Buddy Longway. Intégrale 1, Chinook pour la vie (5/5)
Que de chemin parcouru avec ce bon vieux copain, Buddy Longway [Buddy se traduit par « pote » et Longway par la « route à faire »], depuis les premières planches de Chinook prépubliées dès le 3 avril 1973 dans le journal Tintin jusqu’à la réédition de l’intégrale de février 2010 ! A l’époque, Buddy a une vingtaine d’années. Le trappeur blanc que les Indiens appellent « Cheveux jaunes » a vécu sa vie de papier au Far West dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Buddy Longway a vieilli de manière atypique pour un personnage de bédé car rares sont les héros qui accusent un coup de vieux, mûrissent et finissent par mourir comme dans la vraie vie.
Chinook (1974) Après le décès de son oncle Jérémie, Buddy Longway part pour sa première saison de trappeur. En approchant du fort où il pourra vendre ses fourrures et enfin se distraire, il découvre deux hommes en train de rudoyer une Indienne captive. Buddy s’en mêle et soustrait Chinook aux malfrats. A son grand désarroi, il découvre que la femme subtilisée à la brutalité des hommes est une squaw. Les deux trappeurs vont se venger en les surprenant à leur bivouac. Buddy est roué de coups, ses peaux sont volées mais Chinook est laissée sur place. Blessé dans son orgueil et lésé du produit de sa chasse, il abandonne Chinook et se lance à la poursuite des deux brutes. Ils les découvrent encerclés puis tués par les Crows. Buddy est capturé ainsi que Chinook, Indienne Sioux en bute à la vindicte des Crows. Soumis à l’épreuve de la flèche, Buddy s’extirpe du piège et recouvre sa liberté. Chinook le rejoint et ensemble ils se dirigent vers le campement Sioux là où s’est installée pour l’hiver la tribu de Chinook. L’hiver arrive et la montagne devient hostile. Perdant les vivres en route, Buddy affronte un bison avec son couteau de chasse mais il est encorné par l’animal blessé. [Note 5/5].
L’ennemi (1975) Buddy et Chinook sont mariés et partent à la recherche d’un endroit où s’installer qu’ils finissent par débusquer. D’abord paradisiaque, l’emplacement idéal se révèle hanté par un mystérieux prédateur. La corde servant au débardage est sciée. Dans l’enclos, les chevaux sont pris de panique. Finalement, Buddy découvre l’existence du carcajou, glouton particulièrement agressif mais l’ennemi n’est pas pour autant anéanti car un homme au regard halluciné rôde dans les parages. [Note 5/5]
Trois hommes sont passés (1976) débute avec la naissance de Jérémie, fils métis de Chinook et de Buddy. Un louveteau est adopté par la famille Longway et devient l’ami d’enfance de Jérémie. Tout pourrait se passer au mieux si trois chercheurs d’or, Curly, Dallas et Thomas n’apparaissaient dans le paysage. La roue des saisons tourne et Petit Loup grandit puis s’émancipe de l’emprise humaine. A l’appel de ses congénères, le jeune loup mord Jérémie et part à la rencontre d’une bien belle louve à la saison des amours. Esseulé, Jérémie souffre de l’abandon de son compagnon. Pour parer au profond chagrin de l’enfant, Chinook propose à Buddy de voyager jusqu’au camp des Sioux. Jérémie pourra y découvrir sa famille et oublier sa solitude. Pari gagné mais de retour chez eux, les Longway découvrent les trois aventuriers ayant pris leurs aises dans leur maison. Réduits à l’état d’esclaves, Buddy et Chinook rongent leur frein. Dallas a des vues sur la belle Chinook et il n’est pas à un mauvais coup près. [Note 5/5]
Seul (1977) narre l’errance de Buddy Longway blessé par une chute de pierre alors qu’il se rendait au fort afin d’y vendre ses fourrures. Mal en point, la jambe brisée, il parvient à ramper et à s’extirper progressivement du piège mortel de l’immobilisation dans un milieu hostile. Les vautours sentent pourtant leur proie vaciller. [Note 4/5]
L’intégrale proposée par les éditions du Lombard tient toutes ses promesses en offrant, après une préface instructive rehaussée de dessins inédits, quatre albums de Buddy Longway aux couleurs pimpantes, à l’encrage soigné, sous une belle couverture cartonnée inédite. Pensée dans le détail et peaufinée pour la circonstance, l’anthologie de Derib est d’une rare cohérence. A mesure, le style de l’auteur évolue, perdant en fraîcheur ce qu’il gagne en densité. Les traits accusent davantage les visages. Les ombres noircissent les paysages. Les cadrages sont sans cesse inventifs. La saga qui se dessine n’est pas anodine. Elle va brasser une thématique toujours d’actualité, le rapport de l’homme à la nature, les problèmes liés au métissage, etc. Le lecteur peut retrouver la force motrice d’une œuvre en marche à travers les premières aventures du trappeur blanc. Pour peu que l’on se penche pour la première fois sur l’œuvre majeure de Derib, on peut se laisser emporter puis s’émouvoir sans lassitude ni mièvrerie.
Buddy Longway. Intégrale 2, Kathleen et Jérémie (5/5)
L’excellente intégrale Buddy Longway continue sur sa lancée comme un chariot avançant dans la prairie, guidé de main de maître dans les vastes paysages de l’Ouest américain par l’excellent dessinateur et scénariste Claude de Ribaupierre alias Derib.
Le secret (1977) Deux Black Feet pourchassent sans répit un Indien métis, White Crow, acculé et contraint à se dissimuler dans une grotte providentielle. Autant Arbre Rouge est sagace et bien intentionné, autant Cheval Fougueux est impulsif et rancunier. Ce dernier cherche à se venger d’une humiliation perpétrée à son insu par White Crow. Le métis est tombé amoureux d’une jeune Indienne, Petit Buisson. Il cherche à la rencontrer et la surprend en pleine cérémonie de purification pendant laquelle elle ne doit être vue par quiconque. Elle est promise à Cheval Fougueux. White Crow n’a pas le loisir d’expliquer sa bévue. Il doit fuir ventre de cheval à terre s’il veut sauver sa peau. Jérémie, le jeune fils de Buddy Longway a découvert la cachette du fugitif. Il se lie d’amitié avec lui mais tait sa rencontre à ses parents. Les Black Feet rôdent dans le secteur et Arbre Rouge soupçonne Jérémie de les mener en bateau. L’affrontement est imminent. [Note 5/5].
L’orignal (1978) Kathleen est venue agrandir la famille Longway. Curieuse de tout, elle interroge son père sur les bois de l’élan américain appelé orignal qui ornent l’entrée de la maison. Buddy raconte à sa toute jeune fille sa partie de chasse à l’orignal menée avec son fils Jérémie. C’est la saison des amours et les élans s’affrontent durement pour saillir la femelle convoitée. Les mâles sont particulièrement belliqueux durant cette période et les Longway père et fils vont en faire les frais. Le grand mâle va déployer une ruse et une hardiesse hors du commun. Il fait chavirer la pirogue puis course à terre les deux chasseurs déconfits après qu’ils ont regagné péniblement le rivage. Jérémie est saisi de panique. [Note 5/5]
L’hiver des chevaux (1978) Daim Rapide, frère de Chinook, vient avertir la famille Longway que leur père, Ours Debout, est en train de mourir et réclame sa fille à son chevet. Kathleen, trop jeune pour voyager en hiver, reste avec son père à la cabane. La séparation va durer plusieurs mois. Buddy part à la chasse avec sa fille mais son cheval, Fellow, est immobilisé dans une congère. Buddy décide de construire un igloo afin de résister au froid de la nuit. Au petit matin, Buddy se rend compte que son cheval a été libéré du piège de neige par d’autres chevaux sauvages. Il décide de retrouver sa monture mais le chef du troupeau, un appaloosa contraint Fellow à rester dans la horde. Buddy ne sait plus comment faire d’autant qu’un Mexicain rencontré en chemin a décidé d’éliminer tous les chevaux car son frère a été tué d’une ruade par le grand cheval tacheté. Fellow est maintenant dans le lot des condamnés et le Mexicain est obnubilé par son idée fixe, celle de venger son frère Ramon. [Note 5/5]
L’eau de feu (1979) Les Black Feet attaquent la cabane des Longway alors que les relations étaient jusqu’à lors pacifiques. Une poignée d’Indiens, pour se procurer de l’alcool, n’hésitent pas à dépouiller les trappeurs des environs pour faire main basse sur les fourrures et rassasier les pourvoyeurs blancs sans scrupule et âpres au gain. [Note 4/5]
Dans le vif du sujet, au cœur du style accompli de l’auteur, le lecteur découvre avec cette seconde intégrale la qualité d’un découpage éclaté, novateur pour l’époque mais d’une grande lisibilité et d’une réelle beauté, un dessin puissamment structuré par des aplats noirs et denses, un trait épais creusant les ombres, charpentant les visages et les paysages. Le racisme lié au métissage est abordé sans pesanteur mais avec acuité et sensibilité. On ne peut être que touché par la grâce de Jérémie, enfant, adolescent et jeune homme, né de l’amour d’un Blanc et d’une Indienne ainsi que par son entrée dans le monde adulte plein de bruit et de fureur. L’œuvre « déribienne » monte encore d’un cran avec L’hiver des chevaux basé sur le thème de la vengeance. Derib est à l’aise avec les chevaux. Il les connaît et les dessine avec fougue. La mort d’Ours Debout, père de Chinook, est émouvante mais aussi empreinte de sérénité. Le dessin inventif atteint une rare intensité quand le profil du vieux chef indien semble se confondre avec la neige tombant du ciel. Dans cette histoire, tout est beau, les sentiments profonds exprimés en demi-teinte, la montagne sous la neige violine, les cadrages, la mise en page superbe, l’économie du texte au profit d’un dessin emplissant toute la page sans rien étouffer, les couleurs chaudes des cuirs et des bois, le charisme de Kathleen parlant aux chevaux, etc. La dernière histoire du recueil faiblit un peu en intensité par rapport à l’ensemble mais elle reste agréable à lire et surprenante quand Kathleen arrive à faire comprendre à son père que le piégeage des animaux pourrait être remplacé par l’élevage et l’agriculture. Pour Buddy, une révolution intérieure est en marche.
Buddy Longway. Intégrale 3, La folie des hommes. (5/5)
Les pages liminaires du volume III de l’intégrale Buddy Longway mettent en avant les valeurs spirituelles de l’œuvre ne serait-ce parce que les Indiens sont représentés comme des êtres humains en symbiose avec la Terre-mère ou quand les personnages principaux, Buddy Longway et sa femme Chinook croient en l’amour.
Premières chasses (1980) [Note 4/5]
Kathleen, la toute jeune fille métisse de Buddy et de Chinook aimerait tant que son père dresse le poulain « Tout Noir » afin qu’elle puisse enfin le chevaucher. L’insistance de l’enfant énerve le père converti malgré lui en agriculteur qui se fâche. Mortifiée, Kathleen décide de s’enfuir au petit matin avec son poulain qu’elle maîtrise à peine. Une vilaine chute de cheval cloue l’enfant au sol et la laisse fiévreuse après que ses parents la recueillent sous la pluie battante. Au chevet de son lit, Buddy en est quitte pour raconter des histoires de chasse à sa fille convalescente. Il sera question d’une ourse sorcière, d’un puma à la patte atrophiée, d’un autre ours et d’une amitié à partager avec Loup-Noir, un chasseur indien expérimenté.
Ce 9e tome de la série accorde très adroitement trois courts récits parus à des années d’intervalle (1972, 1979, 1980) avec un décalage graphique flagrant qui ne nuit pourtant en rien à la cohérence de l’ensemble (voir le côté « Yakari » ou « Go West » de l’épisode datant de 1972). On peut noter qu’il s’agit de la dernière aventure bon enfant, bien dans le ton de l’« hebdoptimiste » Tintin avant que le propos ne se durcisse par la suite même si déjà Hermann, en 1975 renâclait et ruait dans les brancards de Greg, scénariste entre autre de Comanche et de Bernard Prince.
Le démon blanc (1981) [Note 5/5]
A l’aube, Buddy découvre Fellow, son ancien cheval de route, mort de vieillesse. Le trappeur aussi a vieilli. Son fils Jérémie est devenu un homme sans qu’il ne s’en aperçoive vraiment. Sa femme Chinook l’envoie au fort dans le but de le changer de ses idées maussades mais la rencontre avec le lieutenant Ryan, raciste et belliqueux ne lui facilite pas la tâche. Entretemps, Jérémie découvre par hasard l’initiation d’un jeune Indien. Il décide de suivre les mêmes rites et commence à jeûner. Les privations entraînent des hallucinations et des visions. Un cheval chimérique semble se dessiner dans les nuages. Pour le fils de Buddy, il ne fait aucun doute qu’il devra affronter un cheval indompté mais il n’est pas le seul à s’intéresser à un troupeau d’appaloosas sauvages mené par un ombrageux mâle dominant bien proche de la vision de Jérémie.
L’épisode du Démon blanc constitue un tournant dans l’œuvre de Derib, un rite de passage dans l’âpreté du monde. Le ton se durcit. Jérémie est confronté à sa double culture. Il découvre aussi l’injustice et le génocide du peuple indien. Buddy commence à accuser les ans et il est en butte au racisme du lieutenant Ryan. La tournure tragique des événements avec le massacre des Indiens pacifiques rend compte d’une réalité sordide et historique. Les ocres dominent l’épisode et lui confèrent une teinte chaleureuse démentie par la hargne de Ryan mais justifiée par l’amitié des hommes du fort ou encore l’amour et la concorde de la famille Longway. Même si le graphisme hiératique fige parfois les hommes et les animaux, la science du découpage et du cadrage ajoute du dynamisme à l’œuvre charpentée en train de se bâtir. L’auteur privilégie le dessin et le laisse parler bien plus que les textes réduits mais parfaitement lisibles. De pleines pages muettes mais éloquentes restituent toute la maestria de Derib.
La vengeance (1982) [Note 5/5]
La mise sous tension est immédiatement palpable dans le nouvel album de Derib. Katia, la petite-fille de César, a épousé Michaël. Elle vient de s’enfuir du fort avec Janet, son bébé de deux mois, à la recherche de son mari disparu. Michaël Cooper s’était fait chercheur d’or afin de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Le vieux César vient demander l’aide de Buddy afin de retrouver ses proches évanouis dans la nature. Le cauchemar de Chinook était donc prémonitoire. Buddy va quitter sa famille pendant longtemps. Le trappeur et César remontent les pistes et découvrent rapidement Katia avec Janet, réfugiés dans la baraque de Slim le borgne. Quitté par César, rejoint par Jérémie, Buddy continue de chercher Michaël. Avec son fils, ils se dirigent sur la nouvelle bourgade de Bear Town que les prospecteurs miniers enrichissent. Fort heureusement, au Nugget’s Hotel, Buddy et Jérémie croisent une ancienne connaissance, Curly, propriétaire de l’établissement et prompt à les aider. Buddy va avoir à jouer une partie serrée avec la famille Mac Kenzie dont le père sermonneur cache un esprit retors et assassin.
L’épisode renoue les fils du passé. Slim et Curly, personnages secondaires mais attachants reviennent sur le devant de la scène. Leurs actes courageux sont décisifs et salutaires. L’enquête menée par Buddy est dénouée par le flair d’un cheval, Darky que Michaël avait dressé puis offert à Buddy en remplacement de Fellow. La séparation du couple Longway est amorcée et va se poursuivre dans l’aventure suivante.
Capitaine Ryan (1983). [Note 5/5]
En route vers le fort, Buddy croise le capitaine Ryan, monté en grade et sur ses grands chevaux. Sa haine des Indiens a provoqué la fuite de Chinook et de Kathleen du fort. Révulsé par les propos fielleux de Ryan, Buddy le frappe au visage et déclenche la vindicte du capitaine. Poursuivi par les soldats, Buddy Longway doit se cacher. Sa mise au ban de la société est encore aggravée par son expropriation. Sa maison est maintenant occupée par une nouvelle famille de fermiers. Une attaque indienne meurtrière finit de réduire en cendre sa ferme. Accueilli par une tribu crow, Buddy suit les traces de sa femme et de sa fille qui ont précédemment séjourné dans le campement. Au petit matin, les soldats menés par le capitaine Ryan chargent le village dans le but de massacrer tous les habitants mais Buddy, sur le départ, surprend l’attaque scélérate et donne l’alerte.
Troisième intégrale (sur cinq) d’une œuvre solide, conçue en deux temps (1972-1987 et 2002-2006). La reprise en intégrale d’albums parus séparément n’est pas redondante. Bien au contraire, elle a été pensée par son auteur pour structurer la saga de Buddy Longway. Chaque intégrale possède un titre propre significatif et la trentaine de pages supplémentaires dotées d’une belle iconographie éclairent et enrichissent l’ensemble. On peut juste regretter que les belles couvertures originelles ne soient reproduites qu’en trop petit format mais ce n’est que vétille et chipotage. Dans l’œuvre de Derib, les personnages vieillissent et s’étoffent, gagnant en densité contre la froidure de l’existence. Rien ne sera épargné aux pionniers de l’Ouest alors que les lois ne protègent pas encore les hommes et que la nature américaine est omniprésente et non domestiquée. Derib a le rare privilège d’avoir bâti son grand œuvre dessiné à travers cette fresque humaniste à la charnière de deux mondes, entre la civilisation en marche et la nature en recul au diapason d’une frontière flottante ressentie au cœur des enfants métissés de Buddy et de Chinook. Les hommes y donnent libre cours à leurs instincts mais ils savent aimer ou détester avec fougue, n’ayant pas encore établi de « contrat social » qui pourrait reléguer leur liberté au profit de la sécurité et de la paix. Il n’y a donc rien de frelaté dans les histoires superbement contées par l’artiste helvète. Même si le graphisme semble un peu rigide, tout amidonné par les larges aplats noirs et des cernes épais, l’expression des visages, la représentation de la nature, animaux et paysages en symbiose (Derib excelle à dessiner les chevaux qu’il connaît de l’intérieur) relativisent largement un graphisme manquant de souplesse et de délié. Derib est étonnant et imposant dans ses cadrages éclatés, inventifs, expressifs, en phase avec l’histoire et les sentiments véhiculés. Enfin, la mise en couleur est royale, baignant dans les ocres, les jaunes et les rouges que les bleus des glaces et des ciels rehaussent en touches discrètes.
Buddy Longway. Intégrale 4, Loin des siens. (5/5)
Le couple métissé Buddy Longway et Chinook traduit un idéal d’entente et d’harmonie où la virilité de l’homme n’estompe pas la féminité de Chinook. Buddy écoute, entend et respecte sa famille. Il saura se remettre en question et s’adapter à de nouvelles situations en passant notamment du statut de chasseur à celui d’agriculteur. La 4e intégrale du grand œuvre de Derib narre l’errance de Longway à travers l’Ouest américain. Buddy cherche à rejoindre sa femme et sa fille recueillies par leur tribu sioux d’attache, elle-même nomade. Autant dire que le cheminement de Buddy Longway est incertain tant les rares jalons fluctuent au gré des rencontres et des ouï-dire.
Le vent sauvage (1984) [Note 4/5]
Le Chinook, comparable au foehn, est un vent typique des Rocheuses, en Amérique. Il s’est levé alors que Buddy est toujours sur la piste de sa femme Chinook et sa fille Kathleen. Pris dans la tourmente, Buddy traverse la « Forêt des grands hommes » qui est un lieu hanté selon les croyances indiennes. Après que le Chinook se soit calmé, le trappeur découvre un couple d’émigrants hongrois, Gregor et Mariska Komonczy immobilisés près de leur chariot renversé. Les chevaux ont été effrayés et Gregor pense avoir vu passer une ombre géante. Buddy propose son aide pour réparer le chariot et conduire le couple en lieu sûr. Soulagé, Gregor décide de jouer du violon pour couronner l’événement. Un cheval de l’attelage étant mort, l’apparition d’une mule semble providentielle. Chemin faisant, le convoi croise une groupe d’Indiens Crees. Croyant que tous les Indiens sont des pillards, Gregor empoigne son fusil mais Buddy lui demande de jouer du violon pour les hommes rouges. Saisis et émerveillés par la musique de Brahms, les Crees les autorisent à traverser leur territoire. Interloqué par les idées préconçues du couple, Buddy décide, au campement, de raconter l’histoire de sa femme Chinook.
Le 13e tome de la série ouvrant le recueil et relatant le passé de Chinook s’inscrit dans une belle symétrie avec l’émouvant 16e album éclairant le passé de Buddy et clôturant la quatrième intégrale intitulée justement « Loin des siens ». Même si la première histoire avance placidement en dépit de la tourmente qui agite la nature et remue les hommes, l’apparition altière des Crees médusés par la musique, seule capable de calmer les géants de la forêt, est marquante.
La robe noire (1985) [Note 4/5]
Des pluies diluviennes s’abattent sur le convoi mené par Buddy. Mariska accouche avec l’aide du trappeur. Un bébé naît avec comme lieu géographique les grands espaces de l’Ouest. Tout pourrait s’adoucir dans le vaste monde mais Mariska est enlevé par Loup Noir désireux d’en faire sa femme. Pour Gregor et Buddy, la partie à jouer va être délicate.
Le ton se durcit dans cet album. Les hommes se cherchent et se découvrent. Les Komonczy apprennent des Indiens à travers les récits et les comportements de Buddy Longway mais les comportements outranciers et irrespectueux des Blancs, colons, chasseurs ou soldats entraînent des réactions en chaîne où les innocents trinquent. Apprendre à se connaître et à communiquer pourrait constituer un bel élan vers la concorde mais les convoitises attisent toutes les bêtises. La réaction du chef de la tribu Crees est remarquable alors qu’il accepte une montre en échange du violon que Gregor lui a offert précédemment : « Les heures n’appartiennent à personne… Ton cadeau ne sert à rien mais il fait un joli bruit… Loup Noir te remercie ».
Hooka-hey (1986) [Note 5/5]
Toujours en quête de sa famille, Buddy Longway atteint enfin le territoire des Sioux où sa femme et sa fille auraient pu trouver refuge mais il lui faut vite déchanter malgré la rencontre magique de Petit-Loup, le louveteau jadis apprivoisé par son fils Jérémie et devenu un vieux mâle car Tonnerre du Matin et ses guerriers sont en guerre face à l’installation des colons sur leurs terres. Capturé, Buddy rejoint le jeune sergent Robert Hoffman du 3e de cavalerie. Destinés au poteau d’exécution, les deux hommes fraternisent dans l’angoisse du lendemain.
Les aventures de Buddy Longway vont crescendo. A mesure que le héros vieillit, les drames s’empilent à l’exemple des guerres indiennes qui le bouleversent, partagé qu’il est entre sa culture européenne et son intimité avec les Indiens. Derib n’esquive plus et entre dans le vif du sujet à travers les massacres, les spoliations, la haine xénophobe vis-à-vis des Indiens mais aussi la noblesse des hommes, leur courage, leur amitié et la splendeur de la nature dont Petit-Loup fait partie intégrante. De superbes dessins qu’une mise en page éclatée sublime ponctuent un récit prenant de bout en bout. L’auteur est alors probablement au sommet de son art alors même qu’il domine parfaitement son sujet.
Le dernier rendez-vous (1987) [Note 5/5]
Nuage-Gris, Sioux ami de Jérémie, fils de Buddy, est au plus mal car la blessure reçue lors de l’affrontement avec les soldats ne fait qu’empirer. Une vieille Indienne, Sagesse-Folle apparaît comme par enchantement dans un paysage de neige. Elle semblait attendre Buddy Longway depuis des lustres. Qui est-elle ? Elle emmène les deux hommes au camp indien, soigne Nuage-Gris et dévoile un pan de son passé. Jeune, elle s’appelait Petite Lune. Elle a connu et aimé le père de Buddy, Harold Tête-Rouge mais le récit qu’elle délivre à Buddy est tragique.
Ce 16e album aurait pu clore la série car il en constitue une pierre angulaire en restituant le passé du père de Buddy et en réunissant une partie de la famille Longway. D’ailleurs Derib a laissé ses personnages en latence durant quinze ans avant de reprendre le flambeau de ses pinceaux et de poursuivre l’aventure de Buddy et des siens. Les enchâssements d’histoire dans l’histoire, Buddy est le principal narrateur mais Sagesse-Folle le relaie et passe le relai à Harold Tête-Rouge sont superbement restitués graphiquement avec des dessins en grisaille hachurés et sans aplat. L’histoire est particulièrement émouvante. Le lecteur peut seulement noter une incohérence temporelle, Sagesse-Folle semble bien âgée. Si elle avait quinze ans lorsqu’elle a rencontré Harold, Buddy en avait quatre à l’époque. Si Buddy Longway est âgé d’une quarantaine d’années aujourd’hui, Sagesse-Folle devrait en avoir une dizaine de plus que lui, soit une cinquantaine d’années. Elle semble en avoir quatre-vingt-dix.
Quatrième intégrale (sur cinq) d’une œuvre cohérente qui a nécessité trente-deux ans (1974-2006) de la part de son créateur Derib, les paysages somptueux de l’Ouest américain, la profonde humanité des personnages, la connaissance approfondie des mœurs et coutumes indiens concourent à faire de cette saga une référence dans le monde du 9e art en général et dans celui du western en particulier.
Tadam! Je crois bien que c'est le 90000ème avis !
Fabuleux Sergio Toppi qui avec quelques traits de plumes arrive à prendre le lecteur pour l'emmener faire un voyage d'où il ressort avec des images dans la tête, mais également un sentiment de plénitude comme c'est le cas ici. Ayant découvert l’œuvre de Toppi tardivement c'est à ce jour l'album que je préfère de lui. Il en émane une sorte de sérénité, j'en veux pour preuve la première histoire où cette princesse déchue décide de ne plus ouvrir les yeux, peut-être pour ne pas voir sa déchéance.
Que dire également de la dernière histoire, "Ogari 1650" qui ferme la boucle de manière magistrale avec ce retour aux temps modernes, la poésie est morte, la violence reste. Cette dernière planche et son texte resteront longtemps dans mon esprit.
Amoureux d'un Japon médiéval parfois idéalisé, mais c'est aussi la marque des poètes, ce magnifique album est pour vous, les autres découvriront un auteur essentiel mais finalement un peu méconnu.
La pierre de feu.
Le mythique phare d’Ar-Men, bâti au bout de la chaussée de Sein, n’en est pas moins ancré dans la dure réalité que des paquets de mer font vibrer régulièrement. Bâtiment prestigieux que sa rudesse et son isolement rehaussent, il concentre le génie et l’opiniâtreté des hommes dans leur combat contre les éléments naturels. Avant son automatisation en 1990, le phare breton aura composé un austère huis-clos tournant le dos à l’océan pour des générations de gardiens. Emmanuel Lepage, artiste exceptionnel, dont les albums souvent multi-primés demeurent relativement confidentiels, semble fasciné par ces endroits utopiques et inhumains, adossés au néant, à l’instar des îles Kerguelen ou de la zone irradiée de Tchernobyl. Il fallut qu’Ar-Men existât pour lui aussi. La fiction, documentée aux sources primaires (témoignages des derniers gardiens du phare, hélitreuillage sur Ar-Men), nourrie aux auteurs essentiels (Henri Queffélec, Jean-Pierre Abraham, Bruno Le Floc’h), etc. compose un reportage en bande dessinée dont la construction narrative se révèle émouvante et poétique. En effet, la mer, en s’engouffrant dans le phare, déshabille les murs de leur crépi et met à jour l’histoire écrite de Moïzez, premier gardien ayant participé à la construction du phare que Germain, ultime gardien, va déchiffrer. Dans l’oscillation entre passé et présent, l’édification d’Ar-Men, le brassage des légendes bretonnes (la cité d’Ys, l’Ankou) et les histoires personnelles s’emboîtent et composent une fresque humaine et féérique où la solitude s’engouffre dans la démesure océanique. Les techniques graphiques utilisées par Emmanuel Lepage sont variées, maîtrisées et utilisées à propos : de splendides aquarelles lumineuses et transparentes pour la période contemporaine, du lavis noir & blanc rehaussé de brou de noix et enrichi d’encre terre de Sienne pour la partie consacrée à la construction du phare, des encres de couleur pour l’évocation des légendes. Artiste inspiré, il donne à voir l’insondable puissance vitale qu’est la mer en mouvement. Dès la saisie de l’ouvrage, le lecteur sent qu’il se trouve au seuil d’une œuvre habitée.
J'apprécie cette BD et particulièrement ce personnage de Corto Maltese qui évolue dans un univers parfois sombre et inhospitalier, traverse le temps et l'espace avec élégance et nostalgie.
Un beau travail de Hugo Pratt qui maîtrise le genre et produit cette saga dont on ne se lasse pas.
Cela fait partie des albums que je relis avec plaisir à mes moments perdus et qui ont peut être influencé mon existence.
Je vous souhaite de partager mon enthousiasme, mais il est possible que cela déplaise à un public plus jeune.
Bonne lecture
Quel est donc l'intérêt d'adapter un auteur culte comme Lovecraft en manga ? Voici le genre de questions qui risquent de devenir désuètes une fois le bouquin reposé car il s'agit probablement d'une des plus belles retranscriptions du mythe de Cthulhu.
Gou Tanabe prend tout son temps pour instaurer une ambiance anxiogène assez palpable dès les premières pages et montant crescendo. Malgré une structure en forme de mille-feuilles, le lecteur n'est jamais perdu par un fil conducteur assez intriguant : une petite statue en argile représentant une créature mi-dragon mi-pieuvre, le grand Cthulhu lui-même. L'enquête se base principalement sur des écrits ou des témoignages et nous fait remonter dans un passé illustré entre sombres forêts et forteresses immergées.
Là où Lovecraft préfère la suggestion, Tanabe préfère le spectaculaire. Tel un ressort lentement tendu, tout le piège narratif se desserre d'un coup lorsque Cthulhu entre en scène. Il s'agit probablement de la créature la plus connue de cet univers et on frisonne devant de magnifiques doubles pages richement détaillées. Cela ne pourra peut-être pas plaire à tous les amateurs de l'oeuvre originelle mais on reste ébahi à chacune des apparitions spectaculaires de la créature, véritable attraction et feu d'artifice de toute cette enquête. Ce brillant tour de force est à mes yeux une des plus audacieuses adaptations d'un récit de Lovecraft et me pousse directement à aller lire les autres œuvres de ce mangaka plutôt doué. Rendez-vous est d'ors et déjà pris me concernant pour lire ses autres projets directement en lien avec cet univers.
Que dire ?
Un ovni !
Narration, mise-en scène, découpage, dialogues, dessins, couleurs … cela frise la perfection.
L’idée de départ est bien pensée avec ce Jacques Ramirez, tueur à gage mexicain redouté, qui se servirait d’un emploi de réparateur d’aspirateurs comme couverture. La situation s’emballe rapidement avec une succession de concours de circonstances qui a un effet boule de neige. C’est un album dynamique et dynamité … l’action est présente mais sans prendre le pas sur le fond. Bref, un récit bien dosé … équilibré juste comme il faut.
Je n’aurai pas trop à attendre pour le deuxième opus (ouf !).
Que ça fait du bien de lire une belle BD comme ça!
J’avais déjà beaucoup aimé le journal d’un ingénu. Le premier tome de “l’espoir malgré tout” me semblait moins intéressant avec un Fantasio un peu débile.
Mais l’histoire prend de la hauteur (ainsi que Fantasio) dans un second tome très bien huilé!
De bonnes références historiques, un très beau dessin, un scénario très bien ficelé: on se régale dans ce récit.
Vivement le 3ème (et le 4ème tome)!
Mais que c’est bon de reprendre un album de Rahan, le fils adoptif de Crâo. Le destin épique du fils des âges farouches ont bercé toute mon adolescence à travers ses aventures dans pif gadget. Petite séquence nostalgie avec cette série mythique.
Il beau, intelligent, blond, athlétique, observateur, courageux, honnête, charitable, précautionneux, loyal... Le gendre parfait dirait ma belle-mère ! Et il possède un couteau en ivoire de mammouth qu’il a volé ne l’oublions pas ! Pas si parfait que ça en fait le garçon !
J’ai lu et relu tous les albums. Ils ne sont d’ailleurs pas tous dans un état excellent à force de les avoir feuilletés. J’ai dévoré ces aventures préhistoriques fascinantes. Les héros de Marvel peuvent aller se rhabiller, mon premier super héros à moi, c’était Rahan.
Rahan, c’est ma fontaine de jouvence. C’est le Panthéon de la bande dessinée. Du culte évidemment. Et pour « ceux qui marchent debout » qui ne connaissent pas encore, il faut foncer pour se délecter de ces albums.
Une question cependant me turlupine. On connait le père de Rahan. Mais sa mère comment se nomme t elle ???
Après l’essai non transformé des éditions Anthracite en 1995, l’éditeur Cornélius reprend le flambeau et offre enfin à la France, en l’an de grâce 2013, l’intégralité des aventures de Mister Cat, Fritz de son prénom, matou jouisseur et inconséquent imaginé par Robert Crumb entre 1964 et 1972. Des soixante pages parues chez Anthracite, Cornélius double la mise. Pour la première fois dans nos contrées, soit presque cinquante ans depuis sa naissance américaine, il est possible de suivre le parcours du chat frimeur et roublard, son ascension et sa déchéance, un pic à glace fiché au sommet du crâne. Après le film d’animation réalisé par Ralph Bakshi en 1972 et renié par Robert Crumb, le créateur de Fritz ne voulait pas d’une nouvelle récupération tronquée de son chat pas empoté et encore moins classé X. Il le fait tuer par une autruche névrosée, Andrea, se rêvant danseuse étoile mais enfouissant sa tête sous les coussins à la moindre contrariété. Le postérieur ainsi offert avec une plume en panache appelait sinon la paluche au moins le pied du Cat. D’un « Boop ! » dans sa Betty, Fritz scelle son destin. On peut regretter que le « gros malin » tigré finisse en carpette, rétamé par une énième cruche au cœur brisé et à l’amour-propre sali mais sa mort le grandit tel un « Balafré » de la vie.
L’œuvre de Robert Crumb forme un tout cohérent en dépit de strips parfois bricolés et acquiert une aura que le temps ne ternit pas. Hors des modes, Fritz the Cat n’a pas un seul poil blanc dans le pelage. Le style de l’auteur n’est jamais pris en défaut même lorsque le graphisme des débuts semble légèrement brouillon. La précision du trait que les hachures magnifient et que les aplats noirs sertissent place cette bande dessinée animalière au pinacle du 9e art.
[Rahan : intégrale noir et blanc. Tome 1. – Soleil, 2009]
Les débuts d’un bon Aryen.
A peine édité, déjà indisponible, le 1er tome d’une intégrale Rahan en noir & blanc à paraître en 10 volumes aux éditions Soleil est en passe de devenir un objet de collection alors que l’esprit des créateurs de la série, Roger Lécureux et André Chéret, était à l’origine ouvert au plus grand nombre. La bande dessinée, en 1969, quand Rahan est né, était populaire et accessible. Pauvre du lumpenprolétariat, il était encore possible d’arriver à grappiller les centimes nécessaires à l’achat de Pif gadget et si ce n’était pas le cas, de troquer, d’échanger, de marchander afin de constituer des collections d’illustrés à bon marché, de Blek le Roc à Cap’tain Swing, d’Akim à Tarzan, de Mandrake à l’Ombre qui marche. Aujourd’hui, il faut débourser en conséquence pour retrouver les odeurs d’imprimerie de l’enfance et surtout les qualités d’impression incomparables d’antan sur un papier granuleux d’époque. La nostalgie se monnaye et le plaisir se frelate alors que la surenchère d’images de synthèse bien lissées bat son plein. Bien sûr, il peut être difficile d’apprécier le propos quand Rahan tue à bras raccourci les fauves et tous les animaux menaçants, crocodile, serpent, sanglier, etc. La protection de la grande faune n’était pas à l’ordre du jour et il était encore moins question de la 6e extinction animale de masse programmée. Seul le message de fraternité, de justice et de tolérance était essentiel. Le premier récit complet de 20 pages qui ouvre le recueil s’intitule « Le secret du soleil ». Rahan est en Australie avec ses kangourous et ses boomerangs. Il poursuit le soleil afin de dénicher son repaire. Heureusement, la métaphore d’une course en pirogues autour d’une île met la puce à l’oreille au fils des âges farouches. Rahan a l’intuition que les sphères gravitent dans l’espace ou du moins que la Terre est ronde. C’est osé mais ça passe. Le lecteur opine du chef à la trouvaille du scénariste. Le dessin un peu amidonné des débuts de Chéret s’assouplit rapidement au fil des épisodes. Déjà le 4e récit, « Le tombeau liquide », montre un dessinateur en phase avec son personnage et le bestiaire de la préhistoire. Rahan acquiert ses traits définitifs. Les histoires s’enchaînent et le plaisir de la redécouverte est constant. Des bonheurs graphiques, des astuces scénaristiques agrémentent sans cesse le parcours jubilatoire du lecteur conquis à vie. Certains dessins sont des merveilles. Il est difficile de mettre en avant une histoire plutôt qu’une autre. Peut-être que celle du « Petit d’homme » est la plus séduisante quand Rahan recueille un bambin fugueur à quatre pattes et fait la nounou ? Alors qu’il épargne Baghaé la panthère, en apercevant ses petits, Rahan se trouve récompensé par l’animal plus tard. Celui-ci s’étonnera : « Les bêtes seraient-elles plus loyales, plus reconnaissantes que ‘Ceux qui marchent debout’ ? » Les enfants savent souvent attendrir les cœurs solitaires des chasseurs les plus endurcis. Rahan reprendra vite ses habitudes ensuite et le coutelas d’ivoire sèmera la mort à nouveau. Dire que les auteurs ont produit 170 épisodes pour un total d’environ 3 500 planches ! Il fallait bûcher pour croûter mais le résultat est bien là. Rahan est une somme et le psychanalyste peut déjà fourbir ses armes car le personnage est un cas.
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Buddy Longway
Buddy Longway. Intégrale 1, Chinook pour la vie (5/5) Que de chemin parcouru avec ce bon vieux copain, Buddy Longway [Buddy se traduit par « pote » et Longway par la « route à faire »], depuis les premières planches de Chinook prépubliées dès le 3 avril 1973 dans le journal Tintin jusqu’à la réédition de l’intégrale de février 2010 ! A l’époque, Buddy a une vingtaine d’années. Le trappeur blanc que les Indiens appellent « Cheveux jaunes » a vécu sa vie de papier au Far West dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Buddy Longway a vieilli de manière atypique pour un personnage de bédé car rares sont les héros qui accusent un coup de vieux, mûrissent et finissent par mourir comme dans la vraie vie. Chinook (1974) Après le décès de son oncle Jérémie, Buddy Longway part pour sa première saison de trappeur. En approchant du fort où il pourra vendre ses fourrures et enfin se distraire, il découvre deux hommes en train de rudoyer une Indienne captive. Buddy s’en mêle et soustrait Chinook aux malfrats. A son grand désarroi, il découvre que la femme subtilisée à la brutalité des hommes est une squaw. Les deux trappeurs vont se venger en les surprenant à leur bivouac. Buddy est roué de coups, ses peaux sont volées mais Chinook est laissée sur place. Blessé dans son orgueil et lésé du produit de sa chasse, il abandonne Chinook et se lance à la poursuite des deux brutes. Ils les découvrent encerclés puis tués par les Crows. Buddy est capturé ainsi que Chinook, Indienne Sioux en bute à la vindicte des Crows. Soumis à l’épreuve de la flèche, Buddy s’extirpe du piège et recouvre sa liberté. Chinook le rejoint et ensemble ils se dirigent vers le campement Sioux là où s’est installée pour l’hiver la tribu de Chinook. L’hiver arrive et la montagne devient hostile. Perdant les vivres en route, Buddy affronte un bison avec son couteau de chasse mais il est encorné par l’animal blessé. [Note 5/5]. L’ennemi (1975) Buddy et Chinook sont mariés et partent à la recherche d’un endroit où s’installer qu’ils finissent par débusquer. D’abord paradisiaque, l’emplacement idéal se révèle hanté par un mystérieux prédateur. La corde servant au débardage est sciée. Dans l’enclos, les chevaux sont pris de panique. Finalement, Buddy découvre l’existence du carcajou, glouton particulièrement agressif mais l’ennemi n’est pas pour autant anéanti car un homme au regard halluciné rôde dans les parages. [Note 5/5] Trois hommes sont passés (1976) débute avec la naissance de Jérémie, fils métis de Chinook et de Buddy. Un louveteau est adopté par la famille Longway et devient l’ami d’enfance de Jérémie. Tout pourrait se passer au mieux si trois chercheurs d’or, Curly, Dallas et Thomas n’apparaissaient dans le paysage. La roue des saisons tourne et Petit Loup grandit puis s’émancipe de l’emprise humaine. A l’appel de ses congénères, le jeune loup mord Jérémie et part à la rencontre d’une bien belle louve à la saison des amours. Esseulé, Jérémie souffre de l’abandon de son compagnon. Pour parer au profond chagrin de l’enfant, Chinook propose à Buddy de voyager jusqu’au camp des Sioux. Jérémie pourra y découvrir sa famille et oublier sa solitude. Pari gagné mais de retour chez eux, les Longway découvrent les trois aventuriers ayant pris leurs aises dans leur maison. Réduits à l’état d’esclaves, Buddy et Chinook rongent leur frein. Dallas a des vues sur la belle Chinook et il n’est pas à un mauvais coup près. [Note 5/5] Seul (1977) narre l’errance de Buddy Longway blessé par une chute de pierre alors qu’il se rendait au fort afin d’y vendre ses fourrures. Mal en point, la jambe brisée, il parvient à ramper et à s’extirper progressivement du piège mortel de l’immobilisation dans un milieu hostile. Les vautours sentent pourtant leur proie vaciller. [Note 4/5] L’intégrale proposée par les éditions du Lombard tient toutes ses promesses en offrant, après une préface instructive rehaussée de dessins inédits, quatre albums de Buddy Longway aux couleurs pimpantes, à l’encrage soigné, sous une belle couverture cartonnée inédite. Pensée dans le détail et peaufinée pour la circonstance, l’anthologie de Derib est d’une rare cohérence. A mesure, le style de l’auteur évolue, perdant en fraîcheur ce qu’il gagne en densité. Les traits accusent davantage les visages. Les ombres noircissent les paysages. Les cadrages sont sans cesse inventifs. La saga qui se dessine n’est pas anodine. Elle va brasser une thématique toujours d’actualité, le rapport de l’homme à la nature, les problèmes liés au métissage, etc. Le lecteur peut retrouver la force motrice d’une œuvre en marche à travers les premières aventures du trappeur blanc. Pour peu que l’on se penche pour la première fois sur l’œuvre majeure de Derib, on peut se laisser emporter puis s’émouvoir sans lassitude ni mièvrerie. Buddy Longway. Intégrale 2, Kathleen et Jérémie (5/5) L’excellente intégrale Buddy Longway continue sur sa lancée comme un chariot avançant dans la prairie, guidé de main de maître dans les vastes paysages de l’Ouest américain par l’excellent dessinateur et scénariste Claude de Ribaupierre alias Derib. Le secret (1977) Deux Black Feet pourchassent sans répit un Indien métis, White Crow, acculé et contraint à se dissimuler dans une grotte providentielle. Autant Arbre Rouge est sagace et bien intentionné, autant Cheval Fougueux est impulsif et rancunier. Ce dernier cherche à se venger d’une humiliation perpétrée à son insu par White Crow. Le métis est tombé amoureux d’une jeune Indienne, Petit Buisson. Il cherche à la rencontrer et la surprend en pleine cérémonie de purification pendant laquelle elle ne doit être vue par quiconque. Elle est promise à Cheval Fougueux. White Crow n’a pas le loisir d’expliquer sa bévue. Il doit fuir ventre de cheval à terre s’il veut sauver sa peau. Jérémie, le jeune fils de Buddy Longway a découvert la cachette du fugitif. Il se lie d’amitié avec lui mais tait sa rencontre à ses parents. Les Black Feet rôdent dans le secteur et Arbre Rouge soupçonne Jérémie de les mener en bateau. L’affrontement est imminent. [Note 5/5]. L’orignal (1978) Kathleen est venue agrandir la famille Longway. Curieuse de tout, elle interroge son père sur les bois de l’élan américain appelé orignal qui ornent l’entrée de la maison. Buddy raconte à sa toute jeune fille sa partie de chasse à l’orignal menée avec son fils Jérémie. C’est la saison des amours et les élans s’affrontent durement pour saillir la femelle convoitée. Les mâles sont particulièrement belliqueux durant cette période et les Longway père et fils vont en faire les frais. Le grand mâle va déployer une ruse et une hardiesse hors du commun. Il fait chavirer la pirogue puis course à terre les deux chasseurs déconfits après qu’ils ont regagné péniblement le rivage. Jérémie est saisi de panique. [Note 5/5] L’hiver des chevaux (1978) Daim Rapide, frère de Chinook, vient avertir la famille Longway que leur père, Ours Debout, est en train de mourir et réclame sa fille à son chevet. Kathleen, trop jeune pour voyager en hiver, reste avec son père à la cabane. La séparation va durer plusieurs mois. Buddy part à la chasse avec sa fille mais son cheval, Fellow, est immobilisé dans une congère. Buddy décide de construire un igloo afin de résister au froid de la nuit. Au petit matin, Buddy se rend compte que son cheval a été libéré du piège de neige par d’autres chevaux sauvages. Il décide de retrouver sa monture mais le chef du troupeau, un appaloosa contraint Fellow à rester dans la horde. Buddy ne sait plus comment faire d’autant qu’un Mexicain rencontré en chemin a décidé d’éliminer tous les chevaux car son frère a été tué d’une ruade par le grand cheval tacheté. Fellow est maintenant dans le lot des condamnés et le Mexicain est obnubilé par son idée fixe, celle de venger son frère Ramon. [Note 5/5] L’eau de feu (1979) Les Black Feet attaquent la cabane des Longway alors que les relations étaient jusqu’à lors pacifiques. Une poignée d’Indiens, pour se procurer de l’alcool, n’hésitent pas à dépouiller les trappeurs des environs pour faire main basse sur les fourrures et rassasier les pourvoyeurs blancs sans scrupule et âpres au gain. [Note 4/5] Dans le vif du sujet, au cœur du style accompli de l’auteur, le lecteur découvre avec cette seconde intégrale la qualité d’un découpage éclaté, novateur pour l’époque mais d’une grande lisibilité et d’une réelle beauté, un dessin puissamment structuré par des aplats noirs et denses, un trait épais creusant les ombres, charpentant les visages et les paysages. Le racisme lié au métissage est abordé sans pesanteur mais avec acuité et sensibilité. On ne peut être que touché par la grâce de Jérémie, enfant, adolescent et jeune homme, né de l’amour d’un Blanc et d’une Indienne ainsi que par son entrée dans le monde adulte plein de bruit et de fureur. L’œuvre « déribienne » monte encore d’un cran avec L’hiver des chevaux basé sur le thème de la vengeance. Derib est à l’aise avec les chevaux. Il les connaît et les dessine avec fougue. La mort d’Ours Debout, père de Chinook, est émouvante mais aussi empreinte de sérénité. Le dessin inventif atteint une rare intensité quand le profil du vieux chef indien semble se confondre avec la neige tombant du ciel. Dans cette histoire, tout est beau, les sentiments profonds exprimés en demi-teinte, la montagne sous la neige violine, les cadrages, la mise en page superbe, l’économie du texte au profit d’un dessin emplissant toute la page sans rien étouffer, les couleurs chaudes des cuirs et des bois, le charisme de Kathleen parlant aux chevaux, etc. La dernière histoire du recueil faiblit un peu en intensité par rapport à l’ensemble mais elle reste agréable à lire et surprenante quand Kathleen arrive à faire comprendre à son père que le piégeage des animaux pourrait être remplacé par l’élevage et l’agriculture. Pour Buddy, une révolution intérieure est en marche. Buddy Longway. Intégrale 3, La folie des hommes. (5/5) Les pages liminaires du volume III de l’intégrale Buddy Longway mettent en avant les valeurs spirituelles de l’œuvre ne serait-ce parce que les Indiens sont représentés comme des êtres humains en symbiose avec la Terre-mère ou quand les personnages principaux, Buddy Longway et sa femme Chinook croient en l’amour. Premières chasses (1980) [Note 4/5] Kathleen, la toute jeune fille métisse de Buddy et de Chinook aimerait tant que son père dresse le poulain « Tout Noir » afin qu’elle puisse enfin le chevaucher. L’insistance de l’enfant énerve le père converti malgré lui en agriculteur qui se fâche. Mortifiée, Kathleen décide de s’enfuir au petit matin avec son poulain qu’elle maîtrise à peine. Une vilaine chute de cheval cloue l’enfant au sol et la laisse fiévreuse après que ses parents la recueillent sous la pluie battante. Au chevet de son lit, Buddy en est quitte pour raconter des histoires de chasse à sa fille convalescente. Il sera question d’une ourse sorcière, d’un puma à la patte atrophiée, d’un autre ours et d’une amitié à partager avec Loup-Noir, un chasseur indien expérimenté. Ce 9e tome de la série accorde très adroitement trois courts récits parus à des années d’intervalle (1972, 1979, 1980) avec un décalage graphique flagrant qui ne nuit pourtant en rien à la cohérence de l’ensemble (voir le côté « Yakari » ou « Go West » de l’épisode datant de 1972). On peut noter qu’il s’agit de la dernière aventure bon enfant, bien dans le ton de l’« hebdoptimiste » Tintin avant que le propos ne se durcisse par la suite même si déjà Hermann, en 1975 renâclait et ruait dans les brancards de Greg, scénariste entre autre de Comanche et de Bernard Prince. Le démon blanc (1981) [Note 5/5] A l’aube, Buddy découvre Fellow, son ancien cheval de route, mort de vieillesse. Le trappeur aussi a vieilli. Son fils Jérémie est devenu un homme sans qu’il ne s’en aperçoive vraiment. Sa femme Chinook l’envoie au fort dans le but de le changer de ses idées maussades mais la rencontre avec le lieutenant Ryan, raciste et belliqueux ne lui facilite pas la tâche. Entretemps, Jérémie découvre par hasard l’initiation d’un jeune Indien. Il décide de suivre les mêmes rites et commence à jeûner. Les privations entraînent des hallucinations et des visions. Un cheval chimérique semble se dessiner dans les nuages. Pour le fils de Buddy, il ne fait aucun doute qu’il devra affronter un cheval indompté mais il n’est pas le seul à s’intéresser à un troupeau d’appaloosas sauvages mené par un ombrageux mâle dominant bien proche de la vision de Jérémie. L’épisode du Démon blanc constitue un tournant dans l’œuvre de Derib, un rite de passage dans l’âpreté du monde. Le ton se durcit. Jérémie est confronté à sa double culture. Il découvre aussi l’injustice et le génocide du peuple indien. Buddy commence à accuser les ans et il est en butte au racisme du lieutenant Ryan. La tournure tragique des événements avec le massacre des Indiens pacifiques rend compte d’une réalité sordide et historique. Les ocres dominent l’épisode et lui confèrent une teinte chaleureuse démentie par la hargne de Ryan mais justifiée par l’amitié des hommes du fort ou encore l’amour et la concorde de la famille Longway. Même si le graphisme hiératique fige parfois les hommes et les animaux, la science du découpage et du cadrage ajoute du dynamisme à l’œuvre charpentée en train de se bâtir. L’auteur privilégie le dessin et le laisse parler bien plus que les textes réduits mais parfaitement lisibles. De pleines pages muettes mais éloquentes restituent toute la maestria de Derib. La vengeance (1982) [Note 5/5] La mise sous tension est immédiatement palpable dans le nouvel album de Derib. Katia, la petite-fille de César, a épousé Michaël. Elle vient de s’enfuir du fort avec Janet, son bébé de deux mois, à la recherche de son mari disparu. Michaël Cooper s’était fait chercheur d’or afin de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Le vieux César vient demander l’aide de Buddy afin de retrouver ses proches évanouis dans la nature. Le cauchemar de Chinook était donc prémonitoire. Buddy va quitter sa famille pendant longtemps. Le trappeur et César remontent les pistes et découvrent rapidement Katia avec Janet, réfugiés dans la baraque de Slim le borgne. Quitté par César, rejoint par Jérémie, Buddy continue de chercher Michaël. Avec son fils, ils se dirigent sur la nouvelle bourgade de Bear Town que les prospecteurs miniers enrichissent. Fort heureusement, au Nugget’s Hotel, Buddy et Jérémie croisent une ancienne connaissance, Curly, propriétaire de l’établissement et prompt à les aider. Buddy va avoir à jouer une partie serrée avec la famille Mac Kenzie dont le père sermonneur cache un esprit retors et assassin. L’épisode renoue les fils du passé. Slim et Curly, personnages secondaires mais attachants reviennent sur le devant de la scène. Leurs actes courageux sont décisifs et salutaires. L’enquête menée par Buddy est dénouée par le flair d’un cheval, Darky que Michaël avait dressé puis offert à Buddy en remplacement de Fellow. La séparation du couple Longway est amorcée et va se poursuivre dans l’aventure suivante. Capitaine Ryan (1983). [Note 5/5] En route vers le fort, Buddy croise le capitaine Ryan, monté en grade et sur ses grands chevaux. Sa haine des Indiens a provoqué la fuite de Chinook et de Kathleen du fort. Révulsé par les propos fielleux de Ryan, Buddy le frappe au visage et déclenche la vindicte du capitaine. Poursuivi par les soldats, Buddy Longway doit se cacher. Sa mise au ban de la société est encore aggravée par son expropriation. Sa maison est maintenant occupée par une nouvelle famille de fermiers. Une attaque indienne meurtrière finit de réduire en cendre sa ferme. Accueilli par une tribu crow, Buddy suit les traces de sa femme et de sa fille qui ont précédemment séjourné dans le campement. Au petit matin, les soldats menés par le capitaine Ryan chargent le village dans le but de massacrer tous les habitants mais Buddy, sur le départ, surprend l’attaque scélérate et donne l’alerte. Troisième intégrale (sur cinq) d’une œuvre solide, conçue en deux temps (1972-1987 et 2002-2006). La reprise en intégrale d’albums parus séparément n’est pas redondante. Bien au contraire, elle a été pensée par son auteur pour structurer la saga de Buddy Longway. Chaque intégrale possède un titre propre significatif et la trentaine de pages supplémentaires dotées d’une belle iconographie éclairent et enrichissent l’ensemble. On peut juste regretter que les belles couvertures originelles ne soient reproduites qu’en trop petit format mais ce n’est que vétille et chipotage. Dans l’œuvre de Derib, les personnages vieillissent et s’étoffent, gagnant en densité contre la froidure de l’existence. Rien ne sera épargné aux pionniers de l’Ouest alors que les lois ne protègent pas encore les hommes et que la nature américaine est omniprésente et non domestiquée. Derib a le rare privilège d’avoir bâti son grand œuvre dessiné à travers cette fresque humaniste à la charnière de deux mondes, entre la civilisation en marche et la nature en recul au diapason d’une frontière flottante ressentie au cœur des enfants métissés de Buddy et de Chinook. Les hommes y donnent libre cours à leurs instincts mais ils savent aimer ou détester avec fougue, n’ayant pas encore établi de « contrat social » qui pourrait reléguer leur liberté au profit de la sécurité et de la paix. Il n’y a donc rien de frelaté dans les histoires superbement contées par l’artiste helvète. Même si le graphisme semble un peu rigide, tout amidonné par les larges aplats noirs et des cernes épais, l’expression des visages, la représentation de la nature, animaux et paysages en symbiose (Derib excelle à dessiner les chevaux qu’il connaît de l’intérieur) relativisent largement un graphisme manquant de souplesse et de délié. Derib est étonnant et imposant dans ses cadrages éclatés, inventifs, expressifs, en phase avec l’histoire et les sentiments véhiculés. Enfin, la mise en couleur est royale, baignant dans les ocres, les jaunes et les rouges que les bleus des glaces et des ciels rehaussent en touches discrètes. Buddy Longway. Intégrale 4, Loin des siens. (5/5) Le couple métissé Buddy Longway et Chinook traduit un idéal d’entente et d’harmonie où la virilité de l’homme n’estompe pas la féminité de Chinook. Buddy écoute, entend et respecte sa famille. Il saura se remettre en question et s’adapter à de nouvelles situations en passant notamment du statut de chasseur à celui d’agriculteur. La 4e intégrale du grand œuvre de Derib narre l’errance de Longway à travers l’Ouest américain. Buddy cherche à rejoindre sa femme et sa fille recueillies par leur tribu sioux d’attache, elle-même nomade. Autant dire que le cheminement de Buddy Longway est incertain tant les rares jalons fluctuent au gré des rencontres et des ouï-dire. Le vent sauvage (1984) [Note 4/5] Le Chinook, comparable au foehn, est un vent typique des Rocheuses, en Amérique. Il s’est levé alors que Buddy est toujours sur la piste de sa femme Chinook et sa fille Kathleen. Pris dans la tourmente, Buddy traverse la « Forêt des grands hommes » qui est un lieu hanté selon les croyances indiennes. Après que le Chinook se soit calmé, le trappeur découvre un couple d’émigrants hongrois, Gregor et Mariska Komonczy immobilisés près de leur chariot renversé. Les chevaux ont été effrayés et Gregor pense avoir vu passer une ombre géante. Buddy propose son aide pour réparer le chariot et conduire le couple en lieu sûr. Soulagé, Gregor décide de jouer du violon pour couronner l’événement. Un cheval de l’attelage étant mort, l’apparition d’une mule semble providentielle. Chemin faisant, le convoi croise une groupe d’Indiens Crees. Croyant que tous les Indiens sont des pillards, Gregor empoigne son fusil mais Buddy lui demande de jouer du violon pour les hommes rouges. Saisis et émerveillés par la musique de Brahms, les Crees les autorisent à traverser leur territoire. Interloqué par les idées préconçues du couple, Buddy décide, au campement, de raconter l’histoire de sa femme Chinook. Le 13e tome de la série ouvrant le recueil et relatant le passé de Chinook s’inscrit dans une belle symétrie avec l’émouvant 16e album éclairant le passé de Buddy et clôturant la quatrième intégrale intitulée justement « Loin des siens ». Même si la première histoire avance placidement en dépit de la tourmente qui agite la nature et remue les hommes, l’apparition altière des Crees médusés par la musique, seule capable de calmer les géants de la forêt, est marquante. La robe noire (1985) [Note 4/5] Des pluies diluviennes s’abattent sur le convoi mené par Buddy. Mariska accouche avec l’aide du trappeur. Un bébé naît avec comme lieu géographique les grands espaces de l’Ouest. Tout pourrait s’adoucir dans le vaste monde mais Mariska est enlevé par Loup Noir désireux d’en faire sa femme. Pour Gregor et Buddy, la partie à jouer va être délicate. Le ton se durcit dans cet album. Les hommes se cherchent et se découvrent. Les Komonczy apprennent des Indiens à travers les récits et les comportements de Buddy Longway mais les comportements outranciers et irrespectueux des Blancs, colons, chasseurs ou soldats entraînent des réactions en chaîne où les innocents trinquent. Apprendre à se connaître et à communiquer pourrait constituer un bel élan vers la concorde mais les convoitises attisent toutes les bêtises. La réaction du chef de la tribu Crees est remarquable alors qu’il accepte une montre en échange du violon que Gregor lui a offert précédemment : « Les heures n’appartiennent à personne… Ton cadeau ne sert à rien mais il fait un joli bruit… Loup Noir te remercie ». Hooka-hey (1986) [Note 5/5] Toujours en quête de sa famille, Buddy Longway atteint enfin le territoire des Sioux où sa femme et sa fille auraient pu trouver refuge mais il lui faut vite déchanter malgré la rencontre magique de Petit-Loup, le louveteau jadis apprivoisé par son fils Jérémie et devenu un vieux mâle car Tonnerre du Matin et ses guerriers sont en guerre face à l’installation des colons sur leurs terres. Capturé, Buddy rejoint le jeune sergent Robert Hoffman du 3e de cavalerie. Destinés au poteau d’exécution, les deux hommes fraternisent dans l’angoisse du lendemain. Les aventures de Buddy Longway vont crescendo. A mesure que le héros vieillit, les drames s’empilent à l’exemple des guerres indiennes qui le bouleversent, partagé qu’il est entre sa culture européenne et son intimité avec les Indiens. Derib n’esquive plus et entre dans le vif du sujet à travers les massacres, les spoliations, la haine xénophobe vis-à-vis des Indiens mais aussi la noblesse des hommes, leur courage, leur amitié et la splendeur de la nature dont Petit-Loup fait partie intégrante. De superbes dessins qu’une mise en page éclatée sublime ponctuent un récit prenant de bout en bout. L’auteur est alors probablement au sommet de son art alors même qu’il domine parfaitement son sujet. Le dernier rendez-vous (1987) [Note 5/5] Nuage-Gris, Sioux ami de Jérémie, fils de Buddy, est au plus mal car la blessure reçue lors de l’affrontement avec les soldats ne fait qu’empirer. Une vieille Indienne, Sagesse-Folle apparaît comme par enchantement dans un paysage de neige. Elle semblait attendre Buddy Longway depuis des lustres. Qui est-elle ? Elle emmène les deux hommes au camp indien, soigne Nuage-Gris et dévoile un pan de son passé. Jeune, elle s’appelait Petite Lune. Elle a connu et aimé le père de Buddy, Harold Tête-Rouge mais le récit qu’elle délivre à Buddy est tragique. Ce 16e album aurait pu clore la série car il en constitue une pierre angulaire en restituant le passé du père de Buddy et en réunissant une partie de la famille Longway. D’ailleurs Derib a laissé ses personnages en latence durant quinze ans avant de reprendre le flambeau de ses pinceaux et de poursuivre l’aventure de Buddy et des siens. Les enchâssements d’histoire dans l’histoire, Buddy est le principal narrateur mais Sagesse-Folle le relaie et passe le relai à Harold Tête-Rouge sont superbement restitués graphiquement avec des dessins en grisaille hachurés et sans aplat. L’histoire est particulièrement émouvante. Le lecteur peut seulement noter une incohérence temporelle, Sagesse-Folle semble bien âgée. Si elle avait quinze ans lorsqu’elle a rencontré Harold, Buddy en avait quatre à l’époque. Si Buddy Longway est âgé d’une quarantaine d’années aujourd’hui, Sagesse-Folle devrait en avoir une dizaine de plus que lui, soit une cinquantaine d’années. Elle semble en avoir quatre-vingt-dix. Quatrième intégrale (sur cinq) d’une œuvre cohérente qui a nécessité trente-deux ans (1974-2006) de la part de son créateur Derib, les paysages somptueux de l’Ouest américain, la profonde humanité des personnages, la connaissance approfondie des mœurs et coutumes indiens concourent à faire de cette saga une référence dans le monde du 9e art en général et dans celui du western en particulier.
Tanka
Tadam! Je crois bien que c'est le 90000ème avis ! Fabuleux Sergio Toppi qui avec quelques traits de plumes arrive à prendre le lecteur pour l'emmener faire un voyage d'où il ressort avec des images dans la tête, mais également un sentiment de plénitude comme c'est le cas ici. Ayant découvert l’œuvre de Toppi tardivement c'est à ce jour l'album que je préfère de lui. Il en émane une sorte de sérénité, j'en veux pour preuve la première histoire où cette princesse déchue décide de ne plus ouvrir les yeux, peut-être pour ne pas voir sa déchéance. Que dire également de la dernière histoire, "Ogari 1650" qui ferme la boucle de manière magistrale avec ce retour aux temps modernes, la poésie est morte, la violence reste. Cette dernière planche et son texte resteront longtemps dans mon esprit. Amoureux d'un Japon médiéval parfois idéalisé, mais c'est aussi la marque des poètes, ce magnifique album est pour vous, les autres découvriront un auteur essentiel mais finalement un peu méconnu.
Ar-Men - L'Enfer des enfers
La pierre de feu. Le mythique phare d’Ar-Men, bâti au bout de la chaussée de Sein, n’en est pas moins ancré dans la dure réalité que des paquets de mer font vibrer régulièrement. Bâtiment prestigieux que sa rudesse et son isolement rehaussent, il concentre le génie et l’opiniâtreté des hommes dans leur combat contre les éléments naturels. Avant son automatisation en 1990, le phare breton aura composé un austère huis-clos tournant le dos à l’océan pour des générations de gardiens. Emmanuel Lepage, artiste exceptionnel, dont les albums souvent multi-primés demeurent relativement confidentiels, semble fasciné par ces endroits utopiques et inhumains, adossés au néant, à l’instar des îles Kerguelen ou de la zone irradiée de Tchernobyl. Il fallut qu’Ar-Men existât pour lui aussi. La fiction, documentée aux sources primaires (témoignages des derniers gardiens du phare, hélitreuillage sur Ar-Men), nourrie aux auteurs essentiels (Henri Queffélec, Jean-Pierre Abraham, Bruno Le Floc’h), etc. compose un reportage en bande dessinée dont la construction narrative se révèle émouvante et poétique. En effet, la mer, en s’engouffrant dans le phare, déshabille les murs de leur crépi et met à jour l’histoire écrite de Moïzez, premier gardien ayant participé à la construction du phare que Germain, ultime gardien, va déchiffrer. Dans l’oscillation entre passé et présent, l’édification d’Ar-Men, le brassage des légendes bretonnes (la cité d’Ys, l’Ankou) et les histoires personnelles s’emboîtent et composent une fresque humaine et féérique où la solitude s’engouffre dans la démesure océanique. Les techniques graphiques utilisées par Emmanuel Lepage sont variées, maîtrisées et utilisées à propos : de splendides aquarelles lumineuses et transparentes pour la période contemporaine, du lavis noir & blanc rehaussé de brou de noix et enrichi d’encre terre de Sienne pour la partie consacrée à la construction du phare, des encres de couleur pour l’évocation des légendes. Artiste inspiré, il donne à voir l’insondable puissance vitale qu’est la mer en mouvement. Dès la saisie de l’ouvrage, le lecteur sent qu’il se trouve au seuil d’une œuvre habitée.
Corto Maltese
J'apprécie cette BD et particulièrement ce personnage de Corto Maltese qui évolue dans un univers parfois sombre et inhospitalier, traverse le temps et l'espace avec élégance et nostalgie. Un beau travail de Hugo Pratt qui maîtrise le genre et produit cette saga dont on ne se lasse pas. Cela fait partie des albums que je relis avec plaisir à mes moments perdus et qui ont peut être influencé mon existence. Je vous souhaite de partager mon enthousiasme, mais il est possible que cela déplaise à un public plus jeune. Bonne lecture
L'Appel de Cthulhu
Quel est donc l'intérêt d'adapter un auteur culte comme Lovecraft en manga ? Voici le genre de questions qui risquent de devenir désuètes une fois le bouquin reposé car il s'agit probablement d'une des plus belles retranscriptions du mythe de Cthulhu. Gou Tanabe prend tout son temps pour instaurer une ambiance anxiogène assez palpable dès les premières pages et montant crescendo. Malgré une structure en forme de mille-feuilles, le lecteur n'est jamais perdu par un fil conducteur assez intriguant : une petite statue en argile représentant une créature mi-dragon mi-pieuvre, le grand Cthulhu lui-même. L'enquête se base principalement sur des écrits ou des témoignages et nous fait remonter dans un passé illustré entre sombres forêts et forteresses immergées. Là où Lovecraft préfère la suggestion, Tanabe préfère le spectaculaire. Tel un ressort lentement tendu, tout le piège narratif se desserre d'un coup lorsque Cthulhu entre en scène. Il s'agit probablement de la créature la plus connue de cet univers et on frisonne devant de magnifiques doubles pages richement détaillées. Cela ne pourra peut-être pas plaire à tous les amateurs de l'oeuvre originelle mais on reste ébahi à chacune des apparitions spectaculaires de la créature, véritable attraction et feu d'artifice de toute cette enquête. Ce brillant tour de force est à mes yeux une des plus audacieuses adaptations d'un récit de Lovecraft et me pousse directement à aller lire les autres œuvres de ce mangaka plutôt doué. Rendez-vous est d'ors et déjà pris me concernant pour lire ses autres projets directement en lien avec cet univers.
Il faut flinguer Ramirez
Que dire ? Un ovni ! Narration, mise-en scène, découpage, dialogues, dessins, couleurs … cela frise la perfection. L’idée de départ est bien pensée avec ce Jacques Ramirez, tueur à gage mexicain redouté, qui se servirait d’un emploi de réparateur d’aspirateurs comme couverture. La situation s’emballe rapidement avec une succession de concours de circonstances qui a un effet boule de neige. C’est un album dynamique et dynamité … l’action est présente mais sans prendre le pas sur le fond. Bref, un récit bien dosé … équilibré juste comme il faut. Je n’aurai pas trop à attendre pour le deuxième opus (ouf !).
Le Spirou d'Emile Bravo - L'Espoir malgré tout
Que ça fait du bien de lire une belle BD comme ça! J’avais déjà beaucoup aimé le journal d’un ingénu. Le premier tome de “l’espoir malgré tout” me semblait moins intéressant avec un Fantasio un peu débile. Mais l’histoire prend de la hauteur (ainsi que Fantasio) dans un second tome très bien huilé! De bonnes références historiques, un très beau dessin, un scénario très bien ficelé: on se régale dans ce récit. Vivement le 3ème (et le 4ème tome)!
Rahan
Mais que c’est bon de reprendre un album de Rahan, le fils adoptif de Crâo. Le destin épique du fils des âges farouches ont bercé toute mon adolescence à travers ses aventures dans pif gadget. Petite séquence nostalgie avec cette série mythique. Il beau, intelligent, blond, athlétique, observateur, courageux, honnête, charitable, précautionneux, loyal... Le gendre parfait dirait ma belle-mère ! Et il possède un couteau en ivoire de mammouth qu’il a volé ne l’oublions pas ! Pas si parfait que ça en fait le garçon ! J’ai lu et relu tous les albums. Ils ne sont d’ailleurs pas tous dans un état excellent à force de les avoir feuilletés. J’ai dévoré ces aventures préhistoriques fascinantes. Les héros de Marvel peuvent aller se rhabiller, mon premier super héros à moi, c’était Rahan. Rahan, c’est ma fontaine de jouvence. C’est le Panthéon de la bande dessinée. Du culte évidemment. Et pour « ceux qui marchent debout » qui ne connaissent pas encore, il faut foncer pour se délecter de ces albums. Une question cependant me turlupine. On connait le père de Rahan. Mais sa mère comment se nomme t elle ???
Fritz the Cat
Après l’essai non transformé des éditions Anthracite en 1995, l’éditeur Cornélius reprend le flambeau et offre enfin à la France, en l’an de grâce 2013, l’intégralité des aventures de Mister Cat, Fritz de son prénom, matou jouisseur et inconséquent imaginé par Robert Crumb entre 1964 et 1972. Des soixante pages parues chez Anthracite, Cornélius double la mise. Pour la première fois dans nos contrées, soit presque cinquante ans depuis sa naissance américaine, il est possible de suivre le parcours du chat frimeur et roublard, son ascension et sa déchéance, un pic à glace fiché au sommet du crâne. Après le film d’animation réalisé par Ralph Bakshi en 1972 et renié par Robert Crumb, le créateur de Fritz ne voulait pas d’une nouvelle récupération tronquée de son chat pas empoté et encore moins classé X. Il le fait tuer par une autruche névrosée, Andrea, se rêvant danseuse étoile mais enfouissant sa tête sous les coussins à la moindre contrariété. Le postérieur ainsi offert avec une plume en panache appelait sinon la paluche au moins le pied du Cat. D’un « Boop ! » dans sa Betty, Fritz scelle son destin. On peut regretter que le « gros malin » tigré finisse en carpette, rétamé par une énième cruche au cœur brisé et à l’amour-propre sali mais sa mort le grandit tel un « Balafré » de la vie. L’œuvre de Robert Crumb forme un tout cohérent en dépit de strips parfois bricolés et acquiert une aura que le temps ne ternit pas. Hors des modes, Fritz the Cat n’a pas un seul poil blanc dans le pelage. Le style de l’auteur n’est jamais pris en défaut même lorsque le graphisme des débuts semble légèrement brouillon. La précision du trait que les hachures magnifient et que les aplats noirs sertissent place cette bande dessinée animalière au pinacle du 9e art.
Rahan
[Rahan : intégrale noir et blanc. Tome 1. – Soleil, 2009] Les débuts d’un bon Aryen. A peine édité, déjà indisponible, le 1er tome d’une intégrale Rahan en noir & blanc à paraître en 10 volumes aux éditions Soleil est en passe de devenir un objet de collection alors que l’esprit des créateurs de la série, Roger Lécureux et André Chéret, était à l’origine ouvert au plus grand nombre. La bande dessinée, en 1969, quand Rahan est né, était populaire et accessible. Pauvre du lumpenprolétariat, il était encore possible d’arriver à grappiller les centimes nécessaires à l’achat de Pif gadget et si ce n’était pas le cas, de troquer, d’échanger, de marchander afin de constituer des collections d’illustrés à bon marché, de Blek le Roc à Cap’tain Swing, d’Akim à Tarzan, de Mandrake à l’Ombre qui marche. Aujourd’hui, il faut débourser en conséquence pour retrouver les odeurs d’imprimerie de l’enfance et surtout les qualités d’impression incomparables d’antan sur un papier granuleux d’époque. La nostalgie se monnaye et le plaisir se frelate alors que la surenchère d’images de synthèse bien lissées bat son plein. Bien sûr, il peut être difficile d’apprécier le propos quand Rahan tue à bras raccourci les fauves et tous les animaux menaçants, crocodile, serpent, sanglier, etc. La protection de la grande faune n’était pas à l’ordre du jour et il était encore moins question de la 6e extinction animale de masse programmée. Seul le message de fraternité, de justice et de tolérance était essentiel. Le premier récit complet de 20 pages qui ouvre le recueil s’intitule « Le secret du soleil ». Rahan est en Australie avec ses kangourous et ses boomerangs. Il poursuit le soleil afin de dénicher son repaire. Heureusement, la métaphore d’une course en pirogues autour d’une île met la puce à l’oreille au fils des âges farouches. Rahan a l’intuition que les sphères gravitent dans l’espace ou du moins que la Terre est ronde. C’est osé mais ça passe. Le lecteur opine du chef à la trouvaille du scénariste. Le dessin un peu amidonné des débuts de Chéret s’assouplit rapidement au fil des épisodes. Déjà le 4e récit, « Le tombeau liquide », montre un dessinateur en phase avec son personnage et le bestiaire de la préhistoire. Rahan acquiert ses traits définitifs. Les histoires s’enchaînent et le plaisir de la redécouverte est constant. Des bonheurs graphiques, des astuces scénaristiques agrémentent sans cesse le parcours jubilatoire du lecteur conquis à vie. Certains dessins sont des merveilles. Il est difficile de mettre en avant une histoire plutôt qu’une autre. Peut-être que celle du « Petit d’homme » est la plus séduisante quand Rahan recueille un bambin fugueur à quatre pattes et fait la nounou ? Alors qu’il épargne Baghaé la panthère, en apercevant ses petits, Rahan se trouve récompensé par l’animal plus tard. Celui-ci s’étonnera : « Les bêtes seraient-elles plus loyales, plus reconnaissantes que ‘Ceux qui marchent debout’ ? » Les enfants savent souvent attendrir les cœurs solitaires des chasseurs les plus endurcis. Rahan reprendra vite ses habitudes ensuite et le coutelas d’ivoire sèmera la mort à nouveau. Dire que les auteurs ont produit 170 épisodes pour un total d’environ 3 500 planches ! Il fallait bûcher pour croûter mais le résultat est bien là. Rahan est une somme et le psychanalyste peut déjà fourbir ses armes car le personnage est un cas.