Les derniers avis (7654 avis)

Par grogro
Note: 5/5
Couverture de la série Aldobrando
Aldobrando

On savait que l'école italienne était très en vue ces dernières années. J'ai personnellement l'impression d'avoir découvert d'un coup une génération spontanée d'auteurs de grand talent : Davide Reviati, Zerocalcare, Manuele Fior... Et là, voua !!!!! Une BD réalisée par deux ténors de la scène italienne !!! On n'osait même pas en rêver ! C'est Luigi Critone qui se colle au dessin. L'homme avait déjà commis les illustrations de Je, François Villon, superbe adaptation du roman de Jean Teulé sur une figure méconnue de la poésie française, sorte d'anarchiste bien avant la lettre. Son trait atteint avec Aldobrando un niveau de perfection quasi... parfait ! Et on ne parlera pas de la mise en couleur (signée Francesco Daniele et Claudia Palescandolo ; ils s'y sont mis à deux !)... Son complice pour l'occasion, c'est Gipi, le type surdoué qui sait tout faire (crayonné, aquarelle...) avec la même virtuosité. Il délaisse ici ses pointes pour empoigner le scénario. Et quel scénario ! Une histoire d'Heroïc fantasy digne des meilleures intrigues de Denis Gerfaud, carrément ! Qui ? Ben Denis Gerfaud quoi !!! Le légendaire créateur du meilleur Jeu de Rôle jamais édité dans l'univers, j'ai nommé Rêve de Dragon. Ceux qui ont été comme moi des rolistes acharnés depuis leur prime jeunesse sauront de quoi je parle. Les autres pourront aller zieuter ce site (https://scriptarium.fr/fr/reve-de-dragon/) histoire de se faire une idée. Me resterait alors à leur souhaiter d'avoir le bonheur sans nom de faire un jour une partie entière de ce jeu hors normes. Aldobrando, c'est tout à fait ça : une atmosphère médiévale sans chevalier mais avec des pégus aussi baraqués que des coton-tige. Pas de grande quête avec gloire et richesse pour récompense, point de dragon (mais une princesse !)... Juste des personnages atypiques, voyageurs curieux ou largués qui s'accoquinent un peu par la force des circonstances, formant ainsi une petite communauté de parias jouissant d'une grande liberté, toujours prêts à prendre des risques afin de connaître une part du rêve qu'ils n'avaient pas imaginée, acceptant fatalités et contraintes avec une sorte d'humilité déterminée, juste pour le simple plaisir de raccommoder un monde qui part sérieusement en vrille. Bref ! Je ne vais pas m'étendre car d'autres l'ont fait mieux que moi, mais voici une BD à lire et à relire sans faim, qui m'aura accessoirement redonné l'envie folle de remettre le nez dans Rêve de Dragon. Bon, allez ! C'est décidé : ce weekend, je planche sur un scénar !...

13/11/2020 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Discours de la panthère
Le Discours de la panthère

Jérémie Moreau est décidément un auteur à suivre. S'il n'a (presque) pas toujours réalisé des chefs d’œuvre (Penss et les plis du monde était une déception du point de vue graphique avec ses personnages à moitié mangaïsés), il sait cependant se renouveler. C'est un auteur qui cherche, explore, trouve souvent... On sent le gars généreux, plein d'audace, qui a des choses à dire et à faire voir, et surtout, qui ne s'assoie pas sur le succès. Rien que pour cette raison, avec Le Discours de la panthère, l'ami Moreau confirme tout le bien qu'on pensait de lui et s'impose comme un artiste incontournable. C'est finalement assez rare pour être souligné me semble-t-il. Ce nouvel essai est, une fois encore, marqué d'emblée par un changement de style graphique tout à fait saisissant. Même si l'on retrouve par moments ce goût pour les fonds texturés qui avaient conféré une puissance phénoménale à La Saga de Grimr, les dessins, épurés et chatoyants donnent ici l'impression d'un parti pris très fort et parfaitement assumé. "Penss", son ouvrage précédent, m'avait au contraire laissé un goût d'inachevé. On sentait clairement que l'ami Moreau hésitait alors entre plusieurs voies possibles. Au contraire, la sobriété lumineuse du Discours de la panthère tranche net et nous invite à pénétrer dans un monde merveilleux. L'expressivité des personnages (ici exclusivement des animaux) a toute la place pour s'exprimer. Moreau parvient à capter l'essence de chaque animal et à la fixer dans des gestes et des attitudes tout à fait typiques : mouvements de tête caractéristiques de l'autruche, marche lourde et chaloupée de l'éléphant, pas rapides du pagure (le fameux bernard l'hermite)... Mention spéciale aux vols acrobatiques et si féériques des étourneaux. Le dessin vibre et s'anime comme dans un trip sous LSD. De toute beauté ! Ce livre est d'abord un enchantement pour les yeux, à plus forte raison parce que les éditions 2024 ont su apporter à ce conte animalier l'écrin qui lui sied comme un gant. Mais ce magnifique dépouillement, tout en aplat de couleurs, souvent réduit à une ligne d'horizon, une dune, un arbre, une montagne, un nuage... permet également à l'histoire de s'étirer dans les moindres recoins. Cet ensemble de fables, comme autant de paraboles habilement imbriquées les unes dans les autres, voit son graphisme mis entièrement au service du propos, autant spirituel que philosophique. Au fil du livre, à travers chaque expérience de vie, le lecteur assemble peu à peu ce puzzle dont la dernière pièce (l'histoire du singe, sorte de proto humain en quelque sorte) donne tout son sens à cette réflexion sur la vie et ce qui nous unit à elle de manière intime. C'est beau et profond dans la forme et tout autant, sinon plus, dans le fond. Et tout ça sans jamais verser dans la lourdeur, le pathos ou la morale à papa. Une gageure ! En réalité, Jérémie Moreau choisit bien l'animal en fonction de ce qu'il lui fait vivre. Par exemple, de manière certes un peu convenue mais qu'importe puisque ça fonctionne, l'éléphant illustrera l'Histoire et la mémoire, ainsi que la manière dont on se construit aussi en fonction d'elle. L'autruche, animal a fortiori nettement moins gracieux qu'un chaton, symbolisera quant à elle l'image que l'on a de soi-même... Ainsi, chaque histoire s'attache à un aspect de la vie (et de la mort) pour former un ensemble parfaitement dense et cohérent. Blindée de discrètes références (on songe pêle-mêle au douanier Rousseau, à Kipling, La Fontaine, Esope...), le Discours de la panthère et son style naïf ne manquera pas d'interpeller. Magnifiquement illustrée, soutenue par des textes malins, le lecteur se voit tout entier absorbé par cette histoire d'une originalité certaine. Ajoutons que ce livre s'adresse aussi bien aux adultes qu'aux enfants, et on comprendra que l'on tient ici une bande-dessinée aussi originale qu'universelle. Cette lecture fut un véritable enchantement qui m'a scotché un sourire béat aux commissures toute la journée. Ben moi, j'appelle ça un coup de cœur !

10/11/2020 (MAJ le 12/11/2020) (modifier)
Par olma
Note: 5/5
Couverture de la série Les Indes fourbes
Les Indes fourbes

Je rejoins les commentaires les plus enthousiastes relatifs à cette BD, découverte dans une bibliothèque. Une fripouille amorale nous entraîne dans une aventure débridée au siècle de Philippe III d'Espagne, avec un récit magnifiquement mis en images par le dessinateur de Blacksad aussi à l'aise au fond des geôles qu'en pleine mer ou dans la jungle, et dont les personnages possèdent une expressivité remarquable. L'humour n'empêche pas une vision sans concession de la colonisation, des missionnaires et de la dureté de la société. Une très grande réussite.

11/11/2020 (modifier)
Par doumé
Note: 5/5
Couverture de la série Il faut flinguer Ramirez
Il faut flinguer Ramirez

Quelle bonne surprise, je comprends mieux l'accueil réservé à ce premier tome. Avec un titre pareil, je m'attendais à un classique règlement de compte entre truands et je découvre une aventure menée tambour battant ponctuée d'humour et de clins d'œil aux années 80. C'est toujours juste, l'auteur fait preuve d'un talent rare pour nous raconter cette histoire, il nous transmet l'ambiance d'une époque avec un enthousiasme et un plaisir ressenti à la lecture. Notre héros traverse une vendetta orchestrée par des mafieux avec un tel flegme que la situation est juste surréaliste. Ce contraste entre un employé modèle et docile et des truands cyniques et ultra violents est la réussite et l'originalité de ce premier tome. Partant de cette situation, l'auteur nous plonge au début de la société de consommation aux Etats Unis. Attention ce n'est pas une dénonciation de plus de notre société de consommation, c'est plutôt un regard nostalgique sur cette époque avec des produits datés et des techniques de commercialisation toujours d'actualité. Le dessin fait partie de la réussite de cette bd, un graphisme particulier qui rappelle les comics avec des publicités (à lire absolument) entre chaque chapitre. Et maintenant place au deuxième acte, je l'espère aussi dynamique et surprenant car l'auteur a placé la barre très haut. Acte 2 Nous sommes dans la continuité du premier acte, le rythme ne change pas. Notre héros est toujours au cœur d'une vendetta qui le dépasse, l'acte 2 nous donne des réponses sur l'histoire de Ramirez qui nous éclaire sur l'origine de cette vendetta. Les coupures publicitaires sont toujours drôles avec des clins d'œil toujours pertinents sur notre société de consommation. Le dessin reste au même niveau, un vrai plaisir visuel. Un style propre à cette série qui correspond à l'époque et au lieu. Vivement l'acte 3

06/11/2020 (modifier)
Par Ro
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Baron (Masbou)
Le Baron (Masbou)

Jean-Luc Masbou, c'est bien sûr le formidable dessinateur de l'excellente série De Cape et de Crocs. Et si on pense aux incroyables aventures du Baron de Münchhausen, quelle meilleure affiliation que cette dernière ? Elles partagent en effet la même âme, la même fantaisie et le même goût pour les récits truculents, imaginaires, exotiques et colorés. Le Baron de Münchhausen est un personnage qui a véritablement existé. Petit artistocrate allemand du 18e siècle ayant servi comme capitaine mercenaire auprès de différentes cours Européennes, il s'est fait connaître par son sens du récit fantasque et de l'affabulation au point qu'un écrivain, Rudolf Erich Raspe, a compilé ses histoires et les a publiées dans un livre qui rendra célère le personnage dans toute l'Europe. L'album de Masbou met en scène le moment où ce fameux livre, édité initialement en Angleterre avant d'être traduit en Allemand, arrive dans le village du Baron et est découvert par ses habitants et par le Baron lui-même à leur grande surprise mais aussi avec un certain plaisir. Et c'est l'occasion pour notre fameux conteur de nous narrer une fois de plus avec la verve qui a fait sa renommée un florilège de ses plus amusantes histoires parfaitement véridiques, nul ne saurait en douter ! C'est un formidable album que nous offre là Jean-Luc Masbou ! Tout d'abord, il y a son dessin qui fait sa force. C'est pour le style qu'il a utilisé dans De Cape et de Crocs que je le préfère, avec son trait guilleret, et ses couleurs enchanteresses. Et c'est bien ce style là, toujours aussi beau et toujours aussi travaillé, qu'il utilise pour le récit principal de cet album. Outre des personnages très attachants, cela donne notamment quelques scènes de campagne allemande parfaitement magnifiques. Mais il alterne également de nombreux autres styles graphiques pour chacun des différents flash-back et autres contes qui ponctuent l'ouvrage. Et ils sont tous admirables et impressionnants de maîtrise. Puis il y a l'intrigue elle-même. Sur la forme, elle est essentiellement un prétexte à permettre au fameux Baron de nous raconter ses histoires les unes après les autres. Ce sont des contes épiques excentriques, parfaitement dans l'esprit de ceux du film que Terry Gilliam lui a dédié, emplis de fantaisie et aussi d'une grande part d'humour. Leur diversité et leur gaieté est exaltante. C'est un vrai bonheur qui amène le sourire en permanence. Mais sur le fond, le véritable thème de cet album est de louer la capacité des raconteurs d'histoires eux-mêmes, de ces saltimbanques qui préfèrent faire rire et rêver les gens au détriment de leur gloire personnelle ou de leurs ambitions dans la société. C'est une ode aux poètes et aux rêveurs, à ceux qui vivent dans la Lune ou qui en reviennent pour nous narrer les beautés qu'ils y ont vues. Et la toute dernière page de l'album m'a particulièrement touché à ce propos. Bravo l'auteur !

30/10/2020 (modifier)
Par Madrina
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série En Falsh
En Falsh

Bordel !!!! Ca ne serait que mon seul avis en vrai mais je ne vais pas m’en contenter. Ayant vécu en cité, je n’ai que trop connu cet univers comme spectatrice. Tout sonne et résonne fidèlement. Qu’importe la ville, le quartier, on y retrouve forcément des caractéristiques de ce bout de territoire dans un territoire. Oz, merci d’avoir été si (trop?) proche d’une réalité sans tomber dans le pathos. J’ai souri, ri même, j’ai retrouvé mon adolescence. La caillera qui sommeille en moi s’est un peu réveillée grâce ou à cause de toi. Quant à l’illustration, je ne connaissais pas mais je m’y suis bien accommodée. Bravo en tout cas. A suivre...

27/10/2020 (modifier)
Par Gaendoul
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Marsupilami de Frank Pé et Zidrou - La Bête
Le Marsupilami de Frank Pé et Zidrou - La Bête

Bwouf...je viens de terminer La Bête et c'est excellent. Le dessin et surtout la mise en page sont très bien maîtrisés et parcourir les pages de cet album est un véritable plaisir. La scène d'introduction est parfaite, la cohérence de l'ensemble, le travail de présentation des personnages... du très beau boulot et on ne peut que se prendre d'affection pour Fran(z)çois, sa mère, Monsieur Boniface et autres seconds rôles. Le tout a un côté cinématographique très prononcé, notamment dans les angles de vue et le déroulement. Certaines planches retranscrivent à merveille les émotions des personnages sans avoir besoin de montrer leur visage ou de les faire parler... Bref, une très très bonne surprise et je recommande vivement la lecture de cet album riche en émotions.

24/10/2020 (modifier)
Couverture de la série Torpedo 1972
Torpedo 1972

Lorsque « Torpedo 1972 » a été posté, ma curiosité a été immédiatement piquée. Ma faiblesse a fait le reste en me conduisant chez mon libraire. Un an plus tard, je viens d’achever ma lecture et… QUELLE CLAQUE ! J’ai pris la torpille droit dans le citron ! L’album débute sur une introduction qui permet au lecteur profane, comme moi, de faire connaissance avec Lucas Torelli, dit Torpedo. On comprend ce qu’il était et ce qu’il est devenu, s’épargnant ainsi un prologue rébarbatif pour les connaisseurs et des planches inutiles. On entre donc directement dans le vif du sujet, c’est le moins que l’on puisse dire. Autant être clair, cette histoire n’est pas à mettre entre toutes les mains. Violence, langage fleuri et sexe explosent à chaque page. Torpedo, ancienne gloire du grand banditisme, a claqué sa fortune en vivant comme un roi. Ne lui reste plus que son passé, sa réputation, son expérience, son caractère de merde, son fidèle second, Rascal, quelques billets (encore que…), et une santé sur le déclin, conséquence probable d’une vie de bâton de chaise. Un journaliste peu scrupuleux et sa plantureuse blonde vont réveiller la bête en s’intéressant à la mort d’un mafieux, père des frères Caputo. « Torpedo 1972 » est un polar noir et violent, mais pas seulement. Plusieurs passages sont très drôles. C’est un peu comme si Tarantino avait fait équipe avec l’équipe du film « Red » tiré du comics éponyme, ou si Joe Pesci était devenu un sombre bad ass. Le tout est bien rythmé et tient le lecteur en haleine. L’équilibre entre la noirceur et l’humour est savamment dosé. S’ajoute à cela un petit twist final bien trouvé. Le dessin me rappelle énormément Far South, au point que je me suis demandé si le dessinateur était le même. C’est sombre, avec une touche flashy très 70’s, cohérente avec le New York de l’époque. Les couleurs, pouvant paraître un peu faciles de prime abord, se révèlent finalement judicieuses et soulignent idéalement le dessin et le scénario. Elles varient également au gré du récit. J'ai donc été conforté dans mon choix d’acquérir l’album en couleur. La mise en scène est très cinématographique, à juste titre. J’ai énormément apprécié les variations de découpages lors de certaines scènes, en particulier celle du viol qui reste pour moi le passage le plus réussi, le plus marquant et finalement celui qui résume le mieux cet album irrévérencieux, drôle et violent à la fois. Je pensais pouvoir apprécier « Torpedo 1972 ». Tel n’a pas été le cas… j’ai adoré ! J’avoue que je balance entre l’envie de lire une suite et le souhait que ce bel album reste unique et magnifique. Sans hésitation mon coup de cœur du moment !

23/10/2020 (modifier)
Par Franz
Note: 5/5
Couverture de la série Buddy Longway
Buddy Longway

Buddy Longway. Intégrale 1, Chinook pour la vie (5/5) Que de chemin parcouru avec ce bon vieux copain, Buddy Longway [Buddy se traduit par « pote » et Longway par la « route à faire »], depuis les premières planches de Chinook prépubliées dès le 3 avril 1973 dans le journal Tintin jusqu’à la réédition de l’intégrale de février 2010 ! A l’époque, Buddy a une vingtaine d’années. Le trappeur blanc que les Indiens appellent « Cheveux jaunes » a vécu sa vie de papier au Far West dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Buddy Longway a vieilli de manière atypique pour un personnage de bédé car rares sont les héros qui accusent un coup de vieux, mûrissent et finissent par mourir comme dans la vraie vie. Chinook (1974) Après le décès de son oncle Jérémie, Buddy Longway part pour sa première saison de trappeur. En approchant du fort où il pourra vendre ses fourrures et enfin se distraire, il découvre deux hommes en train de rudoyer une Indienne captive. Buddy s’en mêle et soustrait Chinook aux malfrats. A son grand désarroi, il découvre que la femme subtilisée à la brutalité des hommes est une squaw. Les deux trappeurs vont se venger en les surprenant à leur bivouac. Buddy est roué de coups, ses peaux sont volées mais Chinook est laissée sur place. Blessé dans son orgueil et lésé du produit de sa chasse, il abandonne Chinook et se lance à la poursuite des deux brutes. Ils les découvrent encerclés puis tués par les Crows. Buddy est capturé ainsi que Chinook, Indienne Sioux en bute à la vindicte des Crows. Soumis à l’épreuve de la flèche, Buddy s’extirpe du piège et recouvre sa liberté. Chinook le rejoint et ensemble ils se dirigent vers le campement Sioux là où s’est installée pour l’hiver la tribu de Chinook. L’hiver arrive et la montagne devient hostile. Perdant les vivres en route, Buddy affronte un bison avec son couteau de chasse mais il est encorné par l’animal blessé. [Note 5/5]. L’ennemi (1975) Buddy et Chinook sont mariés et partent à la recherche d’un endroit où s’installer qu’ils finissent par débusquer. D’abord paradisiaque, l’emplacement idéal se révèle hanté par un mystérieux prédateur. La corde servant au débardage est sciée. Dans l’enclos, les chevaux sont pris de panique. Finalement, Buddy découvre l’existence du carcajou, glouton particulièrement agressif mais l’ennemi n’est pas pour autant anéanti car un homme au regard halluciné rôde dans les parages. [Note 5/5] Trois hommes sont passés (1976) débute avec la naissance de Jérémie, fils métis de Chinook et de Buddy. Un louveteau est adopté par la famille Longway et devient l’ami d’enfance de Jérémie. Tout pourrait se passer au mieux si trois chercheurs d’or, Curly, Dallas et Thomas n’apparaissaient dans le paysage. La roue des saisons tourne et Petit Loup grandit puis s’émancipe de l’emprise humaine. A l’appel de ses congénères, le jeune loup mord Jérémie et part à la rencontre d’une bien belle louve à la saison des amours. Esseulé, Jérémie souffre de l’abandon de son compagnon. Pour parer au profond chagrin de l’enfant, Chinook propose à Buddy de voyager jusqu’au camp des Sioux. Jérémie pourra y découvrir sa famille et oublier sa solitude. Pari gagné mais de retour chez eux, les Longway découvrent les trois aventuriers ayant pris leurs aises dans leur maison. Réduits à l’état d’esclaves, Buddy et Chinook rongent leur frein. Dallas a des vues sur la belle Chinook et il n’est pas à un mauvais coup près. [Note 5/5] Seul (1977) narre l’errance de Buddy Longway blessé par une chute de pierre alors qu’il se rendait au fort afin d’y vendre ses fourrures. Mal en point, la jambe brisée, il parvient à ramper et à s’extirper progressivement du piège mortel de l’immobilisation dans un milieu hostile. Les vautours sentent pourtant leur proie vaciller. [Note 4/5] L’intégrale proposée par les éditions du Lombard tient toutes ses promesses en offrant, après une préface instructive rehaussée de dessins inédits, quatre albums de Buddy Longway aux couleurs pimpantes, à l’encrage soigné, sous une belle couverture cartonnée inédite. Pensée dans le détail et peaufinée pour la circonstance, l’anthologie de Derib est d’une rare cohérence. A mesure, le style de l’auteur évolue, perdant en fraîcheur ce qu’il gagne en densité. Les traits accusent davantage les visages. Les ombres noircissent les paysages. Les cadrages sont sans cesse inventifs. La saga qui se dessine n’est pas anodine. Elle va brasser une thématique toujours d’actualité, le rapport de l’homme à la nature, les problèmes liés au métissage, etc. Le lecteur peut retrouver la force motrice d’une œuvre en marche à travers les premières aventures du trappeur blanc. Pour peu que l’on se penche pour la première fois sur l’œuvre majeure de Derib, on peut se laisser emporter puis s’émouvoir sans lassitude ni mièvrerie. Buddy Longway. Intégrale 2, Kathleen et Jérémie (5/5) L’excellente intégrale Buddy Longway continue sur sa lancée comme un chariot avançant dans la prairie, guidé de main de maître dans les vastes paysages de l’Ouest américain par l’excellent dessinateur et scénariste Claude de Ribaupierre alias Derib. Le secret (1977) Deux Black Feet pourchassent sans répit un Indien métis, White Crow, acculé et contraint à se dissimuler dans une grotte providentielle. Autant Arbre Rouge est sagace et bien intentionné, autant Cheval Fougueux est impulsif et rancunier. Ce dernier cherche à se venger d’une humiliation perpétrée à son insu par White Crow. Le métis est tombé amoureux d’une jeune Indienne, Petit Buisson. Il cherche à la rencontrer et la surprend en pleine cérémonie de purification pendant laquelle elle ne doit être vue par quiconque. Elle est promise à Cheval Fougueux. White Crow n’a pas le loisir d’expliquer sa bévue. Il doit fuir ventre de cheval à terre s’il veut sauver sa peau. Jérémie, le jeune fils de Buddy Longway a découvert la cachette du fugitif. Il se lie d’amitié avec lui mais tait sa rencontre à ses parents. Les Black Feet rôdent dans le secteur et Arbre Rouge soupçonne Jérémie de les mener en bateau. L’affrontement est imminent. [Note 5/5]. L’orignal (1978) Kathleen est venue agrandir la famille Longway. Curieuse de tout, elle interroge son père sur les bois de l’élan américain appelé orignal qui ornent l’entrée de la maison. Buddy raconte à sa toute jeune fille sa partie de chasse à l’orignal menée avec son fils Jérémie. C’est la saison des amours et les élans s’affrontent durement pour saillir la femelle convoitée. Les mâles sont particulièrement belliqueux durant cette période et les Longway père et fils vont en faire les frais. Le grand mâle va déployer une ruse et une hardiesse hors du commun. Il fait chavirer la pirogue puis course à terre les deux chasseurs déconfits après qu’ils ont regagné péniblement le rivage. Jérémie est saisi de panique. [Note 5/5] L’hiver des chevaux (1978) Daim Rapide, frère de Chinook, vient avertir la famille Longway que leur père, Ours Debout, est en train de mourir et réclame sa fille à son chevet. Kathleen, trop jeune pour voyager en hiver, reste avec son père à la cabane. La séparation va durer plusieurs mois. Buddy part à la chasse avec sa fille mais son cheval, Fellow, est immobilisé dans une congère. Buddy décide de construire un igloo afin de résister au froid de la nuit. Au petit matin, Buddy se rend compte que son cheval a été libéré du piège de neige par d’autres chevaux sauvages. Il décide de retrouver sa monture mais le chef du troupeau, un appaloosa contraint Fellow à rester dans la horde. Buddy ne sait plus comment faire d’autant qu’un Mexicain rencontré en chemin a décidé d’éliminer tous les chevaux car son frère a été tué d’une ruade par le grand cheval tacheté. Fellow est maintenant dans le lot des condamnés et le Mexicain est obnubilé par son idée fixe, celle de venger son frère Ramon. [Note 5/5] L’eau de feu (1979) Les Black Feet attaquent la cabane des Longway alors que les relations étaient jusqu’à lors pacifiques. Une poignée d’Indiens, pour se procurer de l’alcool, n’hésitent pas à dépouiller les trappeurs des environs pour faire main basse sur les fourrures et rassasier les pourvoyeurs blancs sans scrupule et âpres au gain. [Note 4/5] Dans le vif du sujet, au cœur du style accompli de l’auteur, le lecteur découvre avec cette seconde intégrale la qualité d’un découpage éclaté, novateur pour l’époque mais d’une grande lisibilité et d’une réelle beauté, un dessin puissamment structuré par des aplats noirs et denses, un trait épais creusant les ombres, charpentant les visages et les paysages. Le racisme lié au métissage est abordé sans pesanteur mais avec acuité et sensibilité. On ne peut être que touché par la grâce de Jérémie, enfant, adolescent et jeune homme, né de l’amour d’un Blanc et d’une Indienne ainsi que par son entrée dans le monde adulte plein de bruit et de fureur. L’œuvre « déribienne » monte encore d’un cran avec L’hiver des chevaux basé sur le thème de la vengeance. Derib est à l’aise avec les chevaux. Il les connaît et les dessine avec fougue. La mort d’Ours Debout, père de Chinook, est émouvante mais aussi empreinte de sérénité. Le dessin inventif atteint une rare intensité quand le profil du vieux chef indien semble se confondre avec la neige tombant du ciel. Dans cette histoire, tout est beau, les sentiments profonds exprimés en demi-teinte, la montagne sous la neige violine, les cadrages, la mise en page superbe, l’économie du texte au profit d’un dessin emplissant toute la page sans rien étouffer, les couleurs chaudes des cuirs et des bois, le charisme de Kathleen parlant aux chevaux, etc. La dernière histoire du recueil faiblit un peu en intensité par rapport à l’ensemble mais elle reste agréable à lire et surprenante quand Kathleen arrive à faire comprendre à son père que le piégeage des animaux pourrait être remplacé par l’élevage et l’agriculture. Pour Buddy, une révolution intérieure est en marche. Buddy Longway. Intégrale 3, La folie des hommes. (5/5) Les pages liminaires du volume III de l’intégrale Buddy Longway mettent en avant les valeurs spirituelles de l’œuvre ne serait-ce parce que les Indiens sont représentés comme des êtres humains en symbiose avec la Terre-mère ou quand les personnages principaux, Buddy Longway et sa femme Chinook croient en l’amour. Premières chasses (1980) [Note 4/5] Kathleen, la toute jeune fille métisse de Buddy et de Chinook aimerait tant que son père dresse le poulain « Tout Noir » afin qu’elle puisse enfin le chevaucher. L’insistance de l’enfant énerve le père converti malgré lui en agriculteur qui se fâche. Mortifiée, Kathleen décide de s’enfuir au petit matin avec son poulain qu’elle maîtrise à peine. Une vilaine chute de cheval cloue l’enfant au sol et la laisse fiévreuse après que ses parents la recueillent sous la pluie battante. Au chevet de son lit, Buddy en est quitte pour raconter des histoires de chasse à sa fille convalescente. Il sera question d’une ourse sorcière, d’un puma à la patte atrophiée, d’un autre ours et d’une amitié à partager avec Loup-Noir, un chasseur indien expérimenté. Ce 9e tome de la série accorde très adroitement trois courts récits parus à des années d’intervalle (1972, 1979, 1980) avec un décalage graphique flagrant qui ne nuit pourtant en rien à la cohérence de l’ensemble (voir le côté « Yakari » ou « Go West » de l’épisode datant de 1972). On peut noter qu’il s’agit de la dernière aventure bon enfant, bien dans le ton de l’« hebdoptimiste » Tintin avant que le propos ne se durcisse par la suite même si déjà Hermann, en 1975 renâclait et ruait dans les brancards de Greg, scénariste entre autre de Comanche et de Bernard Prince. Le démon blanc (1981) [Note 5/5] A l’aube, Buddy découvre Fellow, son ancien cheval de route, mort de vieillesse. Le trappeur aussi a vieilli. Son fils Jérémie est devenu un homme sans qu’il ne s’en aperçoive vraiment. Sa femme Chinook l’envoie au fort dans le but de le changer de ses idées maussades mais la rencontre avec le lieutenant Ryan, raciste et belliqueux ne lui facilite pas la tâche. Entretemps, Jérémie découvre par hasard l’initiation d’un jeune Indien. Il décide de suivre les mêmes rites et commence à jeûner. Les privations entraînent des hallucinations et des visions. Un cheval chimérique semble se dessiner dans les nuages. Pour le fils de Buddy, il ne fait aucun doute qu’il devra affronter un cheval indompté mais il n’est pas le seul à s’intéresser à un troupeau d’appaloosas sauvages mené par un ombrageux mâle dominant bien proche de la vision de Jérémie. L’épisode du Démon blanc constitue un tournant dans l’œuvre de Derib, un rite de passage dans l’âpreté du monde. Le ton se durcit. Jérémie est confronté à sa double culture. Il découvre aussi l’injustice et le génocide du peuple indien. Buddy commence à accuser les ans et il est en butte au racisme du lieutenant Ryan. La tournure tragique des événements avec le massacre des Indiens pacifiques rend compte d’une réalité sordide et historique. Les ocres dominent l’épisode et lui confèrent une teinte chaleureuse démentie par la hargne de Ryan mais justifiée par l’amitié des hommes du fort ou encore l’amour et la concorde de la famille Longway. Même si le graphisme hiératique fige parfois les hommes et les animaux, la science du découpage et du cadrage ajoute du dynamisme à l’œuvre charpentée en train de se bâtir. L’auteur privilégie le dessin et le laisse parler bien plus que les textes réduits mais parfaitement lisibles. De pleines pages muettes mais éloquentes restituent toute la maestria de Derib. La vengeance (1982) [Note 5/5] La mise sous tension est immédiatement palpable dans le nouvel album de Derib. Katia, la petite-fille de César, a épousé Michaël. Elle vient de s’enfuir du fort avec Janet, son bébé de deux mois, à la recherche de son mari disparu. Michaël Cooper s’était fait chercheur d’or afin de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Le vieux César vient demander l’aide de Buddy afin de retrouver ses proches évanouis dans la nature. Le cauchemar de Chinook était donc prémonitoire. Buddy va quitter sa famille pendant longtemps. Le trappeur et César remontent les pistes et découvrent rapidement Katia avec Janet, réfugiés dans la baraque de Slim le borgne. Quitté par César, rejoint par Jérémie, Buddy continue de chercher Michaël. Avec son fils, ils se dirigent sur la nouvelle bourgade de Bear Town que les prospecteurs miniers enrichissent. Fort heureusement, au Nugget’s Hotel, Buddy et Jérémie croisent une ancienne connaissance, Curly, propriétaire de l’établissement et prompt à les aider. Buddy va avoir à jouer une partie serrée avec la famille Mac Kenzie dont le père sermonneur cache un esprit retors et assassin. L’épisode renoue les fils du passé. Slim et Curly, personnages secondaires mais attachants reviennent sur le devant de la scène. Leurs actes courageux sont décisifs et salutaires. L’enquête menée par Buddy est dénouée par le flair d’un cheval, Darky que Michaël avait dressé puis offert à Buddy en remplacement de Fellow. La séparation du couple Longway est amorcée et va se poursuivre dans l’aventure suivante. Capitaine Ryan (1983). [Note 5/5] En route vers le fort, Buddy croise le capitaine Ryan, monté en grade et sur ses grands chevaux. Sa haine des Indiens a provoqué la fuite de Chinook et de Kathleen du fort. Révulsé par les propos fielleux de Ryan, Buddy le frappe au visage et déclenche la vindicte du capitaine. Poursuivi par les soldats, Buddy Longway doit se cacher. Sa mise au ban de la société est encore aggravée par son expropriation. Sa maison est maintenant occupée par une nouvelle famille de fermiers. Une attaque indienne meurtrière finit de réduire en cendre sa ferme. Accueilli par une tribu crow, Buddy suit les traces de sa femme et de sa fille qui ont précédemment séjourné dans le campement. Au petit matin, les soldats menés par le capitaine Ryan chargent le village dans le but de massacrer tous les habitants mais Buddy, sur le départ, surprend l’attaque scélérate et donne l’alerte. Troisième intégrale (sur cinq) d’une œuvre solide, conçue en deux temps (1972-1987 et 2002-2006). La reprise en intégrale d’albums parus séparément n’est pas redondante. Bien au contraire, elle a été pensée par son auteur pour structurer la saga de Buddy Longway. Chaque intégrale possède un titre propre significatif et la trentaine de pages supplémentaires dotées d’une belle iconographie éclairent et enrichissent l’ensemble. On peut juste regretter que les belles couvertures originelles ne soient reproduites qu’en trop petit format mais ce n’est que vétille et chipotage. Dans l’œuvre de Derib, les personnages vieillissent et s’étoffent, gagnant en densité contre la froidure de l’existence. Rien ne sera épargné aux pionniers de l’Ouest alors que les lois ne protègent pas encore les hommes et que la nature américaine est omniprésente et non domestiquée. Derib a le rare privilège d’avoir bâti son grand œuvre dessiné à travers cette fresque humaniste à la charnière de deux mondes, entre la civilisation en marche et la nature en recul au diapason d’une frontière flottante ressentie au cœur des enfants métissés de Buddy et de Chinook. Les hommes y donnent libre cours à leurs instincts mais ils savent aimer ou détester avec fougue, n’ayant pas encore établi de « contrat social » qui pourrait reléguer leur liberté au profit de la sécurité et de la paix. Il n’y a donc rien de frelaté dans les histoires superbement contées par l’artiste helvète. Même si le graphisme semble un peu rigide, tout amidonné par les larges aplats noirs et des cernes épais, l’expression des visages, la représentation de la nature, animaux et paysages en symbiose (Derib excelle à dessiner les chevaux qu’il connaît de l’intérieur) relativisent largement un graphisme manquant de souplesse et de délié. Derib est étonnant et imposant dans ses cadrages éclatés, inventifs, expressifs, en phase avec l’histoire et les sentiments véhiculés. Enfin, la mise en couleur est royale, baignant dans les ocres, les jaunes et les rouges que les bleus des glaces et des ciels rehaussent en touches discrètes. Buddy Longway. Intégrale 4, Loin des siens. (5/5) Le couple métissé Buddy Longway et Chinook traduit un idéal d’entente et d’harmonie où la virilité de l’homme n’estompe pas la féminité de Chinook. Buddy écoute, entend et respecte sa famille. Il saura se remettre en question et s’adapter à de nouvelles situations en passant notamment du statut de chasseur à celui d’agriculteur. La 4e intégrale du grand œuvre de Derib narre l’errance de Longway à travers l’Ouest américain. Buddy cherche à rejoindre sa femme et sa fille recueillies par leur tribu sioux d’attache, elle-même nomade. Autant dire que le cheminement de Buddy Longway est incertain tant les rares jalons fluctuent au gré des rencontres et des ouï-dire. Le vent sauvage (1984) [Note 4/5] Le Chinook, comparable au foehn, est un vent typique des Rocheuses, en Amérique. Il s’est levé alors que Buddy est toujours sur la piste de sa femme Chinook et sa fille Kathleen. Pris dans la tourmente, Buddy traverse la « Forêt des grands hommes » qui est un lieu hanté selon les croyances indiennes. Après que le Chinook se soit calmé, le trappeur découvre un couple d’émigrants hongrois, Gregor et Mariska Komonczy immobilisés près de leur chariot renversé. Les chevaux ont été effrayés et Gregor pense avoir vu passer une ombre géante. Buddy propose son aide pour réparer le chariot et conduire le couple en lieu sûr. Soulagé, Gregor décide de jouer du violon pour couronner l’événement. Un cheval de l’attelage étant mort, l’apparition d’une mule semble providentielle. Chemin faisant, le convoi croise une groupe d’Indiens Crees. Croyant que tous les Indiens sont des pillards, Gregor empoigne son fusil mais Buddy lui demande de jouer du violon pour les hommes rouges. Saisis et émerveillés par la musique de Brahms, les Crees les autorisent à traverser leur territoire. Interloqué par les idées préconçues du couple, Buddy décide, au campement, de raconter l’histoire de sa femme Chinook. Le 13e tome de la série ouvrant le recueil et relatant le passé de Chinook s’inscrit dans une belle symétrie avec l’émouvant 16e album éclairant le passé de Buddy et clôturant la quatrième intégrale intitulée justement « Loin des siens ». Même si la première histoire avance placidement en dépit de la tourmente qui agite la nature et remue les hommes, l’apparition altière des Crees médusés par la musique, seule capable de calmer les géants de la forêt, est marquante. La robe noire (1985) [Note 4/5] Des pluies diluviennes s’abattent sur le convoi mené par Buddy. Mariska accouche avec l’aide du trappeur. Un bébé naît avec comme lieu géographique les grands espaces de l’Ouest. Tout pourrait s’adoucir dans le vaste monde mais Mariska est enlevé par Loup Noir désireux d’en faire sa femme. Pour Gregor et Buddy, la partie à jouer va être délicate. Le ton se durcit dans cet album. Les hommes se cherchent et se découvrent. Les Komonczy apprennent des Indiens à travers les récits et les comportements de Buddy Longway mais les comportements outranciers et irrespectueux des Blancs, colons, chasseurs ou soldats entraînent des réactions en chaîne où les innocents trinquent. Apprendre à se connaître et à communiquer pourrait constituer un bel élan vers la concorde mais les convoitises attisent toutes les bêtises. La réaction du chef de la tribu Crees est remarquable alors qu’il accepte une montre en échange du violon que Gregor lui a offert précédemment : « Les heures n’appartiennent à personne… Ton cadeau ne sert à rien mais il fait un joli bruit… Loup Noir te remercie ». Hooka-hey (1986) [Note 5/5] Toujours en quête de sa famille, Buddy Longway atteint enfin le territoire des Sioux où sa femme et sa fille auraient pu trouver refuge mais il lui faut vite déchanter malgré la rencontre magique de Petit-Loup, le louveteau jadis apprivoisé par son fils Jérémie et devenu un vieux mâle car Tonnerre du Matin et ses guerriers sont en guerre face à l’installation des colons sur leurs terres. Capturé, Buddy rejoint le jeune sergent Robert Hoffman du 3e de cavalerie. Destinés au poteau d’exécution, les deux hommes fraternisent dans l’angoisse du lendemain. Les aventures de Buddy Longway vont crescendo. A mesure que le héros vieillit, les drames s’empilent à l’exemple des guerres indiennes qui le bouleversent, partagé qu’il est entre sa culture européenne et son intimité avec les Indiens. Derib n’esquive plus et entre dans le vif du sujet à travers les massacres, les spoliations, la haine xénophobe vis-à-vis des Indiens mais aussi la noblesse des hommes, leur courage, leur amitié et la splendeur de la nature dont Petit-Loup fait partie intégrante. De superbes dessins qu’une mise en page éclatée sublime ponctuent un récit prenant de bout en bout. L’auteur est alors probablement au sommet de son art alors même qu’il domine parfaitement son sujet. Le dernier rendez-vous (1987) [Note 5/5] Nuage-Gris, Sioux ami de Jérémie, fils de Buddy, est au plus mal car la blessure reçue lors de l’affrontement avec les soldats ne fait qu’empirer. Une vieille Indienne, Sagesse-Folle apparaît comme par enchantement dans un paysage de neige. Elle semblait attendre Buddy Longway depuis des lustres. Qui est-elle ? Elle emmène les deux hommes au camp indien, soigne Nuage-Gris et dévoile un pan de son passé. Jeune, elle s’appelait Petite Lune. Elle a connu et aimé le père de Buddy, Harold Tête-Rouge mais le récit qu’elle délivre à Buddy est tragique. Ce 16e album aurait pu clore la série car il en constitue une pierre angulaire en restituant le passé du père de Buddy et en réunissant une partie de la famille Longway. D’ailleurs Derib a laissé ses personnages en latence durant quinze ans avant de reprendre le flambeau de ses pinceaux et de poursuivre l’aventure de Buddy et des siens. Les enchâssements d’histoire dans l’histoire, Buddy est le principal narrateur mais Sagesse-Folle le relaie et passe le relai à Harold Tête-Rouge sont superbement restitués graphiquement avec des dessins en grisaille hachurés et sans aplat. L’histoire est particulièrement émouvante. Le lecteur peut seulement noter une incohérence temporelle, Sagesse-Folle semble bien âgée. Si elle avait quinze ans lorsqu’elle a rencontré Harold, Buddy en avait quatre à l’époque. Si Buddy Longway est âgé d’une quarantaine d’années aujourd’hui, Sagesse-Folle devrait en avoir une dizaine de plus que lui, soit une cinquantaine d’années. Elle semble en avoir quatre-vingt-dix. Quatrième intégrale (sur cinq) d’une œuvre cohérente qui a nécessité trente-deux ans (1974-2006) de la part de son créateur Derib, les paysages somptueux de l’Ouest américain, la profonde humanité des personnages, la connaissance approfondie des mœurs et coutumes indiens concourent à faire de cette saga une référence dans le monde du 9e art en général et dans celui du western en particulier.

22/10/2020 (modifier)
Par sloane
Note: 5/5
Couverture de la série Tanka
Tanka

Tadam! Je crois bien que c'est le 90000ème avis ! Fabuleux Sergio Toppi qui avec quelques traits de plumes arrive à prendre le lecteur pour l'emmener faire un voyage d'où il ressort avec des images dans la tête, mais également un sentiment de plénitude comme c'est le cas ici. Ayant découvert l’œuvre de Toppi tardivement c'est à ce jour l'album que je préfère de lui. Il en émane une sorte de sérénité, j'en veux pour preuve la première histoire où cette princesse déchue décide de ne plus ouvrir les yeux, peut-être pour ne pas voir sa déchéance. Que dire également de la dernière histoire, "Ogari 1650" qui ferme la boucle de manière magistrale avec ce retour aux temps modernes, la poésie est morte, la violence reste. Cette dernière planche et son texte resteront longtemps dans mon esprit. Amoureux d'un Japon médiéval parfois idéalisé, mais c'est aussi la marque des poètes, ce magnifique album est pour vous, les autres découvriront un auteur essentiel mais finalement un peu méconnu.

21/10/2020 (modifier)