Les derniers avis (7526 avis)

Par Franz
Note: 5/5
Couverture de la série Mon ami Dahmer
Mon ami Dahmer

Damer la mort. « Le cannibale de Milwaukee » Jeffrey Dahmer (1960-1994), avant de s’imposer comme un des pires tueurs en série américains eut aussi un passé trouble qu’un ancien camarade de lycée, John Backderf, relate avec tact à travers une bande dessinée documentée. « J’avais des amis normaux au lycée » dira Dahmer après son arrestation. Derf Backderf va se focaliser sur les trois années de lycée engluées dans l’âge ingrat de l’adolescence. Si Jeff Dahmer est accepté dans le petit cercle d’amis lycéens, il n’en est pas pour autant totalement intégré. Sa solitude et son mutisme inquiètent. Ses imitations de paralysé cérébral médusent. Son alcoolisme rebute. Conçue en cinq parties équilibrées, la dernière, « Fondu au noir » étant particulièrement frappante avec son parti-pris graphique percutant, l’histoire de Dahmer, véritable roman graphique, déroule une narration fluide, cohérente et implacable. En présentant et commentant ses sources, l’auteur crédibilise une entreprise à haut risque, celle de cautionner, d’excuser ou d’amoindrir un comportement monstrueux et létal. Avec son dessin à la limite de la caricature, l’auteur crée une distanciation et les personnages, rigides et monolithiques n’en prennent que plus de relief et se chargent encore davantage d’une inquiétante étrangeté.

07/10/2020 (modifier)
Couverture de la série Pyongyang
Pyongyang

Mon coup de coeur de cette collection ! J'aime la manière de conter de Guy Delisle, ses touches d'humour, son regard neutre sur son expérience de vie dans ce pays. J'ai aimé découvrir ce pays à la fois "fascinant" et terrifiant à travers son regard et ses traits de crayon. Une belle découverte à mettre entre toutes les mains !

07/10/2020 (modifier)
Par Franz
Note: 5/5
Couverture de la série Et si l'amour c'était aimer ?
Et si l'amour c'était aimer ?

Et si la mûre s’est essaimée ? Alors que Sandrine semble comblée, l’apparition de Michel, livreur de macédoine à domicile, la bouleverse au point de remettre immédiatement en question sa vie sentimentale et son foyer. S’inspirant des poses hiératiques des personnages stéréotypés et de la prose cul-cul du roman-photo, Fabcaro s’amuse à parodier la guimauve sentimentale véhiculée après-guerre par l’idéologie américaine. Enfonçant les lieux communs avec le bélier de l’ironie, l’auteur entraîne ses protagonistes dans le ridicule et la loufoquerie, les amenant progressivement au bord du vide de leurs existences. La dernière planche avec le mot « fin » accolé est constituée de trois images presque identiques mais les sourires se figent et les visages s’effacent. Le texte d’accompagnement ne laisse aucun doute : « Tout aura été vain et dérisoire ». Malgré ce pied de nez final répondant à la première planche et bouclant magistralement l’ensemble, la bédé est constamment amusante, riche, surprenante, Fabcaro semblant inventer son histoire à mesure qu’elle est jetée sur le papier. Elle n’en paraît que plus vive, frétillante sous le carcan d’un genre codifié à l’extrême. Il était juste que le roman-photo, après s’être largement inspiré du procédé narratif de la bande dessinée, soit croqué par elle, détourné, moqué et finalement revigoré.

07/10/2020 (modifier)
Par Franz
Note: 5/5
Couverture de la série Zaï Zaï Zaï Zaï
Zaï Zaï Zaï Zaï

« J’ai attendu, attendu, elle n’est jamais venue ». Tout commence et se termine en chanson : en page de titre : « Zaï-zaï-zaï-zaï » comme le roucoulait Joe Dassin dans son refrain et en épilogue le karaoké final punissant le délinquant Fabcaro avec la reprise de la chanson du crooner français « Siffler sur la colline ». La peine est lourde pour un timide congénital conscient de l’ineptie de la chansonnette à dégoiser en public. Le pitch de la bédé multi récompensée est connu : Fabcaro, auteur de bandes dessinées, est incapable de présenter sa carte de fidélité à la caissière d’un supermarché. Le gérant vient à la rescousse de Roselyne mais le dangereux fautif menace et brandit un poireau avant de prendre la fuite. La chasse à l’homme déclassé va s’engager. L’affaire est médiatisée et suivie. Fabcaro s’enfonce toujours plus loin dans la France profonde jusqu’en Lozère ce qui inquiète les forces de l’ordre qui « ne parlent pas le lozérien ». Jonglant avec l’absurde et l’autodérision, Fabcaro a réussi une œuvre tragi-comique que n’aurait pas reniée un Kafka contemporain même si le génial auteur tchèque ne se réincarnera jamais. Il faut s’y faire mais une métamorphose est peut-être possible. Alors Fabcaro est là et malgré le rouleau compresseur des « forces supérieures », il met en scène un homme responsable, avec ses choix, face aux autres et à lui-même. Quand le lecteur s’empoigne avec la bédé, il n’a plus d’autre choix que d’aller jusqu’à la dernière page, tenu en haleine et en joie par les multiples scénettes et rebonds, cabrioles et paroles décalées. Il est impossible de ne pas rire quand Jean-Pierrot, moyennement connu, brandit un radis issu de l’agriculture raisonnée dans un geste de colère envers Fabcaro. Si chaque page est farcie de loufoquerie, l’ensemble se tient et délivre un message politique clair sur la tolérance et le respect. Par les temps qui galopent, c’est plutôt bienvenu.

07/10/2020 (modifier)
Par Franz
Note: 5/5
Couverture de la série Smart monkey
Smart monkey

L’élégance du singe Comment rendre compte d’un chef-d’œuvre du 9e art et du génie de son auteur ? Pour la quatrième fois, je relis Smart Monkey et je m’extasie encore. D’où Winshluss tire-t-il sa force subversive ? Comment fait-il pour rendre compte, sans une parole, par la seule force du dessin en noir et blanc, de la misère de l’homme, de son insignifiance, de sa cruauté, de son aveuglement mais aussi de son opiniâtreté, de sa quête d’amour, de son talent ? En dépit de la mélancolie qui nimbe toute l’histoire, on rit sans arrêt et parfois très fort car le récit va crescendo. Les séquences s’enchaînent à un rythme élevé. Smart Monkey, singe chétif mais intelligent, prototype de l’homme à venir, réussit à soudoyer en vue d’une copulation expresse, à l’aide d’une seule banane, une femelle gorille du harem contrôlé par un mâle dominant à la masse musculaire impressionnante et à la cervelle inversement proportionnée. Smart Monkey ne perd jamais le nord et sait, à l’occasion, faire preuve de sadisme à l’égard de ses ennemis. Le tigre à dents de sabre va en faire les frais en prenant sur le coin des naseaux un nid de guêpes. Si le singe élégant sauve les oisillons du serpent, c’est pour mieux les manger cru. L’alliance avec le mammouth, la découverte de la neige et du jeu puis la maîtrise du feu humanisent le singe à nez de clown. Au passage, il génocide, sans aucune raison, comme un enfant piétinant une fourmilière, toute une civilisation raffinée de… crevettes. De retour dans son clan, il ramène le feu. Adulé par les femelles, il peut à loisir disposer du harem puisque le chef en a été expulsé. Celui-ci fomente sa vengeance. Ah ! Ces trois cases révélant la cogitation du chef déchu et l’explosion de la lumière entre ses deux yeux ! Qui peut montrer avec autant de force l’émergence de la conscience dans une masse brute ? Un épilogue (avec des phylactères) conte l’amour contrarié entre le vicomte ruiné Hubert Lacloche de Vallombreuse et Hermeline, elle-même issue d’une famille bourgeoise en difficulté. L’arriviste Fauchard, millionnaire des usines Fauchard et fils, a des vues sur Hermeline. Ne susurre-t-il pas à l’oreille du père qui pense que le vicomte pourrait offrir son nom à sa fille : « Ne serait-il pas plus sage de lui offrir mes millions… ? » Le cynisme de l’entrepreneur s’impose face à l’idéalisme du vicomte qui cherche à démontrer que les théories darwiniennes sont fondées. La mise en écho s’impose alors avec la première partie de l’histoire. La chute n’en est que plus brutale. On ne sait pas quelle est l’image la plus désolante, la toute dernière de l’histoire, avec ce pic montagneux, dans la nuit et la neige ou bien, et c’est là un des multiples talents de l’auteur, dans le tableau de famille qui se glisse en toute dernière page de l’album ? On regarde à nouveau la couverture en couleur et on est touché par le visage lunaire et mélancolique de Smart Monkey prêt à découvrir le monde. Oui, Winshluss est un génie de la bande dessinée et les éditions Cornélius lui ont fait honneur ! Les noirs sont rendus avec une profondeur incomparable. Les blancs sont éclatants. Le papier épais, les cahiers cousus ajoutent encore à la valeur de ce livre brûlant et inépuisable.

07/10/2020 (modifier)
Par Franz
Note: 5/5
Couverture de la série Pinocchio (Winshluss)
Pinocchio (Winshluss)

Être au monde Prépublié en partie dans la défunte revue Ferraille, le Pinocchio de Winshluss s’est fait désirer pendant plusieurs années. L’auteur a finalement accouché d’un chef-d’œuvre en sortant le polichinelle qu’il couvait amoureusement au plus profond de ses tiroirs. Bien sûr, le lecteur peut pinailler sur les finitions notamment autour de la mise en couleur, de la qualité d'impression (Jiminy méritait mieux qu'un dessin en noir et blanc crobardé sur le bout d'une table ; ses mésaventures auraient pu être contées dans un camaïeu gris bleu avec lequel Winshluss excelle) mais dans l’ensemble, la bande dessinée du maestro est une réussite stupéfiante. De multiples récits s’emboîtent, se superposent et se complètent, certains avec des retours en arrière, tout ceci dans une limpidité déconcertante. On commence l’histoire avec le largage en pleine mer d’un fût radioactif qui contamine un poisson, futur Monstro de l’histoire dans lequel Geppetto va se retrouver. La planche suivante nous entraîne chez un inspecteur Javert déprimé, jouant à la roulette russe avec son chat et qui doit penser que rien de bon ne peut sortir du monde et des hommes : « Vous m'ennuyez. Tuez-moi plutôt » pourrait-il dire si Winshluss insérait des bulles dans l’aquarium glauque où pataugent ses personnages mais sa bande dessinée est presque muette sauf quand Jiminy Cafard, la conscience du pantin d’acier, se lamente. Après cette introduction détonante, on entre dans le vif du sujet. La femme de Geppetto fait des ronds de fumée devant la télévision pendant que son mari soude et apporte les ultimes finitions à Pinocchio, robot au regard fixe, éberlué, au nez proéminent serti sur une face enfantine, doté d’armes secrètes et meurtrières. Très rapidement, le lecteur va être confronté au génie de Winshluss. Trois récits se développent en même temps. D’une part, Geppetto part vanter son invention à un galonné. Pendant ce temps Pinocchio fait la vaisselle alors que la femme de l’inventeur bouquine en maillot de bain sur son transat. Au coin de la cuisinière, Jiminy Cafard perd son job, se fait larguer par sa femme et vient buter sur le pied métallique de Pinocchio. Contre-plongée, le cafard admire son futur appartement : « Cool ! Un appart avec vue sur l’évier ». Il pénètre dans la tête du robot par l’orbite et raccorde deux fils électriques dans l’espoir d’avoir le « câble gratos » mais il amène à son insu la conscience chez Pinocchio. Comme dans Smart Monkey, autre oeuvre magistrale de l'auteur, en trois cases extraordinaires, Winshluss montre l’éveil de l’esprit dans une masse brute. Maintenant que Geppetto explique au militaire les talents guerriers de son super robot, Pinocchio allonge des doigts télescopiques aux extrémités phalliques en étalant la crème solaire sur le corps ruisselant de Svetlana Geppetto, ancienne prostituée fessue devenue la pétasse d’un inventeur en mal de reconnaissance et de fortune. Emoustillée, Svetlana met bas le short de Pinocchio et constate, déçue, que le robot est asexué. Heureusement, le nez mafflu est multi usage. La suite est hallucinante et irrésistible. Stromboli est un entrepreneur ogresque. Des enfants esclaves fabriquent des jouets à la chaîne. Quand ils arrivent à bout de force, ils sont brûlés dans la chaudière de l’usine. Un inquiétant voleur d’organes trafique dans l’ombre et vend un cœur à sept nains vicelards. Ceux-ci veulent ressusciter Blanche-Neige pour abuser d’elle mais elle prend la fuite, se jette à l’eau, est recueillie par une surfeuse lesbienne. Avec son visage de Betty Boop, Blanche-Neige rappelle autant les créations de Walt Disney que celles des frères Dave et Max Fleischer. Sans cesse, Winshluss pose ses pains de plastique pour faire voler en éclats les clichés véhiculés par Disney et compagnie. Le monde enchanté est un leurre et n’arrive pas à voiler complètement un cauchemar à ciel ouvert. D’album en album, l’auteur bâtit une œuvre forte et cohérente avec des thèmes récurrents qui se répondent et s’enrichissent. L’humour est noir et corrosif. L’argent et le sexe semblent pourrir tous les sentiments. L’altruisme et la compassion n’ont plus cours dans le grand marché de dupes où s’enlise l’humanité. Le lecteur peut en rire ou en pleurer mais il est difficile de rester insensible à tout ce qu’une telle bande dessinée peut récupérer et brasser. Quand Carlo Collodi (1826-1890) fait aller son pantin dans la Toscane du XIXe siècle, les rencontres surgissent naturellement au détour d’un chemin de campagne à l’exemple d’un grillon, d’un serpent, d’un pêcheur ou d’un montreur de marionnettes. Quand Vincent Paronnaud (né en 1970), alias Winshluss, entraîne Pinocchio 150 ans plus tard dans notre monde contemporain, il y est naturellement question d’esclavagisme, de trafic d’organe, d’endoctrinement, de drogue, de perversion sexuelle et de tous les maux qui hantent nos vies précaires. Winshluss a réactivé le mythe de Pinocchio avec une rare puissance. L’original n’a pas à en rougir. C'est le principe même du conte d'être sans cesse récupéré et enrichi au fil des veillées. Remis sur l'établi de Winshluss, travaillé au coeur de la fibre, Pinocchio ne déroge pas à la règle. Le pantin éternel, les yeux grands ouverts dans la nuit, nous dit sans un mot, avec une intensité extrême, l'hébétude d'être au monde.

07/10/2020 (modifier)
Par Josq
Note: 5/5
Couverture de la série Mickey et la Terre des anciens
Mickey et la Terre des anciens

Après le très joli Mickey et l'océan perdu, sur le scénario duquel j'avais néanmoins quelques réserves, Filippi et Camboni passent à la vitesse supérieure, avec ce qui s'avère sans nul doute à mes yeux LE chef-d'oeuvre de cette rentrée bédéphile. Mickey et la Terre des anciens corrige presque tous les défauts qu'on pouvait reprocher à son prédécesseur tout en renforçant encore ses indéniables qualités. Bon, disons-le tout de suite : Mickey et la terre des anciens mérite-t-il la note maximale ? Sans doute pas si l'on essaye d'être pleinement objectif. Mais à ce compte-là, à quelle bande dessinée peut-on attribuer la note maximale ? A mes yeux, il n'existe aucune bande dessinée parfaite (si, De Cape et de Crocs, mais à part ça...), et je pense que la note maximale ne doit pas nécessairement être attribuée uniquement selon des facteurs objectifs, mais aussi - voire surtout - en fonction du plaisir de lecture fourni par la saga. Et avec Mickey et la terre des anciens, j'ai vécu une expérience que je n'avais plus vécue depuis un petit bout de temps (depuis Le Château des étoiles, disons). Au rang des (infimes) défauts, on peut souligner encore quelques facilités scénaristiques, notamment sur la fin, où tout s'accélère pour nous offrir une résolution bien trop rapide. Les auteurs, tout à leur univers, oublient un peu de nous en présenter certains éléments fondamentaux, que l'on ne découvre qu'au moment où ceux-ci servent à l'intrigue. C'est trop laconique (comme certaines ellipses, sans doute un peu maladroites). Certains accorderont sans doute plus d'importance que moi à ces défauts, mais pour moi, ils sont finalement assez peu importants. De fait, ce laconisme est en partie excusable, dans la mesure où il permet aux auteurs de se consacrer entièrement à la dimension épique du récit. Cette dimension épique se trouve tout d'abord au travers d'un scénario bien plus rythmé et intéressant (à mon goût) que celui de Mickey et l'océan perdu. Cette fois, Filippi prend davantage le temps de nous présenter les différents camps en présence, et la vision est moins manichéenne que dans le tome précédent. En outre, avoir choisi le Fantôme Noir comme antagoniste principal ajoute un cachet non négligeable à la série, tant le personnage respire le mystère et la classe, ne serait-ce que par sa seule apparence. Mais le côté épique de l'histoire est avant tout visuel. Rarement - pour ne pas dire jamais - j'ai lu une bande dessinée aussi grandiose. Les pages sont exploitées à leur maximum par Silvio Camboni, qui nous offre ici une des plus belles BD que j'aie jamais lues. Et je le dis sans exagération. On se plonge avec un émerveillement infini dans ces planches d'une somptuosité rare, qui font vivre avec grand brio un univers fantastico-médiéval assez original. On se situe quelque part entre Avatar et Mortal Engines (deux films qui m'ont fait exploser la rétine par leur beauté épique), et la comparaison tient bien la route. Qu'il s'agisse de mettre en scène une exploitation fermière des nuages, une cité rebelle, un palais richement décoré ou une bataille entre deux armées volantes, Filippi et Camboni se surpassent constamment pour nous surprendre et nous faire rêver toujours plus loin, toujours plus haut. S'il nous faut une preuve que la bande dessinée est un art, alors, sans nul doute, ce tome constitue un candidat formidable à toute démonstration de cette évidente vérité. On voudrait afficher chaque double-page dans sa chambre, tant on croit plonger au sein de tableaux baroques... Alors oui, Mickey et la terre des anciens n'est pas exempt de tous défauts, et certains lecteurs seront peut-être plus sensibles que moi à ces défauts. Mais l'expérience que cette bande dessinée m'a fait vivre était d'une telle intensité que je me sentirais bien ingrat si je ne lui attribuais pas la note maximale qu'à mon sens, elle mérite amplement malgré ses légers soucis narratifs. Une telle perle de divertissement et de générosité, on n'en lit tout de même pas souvent...

06/10/2020 (modifier)
Par Titanick
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Aventures de Tintin
Les Aventures de Tintin

Comment débuter ma participation sinon par Tintin. J'ai appris à lire avec Tintin et même bien avant, aux dires de mes parents, car je ne m'en souviens forcément pas, j'ai appris à parler avec les personnages de Tintin. Ils étaient sur le calendrier du mur de la cuisine, il paraît qu'on me les montrait et je disais : « Tintin, Haddock, ... ». Après, je les ai tous lus, relus, re-relus quasiment à les connaître par cœur. À chaque fois c'était une aventure constamment renouvelée. Le plaisir de la découverte des premières lectures est vite remplacé par celui de l'attente impatiente des péripéties suivantes des prochaines pages, on s'en régale d'avance. Aujourd'hui encore, après quelques décennies, si je devais n'emmener qu'UNE série sur une île déserte... bref, on ne touche pas à Tintin ! Maintenant, si j'essaie de me détacher autant que je peux de l'affect pour appréhender l’œuvre d'Hergé, je trouve que, hormis les tout premiers, les récits sont sacrément bien construits. Les déroulements s'enchaînent, l'intensité dramatique se poursuit, entrecoupée de parenthèses d'humour en particulier avec les déboires du capitaine ou la surdité de Tournesol, mais le fil n'est jamais perdu et Hergé nous mène là où il veut. Un modèle du genre est le secret de la Licorne, aucun détail même d'arrière plan n'est laissé au hasard, c'est du grand art. Les bijoux de la Castafiore sont aussi ciselés à souhait. Et le dessin, clair, Essentiel avec un grand E, rien de superflu. Avec la simple ligne claire et les aplats de couleurs, on a la moiteur des forêts tropicales et le sublime des neiges himalayennes. Des personnages tous trop trognons accompagnent Tintin, que demander de plus ? Ah si, même si on pourrait reprocher le journal dans lequel travaillait Hergé, il n'empêche que Tintin est toujours du côté de l'opprimé, et l'affirme de plus en plus au fil des albums. Mes préférés, tous à partir du Lotus bleu, mais surtout, on va dire dans l'ordre : le secret de la Licorne, les bijoux de la Castafiore, Tintin au Tibet, l'affaire Tournesol, l'étoile mystérieuse, l'île noire, le diptyque au Pérou, celui sur la lune... bref tous. Rien que d'en parler, j'ai envie de me refaire la série, tiens, soirée cocooning Tintin aujourd'hui !

30/09/2020 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5
Couverture de la série Corto Maltese
Corto Maltese

Je pense sincèrement que "Corto Maltese" est la BD la plus difficile à juger que j'aie jamais lue. Il s'agit indéniablement d'une œuvre unique, si différente et difficile d'accès qu'elle ne peut qu'être au centre de débats sans fin, entre haine et amour. Comme le soulignait justement Ju, c'est du quitte ou double en ce qui concerne ce marin à la boucle d'oreille. Et je comprends totalement les avis négatifs à ce sujet. Et pourtant, je dois être honnête et dire que j'ai apprécié, réellement apprécié cette œuvre. Même si je lui trouve quelques défauts, ma note est le reflet autant de mon appréciation que la considération de celle-ci dans le monde de la Bande-dessinée en général. Pour cela, Corto Maltese est désormais culte. Ce qui est amusant, c'est que j'ai gardé l'intégrale des albums (dans une magnifique collection pour les cinquante ans) pendant pratiquement six mois sur ma table de nuit, sans ouvrir ou me lancer dans la lecture. A la fois par la peur d'une attente trop grande, mais aussi rebuté par le dessin et l'aspect très poétique/rêveur. Cependant, je me suis finalement lancé, pour me faire happer pendant près d'une semaine par les différents albums, jusqu’à ressortir de ma lecture sur un petit nuage ! La lecture fut un réel plaisir, et j'ai réussi à passer outre les "défauts" de la BD qui la rendent souvent si inaccessible : le dessin qui peut réellement bloquer, par sa façon très particulière d'être, les nombreux dialogues parfois perchés et poétiques qui alourdissent le rythme, et bien sûr l'aspect très poétique et onirique de l'ensemble. Mais si l'on arrive à rentrer dedans, il se dégage de Corto Maltese quelque chose de magnifique, me donnant l'impression de lire les aventures du dernier des aventuriers. Parcourant le monde, rencontrant des personnes de tous bords et de tous genres, Corto Maltese s'en tire toujours, inchangé mais affecté par tout ce qu'il vit. Vieillissant au fur et à mesure des albums, il continue son parcours inlassable, plus intéressé par l'aventure que par le trésor, cherchant quelque chose qu'il ne trouvera jamais. Ce qui m'a énormément aidé, dans cette lecture, c'est que la collection que j'ai a eu l'ingénieuse idée de mettre en appendice de chaque album quelques notes sur les inspirations et hommages que Pratt rend dans son œuvre. Je me suis ainsi retrouvé à comprendre certaines répliques qui peuvent sembler parfois saugrenues, et comprendre également comment ces inspirations (souvent de romans d'aventures du XIXe siècle d'ailleurs) ont formé le personnage et le monde de Corto Maltese. Cependant, j'ai tout de même une réserve sur les albums les plus poétiques et oniriques, souvent considérés comme les meilleurs de la série (Venise, Mu le dernier continent, ...) et qui m'ont nettement moins plu que certains autres albums qui sont, eux, beaucoup plus politiques dans leur message. Entre les guerres, où aucun camp n'est bon et tout le monde aussi écrasé par ce qu'il se passe, les révolutions partant d'une bonne volonté et détournées par le profit, l'intérêt personnel, la jalousie ou la trahison. Il y a une ambivalence qui traverse plusieurs albums, dans lesquels Corto Maltese se contente d'être spectateur d'un monde qui semble violent, cruel et froid avec ses protagonistes, et dans lequel il se contentera de survivre et appliquer sa morale. J'ai énormément apprécié ce qui se dégageait de Corto Maltese en Sibérie ou Les Celtiques, justement, où la petite histoire et la grande se mélangent avec une pointe d'amertume parfois bien sentie. Je suis ressorti de ces albums plein de questions, les yeux dans le vague et l'esprit divaguant. Le dessin de Pratt est unique en son genre, et je suis de ceux qui adorent regarder des cases dont les compositions pourtant simples peuvent donner lieu à quelque chose d'enchanteur et de merveilleux. Je me suis laissé entraîner plus d'une fois dans la contemplation des images, bien qu'elles ne soient pas des plus détaillées ou des plus belles que j'aie jamais vues. Hugo Pratt a su capter quelque chose dans le regard, les gestes, l'attitude et la colorisation (j'ai la version couleur et j'en suis bien content !) qui capte mon regard. Une mélancolie imprègne les pages, une contemplation et un véritable sens de l'esthétique dans les paysages. Je me suis senti transporté dans les différents lieux qu'il représentait à chaque fois, sans aucun mal, et c'est fabuleux de pouvoir le faire aussi bien. C'est d'ailleurs le gros point fort, selon moi, de cette série : l'ambiance et la façon dont elle sait me happer pour me plonger dedans. Corto Maltese est une série faite pour les rêveurs, les lecteurs qui se perdent dans leur lecture et les mélancoliques qui aiment sourire. Il y a quelque chose d'indescriptible qui passe à la lecture, qui me plonge dedans sans pouvoir me faire sortir. Et rien qu'en cela, je le trouve assez incroyable. Ce qui explique sûrement que ceux qui ne peuvent rentrer dedans soient si distants avec cette série. On ne peux que plonger ou rester sur le bord. Corto Maltese est une série qui a fait date dans le monde de la bande-dessinée, et je comprends totalement pourquoi, maintenant que j'ai découvert toute la série et que j'ai eu le loisir de me plonger dedans, avec délice et en prenant mon temps. C'est le genre de série dont j'ai du mal à expliquer tout ce que je peux y trouver, j'arrêterais donc ici ma logorrhée en concluant sur ces simples mots : qu'est-ce que ce fut bon comme lecture !

23/09/2020 (modifier)
Couverture de la série Les Rugbymen
Les Rugbymen

Alors, C'est sûrement la meilleure BD de sport que j'ai lue. Bon, c'est vrai que quand on regarde les concurrents c'est pas top. C'est vrai que les dessins son simplistes mais ils collent bien au thème. Les gags, il faut préciser que même si par rapport à d'autres séries de BD c'est pas le top du top, il n'est pas rare de sourire devant certains. Enfin, il faut parler des clichés, c'est vrai que certains personnages sont de vraies caricatures de leur poste mais c'est ce qui fait une grande partie du charme de la BD. Perso j'ai presque tous les albums, j'ai suivi l'évolution des albums, des personnages... J'adore les références au vrai monde, avec les compétitions, les équipes nationales... J'adore les personnages, les lieux… Tout en fait !! En conclusion, je conseille cette BD à 100% pour les amateurs de ballon ovale, mais aussi aux amateurs de BD.

23/09/2020 (modifier)