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Couverture de la série Le Vagabond des Étoiles
Le Vagabond des Étoiles

Intrigante, frappante, saisissante, remarquable, marquante, il y avait longtemps qu'une bd ne m'avait autant transporté. Cette adaptation d'une œuvre de Jack London est magistralement réalisée par Riff Reb's. Décidément, le bonhomme sait y faire, et il met au service de cette œuvre toute la puissance de son trait, qui rend à merveille des personnages âpres, durs. Sa colorisation, encore une fois, est magistrale. Il utilise à perfection la bichromie. Non seulement le résultat est beau, mais en plus elle change selon le fil narratif, participant ainsi pleinement à la narration. Cet écrin graphique illustre une histoire révoltante et fascinante. Révoltante parce que les traitements réservés aux prisonniers relèvent de la torture pure et simple. Jack London sait présenter les choses de façon remarquablement convaincante. Aucun des personnages de cet univers carcéral n'est, même de loin, sympathique. Darrel Standing non plus, d'une intransigeance totale, d'une arrogance folle et d'une absence de tact confinant à la sociopathie. Et cependant, il est impossible cautionner ce qu'on lui inflige. Fascinante parce que Darrel Standing, s'échappant de son quotidien insupportable par une forme d'autohypnose, pense se souvenir de vies passées. Ces histoires se déroulant à travers toute l'histoire de l'humanité, sont partielles. Toutes sont dures, âpres, cruelles, et pourtant fascinantes. Résultat de son imagination ou souvenirs de ses réincarnations ? Le lecteur choisira son interprétation. A la lecture de ce plaidoyer contre des conditions de détention indignes, contre la peine de mort, contre la bêtise humaine, mais aussi pour la fraternité humaine, on ne peut rester insensible. Le temps qui me sépare de la corde m'est désormais compté. De toutes mes incarnations passées, je ne vous en aurai fait goûter que quelques instants. Il se trouve que Jack London est mort l'année suivant la parution du "Vagabond des étoiles". Sans cela, que d'histoires aurait-il encore pu nous laisser ! Note réelle : 4,5 / 5, mais je pousse avec plaisir jusqu'à 5.

09/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Inner City Romance
Inner City Romance

C'est probablement le premier Comics underground que je lis et je suis probablement aux antipodes de certaines convictions de Guy Colwell mais j'ai été fasciné par la puissance qui se dégageait du message de Inner City Romance. Si vous voulez vous plonger dans ce que signifie l'esprit 70 du slogan "Sexe, Drogue et Rock'n roll" il faut lire cet ouvrage publié entre 72 et 78. Loin de moi de faire la promotion de l'usage de stupéfiants que Colwell décrit bien comme un poison. Mais ces publications ont fait date et je le comprends. Ainsi mettre cinq étoiles à cette œuvre qui fut culte en son temps pourra en choquer plusieurs mais cette série fait partie de l'histoire du Comics à côté de celles de Crumb et autres auteurs du genre. Si Colwell reprend les codes de l'underground : drogue, sexualité libre et exposée, critique des violences policières, la singularité de son œuvre est de témoigner de l'univers carcéral et de la culture Afro-Américaine de l'intérieur. Son insoumission contre son engagement au Vietnam l'a conduit deux ans en prison et le fait passer du Flower Power déclinant à une contre-culture révolutionnaire qui hésite à la violence armée. Colwell, enfant de Berkeley élevé à la non-violence et "ami des ... Afro-Américains" en prison donne la première place à la lutte des Afro-Américains mais souligne le peu de succès de l'action violente quand le père et le fils sont abattus aux portes de la prison. De même si la sexualité explicite est très présente dans ses récits, Colwell prend le contrepied de ses collègues sur l'image de la femme. Quand James qui sort de prison quitte ses potes (un Blanc et un Noir) qui se défoncent à l'acide avec des prostituées c'est pour écouter le discours d'une militante : "mais il faut que tu saches que si ce type fait le mac et vend du poison dans la communauté, il n'est pas des nôtres." Inner City Romance me parle beaucoup car il renvoie à une décennie charnière où un ordre établi qu'il soit social, sociétal ou racial est en train de se déconstruire sans que l'on sache ce qui va naître. Le graphisme de Colwell est à l'image de son message : provocateur. Ses visages tordus, ses traits imparfaits se veulent une représentation de la dure réalité mais aussi d'une vision déformée par l'usage des drogues. L'auteur ne cache rien, de la prostituée qui se pique dans la jambe "pour garder de jolis bras" au couple âgé afro-américain qui copule, puis il nous expose une séance de douches carcérales entre rêve et cauchemar. C'est peut-être de la production intello mais c'est fait avec les tripes du vécu. À découvrir pour se faire son jugement sur une œuvre très particulière et dont la vitalité n'a pas vieilli.

01/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Béatrice (Mertens)
Béatrice (Mertens)

Enfin une vraie BD, et pas l'illustration d'une histoire racontée par ailleurs ou une démonstration graphique de combats et de violence. La créativité du scénario et les états émotionnels de l'héroïne sont un émerveillement constant et ô combien réaliste . Cela fait longtemps que je n'ai pas lu une BD aussi accomplie.

30/08/2023 (modifier)
Couverture de la série Kongo
Kongo

Cette lecture est éprouvante mais vraiment fondamentale. En effet les massacres congolais du temps de Léopold n'est pas une thématique si fréquemment développée par les auteurs du franco-belge. À croire que c'est un sujet tabou que de rendre justice à la mémoire des millions de Congolais tués par des colons belges et français avides de richesses. Atrocités couvertes par une myopie hypocrite parmi les plus meurtrières de l'histoire. Perrissin reprend avec justesse le terrible récit de Joseph Conrad qui a témoigné des atrocités entrevues lors de son engagement au Bakongo. J'avais croisé une nouvelle de Conrad (un avant-poste du progrès) issue du même périple dans Visions d'Afrique mais interprétée par des auteurs Franco-Africains. Les deux récits se ressemblent beaucoup tellement ils dégagent une atmosphère lourde d'horreurs et d'oubli pour les victimes. Le scénario de Perrissin est cadré par le texte de Conrad. La difficulté majeure est de rester dans l'esprit du temps de l'écrivain. D'où l'importance des passages intimistes où Korn se retrouve face à lui-même ou à sa tante sans faux semblant sur ses faiblesses. Perrissin respecte le texte sans s'aventurer sur des extrapolations hasardeuses. Ici point de caoutchouc mais un pillage de l'ivoire à n'importe quel prix. Perrissin n'attaque pas un système colonial issue d'une administration illégitime puisqu'elle n'existait pratiquement pas à ce moment. Sa critique va au delà, en attaquant le racisme issu de cette pensée que l'Européen blanc avait tout pouvoir dans sa mission civilisatrice. C'est cette idée criminelle qui a autorisé "les Stanley en carton bouilli, les sordides aventuriers, les téméraires sans vaillance, les cupides sans audace les cruels sans courage à arracher les richesses des entrailles du Congo" et de toute l'Afrique. Le crime se double du silence et du déni qui ont longtemps accompagné ces meurtres dans un mépris des victimes assez inhumain. Le graphisme de Tirabosco travaille un N&B qui rend l’atmosphère étouffante du climat et des pensées véhiculées par les colons. Le découpage rend la lecture très fluide et facile. L'ambiance sordide du "Roi des Belges" est magnifiquement rendue par des clairs obscurs qui révèlent les zones sombres des personnages. Une lecture de mémoire que j'ai beaucoup apprécié même si c'est un récit éprouvant en de nombreux passages.

21/08/2023 (modifier)
Couverture de la série Comment faire fortune en juin 40
Comment faire fortune en juin 40

J'ai beaucoup aimé cette lecture divertissante qui mène un train d'enfer. Je n'ai pas vu "de l'or pour les braves" et perso le scénario de Nury/Dorison m'a bien plus renvoyé vers un cinéma de type "Un taxi pour Tobrouk" ou "Le salaire de la peur" (où le personnage de l'allemand Kurtz a pleinement sa place dans un esprit de réconciliation). Ce qui part sur un scénario mille fois vu du braquage convenu, s'écarte justement de cette vision hollywoodienne type Ocean par des péripéties qui remettent tout en cause d'une planche à l'autre. Les dialogues sont très affutés en hommage aux répliques cultes d'un Maurice Biraud ou d'un Lino Ventura de la grande époque. Fabien Nury a cette capacité à créer du nouveau de grande qualité ce qui rend ses oeuvres de plus en plus incontournables. Bien sûr il faut accepter l'excessif du genre (une petite place à Hollywood ?) qui appuie sur le spectaculaire et le sensationnel. Ce n'est pas ma partie préférée mais elle s'inscrit bien dans la fluidité du scénario. Les dessins de Laurent Astier et les couleurs de Laurence Croix travaillent aussi à mes yeux vers un dynamisme très Comics. Cette succession de pages blanches et de pages noires ne réunit-elle pas ces deux interprétations (BD/Comics) d'un récit d'aventure. Une lecture très agréable pour un divertissement de très bonne qualité ouvert à un large public. Pour conclure je reprends la dernière planche de l'album 'Et, par pur patriotisme, ils débarquèrent." renvoie à Charles Aznavour et Maurice Biraud qui répondent à Lino "... Faites semblant de croire que c'était du patriotisme... C'était de l'ambition." "L'esprit petit bourgeois, la sécurité de la gamelle.' Du grand Michel Audiard, je ne peux pas faire meilleur compliment aux auteurs.

20/08/2023 (modifier)
Couverture de la série Calvin et Hobbes
Calvin et Hobbes

J 'ai trois albums qui trainaient sur mon bureau depuis des mois sans qu'une envie folle me décide à les ouvrir. Je ne suis pas grand amateur de strips. L'humour est un domaine bien particulier et très perso et le nombre vertigineux de 5 me rend plus méfiant qu'autre chose. J'avais raison de ne pas me presser car après quelques lectures assez décevantes Bill Watterson m'a redonné de l'envie à la lecture de si nombreuses séries. J'ai avalé les trois albums d'un jet ce qui ne m'arrive jamais pour ce type de création où l'effet répétitif apporte de la lassitude. Mais le duo de Calvin et de son tigre est tellement rafraichissant et intelligent que j'ai eu un sentiment d'émerveillement durant toute ma lecture. Pour le graphisme tout d'abord que je trouve à la fois économe et riche à travers ce N&B qui souligne les expressions, les contrastes et le dynamisme des personnages. Ensuite j'ai trouvé que le message de Watterson possédait une valeur universelle et que les interventions de Calvin réelles ou de son imagination dévoilaient une justesse de vue sur notre monde. Tout se joue avant six ans nous disent les pédiatres. C'est un peu le message que je retiens des strips de Watterson dans la création des liens que l'on peut avoir avec ses parents, ses enfants, ses amis ou la nature. C'est dit avec beaucoup de poésie, d'intelligence et d'humilité. Watterson avait quelque chose à dire, il l'a magnifiquement fait sans vouloir en profiter d'une manière abusivement commerciale. Un peu comme un vaccin que l'on devrait fournir presque gracieusement tellement c'est important pour la communauté. Une superbe lecture.

19/08/2023 (modifier)
Couverture de la série Ralph Azham
Ralph Azham

J’adore cette série, du Trondheim en grande forme !! L’auteur s’amuse avec les codes de l’heroic-fantasy (pouvoirs, élu…) pour nous proposer une histoire tout public, divertissante, drôle, légère, qui ne manque pas de profondeur et qui possède sa petite part de noirceur. Un beau numéro d’équilibriste, je suis devenu complètement addict dès le tome 2, l’univers ne cesse de s’enrichir au fil des parutions, on a hâte de découvrir les objets magiques et autres lieux de ce monde. Ralph est un « looser » très attachant, j’aime particulièrement son évolution et sa relative nonchalance affichée au cours de son aventure, les problèmes et responsabilités ne cessant de s’accroître. C’est rempli de personnages réussis (Zania, le père, Yassou…) et de punchlines ou de situations cultes. La série ne souffrira d’aucun ventre mou, chaque tome est réussi et la fin, au ton bien moins insouciant que les débuts, me convient tout à fait. Niveau graphisme, c’est ce que j’ai vu de plus beau de l’auteur, alors que ce dernier use de son style classique animalier, le tout est franchement sublimé par les couleurs de Brigitte Findakly, elles participent grandement au plaisir de lecture. A mes yeux, Trondheim s’est surpassé, alors que les ingrédients sont sans surprise, il nous sert une recette dont il a le secret. Je relis à chaque fois avec délectation, au final un classique de mes étagères.

17/08/2023 (modifier)
Couverture de la série Le Massacre
Le Massacre

J'ai dévoré cet album de Simon Hureau avec un grand plaisir. On retrouve deux thématiques chères à l'auteur son amour de la faune et son attirance pour la péninsule indochinoise avec son histoire tragique. A travers les personnages farfelus de Magloire et de Limul, l'auteur construit un scénario très élaboré et captif sur la douloureuse histoire du Cambodge/Kampuchea démocratique. Hureau parvient à traiter d'un façon faussement légère le récit d'une triple disparition. Disparition du Kouprey, disparition de civilisation ancestrale cambodgienne et disparition d'une grande partie de la population du pays. Hureau nous montre très finement que ces disparitions ont pour origines la colonisation et les effets de réactions qu'elle a pu provoquer. L'auteur n'attaque pas directement le système colonial mais laisse au lecteur le soin de comprendre la perversité que le système a pu introduire. J'ai trouvé le scénario brillant dans cette lecture historique en backstage des événements indochinois. C'est très habilement mené avec une narration très fluide et avec de nombreux rebondissements. Hureau réussit même à introduire une dose d'humour. Je fais un aparté sur un passage qui illustre cette subtilité de la présentation de Simon Hureau. L'épisode des enchères peut être lu comme une transcription excitante du duel entre les deux acquéreurs potentiels. Cela commence doucement par des dizaines pour finir dans la folie des chiffres ahurissants de centaines de mille pour finir au nombre clé qui éclaire la signification cachée de la scène. Hureau enfonce alors le clou avec un cynisme qui fait froid dans le dos en nous renvoyant aux francs CFA et donc aux morts de l'esclavage ou de la colonisation africaine. Jamais je n'oublierai ce passage. Je suis un grand fan du graphisme de Simon Hureau. Il est un maître dans l'expression des détails de la faune et de la flore mais aussi des architectures et des objets. Les ambiances du Palais de Limul Goma mais aussi des paillottes cambodgiennes renvoient à deux univers aux antipodes mais qui possèdent chacun leurs richesses. J'ai toujours été marqué par le génocide du Kampuchea. Pol Pot a fait une partie de ses études à Paris. Que le système étudiant français n'ait pas pu empêcher la formation d'un tel monstre m'a toujours traumatisé. Les ouvrages qui rappellent la mémoire des victimes, hommes ou animales, de systèmes iniques et criminels sont toujours précieux. "Le massacre" en fait partie.

15/08/2023 (modifier)
Par Sacha
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Château des Animaux
Le Château des Animaux

En magasin la première de couverture m'a captivité et la lecture était passionnante ! La morale, les idées démocratiques, sociales et solidaires me fascinent ! Le fait de dénoncer la dictature, la corruption tout en écrivant une histoire aussi follement captivante, incroyable !

10/08/2023 (modifier)
Couverture de la série De Cape et de Crocs
De Cape et de Crocs

J'ai gardé la série d'Ayrolles et de Masbou pour mon avis numéro 1000. C'est bien le moins que je pouvais faire pour remercier les auteurs de l'excellent moment de lecture qu'ils m'ont procuré. Parmi les douze albums, comme les douze pieds d'un alexandrin, je n'ai pas trouvé beaucoup de faiblesses. Certain liront une petite longueur à l'hémistiche de la série comme une petite pause dans ce combat fantaisiste. De la fantaisie, les auteurs nous en procurent dès le début du récit mélangeant les styles, les genres, les références dans un tourbillon de mots, de sons, d'images et de couleurs digne d'un feu d'artifice du roi Lune. Un roi Lune à deux visages comme le prouve une réflexion assez subtile d'Ayroles sur le Grand Siècle. Un siècle et un roi qui nous laissera en héritage la langue de Molière ou Racine, la somptuosité des architectures mais aussi le Code Noir ou des conquêtes meurtrières. Au contraire de certains je ne me suis pas lassé de l'utilisation des alexandrins. Une fois rentré dans la musique du verset, cela procure un rythme qui accompagne harmonieusement la gestuelle de nos héros. Les auteurs n'oublient aucun art dans le voyage de Lope et d'Armand (et moi ! dit Eusèbe). Ils n'oublient ni la danse, ni la peinture, ni la rhétorique ou l'astronomie ni bien sûr le théâtre. "Clame Eugénie ta mélodie, terrible et polonaise, uphonie calculée !" semblent nous murmurer les auteurs du toit de l'Olympe angoumoise. J'ai lu cette série comme un hommage vibrant à la création, à toutes les créations, derrière une façade de fantaisie calculée. J'ai beaucoup aimé les deux derniers épisodes qui nous renvoient aux réalités quotidiennes et à la contingence. Le graphisme de Masbou soutient particulièrement bien le rythme du récit. Les mimiques des personnages apportent un humour, une tendresse et une profondeur qui ont accompagné toute ma lecture. Le choix de Guy Delorme est une trouvaille qui rend hommage à tous ces rôles de méchants qui donnent une véritable épaisseur à tous les héros de la littérature. Chaque opus propose un univers graphique nouveau et cela enrichit la série comme nulle autre. La mise en couleur est un régal de contraste ou de luminosité. La poésie est musique et danse, elle est née d'un retournement (versus) interdit, c'est une boucle qui ne nous lâche plus et la chute du tome 12 nous le rappelle... avec panache.

08/08/2023 (modifier)