Le génocide rwandais est l'un des pires massacres de l'Histoire récente, et il a fait l'objet de pas mal de films, livres et même BD de qualité.
Celle-ci s'attache au combat d'Alain et Dafroza Gauthier, un couple franco-rwandais qui n'a de cesse, depuis près de 30 ans, d'enquêter et documenter cette abominable boucherie qui a fait un million de morts en 100 jours, en 1994. C'est ce combat inlassable, qui ne s'arrêtera jamais, qui nous est retracé par le journaliste et scénariste Thomas Zribi. Le récit est émaillé de certains des témoignages de rescapés de différents massacres perpétrés dans le pays aux 1000 collines. Des histoires glaçantes. J'ai plus d'une fois ressenti une colère, une tristesse immenses en lisant tout ça. Quand on réfléchit deux secondes, c'est le conflit le plus idiot qui soit : ce n'est pas une guerre entre deux couleurs de peau, deux religions, deux... Les Hutus et les Tutsis partagent depuis toujours la même langue, la même religion, la même couleur de peau, la même culture. Leurs noms désignaient à l'origine simplement deux classes sociales : cultivateurs pour les uns, éleveurs pour les autres.
C'est l'ancien colonisateur belge qui, pour contrer les envies d'indépendance et de rébellion des Tutsis, a monté les voisins Hutus vers des attaques armées. La France, plus tard, a profité du départ des Belges pour accroître son influence dans la région. Pendant le génocide, elle a d'ailleurs fait preuve d'une inaction criminelle, pour ne pas dire de complicité, même si l'armée française n'a pas participé aux massacres. Lors de ces évènements de 1994, les tueurs étaient très organisés. Après avoir probablement commandité la destruction de l'avion du président du pays lors d'un voyage de retour de Tanzanie (et ainsi empêché la mise en oeuvre d'un accord de paix), les dignitaires hutus ont soigneusement préparé ce génocide, désignant des responsables dans chaque préfecture, chaque commune, chaque quartier, avec chacun un groupe de tueurs sous ses ordres.
Ainsi ce qui avait sauvé les Tutsis dans les années 50, 60 et 70, les églises, n'a pas arrêté les génocidaires. Ainsi des dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées dans des pièges mortels. Ainsi des latrines creusées par les captifs sous la menace sont devenues des fosses communes. Ainsi de suite, je ne peux en dire plus.
L'horreur absolue, la barbarie totale.
L'album est donc un hommage à ce couple qui a fondé un collectif, et qui espère qu'au moins une partie des commanditaires et dignitaires se verra finir sa vie en prison. Après 20 ans, les premières condamnations arrivent, mais elles ne sont encore qu'une poignée.
Damien Roudeau, connu pour ses BD sur les laissés-pour-compte et les opprimés, apporte une fois de plus son trait plein d'humanité et de sensibilité à ce récit essentiel.
Je tiens cette BD pour une réussite totale.
Le dessin N&B est une merveille de nervosité et de précision. Les plans et les découpages servent parfaitement le comique, le tragique, la longueur, la fébrilité, l'ennui selon le besoin de chaque situation.
J'ai retrouvé l'esprit et l'ambiance de la vie qu'on menait à l'époque du service militaire obligatoire dans les bases militaires. Ce mélange étonnant de camaraderie toxique, de hiérarchie ubuesque, de jeunesse shootée à la testostérone, de désirs d'aventure...
Bref, un récit très dense et instructif qui s'adresse à tous, homme ou femme, mais avec une grosse réserve pour les plus jeunes.
De Bob Morane, le seul souvenir que j’ai enfant de cette série est le mystère de la zone Z, vieil album tout usé, traînant dans un placard chez ma grand-mère entre un Johan et Pirlouit et un Astérix, qui a été lu et relu des centaines de fois par mes oncles, et que je n’ai jamais lu, les dessins ne m’attirant pas, et lui préférant une valeur sûre que je connaissais.
Puis est sortie une nouvelle intégrale à partir de 2015. Vu le monument de la bande dessinée que c’est, et le collectionneur que je suis, j’ai décidé de me lancer dedans, considérant que je me devais de l’avoir dans ma bédéthèque.
Je me suis donc lancé dans la lecture chronologique de la série, bien sûr pas tout à la suite, mais de manière ponctuelle, un tome par ci un tome par-là entre la lecture d’autres séries, pour pas que cela ne devienne indigeste.
Alors Bob est parfait.
Bob a toujours raison.
Bob est fort.
Bob est respecté par tout le monde.
Bob est très riche.
Bob attire toutes les femmes.
Bob peut tuer des gens, jamais la police ne l’arrête, car c’est pas grave si Bob tue quelqu’un.
Bob a ce doux relent du sexiste paternaliste et appelle toutes les femmes « petite fille » (bah oui, c’est un homme, un vrai !).
Bob a ce doux relent du colon blanc raciste paternaliste et bienveillant (bah oui, c’est un blanc, il sait ce qui est bon pour les autres, lui, car il est civilisé !).
Bob est misogyne.
Bob sait tout faire, mais absolument tout, il sait voyager dans le temps, aller dans l’espace, tuer des dinosaures, conduire tous les véhicules du monde, je mets quiconque au défi de trouver quelque chose qu’il ne maîtrise pas.
Bob n’a aucun défaut (bah oui, il est parfait !).
Bob a une chance incroyable, quand il a besoin de quelque chose, deux cases plus tard ça apparaît comme par magie.
Bob est clairement un personnage d’un autre temps, d’une autre époque, d’une autre pensée, où ce qui faisait rêver les petits garçons (et petites filles ?) n’était clairement pas les mêmes choses qu’aujourd’hui. D’ailleurs je pense que jamais un album comme ça pourrait être publié aujourd’hui sans s’attirer les foudres des mouvements féministes et antiracisme.
Alors pourquoi 5 étoiles ? Et carrément lui attribuer le niveau de culte à mes yeux ?? Car je m’attendais à une lecture ardue et rébarbative.
Car j’ai eu la chance et la bonne idée de ne jamais en lire enfant, et que j’ai attendu d’avoir un œil de passionné de BD et des milliers de lectures derrière moi pour découvrir cette série.
Le nombre de fois où j’ai rigolé tellement le scénario est caricatural et simpliste, où je me suis dit « Non, ils ont osé faire ça !! ». Et le plus dingue c’est que des années 1950 jusqu’aux années 2010, c’est aussi mal fait !!!
Et pourtant, pourtant…
Je me suis régalé, j’ai eu l’impression de voir une page de l’histoire de la bande dessinée, à chaque fois que je reprenais un album, j’avais une espèce de jubilation, en me demandant où j’allais partir cette fois. Dans l’espace ? Au moyen âge ? Dans un polar ? Dans une quête archéologique ?
Peu importe, je sais que j’allais voir du pays, que dis-je du pays, de l’univers plutôt !!
Bob est du coup à mes yeux un monument de l’histoire de la bande dessinée, qui, qu’on le veuille ou non, a une place énorme dans la culture bédéphile, combien de série peuvent se targuer d’avoir duré sur plus de 50 ans ?
A lire, à découvrir, non pas en ayant les attentes d’un lecteur d’aujourd’hui, mais en la remettant bien dans son contexte, et prendre conscience comment notre société a évolué en 50 ans.
Merci Bob ! Ta perfection de jadis a fait de toi une telle imperfection contemporaine que je me suis éclaté !
Suite à l'avis de Cacal, je me suis plongé dans cette BD qui parle d'un sujet encore bien tabou et si clivant, la prostitution. Et alors là ... Je me suis réservé l'avis pour le 1.000e que je laisse sur ce site, parce qu'il le fallait.
Cette BD est un chef-d’œuvre, cette BD est à lire, à acheter et à offrir ! Parce qu'elle contient tout et que c'est d'une pertinence rare ! Merde, l'auteure à 24 ans et elle est capable de nous pondre ça !
Mais bon, comme à chaque fois que j'aime une BD je m'emballe, commençons par le début et les défauts : cette BD n'est pas une BD. En tant que telle, il n'y a pratiquement jamais de juxtaposition d'images pour leur conférer un sens. C'est avant tout du texte, stylisé et mis en scène, avec quelques images qui servent de support ou d'ajouts. Donc en terme d'art narratif et de narration par l'image, c'est non. Deuxième point, le dessin est pas franchement beau ni particulièrement léché. On sent une certaine volonté très punk dans les représentations mais globalement ça serait assez difficile de le qualifier de beau. Après, il y a des visuels qui marquent plus d'une fois.
Maintenant, le reste. Et là, je suis partisan de dire que c'est parfait ! Une démonstration rigoureuse, claire et précise de son propos. Lequel ? La prostitution, le féminisme, le capitalisme, les normes de genre, la sexualité, la masculinité, le patriarcat, la révolution ... Je m'emballe un poil, mais pour une fois, POUR UNE FOIS, que je lis un traité féministe qui montre justement comment cette lutte pour des droits passe par une lutte contre le capitalisme et des idéologies qu'on nous fourre dans le crane depuis l'enfance. Quelle belle idée, parler de pute pour parler de révolution ! Parce que si tout le monde a un avis sur elles, souvent sans les connaitre, je suis pratiquement certain que déconstruire notre avis sur elles est la clé pour déconstruire bien d'autres choses.
J'ai listé en haut les thèmes que la BD aborde, mais c'est ahurissant de voir à quel point elle a tout lié de manière parfaitement fluide dans son propos et à quel point c'est marquant dans les phrases (c'est catchy !) et dans le déroulé. Je n'ai jamais senti de fabrication artificielle de son propos qui déroule tout naturellement l'argumentaire. Et quel plaisir de lire tant de critiques envers ce que je déteste tant, entre objectivisation des prostituées pour un combat ou un autre, réflexion sur la sexualité et les normes, le travail et le mode de vie, le rapport des genres et la construction sociale de ceux-ci ... Pour ma part, elle a prêché un converti (j'étais déjà bien plus ouvert sur la question de la prostitution suite à des échanges avec des femmes travaillant en tant que TDS) mais je suis tellement content de voir ça. De lire qu'il faut arrêter définitivement ce concours de quéquettes permanent entre hommes, qu'il faut laisser les femmes jouir librement comme elles l'entendent, qu'il faut déconstruire les genres et notre rapport au sexe ... Oui, je suis d'accord, la véritable révolution sexuelle n'a pas encore eu lieu et nous pouvons y arriver !
Je m'épanche, mais je dois surtout me contenir pour ne pas redire tout ce qui est contenu ici. Parce que Klou a fait parfaitement bien son travail, je dois juste dire : courrez le lire, remettez en question vos préjugés sur la prostitution (vous en avez, ne me faites pas croire le contraire), repensez votre sexualité et faisons enfin la révolution des mœurs, celle qui nous laissera tous plus libres et plus heureux !
Peut-être l’œuvre la plus révolutionnaire que j'ai vu publiée ces dernières années. Klou, si tu me lis, de la part d'un hétéréo-cis-blanc, merci, merci merci !
Par quoi commencer lorsque l'on souhaite rédiger un avis sur ce monstre, ce mutant, de la BD ? Peut-être par l'essentiel, à savoir l'émerveillement qui est le nôtre (en tout cas le mien) devant la qualité du dessin, et le talent de son auteur. Tout a déjà été dit à ce propos, mais oui, quel plaisir, parfois même quelle émotion, à regarder ces planches !
Toutes ne sont pas égales bien sûr, mais quand même la maîtrise graphique est remarquable, les couleurs sont souvent bluffantes et ont, la plupart du temps au moins, du sens, un vrai sens. Un peu comme la musique dans Il était une fois dans l'Ouest de Leone, chaque personnage a son propre thème supposé en souligner les caractéristiques. Ici, il en va de même, on suit les personnages, mais aussi leurs humeurs, et les sentiments qui les assaillent grâce également aux couleurs. Cela vient se rajouter aux images, aux scènes dessinées, comme un niveau supplémentaire de communication.
C'est très graphique, très cinématographique, et donc,....même un peu plus.
Cela va d'ailleurs m'amener directement à un autre point qui est, pour moi, essentiel dans ce triptyque, c'est le souci du détail, et les innombrables questionnements et choix faits en amont, avant de décider de telle couleur, de tel angle de vue, de telle ellipse dans la narration. Bref, on sent, non seulement un talent graphique renversant, mais aussi, et ce n'est pas rien, une vraie réflexion, une vraie démarche artistique, à laquelle chacun sera libre, ou non, d'adhérer, bien sûr.
Et puis, pour finir sur ce dessin, l'auteur s''autorise beaucoup de libertés, les planches sont parfois réduites à presque rien, une couleur, et quelques mots (ce qui surprend, et pourra même un peu agacer, je l'entends parfaitement), mais cela vient en contrepoint à tous les autres moments, lorsque ces mêmes planches explosent de richesse et de détails, sur une, ou même deux pages.
Et évidemment, évidemment, comment ne pas penser à philippe Druillet lorsque l'on pose les yeux sur tout ça?
Bien sûr le dessin lui même, certaines formes là, certains détails ici, mais aussi, cette volonté de faire exploser les codes. Le traditionnel gaufrier d'une page ne peut suffire à ce qui va au delà du simple récit d'heroic-fantasy (ce que, pour moi, cette adaptation n'est pas ! Je pense que c'est une erreur de la considérer comme telle), on est au delà de ça, presque dans la représentation d'une cosmogonie (après tout, le héros est bien en quête d'un monde, celui des hommes).
Les choses ne sont pas déstructurées juste par plaisir, ou pour impressionner, non, une fois encore cela fait sens, cela vient accompagner et enrichir l'expérience du lecteur.
Encore une fois, tout à été pensé. Comme cette manière de faire des ellipses, de casser la temporalité dans la narration, le lecteur est (presque) autant submergé, et perdu que son héros, découvrant, avec de grands yeux ébahis, ce qui lui arrive (je laisse le sujet de la dernière partie de la phrase volontairement flou, car, après tout, à qui cette incroyable aventure arrive-telle vraiment ? )
Cette histoire est véritablement ébouriffante, sur la forme comme sur le fond, sans qu'il n'y ait véritablement besoin de suspense, toutes ces grandes quêtes, ces récits mythologiques (on pense ici presque autant à la Völsunga saga scandinave, au Niebelungenlied, le chant original des Niebelungen qu'à la tétralogie de Wagner qui ne sert finalement presque que de support à l'ensemble).
L'auteur parle lui-même d'une adaptation libre, il y a un mélange de noms germaniques et scandinaves, et la fin est une interprétation toute personnelle, donc, on choisit un univers dans lequel on veut évoluer, mais après, une fois encore, on s'accorde beaucoup de libertés, et c'est tant mieux !
Et les reproches dans tout ça ? Je vais aller très vite, parce que je me suis déjà largement laissé emporter par mon enthousiasme, il y en a bien sûr quelques uns. Certains dialogues, et, pour ce qui me concerne, surtout le personnage de Mime qui, au départ au moins, semble peu en rapport avec le reste de l'univers présenté. Même sur un plan graphique (les gros plans sur son visage, et ses yeux...), il y a presqu'un côté un peu comique au début qui me semble être en décalage. Mais là, aussi, tour de force quand même, dans les deux derniers tomes, et plus spécifiquement le dernier, l'ambivalence du personnage, ses tiraillements prennent de l'ampleur, il devient tout à fait autre chose qu'un sidekick, qu'un simple faire-valoir.
Du coup, j'évalue le scénario, les dialogues, etc, en attribuant un 4,5/5.
Mais bien évidemment, pour ce qui me concerne, le dessin valant un bon 6 ou 7/ 5 (!!??), je ne peux décemment pas attribuer une autre note que la note maximale à l'ensemble.
Voilà...., pardon pour la longueur !!
J'ai passé un excellent moment de lecture en accompagnant Simon et ses dindes à travers le Missouri et le Kansas. Je n'ai pas lu le roman de Kathleen Karr mais la série m'a franchement donné envie de le mettre entre les mains de mes enfants.
Je me suis retrouvé plongé dans une aventure à la Tom Sawyer très originale et porteuse de valeurs que je partage. Les autrices ne se contentent pas de faire une pâle copie de Mark Twain mais elles y ajoutent une touche de fraicheur et d'inventivité très agréable. Pour sa première incursion dans le monde de la jeunesse Léonie Bischoff réussit un chef d'oeuvre à la fois dans la fluidité du récit, la profondeur des personnages, le découpage des rebondissements et l'équilibre du récit entre émotions et suspens.
Bischoff réussit à rendre cette atmosphère des pionniers américains qui ont souvent atteint l'impossible grâce à leur courage et une confiance en leurs talents. Pour autant le roman ne tombe pas dans la mièvrerie en soulignant les points sombres de cette période : l'esclavagisme, les massacres et spoliations des Indiens et la violence entre Blancs prêts à toutes les injustices pour quelques dollars de plus.
Le graphisme de l'auteure est parfait pour son public cible. De plus il ne tombe pas dans la facilité d'un standard de l'animation ce qui rend la série aussi très intéressante au niveau du dessin. Le très bon découpage facilite la lecture.
On y trouve des séquences dynamiques avec les personnages, entrecoupées de cartes qui fixent la progression du voyage et de magnifiques pleines pages qui ajoutent une touche de poésie au récit.
La mise en couleur avec toute une gamme de tons pastels très doux complètent avec bonheur un récit vivant et équilibré.
Une oeuvre qui rend joyeux avec une lecture que je n'oublierai pas de sitôt. Un exemple de la très bonne qualité possible en direction d'un jeune public dans une oeuvre qui mixte originalité, valeurs, humour et agrément tout en évitant les clichés moralisateurs.
Un prix angoumois bien mérité.
Franchement génial !
La qualité des dessins de Ledroit est bien là, comme je l'avais aimé dans Requiem !
Le scénario est top, sur un fond de vérité ésotérique et géopolitique, il nous emmène dans les limbes d'une humanité décadente où sont glorifiés partout des célébrités et politiciens honteux !
J'ai lu les 2 albums d'une traite, et j'ai hâte de lire la suite !
A voir les autres commentaires, apparemment on aime ou on n'aime pas, mais je pense qu'il faut, pour l'apprécier, une certaine ouverture d'esprit au monde tel qu'il est vraiment. Sans partir dans le New age à deux balles, je dirais qu'il faut avoir une certaine ouverture de conscience pour l'apprécier.
J'ai vraiment été très impressionné par la construction de cette biographie de Mohamed Ali. 120 pages construites à la manière d'un documentaire vivant et créant une prodigieuse proximité entre le lectorat et les personnages.
J'ai de la famille à Louisville Ky, et j'ai eu l'occasion de visiter le très beau musée dédié au légendaire boxeur de la ville. Sibylle Titeux réussit admirablement bien à faire comprendre la singularité historique du personnage de Ali.
Sa synthèse biographique trouve le juste équilibre entre la complémentarité de l'aspect sportif et de l'aspect politique du jeune homme. Sa construction très aboutie permettra probablement de comprendre pourquoi Ali est un sportif unique et que son titre d'athlète du siècle n'est pas usurpé.
Comme le souligne Mac Arthur dans son avis à une autre époque, dans un autre lieu mais aussi avec une autre technique, et d'autres influences Ali n'aurait pas fait l'Histoire comme on peut le comprendre avec le recul des décennies.
Sybille favorise l'historique à la fiction dans son récit. De plus l'autrice propose une narration qui m'a pris au corps à corps. Cet emploi du "Tu" m'a interpellé puis m'a rendu le personnage d'Ali vivant et amical. Comment pourrait-il en être autrement tellement la personne d'Ali est attachante.
L'autrice ne cache pas certains jugements assez contestables d'Ali quand il rejoint la NOI (Nation Of Islam) mais elle les met en perspective avec l'influence énorme de ses autres décisions très courageuses (insoumission, conversion, générosité) qui auraient pu lui coûter la vie et celles de ses proches.
Titeux réussit la prouesse de montrer que dans un contexte de grande violence (la boxe, le Vietnam, la lutte des droits civiques, la décolonisation) et une parole souvent excessive, Ali a toujours été un grand artisan de paix. D'une manière moins conventionnelle il a sa place auprès de MLK ou de Mandela que l'on croise dans l'album.
Le graphisme de Amazing Ameziane me rappelle celui de Séra dans ses ouvrages documentaires sur le Cambodge. Une proposition très réaliste qui fait intervenir de multiples types d'illustrations : des strips, des affiches, des reprises de photos célèbres ou des portraits aux regards profonds qui annoncent des combats d'un dynamisme inouï dans l'expression de la violence.
Une excellente synthèse pour comprendre l'impact d'Ali dans ces décennies un ouvrage d'une humanité et d'une justesse rare.
Avec les Chroniques de la Lune Noire, la série originelle, ces préquels basés sur les personnages secondaires sont tout bonnement de petites pépites pour les fans de la série comme pour les lecteurs qui la découvriraient seulement maintenant... J'espère sincèrement qu'il y aura encore quelques tomes de prévus, afin d'étoffer encore un peu cet univers déjà tellement riche et séduisant! Un must selon moi! ;-)
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Rwanda - À la poursuite des génocidaires
Le génocide rwandais est l'un des pires massacres de l'Histoire récente, et il a fait l'objet de pas mal de films, livres et même BD de qualité. Celle-ci s'attache au combat d'Alain et Dafroza Gauthier, un couple franco-rwandais qui n'a de cesse, depuis près de 30 ans, d'enquêter et documenter cette abominable boucherie qui a fait un million de morts en 100 jours, en 1994. C'est ce combat inlassable, qui ne s'arrêtera jamais, qui nous est retracé par le journaliste et scénariste Thomas Zribi. Le récit est émaillé de certains des témoignages de rescapés de différents massacres perpétrés dans le pays aux 1000 collines. Des histoires glaçantes. J'ai plus d'une fois ressenti une colère, une tristesse immenses en lisant tout ça. Quand on réfléchit deux secondes, c'est le conflit le plus idiot qui soit : ce n'est pas une guerre entre deux couleurs de peau, deux religions, deux... Les Hutus et les Tutsis partagent depuis toujours la même langue, la même religion, la même couleur de peau, la même culture. Leurs noms désignaient à l'origine simplement deux classes sociales : cultivateurs pour les uns, éleveurs pour les autres. C'est l'ancien colonisateur belge qui, pour contrer les envies d'indépendance et de rébellion des Tutsis, a monté les voisins Hutus vers des attaques armées. La France, plus tard, a profité du départ des Belges pour accroître son influence dans la région. Pendant le génocide, elle a d'ailleurs fait preuve d'une inaction criminelle, pour ne pas dire de complicité, même si l'armée française n'a pas participé aux massacres. Lors de ces évènements de 1994, les tueurs étaient très organisés. Après avoir probablement commandité la destruction de l'avion du président du pays lors d'un voyage de retour de Tanzanie (et ainsi empêché la mise en oeuvre d'un accord de paix), les dignitaires hutus ont soigneusement préparé ce génocide, désignant des responsables dans chaque préfecture, chaque commune, chaque quartier, avec chacun un groupe de tueurs sous ses ordres. Ainsi ce qui avait sauvé les Tutsis dans les années 50, 60 et 70, les églises, n'a pas arrêté les génocidaires. Ainsi des dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées dans des pièges mortels. Ainsi des latrines creusées par les captifs sous la menace sont devenues des fosses communes. Ainsi de suite, je ne peux en dire plus. L'horreur absolue, la barbarie totale. L'album est donc un hommage à ce couple qui a fondé un collectif, et qui espère qu'au moins une partie des commanditaires et dignitaires se verra finir sa vie en prison. Après 20 ans, les premières condamnations arrivent, mais elles ne sont encore qu'une poignée. Damien Roudeau, connu pour ses BD sur les laissés-pour-compte et les opprimés, apporte une fois de plus son trait plein d'humanité et de sensibilité à ce récit essentiel.
Pays kaki 92/08
Je tiens cette BD pour une réussite totale. Le dessin N&B est une merveille de nervosité et de précision. Les plans et les découpages servent parfaitement le comique, le tragique, la longueur, la fébrilité, l'ennui selon le besoin de chaque situation. J'ai retrouvé l'esprit et l'ambiance de la vie qu'on menait à l'époque du service militaire obligatoire dans les bases militaires. Ce mélange étonnant de camaraderie toxique, de hiérarchie ubuesque, de jeunesse shootée à la testostérone, de désirs d'aventure... Bref, un récit très dense et instructif qui s'adresse à tous, homme ou femme, mais avec une grosse réserve pour les plus jeunes.
Bob Morane
De Bob Morane, le seul souvenir que j’ai enfant de cette série est le mystère de la zone Z, vieil album tout usé, traînant dans un placard chez ma grand-mère entre un Johan et Pirlouit et un Astérix, qui a été lu et relu des centaines de fois par mes oncles, et que je n’ai jamais lu, les dessins ne m’attirant pas, et lui préférant une valeur sûre que je connaissais. Puis est sortie une nouvelle intégrale à partir de 2015. Vu le monument de la bande dessinée que c’est, et le collectionneur que je suis, j’ai décidé de me lancer dedans, considérant que je me devais de l’avoir dans ma bédéthèque. Je me suis donc lancé dans la lecture chronologique de la série, bien sûr pas tout à la suite, mais de manière ponctuelle, un tome par ci un tome par-là entre la lecture d’autres séries, pour pas que cela ne devienne indigeste. Alors Bob est parfait. Bob a toujours raison. Bob est fort. Bob est respecté par tout le monde. Bob est très riche. Bob attire toutes les femmes. Bob peut tuer des gens, jamais la police ne l’arrête, car c’est pas grave si Bob tue quelqu’un. Bob a ce doux relent du sexiste paternaliste et appelle toutes les femmes « petite fille » (bah oui, c’est un homme, un vrai !). Bob a ce doux relent du colon blanc raciste paternaliste et bienveillant (bah oui, c’est un blanc, il sait ce qui est bon pour les autres, lui, car il est civilisé !). Bob est misogyne. Bob sait tout faire, mais absolument tout, il sait voyager dans le temps, aller dans l’espace, tuer des dinosaures, conduire tous les véhicules du monde, je mets quiconque au défi de trouver quelque chose qu’il ne maîtrise pas. Bob n’a aucun défaut (bah oui, il est parfait !). Bob a une chance incroyable, quand il a besoin de quelque chose, deux cases plus tard ça apparaît comme par magie. Bob est clairement un personnage d’un autre temps, d’une autre époque, d’une autre pensée, où ce qui faisait rêver les petits garçons (et petites filles ?) n’était clairement pas les mêmes choses qu’aujourd’hui. D’ailleurs je pense que jamais un album comme ça pourrait être publié aujourd’hui sans s’attirer les foudres des mouvements féministes et antiracisme. Alors pourquoi 5 étoiles ? Et carrément lui attribuer le niveau de culte à mes yeux ?? Car je m’attendais à une lecture ardue et rébarbative. Car j’ai eu la chance et la bonne idée de ne jamais en lire enfant, et que j’ai attendu d’avoir un œil de passionné de BD et des milliers de lectures derrière moi pour découvrir cette série. Le nombre de fois où j’ai rigolé tellement le scénario est caricatural et simpliste, où je me suis dit « Non, ils ont osé faire ça !! ». Et le plus dingue c’est que des années 1950 jusqu’aux années 2010, c’est aussi mal fait !!! Et pourtant, pourtant… Je me suis régalé, j’ai eu l’impression de voir une page de l’histoire de la bande dessinée, à chaque fois que je reprenais un album, j’avais une espèce de jubilation, en me demandant où j’allais partir cette fois. Dans l’espace ? Au moyen âge ? Dans un polar ? Dans une quête archéologique ? Peu importe, je sais que j’allais voir du pays, que dis-je du pays, de l’univers plutôt !! Bob est du coup à mes yeux un monument de l’histoire de la bande dessinée, qui, qu’on le veuille ou non, a une place énorme dans la culture bédéphile, combien de série peuvent se targuer d’avoir duré sur plus de 50 ans ? A lire, à découvrir, non pas en ayant les attentes d’un lecteur d’aujourd’hui, mais en la remettant bien dans son contexte, et prendre conscience comment notre société a évolué en 50 ans. Merci Bob ! Ta perfection de jadis a fait de toi une telle imperfection contemporaine que je me suis éclaté !
Bagarre érotique - Récits d'une travailleuse du sexe
Suite à l'avis de Cacal, je me suis plongé dans cette BD qui parle d'un sujet encore bien tabou et si clivant, la prostitution. Et alors là ... Je me suis réservé l'avis pour le 1.000e que je laisse sur ce site, parce qu'il le fallait. Cette BD est un chef-d’œuvre, cette BD est à lire, à acheter et à offrir ! Parce qu'elle contient tout et que c'est d'une pertinence rare ! Merde, l'auteure à 24 ans et elle est capable de nous pondre ça ! Mais bon, comme à chaque fois que j'aime une BD je m'emballe, commençons par le début et les défauts : cette BD n'est pas une BD. En tant que telle, il n'y a pratiquement jamais de juxtaposition d'images pour leur conférer un sens. C'est avant tout du texte, stylisé et mis en scène, avec quelques images qui servent de support ou d'ajouts. Donc en terme d'art narratif et de narration par l'image, c'est non. Deuxième point, le dessin est pas franchement beau ni particulièrement léché. On sent une certaine volonté très punk dans les représentations mais globalement ça serait assez difficile de le qualifier de beau. Après, il y a des visuels qui marquent plus d'une fois. Maintenant, le reste. Et là, je suis partisan de dire que c'est parfait ! Une démonstration rigoureuse, claire et précise de son propos. Lequel ? La prostitution, le féminisme, le capitalisme, les normes de genre, la sexualité, la masculinité, le patriarcat, la révolution ... Je m'emballe un poil, mais pour une fois, POUR UNE FOIS, que je lis un traité féministe qui montre justement comment cette lutte pour des droits passe par une lutte contre le capitalisme et des idéologies qu'on nous fourre dans le crane depuis l'enfance. Quelle belle idée, parler de pute pour parler de révolution ! Parce que si tout le monde a un avis sur elles, souvent sans les connaitre, je suis pratiquement certain que déconstruire notre avis sur elles est la clé pour déconstruire bien d'autres choses. J'ai listé en haut les thèmes que la BD aborde, mais c'est ahurissant de voir à quel point elle a tout lié de manière parfaitement fluide dans son propos et à quel point c'est marquant dans les phrases (c'est catchy !) et dans le déroulé. Je n'ai jamais senti de fabrication artificielle de son propos qui déroule tout naturellement l'argumentaire. Et quel plaisir de lire tant de critiques envers ce que je déteste tant, entre objectivisation des prostituées pour un combat ou un autre, réflexion sur la sexualité et les normes, le travail et le mode de vie, le rapport des genres et la construction sociale de ceux-ci ... Pour ma part, elle a prêché un converti (j'étais déjà bien plus ouvert sur la question de la prostitution suite à des échanges avec des femmes travaillant en tant que TDS) mais je suis tellement content de voir ça. De lire qu'il faut arrêter définitivement ce concours de quéquettes permanent entre hommes, qu'il faut laisser les femmes jouir librement comme elles l'entendent, qu'il faut déconstruire les genres et notre rapport au sexe ... Oui, je suis d'accord, la véritable révolution sexuelle n'a pas encore eu lieu et nous pouvons y arriver ! Je m'épanche, mais je dois surtout me contenir pour ne pas redire tout ce qui est contenu ici. Parce que Klou a fait parfaitement bien son travail, je dois juste dire : courrez le lire, remettez en question vos préjugés sur la prostitution (vous en avez, ne me faites pas croire le contraire), repensez votre sexualité et faisons enfin la révolution des mœurs, celle qui nous laissera tous plus libres et plus heureux ! Peut-être l’œuvre la plus révolutionnaire que j'ai vu publiée ces dernières années. Klou, si tu me lis, de la part d'un hétéréo-cis-blanc, merci, merci merci !
Siegfried
Par quoi commencer lorsque l'on souhaite rédiger un avis sur ce monstre, ce mutant, de la BD ? Peut-être par l'essentiel, à savoir l'émerveillement qui est le nôtre (en tout cas le mien) devant la qualité du dessin, et le talent de son auteur. Tout a déjà été dit à ce propos, mais oui, quel plaisir, parfois même quelle émotion, à regarder ces planches ! Toutes ne sont pas égales bien sûr, mais quand même la maîtrise graphique est remarquable, les couleurs sont souvent bluffantes et ont, la plupart du temps au moins, du sens, un vrai sens. Un peu comme la musique dans Il était une fois dans l'Ouest de Leone, chaque personnage a son propre thème supposé en souligner les caractéristiques. Ici, il en va de même, on suit les personnages, mais aussi leurs humeurs, et les sentiments qui les assaillent grâce également aux couleurs. Cela vient se rajouter aux images, aux scènes dessinées, comme un niveau supplémentaire de communication. C'est très graphique, très cinématographique, et donc,....même un peu plus. Cela va d'ailleurs m'amener directement à un autre point qui est, pour moi, essentiel dans ce triptyque, c'est le souci du détail, et les innombrables questionnements et choix faits en amont, avant de décider de telle couleur, de tel angle de vue, de telle ellipse dans la narration. Bref, on sent, non seulement un talent graphique renversant, mais aussi, et ce n'est pas rien, une vraie réflexion, une vraie démarche artistique, à laquelle chacun sera libre, ou non, d'adhérer, bien sûr. Et puis, pour finir sur ce dessin, l'auteur s''autorise beaucoup de libertés, les planches sont parfois réduites à presque rien, une couleur, et quelques mots (ce qui surprend, et pourra même un peu agacer, je l'entends parfaitement), mais cela vient en contrepoint à tous les autres moments, lorsque ces mêmes planches explosent de richesse et de détails, sur une, ou même deux pages. Et évidemment, évidemment, comment ne pas penser à philippe Druillet lorsque l'on pose les yeux sur tout ça? Bien sûr le dessin lui même, certaines formes là, certains détails ici, mais aussi, cette volonté de faire exploser les codes. Le traditionnel gaufrier d'une page ne peut suffire à ce qui va au delà du simple récit d'heroic-fantasy (ce que, pour moi, cette adaptation n'est pas ! Je pense que c'est une erreur de la considérer comme telle), on est au delà de ça, presque dans la représentation d'une cosmogonie (après tout, le héros est bien en quête d'un monde, celui des hommes). Les choses ne sont pas déstructurées juste par plaisir, ou pour impressionner, non, une fois encore cela fait sens, cela vient accompagner et enrichir l'expérience du lecteur. Encore une fois, tout à été pensé. Comme cette manière de faire des ellipses, de casser la temporalité dans la narration, le lecteur est (presque) autant submergé, et perdu que son héros, découvrant, avec de grands yeux ébahis, ce qui lui arrive (je laisse le sujet de la dernière partie de la phrase volontairement flou, car, après tout, à qui cette incroyable aventure arrive-telle vraiment ? ) Cette histoire est véritablement ébouriffante, sur la forme comme sur le fond, sans qu'il n'y ait véritablement besoin de suspense, toutes ces grandes quêtes, ces récits mythologiques (on pense ici presque autant à la Völsunga saga scandinave, au Niebelungenlied, le chant original des Niebelungen qu'à la tétralogie de Wagner qui ne sert finalement presque que de support à l'ensemble). L'auteur parle lui-même d'une adaptation libre, il y a un mélange de noms germaniques et scandinaves, et la fin est une interprétation toute personnelle, donc, on choisit un univers dans lequel on veut évoluer, mais après, une fois encore, on s'accorde beaucoup de libertés, et c'est tant mieux ! Et les reproches dans tout ça ? Je vais aller très vite, parce que je me suis déjà largement laissé emporter par mon enthousiasme, il y en a bien sûr quelques uns. Certains dialogues, et, pour ce qui me concerne, surtout le personnage de Mime qui, au départ au moins, semble peu en rapport avec le reste de l'univers présenté. Même sur un plan graphique (les gros plans sur son visage, et ses yeux...), il y a presqu'un côté un peu comique au début qui me semble être en décalage. Mais là, aussi, tour de force quand même, dans les deux derniers tomes, et plus spécifiquement le dernier, l'ambivalence du personnage, ses tiraillements prennent de l'ampleur, il devient tout à fait autre chose qu'un sidekick, qu'un simple faire-valoir. Du coup, j'évalue le scénario, les dialogues, etc, en attribuant un 4,5/5. Mais bien évidemment, pour ce qui me concerne, le dessin valant un bon 6 ou 7/ 5 (!!??), je ne peux décemment pas attribuer une autre note que la note maximale à l'ensemble. Voilà...., pardon pour la longueur !!
La Longue Marche des Dindes
J'ai passé un excellent moment de lecture en accompagnant Simon et ses dindes à travers le Missouri et le Kansas. Je n'ai pas lu le roman de Kathleen Karr mais la série m'a franchement donné envie de le mettre entre les mains de mes enfants. Je me suis retrouvé plongé dans une aventure à la Tom Sawyer très originale et porteuse de valeurs que je partage. Les autrices ne se contentent pas de faire une pâle copie de Mark Twain mais elles y ajoutent une touche de fraicheur et d'inventivité très agréable. Pour sa première incursion dans le monde de la jeunesse Léonie Bischoff réussit un chef d'oeuvre à la fois dans la fluidité du récit, la profondeur des personnages, le découpage des rebondissements et l'équilibre du récit entre émotions et suspens. Bischoff réussit à rendre cette atmosphère des pionniers américains qui ont souvent atteint l'impossible grâce à leur courage et une confiance en leurs talents. Pour autant le roman ne tombe pas dans la mièvrerie en soulignant les points sombres de cette période : l'esclavagisme, les massacres et spoliations des Indiens et la violence entre Blancs prêts à toutes les injustices pour quelques dollars de plus. Le graphisme de l'auteure est parfait pour son public cible. De plus il ne tombe pas dans la facilité d'un standard de l'animation ce qui rend la série aussi très intéressante au niveau du dessin. Le très bon découpage facilite la lecture. On y trouve des séquences dynamiques avec les personnages, entrecoupées de cartes qui fixent la progression du voyage et de magnifiques pleines pages qui ajoutent une touche de poésie au récit. La mise en couleur avec toute une gamme de tons pastels très doux complètent avec bonheur un récit vivant et équilibré. Une oeuvre qui rend joyeux avec une lecture que je n'oublierai pas de sitôt. Un exemple de la très bonne qualité possible en direction d'un jeune public dans une oeuvre qui mixte originalité, valeurs, humour et agrément tout en évitant les clichés moralisateurs. Un prix angoumois bien mérité.
Le Troisième Oeil
Franchement génial ! La qualité des dessins de Ledroit est bien là, comme je l'avais aimé dans Requiem ! Le scénario est top, sur un fond de vérité ésotérique et géopolitique, il nous emmène dans les limbes d'une humanité décadente où sont glorifiés partout des célébrités et politiciens honteux ! J'ai lu les 2 albums d'une traite, et j'ai hâte de lire la suite ! A voir les autres commentaires, apparemment on aime ou on n'aime pas, mais je pense qu'il faut, pour l'apprécier, une certaine ouverture d'esprit au monde tel qu'il est vraiment. Sans partir dans le New age à deux balles, je dirais qu'il faut avoir une certaine ouverture de conscience pour l'apprécier.
Muhammad Ali
J'ai vraiment été très impressionné par la construction de cette biographie de Mohamed Ali. 120 pages construites à la manière d'un documentaire vivant et créant une prodigieuse proximité entre le lectorat et les personnages. J'ai de la famille à Louisville Ky, et j'ai eu l'occasion de visiter le très beau musée dédié au légendaire boxeur de la ville. Sibylle Titeux réussit admirablement bien à faire comprendre la singularité historique du personnage de Ali. Sa synthèse biographique trouve le juste équilibre entre la complémentarité de l'aspect sportif et de l'aspect politique du jeune homme. Sa construction très aboutie permettra probablement de comprendre pourquoi Ali est un sportif unique et que son titre d'athlète du siècle n'est pas usurpé. Comme le souligne Mac Arthur dans son avis à une autre époque, dans un autre lieu mais aussi avec une autre technique, et d'autres influences Ali n'aurait pas fait l'Histoire comme on peut le comprendre avec le recul des décennies. Sybille favorise l'historique à la fiction dans son récit. De plus l'autrice propose une narration qui m'a pris au corps à corps. Cet emploi du "Tu" m'a interpellé puis m'a rendu le personnage d'Ali vivant et amical. Comment pourrait-il en être autrement tellement la personne d'Ali est attachante. L'autrice ne cache pas certains jugements assez contestables d'Ali quand il rejoint la NOI (Nation Of Islam) mais elle les met en perspective avec l'influence énorme de ses autres décisions très courageuses (insoumission, conversion, générosité) qui auraient pu lui coûter la vie et celles de ses proches. Titeux réussit la prouesse de montrer que dans un contexte de grande violence (la boxe, le Vietnam, la lutte des droits civiques, la décolonisation) et une parole souvent excessive, Ali a toujours été un grand artisan de paix. D'une manière moins conventionnelle il a sa place auprès de MLK ou de Mandela que l'on croise dans l'album. Le graphisme de Amazing Ameziane me rappelle celui de Séra dans ses ouvrages documentaires sur le Cambodge. Une proposition très réaliste qui fait intervenir de multiples types d'illustrations : des strips, des affiches, des reprises de photos célèbres ou des portraits aux regards profonds qui annoncent des combats d'un dynamisme inouï dans l'expression de la violence. Une excellente synthèse pour comprendre l'impact d'Ali dans ces décennies un ouvrage d'une humanité et d'une justesse rare.
Les Arcanes de la Lune Noire
Avec les Chroniques de la Lune Noire, la série originelle, ces préquels basés sur les personnages secondaires sont tout bonnement de petites pépites pour les fans de la série comme pour les lecteurs qui la découvriraient seulement maintenant... J'espère sincèrement qu'il y aura encore quelques tomes de prévus, afin d'étoffer encore un peu cet univers déjà tellement riche et séduisant! Un must selon moi! ;-)
Alex et Euréka
Ma série préférée à l'époque et encore maintenant !! Les dessins parfaits , l’ambiance, l'humour ... c'est dingue ! Mon préféré : "Ramula est là"