Watchaw ! Dans la famille "album qui fait briller les yeux" je demande la paire ! A quand la sortie du second albuuumm !!! Rhalala... Bande de feignasse d'auteur à toi tout seul Môssieur Ben Flao !!!
C'est ça ! C'est pas humain de nous laisser comme ça, la bave aux lèvres, suspendus au regard si vivant de Naïm comme son frère à ses talons ! On est là comme deux ronds de flan à se remettre de ce qu'on a pris dans les mirettes pendant près de 140 pages...
Couleurs chaudes et chatoyantes qui rendent à merveille l'ambiance de cette région d'Afrique si lointaine et inconnue pour ce qui me concerne ; pleines doubles pages vives et élancées quand l'envie lui en prend, cadrages intelligents et mise en page soignée : l'a bouffé du lion le Benjamin Flao ! C'est tellement vivant, le quotidien filtre à travers son trait et ses dialogues : ça sent le vécu ! Et J'en redemande ! Et j'en reveux ! Et j'en re-REVEUX !
Rien que la couverture te donne envie de clouer cet album au mur tellement elle en jette ! Et dire que l'intérieur est du même tenant ! On est là à se balader, à suivre ces destins malicieusement amenés à se croiser, pour quelque chose de plus grand, qui prend racine dans les légendes de la corne africaine et qu'on découvre insidieusement au fil des pages...
Alors môsssieur Flao, merci pour ce voyage, merci pour ce bout de rêve partagé ! C'est bien, mais c'est pas le moment de mollir et de nous laisser moisir ! A vos crayons, pinceaux, bout de branche ou tout ce que vous voulez, et que l'esprit de Kililana vous mène à bon port, pour nous sortir de la transe dans laquelle vous nous avez plongé !
***** Après lecture du second tome ***** (je monte la note à 5/5)
Ba voilà, une série de plus qui rentre dans mon petit panthéon des séries cultes !
Franchement, rien à redire à ce second tome qui clôt magnifiquement ce diptyque. Benjamin Flao réussit quand même le tour de force de me surprendre en poussant du côté sombre de son histoire. Les démons de l'Afrique moderne prennent corps de façons multiples (terrorisme, drogue, mondialisation...) et donnent à ce récit force et réalisme, tout en préservant cet aspect si chaleureux et magique de la tradition qu'avait introduit le premier tome.
Le seul petit reproche que je ferais concerne certaines planches que j'ai trouvées un brin moins travaillées que l'ensemble que compose le premier opus. Mais vu les planches magnifiques et tout simplement hallucinantes qui viennent donner cet élan tout en couleur au récit, je m'incline.
Une série en deux tomes qu'il ne faut surtout pas manquer, tant par la qualité de son graphisme que par la force de son récit.
Voilà un album dont j’avais entendu parler, en bien, et que j’avais feuilleté il y a quelques temps, mais que j’ai mis du temps à acquérir – j’ai attendu de pouvoir le faire d’occasion, rapport au prix. Et voilà c’est fait, je l’ai acheté, et lu dans la foulée.
Et bien c’est un gros coup de cœur ! C’est de l’humour con, souvent bête et méchant, mais accessible à tous, petits et grands.
Les aventures de cette équipe de bras cassés, qui se retrouvent avoir la responsabilité d’un bébé est jouissive. Les branquignoles accumulent les gaffes, les échecs pour notre plus grand plaisir. Les dialogues sont vraiment poilants, les répliques fusent et on s’attache à ces héros pathétiques.
De l’humour con (mais jamais trash), et dans un style parfois très cartoon. Certaines répliques, situations ou gags, comme la course poursuite en fin d’album, sont dignes de Tex Avery ou de Chuck Jones.
Le dessin est lui aussi très réussi. Peu de décor (il n’y a d’ailleurs pas de cases à proprement parler), des dessins minimalistes (assez proches de certains dessins de Reiser ou de Sempé) pour les personnages, qui sont rehaussés à l’aquarelle : c’est à la fois simple, beau et très expressif.
Ce gros pavé se lit donc très bien, le sourire ou le rire aux lèvres : j’ai vraiment beaucoup aimé, et mon fils aussi. Une réussite à recommander à tous ! Le type d’album idéal pour un plaisir en famille !
Voici un cas très particulier. A peine avais-je entamé la lecture de ce profane Before Watchmen Minutemen que j’étais pressé d’en finir et d’en connaitre la conclusion.
Était-ce pour oublier le choix « infamous » (comme on pourrait lire dans la langue de Shakespeare ?) de cette lecture a priori incongrue et que tous les fans d’Alan Moore rejettent par fidélité sans y poser un œil ?
Absolument pas, contre toute attente, cette préquelle non autorisée par son cultissime auteur barbu est un « must have » absolu qui prolonge de façon immédiate le plaisir de redécouvrir des personnages célèbres ou juste effleurés par la grâce du talent de Darwyn Cooke qui a dû prendre autant de plaisir à l’écrire et à la mettre en page que moi-même à la lire.
Effectivement tout a déjà été écrit, imaginé, pensé et analysé de façon méticuleuse dans l’œuvre somme d’origine et cette mini-série de 6 épisodes n’a pas pour objectif de la supplanter. Il s’agit d’un récit qui pourrait tout à fait se lire indépendamment de la série mère même si de discrètes références et passerelles sont disséminées ici et là.
Hollis Mason, officiellement flic à la retraite et officieusement premier Hibou décide de rétablir la vérité par la publication controversée de son autobiographie faisant largement référence aux Minutemen, premier groupe historique de superhéros dans l’Amérique uchronique des années 40.
Après une introduction présentant chacun des protagonistes, du sombre Juge Masqué à la Silhouette, le récit décolle par le premier « coup d’éclat » des Minutemen, un fiasco complet qu’on manipule pour en faire un acte héroïque…. Et l’aventure commence pour ce groupe atypique aux intérêts divergeants dans un New-York gangréné par le crime et les non-dits.
Les souvenirs de Mason sont passionnants, les personnages extrêmement travaillés mais l’ensemble était déjà, il est vrai, servi sur un plateau d’argent. Cooke ne trahit pas les intentions d’origine en parsemant son récit de scènes d’action comme tout autant de réflexions. Les « héros » sont faits de chair et de sang et certaines révélations suprenantes sont de mise tissant et reliant le schéma tentaculaire d’une existence éphémère, marquante et terriblement humaine.
Chaque protagoniste profite d’un background riche et intéressant s’insérant au fur et à mesure de façon fort habile. Si on ne comprend pas pourquoi les écrits du Hibou, élément tout aussi charismatique et candide que son successeur, engendrent autant d’hostilité à être publiés par les autres survivants du groupe, la noirceur et l’apreté de certaines situations réalistes destinant la lecture à un public adulte finissent par remporter l’adhésion générale.
La construction n’a forcément plus la folle originalité de son modèle mais Darwyn Cooke s’en dédouane par un trait rétro délicieusement élégant et tout à fait en phase avec son univers rendant la lecture fort agréable et aisée à suivre.
Il subsiste un très joli parfum de tolérance et d’humanisme. Malheureusement certaines manipulations et traitrises feront du chapitre final un choc dont on peut ne pas sortir indemne avec le mystérieux Comédien, pivot central des deux mondes de Watchmen.
Au final et sans en attendre grand chose, ce Before Watchmen Minutemen n’est ni plus ni moins qu’un chef d’œuvre que je ne peux que recommander contre vents et marées. La force du récit est de proposer une histoire intelligente et indépendante ou pas, il n’est nullement nécessaire d’avoir lu Watchmen sur le bout des doigts pour suivre les péripéties de l’Homme Insecte, la Silhouette, Bill Dollar et les autres même si je ne saurais que vous encourager à le faire bien évidemment.
N’en déplaise à son auteur d’origine, la préquelle de Darwyn Cooke ne sera jamais une œuvre culte mais mériterait très sincèrement d’être reconnue pour les valeurs sincères qu’elle véhicule. Conscient que Watchmen est insurmontable, Darwyn Cooke livre non seulement un travail sincère mais honnête et respectueux. Comme quoi l’infidélité se doit d’être parfois récompensée, je lui réserve un statut d’œuvre culte immédiatement à la droite du seul et unique Watchmen en espérant que les autres digressions Before Watchmen soient du même calibre…
C’est probablement la série qui m’a fait entrer dans le monde de la bande dessinée adulte, il y a bien longtemps – je devais avoir une quinzaine d’années.
Si une partie de l’arrière plan historique m’avait peut-être échappé à l’époque, j’avais été captivé par ce grand récit d’aventure, avec des personnages à la personnalité affirmée. Et probablement aussi attiré par les personnages féminins et leur anatomie tout aussi affirmée !...
Par contre, je n’avais pas été rebuté par la profusion de termes de marine, car je lisais avidement à l’époque les aventures de Richard Bolitho écrites par Alexander Kent.
J’ai depuis régulièrement relue cette série, la dernière fois après la parution des deux derniers tomes. C’est par eux que je veux commencer, car ils ont failli me pousser à ne mettre que 4 étoiles. Failli seulement il est vrai…
D’abord ils ont été publiés longtemps après le reste de la série, cette coupure se ressentant dans le dessin, et étant accentuée par la coupure dans l’intrigue. Moins « maritime », on est là dans un épilogue répondant aux questions que se posaient les lecteurs de cette série à propos du devenir des personnages principaux. Le ton est aussi différent (l’auteur a muri aussi bien sûr).
Mais au final, j’ai quand même bien aimé ces deux albums : le dessin est excellent ! C’est juste que le rythme est plus lent, le temps se dilate, mais on le prend avec Bourgeon, ce temps (aurait-il dû ne faire qu’un tome supplémentaire ? Peut-être, mais bon…). Un peu moins aimé quand même que le reste, mais pas au point d’enlever cette étoile à la série.
Car je dois dire que pour les cinq albums de la première partie, même si je concède quelques « retombées » dans l’action, je reste encore admiratif du scénario de Bourgeon – ce n’est d’ailleurs pas la seule série de lui que je place très haut ! (il faut lire aussi Le Cycle de Cyann ou Les Compagnons du Crépuscule).
Il a su restituer un monde, une époque, le commerce triangulaire, l’aventure outremer, le petit monde de la marine, grâce à un travail incroyable de recherche (plusieurs livres ont été publiés depuis sur son travail, maquettes à l’appui – livres d’ailleurs à découvrir !). C’est d’autant plus bluffant que ça n’alourdit pas le scénario, bien au contraire. Chapeau bas monsieur Bourgeon !
Certains tiquent de voir Bourgeon abuser d’héroïnes peu farouches, aux formes que leurs vêtements plus ou moins mouillés dévoilent parfois trop. Si cette touche d’érotisme avait beaucoup fait pour m’attirer lors des premières lectures d’adolescent, je considère encore qu’il n’y a là aucune fausse note. Atypiques, ses héroïnes le sont, certes. Mais pas improbables (il n’y a qu’à voir la littérature du XVIIIème siècle, de Laclos à Sade pour leur reconnaître une parenté avec les créatures de Bourgeon). En tout cas, c’est pour moi un plus pour le lecteur que je suis. Un érotisme qui s’intègre à l’épopée et lui donne encore plus de souffle.
Le dessin lui est vraiment très bon – et c’est souvent peu de le dire ! Et il ne fait vraiment pas son âge je trouve. S’il a bien sûr évolué – voir ma remarque concernant les deux derniers albums, il a d’emblée été remarquable, et l’est resté. Cette remarque est valable pour les décors comme pour les personnages.
C’est donc tout autant les qualités intrinsèques de cette série qui me font la considérer comme culte, mais aussi l’importance qu’elle a eu dans ma découverte de la bande dessinée adulte, et dans la bande dessinée tout court d’ailleurs.
Une grande histoire à lire et relire, c’est ample et détaillé, c’est lyrique et dépouillé, c’est une grande œuvre que tout amoureux de bande dessinée se doit d’avoir lue !
Culte pour moi aussi !
Le Pouvoir des innocents impressionne par la qualité et la densité de son scénario. Luc Brunschwig, que j'avais déjà repéré dans L'Esprit de Warren, prouve qu'il est un scénariste surdoué. L'intrigue est impeccablement construite et littéralement addictive. Brunschwig casse la linéarité de son récit en introduisant nombre de flashbacks qui permettent de travailler et de densifier au maximum ses personnages principaux. Le développement de l'histoire des personnages, loin de casser le rythme, complexifie le scénario et donne une force incroyable à la série. L'imbrication des histoires personnelles et de la trame principale est un petit bijou de narration.
L'univers, sombre et ultra-violent, tend vers la dystopie. Et pourtant, les auteurs ancrent leur saga dans un cadre réaliste et contemporain. Ils fleurtent au début avec un certain manichéisme mais c'est pour mieux surprendre le lecteur. Car progressivement, s'instaure un climat glauque et dérangeant qui « grise » les personnages comme les situations.
Les dessins de Laurent Hirn sont particuliers et très expressifs. Ils s'améliorent tout au long de la série et donnent un certain cachet.
Sombre, dérangeant et passionnant, Le Pouvoir des innocents est une série à lire absolument.
Un très grand bravo aux auteurs !
En relisant mes vieilles BD, je me répète que La Patrouille des Libellules représente un des sommets du genre.
En trois albums, Yann, plus méchant et incisif que jamais, manie toutes les ficelles de l'humour avec une aisance impressionnante.
Bien sûr, je reconnais que le scénario est décousu, qu'il y a des ellipses et des sauts spatio-temporels parfois déstabilisants, mais l'histoire se tient incontestablement et Yann va là où il veut nous amener. Le premier album constitue un récit complet parodique où se mêlent trépidations scoutes et espionnage à la fin des années 1930. Les deux suivants entament un cycle durant lequel l'histoire de la Seconde Guerre mondiale fournit une trame de fond, sans être pesante ni didactique. Car l'important dans La Patrouille des Libellules c'est l'humour, et chacun en prend pour son grade.
Si l'humour de Yann est aussi efficace, c'est qu'il écorne avec une rare pertinence les travers de la BD franco-belge bien pensante. La Patrouille des Libellules est l'antithèse de La Patrouille des Castors. Cette dernière série qui relate les aventures d'un groupe de scouts parés des plus grandes qualités chrétiennes (courage, honnêteté, fidélité, foi en Dieu…) est emblématique des valeurs traditionnelles (pour ne pas dire traditionalistes) que Charles Dupuis voulait défendre dans le magazine Spirou, pour l'édification de la jeunesse. Il est évident que Yann a lu Spirou, ainsi que les romans à succès de la littérature scoute, tels que Le Prince Éric (qui apparaît d'ailleurs dans la série en tant que parangon des valeurs chrétiennes et patriotiques). Peut-être a-t-il aussi quelques comptes à régler avec la religion, le gaullisme, la propagande colonialiste…
Toujours est-il qu'il détourne les codes d'avant 1968 pour réécrire une page d'histoire dont le récit a été largement mythifié après-guerre. La Patrouille des Libellules tape juste et appuie là où ça fait mal : le peuple français n'est pas digne dans la défaite, il est volontiers mesquin, stupide, raciste et lâche, De Gaulle est un illuminé qui se prend pour le sauveur, et les fillettes scoutes cachent une libido torride derrière leur idéalisme patriotique.
Ce n'est pas politiquement correct, mais bon sang que c'est drôle : je suis mort de rire à chaque fois que je vois la planche qui compare les cauchemars d'Hitler, Churchill et De Gaulle. Du grand art, je vous dis !
Au dessin, Hardy assure complètement dans la peinture de personnages qui ne sont que des caricatures. Après plusieurs essais (Arkel avec Desberg, Lolo et Sucette avec Yann), il a fini par rencontrer un certain succès avec la série Pierre Tombal, et a choisi d'y consacrer tout son talent. C'est gentillet… je préférais ses œuvres de jeunesse, mais le métier est rude et il faut bien manger.
L'un de mes plus grands regrets en BD est que la série ait été abandonnée, probablement définitivement, car je doute que Yann parvienne à reprendre cette série jugée « pas assez vendeuse » par l'éditeur.
Je crois que si La Patrouille des Libellules a été un échec commercial, ce n'est pas à cause de son ton irrévérencieux. Car dans les années 1980, les humoristes se permettaient d'aller beaucoup plus loin qu'aujourd'hui sans s'auto-censurer. L'humour dans cette œuvre repose sur des références qui ont sans doute bercé l'enfance de Yann, à la fin des années 1950 et dans les années 1960. Il n'est pas évident que ses lecteurs aient eu les mêmes, et il est donc possible que ses gags aient été perçus comme des private jokes ou des provocations gratuites.
Yann écrivait à la même époque des scénarios que je trouve fabuleux : Les Innommables et Bob Marone avec Conrad, Les Exploits de Yoyo avec Le Gall ou Les Histoires merveilleuses des Oncles Paul. Depuis, il évolué, a diversifié sa production avec plus ou moins de bonheur et je regrette son humour potache.
Mais je ne désespère pas. Récemment, Yann a donné une suite à Bob Marone, après 28 ans d'attente, alors peut-être que nous aurons la chance de lire un jour la suite de La Patrouille des Libellules. Rien ne me ferait plus plaisir.
En attendant, si vous trouvez ces albums chez un bouquiniste, n'hésitez pas à les acheter. Que vous adhériez ou non à l'humour de Yann ou au dessin de Hardy, vous tiendrez dans vos mains une série qui occupe une place majeure dans la bande dessinée d'humour.
J'ai été conquis par les 3 tomes et j'attends le 4eme avec impatience.... après ce début, mises à jour plus bas.
Des 3, c'est Arctic Nation qui m'a le plus captivé, par la densité du scenario et la reconstitution du climat de ce qui pourrait être l'Amérique ségrégationniste, mais aussi une vision futuriste de bien des sociétés...
Sans atteindre le sommet d'Arctic Nation, les deux autres sont cependant excellents : c'est du grand polar noir, avec des femmes fatales sublimissimes, des demi-salauds et de franches ordures et un détective costaud et désabusé.
On imagine très facilement cette BD en film, tellement les changements de plan, les cadrages sont réussis. Le jeu avec les couleurs (très différentes entre les albums) contribue à donner à chacun une ambiance qui lui est propre.
***** Mise à jour suite à lecture du 4eme tome (l'Enfer, le Silence)
J'ai lu avec beaucoup de plaisir ce 4eme tome. Le cadre est relativement classique (Nouvelle Orléans, Jazz, vaudou...) avec cependant une intrigue qui réserve quelques surprises sur des protagonistes du récit, et de beaux personnages de losers magnifiques. C'est un récit de genre, très réussi.
Le scenario est efficace, mais ce qui fait que je suis fan de la série, c'est surtout par la façon de le raconter visuellement (le dessin, les couleurs et les cadrages... et les idées: dans le 4eme tome, les planches en jeux de lumières à l'ombre des arbres sont magnifiques), et de mettre en relation chaque personnage avec l'animal qui les incarne.
**** Mise à jour suite à lecture du 5eme tome (Amarillo)
Bon, j'aime toujours autant! Encore un autre univers, un passage par le cirque surprenant... on a une surprise avec la famille de Blacksad... les femmes fatales sont toujours craquantes... et fatales! Une réussite que cette série... mon préféré restant Arctic Nation.
Une autre qualité de cette série avec le recul, c'est la diversité des récits et des lieux. Beaucoup de lecteurs différents peuvent y prendre du plaisir.
Une excellente série, qu'il a en effet mieux valu connaitre une fois terminée, tant l'attente a du être insupportable, voire décourageante à l'époque.
Dès le début, on tombe sous le charme de cette bande dessinée, avec ses dessins et couleurs somptueux, ses dialogues soignés, ses personnages attachants et comiques, son univers loufoque, onirique.
J'ai adoré les nombreux passages faisant référence aux rêves, symbolisés par des dessins volontairement plus enfantins, c'est très bien trouvé, comme astuce.
L'univers d'eauxfolles est très plaisant, on retombe vraiment en enfance avec ce château, son roi, ses complots, ses engins bizarres, sa milice maladroite, et la liqueur de coloquinte !
Bravo à Turf pour avoir réussi à imaginer un tel monde, avec ses termes, ses lois, et son propre calendrier, dont les mois peuvent compter d'un à plusieurs centaines de jours !
Vu le nombre de tomes, j'avais peur que la qualité baisse au fur et à mesure de ma lecture, au niveau graphique, mais aussi et surtout au niveau du scénario...Que nenni ! Même si je pense qu'on aurait pu se dispenser d'un tome, la sauce étant tout de même un peu rallongée, le scénario se tient et est parfaitement bouclé !
C'est un vraie histoire originale, parfaitement bien pensée et construite, avec deux univers parallèles bien reliés.
Bref, une histoire en 7 tomes presque parfaite, une de ces BD qui ne deviennent que trop rare.....
(275)
Pour de la flibusterie, on est servi avec Long John Silver. Un petit bijou de BD décomposé en 4 phases distinctes avec une introduction des personnages fouillée et abondante, une virée en mer dévastatrice, une expédition en jungle poisseuse et une conclusion qui termine tous les arcs scénaristique de façon maîtrisée et en feu d'artifice attendu.
Certes, certains trouveront l'introduction trop longue, seront déçus par des aspects transcendantaux un peu simples, pointeront quelques faux raccords sans incidence ou encore regretteront la brièveté de l'apparition de Hastings.
Il n'en reste pas moins une épopée montant en puissance jusqu'à l'explosion, au dessin foisonnant à la colorisation parfaite (les fresques monumentales) pour retranscrire les ambiances, les mouvements et les tensions.
Les auteurs souhaitaient faire de Long John Silver un hommage humble à l'oeuvre de Stevenson. Ils en ont capté l'essence, l'âme sans dénaturer présomptueusement. Chapeau.
Un chef d’œuvre cette bd ! Ma préférée de René Hausman, juste devant le prince des écureuils et nettement meilleure que Laïyna, le camp volant et les chasseurs de l'aube.
C'est un conte moyenâgeux absolument délicieux, magique, cruel et sombre. Le récit est passionnant (le grand Yann au scénario), les dessins magnifiques, rien à jeter. J'adore tout particulièrement certaines planches : La reine qui s'offre au monstre dans la grotte pour préserver sa beauté puis qui fait couper la langue aux témoins de la scène ; les carpes qui parlent, les scènes avec le prince, l'autre princesse qui se jette de la tour. Les visages, les étoffes, la forêt avec ses arbres morts typiquement Hausmanien (pas les stations de métro ^^) c'est magnifique ... )
J'admets tout de même que c'est un peu flou dans mon esprit car je ne possède plus cet album (à retrouver absolument) mais les 3 cheveux blancs représentent personnellement un certain idéal de bd. J'ai dû le lire un bon nombre de fois et c'est cet album qui m'a fait entrer dans le monde noir et merveilleux d'Hausman.
Donc si vous êtes sensible au charme de cette ambiance moyenâgeuse et légendaire, sombre et cruelle, n'hésitez pas.
Seul (petit) reproche comme souvent avec les bds d'Hausman, les planches auraient gagné à être un poil plus contrastées.
4,5
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Kililana Song
Watchaw ! Dans la famille "album qui fait briller les yeux" je demande la paire ! A quand la sortie du second albuuumm !!! Rhalala... Bande de feignasse d'auteur à toi tout seul Môssieur Ben Flao !!! C'est ça ! C'est pas humain de nous laisser comme ça, la bave aux lèvres, suspendus au regard si vivant de Naïm comme son frère à ses talons ! On est là comme deux ronds de flan à se remettre de ce qu'on a pris dans les mirettes pendant près de 140 pages... Couleurs chaudes et chatoyantes qui rendent à merveille l'ambiance de cette région d'Afrique si lointaine et inconnue pour ce qui me concerne ; pleines doubles pages vives et élancées quand l'envie lui en prend, cadrages intelligents et mise en page soignée : l'a bouffé du lion le Benjamin Flao ! C'est tellement vivant, le quotidien filtre à travers son trait et ses dialogues : ça sent le vécu ! Et J'en redemande ! Et j'en reveux ! Et j'en re-REVEUX ! Rien que la couverture te donne envie de clouer cet album au mur tellement elle en jette ! Et dire que l'intérieur est du même tenant ! On est là à se balader, à suivre ces destins malicieusement amenés à se croiser, pour quelque chose de plus grand, qui prend racine dans les légendes de la corne africaine et qu'on découvre insidieusement au fil des pages... Alors môsssieur Flao, merci pour ce voyage, merci pour ce bout de rêve partagé ! C'est bien, mais c'est pas le moment de mollir et de nous laisser moisir ! A vos crayons, pinceaux, bout de branche ou tout ce que vous voulez, et que l'esprit de Kililana vous mène à bon port, pour nous sortir de la transe dans laquelle vous nous avez plongé ! ***** Après lecture du second tome ***** (je monte la note à 5/5) Ba voilà, une série de plus qui rentre dans mon petit panthéon des séries cultes ! Franchement, rien à redire à ce second tome qui clôt magnifiquement ce diptyque. Benjamin Flao réussit quand même le tour de force de me surprendre en poussant du côté sombre de son histoire. Les démons de l'Afrique moderne prennent corps de façons multiples (terrorisme, drogue, mondialisation...) et donnent à ce récit force et réalisme, tout en préservant cet aspect si chaleureux et magique de la tradition qu'avait introduit le premier tome. Le seul petit reproche que je ferais concerne certaines planches que j'ai trouvées un brin moins travaillées que l'ensemble que compose le premier opus. Mais vu les planches magnifiques et tout simplement hallucinantes qui viennent donner cet élan tout en couleur au récit, je m'incline. Une série en deux tomes qu'il ne faut surtout pas manquer, tant par la qualité de son graphisme que par la force de son récit.
Un bébé à livrer
Voilà un album dont j’avais entendu parler, en bien, et que j’avais feuilleté il y a quelques temps, mais que j’ai mis du temps à acquérir – j’ai attendu de pouvoir le faire d’occasion, rapport au prix. Et voilà c’est fait, je l’ai acheté, et lu dans la foulée. Et bien c’est un gros coup de cœur ! C’est de l’humour con, souvent bête et méchant, mais accessible à tous, petits et grands. Les aventures de cette équipe de bras cassés, qui se retrouvent avoir la responsabilité d’un bébé est jouissive. Les branquignoles accumulent les gaffes, les échecs pour notre plus grand plaisir. Les dialogues sont vraiment poilants, les répliques fusent et on s’attache à ces héros pathétiques. De l’humour con (mais jamais trash), et dans un style parfois très cartoon. Certaines répliques, situations ou gags, comme la course poursuite en fin d’album, sont dignes de Tex Avery ou de Chuck Jones. Le dessin est lui aussi très réussi. Peu de décor (il n’y a d’ailleurs pas de cases à proprement parler), des dessins minimalistes (assez proches de certains dessins de Reiser ou de Sempé) pour les personnages, qui sont rehaussés à l’aquarelle : c’est à la fois simple, beau et très expressif. Ce gros pavé se lit donc très bien, le sourire ou le rire aux lèvres : j’ai vraiment beaucoup aimé, et mon fils aussi. Une réussite à recommander à tous ! Le type d’album idéal pour un plaisir en famille !
Before Watchmen - Minutemen
Voici un cas très particulier. A peine avais-je entamé la lecture de ce profane Before Watchmen Minutemen que j’étais pressé d’en finir et d’en connaitre la conclusion. Était-ce pour oublier le choix « infamous » (comme on pourrait lire dans la langue de Shakespeare ?) de cette lecture a priori incongrue et que tous les fans d’Alan Moore rejettent par fidélité sans y poser un œil ? Absolument pas, contre toute attente, cette préquelle non autorisée par son cultissime auteur barbu est un « must have » absolu qui prolonge de façon immédiate le plaisir de redécouvrir des personnages célèbres ou juste effleurés par la grâce du talent de Darwyn Cooke qui a dû prendre autant de plaisir à l’écrire et à la mettre en page que moi-même à la lire. Effectivement tout a déjà été écrit, imaginé, pensé et analysé de façon méticuleuse dans l’œuvre somme d’origine et cette mini-série de 6 épisodes n’a pas pour objectif de la supplanter. Il s’agit d’un récit qui pourrait tout à fait se lire indépendamment de la série mère même si de discrètes références et passerelles sont disséminées ici et là. Hollis Mason, officiellement flic à la retraite et officieusement premier Hibou décide de rétablir la vérité par la publication controversée de son autobiographie faisant largement référence aux Minutemen, premier groupe historique de superhéros dans l’Amérique uchronique des années 40. Après une introduction présentant chacun des protagonistes, du sombre Juge Masqué à la Silhouette, le récit décolle par le premier « coup d’éclat » des Minutemen, un fiasco complet qu’on manipule pour en faire un acte héroïque…. Et l’aventure commence pour ce groupe atypique aux intérêts divergeants dans un New-York gangréné par le crime et les non-dits. Les souvenirs de Mason sont passionnants, les personnages extrêmement travaillés mais l’ensemble était déjà, il est vrai, servi sur un plateau d’argent. Cooke ne trahit pas les intentions d’origine en parsemant son récit de scènes d’action comme tout autant de réflexions. Les « héros » sont faits de chair et de sang et certaines révélations suprenantes sont de mise tissant et reliant le schéma tentaculaire d’une existence éphémère, marquante et terriblement humaine. Chaque protagoniste profite d’un background riche et intéressant s’insérant au fur et à mesure de façon fort habile. Si on ne comprend pas pourquoi les écrits du Hibou, élément tout aussi charismatique et candide que son successeur, engendrent autant d’hostilité à être publiés par les autres survivants du groupe, la noirceur et l’apreté de certaines situations réalistes destinant la lecture à un public adulte finissent par remporter l’adhésion générale. La construction n’a forcément plus la folle originalité de son modèle mais Darwyn Cooke s’en dédouane par un trait rétro délicieusement élégant et tout à fait en phase avec son univers rendant la lecture fort agréable et aisée à suivre. Il subsiste un très joli parfum de tolérance et d’humanisme. Malheureusement certaines manipulations et traitrises feront du chapitre final un choc dont on peut ne pas sortir indemne avec le mystérieux Comédien, pivot central des deux mondes de Watchmen. Au final et sans en attendre grand chose, ce Before Watchmen Minutemen n’est ni plus ni moins qu’un chef d’œuvre que je ne peux que recommander contre vents et marées. La force du récit est de proposer une histoire intelligente et indépendante ou pas, il n’est nullement nécessaire d’avoir lu Watchmen sur le bout des doigts pour suivre les péripéties de l’Homme Insecte, la Silhouette, Bill Dollar et les autres même si je ne saurais que vous encourager à le faire bien évidemment. N’en déplaise à son auteur d’origine, la préquelle de Darwyn Cooke ne sera jamais une œuvre culte mais mériterait très sincèrement d’être reconnue pour les valeurs sincères qu’elle véhicule. Conscient que Watchmen est insurmontable, Darwyn Cooke livre non seulement un travail sincère mais honnête et respectueux. Comme quoi l’infidélité se doit d’être parfois récompensée, je lui réserve un statut d’œuvre culte immédiatement à la droite du seul et unique Watchmen en espérant que les autres digressions Before Watchmen soient du même calibre…
Les Passagers du vent
C’est probablement la série qui m’a fait entrer dans le monde de la bande dessinée adulte, il y a bien longtemps – je devais avoir une quinzaine d’années. Si une partie de l’arrière plan historique m’avait peut-être échappé à l’époque, j’avais été captivé par ce grand récit d’aventure, avec des personnages à la personnalité affirmée. Et probablement aussi attiré par les personnages féminins et leur anatomie tout aussi affirmée !... Par contre, je n’avais pas été rebuté par la profusion de termes de marine, car je lisais avidement à l’époque les aventures de Richard Bolitho écrites par Alexander Kent. J’ai depuis régulièrement relue cette série, la dernière fois après la parution des deux derniers tomes. C’est par eux que je veux commencer, car ils ont failli me pousser à ne mettre que 4 étoiles. Failli seulement il est vrai… D’abord ils ont été publiés longtemps après le reste de la série, cette coupure se ressentant dans le dessin, et étant accentuée par la coupure dans l’intrigue. Moins « maritime », on est là dans un épilogue répondant aux questions que se posaient les lecteurs de cette série à propos du devenir des personnages principaux. Le ton est aussi différent (l’auteur a muri aussi bien sûr). Mais au final, j’ai quand même bien aimé ces deux albums : le dessin est excellent ! C’est juste que le rythme est plus lent, le temps se dilate, mais on le prend avec Bourgeon, ce temps (aurait-il dû ne faire qu’un tome supplémentaire ? Peut-être, mais bon…). Un peu moins aimé quand même que le reste, mais pas au point d’enlever cette étoile à la série. Car je dois dire que pour les cinq albums de la première partie, même si je concède quelques « retombées » dans l’action, je reste encore admiratif du scénario de Bourgeon – ce n’est d’ailleurs pas la seule série de lui que je place très haut ! (il faut lire aussi Le Cycle de Cyann ou Les Compagnons du Crépuscule). Il a su restituer un monde, une époque, le commerce triangulaire, l’aventure outremer, le petit monde de la marine, grâce à un travail incroyable de recherche (plusieurs livres ont été publiés depuis sur son travail, maquettes à l’appui – livres d’ailleurs à découvrir !). C’est d’autant plus bluffant que ça n’alourdit pas le scénario, bien au contraire. Chapeau bas monsieur Bourgeon ! Certains tiquent de voir Bourgeon abuser d’héroïnes peu farouches, aux formes que leurs vêtements plus ou moins mouillés dévoilent parfois trop. Si cette touche d’érotisme avait beaucoup fait pour m’attirer lors des premières lectures d’adolescent, je considère encore qu’il n’y a là aucune fausse note. Atypiques, ses héroïnes le sont, certes. Mais pas improbables (il n’y a qu’à voir la littérature du XVIIIème siècle, de Laclos à Sade pour leur reconnaître une parenté avec les créatures de Bourgeon). En tout cas, c’est pour moi un plus pour le lecteur que je suis. Un érotisme qui s’intègre à l’épopée et lui donne encore plus de souffle. Le dessin lui est vraiment très bon – et c’est souvent peu de le dire ! Et il ne fait vraiment pas son âge je trouve. S’il a bien sûr évolué – voir ma remarque concernant les deux derniers albums, il a d’emblée été remarquable, et l’est resté. Cette remarque est valable pour les décors comme pour les personnages. C’est donc tout autant les qualités intrinsèques de cette série qui me font la considérer comme culte, mais aussi l’importance qu’elle a eu dans ma découverte de la bande dessinée adulte, et dans la bande dessinée tout court d’ailleurs. Une grande histoire à lire et relire, c’est ample et détaillé, c’est lyrique et dépouillé, c’est une grande œuvre que tout amoureux de bande dessinée se doit d’avoir lue !
Le Pouvoir des innocents
Culte pour moi aussi ! Le Pouvoir des innocents impressionne par la qualité et la densité de son scénario. Luc Brunschwig, que j'avais déjà repéré dans L'Esprit de Warren, prouve qu'il est un scénariste surdoué. L'intrigue est impeccablement construite et littéralement addictive. Brunschwig casse la linéarité de son récit en introduisant nombre de flashbacks qui permettent de travailler et de densifier au maximum ses personnages principaux. Le développement de l'histoire des personnages, loin de casser le rythme, complexifie le scénario et donne une force incroyable à la série. L'imbrication des histoires personnelles et de la trame principale est un petit bijou de narration. L'univers, sombre et ultra-violent, tend vers la dystopie. Et pourtant, les auteurs ancrent leur saga dans un cadre réaliste et contemporain. Ils fleurtent au début avec un certain manichéisme mais c'est pour mieux surprendre le lecteur. Car progressivement, s'instaure un climat glauque et dérangeant qui « grise » les personnages comme les situations. Les dessins de Laurent Hirn sont particuliers et très expressifs. Ils s'améliorent tout au long de la série et donnent un certain cachet. Sombre, dérangeant et passionnant, Le Pouvoir des innocents est une série à lire absolument. Un très grand bravo aux auteurs !
La Patrouille des Libellules
En relisant mes vieilles BD, je me répète que La Patrouille des Libellules représente un des sommets du genre. En trois albums, Yann, plus méchant et incisif que jamais, manie toutes les ficelles de l'humour avec une aisance impressionnante. Bien sûr, je reconnais que le scénario est décousu, qu'il y a des ellipses et des sauts spatio-temporels parfois déstabilisants, mais l'histoire se tient incontestablement et Yann va là où il veut nous amener. Le premier album constitue un récit complet parodique où se mêlent trépidations scoutes et espionnage à la fin des années 1930. Les deux suivants entament un cycle durant lequel l'histoire de la Seconde Guerre mondiale fournit une trame de fond, sans être pesante ni didactique. Car l'important dans La Patrouille des Libellules c'est l'humour, et chacun en prend pour son grade. Si l'humour de Yann est aussi efficace, c'est qu'il écorne avec une rare pertinence les travers de la BD franco-belge bien pensante. La Patrouille des Libellules est l'antithèse de La Patrouille des Castors. Cette dernière série qui relate les aventures d'un groupe de scouts parés des plus grandes qualités chrétiennes (courage, honnêteté, fidélité, foi en Dieu…) est emblématique des valeurs traditionnelles (pour ne pas dire traditionalistes) que Charles Dupuis voulait défendre dans le magazine Spirou, pour l'édification de la jeunesse. Il est évident que Yann a lu Spirou, ainsi que les romans à succès de la littérature scoute, tels que Le Prince Éric (qui apparaît d'ailleurs dans la série en tant que parangon des valeurs chrétiennes et patriotiques). Peut-être a-t-il aussi quelques comptes à régler avec la religion, le gaullisme, la propagande colonialiste… Toujours est-il qu'il détourne les codes d'avant 1968 pour réécrire une page d'histoire dont le récit a été largement mythifié après-guerre. La Patrouille des Libellules tape juste et appuie là où ça fait mal : le peuple français n'est pas digne dans la défaite, il est volontiers mesquin, stupide, raciste et lâche, De Gaulle est un illuminé qui se prend pour le sauveur, et les fillettes scoutes cachent une libido torride derrière leur idéalisme patriotique. Ce n'est pas politiquement correct, mais bon sang que c'est drôle : je suis mort de rire à chaque fois que je vois la planche qui compare les cauchemars d'Hitler, Churchill et De Gaulle. Du grand art, je vous dis ! Au dessin, Hardy assure complètement dans la peinture de personnages qui ne sont que des caricatures. Après plusieurs essais (Arkel avec Desberg, Lolo et Sucette avec Yann), il a fini par rencontrer un certain succès avec la série Pierre Tombal, et a choisi d'y consacrer tout son talent. C'est gentillet… je préférais ses œuvres de jeunesse, mais le métier est rude et il faut bien manger. L'un de mes plus grands regrets en BD est que la série ait été abandonnée, probablement définitivement, car je doute que Yann parvienne à reprendre cette série jugée « pas assez vendeuse » par l'éditeur. Je crois que si La Patrouille des Libellules a été un échec commercial, ce n'est pas à cause de son ton irrévérencieux. Car dans les années 1980, les humoristes se permettaient d'aller beaucoup plus loin qu'aujourd'hui sans s'auto-censurer. L'humour dans cette œuvre repose sur des références qui ont sans doute bercé l'enfance de Yann, à la fin des années 1950 et dans les années 1960. Il n'est pas évident que ses lecteurs aient eu les mêmes, et il est donc possible que ses gags aient été perçus comme des private jokes ou des provocations gratuites. Yann écrivait à la même époque des scénarios que je trouve fabuleux : Les Innommables et Bob Marone avec Conrad, Les Exploits de Yoyo avec Le Gall ou Les Histoires merveilleuses des Oncles Paul. Depuis, il évolué, a diversifié sa production avec plus ou moins de bonheur et je regrette son humour potache. Mais je ne désespère pas. Récemment, Yann a donné une suite à Bob Marone, après 28 ans d'attente, alors peut-être que nous aurons la chance de lire un jour la suite de La Patrouille des Libellules. Rien ne me ferait plus plaisir. En attendant, si vous trouvez ces albums chez un bouquiniste, n'hésitez pas à les acheter. Que vous adhériez ou non à l'humour de Yann ou au dessin de Hardy, vous tiendrez dans vos mains une série qui occupe une place majeure dans la bande dessinée d'humour.
Blacksad
J'ai été conquis par les 3 tomes et j'attends le 4eme avec impatience.... après ce début, mises à jour plus bas. Des 3, c'est Arctic Nation qui m'a le plus captivé, par la densité du scenario et la reconstitution du climat de ce qui pourrait être l'Amérique ségrégationniste, mais aussi une vision futuriste de bien des sociétés... Sans atteindre le sommet d'Arctic Nation, les deux autres sont cependant excellents : c'est du grand polar noir, avec des femmes fatales sublimissimes, des demi-salauds et de franches ordures et un détective costaud et désabusé. On imagine très facilement cette BD en film, tellement les changements de plan, les cadrages sont réussis. Le jeu avec les couleurs (très différentes entre les albums) contribue à donner à chacun une ambiance qui lui est propre. ***** Mise à jour suite à lecture du 4eme tome (l'Enfer, le Silence) J'ai lu avec beaucoup de plaisir ce 4eme tome. Le cadre est relativement classique (Nouvelle Orléans, Jazz, vaudou...) avec cependant une intrigue qui réserve quelques surprises sur des protagonistes du récit, et de beaux personnages de losers magnifiques. C'est un récit de genre, très réussi. Le scenario est efficace, mais ce qui fait que je suis fan de la série, c'est surtout par la façon de le raconter visuellement (le dessin, les couleurs et les cadrages... et les idées: dans le 4eme tome, les planches en jeux de lumières à l'ombre des arbres sont magnifiques), et de mettre en relation chaque personnage avec l'animal qui les incarne. **** Mise à jour suite à lecture du 5eme tome (Amarillo) Bon, j'aime toujours autant! Encore un autre univers, un passage par le cirque surprenant... on a une surprise avec la famille de Blacksad... les femmes fatales sont toujours craquantes... et fatales! Une réussite que cette série... mon préféré restant Arctic Nation. Une autre qualité de cette série avec le recul, c'est la diversité des récits et des lieux. Beaucoup de lecteurs différents peuvent y prendre du plaisir.
La Nef des fous
Une excellente série, qu'il a en effet mieux valu connaitre une fois terminée, tant l'attente a du être insupportable, voire décourageante à l'époque. Dès le début, on tombe sous le charme de cette bande dessinée, avec ses dessins et couleurs somptueux, ses dialogues soignés, ses personnages attachants et comiques, son univers loufoque, onirique. J'ai adoré les nombreux passages faisant référence aux rêves, symbolisés par des dessins volontairement plus enfantins, c'est très bien trouvé, comme astuce. L'univers d'eauxfolles est très plaisant, on retombe vraiment en enfance avec ce château, son roi, ses complots, ses engins bizarres, sa milice maladroite, et la liqueur de coloquinte ! Bravo à Turf pour avoir réussi à imaginer un tel monde, avec ses termes, ses lois, et son propre calendrier, dont les mois peuvent compter d'un à plusieurs centaines de jours ! Vu le nombre de tomes, j'avais peur que la qualité baisse au fur et à mesure de ma lecture, au niveau graphique, mais aussi et surtout au niveau du scénario...Que nenni ! Même si je pense qu'on aurait pu se dispenser d'un tome, la sauce étant tout de même un peu rallongée, le scénario se tient et est parfaitement bouclé ! C'est un vraie histoire originale, parfaitement bien pensée et construite, avec deux univers parallèles bien reliés. Bref, une histoire en 7 tomes presque parfaite, une de ces BD qui ne deviennent que trop rare..... (275)
Long John Silver
Pour de la flibusterie, on est servi avec Long John Silver. Un petit bijou de BD décomposé en 4 phases distinctes avec une introduction des personnages fouillée et abondante, une virée en mer dévastatrice, une expédition en jungle poisseuse et une conclusion qui termine tous les arcs scénaristique de façon maîtrisée et en feu d'artifice attendu. Certes, certains trouveront l'introduction trop longue, seront déçus par des aspects transcendantaux un peu simples, pointeront quelques faux raccords sans incidence ou encore regretteront la brièveté de l'apparition de Hastings. Il n'en reste pas moins une épopée montant en puissance jusqu'à l'explosion, au dessin foisonnant à la colorisation parfaite (les fresques monumentales) pour retranscrire les ambiances, les mouvements et les tensions. Les auteurs souhaitaient faire de Long John Silver un hommage humble à l'oeuvre de Stevenson. Ils en ont capté l'essence, l'âme sans dénaturer présomptueusement. Chapeau.
Les Trois cheveux blancs
Un chef d’œuvre cette bd ! Ma préférée de René Hausman, juste devant le prince des écureuils et nettement meilleure que Laïyna, le camp volant et les chasseurs de l'aube. C'est un conte moyenâgeux absolument délicieux, magique, cruel et sombre. Le récit est passionnant (le grand Yann au scénario), les dessins magnifiques, rien à jeter. J'adore tout particulièrement certaines planches : La reine qui s'offre au monstre dans la grotte pour préserver sa beauté puis qui fait couper la langue aux témoins de la scène ; les carpes qui parlent, les scènes avec le prince, l'autre princesse qui se jette de la tour. Les visages, les étoffes, la forêt avec ses arbres morts typiquement Hausmanien (pas les stations de métro ^^) c'est magnifique ... ) J'admets tout de même que c'est un peu flou dans mon esprit car je ne possède plus cet album (à retrouver absolument) mais les 3 cheveux blancs représentent personnellement un certain idéal de bd. J'ai dû le lire un bon nombre de fois et c'est cet album qui m'a fait entrer dans le monde noir et merveilleux d'Hausman. Donc si vous êtes sensible au charme de cette ambiance moyenâgeuse et légendaire, sombre et cruelle, n'hésitez pas. Seul (petit) reproche comme souvent avec les bds d'Hausman, les planches auraient gagné à être un poil plus contrastées. 4,5