Le Vagabond des Étoiles

Note: 4/5
(4/5 pour 5 avis)

Oscillant entre réalisme et fantastique, ce roman remarquablement adapté par Riff Reb's s'impose à la fois comme un procès contre l'univers carcéral et un hommage à la puissance de l'imaginaire.


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San Quentin. Dans la prison d'État de Californie, Darrell Standing, ingénieur agronome, s'apprête à être pendu. Pour supporter les tortures que lui infligent les geôliers, il s'évade au gré de voyages astraux dans des vies passées. Il se retrouve sous les traits du comte Guillaume de Sainte-Maure au coeur du Paris de Louis XIII ; sous ceux d'un enfant sur les pistes de la conquête de l'Ouest ; en ermite hystérique ; en migrante irlandaise ; ou encore en Viking devenu soldat romain...

Scénariste
Auteur oeuvre originale
Dessinateur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 23 Octobre 2019
Statut histoire Série en cours (2) 1 tome paru
Dernière parution : Moins d'un an
Couverture de la série Le Vagabond des Étoiles
Les notes (5)
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24/10/2019 | Jetjet
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Par Blue boy
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
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Avec sa version du « Loup des mers » parue il y a sept ans, Riff Reb’s nous avait totalement subjugués. Allait-il récidiver avec « Le Vagabond des étoiles » ? Cela semble en tout cas extrêmement bien parti, à la seule lecture de cette première partie d’un diptyque annoncé… Comme pour la précédente adaptation de London, le premier choc est visuel. La puissance du trait ardent de l’auteur havrais, alliée à un encrage soutenu qui vient creuser les visages, exprime très bien l’âpreté du monde décrit ici. Le côté oppressant de l’univers carcéral où croupit Darell Standing cloue le lecteur sur place et le traverse jusque dans ses veines. La camisole de force de Standing, c’est la nôtre, et on souffre avec lui. Et puis il y a ces voyages cosmiques salutaires, magnifiquement mis en images, qui permettent au prisonnier, par une technique d’autohypnose, d’oublier la douleur et de s’évader vers les mondes de l’esprit et du souvenir, et, dans un deuxième temps, de revivre ses multiples vies antérieures. Mais ces échappées immobiles ne font que renforcer la rage des gardiens, déconcertés par la capacité de résistance de Standing, obligés de resserrer toujours davantage les liens de son habit suppliciant, sous le regard narquois de leur souffre-douleur. Une fois de plus, les variations de bichromie au fil des pages fonctionnent parfaitement. C’en est tellement devenu la marque de fabrique de Riff Reb’s qu’une colorisation traditionnelle apparaîtrait presque déplacée. Plusieurs choses rendent l’histoire captivante : sous-tendue dès le début du livre par le mystère du meurtre commis par Darrel Standing, « victime » de ses « colères rouges », elle porte sur la captivité de ce dernier dans des conditions épouvantables, suite à la trahison d’un autre prisonnier prêt à tout pour raccourcir sa peine. Vient ensuite le temps du désespoir et de la mort imminente qui précéderont la découverte providentielle de l’autohypnose, moyen de survie et porte d’entrée vers ses pérégrinations mentales. Autant d’éléments qui suffisent à tenir le lecteur en haleine. Et le talent de conteur de Riff Reb’s de faire le reste pour ce qui se révèle être une ode formidable à l’imagination. Paradoxalement, Jack London était athée et ne croyait donc pas à la vie après la mort, ce qui peut surprendre. En revanche, l’auteur américain combattait l’injustice et, ayant connu lui-même la brutalité dans les prisons pour « délit de vagabondage », réussit avec à ce roman à faire interdire la camisole pour les prisonniers de droits communs aux Etats-Unis. Grâce à toutes les qualités énoncées plus haut, ce premier volet du « Vagabond des étoiles », dont on a évidemment la plus grande hâte de connaître la suite, s’impose incontestablement comme l’un des must de l’année.

10/11/2019 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
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Ahhhh retrouver Riff Reb's et son sublime graphisme s'attaquant de nouveau à une adaptation de Jack London ! Moi qui était tombé sous le charme envoutant de son album Le Loup des Mers (je vous renvoie à l'interview que j'avais réalisée à Angoulême il y quelques années), j'étais impatient de me laisser griser par ce nouvel album. Riff Reb's s'attaque donc cette fois-ci au roman "Le Vagabond des Étoiles" qui nous raconte la vie de Darell Standing, condamné à mort pour le meurtre d'un professeur d'université. C'est depuis sa cellule qu'il nous fait le récit de sa vie, de pourquoi il est arrivé ici et du curieux pouvoir qui l'habite... Sans trop en révéler pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, ce "pouvoir" nous permet d'éviter un huis clos qui aurait vite tourné en rond et de nous faire voyager à travers le temps et l'espace et de donner à l'auteur toute la marge nécessaire pour déployer son talent et nous offrir des planches somptueuses. Putain qu'est-ce que c'est beau ! Cette maitrise de la bichromie où s'invite parfois à bon escient une couleur supplémentaire le temps d'une case ou d'une pleine page !!! On est vite happé par le récit et la maîtrise de la narration est parfaite. Pas de temps mort, tellement, qu'arrivé à la fin de l'album la frustration est grande en se rappelant que ce n'est que la première partie de l'histoire... LA SUITE BORDEL !!! Allez Riff, t'as intérêt à jouer les forçats pour nous sortir cette suite le plus rapidement possible !!!

05/11/2019 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5
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Encore une fois je ne peux que plussoir aux avis précédents, Mr Riff Reb's est un tout grand de la bande dessinée. Son graphisme est singulier, reconnaissable entre mille. Après sa trilogie sur le monde marin voilà qu'ici il nous propose un autre voyage, celui de l'âme humaine et ses tréfonds. Librement inspiré de Jack London, et oui celui-ci n'est pas que l'auteur de "Croc Blanc", il s'empare de ce roman qui si l'on y réfléchit bien est une sorte d'attaque en règle du système carcéral, de la bêtise humaine. Certes Darrel Standing est loin d'être un saint, il a quand même commis un meurtre, sa manière d'entrer en relation avec la hiérarchie de la prison de Saint Quentin n'en fait pas le plus grand diplomate du monde, son orgueil est immense et va lui coûter bien cher. S'ensuivent alors plusieurs planches qui nous montrent avec quelle abjection les gardiens se chargent de casser un homme, de lui enseigner des valeurs qui n'ont aucun sens dans ce milieu. Cassé physiquement à cause de la punition dite de la "camisole", Standing n'aura d'autres moyens pour s'évader que de faire appel à son cerveau que l'on qualifierait aujourd'hui d’analytique. Dans sa cellule Standing va trouver le moyen de s'évader pour retrouver des moments de vies antérieures qui vont l'aider à supporter l’insupportable. J'attends avec impatience la suite de cette histoire magnifiquement adaptée par Riff Reb's. Adaptation et graphisme sont à l'unisson, bravo j'en redemande.

03/11/2019 (modifier)
Par pol
Note: 3/5
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Les yeux des amateurs de Riff Reb’s vont pouvoir s’émerveiller une nouvelle fois. En effet on retrouve le même style graphique qui avait gâté nos pupilles dans Le Loup des Mers. Un trait net et précis autant efficace sur les décors que sur les personnages. Le tout est bien sûr accompagné d’une colorisation en bichromie, qui fait également mouche. Bref visuellement tous les ingrédients sont là et c’est un plaisir de tourner les pages de cet album.  Coté histoire, le narrateur nous conte son récit depuis le fond de sa cellule, en attendant son exécution. Pourquoi est-il enfermé là ? Et qu’a t-il fait de pire pour être condamné à la peine capitale ? C’est l’enjeu de son histoire. Les détails sont donnés au compte-goutte au fil des chapitres. J’avoue que le début a attisé ma curiosité et j’avais hâte d’en apprendre plus sur la vie de ce mystérieux personnage. Mais tous les chapitres ne m’ont pas intéressé de la même manière. Il y a des passages assez puissants sur les sévices subis par le prisonnier. Les séances de camisole ou d'enfermement au cachot sont saisissantes.  Mais par ailleurs, il y a quelques longueurs, quelques passages qui ne nous apprennent pas grand-chose. Ils ont certes leur importance dans le background, ils donnent des éléments sur la psychologie de notre bonhomme, mais j’avais envie d’aller un peu plus vite. Il y a quelques passages où on ne sait pas trop si notre héros rêve ou si il revit des vies antérieures. J’ai trouvé ça un peu étrange.  Au final c’est pas mal, il va falloir attendre le second tome pour connaitre le fin mot de l’histoire.

24/10/2019 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Riff Reb's est un peu un cas d'école dans le monde de la bd franco-belge. Artiste complet et inspiré, il délivre un dessin puissant au service bien souvent d'adaptations d'aventures et poétiques comme ce fut déjà le cas précédemment avec Le Loup des Mers et A bord de l'Etoile Matutine qui eurent de jolis succès critiques et commerciaux à leur sortie et hissèrent l'auteur au rang des incontournables. Ce Vagabond des étoiles est à nouveau une preuve éclatante du travail graphique de Riff Reb's mais également de son adaptation d'une autre oeuvre très connue de Jack London. Il n'était pourtant pas si simple de mettre en images un univers carcéral américain du XIXème siècle aussi extrême et pénible. En effet, si pas une seule goutte de sang ne transparaît sur les images, la violence des propos et de la situation peut rendre la lecture anxiogène ou rédhibitoire. Par chance, il n'en sera rien. La puissance des mots de London couplé à un dessin expressif assurent une lecture aisée et paradoxalement agréable. On n'a de cesse de lire et tourner les pages pour en observer la folie des hommes mais également se régaler d'un découpage intelligent en courts chapitres distincts. Il est également à noter comme pour ses œuvres précédentes que Riff Reb's continue d'associer chaque partie de son récit avec une colorisation qui lui est propre. Du grand art. Tout au plus pourrait-on reprocher les parties imaginaires que le narrateur s'invente par ses évasions astrales pour échapper aux tortures de ses geôliers. En effet si elles constituent la partie "fantastique" de l'oeuvre originale, elles coupent un peu pied à la trame principale. Nul reproche à Riff Rebb's cependant car c'est le propos de Jack London qui est ici retranscrit. C'est dire si Riff Reb's a su une fois de plus nous régaler de son découpage dynamique. Voici bien une oeuvre de référence en terme d'adaptation appropriée et réussie. Le seul reproche est finalement purement éditorial : pourquoi avoir scindé cette histoire puissante en 2 livres ? Vite la suite pour se régaler à nouveau !!!

24/10/2019 (modifier)