Coup de coeur, c'est magnifique!
Une adaptation fidèle (en évitant par bonheur de sombrer dans le trop baroque tout en optant pour le noir et blanc), un graphisme qui ferait applaudir Toppi, une très belle édition grand format, tout est réuni pour devenir une référence de la haute littérature graphique (je viens de voir qu'une adaptation de Frankenstein vient d'être publiée, ce sera ma prochaine grande lecture à coup sûr.) Il se lit, il se contemple.
Bien sûr, si vous avez lu le roman, le récit ne vous étonnera pas mais le comte saura vous hypnotiser. Et je vous envie de le ressentir à votre première lecture.
Cette magnifique série prouve à ceux qui ne le pensent pas que plaisir et culture peuvent faire bon ménage dans une BD.
L'excellent travail de Nancy Peña pour les dessins et de Blandine Le Callet pour le scénario en est la meilleure des preuves.
Blandine Le Callet revisite la légende noire de Médée d'une façon originale avec un parti pris réaliste qui se tient de bout en bout.
Point d'intervention divine, ni de sauveur de dernière minute mais tout bonnement un enchaînement de situations tellement logiques et vraisemblables que l'on a l'impression d'avoir un récit journalistique.
Le scénario suit évidemment les textes antiques mais Le Callet se permet quelques adaptations dans la mise en scène qui renforcent l'homogénéité et la puissance dramatique du récit.
Tout au long des cinq tomes (le tome 4 est composé de deux livres) ce n'est qu'un crescendo dans la tragédie qui se déroule sous nos yeux pour atteindre son climax en fin de tome 4 livre 1 mais qui ne retombe pas à plat pour autant ensuite.
Cette construction du récit est vraiment remarquable et très rare par sa qualité littéraire dans les séries que j'ai lues.
Le dessin de Nancy Peña est au même niveau. L'auteure joue avec les situations émotionnelles, les éclairages et les découpages.
Dans l'abécédaire de la fin de l'édition intégrale, elle s'amuse à nous présenter quelques-uns de ses anachronismes dans les styles d'architectures, de costumes ou de bijoux. Comme si les auteures nous invitaient à une relecture savante pour retrouver ces détails.
Un vrai régal.
La multiplicité des thèmes abordés d'une manière profonde vous conduit à une réflexion permanente sur l'utilisation du progrès, sur l'amour, sur le combat des femmes pour la liberté ou sur la violence.
La déconstruction de l'image du héros Grec au premier rang desquels Jason, est terriblement efficace et crédible. Cela me plait beaucoup.
De l'excellente BD. À lire à offrir, à posséder pour un public pas trop jeune.
" C'est vous qui avez fait ça? - Non, c'est Vous!" aurait répondu Picasso à l'officier allemand qui découvrait Guernica. Parce que pour moi il y a beaucoup de Guernica dans l'œuvre de Carlos Giménez. Beaucoup plus que du Hemingway ou du Malraux qui ont donné un tel esprit romanesque à la terrible Guerre Civile Espagnole.
Pour qui aime l'Histoire et surtout cette Histoire contemporaine de notre si chaotique XXème siècle , je lis "Les Temps Mauvais " comme une œuvre majeure qui arrive soixante-dix ans après le conflit. C'est le temps qu'il faut à l'Histoire pour se poser. Cette intégrale est composée de quatre tomes construits autour de saynètes allant de une à dix-sept planches.
Pas de plans de batailles, ni de stratégie militaire ni de comptabilité macabre et polémique, seulement des familles de Madrid encerclées, affamées qui ont peur et qui reçoivent des bombes sur la tête. Giménez a la prouesse d'éviter tout manichéisme. Du côté 'Rouge' et du côté 'Franquiste" autant de salauds et autant de pauvres bougres morts de trouille d'être condamnés à mort pour un supposé délit d'opinion.
Ne nous y trompons pas sur la couverture ce sont bien "des Rouges" qui entrainent le bon oncle Mateo faire une promenade à l'aube. Seules les bombes n'ont qu'une couleur , made in Germany, afin d'inaugurer une triste innovation guerrière : le bombardement massif des villes avec des victimes civiles par milliers.
Les tomes 2 et 3 faits d'anecdotes non chronologiques peuvent paraître un peu répétitifs par moment et peser sur la lecture. Mais cela donne aussi une idée du chaos dans lequel vivaient ces pauvres familles.
Le formidable trait de Carlos Giménez qui passe subtilement du réalisme à la caricature amplifie l'effet dramatique des situations. Je me souviendrai longtemps de l'histoire du chat Sito avec ce cadre hypnotique des deux frères cadavériques. Il faut être insensible ou indifférent pour ne pas avoir les larmes aux yeux Il y a plus d'émotion et d'humanité dans le trait de Giménez que dans tous les super dessins assistés par ordinateur.
La technique ne remplacera jamais le talent.
Le tome 4 revient dans la chronologie avec la victoire de Franco et son lot de purges, de haine et d'atrocités. Mais aussi de très belles choses comme ces soldats généreux. Sans oublier "les effets collatéraux": ces épidémies qui touchent avant tout les enfants, sans médicament et sans rien pour soulager. En temps de pandémie cela fait réfléchir.
Un scénario travaillé, humain en forme d'hommage aux habitants de Madrid de bonne volonté quels qu'ils soient.
Une œuvre de réconciliation? Pourquoi pas, la plaie est encore vive chez nos amis Espagnols. Si pour certains , aujourd'hui, ce conflit peut sembler secondaire par rapport aux nombreuses guerres du siècle, la Guerre Civile Espagnole a eu une très grande importance intellectuelle et stratégique dans l'histoire de la fin de siècle.
Un très bel ouvrage qui a largement sa place dans ma bibliothèque au côté de Malraux, Orwell , Hemingway sous les photos de Robert Capa
En conclusion je recommande l'édition intégrale avec son dossier et son interview en fin d'ouvrage. Pour tous les amoureux d'histoire et de l'Espagne.
Une dernière remarque perso, seulement deux avis pour ce monument c'est un crève-cœur.
Je connaissais déjà l'histoire de "Fatty". Ce personnage oublié aujourd'hui à part des amateurs de cinéma des années 1910-1930 était pourtant l'acteur n°1 du burlesque avant Chaplin, Keaton et Laurel et Hardy.
La manière de nous raconter l'histoire de Julien Frey est bien choisie. Ici c'est Buster Keaton, l'ami de toujours, qui nous raconte l'histoire de Roscoe alors qu'il est sur la fin de sa carrière. Débutant le récit au moment de la rencontre des deux acteurs, on suit alors la vie de Roscoe faite de débauche et d'excès en tout genre. Il nous dépeint bien la vie de ce grand costaud (ou enrobé) et ces travers incluant même des anecdotes légendaires (le fait qu'il aurait donné son pantalon à Chaplin). Puis vient le scandale et les procès il nous montre tous les détails qui amèneront à l'acquittement de Roscoe mais à la nécessité des trois procès pour qu'il soit totalement innocenté. Enfin nous avons la fin de Roscoe et ses difficultés à revenir dans le monde d'Hollywood et du spectacle en général malgré son innocence. Toute cette histoire est traversée par l'amitié de Buster et Fatty et on s'attache à ses deux personnages.
Le trait de Nadar correspond bien à l'histoire et on reconnait du premier coup d’œil les protagonistes. Roscoe nous est tout de suite sympathique. J'aime beaucoup aussi le choix des couleurs.
Ce n'est peut-être pas ce qu'on pourrait appeler un album culte mais j'ai beaucoup aimé cette lecture et c'est un coup de coeur. Achat indispensable pour les passionnés de cinéma.
Je suis toute émue après la lecture de cet album.
Tous les aspects de l'histoire m'ont plu. Les dialogues, le décor, le déroulement de l'histoire comme les personnages.
Ce livre n'est pas un conte pour enfant. En tout cas pas seulement. Le dessin (fort empâtement, couleurs vives et silhouettes un peu caricaturales) et le titre qui semblent s'adresser plutôt aux enfants, le volume lui-même (compact avec sa tranche bleue) nous dirigent sur une fausse piste. Il raconte une belle histoire avec des personnages touchants, mais parle aussi d'aujourd'hui et d'hier.
Le scénario est plutôt simple, mais enrichi de petites branches malicieuses et culturelles : Il faut sauver quelques livres de l'autodafé prévu par le Vizir Al Mansour. Ce qui est réussi, c'est que les motivations de chacun, y compris du méchant, sont abordées, et on peut les comprendre voire les partager. C'est l'apanage des livres historiques d'aujourd'hui, on peut se mettre à la place de l'autre, tout en restant attaché aux héros.
Le décor, la ville de Cordoue en 976, sa mosquée, son palais, ses jardins.
Les personnages :
La mule qui rappelle l'Anatole de Philémon, par son rôle espiègle mais muet.
Le voleur, toujours utile dans une histoire drôle, beau gosse roublard et néanmoins looser.
Le vieil érudit, rond, chauve et perché mais qui a une longue histoire derrière lui...
La belle Lubna, esclave copiste, bien à l'abri dans la bibliothèque de Cordoue, jusqu'à ce que cette histoire commence
Et le Vizir Al Mansour, et sa malfaisante ambition.
A mettre entre toutes les mains !
Après son excellent Dracula (Bess), j'étais curieux de découvrir son Frankenstein.
C'est la troisième adaptation du roman de Mary Shelley que je lis et toutes sont en noir et blanc : Frankenstein (Petit à Petit), Frankenstein - Le monstre est vivant et aujourd'hui celle-ci. Un choix gagnant à mes yeux.
Frankenstein est le premier roman de Mary Shelley, publié en 1818. En 1816 un groupe de jeunes "romantiques" sont en vacances en Suisse. Pour passer le temps, ils doivent écrire une histoire d'épouvante. Mary alors âgée de 19 ans gagne ce petit jeu avec son Frankenstein. Il y avait aussi un certain Lord Byron qui lui brouillonne un texte qui sera repris et amélioré plus tard par John Polodori sous le nom de Le Vampire.
Frankenstein fût un roman précurseur pour le fantastique et la science fiction.
Un nombre incalculable d'adaptations dont celles cinématographiques avec Boris Karloff (1931) ou Robert de Niro (1994) pour ne citer que les plus connus.
Une œuvre qui est entrée dans la culture populaire.
Bess reste fidèle au roman. Roman que j'ai lu il y a une trentaine d'années. Pas de grosses surprises à attendre et cela me va à ravir.
Une narration faite en majorité par la voix off de Victor Frankenstein qui donne une atmosphère d'étrangeté, de voyeurisme. Un côté malsain qui m'a beaucoup plu. J'ai été vampirisé de bout en bout.
J'ai ressenti la douleur, la peur et la fureur de ce monstre créé de chair humaine. Je suis passé par toutes les émotions, comment rester insensible ?
Une naissance par expérience scientifique et de suite rejeté par son "père", puis par le reste de la population. Une solitude qui fera de lui un monstre. Mais qui sont réellement les monstres ?
Et maintenant le dessin et là on touche au merveilleux. Quel réalisme.
Un noir et blanc sublime, un trait fin, précis et fourmillant de détails. Il suffit de regarder la page 53 avec sa pluie battante ou les yeux du monstre qui retranscrivent à eux seuls ses émotions.
Une mise en page somptueuse.
Un graphisme qui ensorcelle au point de ne plus pouvoir décrocher avant la dernière planche.
Du gothique à l'état pur.
Un sans faute. Coup de cœur et 5 étoiles.
Je trouve cet album irrésistible sur plusieurs plans. De présenter des "héros" vieillissants est un peu tendance en ce moment. Ici quel régal. Est-ce parce que j'ai un fils Carolomacérien ? Un autre fils métis ? Un tonton para en Indochine démobilisé comme Max ?
Ou alors cette bonne ville de Lille que j'aime beaucoup et cette chaleur des Nordistes ? Toujours est-il que cette série m'a fait vibrer.
Je viens de divulguer une partie du scénario qui est à la fois original, drôle, tendre et plein de sens. Ce type de récit me fait penser au "Choucas" avec un enquêteur improbable sur une recherche biscornue. J'adore.
Les dessins et couleurs sont au niveau, excellents. Des "gueules" de type caricatures qui expriment tous les sentiments possibles. Ces paysages du Nord si bien représentés.
Faire d'un notaire un personnage aussi sympathique que notre Amédée est déjà une prouesse. Il y a des passages tellement drôles (le coup de fil aux archives) et d'autres tellement émouvants (la rencontre avec Jo) que j'applaudis à tous ces dosages de registres.
Oui ! Amédée vivre ! Vivre encore une fois, au soir de sa vie, une vraie aventure. Une aventure qui vous fait sentir la morsure du soleil, le regard des belles filles, celle qui vous confronte à vos limites ou à vos peurs ? Celle que vous n'avez jamais osé entreprendre depuis votre pavillon cossu Marnais.
Pour apporter un sourire dans cette chienne de vie. C'est bien cela qui restera au bout de la route.
C'est assez facile d'aviser la série des Tintin mais c'est beaucoup plus difficile de la noter.
En effet Hergé nous la joue tellement "Double Face" entre "Tintin au Congo" et "Les Bijoux de la Castafiore" que je pourrais mettre 5 aussi bien que 1 sans sourciller.
Alors je lance ma pièce et on verra...
Enfant, la série commençait à "Tintin en Amérique" donc les épisodes maudits n'étaient pas disponibles. On en parlait avec les parents mais les deux numéros manquants étaient presque un sujet tabou.
Cela excitait ma curiosité car j'aimais bien la série comme beaucoup d'enfants. Elle me faisait rêver d'un ailleurs surtout les forêts d'Amérique Centrale. Et je découvrais la Carmen de Bizet chanté par le gardien du musée. Je m'en souviendrai toujours.
Les vilains Japonais (je ne connaissais pas encore le sac de Nankin), les pauvres Chinois, les débris de l'avion, le " no se", cette Europe de l'Est si proche et si mystérieuse derrière son rideau, tout cela a peuplé mon imaginaire comme aucune autre série.
De plus pour moi c'était l'ami des enfants Miarka, Tchang, Zorrino et Abdallah le farceur.
Mais on vieillit (trop) vite. On découvre que le monde n'est pas si beau et on lit des choses qui me font bondir. "Je vais vous parler aujourd'hui de votre patrie : La Belgique" enseigne Tintin aux petits Congolais. Ou "..., les Aniotas, organisée en vue de combattre l'influence civilisatrice des Blancs...".
Plus colonialiste que ce discours c'est difficile. (Archives Hergé, Casterman 1977) Quant à l'épisode de l'accident de locomotive, il reste pour moi un sommet d'ignominie dans la littérature pour enfants (celle que je connais).
Tout le monde le sait, Hergé a été interviewé maintes fois sur ce sujet mais il faut le redire encore et encore c'est insupportable.
Pourtant 90 ans après Tintin passe en boucle sur les télés, des magazines font leurs unes sur Tintin, les produits dérivés sont partout.
Enfin je pense que Tintin est le seul Européen à pouvoir regarder en face les Superman, Batman ou Spiderman sous le regard goguenard de la petite souris.
Je n'ai pas appris à lire avec Tintin, c'était à l'école ! Mais j'ai appris à rêver avec lui.
Oups ma pièce est tombée sur le 5 (juste sur le bord)
Avec "Le Journal d'Un Ingénu" Emile Bravo commence son remarquable cycle de Spirou affrontant ces années noires 1939-1945.
Le parti pris de monsieur Bravo a pu en choquer plus d'un car il déconstruit des personnages mythiques de la bd franco-belge pour nous en présenter des facettes originales multiformes. C'est surtout vrai pour Fantasio.
Ici notre Spirou sort de l'enfance dans des conditions particulières car il n'a pas de parents pour le guider dans ses choix. Il n'est pas seul pour autant car Fantasio l'accompagne (et pas si mal que ça !).
Un Fantasio parfois aussi irritant qu'un ado de nos jours qui ne veut en faire qu'à sa tête.
Des choix qui engagent, Spirou va devoir en faire de nombreux jusqu'au plus profond de lui-même.
Entresol ou Dewilde, Choukroune ou Von Glaubitz, Kassandra ou... Kassandra et puis toujours Fantasio. Pas de choix en amitié, elle est indéfectible même si on sert les dents (et sa ceinture) quelques fois.
"Hi hi, Qu'est-ce que tu connais aux femmes, toi ?" ricane Kassandra "Rien" mais pas seulement aux femmes mon pauvre Spirou.
Mais non Spirou possède la connaissance essentielle, celle du grand cœur.
J’adore le fond mais j'apprécie aussi la forme. Des dessins épurés montrant des personnages efflanqués inquiets dans des temps mauvais.
Des couleurs dans les gris, ocre ou marron. Quelques couleurs vives pour célébrer le printemps de l'amour chez Spirou, c'est peu et beaucoup à la fois.
Pour finir sur Fantasio, aucun regret très cher, le loup enragé était prêt à sauter sur sa proie avec ses Panzer, ses avions et ses jeunes hommes fanatisés.
La meilleure bonne foi et bonne idée du monde de Spirou n'y auraient rien changé.
Wow ! C'te baffe ! Je ne connaissais pas Barry Windsor-Smith, mais là j'avoue que je viens de prendre une bonne grosse claque comme on en prend pas souvent avec une BD !
Barry Windsor-Smith, connu pour son travail sur Conan le Barbare et Wolferine se lance en 1984 dans une histoire autour du personnage de Hulk. Sauf que l'histoire va tourner court avec Marvel, Windsor-Smith se fâche et claque la porte ! Son tort : chercher à donner une profondeur psychologique et une noirceur aux super-héros. Mais Windsor-Smith va continuer à travailler à son projet pendant 40 ans en bâtissant une immense odyssée politique et familiale dont ce pavé est la résultante. Et quand je dis pavé, c'est quasiment autant au sens propre qu'au figuré (380 pages et près de 2kg ) ! Et même si j'en ai eu mal au bras à tenir cet album, impossible de le lâcher tant on est pris par ce récit !
Le récit commence en 1949 par un drame. La mère de Bobby Bailey le découvre dans le cabanon de jardin, la tête à moitié fracassé par son père qui hurle en allemand. Quinze ans plus tard, nous retrouvons Bobby qui tente de se faire enrôler dans l'armée. Sauf que cela ne parait pas gagné... mais le sergent McFarland qui s'occupe du recrutement va orienter notre Bobby vers une affectation bien particulière : le projet Prométhée. C'est ainsi qu'il va devenir malgré lui le cobaye de l'armée américaine qui sous la férule du Colonel Friedrich, un ancien scientifique nazi, va commencer ses expériences génétiques sur Bobby pour tenter d'en faire un "surhomme". A défaut de super-soldat, c'est en monstre que Bobby va rapidement se transformer...
McFarland qui culpabilise d'avoir envoyé ce jeune homme vers ce projet top secret va parvenir à le faire échapper. Libre, Bobby va tenter de retrouver les traces de son passé en retournant dans la petite maison où il a grandit avec l'armée à ses trousses. C'est là que petit à petit nous allons découvrir l'histoire de ses parents, tout d'abord par le biais du journal intime de sa mère. D'abord trop heureuse de voir son mari enfin rentrer de la guerre, elle va rapidement déchanter en ne le reconnaissant pas dans cet homme violent et alcoolique qu'il est devenu. En découvrant ce qu'il a vécu là-bas on comprend assez vite que le traumatisme est irréversible...
Barry Windsor-Smith, en excellent scénariste s'appuie sur un coup de crayon magistral pour nous propulser dans cet univers tragique digne d'une des meilleures tragédie grecque. On est captivé d'emblée par cette histoire qui se construit et se révèle petit à petit. Chaque voile levé l'un après l'autre révélant l'horreur qui relie l'ensemble de ces protagonistes.
Voilà un roman graphique d'une rare puissance, maîtrisé de bout en bout, qui nous scotche tant par la profondeur psychologique des personnages, la construction du récit, que le dessin à l'encrage tout en finesse que magnifie sa maîtrise du noir et blanc.
Voilà sans doute pour moi un des meilleurs albums de l'année !
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Dracula (Bess)
Coup de coeur, c'est magnifique! Une adaptation fidèle (en évitant par bonheur de sombrer dans le trop baroque tout en optant pour le noir et blanc), un graphisme qui ferait applaudir Toppi, une très belle édition grand format, tout est réuni pour devenir une référence de la haute littérature graphique (je viens de voir qu'une adaptation de Frankenstein vient d'être publiée, ce sera ma prochaine grande lecture à coup sûr.) Il se lit, il se contemple. Bien sûr, si vous avez lu le roman, le récit ne vous étonnera pas mais le comte saura vous hypnotiser. Et je vous envie de le ressentir à votre première lecture.
Médée (Le Callet / Peña)
Cette magnifique série prouve à ceux qui ne le pensent pas que plaisir et culture peuvent faire bon ménage dans une BD. L'excellent travail de Nancy Peña pour les dessins et de Blandine Le Callet pour le scénario en est la meilleure des preuves. Blandine Le Callet revisite la légende noire de Médée d'une façon originale avec un parti pris réaliste qui se tient de bout en bout. Point d'intervention divine, ni de sauveur de dernière minute mais tout bonnement un enchaînement de situations tellement logiques et vraisemblables que l'on a l'impression d'avoir un récit journalistique. Le scénario suit évidemment les textes antiques mais Le Callet se permet quelques adaptations dans la mise en scène qui renforcent l'homogénéité et la puissance dramatique du récit. Tout au long des cinq tomes (le tome 4 est composé de deux livres) ce n'est qu'un crescendo dans la tragédie qui se déroule sous nos yeux pour atteindre son climax en fin de tome 4 livre 1 mais qui ne retombe pas à plat pour autant ensuite. Cette construction du récit est vraiment remarquable et très rare par sa qualité littéraire dans les séries que j'ai lues. Le dessin de Nancy Peña est au même niveau. L'auteure joue avec les situations émotionnelles, les éclairages et les découpages. Dans l'abécédaire de la fin de l'édition intégrale, elle s'amuse à nous présenter quelques-uns de ses anachronismes dans les styles d'architectures, de costumes ou de bijoux. Comme si les auteures nous invitaient à une relecture savante pour retrouver ces détails. Un vrai régal. La multiplicité des thèmes abordés d'une manière profonde vous conduit à une réflexion permanente sur l'utilisation du progrès, sur l'amour, sur le combat des femmes pour la liberté ou sur la violence. La déconstruction de l'image du héros Grec au premier rang desquels Jason, est terriblement efficace et crédible. Cela me plait beaucoup. De l'excellente BD. À lire à offrir, à posséder pour un public pas trop jeune.
Les Temps Mauvais
" C'est vous qui avez fait ça? - Non, c'est Vous!" aurait répondu Picasso à l'officier allemand qui découvrait Guernica. Parce que pour moi il y a beaucoup de Guernica dans l'œuvre de Carlos Giménez. Beaucoup plus que du Hemingway ou du Malraux qui ont donné un tel esprit romanesque à la terrible Guerre Civile Espagnole. Pour qui aime l'Histoire et surtout cette Histoire contemporaine de notre si chaotique XXème siècle , je lis "Les Temps Mauvais " comme une œuvre majeure qui arrive soixante-dix ans après le conflit. C'est le temps qu'il faut à l'Histoire pour se poser. Cette intégrale est composée de quatre tomes construits autour de saynètes allant de une à dix-sept planches. Pas de plans de batailles, ni de stratégie militaire ni de comptabilité macabre et polémique, seulement des familles de Madrid encerclées, affamées qui ont peur et qui reçoivent des bombes sur la tête. Giménez a la prouesse d'éviter tout manichéisme. Du côté 'Rouge' et du côté 'Franquiste" autant de salauds et autant de pauvres bougres morts de trouille d'être condamnés à mort pour un supposé délit d'opinion. Ne nous y trompons pas sur la couverture ce sont bien "des Rouges" qui entrainent le bon oncle Mateo faire une promenade à l'aube. Seules les bombes n'ont qu'une couleur , made in Germany, afin d'inaugurer une triste innovation guerrière : le bombardement massif des villes avec des victimes civiles par milliers. Les tomes 2 et 3 faits d'anecdotes non chronologiques peuvent paraître un peu répétitifs par moment et peser sur la lecture. Mais cela donne aussi une idée du chaos dans lequel vivaient ces pauvres familles. Le formidable trait de Carlos Giménez qui passe subtilement du réalisme à la caricature amplifie l'effet dramatique des situations. Je me souviendrai longtemps de l'histoire du chat Sito avec ce cadre hypnotique des deux frères cadavériques. Il faut être insensible ou indifférent pour ne pas avoir les larmes aux yeux Il y a plus d'émotion et d'humanité dans le trait de Giménez que dans tous les super dessins assistés par ordinateur. La technique ne remplacera jamais le talent. Le tome 4 revient dans la chronologie avec la victoire de Franco et son lot de purges, de haine et d'atrocités. Mais aussi de très belles choses comme ces soldats généreux. Sans oublier "les effets collatéraux": ces épidémies qui touchent avant tout les enfants, sans médicament et sans rien pour soulager. En temps de pandémie cela fait réfléchir. Un scénario travaillé, humain en forme d'hommage aux habitants de Madrid de bonne volonté quels qu'ils soient. Une œuvre de réconciliation? Pourquoi pas, la plaie est encore vive chez nos amis Espagnols. Si pour certains , aujourd'hui, ce conflit peut sembler secondaire par rapport aux nombreuses guerres du siècle, la Guerre Civile Espagnole a eu une très grande importance intellectuelle et stratégique dans l'histoire de la fin de siècle. Un très bel ouvrage qui a largement sa place dans ma bibliothèque au côté de Malraux, Orwell , Hemingway sous les photos de Robert Capa En conclusion je recommande l'édition intégrale avec son dossier et son interview en fin d'ouvrage. Pour tous les amoureux d'histoire et de l'Espagne. Une dernière remarque perso, seulement deux avis pour ce monument c'est un crève-cœur.
Fatty - Le premier roi d'Hollywood
Je connaissais déjà l'histoire de "Fatty". Ce personnage oublié aujourd'hui à part des amateurs de cinéma des années 1910-1930 était pourtant l'acteur n°1 du burlesque avant Chaplin, Keaton et Laurel et Hardy. La manière de nous raconter l'histoire de Julien Frey est bien choisie. Ici c'est Buster Keaton, l'ami de toujours, qui nous raconte l'histoire de Roscoe alors qu'il est sur la fin de sa carrière. Débutant le récit au moment de la rencontre des deux acteurs, on suit alors la vie de Roscoe faite de débauche et d'excès en tout genre. Il nous dépeint bien la vie de ce grand costaud (ou enrobé) et ces travers incluant même des anecdotes légendaires (le fait qu'il aurait donné son pantalon à Chaplin). Puis vient le scandale et les procès il nous montre tous les détails qui amèneront à l'acquittement de Roscoe mais à la nécessité des trois procès pour qu'il soit totalement innocenté. Enfin nous avons la fin de Roscoe et ses difficultés à revenir dans le monde d'Hollywood et du spectacle en général malgré son innocence. Toute cette histoire est traversée par l'amitié de Buster et Fatty et on s'attache à ses deux personnages. Le trait de Nadar correspond bien à l'histoire et on reconnait du premier coup d’œil les protagonistes. Roscoe nous est tout de suite sympathique. J'aime beaucoup aussi le choix des couleurs. Ce n'est peut-être pas ce qu'on pourrait appeler un album culte mais j'ai beaucoup aimé cette lecture et c'est un coup de coeur. Achat indispensable pour les passionnés de cinéma.
La Bibliomule de Cordoue
Je suis toute émue après la lecture de cet album. Tous les aspects de l'histoire m'ont plu. Les dialogues, le décor, le déroulement de l'histoire comme les personnages. Ce livre n'est pas un conte pour enfant. En tout cas pas seulement. Le dessin (fort empâtement, couleurs vives et silhouettes un peu caricaturales) et le titre qui semblent s'adresser plutôt aux enfants, le volume lui-même (compact avec sa tranche bleue) nous dirigent sur une fausse piste. Il raconte une belle histoire avec des personnages touchants, mais parle aussi d'aujourd'hui et d'hier. Le scénario est plutôt simple, mais enrichi de petites branches malicieuses et culturelles : Il faut sauver quelques livres de l'autodafé prévu par le Vizir Al Mansour. Ce qui est réussi, c'est que les motivations de chacun, y compris du méchant, sont abordées, et on peut les comprendre voire les partager. C'est l'apanage des livres historiques d'aujourd'hui, on peut se mettre à la place de l'autre, tout en restant attaché aux héros. Le décor, la ville de Cordoue en 976, sa mosquée, son palais, ses jardins. Les personnages : La mule qui rappelle l'Anatole de Philémon, par son rôle espiègle mais muet. Le voleur, toujours utile dans une histoire drôle, beau gosse roublard et néanmoins looser. Le vieil érudit, rond, chauve et perché mais qui a une longue histoire derrière lui... La belle Lubna, esclave copiste, bien à l'abri dans la bibliothèque de Cordoue, jusqu'à ce que cette histoire commence Et le Vizir Al Mansour, et sa malfaisante ambition. A mettre entre toutes les mains !
Frankenstein (Bess)
Après son excellent Dracula (Bess), j'étais curieux de découvrir son Frankenstein. C'est la troisième adaptation du roman de Mary Shelley que je lis et toutes sont en noir et blanc : Frankenstein (Petit à Petit), Frankenstein - Le monstre est vivant et aujourd'hui celle-ci. Un choix gagnant à mes yeux. Frankenstein est le premier roman de Mary Shelley, publié en 1818. En 1816 un groupe de jeunes "romantiques" sont en vacances en Suisse. Pour passer le temps, ils doivent écrire une histoire d'épouvante. Mary alors âgée de 19 ans gagne ce petit jeu avec son Frankenstein. Il y avait aussi un certain Lord Byron qui lui brouillonne un texte qui sera repris et amélioré plus tard par John Polodori sous le nom de Le Vampire. Frankenstein fût un roman précurseur pour le fantastique et la science fiction. Un nombre incalculable d'adaptations dont celles cinématographiques avec Boris Karloff (1931) ou Robert de Niro (1994) pour ne citer que les plus connus. Une œuvre qui est entrée dans la culture populaire. Bess reste fidèle au roman. Roman que j'ai lu il y a une trentaine d'années. Pas de grosses surprises à attendre et cela me va à ravir. Une narration faite en majorité par la voix off de Victor Frankenstein qui donne une atmosphère d'étrangeté, de voyeurisme. Un côté malsain qui m'a beaucoup plu. J'ai été vampirisé de bout en bout. J'ai ressenti la douleur, la peur et la fureur de ce monstre créé de chair humaine. Je suis passé par toutes les émotions, comment rester insensible ? Une naissance par expérience scientifique et de suite rejeté par son "père", puis par le reste de la population. Une solitude qui fera de lui un monstre. Mais qui sont réellement les monstres ? Et maintenant le dessin et là on touche au merveilleux. Quel réalisme. Un noir et blanc sublime, un trait fin, précis et fourmillant de détails. Il suffit de regarder la page 53 avec sa pluie battante ou les yeux du monstre qui retranscrivent à eux seuls ses émotions. Une mise en page somptueuse. Un graphisme qui ensorcelle au point de ne plus pouvoir décrocher avant la dernière planche. Du gothique à l'état pur. Un sans faute. Coup de cœur et 5 étoiles.
Tananarive
Je trouve cet album irrésistible sur plusieurs plans. De présenter des "héros" vieillissants est un peu tendance en ce moment. Ici quel régal. Est-ce parce que j'ai un fils Carolomacérien ? Un autre fils métis ? Un tonton para en Indochine démobilisé comme Max ? Ou alors cette bonne ville de Lille que j'aime beaucoup et cette chaleur des Nordistes ? Toujours est-il que cette série m'a fait vibrer. Je viens de divulguer une partie du scénario qui est à la fois original, drôle, tendre et plein de sens. Ce type de récit me fait penser au "Choucas" avec un enquêteur improbable sur une recherche biscornue. J'adore. Les dessins et couleurs sont au niveau, excellents. Des "gueules" de type caricatures qui expriment tous les sentiments possibles. Ces paysages du Nord si bien représentés. Faire d'un notaire un personnage aussi sympathique que notre Amédée est déjà une prouesse. Il y a des passages tellement drôles (le coup de fil aux archives) et d'autres tellement émouvants (la rencontre avec Jo) que j'applaudis à tous ces dosages de registres. Oui ! Amédée vivre ! Vivre encore une fois, au soir de sa vie, une vraie aventure. Une aventure qui vous fait sentir la morsure du soleil, le regard des belles filles, celle qui vous confronte à vos limites ou à vos peurs ? Celle que vous n'avez jamais osé entreprendre depuis votre pavillon cossu Marnais. Pour apporter un sourire dans cette chienne de vie. C'est bien cela qui restera au bout de la route.
Les Aventures de Tintin
C'est assez facile d'aviser la série des Tintin mais c'est beaucoup plus difficile de la noter. En effet Hergé nous la joue tellement "Double Face" entre "Tintin au Congo" et "Les Bijoux de la Castafiore" que je pourrais mettre 5 aussi bien que 1 sans sourciller. Alors je lance ma pièce et on verra... Enfant, la série commençait à "Tintin en Amérique" donc les épisodes maudits n'étaient pas disponibles. On en parlait avec les parents mais les deux numéros manquants étaient presque un sujet tabou. Cela excitait ma curiosité car j'aimais bien la série comme beaucoup d'enfants. Elle me faisait rêver d'un ailleurs surtout les forêts d'Amérique Centrale. Et je découvrais la Carmen de Bizet chanté par le gardien du musée. Je m'en souviendrai toujours. Les vilains Japonais (je ne connaissais pas encore le sac de Nankin), les pauvres Chinois, les débris de l'avion, le " no se", cette Europe de l'Est si proche et si mystérieuse derrière son rideau, tout cela a peuplé mon imaginaire comme aucune autre série. De plus pour moi c'était l'ami des enfants Miarka, Tchang, Zorrino et Abdallah le farceur. Mais on vieillit (trop) vite. On découvre que le monde n'est pas si beau et on lit des choses qui me font bondir. "Je vais vous parler aujourd'hui de votre patrie : La Belgique" enseigne Tintin aux petits Congolais. Ou "..., les Aniotas, organisée en vue de combattre l'influence civilisatrice des Blancs...". Plus colonialiste que ce discours c'est difficile. (Archives Hergé, Casterman 1977) Quant à l'épisode de l'accident de locomotive, il reste pour moi un sommet d'ignominie dans la littérature pour enfants (celle que je connais). Tout le monde le sait, Hergé a été interviewé maintes fois sur ce sujet mais il faut le redire encore et encore c'est insupportable. Pourtant 90 ans après Tintin passe en boucle sur les télés, des magazines font leurs unes sur Tintin, les produits dérivés sont partout. Enfin je pense que Tintin est le seul Européen à pouvoir regarder en face les Superman, Batman ou Spiderman sous le regard goguenard de la petite souris. Je n'ai pas appris à lire avec Tintin, c'était à l'école ! Mais j'ai appris à rêver avec lui. Oups ma pièce est tombée sur le 5 (juste sur le bord)
Le Spirou d'Emile Bravo - Le journal d'un ingénu
Avec "Le Journal d'Un Ingénu" Emile Bravo commence son remarquable cycle de Spirou affrontant ces années noires 1939-1945. Le parti pris de monsieur Bravo a pu en choquer plus d'un car il déconstruit des personnages mythiques de la bd franco-belge pour nous en présenter des facettes originales multiformes. C'est surtout vrai pour Fantasio. Ici notre Spirou sort de l'enfance dans des conditions particulières car il n'a pas de parents pour le guider dans ses choix. Il n'est pas seul pour autant car Fantasio l'accompagne (et pas si mal que ça !). Un Fantasio parfois aussi irritant qu'un ado de nos jours qui ne veut en faire qu'à sa tête. Des choix qui engagent, Spirou va devoir en faire de nombreux jusqu'au plus profond de lui-même. Entresol ou Dewilde, Choukroune ou Von Glaubitz, Kassandra ou... Kassandra et puis toujours Fantasio. Pas de choix en amitié, elle est indéfectible même si on sert les dents (et sa ceinture) quelques fois. "Hi hi, Qu'est-ce que tu connais aux femmes, toi ?" ricane Kassandra "Rien" mais pas seulement aux femmes mon pauvre Spirou. Mais non Spirou possède la connaissance essentielle, celle du grand cœur. J’adore le fond mais j'apprécie aussi la forme. Des dessins épurés montrant des personnages efflanqués inquiets dans des temps mauvais. Des couleurs dans les gris, ocre ou marron. Quelques couleurs vives pour célébrer le printemps de l'amour chez Spirou, c'est peu et beaucoup à la fois. Pour finir sur Fantasio, aucun regret très cher, le loup enragé était prêt à sauter sur sa proie avec ses Panzer, ses avions et ses jeunes hommes fanatisés. La meilleure bonne foi et bonne idée du monde de Spirou n'y auraient rien changé.
Monstres
Wow ! C'te baffe ! Je ne connaissais pas Barry Windsor-Smith, mais là j'avoue que je viens de prendre une bonne grosse claque comme on en prend pas souvent avec une BD ! Barry Windsor-Smith, connu pour son travail sur Conan le Barbare et Wolferine se lance en 1984 dans une histoire autour du personnage de Hulk. Sauf que l'histoire va tourner court avec Marvel, Windsor-Smith se fâche et claque la porte ! Son tort : chercher à donner une profondeur psychologique et une noirceur aux super-héros. Mais Windsor-Smith va continuer à travailler à son projet pendant 40 ans en bâtissant une immense odyssée politique et familiale dont ce pavé est la résultante. Et quand je dis pavé, c'est quasiment autant au sens propre qu'au figuré (380 pages et près de 2kg ) ! Et même si j'en ai eu mal au bras à tenir cet album, impossible de le lâcher tant on est pris par ce récit ! Le récit commence en 1949 par un drame. La mère de Bobby Bailey le découvre dans le cabanon de jardin, la tête à moitié fracassé par son père qui hurle en allemand. Quinze ans plus tard, nous retrouvons Bobby qui tente de se faire enrôler dans l'armée. Sauf que cela ne parait pas gagné... mais le sergent McFarland qui s'occupe du recrutement va orienter notre Bobby vers une affectation bien particulière : le projet Prométhée. C'est ainsi qu'il va devenir malgré lui le cobaye de l'armée américaine qui sous la férule du Colonel Friedrich, un ancien scientifique nazi, va commencer ses expériences génétiques sur Bobby pour tenter d'en faire un "surhomme". A défaut de super-soldat, c'est en monstre que Bobby va rapidement se transformer... McFarland qui culpabilise d'avoir envoyé ce jeune homme vers ce projet top secret va parvenir à le faire échapper. Libre, Bobby va tenter de retrouver les traces de son passé en retournant dans la petite maison où il a grandit avec l'armée à ses trousses. C'est là que petit à petit nous allons découvrir l'histoire de ses parents, tout d'abord par le biais du journal intime de sa mère. D'abord trop heureuse de voir son mari enfin rentrer de la guerre, elle va rapidement déchanter en ne le reconnaissant pas dans cet homme violent et alcoolique qu'il est devenu. En découvrant ce qu'il a vécu là-bas on comprend assez vite que le traumatisme est irréversible... Barry Windsor-Smith, en excellent scénariste s'appuie sur un coup de crayon magistral pour nous propulser dans cet univers tragique digne d'une des meilleures tragédie grecque. On est captivé d'emblée par cette histoire qui se construit et se révèle petit à petit. Chaque voile levé l'un après l'autre révélant l'horreur qui relie l'ensemble de ces protagonistes. Voilà un roman graphique d'une rare puissance, maîtrisé de bout en bout, qui nous scotche tant par la profondeur psychologique des personnages, la construction du récit, que le dessin à l'encrage tout en finesse que magnifie sa maîtrise du noir et blanc. Voilà sans doute pour moi un des meilleurs albums de l'année !