Les derniers avis (7654 avis)

Par Franz
Note: 5/5
Couverture de la série Ar-Men - L'Enfer des enfers
Ar-Men - L'Enfer des enfers

La pierre de feu. Le mythique phare d’Ar-Men, bâti au bout de la chaussée de Sein, n’en est pas moins ancré dans la dure réalité que des paquets de mer font vibrer régulièrement. Bâtiment prestigieux que sa rudesse et son isolement rehaussent, il concentre le génie et l’opiniâtreté des hommes dans leur combat contre les éléments naturels. Avant son automatisation en 1990, le phare breton aura composé un austère huis-clos tournant le dos à l’océan pour des générations de gardiens. Emmanuel Lepage, artiste exceptionnel, dont les albums souvent multi-primés demeurent relativement confidentiels, semble fasciné par ces endroits utopiques et inhumains, adossés au néant, à l’instar des îles Kerguelen ou de la zone irradiée de Tchernobyl. Il fallut qu’Ar-Men existât pour lui aussi. La fiction, documentée aux sources primaires (témoignages des derniers gardiens du phare, hélitreuillage sur Ar-Men), nourrie aux auteurs essentiels (Henri Queffélec, Jean-Pierre Abraham, Bruno Le Floc’h), etc. compose un reportage en bande dessinée dont la construction narrative se révèle émouvante et poétique. En effet, la mer, en s’engouffrant dans le phare, déshabille les murs de leur crépi et met à jour l’histoire écrite de Moïzez, premier gardien ayant participé à la construction du phare que Germain, ultime gardien, va déchiffrer. Dans l’oscillation entre passé et présent, l’édification d’Ar-Men, le brassage des légendes bretonnes (la cité d’Ys, l’Ankou) et les histoires personnelles s’emboîtent et composent une fresque humaine et féérique où la solitude s’engouffre dans la démesure océanique. Les techniques graphiques utilisées par Emmanuel Lepage sont variées, maîtrisées et utilisées à propos : de splendides aquarelles lumineuses et transparentes pour la période contemporaine, du lavis noir & blanc rehaussé de brou de noix et enrichi d’encre terre de Sienne pour la partie consacrée à la construction du phare, des encres de couleur pour l’évocation des légendes. Artiste inspiré, il donne à voir l’insondable puissance vitale qu’est la mer en mouvement. Dès la saisie de l’ouvrage, le lecteur sent qu’il se trouve au seuil d’une œuvre habitée.

21/10/2020 (modifier)
Par Ajonc06
Note: 5/5
Couverture de la série Corto Maltese
Corto Maltese

J'apprécie cette BD et particulièrement ce personnage de Corto Maltese qui évolue dans un univers parfois sombre et inhospitalier, traverse le temps et l'espace avec élégance et nostalgie. Un beau travail de Hugo Pratt qui maîtrise le genre et produit cette saga dont on ne se lasse pas. Cela fait partie des albums que je relis avec plaisir à mes moments perdus et qui ont peut être influencé mon existence. Je vous souhaite de partager mon enthousiasme, mais il est possible que cela déplaise à un public plus jeune. Bonne lecture

20/10/2020 (modifier)
Par Jetjet
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Appel de Cthulhu
L'Appel de Cthulhu

Quel est donc l'intérêt d'adapter un auteur culte comme Lovecraft en manga ? Voici le genre de questions qui risquent de devenir désuètes une fois le bouquin reposé car il s'agit probablement d'une des plus belles retranscriptions du mythe de Cthulhu. Gou Tanabe prend tout son temps pour instaurer une ambiance anxiogène assez palpable dès les premières pages et montant crescendo. Malgré une structure en forme de mille-feuilles, le lecteur n'est jamais perdu par un fil conducteur assez intriguant : une petite statue en argile représentant une créature mi-dragon mi-pieuvre, le grand Cthulhu lui-même. L'enquête se base principalement sur des écrits ou des témoignages et nous fait remonter dans un passé illustré entre sombres forêts et forteresses immergées. Là où Lovecraft préfère la suggestion, Tanabe préfère le spectaculaire. Tel un ressort lentement tendu, tout le piège narratif se desserre d'un coup lorsque Cthulhu entre en scène. Il s'agit probablement de la créature la plus connue de cet univers et on frisonne devant de magnifiques doubles pages richement détaillées. Cela ne pourra peut-être pas plaire à tous les amateurs de l'oeuvre originelle mais on reste ébahi à chacune des apparitions spectaculaires de la créature, véritable attraction et feu d'artifice de toute cette enquête. Ce brillant tour de force est à mes yeux une des plus audacieuses adaptations d'un récit de Lovecraft et me pousse directement à aller lire les autres œuvres de ce mangaka plutôt doué. Rendez-vous est d'ors et déjà pris me concernant pour lire ses autres projets directement en lien avec cet univers.

11/10/2020 (modifier)
Par Pierig
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Il faut flinguer Ramirez
Il faut flinguer Ramirez

Que dire ? Un ovni ! Narration, mise-en scène, découpage, dialogues, dessins, couleurs … cela frise la perfection. L’idée de départ est bien pensée avec ce Jacques Ramirez, tueur à gage mexicain redouté, qui se servirait d’un emploi de réparateur d’aspirateurs comme couverture. La situation s’emballe rapidement avec une succession de concours de circonstances qui a un effet boule de neige. C’est un album dynamique et dynamité … l’action est présente mais sans prendre le pas sur le fond. Bref, un récit bien dosé … équilibré juste comme il faut. Je n’aurai pas trop à attendre pour le deuxième opus (ouf !).

09/10/2020 (modifier)
Par Cyril
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Spirou d'Emile Bravo - L'Espoir malgré tout
Le Spirou d'Emile Bravo - L'Espoir malgré tout

Que ça fait du bien de lire une belle BD comme ça! J’avais déjà beaucoup aimé le journal d’un ingénu. Le premier tome de “l’espoir malgré tout” me semblait moins intéressant avec un Fantasio un peu débile. Mais l’histoire prend de la hauteur (ainsi que Fantasio) dans un second tome très bien huilé! De bonnes références historiques, un très beau dessin, un scénario très bien ficelé: on se régale dans ce récit. Vivement le 3ème (et le 4ème tome)!

09/10/2020 (modifier)
Par Yann135
Note: 5/5
Couverture de la série Rahan
Rahan

Mais que c’est bon de reprendre un album de Rahan, le fils adoptif de Crâo. Le destin épique du fils des âges farouches ont bercé toute mon adolescence à travers ses aventures dans pif gadget. Petite séquence nostalgie avec cette série mythique. Il beau, intelligent, blond, athlétique, observateur, courageux, honnête, charitable, précautionneux, loyal... Le gendre parfait dirait ma belle-mère ! Et il possède un couteau en ivoire de mammouth qu’il a volé ne l’oublions pas ! Pas si parfait que ça en fait le garçon ! J’ai lu et relu tous les albums. Ils ne sont d’ailleurs pas tous dans un état excellent à force de les avoir feuilletés. J’ai dévoré ces aventures préhistoriques fascinantes. Les héros de Marvel peuvent aller se rhabiller, mon premier super héros à moi, c’était Rahan. Rahan, c’est ma fontaine de jouvence. C’est le Panthéon de la bande dessinée. Du culte évidemment. Et pour « ceux qui marchent debout » qui ne connaissent pas encore, il faut foncer pour se délecter de ces albums. Une question cependant me turlupine. On connait le père de Rahan. Mais sa mère comment se nomme t elle ???

08/10/2020 (modifier)
Par Franz
Note: 5/5
Couverture de la série Fritz the Cat
Fritz the Cat

Après l’essai non transformé des éditions Anthracite en 1995, l’éditeur Cornélius reprend le flambeau et offre enfin à la France, en l’an de grâce 2013, l’intégralité des aventures de Mister Cat, Fritz de son prénom, matou jouisseur et inconséquent imaginé par Robert Crumb entre 1964 et 1972. Des soixante pages parues chez Anthracite, Cornélius double la mise. Pour la première fois dans nos contrées, soit presque cinquante ans depuis sa naissance américaine, il est possible de suivre le parcours du chat frimeur et roublard, son ascension et sa déchéance, un pic à glace fiché au sommet du crâne. Après le film d’animation réalisé par Ralph Bakshi en 1972 et renié par Robert Crumb, le créateur de Fritz ne voulait pas d’une nouvelle récupération tronquée de son chat pas empoté et encore moins classé X. Il le fait tuer par une autruche névrosée, Andrea, se rêvant danseuse étoile mais enfouissant sa tête sous les coussins à la moindre contrariété. Le postérieur ainsi offert avec une plume en panache appelait sinon la paluche au moins le pied du Cat. D’un « Boop ! » dans sa Betty, Fritz scelle son destin. On peut regretter que le « gros malin » tigré finisse en carpette, rétamé par une énième cruche au cœur brisé et à l’amour-propre sali mais sa mort le grandit tel un « Balafré » de la vie. L’œuvre de Robert Crumb forme un tout cohérent en dépit de strips parfois bricolés et acquiert une aura que le temps ne ternit pas. Hors des modes, Fritz the Cat n’a pas un seul poil blanc dans le pelage. Le style de l’auteur n’est jamais pris en défaut même lorsque le graphisme des débuts semble légèrement brouillon. La précision du trait que les hachures magnifient et que les aplats noirs sertissent place cette bande dessinée animalière au pinacle du 9e art.

07/10/2020 (modifier)
Par Franz
Note: 5/5
Couverture de la série Rahan
Rahan

[Rahan : intégrale noir et blanc. Tome 1. – Soleil, 2009] Les débuts d’un bon Aryen. A peine édité, déjà indisponible, le 1er tome d’une intégrale Rahan en noir & blanc à paraître en 10 volumes aux éditions Soleil est en passe de devenir un objet de collection alors que l’esprit des créateurs de la série, Roger Lécureux et André Chéret, était à l’origine ouvert au plus grand nombre. La bande dessinée, en 1969, quand Rahan est né, était populaire et accessible. Pauvre du lumpenprolétariat, il était encore possible d’arriver à grappiller les centimes nécessaires à l’achat de Pif gadget et si ce n’était pas le cas, de troquer, d’échanger, de marchander afin de constituer des collections d’illustrés à bon marché, de Blek le Roc à Cap’tain Swing, d’Akim à Tarzan, de Mandrake à l’Ombre qui marche. Aujourd’hui, il faut débourser en conséquence pour retrouver les odeurs d’imprimerie de l’enfance et surtout les qualités d’impression incomparables d’antan sur un papier granuleux d’époque. La nostalgie se monnaye et le plaisir se frelate alors que la surenchère d’images de synthèse bien lissées bat son plein. Bien sûr, il peut être difficile d’apprécier le propos quand Rahan tue à bras raccourci les fauves et tous les animaux menaçants, crocodile, serpent, sanglier, etc. La protection de la grande faune n’était pas à l’ordre du jour et il était encore moins question de la 6e extinction animale de masse programmée. Seul le message de fraternité, de justice et de tolérance était essentiel. Le premier récit complet de 20 pages qui ouvre le recueil s’intitule « Le secret du soleil ». Rahan est en Australie avec ses kangourous et ses boomerangs. Il poursuit le soleil afin de dénicher son repaire. Heureusement, la métaphore d’une course en pirogues autour d’une île met la puce à l’oreille au fils des âges farouches. Rahan a l’intuition que les sphères gravitent dans l’espace ou du moins que la Terre est ronde. C’est osé mais ça passe. Le lecteur opine du chef à la trouvaille du scénariste. Le dessin un peu amidonné des débuts de Chéret s’assouplit rapidement au fil des épisodes. Déjà le 4e récit, « Le tombeau liquide », montre un dessinateur en phase avec son personnage et le bestiaire de la préhistoire. Rahan acquiert ses traits définitifs. Les histoires s’enchaînent et le plaisir de la redécouverte est constant. Des bonheurs graphiques, des astuces scénaristiques agrémentent sans cesse le parcours jubilatoire du lecteur conquis à vie. Certains dessins sont des merveilles. Il est difficile de mettre en avant une histoire plutôt qu’une autre. Peut-être que celle du « Petit d’homme » est la plus séduisante quand Rahan recueille un bambin fugueur à quatre pattes et fait la nounou ? Alors qu’il épargne Baghaé la panthère, en apercevant ses petits, Rahan se trouve récompensé par l’animal plus tard. Celui-ci s’étonnera : « Les bêtes seraient-elles plus loyales, plus reconnaissantes que ‘Ceux qui marchent debout’ ? » Les enfants savent souvent attendrir les cœurs solitaires des chasseurs les plus endurcis. Rahan reprendra vite ses habitudes ensuite et le coutelas d’ivoire sèmera la mort à nouveau. Dire que les auteurs ont produit 170 épisodes pour un total d’environ 3 500 planches ! Il fallait bûcher pour croûter mais le résultat est bien là. Rahan est une somme et le psychanalyste peut déjà fourbir ses armes car le personnage est un cas.

07/10/2020 (modifier)
Par Franz
Note: 5/5
Couverture de la série Mon ami Dahmer
Mon ami Dahmer

Damer la mort. « Le cannibale de Milwaukee » Jeffrey Dahmer (1960-1994), avant de s’imposer comme un des pires tueurs en série américains eut aussi un passé trouble qu’un ancien camarade de lycée, John Backderf, relate avec tact à travers une bande dessinée documentée. « J’avais des amis normaux au lycée » dira Dahmer après son arrestation. Derf Backderf va se focaliser sur les trois années de lycée engluées dans l’âge ingrat de l’adolescence. Si Jeff Dahmer est accepté dans le petit cercle d’amis lycéens, il n’en est pas pour autant totalement intégré. Sa solitude et son mutisme inquiètent. Ses imitations de paralysé cérébral médusent. Son alcoolisme rebute. Conçue en cinq parties équilibrées, la dernière, « Fondu au noir » étant particulièrement frappante avec son parti-pris graphique percutant, l’histoire de Dahmer, véritable roman graphique, déroule une narration fluide, cohérente et implacable. En présentant et commentant ses sources, l’auteur crédibilise une entreprise à haut risque, celle de cautionner, d’excuser ou d’amoindrir un comportement monstrueux et létal. Avec son dessin à la limite de la caricature, l’auteur crée une distanciation et les personnages, rigides et monolithiques n’en prennent que plus de relief et se chargent encore davantage d’une inquiétante étrangeté.

07/10/2020 (modifier)
Couverture de la série Pyongyang
Pyongyang

Mon coup de coeur de cette collection ! J'aime la manière de conter de Guy Delisle, ses touches d'humour, son regard neutre sur son expérience de vie dans ce pays. J'ai aimé découvrir ce pays à la fois "fascinant" et terrifiant à travers son regard et ses traits de crayon. Une belle découverte à mettre entre toutes les mains !

07/10/2020 (modifier)