Ha ouais : faut aimer les puzzles.
Non, je galéje : j'aime pas ça du tout dans la vie -horreur des complications et partisan acharné du moindre effort.
...Mais alors, les architectures "graphico-narratives" de Andreas !
Je possède les deux tomes originaux depuis plus de vingt ans maintenant (peut-être même trente ?) et il me semble avoir encore compris quelque chose de nouveau à leur re-re-re-re... Bref ! RE-lecture de cet après-midi...! Enfin, je pense ? J'espère, en tous cas !
Qu'importe. On y retourne d'autant plus volontiers avec cette certitude qu'une autre partie du mystère va se révéler et, sous le prétexte d'y voir plus clair dans cet embrouillamini temporel, on s'offre le luxe d'une nouvelle immersion entre ces pages pleines d'une beauté aussi étrange qu'hypnotique, tant les audaces de mise en scène -surtout dans le premier tome- transforment en labyrinthe (!) l'odyssée/course-poursuite passé/futur entre Cyrrus, Mil, sa mère et Jérôme Bachmann - plus quelques autres !
De l'inventivité très expérimentale du départ, où le style archi-personnel d'Andreas va jusqu'à retranscrire carrément (avec une puissance rarement atteinte, même dans les comics de super-héros !) le "look" du sur-homme (sur-femme ?) moyen(ne) en plein déchaînement destructeur, et dans lequel le moindre point de vue subjectif des cases sert si précisément le propos ; jusqu'à la suite, infiniment plus classique dans sa réalisation (même si les allers-retours entre les époques sont, encore une fois, narrés hors de leur chronologie "objective") mais dont le suspense, très réel, colore l'album d'une réelle touche Comic-Book dans l'énormité des conséquences implicites à son échéance, c'est encore une fois un vrai voyage hors de tout ce qui s'est fait dans le domaine.
De ses personnages si bizarrement stylisés au découpage spectaculairement dynamique des cases, en passant par la disposition des phylactères - et même la rigueur des dialogues, archi secs mais signifiants !- , Andreas offre à nouveau une leçon de liberté époustouflante quant à son aisance dans sa maitrise du médium BDessiné. Loin des codes "obligés" souvent très lourdement manipulés par bon nombre de ses confrères beaucoup plus populaires -car ils dessinent tèèèèellement bien- le bougre s'amuse à nous balader dans des aventures dont, il le reconnait lui-même, une grande partie demeure non-écrite et reste ainsi ouverte à l'interprétation. Précieuse et rare marque de confiance envers un public pourtant plus enclin à aller vers ce qu'il connait bien (surtout pas de surprises !). Mais je pense que c'est là aussi une des raisons de sa pérennité dans le cœur de ses admirateurs : intrigués dés la première rencontre, puis assez rapidement séduits, happés presque malgré nous par l'évidence de son talent de conteur pluridisciplinaire.
Cette liberté de ton, qu'il partage ainsi si généreusement, ne fait que renforcer notre fascination pour son œuvre... Et il le sait très bien ! D'ailleurs, il n'y a qu'à observer ses personnages : souvent, entre les ombres et les traits, ils sourient, un peu goguenards, à nos mines perdues et perplexes -mais réjouies !- dans notre déchiffrage orgiaque... Les coquins !
J'ai 65 ans aujourd'hui et j'ai moi aussi lu les aventures de Trompette dans la revue Femmes d'Aujourd'hui que recevait ma mère.
Je les ai découpées toutes le semaines et avais moi aussi fait mon album, que je possède encore. Ces aventures que j'attendais avec impatience chaque semaine. Certes un peu désuet à ce jour, mais c'était magnifique avec mes yeux d'enfant et je suis certain aussi que cela plairait à bon nombre d'enfants.
J'ai déjà longuement étayé mon avis sur la reprise du titre par John Byrne pour l'Intégrale consacrée aux Fantastic Four mais, puisque cette parution-ci lui est exclusivement consacrée -distrait que je suis !- , je m'en vais re-préciser les raisons qui justifient mon classement.
... Extra-archi-fidèle au canevas originel de la série, et soucieux d'en respecter les codes au maximum tout en essayant d'assortir le concept à l'époque "moderne" où il en prend les rênes, John Byrne ne cessera de rendre hommage à Lee et Kirby ; imitant le rythme d'une aventure complète à (presque !) chaque épisode publié et variant le plus équitablement possible les univers où emmener jouer son quatuor (New-York, le Mexique, l'Espace, l’Himalaya, la Lune, l'Afrique... La Zone Négative et même un diorama miniature !).
À quelques rares -et plutôt réussies- exceptions près, les adversaires sont tous issus des premières années de l'équipe (logique !) et, sous la patte décidément habile de l'auteur/artiste, on les redécouvre aussi bien fidèles à leurs personnages originels qu'habités d'un second souffle vraiment bienvenu. Ceci est aussi vrai pour les Super-Héros de passage, toujours utilement mis en scène, et qu'il connait bien pour les avoir, eux aussi, très souvent illustrés avant de reprendre les FF.
Son dessin, encore à mi-chemin entre un rendu élégant/arrondi (très Seventies) et la rigueur d'un trait plus moderne (plus sec) qu'il réserve à ses décors -mais qui allait dix ans plus tard s'exprimer aussi au travers de ses personnages !- convient parfaitement à l'univers pseudo-scientifique de l'équipe, et culmine avec l'arc consacré à la naissance de Nova : hommage magistral à ses maitres.
Mais c'est bien dans sa ré-interprétation des quatre personnages principaux et des liens qui les unissent que John Byrne s'est vraiment -et très brillamment !- approprié l’œuvre.
Outre une exploration un poil plus poussée -et inventive- de leurs pouvoirs respectifs, c'est à travers une analyse très lucide des caractères en présence qu'il ré-invente, avec un soucis de fidélité absolu à leur genèse, cette famille pas comme les autres.
Sous sa plume, Reed redevient beaucoup plus tempéré que ses incarnations immédiatement antérieures (!) alors que Susan, à la faveur de quelques épisodes particulièrement savoureux (l'interview télévisée, notamment !) acquiert enfin une identité à part entière -et unique au sein du MCG, rien que ça ! L'humanité profonde de Benjamin est à nouveau mise en avant -bien plus que son humour/carapace, du coup- et Johnny, à l'instar de sa soeur, peut désormais se permettre quelques incursions dans les domaines plus adultes de l'introspection. Le remplacement de Ben par She-Hulk, loin d'altérer la dynamique familiale, ne fera qu'en renforcer la valeur émotionnelle au travers de son regard "extérieur" d'invitée temporaire.
Le côté "Soap" traditionnel du Comic-Book à la Marvel n'est pas négligé non plus et, de Frankie Raye à la Tante Pétunia (!) en passant par Alicia et Franklin, Wyiatt Wingfoot ou même H.E.R.B.I.E, les humeurs et intrigues de toutes sortes sous-tendent le quotidien des Super-Héros d'une trame chaleureuse, contrebalançant agréablement la démesure de leurs aventures tout en leur procurant un contraste qui en accentue la profondeur.
Enfin, bref ! S'il n'y avait qu'une façon d'assimiler toute la spécificité de cette formule familiale du genre, j'irais jusqu'à prétendre qu'il n'est pas vraiment nécessaire d'en lire d'autres moutures modernes ! Rien d'aussi accompli n'a été réalisé après qui n'ait autant respecté l'originalité du concept de départ car, même si certaines itérations valent néanmoins le détour par leur rupture d'avec leurs racines originelles, elles s'éloignent tellement du sujet qu'elles s'apparentent d'avantage à une totale refonte commerciale qu'une véritable suite. Mais cela étant devenu la norme, lectorat à renouveler oblige, on ne saurait les critiquer trop durement.
Un très bel hommage, décidément ; et une grande réussite.
Houlàlà, non : on peut ne pas apprécier le look des planches de John Paul Leon, mais il est loin d'être moyen ! Le gars savait TOUT dessiner et avec une maitrise rarement atteinte, même dans l'univers des Comics où ce don est traditionnellement gage de réussite, tant la justesse académique de son Art ne concède rien à la puissance de son trait. Guidé ici par l'esthétique du très inspiré Alex Ross, cantonné à l'élaboration écrite et dessinée du concept originel, il s'avère malgré tout complètement à l'aise dans ses cases ; des plus urbaines -dont il a l'habitude- jusqu'aux sommets lyriques des dernières pages, véritablement cosmiques dans leur démesure. Earth X restera comme une de ses plus grandes réussites mainstream.
Ceci étant posé, quel pied, cette lecture ! Sur une idée de départ complètement loufoque -au mieux : pauvre J.J.J. !-, les auteurs parviennent, à l'issue d'une très riche et encore plus sérieusement documentée (et passionnante !) redécouverte de l'Histoire selon le MCG, à faire une synthèse complètement miraculeuse tant elle semble logique de TOUS les concepts originaux (même les plus idiots !) ayant nourri l'univers des Super-Héros Marvel depuis la création de "La Boîte Aux Idées" !
AUCUN personnage un tant sois peu intéressant n'est mis de côté et, pour l'amateur, il y a une joie parfaitement enfantine -et très réelle !- à découvrir le MachineMan des origines propulsé sur le devant de la scène dans un rôle-clé taillé sur mesure pour lui, un Ben Grimm heureux en amour, un Peter Parker complètement fidèle à son identité Lee/Ditko et, bien sûr, un Scott Summers inchangé, incarnation rigide des valeurs de son mentor. Même le désespoir de Reed Richard, dans sa solitude forcée, magnifie encore davantage la profondeur des liens qui unissaient jadis les FF.
Tout en essayant de comprendre, au fil des observations de Aaron Stack, promu nouvel "Observateur" par son prédécesseur aveugle, cet univers complètement chamboulé au niveau planétaire à la suite d'une expérience qui aurait mal tournée (...?), on s'amuse à reconnaitre tel ou tel intervenant -et à en découvrir de nouveaux !- au fil d'un récit qui, on ne sait par quelle magie, finit par justifier jusqu'au concept Super-Héroïque le plus faible mis en scène dans les pages de nos mensuels d'enfance (Les dieux d'Asgard, Galactus(!), les Célestes...!) en parvenant à relier toutes les idées des auteurs/artistes des cinquante dernières années en un tout cohérent !
Un tour de force que ne pouvait accomplir que de vrais passionnés et qui, selon moi, constitue une fin tout ce qu'il y a de grandiose à l'ère du Super-Héros selon Marvel (c'est le vieux lecteur qui parle !).
Nul doute que d'autres encore parviendront à nous surprendre dans l'exploration/exploitation du genre, mais il est peu probable qu'on revoit un jour un hommage dessiné aussi émouvant dans sa sincérité ; et à la démesure de tous ceux qui, au fil des années, en ont nourri les planches de leur créativité.
... Utile, Claire Bretécher ? Carrément nécessaire, oui ! Qui d'autre oserait s'attaquer au dogme de cette sacro-sainte représentation de la moitié de l'Humanité dans son rôle biologiquement imposé et Ô combien mis en exergue par l'autre moitié du groupe susnommé -et que ça arrange bien, en plus !- comme l'aboutissement ultime de la féminité ?!
Avec un humour imparable de justesse et d'équité -elle est la meilleure ambassadrice de la parité dans l'univers de la Bande Dessinée, car les deux sexes en prennent systématiquement pour leur grade à part égale !- elle témoigne des difficultés inhérentes à l'expérience de la maternité en ces temps dits "modernes" ; pointant la lâcheté ordinaires de parents incapables de concilier leurs aspirations les plus hautes avec la réalité quasi préhistorique de leur rôle. Mais, aussi, les nombreux artifices mis à leur disposition pour les amener tant bien que mal à continuer de remplir leur part de contrat génétique et social, à savoir croitre et se multiplier...
De la redistribution des rôles -au mieux gaguesque !- aux impitoyables manipulations des unes en passant par la fuite ou l'indifférence banale (et traditionnelle !) des autres, elle démontre en se faisant rire (et nous avec, si on en a le courage !) l'absence de réelle évolution dans le domaine et, même, le durcissement des positions genrées au travers d'arguments spécieux visant à valider les acquis casse-gueule hérités de la Révolution sexuelle des années soixante.
La transgression est plus que jamais nécessaire au discours politique et Claire Bretécher, en toute bonne foi, ne peut qu'illustrer -avec encore une fois un talent inégalé pour le juste milieu entre le propos et sa représentation graphique- la vacuité de nos efforts pour échapper à notre condition humaine, aussi laborieuse nous semble-elle au travers de ses obligations et devoirs millénaires, en ces temps de "choix" multiples.
De l'art utile, et même majeur, puisqu'on rit à la lecture de nos pathétiques errances contemporaines pour tenter d'assumer toutes les contradictions imposées par notre héritage culturel moderne, et en complet porte à faux avec les exigences de nos instincts les plus vitaux.
WOOF !... Je ne sais pas comment Jamal Campbell s'y prend, tablette graphique ou pas (?) ; mais le look de ses planches dans ce Comic-Book là est à couper le souffle !
Quelle maestria... Bien sûr son aisance purement stylistique, quant au rendu des personnages et des décors. Mais le découpage, les perspectives, les couleurs... C'est proprement spectaculaire de joliesse mais aussi de clarté, quand bien même il se permet pas mal d'audaces de mises en scènes ; et, malgré tout le côté très "léché" de l'ensemble, sa maitrise des expressions des visages force notre sympathie ; que ce soit envers Joe ou n'importe lequel des seconds couteaux qui gravitent autour d'elle dans cette histoire véritablement policière. Même les plus inhumains de ces bizarres ressortissants d'autres mondes -carrément virtuels pour un tiers d'entre eux !- semblent vivants sous sa plume/son pinceau/son stylet ?!
Paradoxalement, c'est bel et bien à une enquête que nous invitent à participer les auteurs de ce Comic, précieux ovni dans la production habituelle de la maison d'édition DC. La présentation des différentes civilisations en place tient la route, même si le genre Super-Héroïque en limite fatalement l'exploration ; et le nœud de l'intrigue, suffisamment grave de conséquences funestes pour nous tenir en haleine, est habilement détourné de notre attention -et de celle de Joe !- chaque fois que cette dernière se trouve aux prises de ses sentiments contradictoires quant aux émotions que suscitent telle ou tel autre personnages, ambigus qu'ils apparaissent -à elle comme à nous !- dans leur insupportable perfection Zen !
Bien sûr, que les amateurs se rassurent : il y a évidemment quelques affrontements à coups de rafales zigzagantes dans l'éther si particulier de ce monde artificiel ; et, là comme ailleurs, le visuel est privilégié et aucune case ne semble de trop.
Un grand plaisir de lecture, donc ; même si je pense que mon peu d'exposition à ce genre d'esthétique, très "orientée", a beaucoup joué dans mon enthousiasme. Cela-dit, j'ai récemment relu l'ensemble et, ma foi ! J'ai de nouveau bien apprécié ; alors...?!
Énorme coup de cœur pour cette BD que j’ai mis très longtemps à aller chercher à la bibliothèque : j’ai eu longtemps peur que l’autrice soit une espèce de fétichiste un peu comme les fans de Charles Manson qui le contactaient pour lui faire des demandes en mariage, je me demandais pourquoi ces gens qui écrivent aux prisonniers veulent passer du temps à distraire les bureaux (oui ça partait très mal pour moi lol). Finalement je me suis décidée à le prendre.
Déjà c’est une œuvre d’art géniale, les dessins sont super beaux avec plusieurs moments expérimentaux pour passer entre les mailles de la censure des prisons.
Même s’il y a des moments assez durs (ceux où elle décrit les exécutions dans la torture et les raisons pour lesquelles les crimes des condamnés ) ce n’est pas trash et ça vous passe l’envie de vouloir avoir la peine de mort dans un pays .
Foncez vous ne serez pas déçus !
Ses publications dans le magasine Ère Comprimée sont parmi celles qui m'ont le plus enthousiasmé, à l'époque où j'ai découvert le genre S.F. adulte -ma préhistoire, donc ! Holà-là que c'est loin !- ; avec aussi les récits graphiquement plus classiques de Horacio Altuna ou ceux, carrément barrés (esthétiquement ET scénaristiquement !) du génial Dick Matena. Alex Niño et l'immense Sergio Toppi complétaient magnifiquement le trio susnommé et, si mon amour originel pour le Comic de Super-Héros n'avait pas été aussi fort ni déjà aussi bien enraciné au centre de mes préoccupations créatives, je suis prêt à parier que la fréquentation régulière d'autant d'aisances picturales si différentes auraient eu une influence bénéfique sur mes aptitudes "artistiques" ! La pluralité des incidences dans ce domaine -comme dans d'autres, d'ailleurs- est la garantie d'une plus grande ouverture d'esprit et, donc, d'une créativité plus riche... Tant pis !
L'audace de la stylisation des personnages a été le premier argument qui m'a fait lire ces récits avec plus de plaisir que certains autres. Loin de tous les clichés existants, réalistes ou non, Prado insuffle à chacun de ses intervenants, du "héros" au plus tertiaires d'entre eux, une réalité pleine de sensibilité et de justesse qui transcende leur rendu visuel, à priori comique (!), pour mieux nous faire ressentir les affres (tout ce qu'il y a de réelles, elles !) des dilemmes si humainement révélateurs où il les plonge. Chaque trait exprime et souligne, sans jamais alourdir le dessin, le propos Humaniste de l'Artiste ; et même le plus caricaturalement conditionné d'entre eux arrive à nous émouvoir tant sa détresse -souvent purement administrative, mais pas seulement- est facile à assimiler, pour nous qui la vivons au quotidien. Et ce pour des raisons de plus en plus absurdes ; tout comme ce citoyen, si passif et docile, qui va jusqu'à laisser son épouse se prostituer "par défaut" au profit des autorités officielles puisqu'on lui offre, pour sa peine (!), la possibilité d'obtenir un crédit bancaire !
Les découpages et cadrages, loin du plan-plan, font preuve d'une efficacité encore tout à fait d'actualité au jour d'aujourd'hui ; preuve s'il en est que l'art du récit en images dynamique n'est pas un privilège national (Anglo-Saxon ou Nippon !) mais bien plutôt le seul talent de représenter la réalité de manière sublimée -et pas uniquement intelligible.
Radiographie assez dure de notre civilisation et de ses dérives Libérales et liberticides ; mais sans avoir l'air d'y toucher tant sa délicatesse à mettre en scène les pires sujets permet une lecture presque confortable... Presque.
De la misère sociale programmée, résumée en quelques scénettes pleines de retenue, au racisme institutionnel (!), dont l'horreur bien réelle demeure malgré tout "atténuée" par le contexte encore une fois absurde de désespoir omnidirectionnel -cosmiquement impartial, pourrait-on dire !- qui afflige les protagonistes, on parcourt cet album avec la sensation persistante de bien connaitre les souffrances décrites, si familières -presque banales !- qu'elles en sont devenues à force d'être dénaturées par les formules successives utilisées pour en renouveler "l'attrait" à nos oreilles. Même l'annonce des émeutes civiles qui, finalement, résument encore une fois toute la vanité des hommes à exercer leur contrôle illusoire des "masses laborieuses", ne nous parvient qu'au travers de bulletins d'informations sans réelle influence sur la réalité de ceux qui ont encore le loisir d'écouter : il leur suffit de tourner le curseur pour retourner à leur vie quotidienne.
Un magnifique travail d'écriture et de mise en scène véritablement au service de cette Bande-Dessinée, dont le graphisme inspiré et très maitrisé -loin de la "simple" illustration- renforce encore le propos politique et Humaniste des histoires sans jamais trahir le ton, volontairement distancié, choisi par l'Auteur/Artiste. Osmose assez rarement atteinte et qui continue d'être, à mes yeux, la qualité première du médium, tous genres confondus.
... Un bémol, cependant, mais imputable seulement aux traducteurs du présent ouvrage : les dialogues des histoires publiées via les pages du magasine étaient bien plus "sentis" que ceux de cet album. Bizarrement, on a l'impression d'un travail moins inspiré, plus littéraire dans le choix des mots et de la syntaxe. Le tout sonne moins BD et nuit -un peu- à la profondeur de l’œuvre ; et c'est très dommage.
Boule à zéro est vraiment très touchant car c'est l'histoire de cette petite fille qui a 13 ans et qui vit à l'hôpital depuis 9 ans, et qu'elle a l'impression de ne pas être aimée par sa mère.
J'ai une mère qui est Infirmière et c'est pas toujours facile pour moi.
Avec un père qui habite à Montpellier et que tu vois 1week-end sur 2 c'est pas facile non plus.
Donc Joyeux Anniversaire Zita .
Biz
Oh, mais c'est très très bien ça ! Je ne m'attendais pas à une telle série et je suis franchement ravi de l'avoir lu, parce que j'adore les mythes et que j'ai grandement apprécié les œuvres de Nancy Pena (pas toutes, mais en grande partie). J'ai pu me procurer l'intégrale généreusement complété d'un lexique documenté en fin d'ouvrage, et c'est parfait !
Il y a une certaine mode aujourd'hui à la reprise de figure mythologique (principalement grecques) pour en ressortir des histoires répondant aux nouveaux enjeux de notre temps (féminisme, homosexualité, etc …), non sans un certain succès d'ailleurs (Circé et le Chant d'Achille de Madeline Miller par exemple).
A mon sens, Médée s'inscrit totalement dans cette optique : elle est une reprise de mythe grec mais se veut aussi une œuvre redonnant du sens à un personnage féminin et surtout, surtout, une incroyable remise en contexte historique de la légende. C'est sur ce point là que la série m'a convaincu définitivement : la reprise dans un contexte historique très précis, avec des explications de l'origine du mythe à la fois plausible mais surtout bien documentée pour en faire un récit historique (dans les grandes lignes). A ce niveau là, j'ai apprécié les ajouts qui renforcent la crédibilité : les grecs et les barbares, les questions de nouveautés techniques, les royaumes en guerre, les personnages mythologique qui s'inscrivent dans des réalités concrètes … J'ai senti le poids des recherches effectuées, des interactions crées mais aussi les explications que l'auteure a fourni aux mythes. Comment ceux-ci se sont crées et pourquoi, avec cette touche de poids historique qui le rend plausible.
La série est comblée avec le dessin de Nancy Pena, qui a sorti les grands moyens et ça se voit. Les dessins, les couleurs, les effets de lumière … On sent le soleil de la Méditerranée, la Grèce, la mer. Elle s'est aussi fait plaisir sur les personnages, incarnant les mythes à l'opposé de ce qu'on imagine généralement : Jason n'est pas une montagne de muscle ni un héros à l'apparence sublime, les rois sont souvent moches, gras. C'est un dessin que j'apprécie grandement et qui est magnifiquement mis en scène.
Cette série est une merveille, j'en suis sorti avec un énorme coup de cœur que je n'ai pas hésité à décerner immédiatement. La somme de travail, la réalisation, le dessin, le propos … On sent que les auteures parlent de la place des femmes dans une Grèce classique, mais sans verser dans la dénonciation absurde de notre monde. C'est aussi une très belle histoire sur la complexité d'un monde et de l'Antiquité qui s'ouvre aux nouvelles techniques. Une vraie belle découverte, je ne peux que la recommander chaudement. C'est une surprise de bout en bout, mais c'est une magnifique surprise.
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Trompette
J'ai 65 ans aujourd'hui et j'ai moi aussi lu les aventures de Trompette dans la revue Femmes d'Aujourd'hui que recevait ma mère. Je les ai découpées toutes le semaines et avais moi aussi fait mon album, que je possède encore. Ces aventures que j'attendais avec impatience chaque semaine. Certes un peu désuet à ce jour, mais c'était magnifique avec mes yeux d'enfant et je suis certain aussi que cela plairait à bon nombre d'enfants.
Fantastic Four - Retour aux sources
J'ai déjà longuement étayé mon avis sur la reprise du titre par John Byrne pour l'Intégrale consacrée aux Fantastic Four mais, puisque cette parution-ci lui est exclusivement consacrée -distrait que je suis !- , je m'en vais re-préciser les raisons qui justifient mon classement. ... Extra-archi-fidèle au canevas originel de la série, et soucieux d'en respecter les codes au maximum tout en essayant d'assortir le concept à l'époque "moderne" où il en prend les rênes, John Byrne ne cessera de rendre hommage à Lee et Kirby ; imitant le rythme d'une aventure complète à (presque !) chaque épisode publié et variant le plus équitablement possible les univers où emmener jouer son quatuor (New-York, le Mexique, l'Espace, l’Himalaya, la Lune, l'Afrique... La Zone Négative et même un diorama miniature !). À quelques rares -et plutôt réussies- exceptions près, les adversaires sont tous issus des premières années de l'équipe (logique !) et, sous la patte décidément habile de l'auteur/artiste, on les redécouvre aussi bien fidèles à leurs personnages originels qu'habités d'un second souffle vraiment bienvenu. Ceci est aussi vrai pour les Super-Héros de passage, toujours utilement mis en scène, et qu'il connait bien pour les avoir, eux aussi, très souvent illustrés avant de reprendre les FF. Son dessin, encore à mi-chemin entre un rendu élégant/arrondi (très Seventies) et la rigueur d'un trait plus moderne (plus sec) qu'il réserve à ses décors -mais qui allait dix ans plus tard s'exprimer aussi au travers de ses personnages !- convient parfaitement à l'univers pseudo-scientifique de l'équipe, et culmine avec l'arc consacré à la naissance de Nova : hommage magistral à ses maitres. Mais c'est bien dans sa ré-interprétation des quatre personnages principaux et des liens qui les unissent que John Byrne s'est vraiment -et très brillamment !- approprié l’œuvre. Outre une exploration un poil plus poussée -et inventive- de leurs pouvoirs respectifs, c'est à travers une analyse très lucide des caractères en présence qu'il ré-invente, avec un soucis de fidélité absolu à leur genèse, cette famille pas comme les autres. Sous sa plume, Reed redevient beaucoup plus tempéré que ses incarnations immédiatement antérieures (!) alors que Susan, à la faveur de quelques épisodes particulièrement savoureux (l'interview télévisée, notamment !) acquiert enfin une identité à part entière -et unique au sein du MCG, rien que ça ! L'humanité profonde de Benjamin est à nouveau mise en avant -bien plus que son humour/carapace, du coup- et Johnny, à l'instar de sa soeur, peut désormais se permettre quelques incursions dans les domaines plus adultes de l'introspection. Le remplacement de Ben par She-Hulk, loin d'altérer la dynamique familiale, ne fera qu'en renforcer la valeur émotionnelle au travers de son regard "extérieur" d'invitée temporaire. Le côté "Soap" traditionnel du Comic-Book à la Marvel n'est pas négligé non plus et, de Frankie Raye à la Tante Pétunia (!) en passant par Alicia et Franklin, Wyiatt Wingfoot ou même H.E.R.B.I.E, les humeurs et intrigues de toutes sortes sous-tendent le quotidien des Super-Héros d'une trame chaleureuse, contrebalançant agréablement la démesure de leurs aventures tout en leur procurant un contraste qui en accentue la profondeur. Enfin, bref ! S'il n'y avait qu'une façon d'assimiler toute la spécificité de cette formule familiale du genre, j'irais jusqu'à prétendre qu'il n'est pas vraiment nécessaire d'en lire d'autres moutures modernes ! Rien d'aussi accompli n'a été réalisé après qui n'ait autant respecté l'originalité du concept de départ car, même si certaines itérations valent néanmoins le détour par leur rupture d'avec leurs racines originelles, elles s'éloignent tellement du sujet qu'elles s'apparentent d'avantage à une totale refonte commerciale qu'une véritable suite. Mais cela étant devenu la norme, lectorat à renouveler oblige, on ne saurait les critiquer trop durement. Un très bel hommage, décidément ; et une grande réussite.
Earth X
Houlàlà, non : on peut ne pas apprécier le look des planches de John Paul Leon, mais il est loin d'être moyen ! Le gars savait TOUT dessiner et avec une maitrise rarement atteinte, même dans l'univers des Comics où ce don est traditionnellement gage de réussite, tant la justesse académique de son Art ne concède rien à la puissance de son trait. Guidé ici par l'esthétique du très inspiré Alex Ross, cantonné à l'élaboration écrite et dessinée du concept originel, il s'avère malgré tout complètement à l'aise dans ses cases ; des plus urbaines -dont il a l'habitude- jusqu'aux sommets lyriques des dernières pages, véritablement cosmiques dans leur démesure. Earth X restera comme une de ses plus grandes réussites mainstream. Ceci étant posé, quel pied, cette lecture ! Sur une idée de départ complètement loufoque -au mieux : pauvre J.J.J. !-, les auteurs parviennent, à l'issue d'une très riche et encore plus sérieusement documentée (et passionnante !) redécouverte de l'Histoire selon le MCG, à faire une synthèse complètement miraculeuse tant elle semble logique de TOUS les concepts originaux (même les plus idiots !) ayant nourri l'univers des Super-Héros Marvel depuis la création de "La Boîte Aux Idées" ! AUCUN personnage un tant sois peu intéressant n'est mis de côté et, pour l'amateur, il y a une joie parfaitement enfantine -et très réelle !- à découvrir le MachineMan des origines propulsé sur le devant de la scène dans un rôle-clé taillé sur mesure pour lui, un Ben Grimm heureux en amour, un Peter Parker complètement fidèle à son identité Lee/Ditko et, bien sûr, un Scott Summers inchangé, incarnation rigide des valeurs de son mentor. Même le désespoir de Reed Richard, dans sa solitude forcée, magnifie encore davantage la profondeur des liens qui unissaient jadis les FF. Tout en essayant de comprendre, au fil des observations de Aaron Stack, promu nouvel "Observateur" par son prédécesseur aveugle, cet univers complètement chamboulé au niveau planétaire à la suite d'une expérience qui aurait mal tournée (...?), on s'amuse à reconnaitre tel ou tel intervenant -et à en découvrir de nouveaux !- au fil d'un récit qui, on ne sait par quelle magie, finit par justifier jusqu'au concept Super-Héroïque le plus faible mis en scène dans les pages de nos mensuels d'enfance (Les dieux d'Asgard, Galactus(!), les Célestes...!) en parvenant à relier toutes les idées des auteurs/artistes des cinquante dernières années en un tout cohérent ! Un tour de force que ne pouvait accomplir que de vrais passionnés et qui, selon moi, constitue une fin tout ce qu'il y a de grandiose à l'ère du Super-Héros selon Marvel (c'est le vieux lecteur qui parle !). Nul doute que d'autres encore parviendront à nous surprendre dans l'exploration/exploitation du genre, mais il est peu probable qu'on revoit un jour un hommage dessiné aussi émouvant dans sa sincérité ; et à la démesure de tous ceux qui, au fil des années, en ont nourri les planches de leur créativité.
Les Mères
... Utile, Claire Bretécher ? Carrément nécessaire, oui ! Qui d'autre oserait s'attaquer au dogme de cette sacro-sainte représentation de la moitié de l'Humanité dans son rôle biologiquement imposé et Ô combien mis en exergue par l'autre moitié du groupe susnommé -et que ça arrange bien, en plus !- comme l'aboutissement ultime de la féminité ?! Avec un humour imparable de justesse et d'équité -elle est la meilleure ambassadrice de la parité dans l'univers de la Bande Dessinée, car les deux sexes en prennent systématiquement pour leur grade à part égale !- elle témoigne des difficultés inhérentes à l'expérience de la maternité en ces temps dits "modernes" ; pointant la lâcheté ordinaires de parents incapables de concilier leurs aspirations les plus hautes avec la réalité quasi préhistorique de leur rôle. Mais, aussi, les nombreux artifices mis à leur disposition pour les amener tant bien que mal à continuer de remplir leur part de contrat génétique et social, à savoir croitre et se multiplier... De la redistribution des rôles -au mieux gaguesque !- aux impitoyables manipulations des unes en passant par la fuite ou l'indifférence banale (et traditionnelle !) des autres, elle démontre en se faisant rire (et nous avec, si on en a le courage !) l'absence de réelle évolution dans le domaine et, même, le durcissement des positions genrées au travers d'arguments spécieux visant à valider les acquis casse-gueule hérités de la Révolution sexuelle des années soixante. La transgression est plus que jamais nécessaire au discours politique et Claire Bretécher, en toute bonne foi, ne peut qu'illustrer -avec encore une fois un talent inégalé pour le juste milieu entre le propos et sa représentation graphique- la vacuité de nos efforts pour échapper à notre condition humaine, aussi laborieuse nous semble-elle au travers de ses obligations et devoirs millénaires, en ces temps de "choix" multiples. De l'art utile, et même majeur, puisqu'on rit à la lecture de nos pathétiques errances contemporaines pour tenter d'assumer toutes les contradictions imposées par notre héritage culturel moderne, et en complet porte à faux avec les exigences de nos instincts les plus vitaux.
Far Sector
WOOF !... Je ne sais pas comment Jamal Campbell s'y prend, tablette graphique ou pas (?) ; mais le look de ses planches dans ce Comic-Book là est à couper le souffle ! Quelle maestria... Bien sûr son aisance purement stylistique, quant au rendu des personnages et des décors. Mais le découpage, les perspectives, les couleurs... C'est proprement spectaculaire de joliesse mais aussi de clarté, quand bien même il se permet pas mal d'audaces de mises en scènes ; et, malgré tout le côté très "léché" de l'ensemble, sa maitrise des expressions des visages force notre sympathie ; que ce soit envers Joe ou n'importe lequel des seconds couteaux qui gravitent autour d'elle dans cette histoire véritablement policière. Même les plus inhumains de ces bizarres ressortissants d'autres mondes -carrément virtuels pour un tiers d'entre eux !- semblent vivants sous sa plume/son pinceau/son stylet ?! Paradoxalement, c'est bel et bien à une enquête que nous invitent à participer les auteurs de ce Comic, précieux ovni dans la production habituelle de la maison d'édition DC. La présentation des différentes civilisations en place tient la route, même si le genre Super-Héroïque en limite fatalement l'exploration ; et le nœud de l'intrigue, suffisamment grave de conséquences funestes pour nous tenir en haleine, est habilement détourné de notre attention -et de celle de Joe !- chaque fois que cette dernière se trouve aux prises de ses sentiments contradictoires quant aux émotions que suscitent telle ou tel autre personnages, ambigus qu'ils apparaissent -à elle comme à nous !- dans leur insupportable perfection Zen ! Bien sûr, que les amateurs se rassurent : il y a évidemment quelques affrontements à coups de rafales zigzagantes dans l'éther si particulier de ce monde artificiel ; et, là comme ailleurs, le visuel est privilégié et aucune case ne semble de trop. Un grand plaisir de lecture, donc ; même si je pense que mon peu d'exposition à ce genre d'esthétique, très "orientée", a beaucoup joué dans mon enthousiasme. Cela-dit, j'ai récemment relu l'ensemble et, ma foi ! J'ai de nouveau bien apprécié ; alors...?!
Perpendiculaire au soleil
Énorme coup de cœur pour cette BD que j’ai mis très longtemps à aller chercher à la bibliothèque : j’ai eu longtemps peur que l’autrice soit une espèce de fétichiste un peu comme les fans de Charles Manson qui le contactaient pour lui faire des demandes en mariage, je me demandais pourquoi ces gens qui écrivent aux prisonniers veulent passer du temps à distraire les bureaux (oui ça partait très mal pour moi lol). Finalement je me suis décidée à le prendre. Déjà c’est une œuvre d’art géniale, les dessins sont super beaux avec plusieurs moments expérimentaux pour passer entre les mailles de la censure des prisons. Même s’il y a des moments assez durs (ceux où elle décrit les exécutions dans la torture et les raisons pour lesquelles les crimes des condamnés ) ce n’est pas trash et ça vous passe l’envie de vouloir avoir la peine de mort dans un pays . Foncez vous ne serez pas déçus !
Stratos
Ses publications dans le magasine Ère Comprimée sont parmi celles qui m'ont le plus enthousiasmé, à l'époque où j'ai découvert le genre S.F. adulte -ma préhistoire, donc ! Holà-là que c'est loin !- ; avec aussi les récits graphiquement plus classiques de Horacio Altuna ou ceux, carrément barrés (esthétiquement ET scénaristiquement !) du génial Dick Matena. Alex Niño et l'immense Sergio Toppi complétaient magnifiquement le trio susnommé et, si mon amour originel pour le Comic de Super-Héros n'avait pas été aussi fort ni déjà aussi bien enraciné au centre de mes préoccupations créatives, je suis prêt à parier que la fréquentation régulière d'autant d'aisances picturales si différentes auraient eu une influence bénéfique sur mes aptitudes "artistiques" ! La pluralité des incidences dans ce domaine -comme dans d'autres, d'ailleurs- est la garantie d'une plus grande ouverture d'esprit et, donc, d'une créativité plus riche... Tant pis ! L'audace de la stylisation des personnages a été le premier argument qui m'a fait lire ces récits avec plus de plaisir que certains autres. Loin de tous les clichés existants, réalistes ou non, Prado insuffle à chacun de ses intervenants, du "héros" au plus tertiaires d'entre eux, une réalité pleine de sensibilité et de justesse qui transcende leur rendu visuel, à priori comique (!), pour mieux nous faire ressentir les affres (tout ce qu'il y a de réelles, elles !) des dilemmes si humainement révélateurs où il les plonge. Chaque trait exprime et souligne, sans jamais alourdir le dessin, le propos Humaniste de l'Artiste ; et même le plus caricaturalement conditionné d'entre eux arrive à nous émouvoir tant sa détresse -souvent purement administrative, mais pas seulement- est facile à assimiler, pour nous qui la vivons au quotidien. Et ce pour des raisons de plus en plus absurdes ; tout comme ce citoyen, si passif et docile, qui va jusqu'à laisser son épouse se prostituer "par défaut" au profit des autorités officielles puisqu'on lui offre, pour sa peine (!), la possibilité d'obtenir un crédit bancaire ! Les découpages et cadrages, loin du plan-plan, font preuve d'une efficacité encore tout à fait d'actualité au jour d'aujourd'hui ; preuve s'il en est que l'art du récit en images dynamique n'est pas un privilège national (Anglo-Saxon ou Nippon !) mais bien plutôt le seul talent de représenter la réalité de manière sublimée -et pas uniquement intelligible. Radiographie assez dure de notre civilisation et de ses dérives Libérales et liberticides ; mais sans avoir l'air d'y toucher tant sa délicatesse à mettre en scène les pires sujets permet une lecture presque confortable... Presque. De la misère sociale programmée, résumée en quelques scénettes pleines de retenue, au racisme institutionnel (!), dont l'horreur bien réelle demeure malgré tout "atténuée" par le contexte encore une fois absurde de désespoir omnidirectionnel -cosmiquement impartial, pourrait-on dire !- qui afflige les protagonistes, on parcourt cet album avec la sensation persistante de bien connaitre les souffrances décrites, si familières -presque banales !- qu'elles en sont devenues à force d'être dénaturées par les formules successives utilisées pour en renouveler "l'attrait" à nos oreilles. Même l'annonce des émeutes civiles qui, finalement, résument encore une fois toute la vanité des hommes à exercer leur contrôle illusoire des "masses laborieuses", ne nous parvient qu'au travers de bulletins d'informations sans réelle influence sur la réalité de ceux qui ont encore le loisir d'écouter : il leur suffit de tourner le curseur pour retourner à leur vie quotidienne. Un magnifique travail d'écriture et de mise en scène véritablement au service de cette Bande-Dessinée, dont le graphisme inspiré et très maitrisé -loin de la "simple" illustration- renforce encore le propos politique et Humaniste des histoires sans jamais trahir le ton, volontairement distancié, choisi par l'Auteur/Artiste. Osmose assez rarement atteinte et qui continue d'être, à mes yeux, la qualité première du médium, tous genres confondus. ... Un bémol, cependant, mais imputable seulement aux traducteurs du présent ouvrage : les dialogues des histoires publiées via les pages du magasine étaient bien plus "sentis" que ceux de cet album. Bizarrement, on a l'impression d'un travail moins inspiré, plus littéraire dans le choix des mots et de la syntaxe. Le tout sonne moins BD et nuit -un peu- à la profondeur de l’œuvre ; et c'est très dommage.
Boule à zéro
Boule à zéro est vraiment très touchant car c'est l'histoire de cette petite fille qui a 13 ans et qui vit à l'hôpital depuis 9 ans, et qu'elle a l'impression de ne pas être aimée par sa mère. J'ai une mère qui est Infirmière et c'est pas toujours facile pour moi. Avec un père qui habite à Montpellier et que tu vois 1week-end sur 2 c'est pas facile non plus. Donc Joyeux Anniversaire Zita . Biz
Médée (Le Callet / Peña)
Oh, mais c'est très très bien ça ! Je ne m'attendais pas à une telle série et je suis franchement ravi de l'avoir lu, parce que j'adore les mythes et que j'ai grandement apprécié les œuvres de Nancy Pena (pas toutes, mais en grande partie). J'ai pu me procurer l'intégrale généreusement complété d'un lexique documenté en fin d'ouvrage, et c'est parfait ! Il y a une certaine mode aujourd'hui à la reprise de figure mythologique (principalement grecques) pour en ressortir des histoires répondant aux nouveaux enjeux de notre temps (féminisme, homosexualité, etc …), non sans un certain succès d'ailleurs (Circé et le Chant d'Achille de Madeline Miller par exemple). A mon sens, Médée s'inscrit totalement dans cette optique : elle est une reprise de mythe grec mais se veut aussi une œuvre redonnant du sens à un personnage féminin et surtout, surtout, une incroyable remise en contexte historique de la légende. C'est sur ce point là que la série m'a convaincu définitivement : la reprise dans un contexte historique très précis, avec des explications de l'origine du mythe à la fois plausible mais surtout bien documentée pour en faire un récit historique (dans les grandes lignes). A ce niveau là, j'ai apprécié les ajouts qui renforcent la crédibilité : les grecs et les barbares, les questions de nouveautés techniques, les royaumes en guerre, les personnages mythologique qui s'inscrivent dans des réalités concrètes … J'ai senti le poids des recherches effectuées, des interactions crées mais aussi les explications que l'auteure a fourni aux mythes. Comment ceux-ci se sont crées et pourquoi, avec cette touche de poids historique qui le rend plausible. La série est comblée avec le dessin de Nancy Pena, qui a sorti les grands moyens et ça se voit. Les dessins, les couleurs, les effets de lumière … On sent le soleil de la Méditerranée, la Grèce, la mer. Elle s'est aussi fait plaisir sur les personnages, incarnant les mythes à l'opposé de ce qu'on imagine généralement : Jason n'est pas une montagne de muscle ni un héros à l'apparence sublime, les rois sont souvent moches, gras. C'est un dessin que j'apprécie grandement et qui est magnifiquement mis en scène. Cette série est une merveille, j'en suis sorti avec un énorme coup de cœur que je n'ai pas hésité à décerner immédiatement. La somme de travail, la réalisation, le dessin, le propos … On sent que les auteures parlent de la place des femmes dans une Grèce classique, mais sans verser dans la dénonciation absurde de notre monde. C'est aussi une très belle histoire sur la complexité d'un monde et de l'Antiquité qui s'ouvre aux nouvelles techniques. Une vraie belle découverte, je ne peux que la recommander chaudement. C'est une surprise de bout en bout, mais c'est une magnifique surprise.