Magistral, épique, psychédélique et rock'n'roll...
Cette adaptation incroyable est un des chefs d'oeuvre de Druillet dont le style controversé est pour certains incompréhensible et inabordable mais que j'adore.
Le trait est dynamique, la mise en page dinguesque (ouais, j'invente), et ça ne fait que renforcer le récit qui est déjà très bon au départ. Si ce dernier passe malgré tout au second plan, l'ensemble est vraiment hallucinant et sans doute l'expérience la plus proche que l'on puisse faire d'un mélange de drogues psychotropes puissantes sans craindre pour sa vie.
Ce côté "Métal Hurlant" et rebelle des années 80 n'est pour moi pas du tout daté mais au contraire, intemporel... quelque chose qui peut vous sortir de votre quotidien parfois morne et gris et exploser en un fourmillement de couleurs et de cadrages psychédingos vus absolument nulle part ailleurs.
Bref, un ovni certes, mais sans doute le plus bel ovni (objet visuellement novateur intemporel) que j'aie lu.
Gros coup de cœur.
Batman Année Un, c’est LE comics pour débuter cet Ordre de Lecture DC, c’est LE comics pour commencer Batman dans l’âge moderne, c’est LE comics à découvrir ou à redécouvrir de DC… bref c’est LE comics de référence.
---> Lire la suite sur le blog lecture DC
INTRIGUES : 5/5
DESSINS : 5/5
PERSONNAGES : 5/5
LES PLUS
La narration dynamique Gordon / Batman
Le développement de la vie privée des personnages principaux
Une patte artistique intemporelle, surtout pour une œuvre de 1988
LES MOINS
Que la Catwoman présentée ne soit pas celle qui soit « canonisée », mais ce n’est pas un gros problème
Chapitre 11 : Lemuria
La qualité narrative de ce 11e chapitre est toujours là, avec son lot d’intrigues de palais, mais hormis l’apparition d’un personnage marquant, celui du L’Hydre, une femme esclave et gladiateur qui semble avoir des secrets à révéler à Néron, et fera tout pour l’approcher, cet opus n’apporte guère de surprises. Les jeux sexuels si bien décrits tout au long de la série, avec juste ce qu’il faut d’élégance, se poursuivent dans une tonalité légèrement racoleuse mais pas du tout désagréable – et l’on sait qu’à cette époque, le libertinage était monnaie courante dans les classes aisées. Cette fois, le beau Lucius (Murena) va se retrouver pris dans les griffes d’un personnage fictif, tout comme lui (la série mêle personnalités historiques et inventées). Il s’agit de Lemuria, libertine riche et oisive que l’on avait découverte à la fin du tome précédent, et qui a fait de Murena son objet sexuel en le droguant. Certains verront sans doute dans cette liaison lorgnant vers le SM un argument d’achat, mais si l’on s’en tient au scénario, on est bien obligé de constater un certain reflux. Néanmoins, on ne saurait en vouloir aux auteurs. On peut également en déduire que ce n’est que le calme avant la tempête, puisque l’on va assister ici à la naissance d’un complot visant à assassiner Néron, la fameuse conjuration de Pison.
Chapitre 10 : Le banquet
Si l’on en croit la préface de Jean Dufaux, il s’en est fallu de peu pour que la série s’arrête après le neuvième volet (premier épisode du troisième cycle), suite à la mort de son dessinateur, le talentueux Philippe Delaby. Quatre ans après, trouver quelqu’un à la hauteur de la tâche ne s’avérait pas une mince affaire, mais l’Italien Theo, très apprécié par Delaby, semble avoir relevé le défi de façon très naturelle. Son trait possède les mêmes attributs, faits à la fois de puissance et de finesse. C’est à peine si l’on peut déceler un moins grand raffinement dans les détails, mais il faut avoir l’œil bien exercé pour cela.
Il faut souligner qu’à la base, l’ambitieux projet prévoyait quatre cycles, et la disparition de Philippe Delaby compromettait gravement sa poursuite. Aujourd’hui, « Murena », comme Rome après le Grand incendie décrit dans le volume précédent, semble ne pas vouloir sombrer dans l’oubli, comme dépassé par sa force intrinsèque qui lui est, sait-on jamais, octroyée par l’aura de la ville éternelle. Theo étant florentin, il n’est pas surprenant qu’il ait accepté d’insuffler son propre talent à l’entreprise, tout en se montrant respectueux vis-à-vis de son prédécesseur.
Si Jean Dufaux semble satisfait de ce nouveau départ, le lecteur ne s’en plaindra pas, tant s’en faut. L’effet de surprise n’est évidemment plus là, mais il n’en reste pas moins que ce dixième chapitre reste aussi captivant que ne l’ont été les épisodes précédents, toujours aussi documenté. Et à en croire la couverture, c’est un fabuleux festin qui s’annonce…
Chapitres 1 à 9
Dire que j’ai été bluffé par cette série serait un euphémisme. Je m’en veux tout de même un peu de ne pas l’avoir découverte plus tôt. Et pourtant, chaque fois qu’il m’arrivait de flâner dans une librairie (où je ne fais que feuilleter, car je n’aime pas lire dans les librairies…), j’avais toujours été frappé par ces couvertures énigmatiques et suggérant une menace implacable, d’une efficacité redoutable jusqu’au titre évoquant cet étrange poisson prédateur à la réputation sulfureuse.
Et puis tout récemment, j’ai franchi le pas en voyant les huit tomes réunis sur une étagère de ma médiathèque… l’occasion était trop belle ! Dès que j’ai attaqué les premières pages, mon intuition s’est vue confirmée : la « murène » a vite pris le dessus pour m’absorber littéralement, moi qui ne demandait que ça.
Ce formidable péplum évoquant le règne de Néron est mené de main de maître sur tous les fronts. Tout d’abord, le maître Dufaux, qui du coup porte bien mal son nom et a réussi à produire un scénario impeccable et captivant, malgré toutes les contraintes imposées par la vérité historique, évitant les contresens grâce à une source abondante de documents et de conseils d’historiens chevronnés sur cette période marquante de l’humanité. De même, textes et dialogues sont d’une grande qualité, émaillés de citations de poètes et philosophes de l’époque. Ensuite, le maître Delaby, dont le dessin précis et élégant réussit à cerner parfaitement ses sujets : luxe de détails et/ou magnificence quand il s’agit de scènes contextuelles (paysages, intérieurs, scènes de rue…), expressivité des visages, des principaux personnages jusqu’au moindre figurant, beauté des corps, masculins comme féminins. Le tout servi par une mise en couleur soignée, en particulier celle, sublime, de Jérémy Petiqueux pour le deuxième cycle.
Le premier cycle (tome 1 à 4) évoque l’accession de Néron au pouvoir jusqu’à l’assassinat d’Agrippine. Lucius Murena, lui, ne jouera un rôle déterminant qu’à partir du second cycle (tome 5 à 8 ), au cours duquel les auteurs nous proposent, en jonglant subtilement entre fiction et Histoire, de découvrir quel aurait pu être le battement d’ailes papillonesque qui conduisit au Grand incendie de Rome en l’an 64 … Pas facile d’être bref devant cette immense saga dont les bouts ne se laissent pas prendre si facilement… l’œuvre est d’une grande richesse et extrêmement bien documentée, mais en même temps jamais ennuyeuse. Normal, avec toute cette tension qui irrigue le récit, cette incandescence sourdant sous la couverture…. Quel souffle épique ! Quelle puissance de feu ! Et de feu il est beaucoup question, c’est d’ailleurs un peu le fil conducteur du récit, l’élément incarnant parfaitement la folie de Néron, obsédé qu’est celui-ci par le quatrième élément. Son règne sera comme on le sait marqué de façon irrémédiable par la quasi-destruction de la cité romaine par les flammes, telle une punition divine envers celui qui osa souiller l’une des gardiennes du feu sacré…
Les plus critiques pourront toujours arguer d’un certain académisme narratif et graphique, mais lorsque l’académisme produit de tels chefs d’œuvre, je n’y vois pour ma part absolument rien à redire. Je suis réellement impressionné par cette BD-monument qui s’est révélée largement à la hauteur de mes attentes. Les auteurs ont parfaitement su nous émerveiller avec cette peinture stupéfiante de la Ville éternelle, qui ne nous aura jamais paru aussi familière, tout comme les protagonistes, esclaves ou puissants, à la fois si humains et si proches de nous, avec des préoccupations qui pourraient être les nôtres - à la différence près que si une catégorie de gens pouvait être vendue, la vie humaine semblait avoir beaucoup moins de valeur à l’époque !... Par ailleurs, Néron n’apparaît pas seulement comme le tyran cruel que l’Histoire se plaît à dépeindre, mais plutôt comme un être complexe, avec ses failles et ses zones d’ombre, doté d’une sensibilité artistique. Ce qui en outre est passionnant, c’est de voir comment celui-ci va perdre progressivement son âme au contact du pouvoir, d’autant que celui-ci est absolu et marqué du sceau du parricide : au départ affable et innocent, notre César glissera peu à peu vers la folie et la cruauté, faute d’avoir su s’entourer de conseillers éclairés, préférant les flatteries de courtisans ambitieux. Parallèlement, son ami Lucius Murena, fils de patricien gâté par la vie, se changera en « bête » avide de vengeance suite à la disgrâce infligée par Néron.
En conclusion, il ne faut pas passer à côté de ce chef d’œuvre. J’en ressors moi-même avec l’envie de me documenter plus sérieusement sur cette Rome antique qui n’en finit pas de nous fasciner et nous interroger, nous, humains de ce début de XXIème, pressentant confusément l’imminence du Grand incendie planétaire.
Blast. Que dire qui n'ait été dit ?!
En 4 énormes volumes, Blast nous fait vivre une partie de la vie d'un homme. De ses angoisses. De ses questions existentielles. De la réponse peu conventionnelle qu'il leur apporte.
En 4 énormes volumes, Blast nous fait retracer le parcours de cet homme.
De cet homme pour lequel on ne peut guère éprouver de sympathie.
De cet homme dont on peut difficilement se sentir proche.
De cet homme plus que mal dans sa peau.
De cet homme alcoolique.
De cet homme drogué.
De cet homme fou.
En 4 énormes volumes, Blast nous fait vivre ces choses, nous plonge au coeur de cette folie.
En 4 énormes volumes, Blast nous confronte à des conduites extrêmes, nous met face à notre répulsion, notre dégoût, et nous pose des questions dérangeantes de façon aiguë.
En 4 énormes volumes, Blast pourrait presque créer de l'empathie pour cet homme, et pourrait presque nous le faire comprendre.
Mais en 4 énormes volumes, Blast recèle aussi son secret.
Et si le dernier tome m'a presque déçu par le retour à la réalité qu'il donne, il m'est impossible de ne pas être soufflé par l'ampleur de cette oeuvre et le talent qu'elle recèle.
Un monde original et extrêmement riche où se côtoient des personnages intéressants et attachants. Quelquefois ils sont trop simples, comme Pad, attachant parce que déjà rencontré dans d’autres histoires, Kim l’heroine est forcément plus intéressante quoi que peu loquace on la découvre d’album en album.
Au final et dans tous les cas la taille de l’œuvre de Léo force le respect, méritant définitivement le détour.
Dans son contexte historique cette œuvre est encore plus appréciable, d’autres ici l’on bien explique. Le scénario de Batman vieillissant était une idée de génie et les pages retranscrivent à merveille le combat d’un Homme faisant face à l’âge et qui refuse de s’avouer vaincu.
Et le dessin puissant et dur ne laissera pas indifférent, j’aime infiniment ce qu’il apporte à Batman même si parfois je le trouve moche, souvent je le trouve emblématique et incomparable. Inégal, sans doute mais excellent.
Bref. Un monument.
Et tout ça malgré un dessin qui me laisse souvent de marbre... sans doute avec intelligence pour laisser assez de place à son histoire.
Vraiment, quelle claque que ce scénario ! Des personnages semblant inspirés de des héros classiques (Batman, Punisher...) révèlent leur coté sombre, naïf, humain ou inhumain. Tout y passe avec finesse, le bien, le mal, la fin qui justifie les moyens.
Rien à dire pour moi, il faut lire et relire Watchmen.
Tout est quasiment parfait ici pour moi. L’édition est magnifique, l’objet est superbe, la matière parfaite, l’impression excellente. Le scénario est subtil, raconté par petit à petit et il faut rester concentré de bout en bout. Le dessin est terrifiant, presque doux souvent et cruel pourtant, idéal en somme pour cette œuvre massive a plus d’un titre. Déjà lu et relu il sortira souvent de son étagère.
Une œuvre magnifique de bout en bout, à la fois graphiquement en terme de scénario. La réflexion est fine, la toile de fond de l’histoire fantastico-biblique laisse le manichéisme de côté avec un anti hero aussi veule que courageux.
Le Chninkel est tellement humain qu’on en oublierai qu’il ne l’est pas, et c’est ce qui rend cette histoire fascinante.
Quasiment rien à ajouter au commentaire de gruizzli que je partage et que je vous invite à lire.
Corto Maltese réunit tout ce qui me permet d’être sur mon nuage, il nourrit les envies de voyage tout en restant dans son canapé.
Cette rêverie est un vrai bonheur.
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Salammbô
Magistral, épique, psychédélique et rock'n'roll... Cette adaptation incroyable est un des chefs d'oeuvre de Druillet dont le style controversé est pour certains incompréhensible et inabordable mais que j'adore. Le trait est dynamique, la mise en page dinguesque (ouais, j'invente), et ça ne fait que renforcer le récit qui est déjà très bon au départ. Si ce dernier passe malgré tout au second plan, l'ensemble est vraiment hallucinant et sans doute l'expérience la plus proche que l'on puisse faire d'un mélange de drogues psychotropes puissantes sans craindre pour sa vie. Ce côté "Métal Hurlant" et rebelle des années 80 n'est pour moi pas du tout daté mais au contraire, intemporel... quelque chose qui peut vous sortir de votre quotidien parfois morne et gris et exploser en un fourmillement de couleurs et de cadrages psychédingos vus absolument nulle part ailleurs. Bref, un ovni certes, mais sans doute le plus bel ovni (objet visuellement novateur intemporel) que j'aie lu.
Batman - Année Un (Year One)
Gros coup de cœur. Batman Année Un, c’est LE comics pour débuter cet Ordre de Lecture DC, c’est LE comics pour commencer Batman dans l’âge moderne, c’est LE comics à découvrir ou à redécouvrir de DC… bref c’est LE comics de référence. ---> Lire la suite sur le blog lecture DC INTRIGUES : 5/5 DESSINS : 5/5 PERSONNAGES : 5/5 LES PLUS La narration dynamique Gordon / Batman Le développement de la vie privée des personnages principaux Une patte artistique intemporelle, surtout pour une œuvre de 1988 LES MOINS Que la Catwoman présentée ne soit pas celle qui soit « canonisée », mais ce n’est pas un gros problème
Murena
Chapitre 11 : Lemuria La qualité narrative de ce 11e chapitre est toujours là, avec son lot d’intrigues de palais, mais hormis l’apparition d’un personnage marquant, celui du L’Hydre, une femme esclave et gladiateur qui semble avoir des secrets à révéler à Néron, et fera tout pour l’approcher, cet opus n’apporte guère de surprises. Les jeux sexuels si bien décrits tout au long de la série, avec juste ce qu’il faut d’élégance, se poursuivent dans une tonalité légèrement racoleuse mais pas du tout désagréable – et l’on sait qu’à cette époque, le libertinage était monnaie courante dans les classes aisées. Cette fois, le beau Lucius (Murena) va se retrouver pris dans les griffes d’un personnage fictif, tout comme lui (la série mêle personnalités historiques et inventées). Il s’agit de Lemuria, libertine riche et oisive que l’on avait découverte à la fin du tome précédent, et qui a fait de Murena son objet sexuel en le droguant. Certains verront sans doute dans cette liaison lorgnant vers le SM un argument d’achat, mais si l’on s’en tient au scénario, on est bien obligé de constater un certain reflux. Néanmoins, on ne saurait en vouloir aux auteurs. On peut également en déduire que ce n’est que le calme avant la tempête, puisque l’on va assister ici à la naissance d’un complot visant à assassiner Néron, la fameuse conjuration de Pison. Chapitre 10 : Le banquet Si l’on en croit la préface de Jean Dufaux, il s’en est fallu de peu pour que la série s’arrête après le neuvième volet (premier épisode du troisième cycle), suite à la mort de son dessinateur, le talentueux Philippe Delaby. Quatre ans après, trouver quelqu’un à la hauteur de la tâche ne s’avérait pas une mince affaire, mais l’Italien Theo, très apprécié par Delaby, semble avoir relevé le défi de façon très naturelle. Son trait possède les mêmes attributs, faits à la fois de puissance et de finesse. C’est à peine si l’on peut déceler un moins grand raffinement dans les détails, mais il faut avoir l’œil bien exercé pour cela. Il faut souligner qu’à la base, l’ambitieux projet prévoyait quatre cycles, et la disparition de Philippe Delaby compromettait gravement sa poursuite. Aujourd’hui, « Murena », comme Rome après le Grand incendie décrit dans le volume précédent, semble ne pas vouloir sombrer dans l’oubli, comme dépassé par sa force intrinsèque qui lui est, sait-on jamais, octroyée par l’aura de la ville éternelle. Theo étant florentin, il n’est pas surprenant qu’il ait accepté d’insuffler son propre talent à l’entreprise, tout en se montrant respectueux vis-à-vis de son prédécesseur. Si Jean Dufaux semble satisfait de ce nouveau départ, le lecteur ne s’en plaindra pas, tant s’en faut. L’effet de surprise n’est évidemment plus là, mais il n’en reste pas moins que ce dixième chapitre reste aussi captivant que ne l’ont été les épisodes précédents, toujours aussi documenté. Et à en croire la couverture, c’est un fabuleux festin qui s’annonce… Chapitres 1 à 9 Dire que j’ai été bluffé par cette série serait un euphémisme. Je m’en veux tout de même un peu de ne pas l’avoir découverte plus tôt. Et pourtant, chaque fois qu’il m’arrivait de flâner dans une librairie (où je ne fais que feuilleter, car je n’aime pas lire dans les librairies…), j’avais toujours été frappé par ces couvertures énigmatiques et suggérant une menace implacable, d’une efficacité redoutable jusqu’au titre évoquant cet étrange poisson prédateur à la réputation sulfureuse. Et puis tout récemment, j’ai franchi le pas en voyant les huit tomes réunis sur une étagère de ma médiathèque… l’occasion était trop belle ! Dès que j’ai attaqué les premières pages, mon intuition s’est vue confirmée : la « murène » a vite pris le dessus pour m’absorber littéralement, moi qui ne demandait que ça. Ce formidable péplum évoquant le règne de Néron est mené de main de maître sur tous les fronts. Tout d’abord, le maître Dufaux, qui du coup porte bien mal son nom et a réussi à produire un scénario impeccable et captivant, malgré toutes les contraintes imposées par la vérité historique, évitant les contresens grâce à une source abondante de documents et de conseils d’historiens chevronnés sur cette période marquante de l’humanité. De même, textes et dialogues sont d’une grande qualité, émaillés de citations de poètes et philosophes de l’époque. Ensuite, le maître Delaby, dont le dessin précis et élégant réussit à cerner parfaitement ses sujets : luxe de détails et/ou magnificence quand il s’agit de scènes contextuelles (paysages, intérieurs, scènes de rue…), expressivité des visages, des principaux personnages jusqu’au moindre figurant, beauté des corps, masculins comme féminins. Le tout servi par une mise en couleur soignée, en particulier celle, sublime, de Jérémy Petiqueux pour le deuxième cycle. Le premier cycle (tome 1 à 4) évoque l’accession de Néron au pouvoir jusqu’à l’assassinat d’Agrippine. Lucius Murena, lui, ne jouera un rôle déterminant qu’à partir du second cycle (tome 5 à 8 ), au cours duquel les auteurs nous proposent, en jonglant subtilement entre fiction et Histoire, de découvrir quel aurait pu être le battement d’ailes papillonesque qui conduisit au Grand incendie de Rome en l’an 64 … Pas facile d’être bref devant cette immense saga dont les bouts ne se laissent pas prendre si facilement… l’œuvre est d’une grande richesse et extrêmement bien documentée, mais en même temps jamais ennuyeuse. Normal, avec toute cette tension qui irrigue le récit, cette incandescence sourdant sous la couverture…. Quel souffle épique ! Quelle puissance de feu ! Et de feu il est beaucoup question, c’est d’ailleurs un peu le fil conducteur du récit, l’élément incarnant parfaitement la folie de Néron, obsédé qu’est celui-ci par le quatrième élément. Son règne sera comme on le sait marqué de façon irrémédiable par la quasi-destruction de la cité romaine par les flammes, telle une punition divine envers celui qui osa souiller l’une des gardiennes du feu sacré… Les plus critiques pourront toujours arguer d’un certain académisme narratif et graphique, mais lorsque l’académisme produit de tels chefs d’œuvre, je n’y vois pour ma part absolument rien à redire. Je suis réellement impressionné par cette BD-monument qui s’est révélée largement à la hauteur de mes attentes. Les auteurs ont parfaitement su nous émerveiller avec cette peinture stupéfiante de la Ville éternelle, qui ne nous aura jamais paru aussi familière, tout comme les protagonistes, esclaves ou puissants, à la fois si humains et si proches de nous, avec des préoccupations qui pourraient être les nôtres - à la différence près que si une catégorie de gens pouvait être vendue, la vie humaine semblait avoir beaucoup moins de valeur à l’époque !... Par ailleurs, Néron n’apparaît pas seulement comme le tyran cruel que l’Histoire se plaît à dépeindre, mais plutôt comme un être complexe, avec ses failles et ses zones d’ombre, doté d’une sensibilité artistique. Ce qui en outre est passionnant, c’est de voir comment celui-ci va perdre progressivement son âme au contact du pouvoir, d’autant que celui-ci est absolu et marqué du sceau du parricide : au départ affable et innocent, notre César glissera peu à peu vers la folie et la cruauté, faute d’avoir su s’entourer de conseillers éclairés, préférant les flatteries de courtisans ambitieux. Parallèlement, son ami Lucius Murena, fils de patricien gâté par la vie, se changera en « bête » avide de vengeance suite à la disgrâce infligée par Néron. En conclusion, il ne faut pas passer à côté de ce chef d’œuvre. J’en ressors moi-même avec l’envie de me documenter plus sérieusement sur cette Rome antique qui n’en finit pas de nous fasciner et nous interroger, nous, humains de ce début de XXIème, pressentant confusément l’imminence du Grand incendie planétaire.
Blast
Blast. Que dire qui n'ait été dit ?! En 4 énormes volumes, Blast nous fait vivre une partie de la vie d'un homme. De ses angoisses. De ses questions existentielles. De la réponse peu conventionnelle qu'il leur apporte. En 4 énormes volumes, Blast nous fait retracer le parcours de cet homme. De cet homme pour lequel on ne peut guère éprouver de sympathie. De cet homme dont on peut difficilement se sentir proche. De cet homme plus que mal dans sa peau. De cet homme alcoolique. De cet homme drogué. De cet homme fou. En 4 énormes volumes, Blast nous fait vivre ces choses, nous plonge au coeur de cette folie. En 4 énormes volumes, Blast nous confronte à des conduites extrêmes, nous met face à notre répulsion, notre dégoût, et nous pose des questions dérangeantes de façon aiguë. En 4 énormes volumes, Blast pourrait presque créer de l'empathie pour cet homme, et pourrait presque nous le faire comprendre. Mais en 4 énormes volumes, Blast recèle aussi son secret. Et si le dernier tome m'a presque déçu par le retour à la réalité qu'il donne, il m'est impossible de ne pas être soufflé par l'ampleur de cette oeuvre et le talent qu'elle recèle.
Aldébaran
Un monde original et extrêmement riche où se côtoient des personnages intéressants et attachants. Quelquefois ils sont trop simples, comme Pad, attachant parce que déjà rencontré dans d’autres histoires, Kim l’heroine est forcément plus intéressante quoi que peu loquace on la découvre d’album en album. Au final et dans tous les cas la taille de l’œuvre de Léo force le respect, méritant définitivement le détour.
Batman - The Dark Knight returns
Dans son contexte historique cette œuvre est encore plus appréciable, d’autres ici l’on bien explique. Le scénario de Batman vieillissant était une idée de génie et les pages retranscrivent à merveille le combat d’un Homme faisant face à l’âge et qui refuse de s’avouer vaincu. Et le dessin puissant et dur ne laissera pas indifférent, j’aime infiniment ce qu’il apporte à Batman même si parfois je le trouve moche, souvent je le trouve emblématique et incomparable. Inégal, sans doute mais excellent. Bref. Un monument.
Watchmen
Et tout ça malgré un dessin qui me laisse souvent de marbre... sans doute avec intelligence pour laisser assez de place à son histoire. Vraiment, quelle claque que ce scénario ! Des personnages semblant inspirés de des héros classiques (Batman, Punisher...) révèlent leur coté sombre, naïf, humain ou inhumain. Tout y passe avec finesse, le bien, le mal, la fin qui justifie les moyens. Rien à dire pour moi, il faut lire et relire Watchmen.
Les Ogres-Dieux
Tout est quasiment parfait ici pour moi. L’édition est magnifique, l’objet est superbe, la matière parfaite, l’impression excellente. Le scénario est subtil, raconté par petit à petit et il faut rester concentré de bout en bout. Le dessin est terrifiant, presque doux souvent et cruel pourtant, idéal en somme pour cette œuvre massive a plus d’un titre. Déjà lu et relu il sortira souvent de son étagère.
Le Grand Pouvoir du Chninkel
Une œuvre magnifique de bout en bout, à la fois graphiquement en terme de scénario. La réflexion est fine, la toile de fond de l’histoire fantastico-biblique laisse le manichéisme de côté avec un anti hero aussi veule que courageux. Le Chninkel est tellement humain qu’on en oublierai qu’il ne l’est pas, et c’est ce qui rend cette histoire fascinante.
Corto Maltese
Quasiment rien à ajouter au commentaire de gruizzli que je partage et que je vous invite à lire. Corto Maltese réunit tout ce qui me permet d’être sur mon nuage, il nourrit les envies de voyage tout en restant dans son canapé. Cette rêverie est un vrai bonheur.