du gigot d'agneau, les enfants sont au menu. On peut se faire émincer, ficeler ou engraisser pour les gargantuesques festins des maîtres des lieux. La recette de cette BD ne sera pas à une table étoilée, elle manque un peu de gras et de sel. De plus, la fin ne m'a pas enfariné, mais une lecture qui m'a rassasié et c'est bien là le principal. Je reviendrai avec plaisir à la table de ces deux chefs. Un 4 étoiles un peu généreux, mais un très beau conte que je ne peux que conseiller aux amoureux du genre. Coup de cœur (ou de foie si vous préférez).

22/03/2024 (modifier)
Couverture de la série Géante - Histoire de celle qui parcourut le monde à la recherche de la liberté
Géante - Histoire de celle qui parcourut le monde à la recherche de la liberté

Beaucoup d'avis contrastés autour de cette BD. Personnellement, je me suis attaché à cette géante et sa trajectoire dans ce monde moyenâgeux fictif. Les auteurs ont réussi à créer une esthétique colorée de style naïf qui sied au conte. Bien-sûr beaucoup de sujets tels que la femme, la liberté, la famille, le couple, le savoir sont abordés de manieres inégales mais dans l'ensemble il n'y a pas de fausse note. Le récit se tient, l'intrigue avance, les thèmes ne se répètent pas bêtement. Si la perspective de lecture d'un conte initiatique teinté de féminisme ne vous rebute pas, allez-y en confiance.

21/03/2024 (modifier)
Couverture de la série Une pour toutes
Une pour toutes

Brillant. Je m’attendais à quelque chose de plutôt sympa de la part de l’auteur de Mortel Imprévu que j’avais bien apprécié à l’époque, mais je dois avouer que cet album a largement dépassé mes attentes. J'ai tout simplement adoré et pris un plaisir énorme à le lire et le regarder. Je ne connaissais pas le personnage historique Julie d'Aubigny (dite Julie Maupin//Mademoiselle de Maupin) dont parle cette histoire. Je ne connaissais pas non plus le roman original dont est adapté cette Bande Dessinée, mais eu égard à la très grande qualité de cette dernière, je ne doute point que le roman a fourni des bases d'écritures solides sur lesquelles a pu s’appuyer notre auteur. Nous suivrons donc ici le destin d’une femme hors du commun (Duelliste (épéiste), Cantatrice, Actrice) qui se refusera ce futur prédestiné de "femme de" pour une vie folle et débridée riche d’aventures, d’affirmation de soi et d’amours assumé(e)s. Une vie romanesque à souhait en somme. L’histoire est donc haletante, sans temps mort au fil des presque 120 pages. Véritable bonne trouvaille et probablement issue du roman, l’histoire débute par la rencontre improbable entre Julie et le diable en personne (Méphistophélès). Celui-ci accompagnera notre héroïne tout au long du récit, tentant subtilement (ou pas) de lui voler son âme (Il remettra ça avec Faust peu de temps après!). L’histoire va donc être régulièrement rythmée par les discussions entre l’héroïne et le diable (mais pas que !), véritables joutes verbales parfois en écho/parallèle de vrais duels à l’épée. Pour soutenir cette histoire, "Dominique Monféry" propose un dessin vif, enlevé et élégant à ravir, conforme à cette magnifique couverture. Formidable en tout point, dans le fond et dans la forme. Courrez l'acheter! De l'Aventure avec un grand A.

21/03/2024 (modifier)
Couverture de la série Il y a longtemps que je t'aime
Il y a longtemps que je t'aime

Très étrange ce récit. A un point tel que je me suis dit à un moment de ma lecture que je ne savais pas trop ce que l’autrice voulait me raconter… mais qu’elle me le racontait vachement bien ! En partant d’un personnage d’une femme d’âge mûr échouée sur une île déserte, en proposant un graphisme très personnel et extrêmement coloré, Marie Spénale nous parle de l’amour, du sentiment amoureux, du désir, de la passion et du confort, du temps qui use tout. Annie, son personnage, se lance dans de longs monologues durant lesquels on découvre son passé de couple, la routine dans laquelle elle s’est finalement retrouvée enfermée, elle qui rêvait d’aventure. Elle qui rêvait d’aventures mais qui angoisse sur son île, qui galère à se construire un abri. Elle qui semblait satisfaite d’un amour routinier redécouvre le désir (de plaire autant que d’aimer). L’élément déclencheur : non seulement cet échouage mais aussi et surtout la rencontre avec un jeune homme. Celui-ci ne prononçant pas le moindre mot, Annie se sert de cette relation pour pratiquer sa propre psychanalyse… tout en voyant en lui un objet de désir, une douce parenthèse, une fuite en amour. Un nouveau départ ? Ce récit est très personnel, tant par son aspect graphique (il faut aimer le rose et les couleurs flashantes) que par les réflexions tenues. Le symbolisme est omniprésent et prête à interprétations de la part du lecteur. C’est très clairement le genre de livre que je n’aurais jamais acheté sur la seule base de sa couverture et de son synopsis. Mais c’est une lecture que je ne regrette pas. J’ai trouvé le personnage d’Annie très touchant et le traitement du sujet désarçonnant mais encore accessible et intéressant. Vraiment pas mal du tout, en définitive.

21/03/2024 (modifier)
Couverture de la série Bergères Guerrières
Bergères Guerrières

Ça fait des semaines que je dois aviser cette série, je vais suivre de façon bien fainéante le bel entrain de Gruizzli et plussoyer mes prédécesseurs. C’est vachement, vachement, vachement bien, je me suis régalé comme pas permis. Amélie Fléchais m’avait déjà agréablement surpris avec L'Homme Montagne. Elle adopte cette fois un nouveau style, qui s’avère toujours aussi frais et charmeur. Ses personnages et bestiaires sont adorables. L’histoire et l’univers ne sont pas en reste, tout est bien amené. Ça s’adresse à tout le monde, c’est intelligent, bien construit … bref c’est merveilleux et ça donne du peps. Une lecture magique qui ne démérite pas son statut, franchement excellent. Je recommande à tous les petits en dessous de 2 mètres 20.

19/03/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Bergères Guerrières
Bergères Guerrières

Mais ouah, c'est fou comme série ça ! Sérieusement, je suis choqué après lecture, choqué et ravi d'avoir acheté les quatre tomes les yeux fermés pour voir ce qu'il en retournait de cette série si bien notée sur le site. Et oui, je confirme, c'est dingue ! Déjà, j'aimerai savoir ce qu'a pris le scénariste. Parce que je ne sais pas ce que c'est, mais j'en veux ! Une BD comme ça, c'est excellent pour le moral, pour les neurones et pour les enfants. Honnêtement, ça fait longtemps que je n'avais pas fini une BD jeunesse avec un tel sentiment de plaisir. Et quelle belle série ! Le genre qu'on prend plaisir à lire en tant qu'adulte, parce qu'on voit le travail accompli, mais qui a l'un des plus beaux messages à adresser à la jeunesse. Et je suis conquis par la pertinence de celui-ci. Le premier tome me laissait présager une direction sympathique et bien menée, mais pour laquelle j'attendais un développement classique. Et pourtant, chaque tome suivant m'a emmené plus loin que je n'aurais cru, et surtout dans un ton qui va aller du sérieux mais léger au ton grave et sérieux. Je ne pensais pas que les auteurs oseraient ça, mais le ton des derniers tomes est clairement grave, du genre qui fait comprendre le poids d'un monde et l'importance de ce qui est accompli. Ce ton qui permet aussi de rendre les victoires d'autant plus claires et éclatantes qu'elles nous soulagent de ce poids. En plus de ce ton, donc, les auteurs ont décidé de ne pas prendre les enfants pour des imbéciles, et je les en remercie. Les thèmes abordés dans cette série sont légions, chacun d'eux méritant les éloges dans son traitement : aucun n'est brutalement asséné, aucun n'est didactique, aucun n'est rébarbatif. Sans que l'on s'en rende compte, le récit arrive à faire ce choix que j'estime crucial dans une BD pour enfants, de ne pas faire dans le militantisme ("Tel truc est bien", "tel truc est mal"). C'est d'autant plus important pour des personnes ayant moins vécu et ayant accumulé d'expérience que de ne pas assener une vérité qu'ils doivent considérer comme absolue. Au contraire, et "Bergères Guerrières" le fait parfaitement bien, il faut montrer ce que l'on veut transmettre. Tu veux montrer que les femmes valent les hommes ? Me le dis pas, montre tout au long de la BD que la question du genre n'a pas à se poser. Tu veux me parler d'écologie ? Montre-moi l'impact de l'humain sur la nature et les conséquences sur sa propre vie. Etc, etc... Bref, j'adore l'idée que la série développe des thématiques clairement et résolument adultes, mais dans une histoire pour enfants. Le traitement est remarquable, comme dit : c'est sérieux dès le début, mais enfantin, léger. Et progressivement le ton devient grave, le sérieux se fait sentir alors que le monde de l'enfance s'éloigne. Et la BD ne verse jamais dans la glorification du monde de l'enfance, ni dans la critique du monde des adultes. Au contraire, elle montre que tout devient plus complexe et flou : qui blâmer, qui acclamer ? Je ne parlerais pas des personnages, que j'ai adorés, ou des révélations progressives qui nous épaississent le monde sans que l'on ne subisse le poids du lore. Mais si je dois ajouter quelque chose, je dirais que le dessin arrive à mener ce scénario de manière parfaite. Le récit coloré et aux personnages enfantins arrive à nous proposer un bestiaire étrange, clairement inspiré de gravures nordiques. Les moutons, le loup, les oiseaux, tout cela participe à nous faire un imaginaire plus nordique, moitié-écossais moitié pays-scandinave, bercé de ces paysages. On sent que la dessinatrice s'est fait plaisir et j'adore le rendu. J'avais déjà apprécié son travail au préalable et je la note clairement comme une personnalité à suivre ! J'ai beaucoup déblatéré, comme à chaque fois que j'aime et que je m'emporte, mais que c'est bon. Le genre de série jeunesse comme j'aime, parce qu'elle fait les choses bien, intelligemment et avec un sens du sérieux qui est parfaitement adapté. L'ensemble se tient jusqu'à une fin qui évite l’écueil de la fin heureuse, mais se finit avec un sentiment de progression incroyable. La série m'a redonné un coup de fouet après un coup de mou et je ne peux qu'être comblé. A acheter aux plus jeunes, à dévorer même si on est plus vieux !

19/03/2024 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Accident de chasse
L'Accident de chasse

Je suis tentée de mettre 5 étoiles parce que c'est un album qui vous ouvre des portes sur de nombreux horizons qui ont toutes les chances de nous aider à vivre. Cela vous semble déjà exagéré et donc je vais essayer de vous convaincre sans vous gâcher le plaisir de la lecture, c'est la quadrature du cercle. C'est une histoire impossible à résumer, l'histoire d'un mensonge qui finit par détruire la vie de celui qui pensait se protéger grâce à lui. (première leçon), c'est aussi l'histoire d'un enfant qui doit devenir adolescent tout en vivant seul avec son père aveugle dans un quartier chaud de Chicago dans les années 50..(deuxième leçon) C'est l'histoire d'un type un peu naïf et inculte qui devient un exégète hyper pointu de Dante au contact d'un meurtrier d'enfant. (la vie est décidément pleine de surprise !) C'est bien sûr l'histoire récurrente de l'accident de chasse (c'est du lard ou du cochon ?) C'est aussi l'histoire de deux détenus qui organisent une lecture gesticulée de l'Enfer de Dante qui obtient un succès impressionnant dans la prison. Enfin c'est le mode d'emploi pour convaincre un dépressif qui a de bonnes raisons de l'être de reprendre goût à la vie. Toutes ses questions sont parfaitement imbriquées dans une histoire à la fois noire et inexorablement optimiste. Les personnages sont très bien caractérisés, et leur parcours nous importe. La poésie est le ciment de toutes cette architecture. Le dessin en hachures noires superposées sur fond blanc créent une ambiance sombre et plutôt oppressante qui nous met sur nos gardes, on s'attend au pire à chaque page alors qu'il n'est jamais sûr. Le panoptique de la prison, en particulier, est magnifiquement rendu, dans sa démultiplication concentrique. Le seul bémol c'est la prose du père aveugle, qui est lu par petits interludes : la langue est très contournées avec un vocabulaire désagréablement recherché , si bien qu'on a du mal à lire le tout et on a tendance à sauter les pages. Quel dommage ! Je n'ai pas trouvé ce que ça apportait... Bref tout le reste doit être lu : cela fait comprendre une partie du monde, et c'est tellement rare ...

18/03/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Aristée
Aristée

Dans la mythologie grecque, Aristée est un dieu mineur, le dieu associé à l'activité pastorale et à l'agriculture. Un album qui permet de vagabonder sur notre jolie planète, de passer de la ville inquiétante à une nature mystérieuse. Pour fil conducteur, une forme humanoïde d'une blancheur fantomatique, elle semble observer. Vincent Vanoli propose une narration muette qui laissera aux lecteurs le choix d'interpréter la succession d'images. Peut-être l'âme de la Terre ou Aristée lui-même qui vient faire le tour de son propriétaire, un état des lieux... Un dessin somptueux dans un beau format à l'italienne. Une image par planche pour mieux déambuler et en apprécier tous les détails. Un noir et blanc charbonneux qui est pour beaucoup dans mon plaisir de lecture. Une BD contemplative. Coup de cœur graphique.

18/03/2024 (modifier)
Couverture de la série La Cuisine des ogres
La Cuisine des ogres

Généralement, pour ma pomme, un achat impulsif dépend bien plus du nom du scénariste ou du sujet du livre que du nom du dessinateur. Il y a toutefois des exceptions, et le nom de Jean-Baptiste Andreae en est une fameuse ! Il suffit que je voie son nom écrit sur la couverture d'une bande dessinée... en fait, il suffit que je reconnaisse son trait sur ladite couverture pour que je m'empare de l'objet. Andreae, pour moi, c'est la promesse d'une poésie gothique et flamboyante, de lumières sombres, de noirceurs lumineuses, de bleus profonds, de rondeurs, d'horreurs magnifiques et de beautés difformes. Alors, quand le sujet du livre semble avoir été spécialement choisi pour laisser le champ libre à l'artiste et quand le scénariste m'a déjà séduit par ailleurs, je me rue sur l'objet. A la lecture, j'ai trouvé ce que j'espérais... même si j'aurais aimé en avoir encore un peu plus. L'univers proposé convient à merveille à Jean-Baptiste Andreae et on sent bien qu'il s'y éclate. Ses planches sont riches de détails, de noirceur et de beauté. La colorisation est fascinante et envoutante. Les personnages sont à la fois séduisants et difformes. C'est vraiment beau à voir et c'est un délice de se plonger dans ces planches pour en scruter les petits détails. Le conte imaginé par Fabien Vehlmann est plaisant. Il dégage la noirceur et l'humour de la même couleur que l'on est en droit d'attendre d'un conte destiné (aussi) aux adultes. Il propose une belle palette de personnages mémorables (et pas seulement les principaux). Il offre une histoire riche en événements et en péripéties. Enfin la fin de cet album n'est pas celle à laquelle je m'attendais. Et ça, j'aime beaucoup ! Ce récit peut se lire comme un one-shot mais son sous-titre nous laisse espérer une suite (ce que sa fin laisse elle aussi sous-entendre). Quoiqu'il en soit, c'est une lecture que je ne peux que conseiller aux amateurs de contes sombres (mais pas parodiques) et aux amateurs de beaux dessins. Un très chouette moment d'évasion à livre ouvert.

18/03/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Combat d'Henry Fleming
Le Combat d'Henry Fleming

A la suite du bel avis, adls, de Ro et sur le nom de Steve Cuzor qui m'avait épaté avec son Cinq branches de coton noir je n'ai pas hésité à m'offrir le très bel album que propose Air Libre. Je ne regrette ni sa lecture ni sa possession. Je ne connais pas le roman de Stephen Crane et je pense que cela n'a pas beaucoup d'importance. En effet, à moins d'être un spécialiste de littérature américaine en v.o difficile de dire pourquoi ce roman a fait date. Toutefois l'adaptation de Steve Cuzor se suffit à elle-même tant elle est de qualité dans ses choix de mise en scène, de découpages, de textes et d'images. Cuzor réussit l'équilibre parfait entre une introspection psychologique complexe et une explosion d'actions dont on comprend mal l'intérêt stratégique. En effet Cuzor place le lecteur au niveau de compréhension et dans le champ visuel du simple fantassin. Tout est impersonnel et indéfini : des sous-bois, une rivière, une butte avec une barricade tout est noyé dans une fumée qui rend l'orientation impossible. Les uniformes deviennent identiques ainsi que la folie meurtrière qui saisit chacun au moment de l'assaut. Pourquoi faire ? se demande l'homme Fleming dans ses moments de lucidité. Lucidité ou lâcheté ? Folie ou héroïsme c'est toute la complexité de l'intériorité du soldat/homme Fleming. Ces sentiments contradictoires qu'expose très bien l'auteur montre toute la complexité de l'œuvre de Crane. Une lecture moderne comme la mienne, souligne l'absurdité des ordres, des assauts meurtriers ou des avancées vaines. C'est une compréhension pacifiste issue de plus d'un siècle de massacres inutiles. Est-ce la vision de l'œuvre originale ? Je n'en suis pas sûr car le soldat Fleming surmonte ses peurs initiales pour aller au plus fort du danger en entrainant ses camarades vers la mort (ou la gloire dérisoire). Cuzor travaille très bien sur cette ambiguïté fondamentale du comportement de Fleming dans sa bataille. Le graphisme est à la hauteur de la mise en scène. L'auteur nous propose de l'excellence dans son style réaliste. Tous les visages sont finement travaillés dans l'étendue des expressions que peut produire le cerveau de l'homme. Aucun homme n'est négligé par l'auteur, même si il se trouve en arrière-plan la richesse de son apparence renvoie à celle de son irréductible humanité. En nous proposant une scène qui rappelle fortement "Le dormeur du val" (p68) Cuzor appuie tristement sur l'universalité du mal. Avec des uniformes différents, les scènes décrites pourraient avoir lieu encore aujourd'hui. Une très belle lecture où le fond et la forme sont d'une rare qualité. Je n'ai aucun souci pour ma notation.

17/03/2024 (modifier)