Les derniers avis (7654 avis)

Par Josq
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Comanche
Comanche

Les conseils de l'ami Agecanonix et mon goût immodéré pour Greg, un de mes auteurs de bande dessinée préférés, ne pouvaient pas me faire passer plus longtemps à côté d'une de ses séries phares, que j'ai pourtant ignorée jusqu'à il y 2 ou 3 ans. Et indéniablement, on est là sur du très, très gros calibre... J'ai un rapport un peu ambivalent au western : étonnamment, ce n'est jamais (ou rarement) un genre dans lequel j'ai spontanément envie de me plonger, alors même que je reconnais sans aucun problème qu'il a donné des films et des bandes dessinées parmi les meilleurs de l'histoire de leur art. J'ai d'ailleurs grandi avec les John Ford et les Henry Hathaway, que mon père aime tant, puis j'ai découvert plus tard les Sergio Leone, qui a imposé un style radicalement novateur et grandiose. D'ailleurs, mon film de divertissement préféré, le trop mal-aimé Lone Ranger est un formidable hommage à tout cet héritage, particulièrement l'extraordinaire Il était une fois dans l'Ouest. Bref, donc j'ai commencé Comanche comme tout western : un peu à reculons, tout en espérant trouver une grande richesse narrative et humaine dans le récit. Et indéniablement, Greg a dépassé toutes mes attentes ! Le coup de cœur a été presque immédiat. Dès le premier tome, on atteint une forme de perfection presque absolue, tant l'alchimie entre le dessin d'Hermann et le scénario de Greg est totale ! L'auteur renoue avec le plus pur style leonien, et se l'approprie avec un génie impressionnant. J'ai rarement lu une saga où les personnages étaient aussi bien développés. Comme dans le meilleur des westerns, le recours à cette époque et à ce lieu n'est pas gratuit, il permet de nous livrer une impressionnante étude de caractères, au croisement de deux mondes, un ancien qui prend fin et un nouveau qui peine à débuter. Cette charnière dans l'histoire des Etats-Unis et finalement, de l'Humanité, Greg l'illustre à merveille, et c'est ce qui fait de Comanche un vrai chef-d'œuvre à mes yeux. On voit sous nos yeux un monde mourir au profit d'un autre, qui tente d'être meilleur sans parvenir à tracer la voie qui correspond à ses idéaux. Au service de cette représentation saisissante d'un monde et d'une époque, les personnages sont des prodiges de nuance et de subtilité. Je ne saurais dire quel est mon personnage préféré, tant chacun est attachant et complexe. Et pourtant, ce qui me fait apprécier la saga encore plus, on ne sombre jamais dans le relativisme visant à supprimer toute notion de "méchant" et de "gentil". Certes, chaque personnage porte sa part d'ombre, mais on peut tout de même trouver nos repères, entre des "bons" et des "mauvais", sans que ces repères soient jamais caricaturaux. Beaucoup d'artistes (auteurs comme scénaristes de film) devraient en prendre de la graine, aujourd'hui... Enfin, comme dit ci-dessus, le dessin d'Hermann est vraiment excellent. Si je préfère le style des premiers tomes à celui, un peu plus lisse, qu'il développe à partir du tome 6, il trouve en tous cas le parfait équilibre graphique pour représenter à sa juste valeur le Far West. C'est sale, mais jamais trop, c'est réaliste mais juste assez stylisé pour garder la distance nécessaire à une bande dessinée, c'est à la fois noir et envoûtant. Non, vraiment, c'est quasiment parfait, j'adore toujours ouvrir un tome de Comanche pour replonger, ne serait-ce que quelques minutes, dans cet univers âpre et lumineux à la fois, où le pire et le meilleur de l'humanité cohabitent parfois de la manière la plus étonnante qui soit. C'est une vraie odyssée, grandiose et intime à la fois, qui réconcilie tous les extrêmes pour créer une des formes les plus parfaites de bande dessinée qui soit. Si je devais expliquer à un néophyte comment on peut atteindre une véritable forme de pureté dans l'art, je lui mettrais un tome de Comanche entre les mains. Ce serait plus éloquent que n'importe lequel des discours.

10/03/2021 (modifier)
Couverture de la série Bluebells wood
Bluebells wood

Envouté le rythme de l'histoire, le sublime des planches, l'ambiance. Que dire de plus ? Pour avoir lu pas mal de bd de Guillaume Sorrel, j'ai le sentiment qu'avec Bluebells wood le point d'équilibre entre tous ses talents est trouvé. Le dessin, la colorisation, l'atmosphère, l'histoire et son découpage, l'onirisme, aucun de ces éléments ne prend le pas sur un autre, ils se complètent dans un dosage parfait. Vivement recommandé.

09/03/2021 (modifier)
Par Ingrid
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Extases
Extases

J'ai vraiment adoré cette BD, et tout le monde à la maison, surtout les femmes, l'ont trouvé génial. Très courageux de la part de l'auteur de nous livrer son intimité avec détails et sans pudeur. Une façon de découvrir l'intimité masculine sans tabous ni gêne !

06/03/2021 (modifier)
Couverture de la série Zaroff
Zaroff

Je crois n'avoir jamais mis de 5 étoiles à une Bd récente, mais voila c'est fait, je n'ai pu résister à cet album qui m'a en plus replongé dans des souvenirs de jeunesse exaltants ; j'ai en effet vu très jeune, alors que j'étais ado ou pré-ado le film de Shoedsack et Pichel au ciné-club de la 2 que présentait Claude-Jean Philippe à la fin d'Apostrophes chez Pivot, c'est vous dire si ça remonte. Mais le souvenir est tellement vivace, ce film m'a tellement marqué, c'est un chef-d'oeuvre du cinéma fantastique, et je me souviens que dans la semaine qui suivit je voyais aussi le Frankenstein de James Whale et le King Kong de 1933 car le ciné-club consacrait un cycle au ciné fantastique des années 30. D'un coup, je faisais mon éducation ciné avec 3 énormes classiques. Les Chasses du comte Zaroff (the Most dangerous game) a été tourné en 1932 par la même équipe que King Kong ; on y retrouvait Shoedsack à la réalisation avec Merian C. Cooper, puis la même actrice Fay Wray, et la musique était signée aussi par le légendaire Max Steiner ; les décors utilisaient le même plateau, avec des décors de jungle issus de Skull Island, les scènes de King Kong étaient tournées le jour par Cooper, et la nuit Shoedsack prenait le relais et tournait celles du Comte Zaroff qui visiblement était une petite production de la RKO devant servir de test au prestigieux projet mené par Shoedsack et Cooper : King Kong. Mais ce soi-disant petit film possédait d'indéniables qualités artistiques et techniques où la traque, la forteresse vaguement gothique, les marécages brumeux, la forêt dense constituaient une atmosphère hostile et angoissante, et qui faisait de Zaroff un aristocrate raffiné et cruel tout à fait fascinant. D'où le fait que ce film a fait date et qu'il a inspiré plusieurs remakes ; j'en citerai 2 qui présentent des qualités intéressantes : la Chasse sanglante en 1974 qui revisitait le mythe de façon plus bestiale et beaucoup plus violente, et la même année, la Comtesse perverse, un film espagnol de Jess Franco, le maître de l'érotisme et de l'horrifique bis, où sa comtesse chassait nue des vierges sur son île, un film qui je me souviens, avait émoustillé ma libido de très jeune adulte au début des années 80. On peut y ajouter Chasse à l'homme, remake moderne et premier film américain de John Woo qui lançait le cogneur belge Jean-Claude Van Damme chassé par d'horribles riches oisifs en Louisiane. Après ce cours d'histoire cinématographique, parlons de la Bd de Runberg et Miville-Deschênes, un album qui m'a entièrement ravi et où j'ai retrouvé plein de sensations. En fait, c'est une extrapolation d'un film mythique, lui-même adapté fidèlement d'une nouvelle, puisque Runberg imagine ce qui se passe après le film, c'est donc un prolongement librement interprété ; les auteurs résument le film dans les premières pages en une sorte de noir & blanc, qui permettent de comprendre la chronologie des événements précédents. Ce qui fait la force de ce scénario, c'est bien évidemment le dessin de Miville-Deschênes que j'avais déjà tellement admiré sur Reconquêtes, précedente Bd d'antic-fantasy du duo Runberg-MD. Ce dessin est toujours aussi somptueux et saisissant, MD crée un background hyper consistant qui donne une force incroyable à ce récit, à tel point que ça en devient presque immersif. Le décor de cette île maléfique constitué d'une jungle luxuriante, d'affrontements, et d'animaux sauvages (déjà MD se régalait avec ses bêtes monstrueuses dans Reconquêtes), tout ceci forme un univers extraordinaire et fantasmé. Certaines images renvoient à l'imaginaire des romans d'aventure du XIXème siècle, c'est proprement fabuleux. Au final, ce récit qui revisite le film avec 2 groupes de chasseurs qui se chassent mutuellement, et tout aussi psychopathes l'un que l'autre, est non seulement haletant, mais surtout parfaitement construit et bien conduit, quelle idée formidable de réinventer cette trame et de n'avoir pas cherché simplement à faire une banale adaptation du film, l'ambiance est parfaitement recréée, ça sera sans doute moins probant pour ceux qui n'ont pas vu le film évidemment, je pense qu'ils perdent beaucoup, mais je peux vous assurer que pour un gars comme moi qui a baigné dans cette atmosphère très jeune qui plus est, je suis tombé à la renverse devant tant d'excellence. Un album sensationnel à lire absolument !

04/03/2021 (modifier)
Par sonia
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Une vie toute tracée
Une vie toute tracée

J'ai été attirée par cet ouvrage en ayant lu une super critique dans la magazine DBD et je n'ai pas été déçue ! C'est le genre de livre qu'on garde dans sa bibliothèque pour donner une part de soi même à lire aux autres, peut être pour se rappeler aussi qui on est, ce qui nous définit... Il parait que notre bibliothèque en dit beaucoup sur nous. Le personnage de Jean, dans la BD, va emmener les livres de son père, les garder avec lui et découvrir les passages surlignés par son père disparu. Jean est étonnant, touchant, sensible et renfermé.. c'est un véritable loser mais il arrive à faire quelque chose de sa lose. Peut être que vous allez détester cette histoire si vous êtes vous même un loser et que vous n'en faites rien. Jean, lui, a le courage de suivre à l'étranger sa copine qui travaille pour une ONG. Je n'ai pas lu les précédent livres de l'auteur mais j'ai vu que dans Un Faux boulot il allait s'occuper de personnes ayant un handicap. Voilà, on y est... faire quelque chose de sa lose et ne pas garder toute sa colère au fond de soi... Un livre qui devrait être remboursé par la sécu !

02/03/2021 (modifier)
Par Yann135
Note: 5/5
Couverture de la série Edika
Edika

Il faudrait que je regarde attentivement, mais je crois que j’ai presque tous les albums d’Edika. Oui j’adore cet humour extravagant avec une bonne dose de scatologie et de femmes à gros nichons. Cela ne vole pas très haut je vous le concède mais cela me fait rire et c’est bien là l’essentiel. Pour le scénario, il faudra passer votre tour. On a l’impression qu’Edika improvise case après case. Et quelque fois il n’y a même pas de chute. Les gags sont truculents, absurdes, vulgaires quelques fois, mais surtout drôles le plus souvent. Plus c’est gros, plus c’est bon ! J’idolâtre (oui oui c’est bien ça) particulièrement Bronsky Proko et sa femme Olga à la libido débordante et débridée, sans oublier le chat Clark Gaybeul et son slip grand barque ! Côté graphisme c’est simple et en noir et blanc. C’est séduisant. Cela me plaît. Et si vous rajoutez des dialogues sans queue ni tête complétement déjantés, vous comprendrez aisément que cela ne va pas remonter votre niveau intellectuel, mais cela va vous détendre. Les vrais amateurs de BD se doivent d’avoir lu au moins une fois dans leur vie les aventures d’Edika. C’est culte. C’est drôlissime. A lire ou à relire sans modération. Cela ne fera pas de vous un lecteur pervers et obsédé !

01/03/2021 (modifier)
Couverture de la série L'Appel de Madame la Baronne
L'Appel de Madame la Baronne

Je tenais à donner mon avis car je constate, avec regret, que personne ne semble avoir beaucoup apprécié cet ouvrage. Il représente à mes yeux un petit chef d'œuvre de la BD belge, que je classerais au même titre que L'Ombre du Corbeau de Comès ou, dans un toute autre registre, "L'Enfant Penchée" de Schuiten. Je ne connaissais pas bien Julos Beaucarne au moment de découvrir l'œuvre (et je ne le connais pas d'avantage aujourd'hui) mais je n'ai pas eu de mal à me faire happée par l'histoire - que j'ai d'ailleurs relue plusieurs fois. Je ne me risquerais pas à une interprétation exhaustive, parce que je pense que l'art ne doit pas être toujours intellectualisé, mais je n'ai pu m'empêcher de voir de nombreuses métaphores, parfois cyniques, caustiques ou ironiques, à l'égard du monde contemporain. Tout d'abord, on remarque rapidement que seul le personnage principal vit encore en chair et en os. Les autres ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes : bustes de statues animées, personnages masqués, marionnettes de bois et de ficelles, les êtres qui gravitent autour du protagoniste sont tous, d'une certaine manière, en quête d'une humanité perdue. Il en va de même pour la bêbête, une créature un peu niaise, qui court éperdument après le dernier des hommes pour le dévorer vivant (et retrouver, ainsi, un peu de son humanité ?) Cette bêbête, d'ailleurs, est prise peu à peu en affection. Loin d'y voir la décadence de l'espèce humaine, le lecteur y reconnaît plutôt le double du dernier survivant. La bêbête représente ce que le héros pourrait devenir à tout instant du récit, s'il venait à oublier qui il est ; s'il venait à se perdre dans les 'fables', les "croyances", les "récits absurdes" qui circulent autour de lui. Ces fables sont nombreuses : elles concernent les canons esthétiques, l'existence du soleil, ou encore, l'amour. Le héros lui-même court après un amour perdu, mais son parcourt, loin d'une quête chevaleresque, ressemble à une éternelle transgression. Plutôt que de répondre aux énigmes qui lui sont adressées, il préfère lancer des calembours, s'esquiver, user de ruse ! Il s'aventure peu à peu dans une grotte qui n'est pas sans rappeler la caverne de Platon, avant de s'élever, au moyen d'un vélo solaire, vers le ciel nuageux. Là-haut, près de l'astre éternel, il retrouve ses semblables. Je donne le mot de la fin à Julos Beaucarne : "Croyez en l'extase des nuages qui traversent les grands horizons, au petit vent du soir, au cœur de l'été chaud."

28/02/2021 (modifier)
Par Gaendoul
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Salammbô
Salammbô

Magistral, épique, psychédélique et rock'n'roll... Cette adaptation incroyable est un des chefs d'oeuvre de Druillet dont le style controversé est pour certains incompréhensible et inabordable mais que j'adore. Le trait est dynamique, la mise en page dinguesque (ouais, j'invente), et ça ne fait que renforcer le récit qui est déjà très bon au départ. Si ce dernier passe malgré tout au second plan, l'ensemble est vraiment hallucinant et sans doute l'expérience la plus proche que l'on puisse faire d'un mélange de drogues psychotropes puissantes sans craindre pour sa vie. Ce côté "Métal Hurlant" et rebelle des années 80 n'est pour moi pas du tout daté mais au contraire, intemporel... quelque chose qui peut vous sortir de votre quotidien parfois morne et gris et exploser en un fourmillement de couleurs et de cadrages psychédingos vus absolument nulle part ailleurs. Bref, un ovni certes, mais sans doute le plus bel ovni (objet visuellement novateur intemporel) que j'aie lu.

25/02/2021 (modifier)
Couverture de la série Batman - Année Un (Year One)
Batman - Année Un (Year One)

Gros coup de cœur. Batman Année Un, c’est LE comics pour débuter cet Ordre de Lecture DC, c’est LE comics pour commencer Batman dans l’âge moderne, c’est LE comics à découvrir ou à redécouvrir de DC… bref c’est LE comics de référence. ---> Lire la suite sur le blog lecture DC INTRIGUES : 5/5 DESSINS : 5/5 PERSONNAGES : 5/5 LES PLUS La narration dynamique Gordon / Batman Le développement de la vie privée des personnages principaux Une patte artistique intemporelle, surtout pour une œuvre de 1988 LES MOINS Que la Catwoman présentée ne soit pas celle qui soit « canonisée », mais ce n’est pas un gros problème

25/02/2021 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 5/5
Couverture de la série Murena
Murena

Chapitre 11 : Lemuria La qualité narrative de ce 11e chapitre est toujours là, avec son lot d’intrigues de palais, mais hormis l’apparition d’un personnage marquant, celui du L’Hydre, une femme esclave et gladiateur qui semble avoir des secrets à révéler à Néron, et fera tout pour l’approcher, cet opus n’apporte guère de surprises. Les jeux sexuels si bien décrits tout au long de la série, avec juste ce qu’il faut d’élégance, se poursuivent dans une tonalité légèrement racoleuse mais pas du tout désagréable – et l’on sait qu’à cette époque, le libertinage était monnaie courante dans les classes aisées. Cette fois, le beau Lucius (Murena) va se retrouver pris dans les griffes d’un personnage fictif, tout comme lui (la série mêle personnalités historiques et inventées). Il s’agit de Lemuria, libertine riche et oisive que l’on avait découverte à la fin du tome précédent, et qui a fait de Murena son objet sexuel en le droguant. Certains verront sans doute dans cette liaison lorgnant vers le SM un argument d’achat, mais si l’on s’en tient au scénario, on est bien obligé de constater un certain reflux. Néanmoins, on ne saurait en vouloir aux auteurs. On peut également en déduire que ce n’est que le calme avant la tempête, puisque l’on va assister ici à la naissance d’un complot visant à assassiner Néron, la fameuse conjuration de Pison. Chapitre 10 : Le banquet Si l’on en croit la préface de Jean Dufaux, il s’en est fallu de peu pour que la série s’arrête après le neuvième volet (premier épisode du troisième cycle), suite à la mort de son dessinateur, le talentueux Philippe Delaby. Quatre ans après, trouver quelqu’un à la hauteur de la tâche ne s’avérait pas une mince affaire, mais l’Italien Theo, très apprécié par Delaby, semble avoir relevé le défi de façon très naturelle. Son trait possède les mêmes attributs, faits à la fois de puissance et de finesse. C’est à peine si l’on peut déceler un moins grand raffinement dans les détails, mais il faut avoir l’œil bien exercé pour cela. Il faut souligner qu’à la base, l’ambitieux projet prévoyait quatre cycles, et la disparition de Philippe Delaby compromettait gravement sa poursuite. Aujourd’hui, « Murena », comme Rome après le Grand incendie décrit dans le volume précédent, semble ne pas vouloir sombrer dans l’oubli, comme dépassé par sa force intrinsèque qui lui est, sait-on jamais, octroyée par l’aura de la ville éternelle. Theo étant florentin, il n’est pas surprenant qu’il ait accepté d’insuffler son propre talent à l’entreprise, tout en se montrant respectueux vis-à-vis de son prédécesseur. Si Jean Dufaux semble satisfait de ce nouveau départ, le lecteur ne s’en plaindra pas, tant s’en faut. L’effet de surprise n’est évidemment plus là, mais il n’en reste pas moins que ce dixième chapitre reste aussi captivant que ne l’ont été les épisodes précédents, toujours aussi documenté. Et à en croire la couverture, c’est un fabuleux festin qui s’annonce… Chapitres 1 à 9 Dire que j’ai été bluffé par cette série serait un euphémisme. Je m’en veux tout de même un peu de ne pas l’avoir découverte plus tôt. Et pourtant, chaque fois qu’il m’arrivait de flâner dans une librairie (où je ne fais que feuilleter, car je n’aime pas lire dans les librairies…), j’avais toujours été frappé par ces couvertures énigmatiques et suggérant une menace implacable, d’une efficacité redoutable jusqu’au titre évoquant cet étrange poisson prédateur à la réputation sulfureuse. Et puis tout récemment, j’ai franchi le pas en voyant les huit tomes réunis sur une étagère de ma médiathèque… l’occasion était trop belle ! Dès que j’ai attaqué les premières pages, mon intuition s’est vue confirmée : la « murène » a vite pris le dessus pour m’absorber littéralement, moi qui ne demandait que ça. Ce formidable péplum évoquant le règne de Néron est mené de main de maître sur tous les fronts. Tout d’abord, le maître Dufaux, qui du coup porte bien mal son nom et a réussi à produire un scénario impeccable et captivant, malgré toutes les contraintes imposées par la vérité historique, évitant les contresens grâce à une source abondante de documents et de conseils d’historiens chevronnés sur cette période marquante de l’humanité. De même, textes et dialogues sont d’une grande qualité, émaillés de citations de poètes et philosophes de l’époque. Ensuite, le maître Delaby, dont le dessin précis et élégant réussit à cerner parfaitement ses sujets : luxe de détails et/ou magnificence quand il s’agit de scènes contextuelles (paysages, intérieurs, scènes de rue…), expressivité des visages, des principaux personnages jusqu’au moindre figurant, beauté des corps, masculins comme féminins. Le tout servi par une mise en couleur soignée, en particulier celle, sublime, de Jérémy Petiqueux pour le deuxième cycle. Le premier cycle (tome 1 à 4) évoque l’accession de Néron au pouvoir jusqu’à l’assassinat d’Agrippine. Lucius Murena, lui, ne jouera un rôle déterminant qu’à partir du second cycle (tome 5 à 8 ), au cours duquel les auteurs nous proposent, en jonglant subtilement entre fiction et Histoire, de découvrir quel aurait pu être le battement d’ailes papillonesque qui conduisit au Grand incendie de Rome en l’an 64 … Pas facile d’être bref devant cette immense saga dont les bouts ne se laissent pas prendre si facilement… l’œuvre est d’une grande richesse et extrêmement bien documentée, mais en même temps jamais ennuyeuse. Normal, avec toute cette tension qui irrigue le récit, cette incandescence sourdant sous la couverture…. Quel souffle épique ! Quelle puissance de feu ! Et de feu il est beaucoup question, c’est d’ailleurs un peu le fil conducteur du récit, l’élément incarnant parfaitement la folie de Néron, obsédé qu’est celui-ci par le quatrième élément. Son règne sera comme on le sait marqué de façon irrémédiable par la quasi-destruction de la cité romaine par les flammes, telle une punition divine envers celui qui osa souiller l’une des gardiennes du feu sacré… Les plus critiques pourront toujours arguer d’un certain académisme narratif et graphique, mais lorsque l’académisme produit de tels chefs d’œuvre, je n’y vois pour ma part absolument rien à redire. Je suis réellement impressionné par cette BD-monument qui s’est révélée largement à la hauteur de mes attentes. Les auteurs ont parfaitement su nous émerveiller avec cette peinture stupéfiante de la Ville éternelle, qui ne nous aura jamais paru aussi familière, tout comme les protagonistes, esclaves ou puissants, à la fois si humains et si proches de nous, avec des préoccupations qui pourraient être les nôtres - à la différence près que si une catégorie de gens pouvait être vendue, la vie humaine semblait avoir beaucoup moins de valeur à l’époque !... Par ailleurs, Néron n’apparaît pas seulement comme le tyran cruel que l’Histoire se plaît à dépeindre, mais plutôt comme un être complexe, avec ses failles et ses zones d’ombre, doté d’une sensibilité artistique. Ce qui en outre est passionnant, c’est de voir comment celui-ci va perdre progressivement son âme au contact du pouvoir, d’autant que celui-ci est absolu et marqué du sceau du parricide : au départ affable et innocent, notre César glissera peu à peu vers la folie et la cruauté, faute d’avoir su s’entourer de conseillers éclairés, préférant les flatteries de courtisans ambitieux. Parallèlement, son ami Lucius Murena, fils de patricien gâté par la vie, se changera en « bête » avide de vengeance suite à la disgrâce infligée par Néron. En conclusion, il ne faut pas passer à côté de ce chef d’œuvre. J’en ressors moi-même avec l’envie de me documenter plus sérieusement sur cette Rome antique qui n’en finit pas de nous fasciner et nous interroger, nous, humains de ce début de XXIème, pressentant confusément l’imminence du Grand incendie planétaire.

01/10/2013 (MAJ le 24/02/2021) (modifier)