Le Loup des Mers mériterait de devenir un grand classique de la BD. Pour la seconde fois Riff Reb’s m’embarque complètement dans cette odyssée. Avec A Bord De l’Etoile Matutine, l’auteur propose de transmettre des histoires terriblement puissantes.
L’écriture est incroyable. Les mises en scène sont pleines de vie. L’évolution des personnages est un vrai régal. Le Loup est d’un mystère sans fond et le raconteur gagne clairement son lot d’intérêts au fil de l’histoire.
L’approche philosophique est concrète, franche. Riff Reb’s continue d'explorer le nihilisme, qui atteint ici son paroxysme. L'idée est personnifiée par un capitaine terrifiant et misanthrope qui se confronte aux moralistes, ceux-là qui n’ont jamais remis en cause ni questionné les valeurs qui les guident. Tout est fait de nuance, les dialogues dégagent des problématiques profondes et je trouve très intelligent d’avoir fait en sorte que le scénario soit une grande histoire faite de « mises en pratiques » philosophiques.
Le décor maritime est grandiose, lugubre et mortifère avec ce doux parfum poétique. La bichromie me plonge dans l’ambiance et le dessin laisse sans voix.
Même si c'est un one shot, je conseillerais de lire la trilogie maritime selon l'ordre de parution, dans le sens où le premier volet est basée sur l'ambiance générale, tandis que ce second récit se concentre sur la pensée de deux individus, essentiellement. J'ai bien aimé ce système d'entonnoir, on n'en finit pas de découvrir des choses.
J’ai un profond respect pour le travail de Riff Rebb’s, qui mérite une place digne dans l’histoire de la bande dessinée. A posséder et à partager.
Que voilà un excellent documentaire sur le sujet. Tout d'abord très agréable à lire, pas lourdingue pour deux sous malgré le sujet, avec une mise en page aérée et colorée. Ceux qui connaissent Lécroart savent ses talents de raconteur et d'illustrateur, tout cela est bel et bien fait.
Maintenant sur les tenants et aboutissants de ce dérèglement climatique qui nous concerne tous, il s'est adjoint un mathématicien spécialiste du chaos et de l'économique (qui, soit dit en passant, a inspiré le personnage du Dr Malcolm de Jurassik park). Les auteurs ont entamé l'ouvrage en 2020, ce qui permet d'avoir des données récentes par rapport aux autres bds traitant du sujet, je pense forcément au non moins excellent Saison brune qui n'a que l'inconvénient de dater d'avant Fukushima.
Un choix que j'ai grandement apprécié dans ce documentaire, c'est de ne finalement s'attarder que peu sur la « technique » du dérèglement climatique, ainsi que sur ses conséquences physiques. Ces sujets sont maintenant suffisamment évoqués par divers médias, des reportages télé (bon, ça dépend sur quelles chaînes) pour que tout un chacun puisse connaître à peu près ce qui se passe déjà et ce qui nous attend.
Là, on a une approche bien historique de l'économie mondialisée. Bien sûr, ce commerce mondial ne date pas d'hier mais l'ouvrage montre bien l'évolution parallèle du commerce, de l'industrie, de la finance et de ce qu'il faut bien appeler le capitalisme effréné. On voit bien ce mouvement qui a conduit à la situation actuelle, mais ce n'est pas manichéen. Les auteurs évoquent bien sûr le progrès que cette progression du commerce a engendré, sur le plan sanitaire (sauf Covid évidemment), sur le confort obtenu dans les pays riches …. au prix bien sûr d'une dépendance de plus en plus forte aux énergies fossiles.
Je ne suis nullement une férue de finance et parfois je peine dans les émissions sur l'économie politique à vraiment comprendre le fond des choses. J'ai eu droit ici à un cours que j'ai trouvé extrêmement bien fait. Je n'avais nullement imaginé l'impact des guerres mondiales sur l'essor, post conflit, des industries au XXe siècle par exemple.
Les auteurs montrent bien également les freins à la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, que ce soit de par notre mode de vie, nos politiques toujours soumises aux impératifs économiques, la publicité, et l'agriculture conventionnelle qui n'est pas épargnée.
C'était passionnant, je le relirai. J'ai déjà promis à mon bibliothécaire municipal que je lui prêterai pour qu'il en commande un et le diffuse au maximum. Le seul petit regret que je pourrai avoir : les chiffres et statistiques donnés ne sont pas sourcés directement sur la page concernée, toutes les sources scientifiques sont regroupées en fin d'album, certes ça a le mérite d'aérer la mise en page mais on retrouve moins facilement d'où vient quoi.
Je n'ai pas l'habitude de mettre 5 étoiles, « culte » c'est énorme. Mais là, je ne peux pas faire autrement. Donc culte.
Transitions.
Si vous êtes pointilleux, vous remarquerez le pluriel. Car il ne s'agit pas tant ici de la transition de Lucie/Alex mais surtout de celle d'Anne, sa mère.
En effet, en partant de son incompréhension initiale, du rejet de l'idée et de la sensation de perte, cette dernière entame elle-même un long processus d'acceptation et de compréhension d'un univers dont elle ne fait pas partie et dont elle ignorait même l'existence.
Elle va donc devoir remettre en question ses idées reçues, ses préjugés mais aussi sa propre façon de vivre et de réfléchir.
A travers ce voyage dans la représentation du genre et comment la société l'impose, Anne nous renvoit à nos propres questionnements face à cette société qui évolue (enfin?) et qui permet à certaines personnes de vivre et non plus de survivre.
On ressent de la tristesse, de la joie et beaucoup d'autres émotions lors de cette lecture...on sourit voire rit même parfois (par exemple, lorsqu'Anne passe en mode berzerk et semble vouloir tout révolutionner) et on comprend assurément les épreuves qu'ont endurées ces personnes.
Une oeuvre excellente, tant par la force de sa représentation du tourbillon d'émotions qui déferle sur Anne que par la justesse de son propos. Très bien documentée, forte du récit et du parcours de 2 personnes d'une même famille (Anne et Alex) et intelligemment mise en forme, j'ai tout simplement trouvé la bd géniale.
Là où Catherine Castro dans Appelez moi Nathan m'avait parue trop superficielle et n'entrait jamais dans le vif du sujet, Elodie Durand explique tout en restant toujours ancrée dans le récit et en faisant preuve d'une grande pédagogie. On n'a jamais l'impression qu'on nous explique quelque chose mais qu'au contraire, on est soi-même en train de vivre le changement de paradigme d'Anne et cela pousse à une nouvelle vision des choses.
Bref, c'est très intelligent et ça permet vraiment de se faire une meilleure idée des combats qu'ont à mener certaines personnes et à les comprendre.
Une bd à lire de toute urgence !
Les indes fourbes, c'est sans doute le livre qui m'a redonné envie de lire de la bande dessinée après un très, très long creux. Emprunté sans même en avoir entendu parler et sans avoir vu les auteurs (on ne se moque pas, au fond !), c'était la très belle couverture et le format imposant de l'album qui m'avaient attiré.
A la lecture, j'ai adoré la première partie. Quand est venue la deuxième, j'ai un peu décroché, ça commençait à faire un peu longuet. Et comme je devais rendre ce livre rapidement, la troisième est passée trop rapidement. Mais cette histoire restait en toile de fond dans mes pensées, et quelques mois plus tard je suis retourné en librairie acheter l'album. Et oui, rien que pour ça on est déjà sur un album qui pour moi est remarquable, toutes les lectures n'incitant pas, et de loin, à une relecture ou un achat.
Les indes fourbes, donc, après une relecture plus calme, c'est un magnifique dessin, et une histoire joliment intriquée. La première partie, la plus longue, nous livre le récit de Pablos, qui tel un Keyser Söze, se retrouve entre les mains de l'Alguazil majeur, seigneur peu tendre et peu enclin à entendre son récit. Il sera pourtant pris dans les rets du talent de narrateur de Pablos, et le lecteur avec lui. On y aura droit au récit de la vie de Pablos, par Pablos, un récit picaresque au goût d'aventure, nous amenant - au bout d'un long chemin et de moultes détours - à l'Eldorado.
Mais si vous vous rappelez de Usual Suspects, vous savez que maintenant va arriver une deuxième partie du récit, et avec elle la vérité. Et en effet, on a droit à une magnifique relecture du récit fort enjolivé de Pablos. Puis une troisième partie entraînera Pablos au bout du bout de son leitmotiv.
Les indes fourbes, c'est une lecture dense et riche, c'est l'histoire d'un coquin qui cherche à ne pas crever, à s'éloigner autant que possible de sa condition miséreuse, c'est ce principe poussé jusqu'à l'outrance pour parvenir à cette conclusion inévitable et pourtant absurde, c'est un dessin magnifique de Guarnido, c'est des pages sur lesquelles on revient pour vérifier la cohérence de l'ensemble, c'est une construction littéraire, un conte, une fable, un roman picaresque, et c'est aussi des rires devant les situations et les rebondissements énormes et les mines improbables des protagonistes.
Une excellente découverte pour moi, donc, et dont je sais que je la relirai plusieurs fois avec beaucoup de plaisir.
Un manga incroyable, un scénario très prenant, j'ai été depuis le début sans cesse bluffé par l'écriture et le style de dessin, tous deux si bien réalisés.
Enfin je suis à jour dans ma lecture de ce manga dont j'avais tant entendu parlé.
C'est le genre de manga où il est difficile d'arrêter sa lecture. Le genre de manga dont on rêve encore la nuit. Le genre de manga dont on parle à la pause clope/café/ jus de fruit/mariokart/ce que vous voulez. Le genre de manga dont on est profondément dégouté de certaines scènes. Le genre de manga dont les dessins nous scotchent, tellement ils sont travaillés. Le genre de manga dont certaines scènes sont tellement épiques et mémorables que je m'en souviendrais toute ma vie. Le genre de manga où le héros donne une véritable définition au mot "badass". Le genre de manga qui te fait ressentir une immense palette d'émotions dont les deux premières qui me viennent en tête sont la haine et la tristesse. Le genre de manga qui arrive à nous faire vraiment rire, tout en restant adulte et mature.
Bref, c'est le genre de manga qu'il faut avoir lu au moins une fois dans sa vie. Même ma femme l'a lu et adoré, alors qu'elle ne lit jamais de manga.
Si je ne met "que" 4 étoiles, c'est à cause du fait que la série tire à rallonge, elle surfe un peu trop sur son succès et donc la série perd en intérêt. Il est grand temps que l'auteur mette un terme à son histoire. Mais noter bien que les tomes 4 à 14 font partie des meilleurs mangas que je n'ai jamais lu. Je crois que je relirai cet arc au moins une fois par an.
4 étoiles
MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
màj du 20/05/21:
Il faut qu'à peine 5 jours après la rédaction de mon avis, l'annonce du décès de Miura retentisse. Le hasard...
Fort heureusement pour moi, ma première lecture de ce manga remonte à mes 16 ans. Je n'avais pas la maturité de lire une telle oeuvre. J'ai donc abandonné. Des années plus tard, grâce à mon frère, je recommence tout à zéro. Et ce fut une révélation.
Berserk est le premier manga que je partage avec mon frère. Le premier d'une très longue série. Miura, par son oeuvre et son talent, a réussi à créer un nouveau lien avec mon frère. Depuis, à chaque fois que je passe du temps avec mon frère, nous passons des heures à discuter manga, au détriment de nos compagnes. Berserk a donc une grande importance à mes yeux.
La disparition de Miura m'impacte beaucoup plus que ce que je pouvais imaginer. Je réalise que je ne connaitrai jamais la fin véritable de Berserk. Tout cela me fait prendre conscience que j'appréciais nettement plus la série que ce que je disais. Elle m'a réellement impacté.
C'est pourquoi, je décide de changer ma note, seulement 5 jours plus tard. Je n'hésite plus, c'est une série culte.
5 étoiles
Aujourd'hui, Maupertuis ne rit pas, il pleure
Qu'est-ce qui fait qu'une lecture est remarquable ?
Un certain nombre de critères, sans doute. En l'occurrence, quand une lecture a marqué son lecteur et qu'il y pense toujours après quelques temps, quand il se dit que, quand même, il y a dans cette histoire de la richesse, de la matière et ce même si elle n'est pas forcément facile d'accès, quand, ayant lu ce livre il se dit que oui, il va vouloir le relire, et quand l'ayant emprunté il se dit que oui, il va l'acheter, alors sans doute peut-on considérer que cette lecture a été remarquable.
Pourtant je ne savais pas à quoi m'attendre. Les ambiances colorées assez monochromatiques par chapitre m'ont tout de suite plu. Le dessin aussi, fin, précis, soigné, avec des personnages ayant de vraies gueules. Même si j'ai plus loin été un peu déçu quand pour les têtes des personnages il devenait plus doux et moins réaliste, j'ai été époustouflé par les scène marines de toute beauté, avec ce bateau aux prises avec les vagues rageuses.
Mais ce qui est le plus marquant pour moi, c'est bien sûr le personnage de Loup Larsen. Terrifiant, détestable, insaisissable. Capitaine despote s'arrogeant le droit de vie, de mort et de souffrance sur son équipage, embarquer sur son navire revient à entrer dans un enfer sur mer. Personnage d'une brutalité sans nom, représenté comme une bête sauvage ou un démon ou encore un titan, manipulateur, il s'avérera pourtant cultivé, presqu'autant que Humphrey Van Weyden.
Et ce point est très intéressant, car d'abord perçu comme une brute par nature, Loup Larsen se révèle une brute par choix. Désabusé, nihiliste. On aura donc non seulement une dichotomie sur la civilisation et la domination par la force - la loi de la nature - mais aussi et peut-être surtout sur la moralité ou son absence, l'amoralité.
Humphrey et le capitaine semblent d'abord être aussi éloignés l'un de l'autre qu'il est possible de l'être. Pourtant ils seront étroitement liés, et Humphrey sera fortement influencé par le capitaine. Personnage poli, civilisé et pour tout dire intellectuel bourgeois imbu de lui-même, il ne sortira de cette histoire qu'en portant la marque indélébile de ce capitaine.
Vous ferez peut-être quelque chose de votre vie finalement ! Déjà vous commencez à marcher par vous-même, lui dit d'ailleurs ce dernier.
En refermant ce livre aux ambiances fortes, au discours brutal et implacable, aux idées sombres et violentes, j'ai vraiment eu le sentiment d'une lecture riche et marquante. C'est donc avec grand plaisir que je l'ai choisi pour mon 1000ème avis.
La fleur de l’ombre.
Entre les gargouilles et les chimères, Baudelaire est happé par le vide, les ailes brisées. A son réveil, hébété, il fixe un chat juché sur une horloge. Jeanne Duval repose nue à son côté. Il lui déclame les vers qu’elle lui a inspirés la nuit puis le grand miroir de la chambre réfléchit leurs ébats amoureux. Le prologue admirablement posé, Yslaire va ensuite dérouler la vie du poète maudit en commençant par son enterrement au cimetière Montparnasse, le 31 août 1867. Jeanne est en arrière-plan, dans les replis de l’histoire mais par le prisme de son regard et de ses souvenirs, elle va exposer la vie de Charles Baudelaire : l’enfance, le voyage vers les Indes, la bohème parisienne, leur relation tumultueuse, les attaques syphilitiques, l’envol du poète. Le récit est puissant, prenant, intelligent. Le graphisme est superbe par le trait réaliste et charbonneux, précis et inspiré ; les couleurs splendides délivrent des ambiances exceptionnelles ; les mises en page étourdissent quand des doubles-pages composent des tableaux magistraux. Le lecteur apprend à aimer Jeanne, comprenant la solitude du plus grand poète de la langue française, dédaigné de son temps mais « abordant heureusement aux époques lointaines ». L’épilogue noue l’ensemble avec une rare maestria puisque le « repentir même, ô la dernière auberge ! » s’efface pour faire émerger de l’ombre du tableau de Courbet la muse consolatrice au-dessus du portrait de Baudelaire.
Paru initialement en trois cahiers chargés d’esquisses et de travaux préparatoires, le chef-d’œuvre de Bernard Hislaire composé en 150 pages donne à voir le spleen et l’idéal emmêlés comme le serpent sur le caducée.
N'étant pas un grand amateur de westerns, mais attiré par cette couverture sombre et farouche, j'ai immédiatement su en feuilletant les premières pages que je repartirais avec cet album sous le bras.
Rarement un dessin m'aura subjugué comme celui-ci, et le premier chapitre fut un bonheur à lire. Pour son dessin éblouissant, ses gueules réalistes et magnifiquement expressives, ses ambiances colorées très contrastées, et pour l'histoire qu'il parvient à raconter de façon limpide en trois pages seulement.
Mais il ne s'agissait là que de l'introduction.
Le récit va s'ancrer dans une fin de 19ème siècle qui voit le chemin de fer mettre au chômage les cow boys. C'est sur cette prémisse elle aussi limpide que va se construire cette histoire. Histoire d'un bouleversement, d'un monde qui change, d'une époque qui s'achève. Histoire d'hommes pris dans cette tourmente qui luttent pour survivre.
Le décor farouche du western, avec ses codes brutaux, se prêtait sans doute impeccablement bien à une telle histoire.
Mais ici cette brutalité, toile de fond latente et omniprésente, ne sera pas gratuite. Si un événement déclencheur va la libérer et si elle va prospérer dans un enchaînement implacable, tous les protagonistes ont leur motivation. Et je reste admiratif devant la facilité avec laquelle on comprend ces personnages, archétypaux mais pas caricaturaux, sans qu'ils aient besoin d'aligner plus de trois phrases.
L'épilogue m'a laissé un peu dubitatif sur le coup. Mais en y repensant, il est très beau et, donnant une note d'espoir parmi toute cette violence, ouvrant sur ce nouveau monde qui après tous ces soubresauts aura retrouvé un peu de paix, offre à ce western une morale qui ne dénoterait pas dans un conte.
Western crépusculaire et magistral, vous a-t-on dit. Je confirme, et j'aime.
Note réelle : 4,5 / 5, et je pousse avec joie jusqu'à 5.
Je peux remercier le taulier de ce site, Alix, d'avoir rappelé à ma mémoire le jeu vidéo tiré des aventures de Bragon et de la jolie Pélisse. Si ce jeu n'aura pas autant marqué les mémoires, il n'en est rien pour cette oeuvre phare que je peux ranger sans hontes à côté d'autres classiques Heroic Fantasy eighties et francophones comme Le Grand Pouvoir du Chninkel et les Légendes des Contrées Oubliées.
Comme ces deux œuvres, on y cultive un univers souvent sombre et mélancolique mais également rempli d'idées qui seront bien souvent copiées mais rarement égalées. Mais "La Quête" est probablement la plus connue et reconnue. C'est également une des plus anciennes annonçant un virage un peu plus adulte et d'un découpage dynamique. On ne s'y ennuie jamais d'autant plus que chaque tome pose un univers et des challenges complètement différents tout en maintenant une parfaite continuité dans l'histoire que Serge Le Tendre construit et maitrise parfaitement.
L'équipe constituée est aussi équilibrée qu'atypique. On passe un moment merveilleux entre rires et frissons, scènes cruelles voire violentes et quelques passages plus intimistes. Mention spéciale accordée au personnage du Rige qui inspire un certain respect. Je n'aurais même pas été foncièrement contre une série sur cet unique personnage mais justement, une des forces de "La Quête" est d'avoir su rester relativement courte et cohérente. La claque ressentie lors des dernières pages reste encore à ce jour plus de 30 ans après ma première lecture l'un de mes plus beaux souvenirs de bande dessinée.
Le style Loisel pillé par l'ensemble du catalogue nineties de l'éditeur Soleil n'avait pas d'égal à l'époque de sa parution. Pour une vieille série, elle a de jolis restes et est devenue pour l'ensemble de ses qualités un indispensable. On se souviendra encore longtemps des aventures du Chevalier Bragon.
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Le Loup des Mers
Le Loup des Mers mériterait de devenir un grand classique de la BD. Pour la seconde fois Riff Reb’s m’embarque complètement dans cette odyssée. Avec A Bord De l’Etoile Matutine, l’auteur propose de transmettre des histoires terriblement puissantes. L’écriture est incroyable. Les mises en scène sont pleines de vie. L’évolution des personnages est un vrai régal. Le Loup est d’un mystère sans fond et le raconteur gagne clairement son lot d’intérêts au fil de l’histoire. L’approche philosophique est concrète, franche. Riff Reb’s continue d'explorer le nihilisme, qui atteint ici son paroxysme. L'idée est personnifiée par un capitaine terrifiant et misanthrope qui se confronte aux moralistes, ceux-là qui n’ont jamais remis en cause ni questionné les valeurs qui les guident. Tout est fait de nuance, les dialogues dégagent des problématiques profondes et je trouve très intelligent d’avoir fait en sorte que le scénario soit une grande histoire faite de « mises en pratiques » philosophiques. Le décor maritime est grandiose, lugubre et mortifère avec ce doux parfum poétique. La bichromie me plonge dans l’ambiance et le dessin laisse sans voix. Même si c'est un one shot, je conseillerais de lire la trilogie maritime selon l'ordre de parution, dans le sens où le premier volet est basée sur l'ambiance générale, tandis que ce second récit se concentre sur la pensée de deux individus, essentiellement. J'ai bien aimé ce système d'entonnoir, on n'en finit pas de découvrir des choses. J’ai un profond respect pour le travail de Riff Rebb’s, qui mérite une place digne dans l’histoire de la bande dessinée. A posséder et à partager.
Urgence climatique
Que voilà un excellent documentaire sur le sujet. Tout d'abord très agréable à lire, pas lourdingue pour deux sous malgré le sujet, avec une mise en page aérée et colorée. Ceux qui connaissent Lécroart savent ses talents de raconteur et d'illustrateur, tout cela est bel et bien fait. Maintenant sur les tenants et aboutissants de ce dérèglement climatique qui nous concerne tous, il s'est adjoint un mathématicien spécialiste du chaos et de l'économique (qui, soit dit en passant, a inspiré le personnage du Dr Malcolm de Jurassik park). Les auteurs ont entamé l'ouvrage en 2020, ce qui permet d'avoir des données récentes par rapport aux autres bds traitant du sujet, je pense forcément au non moins excellent Saison brune qui n'a que l'inconvénient de dater d'avant Fukushima. Un choix que j'ai grandement apprécié dans ce documentaire, c'est de ne finalement s'attarder que peu sur la « technique » du dérèglement climatique, ainsi que sur ses conséquences physiques. Ces sujets sont maintenant suffisamment évoqués par divers médias, des reportages télé (bon, ça dépend sur quelles chaînes) pour que tout un chacun puisse connaître à peu près ce qui se passe déjà et ce qui nous attend. Là, on a une approche bien historique de l'économie mondialisée. Bien sûr, ce commerce mondial ne date pas d'hier mais l'ouvrage montre bien l'évolution parallèle du commerce, de l'industrie, de la finance et de ce qu'il faut bien appeler le capitalisme effréné. On voit bien ce mouvement qui a conduit à la situation actuelle, mais ce n'est pas manichéen. Les auteurs évoquent bien sûr le progrès que cette progression du commerce a engendré, sur le plan sanitaire (sauf Covid évidemment), sur le confort obtenu dans les pays riches …. au prix bien sûr d'une dépendance de plus en plus forte aux énergies fossiles. Je ne suis nullement une férue de finance et parfois je peine dans les émissions sur l'économie politique à vraiment comprendre le fond des choses. J'ai eu droit ici à un cours que j'ai trouvé extrêmement bien fait. Je n'avais nullement imaginé l'impact des guerres mondiales sur l'essor, post conflit, des industries au XXe siècle par exemple. Les auteurs montrent bien également les freins à la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, que ce soit de par notre mode de vie, nos politiques toujours soumises aux impératifs économiques, la publicité, et l'agriculture conventionnelle qui n'est pas épargnée. C'était passionnant, je le relirai. J'ai déjà promis à mon bibliothécaire municipal que je lui prêterai pour qu'il en commande un et le diffuse au maximum. Le seul petit regret que je pourrai avoir : les chiffres et statistiques donnés ne sont pas sourcés directement sur la page concernée, toutes les sources scientifiques sont regroupées en fin d'album, certes ça a le mérite d'aérer la mise en page mais on retrouve moins facilement d'où vient quoi. Je n'ai pas l'habitude de mettre 5 étoiles, « culte » c'est énorme. Mais là, je ne peux pas faire autrement. Donc culte.
Transitions - Journal d'Anne Marbot
Transitions. Si vous êtes pointilleux, vous remarquerez le pluriel. Car il ne s'agit pas tant ici de la transition de Lucie/Alex mais surtout de celle d'Anne, sa mère. En effet, en partant de son incompréhension initiale, du rejet de l'idée et de la sensation de perte, cette dernière entame elle-même un long processus d'acceptation et de compréhension d'un univers dont elle ne fait pas partie et dont elle ignorait même l'existence. Elle va donc devoir remettre en question ses idées reçues, ses préjugés mais aussi sa propre façon de vivre et de réfléchir. A travers ce voyage dans la représentation du genre et comment la société l'impose, Anne nous renvoit à nos propres questionnements face à cette société qui évolue (enfin?) et qui permet à certaines personnes de vivre et non plus de survivre. On ressent de la tristesse, de la joie et beaucoup d'autres émotions lors de cette lecture...on sourit voire rit même parfois (par exemple, lorsqu'Anne passe en mode berzerk et semble vouloir tout révolutionner) et on comprend assurément les épreuves qu'ont endurées ces personnes. Une oeuvre excellente, tant par la force de sa représentation du tourbillon d'émotions qui déferle sur Anne que par la justesse de son propos. Très bien documentée, forte du récit et du parcours de 2 personnes d'une même famille (Anne et Alex) et intelligemment mise en forme, j'ai tout simplement trouvé la bd géniale. Là où Catherine Castro dans Appelez moi Nathan m'avait parue trop superficielle et n'entrait jamais dans le vif du sujet, Elodie Durand explique tout en restant toujours ancrée dans le récit et en faisant preuve d'une grande pédagogie. On n'a jamais l'impression qu'on nous explique quelque chose mais qu'au contraire, on est soi-même en train de vivre le changement de paradigme d'Anne et cela pousse à une nouvelle vision des choses. Bref, c'est très intelligent et ça permet vraiment de se faire une meilleure idée des combats qu'ont à mener certaines personnes et à les comprendre. Une bd à lire de toute urgence !
Les Indes fourbes
Les indes fourbes, c'est sans doute le livre qui m'a redonné envie de lire de la bande dessinée après un très, très long creux. Emprunté sans même en avoir entendu parler et sans avoir vu les auteurs (on ne se moque pas, au fond !), c'était la très belle couverture et le format imposant de l'album qui m'avaient attiré. A la lecture, j'ai adoré la première partie. Quand est venue la deuxième, j'ai un peu décroché, ça commençait à faire un peu longuet. Et comme je devais rendre ce livre rapidement, la troisième est passée trop rapidement. Mais cette histoire restait en toile de fond dans mes pensées, et quelques mois plus tard je suis retourné en librairie acheter l'album. Et oui, rien que pour ça on est déjà sur un album qui pour moi est remarquable, toutes les lectures n'incitant pas, et de loin, à une relecture ou un achat. Les indes fourbes, donc, après une relecture plus calme, c'est un magnifique dessin, et une histoire joliment intriquée. La première partie, la plus longue, nous livre le récit de Pablos, qui tel un Keyser Söze, se retrouve entre les mains de l'Alguazil majeur, seigneur peu tendre et peu enclin à entendre son récit. Il sera pourtant pris dans les rets du talent de narrateur de Pablos, et le lecteur avec lui. On y aura droit au récit de la vie de Pablos, par Pablos, un récit picaresque au goût d'aventure, nous amenant - au bout d'un long chemin et de moultes détours - à l'Eldorado. Mais si vous vous rappelez de Usual Suspects, vous savez que maintenant va arriver une deuxième partie du récit, et avec elle la vérité. Et en effet, on a droit à une magnifique relecture du récit fort enjolivé de Pablos. Puis une troisième partie entraînera Pablos au bout du bout de son leitmotiv. Les indes fourbes, c'est une lecture dense et riche, c'est l'histoire d'un coquin qui cherche à ne pas crever, à s'éloigner autant que possible de sa condition miséreuse, c'est ce principe poussé jusqu'à l'outrance pour parvenir à cette conclusion inévitable et pourtant absurde, c'est un dessin magnifique de Guarnido, c'est des pages sur lesquelles on revient pour vérifier la cohérence de l'ensemble, c'est une construction littéraire, un conte, une fable, un roman picaresque, et c'est aussi des rires devant les situations et les rebondissements énormes et les mines improbables des protagonistes. Une excellente découverte pour moi, donc, et dont je sais que je la relirai plusieurs fois avec beaucoup de plaisir.
Alpi the Soul Sender
Un manga incroyable, un scénario très prenant, j'ai été depuis le début sans cesse bluffé par l'écriture et le style de dessin, tous deux si bien réalisés.
Berserk
Enfin je suis à jour dans ma lecture de ce manga dont j'avais tant entendu parlé. C'est le genre de manga où il est difficile d'arrêter sa lecture. Le genre de manga dont on rêve encore la nuit. Le genre de manga dont on parle à la pause clope/café/ jus de fruit/mariokart/ce que vous voulez. Le genre de manga dont on est profondément dégouté de certaines scènes. Le genre de manga dont les dessins nous scotchent, tellement ils sont travaillés. Le genre de manga dont certaines scènes sont tellement épiques et mémorables que je m'en souviendrais toute ma vie. Le genre de manga où le héros donne une véritable définition au mot "badass". Le genre de manga qui te fait ressentir une immense palette d'émotions dont les deux premières qui me viennent en tête sont la haine et la tristesse. Le genre de manga qui arrive à nous faire vraiment rire, tout en restant adulte et mature. Bref, c'est le genre de manga qu'il faut avoir lu au moins une fois dans sa vie. Même ma femme l'a lu et adoré, alors qu'elle ne lit jamais de manga. Si je ne met "que" 4 étoiles, c'est à cause du fait que la série tire à rallonge, elle surfe un peu trop sur son succès et donc la série perd en intérêt. Il est grand temps que l'auteur mette un terme à son histoire. Mais noter bien que les tomes 4 à 14 font partie des meilleurs mangas que je n'ai jamais lu. Je crois que je relirai cet arc au moins une fois par an. 4 étoiles MAUPERTUIS, OSE ET RIT ! màj du 20/05/21: Il faut qu'à peine 5 jours après la rédaction de mon avis, l'annonce du décès de Miura retentisse. Le hasard... Fort heureusement pour moi, ma première lecture de ce manga remonte à mes 16 ans. Je n'avais pas la maturité de lire une telle oeuvre. J'ai donc abandonné. Des années plus tard, grâce à mon frère, je recommence tout à zéro. Et ce fut une révélation. Berserk est le premier manga que je partage avec mon frère. Le premier d'une très longue série. Miura, par son oeuvre et son talent, a réussi à créer un nouveau lien avec mon frère. Depuis, à chaque fois que je passe du temps avec mon frère, nous passons des heures à discuter manga, au détriment de nos compagnes. Berserk a donc une grande importance à mes yeux. La disparition de Miura m'impacte beaucoup plus que ce que je pouvais imaginer. Je réalise que je ne connaitrai jamais la fin véritable de Berserk. Tout cela me fait prendre conscience que j'appréciais nettement plus la série que ce que je disais. Elle m'a réellement impacté. C'est pourquoi, je décide de changer ma note, seulement 5 jours plus tard. Je n'hésite plus, c'est une série culte. 5 étoiles Aujourd'hui, Maupertuis ne rit pas, il pleure
Le Loup des Mers
Qu'est-ce qui fait qu'une lecture est remarquable ? Un certain nombre de critères, sans doute. En l'occurrence, quand une lecture a marqué son lecteur et qu'il y pense toujours après quelques temps, quand il se dit que, quand même, il y a dans cette histoire de la richesse, de la matière et ce même si elle n'est pas forcément facile d'accès, quand, ayant lu ce livre il se dit que oui, il va vouloir le relire, et quand l'ayant emprunté il se dit que oui, il va l'acheter, alors sans doute peut-on considérer que cette lecture a été remarquable. Pourtant je ne savais pas à quoi m'attendre. Les ambiances colorées assez monochromatiques par chapitre m'ont tout de suite plu. Le dessin aussi, fin, précis, soigné, avec des personnages ayant de vraies gueules. Même si j'ai plus loin été un peu déçu quand pour les têtes des personnages il devenait plus doux et moins réaliste, j'ai été époustouflé par les scène marines de toute beauté, avec ce bateau aux prises avec les vagues rageuses. Mais ce qui est le plus marquant pour moi, c'est bien sûr le personnage de Loup Larsen. Terrifiant, détestable, insaisissable. Capitaine despote s'arrogeant le droit de vie, de mort et de souffrance sur son équipage, embarquer sur son navire revient à entrer dans un enfer sur mer. Personnage d'une brutalité sans nom, représenté comme une bête sauvage ou un démon ou encore un titan, manipulateur, il s'avérera pourtant cultivé, presqu'autant que Humphrey Van Weyden. Et ce point est très intéressant, car d'abord perçu comme une brute par nature, Loup Larsen se révèle une brute par choix. Désabusé, nihiliste. On aura donc non seulement une dichotomie sur la civilisation et la domination par la force - la loi de la nature - mais aussi et peut-être surtout sur la moralité ou son absence, l'amoralité. Humphrey et le capitaine semblent d'abord être aussi éloignés l'un de l'autre qu'il est possible de l'être. Pourtant ils seront étroitement liés, et Humphrey sera fortement influencé par le capitaine. Personnage poli, civilisé et pour tout dire intellectuel bourgeois imbu de lui-même, il ne sortira de cette histoire qu'en portant la marque indélébile de ce capitaine. Vous ferez peut-être quelque chose de votre vie finalement ! Déjà vous commencez à marcher par vous-même, lui dit d'ailleurs ce dernier. En refermant ce livre aux ambiances fortes, au discours brutal et implacable, aux idées sombres et violentes, j'ai vraiment eu le sentiment d'une lecture riche et marquante. C'est donc avec grand plaisir que je l'ai choisi pour mon 1000ème avis.
Mademoiselle Baudelaire
La fleur de l’ombre. Entre les gargouilles et les chimères, Baudelaire est happé par le vide, les ailes brisées. A son réveil, hébété, il fixe un chat juché sur une horloge. Jeanne Duval repose nue à son côté. Il lui déclame les vers qu’elle lui a inspirés la nuit puis le grand miroir de la chambre réfléchit leurs ébats amoureux. Le prologue admirablement posé, Yslaire va ensuite dérouler la vie du poète maudit en commençant par son enterrement au cimetière Montparnasse, le 31 août 1867. Jeanne est en arrière-plan, dans les replis de l’histoire mais par le prisme de son regard et de ses souvenirs, elle va exposer la vie de Charles Baudelaire : l’enfance, le voyage vers les Indes, la bohème parisienne, leur relation tumultueuse, les attaques syphilitiques, l’envol du poète. Le récit est puissant, prenant, intelligent. Le graphisme est superbe par le trait réaliste et charbonneux, précis et inspiré ; les couleurs splendides délivrent des ambiances exceptionnelles ; les mises en page étourdissent quand des doubles-pages composent des tableaux magistraux. Le lecteur apprend à aimer Jeanne, comprenant la solitude du plus grand poète de la langue française, dédaigné de son temps mais « abordant heureusement aux époques lointaines ». L’épilogue noue l’ensemble avec une rare maestria puisque le « repentir même, ô la dernière auberge ! » s’efface pour faire émerger de l’ombre du tableau de Courbet la muse consolatrice au-dessus du portrait de Baudelaire. Paru initialement en trois cahiers chargés d’esquisses et de travaux préparatoires, le chef-d’œuvre de Bernard Hislaire composé en 150 pages donne à voir le spleen et l’idéal emmêlés comme le serpent sur le caducée.
Jusqu'au dernier
N'étant pas un grand amateur de westerns, mais attiré par cette couverture sombre et farouche, j'ai immédiatement su en feuilletant les premières pages que je repartirais avec cet album sous le bras. Rarement un dessin m'aura subjugué comme celui-ci, et le premier chapitre fut un bonheur à lire. Pour son dessin éblouissant, ses gueules réalistes et magnifiquement expressives, ses ambiances colorées très contrastées, et pour l'histoire qu'il parvient à raconter de façon limpide en trois pages seulement. Mais il ne s'agissait là que de l'introduction. Le récit va s'ancrer dans une fin de 19ème siècle qui voit le chemin de fer mettre au chômage les cow boys. C'est sur cette prémisse elle aussi limpide que va se construire cette histoire. Histoire d'un bouleversement, d'un monde qui change, d'une époque qui s'achève. Histoire d'hommes pris dans cette tourmente qui luttent pour survivre. Le décor farouche du western, avec ses codes brutaux, se prêtait sans doute impeccablement bien à une telle histoire. Mais ici cette brutalité, toile de fond latente et omniprésente, ne sera pas gratuite. Si un événement déclencheur va la libérer et si elle va prospérer dans un enchaînement implacable, tous les protagonistes ont leur motivation. Et je reste admiratif devant la facilité avec laquelle on comprend ces personnages, archétypaux mais pas caricaturaux, sans qu'ils aient besoin d'aligner plus de trois phrases. L'épilogue m'a laissé un peu dubitatif sur le coup. Mais en y repensant, il est très beau et, donnant une note d'espoir parmi toute cette violence, ouvrant sur ce nouveau monde qui après tous ces soubresauts aura retrouvé un peu de paix, offre à ce western une morale qui ne dénoterait pas dans un conte. Western crépusculaire et magistral, vous a-t-on dit. Je confirme, et j'aime. Note réelle : 4,5 / 5, et je pousse avec joie jusqu'à 5.
La Quête de l'Oiseau du Temps
Je peux remercier le taulier de ce site, Alix, d'avoir rappelé à ma mémoire le jeu vidéo tiré des aventures de Bragon et de la jolie Pélisse. Si ce jeu n'aura pas autant marqué les mémoires, il n'en est rien pour cette oeuvre phare que je peux ranger sans hontes à côté d'autres classiques Heroic Fantasy eighties et francophones comme Le Grand Pouvoir du Chninkel et les Légendes des Contrées Oubliées. Comme ces deux œuvres, on y cultive un univers souvent sombre et mélancolique mais également rempli d'idées qui seront bien souvent copiées mais rarement égalées. Mais "La Quête" est probablement la plus connue et reconnue. C'est également une des plus anciennes annonçant un virage un peu plus adulte et d'un découpage dynamique. On ne s'y ennuie jamais d'autant plus que chaque tome pose un univers et des challenges complètement différents tout en maintenant une parfaite continuité dans l'histoire que Serge Le Tendre construit et maitrise parfaitement. L'équipe constituée est aussi équilibrée qu'atypique. On passe un moment merveilleux entre rires et frissons, scènes cruelles voire violentes et quelques passages plus intimistes. Mention spéciale accordée au personnage du Rige qui inspire un certain respect. Je n'aurais même pas été foncièrement contre une série sur cet unique personnage mais justement, une des forces de "La Quête" est d'avoir su rester relativement courte et cohérente. La claque ressentie lors des dernières pages reste encore à ce jour plus de 30 ans après ma première lecture l'un de mes plus beaux souvenirs de bande dessinée. Le style Loisel pillé par l'ensemble du catalogue nineties de l'éditeur Soleil n'avait pas d'égal à l'époque de sa parution. Pour une vieille série, elle a de jolis restes et est devenue pour l'ensemble de ses qualités un indispensable. On se souviendra encore longtemps des aventures du Chevalier Bragon.