Les derniers avis (7531 avis)

Couverture de la série Gil Jourdan
Gil Jourdan

Je réserve mon cinquantième avis à Gil Jourdan, un des monuments encore mal connu de la bande dessinée. Je ne l'ai pas jamais lu "en direct" dans Spirou ; j'étais trop jeune quand Maurice Tillieux s'est tué dans un accident de voiture, bien trop jeune lui aussi. C'est à la médiathèque de la ville où j'allais au lycée, au milieu des années 1980, que j'ai emprunté presque par hasard le volume de l'intégrale regroupant les trois premiers albums de la série. Et ce fut un ravissement, qui s'est poursuivi à chacune de mes nombreuses relectures. Gil Jourdan est la série qui marque l'apogée du génie de Tillieux. Son imagination débordante, ses scénarios ciselés, son sens du rythme, son trait délié, ses ambiances inimitables de films noirs, ses personnages à la fois burlesques et réalistes, son humour oscillant entre le pince-sans-rire et le calembour débile font de lui un des virtuoses du neuvième art. Il fut un infatigable dessinateur et un scénariste prolixe. Durant les dix années passées à dessiner dans Heroïc-Albums à un rythme forcené, il a peaufiné son style, en particulier à partir des nombreux épisodes de la série Félix (Tillieux), le grand frère de Gilles Jourdan. Lorsqu'il se lance dans son grand œuvre pour le compte du magazine Spirou, il réussit d'emblée l'exploit de livrer une œuvre intemporelle. Certes les aventures de Gil Jourdan sont datées car le souci du détail de Tillieux le pousse à restituer précisément les décors et les voitures dans lesquels s'inscrivent ses histoires, entre les années 1950 et les années Pompidou. Mais la modernité du traitement graphique et la vivacité des dialogues les rendent indémodables. Et quelle originalité dans les intrigues ! Gil Jourdan reprend parfois le synopsis d'histoires courtes expérimentées dans Félix, en corrigeant leurs défauts pour les développer sur un album complet. Les trames narratives de Tillieux cachent un mécanisme implacable sous leur apparente simplicité. Un ravissement, vous dis-je ! J'ai souvent lu que le déficit de notoriété de cette magnifique série s'expliquait parce que Gil Jourdan se situe entre Tintin et Spirou, et Maurice Tillieux entre Hergé et Franquin, mais toujours un cran en-dessous. Je ne comprends pas ce jugement et je soutiens que les albums de Gil Jourdan ont leur place au "top ten" des plus grands classiques de la bande dessinée. J'envie sincèrement les lecteurs qui les découvrent et leur souhaite de ressentir le même emballement que celui qui fut le mien il y a trente ans.

10/03/2014 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Abélard
Abélard

En attaquant les premières pages de cette BD « animalière », on ne sait pas trop à quoi s’attendre. Un décor idyllique avec des personnages à tête d’animaux dans une mignonne petite cabane au bord de l’eau, le tout dans un style « cartoon », ça donne un côté enfantin, à la limite presque mièvre. Mais en même temps, ça tape la belote, ça sirote des « binouzes » et ça cause argot. Et puis il y a ces petits papiers contenant des citations qui mystérieusement sortent chaque jour du chapeau d’Abélard, une jolie trouvaille. Du coup, on est un peu titillé, ce décalage entre le dessin et le propos est pour le moins paradoxal, et on est pressé de voir de quoi il retourne… Abélard veut donc parcourir le monde pour retrouver sa belle, c’est ainsi qu’on va le suivre dans son périple où rien ne se passera comme prévu, mais je ne peux décidément pas en dire plus… L’histoire est à ranger dans la catégorie « quête initiatique », mais une quête étonnamment sombre avec une toute petite lueur au bout d’un tunnel peu rassurant, avec à la clé une réflexion grave et désabusée sur le voyage, la solitude, le racisme, l’intolérance, bref, le monde comme il va en somme... C’est aussi et surtout une magnifique - et je pèse mes mots - histoire d’amitié entre deux êtres (Abélard le moineau candide et Gaston l’ours grognon) qui n’ont a priori rien à faire ensemble… Quant au trait stylisé et empreint d’une belle poésie de Dillies, il confère idéalement un peu de légèreté à l’ensemble. « Abélard » s’est avéré être pour moi une énorme claque mais une claque d’une infinie tendresse qui m’a laissé chancelant, brisé par l’émotion, laissant chaque pore de ma peau, chaque fibre de mon âme, en totale empathie avec ce tout petit personnage de rien du tout qu’est Abélard. Mais attention, aucune sensiblerie de pacotille ici ! C’est juste incroyable à quel point l’alchimie d’un dessin « naïf » allié à des textes graves voire pessimistes fonctionne bien ici et peut produire quelque chose d’extrêmement bouleversant. Ceci n’est donc pas une BD pour enfants, vous l’aurez compris. Il s’agit plus exactement d’une BD qui parvient à nous rappeler, avec intelligence, qu’on a été un jour un enfant… Je ne peux ainsi qu’exprimer mon infinie reconnaissance à Régis Hautière et Renaud Dillies de nous avoir offert ce petit bijou à côté duquel il serait vraiment dommage de passer.

09/03/2014 (modifier)
Par Yannis
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Alpha... directions / Beta... civilisations/Gamma... visions
Alpha... directions / Beta... civilisations/Gamma... visions

Alors là chapeau bas l'artiste. Cet album est absolument magnifique. Rien que pour le dessin il mérite 4/5. Le cheminement est bien fait et n'est pas trop alourdi par le texte contenu entre chaque partie. Un réel plaisir de découvrir l'histoire de notre terre présentée comme cela. Seul bémol : j'aurais aimé à la fin de l'album que l'auteur liste toutes les allusions faites aux religions, cinéma BD... qui sont en nombre incalculable. J'attends la suite avec impatience pour faire passer cette oeuvre en culte. Mise à jour après lecture du tome 2 Jens Harder poursuit son travail avec talent. Quel plaisir pour les yeux de découvrir à chaque page les détails de chacune des cases. Si on pourrait rechigner en prétextant qu'il passe rapidement sur des pans et des pans de l'histoire on ne peut que saluer le travail titanesque accompli par l'auteur sur cette série et on excuse ce petit défaut car s'il voulait être précis et exhaustif il faudrait une bonne centaine de tomes et des dizaines d'années de travail pour y arriver. Pour répondre à Moke ci-dessous, je lui conseille de lire les postfaces des deux albums pour se rendre compte que l'auteur, loin de vouloir coupler sciences et religion, cherche juste à montrer qu'en tout temps on a construit des représentations (dessins, peintures rupestres, sculptures, cinéma, BD...) pour expliquer et montrer des phénomènes et des évolutions et qu'au travers de l'explication scientifique il nous montre des représentations de différentes époques sur ce qu'il explique et dessine. Il faut d'ailleurs souligner que l'ensemble des religions sont représentées même s'il y a une prédominance de la culture judéo-chrétienne car rappelons le l'auteur est allemand et donc issu de cette culture. Vivement le tome 3 qui devrait arriver avant 2020 paraît-il.

28/08/2012 (MAJ le 08/03/2014) (modifier)
Par Sejy
Note: 5/5
Couverture de la série Kililana Song
Kililana Song

Si l’Afrique m’était racontée… Comme une invitation au songe. Comme un époustouflant voyage des sens. Au pouls d’un chant noir, qui, dès les premières figurations, me ferait basculer, entrevoir les traditions colorées de l’oralité, pittoresque. En hardi citoyen du monde, me laisser happer, porté par le vent revigorant de la mutinerie dans la galopade d’un gamin de Lamu, puis poussé, chahuté, échevelé par les brises irrésistibles d’un conte moderne où chaque rafale, charriant les mots, les personnages nombreux, les images, nourrirait le tourbillon d’une force narrative qui emporte tout sur son passage, parfois jusqu’à me couper le souffle… Quelque sagesse swahilie promettrait : ce n’est pas la main, mais le cœur qui donne. Benjamin Flao ne lui ment pas. C’est bien une touche d’âme qui affleure dans chacune de ses aquarelles étourdissantes. Tant de présents pour les yeux, nés au bout de doigts exécutant le vibrato saisissant du vivant. Une humanité sans doute ramenée dans son sac à dos. Éloquente, radotante, elle hurle à pleins pinceaux des figures étrangères dont je reconnais, ici, une moue familière, là, un sourire ou une rogne fluente de sincérité. De la vie, authentique, universelle, restituée dans le mouvement et la chaleur de ses scènes, entre vadrouille et spiritualité, célébrée par les effusions opalescentes d’un chromatisme impétueux où le chaud embrasse le froid, où le fantasme embrase le réel. Malgré mon ardeur pour les tenir en respect, quelques jurons intérieurs s’échapperont au hasard d’une case, au détour d’une peinture plus passionnée. Exclamations arrachées par les évidences de cet esthétisme intense qui joue avec mes entrailles. En tous sens. Depuis l’empathie fulgurante d’un baiser dérobé saupoudrant la tendresse ou le tableau, emprunté à l’obscurité, d’une étreinte charnelle fugace qui, en un croche-patte habile à cette volupté trop facile, bouscule l’émotion, puis me mue en voyeur involontaire, un peu gêné d’être ici. Dans le courroux pétulant d’un marinier au langage de charretier, convaincant, légitime à en serrer les poings pour m’inviter dans sa bigorne. Devant la beauté symbolique d’un arbre sacré ou l’expression de la puissance des éléments, au coeur d’échappées sous-marines envoûtantes, quand je me surprends à retenir ma respiration. Parmi des tapisseries superstitieuses, irréelles, où, vagabond ébahi, je touche la légende et ses icônes inquiétantes. Jusqu’aux quatre cents coups d’une bande de gosses malicieux et leurs appels du pied appuyés : spectateur, comparse, complice grisé, je prends mes jambes à mon cou pour rattraper la flamme de l’aventure… Hors champ, contre champ, contre-jour. Plan reculé ou angle intimiste. Oeil aérien. Perspectives imprudentes. Horizon éthéré et regard plus paisible : au fil des cabrioles je déambule, dans la mise en scène admirable, sur les mesures inspirantes d’une narration gigogne qui distribue les rôles à pleines mains, autour d’un héros irrésistible. Naïm bien sûr. Sauvageon libre, intenable dans le zèle à esquiver l’école coranique et ses coups de bâton pédagogiques. Les hasards de ses escapades croiseront la philosophie aux zestes de qat du vieux Nacuda, esgourderont les grossièretés routinières du trivial Günter, un capitaine margoulin affreusement mal léché, attirant curieusement la sympathie, et achèveront son apprentissage dans les visions désincarnées d’un chaman animiste ou celles, plus prosaïques, esquissées dans les formes, les charmes de demoiselles adorablement vénales. Un carnet de route serpentant entre appétits néo-colonialistes et ascensions djihadistes, une traversée initiatique à hauteur d’enfant qui se perd les crayons dans les tentacules d’un imaginaire magnifiquement halluciné. Le boudeur (scrogneugneu !) blâmera des tempéraments marqués, effleurant la caricature dans le verbiage ou le contexte, accablera une trame jugée dilettante. Ces chouias d’exubérance, dans la manière et la matière, je les suppose comme le remarquable écho à la singularité d’un continent qui abandonne dans la marge ses réalités les plus préoccupantes pour mieux réveiller, révéler toute sa magie. Au moins pour un instant. Mais quiconque osera le reproche aura affaire à moi ! … Immense.

08/03/2014 (modifier)
Par Pierig
Note: 5/5
Couverture de la série Terra Australis
Terra Australis

C’est un pavé. Non pas un pavé dans la mare (quoique, dans l’océan peut être) mais un pavé tout court. Enfin, de 500 pages quand même … Cet album est le fruit d’un travail de longue haleine et de minutie pour retracer la petite histoire qui fit entrer la colonisation de l’Australie par les anglais dans la grande histoire. C’est un pari fou relevé de main de maître par Bollée et Nicloux. La narration et le découpage bénéficient d’une attention particulière. Bollée soigne son récit pour le placer au plus près de la réalité tout en maintenant l’intérêt du lecteur sans cesse en éveil. On ne suit pas l’aventure de ces hommes, on la vit. Le découpage est également à l’avenant en incluant des cases plus aérées permettant de profiter pleinement du talent graphique de Nicloux. Garder une telle constance sur 500 pages ne peut qu’être saluée. Quant au récit, si l’origine de la nation australienne moderne m’était connue, les motivations profondes et la manière dont cela s’est passé l’étaient beaucoup moins. C’est prenant, enrichissant, captivant … De la grande aventure, et du grand art offert par les auteurs. Cette aventure humaine hors norme n’avait encore jamais eu les honneurs d’un pareil ouvrage. C’est maintenant chose faite. Une lecture à savourer lentement avec un whisky « Hellyers Road » pour se mettre dans l’ambiance. ;)

07/03/2014 (modifier)
Par jurin
Note: 5/5
Couverture de la série Kraa
Kraa

Superbe j’ai dévoré cette BD au scénario simple mais assez original. Benoît Sokal nous relate l’histoire d’un jeune indien très attaché à sa terre et qui vit une relation très forte, pratiquement fusionnelle avec un jeune aigle nommé Kraa. La symbiose entre Yuma et Kraa sera bien nécessaire pour faire face au mercantilisme ambiant. L’auteur nous décrit une nature belle mais dure et cruelle ainsi qu’une société pas très reluisante mais pas complètement perdue. Le dessin sert remarquablement l’ambiance du récit, la couverture est bien réussie, Yuma et Kraa fixant l’horizon, ont-ils pour autant le même destin ? Un excellent premier tome. J’attends avec impatience la suite. Après lecture tome 2 et tome 3 (fin) C'est rare de conserver une telle qualité sur 3 tomes, un scénario constant dans sa rigueur et son suspense, beaucoup de sensibilité et un dessin magnifique, une fin originale et surprenante. Tout bon Monsieur Sokal !

16/10/2010 (MAJ le 24/02/2014) (modifier)
Par Pedrolito
Note: 5/5
Couverture de la série Les Aventures de Tintin
Les Aventures de Tintin

Tout dans cette série relève du culte. Qui n'a jamais entendu les insultes du capitaine Haddock ? Les "Bachibouzouks", "Moules à gaufres", "Ectoplasme" et autres mériteraient leur place dans bien des dictionnaires quand on voit ce que l'on peut y entrer dernièrement... Qui n'a jamais ri à cause des Dupont(d)... Je dirais même plus, qui n'a jamais ri à cause des Dupond(t)... N'oublions pas ce vieux fou de Tournesol qui ne comprend jamais rien et emmène bien malgré lui ses compagnons d'aventure....justement dans toutes sortes d'aventures! Bon et il y a aussi Tintin...et Milou. ...Bref, c'est bien et c'est bien là l'essentiel, pas besoin d'en dire plus, la série parle d'elle même.

23/02/2014 (modifier)
Par Tomeke
Note: 5/5
Couverture de la série Dragon Ball
Dragon Ball

C‘est certain, je considère cette série comme culte. Étant un gamin de la génération «Club Dorothée», le dessin animé a bercé mon enfance et mon adolescence. Le manga a poursuivi le travail et je ne m’en lasse pas. C’est un mélange d’humour et d’action qui évoque régulièrement chez moi une envie furieuse de me retaper la lecture des 42 tomes. Le dessin n’est pas en reste, loin de là. Le trait est génial, précis, dynamique à souhait, surtout dans les nombreuses phases de combat. Que dire de plus sur cette série plébiscitée par tant de lecteurs ? Un incontournable, tout simplement !

23/02/2014 (modifier)
Couverture de la série Batman - The Dark Knight returns
Batman - The Dark Knight returns

Un quart de siècle après avoir lu The Dark Knight returns, je reste sous le choc lorsque je la ressors de ma bédéthèque. Je trouve que cette série de Frank Miller a révolutionné l'univers des comics à plusieurs titres, et mérite toujours son qualificatif – souvent galvaudé j’en conviens – d’œuvre culte. Tout a été écrit ou presque sur The Dark Knight returns, mais je vais tout de même apporter ma petite pierre à l’édifice. Il faut d'abord replonger dans le contexte de l'Amérique du milieu des années 1980 pour comprendre en quoi cette vision sombre du Batman est le reflet génial de son époque. Allez ! Un petit cours d’histoire pour recréer l’ambiance de l’époque… Nous étions alors dans les années Reagan, le président qui avait proclamé fièrement lors de son arrivée au pouvoir : « America is back! ». Sous ses deux mandats, finis les pleurnicheries et l'auto-apitoiement qui avaient suivi la défaite au Vietnam, terminés les doutes sur l’intégrité du pouvoir et la pureté de la démocratie étasunienne consécutifs au scandale du Watergate ! L’Amérique était de retour et bien décidée à en découdre avec « l’Empire du Mal » soviétique. La guerre froide connut un regain de tension quand Reagan annonça la mise en place de l’initiative de défense stratégique, baptisée « Guerre des Étoiles » par les journalistes. Il s’agissait de mettre en place un réseau de satellites capables de détecter, traquer et détruire en vol les missiles nucléaires qui seraient tirés contre les États-Unis. Techniquement possible, mais hors de prix, ce projet faisait craindre à l’URSS la fin de « l’équilibre de la terreur » qui, en promettant une « destruction mutuelle assurée » en cas d’usage de l’arme nucléaire, avait bon an mal an maintenu un statu quo entre les deux blocs durant les 40 ans de Guerre froide. Certains stratèges alarmistes soulignaient le risque de voir les Soviétiques passer à l’offensive avant que les Américains aient concrétisé leur système. À Moscou, des dirigeants fossilisés et gris se succédaient au pouvoir et la société semblait figée dans une éternité de répression. Le monde tremblait tandis que l’on prophétisait l’imminence d’une troisième guerre mondiale. Aux États-Unis, les néoconservateurs triomphaient. Ils expliquaient que la crise était due à un État trop présent, aux budgets sociaux trop élevés qui plombaient l’économie, aux impôts confiscatoires… Le darwinisme social revenait en force : seuls les plus aptes réussissent dans une société libérale… Les usines automobiles commençaient à fermer pour délocaliser leur production là où l’ouvrier est bon marché et non syndiqué. Le chômage progressait, les pauvres n’avaient qu’à crever s’ils n’étaient pas capables de se prendre en main pour s’enrichir… Dans le même temps, le bling bling devenait la norme. Le trader supplantait le cowboy en tant que héros américain et l’Amérique faisait sa gym ; des cohortes de bons citoyens au brushing impeccable s’agitaient dans les salles d’aérobic, moulés dans des tenues aux couleurs fluo, au son d’une insupportable musique pop. L’univers créé par Miller se situe dans un futur très proche, inspiré de ce monde inquiet et de cette société américaine fracturée. Dans cet univers, Batman est vieux, il a raccroché sa cape quelques années plus tôt quand un de ses Robin est mort. Il n’est plus que Bruce Wayne, playboy finissant, menant une vie tumultueuse et défrayant la chronique mondaine par ses excentricités de milliardaire. Mais il reste l’enfant névrosé qui a vu ses parents se faire assassiner pour quelques dollars. Il est toujours l’homme avide de justice qui hait les criminels. Alors il ne résiste pas longtemps à la tentation quand il réalise qu’il pourrait ressusciter le Batman pour vraiment punir les méchants. Pas pour les enfermer gentiment, comme il l’a toujours fait, dans l’Asile d’Arkham d’où ils ne cessent de s’échapper, tels des Dalton maléfiques, non, cette fois, en guise de chant du cygne, il va les massacrer ! Batman n’est pas un gentil héros ; à l’origine, il est celui qui se déguise en chauve-souris géante pour terroriser les criminels, celui guette ses proies dans l’ombre, la face sombre des super-héros dont Superman est la lumière. Les auteurs l’avaient un peu oublié au fil du temps et Miller lui redonne son statut obscur de chevalier vengeur. Sa dernière croisade fait ressortir ses penchants criminels. Les années 1970 ont donné à l’Amérique un certain nombre de personnages qui n’hésitent pas à recourir à des méthodes expéditives contre le crime : “Dirty Harry” Callahan, Paul Kersey, le justicier dans la ville, ou encore le Punisher. Tous sont les héritiers du Batman originel et Miller ne fait que revenir aux sources. Mais il le fait avec une puissance et une violence que l’on n’avait jamais vues dans la série. Miller est un radical, il aime l’expression de la force brute et prend plaisir à trancher le nœud gordien : un bourre-pif vaut selon lui tous les argumentaires subtils quand il s’agit de résoudre des situations compliquées. À plusieurs reprises, dans The Dark Knight returns, il égratigne les médias, les psychologues, les corps intermédiaires, qui semblent incarner à ses yeux les faiblesses d’une société devenue incapable de se défendre ; Miller ne semble pas aimer la démocratie libérale. Il glorifie l’engagement physique, le sens du sacrifice à un point que c’en est un peu inquiétant d’ailleurs. Dans 300, il flirte ouvertement avec l’idéologie fasciste… N’empêche, j’ai un peu honte de l’avouer, mais c’est foutrement jouissif de voir Batman écraser les méchants une fois pour toutes. Du point de vue du style graphique, Miller innove également. Certaines cases sont incompréhensibles, jusqu’à ce que l’on comprenne qu’il s’agit d’une vision parcellaire et en très gros plan d’un élément qui prendra du sens plus tard (les perles par exemple). C’est déroutant et surprenant ; l’expérience est intéressante, mais je trouve que Miller en a abusé par la suite. On n’atteint cependant pas encore le niveau de non-sens de certaines planches d’Elektra Saga… En résumé, The Dark Knight returns constitue incontestablement une rupture, à l’instar des Watchmen (dans un style différent). Cette œuvre a fait basculer Batman, et nombre de super-héros après lui dans le monde adulte. Souvent copié, jamais égalé, l’univers dépeint par Miller reste une des références majeures des Comics. J’en conseille particulièrement la lecture à tous ceux et celles qui pensent que le genre est réservé à un public d’adolescents mâles et boutonneux.

21/02/2014 (modifier)
Par DamBDfan
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Pinocchio (Winshluss)
Pinocchio (Winshluss)

Et bien mes cochons, quelle claque, mais quelle claque !! Tout simplement EX-CE-LL-ENT !! Certains verront ce livre comme une hérésie à l’œuvre originale de Disney, moi j’y vois du pur génie. Noir, glauque, malsain, dérangeant, ironique, immoral, pessimiste, désabusé mais aussi terriblement jouissif, poétique et réaliste d’un autre côté. Voilà les mots qui qualifient au mieux ce chef-d’œuvre. Vision cruelle du monde, critique de la société, dureté de la vie, philosophie de comptoir...tout y passe et avec maestria. On est souvent proche de la virtuosité tant au niveau graphique que de la narration quasi muette. Certains passages avec Jiminy Cafard sont à se tordre de rire et je suis parfois resté longtemps à contempler certaines planches et savourer le moindre détail, les couleurs…Quelle talent ce Winshluss ! Un album ainsi, on en lit pas tous les jours. L’année 2014 vient de commencer mais il y a beaucoup de chance pour que cette lecture reste la number one pour toute cette année. Incontournable!

15/02/2014 (modifier)