J'ai longtemps été frustré car ma bibliothèque municipale ne possédait que le tome 1 de la série. L'excellent avis de Gruizzli m'a décidé à acheter l'intégrale et je ne le regrette pas.
J'ai été soulagé que l'intégrale conserve le superbe avant-propos de Claudio Strinati qui nous ouvre à une lecture intelligente du diptyque de Manara.
Comme le souligne Gruizzli, Manara nous propose bien plus qu'une biographie universitaire et savante de la vie du Maître. Manara nous propose une sorte de connexion vivante entre lui et son illustre devancier de 400 ans son aîné.
C'est l'artiste incarné qui vit sous les magnifiques traits du peintre (lequel ?) avec sa violence créatrice qu'il puise dans son temps mais aussi dans une image supérieure qui touche au sacré. Manara nous fait parfaitement voir comment le vulgaire de son temps (la catin, la prison, la brute, le vieillard) peut se transformer sous un éclairage que l'artiste est seul à percevoir en image de la Grâce.
On sent une profonde réflexion intérieure chez Manara, artiste d'une beauté féminine incorruptible malgré la pestilence du monde qui l'entoure.
Le scénario coule de source et n'a que se laisser porter par une vie aussi féconde en aventures, en créations et en dramaturgies.
Le graphisme de Manara donne le meilleur de lui-même à la fois en hommage au Maître de la Renaissance à travers les nombreuses répliques de ses oeuvres mais aussi dans les décors somptueux de Rome, Naples ou Malte avec les ambiances qui y correspondent.
Si Manara nous présente un art sacré éblouissant de lumière et de spiritualité dans une approche presque catéchistique, il n'oublie pas de rendre un vibrant hommage à son art profane à travers les merveilleux portraits féminins et masculins aux poses érotiques et langoureuses. C'est l'amalgame de ces deux représentations qui donne vie à ce monde de beauté.
Chaque case rend le récit plus crédible au fur et à mesure de la lecture.
Une oeuvre remarquable qui m'a fait vibrer intensément.
Voila un bon gros pavé (392 planches) entre thriller et fantastique comme je les aime et une des très belles découvertes de 2023.
Le premier chapitre, bien qu’assez dérangeant, reste très classique dans son déroulé. La suite se révèlera tortueuse à souhait, pleine de faux-semblants, l’auteur jouera du début à la fin sur la réalité des situations. Le lecteur va affronter ce challenge permanent, d’apprivoiser les personnages, leurs enjeux et d’essayer d’éclaircir les fils de ce récit (bien aidé par les différentes propositions de dessin/couleurs qui aident à la temporalité et à la compréhension).
Le jeu en vaut la chandelle car le scénario se veut particulièrement malin et abouti. Une deuxième lecture (au moins) est d’ailleurs souhaitable pour apprécier pleinement ce livre. Pas étonnant qu’il ait fallu environ neuf ans à l’auteur pour le ficeler.
Certains citent Lynch ou Cronenberg coté ressemblance/influence, je confirme, on n’en est pas très loin même si la fin que je trouve résolument optimiste diffère du ton que j’associe à ces deux auteurs.
Un bijou indé destiné à devenir culte.
Note Réelle: 04.5/5
Sur un sujet scandaleux et « brûlant », les auteurs ont bâti un excellent documentaire, qui allie toutes les qualités requises pour ce genre d’entreprise.
D’abord un sujet bien maîtrisé, sous toutes ses facettes, étayé par d’importantes recherches (confirmées par la bibliographie finale). C’est très complet au niveau historique, scientifique et médiatique.
Ensuite une narration qui évite l’écueil donneur de leçon, ou l’exposé rébarbatif. Au contraire, c’est très fluide, et la lecture est aérée et agréable. L’idée de mettre au centre un personnage fictif, Mister Nico, qui nous raconte tout, est excellente. Avec son cynisme décomplexé, il accompagne très bien le lecteur vers les informations distillées en quantité dans l’album.
Mais si la lecture est aussi fluide, c’est aussi grâce au dessin de Brangier, vraiment très bon. Dynamique, jouant du réalisme et de la caricature, il est un parfait complément au récit.
Récit qui joue aussi la carte humoristique. Mais c’est un rire jaune – comme les dents des gros fumeurs – qui s’étend alors. Reste une sale odeur de tabac froid à la fin. Car le système se propage désormais (avec la bénédiction des pays riches) parmi les populations des pays pauvres). Mais aussi parce qu’on comprend bien que la stratégie du dénie, du doute scientifique et judiciaire est aussi utilisée par d’autres industries (pharmaceutique, des engrais et autres produits chimiques, voire pour tout ce qui tourne autour du dérèglement climatique).
Instructif, ludique, écœurant du début jusqu’à la fin. A lire et à faire lire !
... Vertige.
Où quand un lettré passionné s'amuse, au travers du médium le plus populaire qui soit (ou qui fût, étant donnés les prix, aujourd'hui...), à partager ses connaissances livresques -ses convictions philosophiques, assurément- avec des lecteurs franchement habitués à tout autre chose.
Sacré pari de la part de l'éditeur ! Promethea a reçu quelques récompenses mais j'ignore l'étendue de son succès commercial : l'entreprise est tellement "extrême" dans sa réalisation (fond et -surtout !- forme !) qu'il est étonnant qu'elle ait pu être menée jusqu'à sa conclusion : trente-deux épisodes, quand même ! Bien sûr, cela seul représente un succès en soi.
L'incapacité dont je souffre à retenir les informations au travers de mes lectures me fait amèrement regretter de n'avoir pas connu la série au travers de sa diffusion mensuelle initiale : avoir à patienter entre chaque parution m'aurait amené à relire chaque numéros plusieurs fois et, fatalement, à mieux en assimiler toutes les perles de connaissances, si artistiquement offertes.
... Mythologie, occultisme et philosophie ; psychologie, psychanalyse et théologie... Rien que ça -entre autres !- et parfois même EN VERS (en V.O.), par dessus le marché !
Soutenu par -surtout !- le dessin académiquement parfait de J.H. William III, et une mise en page assez miraculeusement lisible et "dynamique" malgré un excès -voulu- d'enluminures et/ou même carrément de splash-pages Art-déco (!), Alan Moore -psilocybine faite mots- nous ouvre les portes de "La Connaissance" au travers des aventures formatrices que vit Sophie Bangs, séjour charnel d'une entité faite d'imagination et ayant choisi d'amener le monde à "l'Apocalypse" : Promethea, donc.
C'est malin dans la séduction, précis dans l'enseignement -car très didactique et plein de références signées- mais néanmoins assez jouissif dans le traitement car ça reste un Comic-Book : humour et action ne cèdent pas grand choses aux envolées hautement intellectuelles de l'auteur. Tout l'amour de Alan Moore pour cette forme particulière de lecture pour la jeunesse est manifeste justement dans le fait de ce choix de publication. Bien sûr, la réalisation d'une œuvre aussi riche sous la forme d'un album -plusieurs !-, et avec un artiste beaucoup moins "classique" aux dessins, aurait pu aboutir à un monument du neuvième art, révolutionnaire et inclassable. Mais avoir eu le culot d'oser s'adresser à un lectorat beaucoup plus large et -surtout !- beaucoup plus jeune via cette forme de parution, si spécifique et ciblée, amplifie encore d'avantage la puissance subversive de la démarche : très fidèle à lui-même, il pousse l'amateur (pas du tout prévenu !) à se poser des questions assez profondément existentielles et -pourquoi pas ?!- à remettre en questions pas mal de ses idées sur l'existence. Quel terreau plus fertile pour planter ces réflexes de sagesse que l'imaginaire en ébullition de jeunes adolescents ?!
C'est décidément très réussi : à la fois utile et beau et absolument original et unique. Preuve renouvelée de la puissance du pouvoir évocateur du médium qui, au travers de ses images/symboles, nous relie à la genèse de sa création, sur les parois obscures des grottes de nos ancêtres... Holà-là ! Je suis encore sous influence, tiens !
... Un bémol, cependant ; imputable uniquement au fait de la volonté jusqu'au-boutiste de l'auteur de faire adhérer le propos à la forme, dans son traitement artistique : LA TYPOGRAPHIE ! Certes idoine avec le sujet, elle est plusieurs fois assez difficile à déchiffrer et, même, carrément illisible une ou deux fois (genre : en blanc sur fond blanc !).
... Culte, car œuvre de fanatique extrémiste, en fait. :)
Aussi loin que je me souvienne, dès la première page, j’ai eu un gros coup de cœur, par les couleurs, le coup de crayon. Je me suis senti aspiré par cet univers. L’histoire, qui se déroule sur une planète lointaine, m’a captivé tout de suite, me laissant souvent éveillé tard dans la nuit, incapable de résister à l’envie de tourner la page suivante.
L’immersion est totale, je pouvais presque entendre les sons de la jungle inconnue. Les personnages m’ont paru incroyablement réels, avec ses failles et ses forces, me faisant ressentir leurs joies, leurs peurs et leurs espoirs comme si c’étaient les miens. La relation naissante de Kim et Marc une constante évolution émotionnelle.
Le coup du maitre, c’est la façon dont cette bande dessinée mélange habilement science-fiction et problématiques actuelles.
Chaque twist de l’intrigue m’a surpris, chaque nouvelle créature m’a émerveillé, et chaque dilemme éthique m’a fait questionner.
Aldébaran n’est pas seulement une lecture, c’est une expérience qui m’a transporté. Pour tout amateur de science-fiction, c’est une œuvre à ne pas manquer, un voyage inoubliable qui laisse une marque durable.
Un incontournable à découvrir absolument !
Pourquoi c’est un coup de cœur ? Pour sa narration exceptionnelle, la complexité des personnages, la qualité artistique et visuelle, des thèmes pertinents et sur tout par l’originalité de cet univers.
Culte puisque, dorénavant, la lecture du personnage de Wolverine ne pourra plus jamais s'éloigner du canon défini par cette aventure Nippone.
Adieu, donc, le mutant au caractère explosif et au émotions proches du primaire qu'était sensé être le Super-Héros griffu, à l'origine (du point de vue Claremont/Byrne). Et ceux qui tenteront de le faire régresser vers l'animal -la version avec le torchon sur la tronche !- en seront pour leurs frais. Bon, en même temps, à part le meurtre de sang froid chez Ka-Zar et la baston sanglante dans les sous-sols du Hellfire Club, le personnage a surtout démontré une surprenante clarté d'esprit sur sa nature et beaucoup d'empathie envers ses petits camarades, tout au long des pérégrinations des X-Men autour du globe, dans les années soixante-dix...
Mon sentiment est que le prototype original désigné n'a jamais vraiment pris et, comme tout bon personnage de Comic-Book "à suivre" qui se respecte, il a évolué bien au delà de ce qu'il était sensé représenter au départ. Je soupçonne la mort de Thunderbird, au tout début de la nouvelle mouture du concept X-Men, d'avoir dévié Wolverine de sa trajectoire prévue : libéré de son "doublon" mutant -caractériel, solitaire et combatif, lui aussi-, il s'est du coup retrouvé à le remplacer comme le trublion de l'équipe ; laissant s'estomper (sinon au travers de ses caractéristiques "félines") la part animale de sa personnalité. Preuve en est que le personnage, déjà très présent auprès de ses petits camarades -et pas seulement pour les houspiller !- durant l'époque Claremont/Byrne, devient une espèce de prêcheur intarissable toutes les années qui suivent : il a des avis sur tout et passe son temps à asséner ses vérités à tout le monde... Celui-là, de misanthrope !
Bon ; avec cette mini série, Chris Claremont s'approprie définitivement le personnage et en fait un homme torturé entre sa nature "animale" (en fait ces instincts un peu basiques qui nous hantent tous, à divers stades de notre existence ! À côté de la plaque, donc.) et de plus hautes aspirations spirituelles, incarnées sous la forme de son amour/transfert envers Mariko Yashida, véritable cliché vivant de tous les poncifs Occidentaux sur la culture hautement ritualisée des plus hautes sphères de la société Japonaise. Si on glisse sur l'intérêt de la démonstration, on est en droit d'apprécier les efforts mis en branle pour étayer la métamorphose de Logan vers "plus" de sanité. D'ailleurs, les dialogues -et surtout monologues !- martèlent le message, hou là là ! Ils envahissent quasi chaque case et, bien que leur écriture demeure fluide et inspirée, leur omniprésence pèse un peu tant les planches de Frank Miller sont transparentes de sens et de dynamisme.
... Le dessin de Frank Miller, maintenant. Hé ben, pour cette réalisation-là, on ne peut pas dire que ce soit joli-joli ! Mais c'est efficace, néanmoins ; surtout pour l'époque où, au milieux d'une ribambelle d'autres artistes aussi malhabiles que lui niveau maitrise de tout un tas de techniques graphiques, il est le seul à faire un effort de mise en page et de découpage -pas mal maitrisé, pour le coup- ; dopant le Comic de son énergie et enthousiasme habituels. Très logiquement, il colore les acrobaties de Wolverine et Yukio, aux prises avec les guerriers Ninja de "La Main", d'un attrait presque Manga tant il stylise les poses.
Il est tout à fait cohérent que la parution ait été autant plébiscitée pour la nouveauté qu'elle introduisait -de ton et d'image !- au sein du ronron plutôt Entre deux chez Marvel, aux alentours des années quatre-vingt : avide de renouveau, les fans du genre ont apprécié le côté pêchu et "sérieux" de cette incarnation de celui qui était déjà, dans le coeur de pas mal d'entre eux, le "préféré". Et la séduction perdurera puisque la série régulière qui lui sera dédiée plus tard exploitera encore d'avantage l'aspect "mature", plutôt tranquille, du chevelu/poilu au grand coeur.
À lire, si on s'intéresse aux origines du côté le plus civilisé du personnage -que l'on y croit ou non. Et puis Yukio (un poil sanguinaire, ici !) est une bonne idée, très marrante, et se reverra beaucoup plus ludiquement illustrée plus tard, dans la série régulière des X-Men, par Paul Smith.
Woah ! J'avais oublié comme c'était réussi, cette mini série.
Alan Moore, en mode "on se calme un peu !", nous donne l'occasion de mieux appréhender la réalité de Néopolis via sa fondation et les intervenants ayant marqué les début de son histoire. L'intrigue nous offre des méchants faciles à identifier, tant ils sont "tout d'un bloc" et, sans plus de réelles complications, on peut confortablement découvrir ce nouveau monde avec les jeunes héros fraichement débarqués.
Et c'est vrai qu'on prend le temps. En parallèle de la lente installation de la menace sournoise du Mal, à l'ordinaire danger inhérent à la bêtise humaine, on suit avec intérêt -sinon avec passion- l'histoire d'amour (puisque c'est bien de ça qu'il s'agit) entre Steve Traynor/Jetboy et le pilote Wulf (décidément très intéressant et original dans sa désarmante honnêteté). Suffisamment réaliste (dans le contexte de l'après-guerre) pour ne pas paraitre mièvre, la romance est assez indirectement mise en relief (dans sa simplicité) via les quelques apartés du scénario en rapport avec les suspicions engendrées par les nombreuses associations entre "héros de la science" et jeunes "associés" ; qui donnent un peu plus de profondeur alternative, sinon de clarté, au propos du scénariste sur l'Homosexualité masculine. Notamment à travers ceci, on sent bien que le désordre politique de cette cité "en devenir" n'est pas une véritable nuisance pour tout le monde : il souffle un air de liberté, effectivement très Fifties, sur les citoyens de Néopolis.
Gene Ha est incroyable, tant l'apparente décontraction de son dessin accentue l'atmosphère des planches ; sa ville utopique, à cheval entre deux esthétiques extrêmes, deux époques, parvenant a être crédible dans la chaleur/douceur de ses traits -et de ses couleurs, gentiment "passées". Assez incroyablement, il vêt ses personnages d'une humanité réelle qui illumine leur présence même dans des plans aussi statiques -et répétitifs- que les discussions "graves" qui alternent le récit. Le choix de leur donner à tous des physiques Lambda y est sûrement pour beaucoup. Pas facile à assurer, cette démarche-là, quand on fait dans le Super-Héros... Et les scènes d'actions, si elles ne brillent pas par une surenchère d'effets graphiques, sont néanmoins lisibles et, encore une fois, parfaitement assorties d'une planche à l'autre. Son encrage, très classique, accentue encore l'effet "patiné" de l'ensemble : on a vraiment l'impression de lire une histoire déjà ancienne.
Très beau travail, et surtout très équilibré, entre le propos et sa réalisation graphique.
Il y a plusieurs années que je n'ai pas ouvert un album de Blueberry mais ses personnages et ses situations sont tellement présentes qu'il est aisé d'aviser le chef d'oeuvre de Charlier et Giraud.
Enfant et ado j'étais un grand lecteur des séries de Charlier. J'ai vieilli et pris beaucoup de distance avec nombre de ses scénarii. Blueberry est l'exception à cette évolution personnelle. J'aime toujours autant la richesse et la modernité des récits proposés par Charlier.
Même si pour moi la série commence avec l'homme à l'étoile d'argent. En effet Mc Clure y devient un personnage atypique et fondamental dans l'éclairage des valeurs de Blueberry et Miss March préfigure l'importance de plusieurs personnages féminins dont l'inoubliable Chihuahua.
Une initiative scénaristique d'une grande modernité qui imprime une partie de sa singularité à la série.
D'ailleurs il fallait bien un personnage comme la belle chanteuse pour relever le défi après l'un des diptyques les plus somptueux de la BD, celui des Monts de la Superstition.
Inutile d'en rajouter tellement cela fait l'unanimité.
De même le graphisme de Giraud évolue très vite pour sortir du classicisme des premiers albums pour devenir d'une richesse extraordinaire dans tous les domaines : découpage, mise en scène, dynamisme, détails du second plan et des arrières plans. Tout devient de plus en plus précis et élaboré.
Une série hors norme qui, de plus, a su tenir son niveau d'excellence jusqu'à la fin. Remarquable
... Certains dépoussiérages se font au lance-flammes...
La première fois que j'ai aperçu les quasi-croquis de Frank Miller pour son adaptation du détective encapé (au dos d'une édition Francophone riquiqui ?!), j'ai bien compris que l'ouvrage s'envolait vers des horizons Super-Héroïques encore inexplorés à l'époque : on était en 1987, quand même. Mais je n'ai pas acheté, alors : best seller ou pas, Batman ne figurait pas parmi mes priorités BDessinées du moment (et puis les sous ! Les sous !). Je n'y suis retourné qu'adulte, à l'occasion d'un marché en plein air où trainaient les quatre albums grands formats.
Hé bien, je dois dire que je me suis pas mal amusé ! Cette interprétation culottée à la foi trash (le côté sordide/décadent des pouvoirs en place), "réaliste" (la facilité avec laquelle le premier abruti venu -un peu looké- peut créer un culte autour de sa personne grâce à la complaisance traditionnelle des médias, et ainsi faire basculer une génération d'ados dans l'horreur ordinaire) et même gaguesque : la partie Super-Héroïque très bien mise en valeur malgré tout, même si complètement atomisée -très logiquement !- à la fin... Voilà qui nous changeait des trains-trains habituels proposés par DC ! Tant d'oxygène à la foi : est-ce possible ?! Même les couleurs, qualifiées à raison de "criardes" précédemment, participent à la dynamique de l’œuvre : c'est punchy au possible ! On n'est pas obligé d'aimer : c'est d'une esthétique bien particulière, qu'il retourne ; mais force est de reconnaitre l'efficacité de la méthode (écriture et dessin), parfaitement raccord avec le médium. Du plein les yeux ! "Efficacité" : mot-clé à prendre en compte dans la lecture (et la création !) d'un Comic-Book. Les autres ressentis , bien qu'utiles, ne peuvent faire référence qu'à une seule partie de l’œuvre ; et perdent un peu de leur pertinence quant à l'appréhension objective de son entièreté.
Bon, comme d'habitude, Frank Miller n'y va pas par quatre chemins ; même si sa ré-interprétation est plutôt appliquée -écriture graphique et écriture tout court ! Des petites cases/bulletins d'informations (inconnus alors, il me semble, dans ce domaine ?!) très originaux jusqu'au classicisme des mises en pages d'ambiance/présentation/baston ; on assiste au déroulé parfaitement orchestré d'une quadrilogie dont le sombre crescendo scénaristique ne fait que s'intensifier jusqu'à la conclusion, pleine de sens et d'espoir.
Culte car séminal : personne n'avait encore à ce point libéré une franchise aussi célèbre -ni aussi contrite dans ses limites très spécifiques, puisque Batman n'est, en fait, qu'un homme ordinaire au destin extraordinaire. Une incursion assez jouissive dans l'exercice jusqu'au boutiste (et périlleux !) qui consiste à pousser un concept jusqu'à son extrapolation ultime, mais sans trahir son sujet. Bien sûr, on aurait aimé encore plus de détails intimes sur les intervenants mais, nécessité faisant loi, Frank Miller privilégie le récit : vue plongeante sur leur âme, et forcément inscrits dans l'action en cours, leurs dialogues intérieurs, essentiellement ciselés et parfaitement disposés entre (et sur !) les cases, nous régalent néanmoins de la part d'intimité partagée absolument vitale au genre.
Quant à son interprétation du personnage d'Alfred Pennyworth, elle est absolument parfaite tant ce dernier concentre (graphiquement ET au travers de son utilisation scénaristique !) l'ensemble des valeurs humaines essentielles à tout récit un tant soi peu profond. Miller en fait le prisme au travers duquel, entre rires et larmes, la tragédie de son ex-pupille nous apparait comme réelle et, de fait, digne d'intérêt -et de compassion.
Chapeau bas ; même si rien que pour ça.
Superbe performance d’Astrid Cornet, excellent coup de crayon pour une BD truffée d’anecdotes sympas et de blagues à la Gotlib, c’est vraiment un coup de cœur, je le recommande les yeux fermés. Super idée cadeau pour Noël ou autre.
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Le Caravage
J'ai longtemps été frustré car ma bibliothèque municipale ne possédait que le tome 1 de la série. L'excellent avis de Gruizzli m'a décidé à acheter l'intégrale et je ne le regrette pas. J'ai été soulagé que l'intégrale conserve le superbe avant-propos de Claudio Strinati qui nous ouvre à une lecture intelligente du diptyque de Manara. Comme le souligne Gruizzli, Manara nous propose bien plus qu'une biographie universitaire et savante de la vie du Maître. Manara nous propose une sorte de connexion vivante entre lui et son illustre devancier de 400 ans son aîné. C'est l'artiste incarné qui vit sous les magnifiques traits du peintre (lequel ?) avec sa violence créatrice qu'il puise dans son temps mais aussi dans une image supérieure qui touche au sacré. Manara nous fait parfaitement voir comment le vulgaire de son temps (la catin, la prison, la brute, le vieillard) peut se transformer sous un éclairage que l'artiste est seul à percevoir en image de la Grâce. On sent une profonde réflexion intérieure chez Manara, artiste d'une beauté féminine incorruptible malgré la pestilence du monde qui l'entoure. Le scénario coule de source et n'a que se laisser porter par une vie aussi féconde en aventures, en créations et en dramaturgies. Le graphisme de Manara donne le meilleur de lui-même à la fois en hommage au Maître de la Renaissance à travers les nombreuses répliques de ses oeuvres mais aussi dans les décors somptueux de Rome, Naples ou Malte avec les ambiances qui y correspondent. Si Manara nous présente un art sacré éblouissant de lumière et de spiritualité dans une approche presque catéchistique, il n'oublie pas de rendre un vibrant hommage à son art profane à travers les merveilleux portraits féminins et masculins aux poses érotiques et langoureuses. C'est l'amalgame de ces deux représentations qui donne vie à ce monde de beauté. Chaque case rend le récit plus crédible au fur et à mesure de la lecture. Une oeuvre remarquable qui m'a fait vibrer intensément.
Ultrasons
Voila un bon gros pavé (392 planches) entre thriller et fantastique comme je les aime et une des très belles découvertes de 2023. Le premier chapitre, bien qu’assez dérangeant, reste très classique dans son déroulé. La suite se révèlera tortueuse à souhait, pleine de faux-semblants, l’auteur jouera du début à la fin sur la réalité des situations. Le lecteur va affronter ce challenge permanent, d’apprivoiser les personnages, leurs enjeux et d’essayer d’éclaircir les fils de ce récit (bien aidé par les différentes propositions de dessin/couleurs qui aident à la temporalité et à la compréhension). Le jeu en vaut la chandelle car le scénario se veut particulièrement malin et abouti. Une deuxième lecture (au moins) est d’ailleurs souhaitable pour apprécier pleinement ce livre. Pas étonnant qu’il ait fallu environ neuf ans à l’auteur pour le ficeler. Certains citent Lynch ou Cronenberg coté ressemblance/influence, je confirme, on n’en est pas très loin même si la fin que je trouve résolument optimiste diffère du ton que j’associe à ces deux auteurs. Un bijou indé destiné à devenir culte. Note Réelle: 04.5/5
Cigarettes - Le Dossier sans filtre
Sur un sujet scandaleux et « brûlant », les auteurs ont bâti un excellent documentaire, qui allie toutes les qualités requises pour ce genre d’entreprise. D’abord un sujet bien maîtrisé, sous toutes ses facettes, étayé par d’importantes recherches (confirmées par la bibliographie finale). C’est très complet au niveau historique, scientifique et médiatique. Ensuite une narration qui évite l’écueil donneur de leçon, ou l’exposé rébarbatif. Au contraire, c’est très fluide, et la lecture est aérée et agréable. L’idée de mettre au centre un personnage fictif, Mister Nico, qui nous raconte tout, est excellente. Avec son cynisme décomplexé, il accompagne très bien le lecteur vers les informations distillées en quantité dans l’album. Mais si la lecture est aussi fluide, c’est aussi grâce au dessin de Brangier, vraiment très bon. Dynamique, jouant du réalisme et de la caricature, il est un parfait complément au récit. Récit qui joue aussi la carte humoristique. Mais c’est un rire jaune – comme les dents des gros fumeurs – qui s’étend alors. Reste une sale odeur de tabac froid à la fin. Car le système se propage désormais (avec la bénédiction des pays riches) parmi les populations des pays pauvres). Mais aussi parce qu’on comprend bien que la stratégie du dénie, du doute scientifique et judiciaire est aussi utilisée par d’autres industries (pharmaceutique, des engrais et autres produits chimiques, voire pour tout ce qui tourne autour du dérèglement climatique). Instructif, ludique, écœurant du début jusqu’à la fin. A lire et à faire lire !
Promethea
... Vertige. Où quand un lettré passionné s'amuse, au travers du médium le plus populaire qui soit (ou qui fût, étant donnés les prix, aujourd'hui...), à partager ses connaissances livresques -ses convictions philosophiques, assurément- avec des lecteurs franchement habitués à tout autre chose. Sacré pari de la part de l'éditeur ! Promethea a reçu quelques récompenses mais j'ignore l'étendue de son succès commercial : l'entreprise est tellement "extrême" dans sa réalisation (fond et -surtout !- forme !) qu'il est étonnant qu'elle ait pu être menée jusqu'à sa conclusion : trente-deux épisodes, quand même ! Bien sûr, cela seul représente un succès en soi. L'incapacité dont je souffre à retenir les informations au travers de mes lectures me fait amèrement regretter de n'avoir pas connu la série au travers de sa diffusion mensuelle initiale : avoir à patienter entre chaque parution m'aurait amené à relire chaque numéros plusieurs fois et, fatalement, à mieux en assimiler toutes les perles de connaissances, si artistiquement offertes. ... Mythologie, occultisme et philosophie ; psychologie, psychanalyse et théologie... Rien que ça -entre autres !- et parfois même EN VERS (en V.O.), par dessus le marché ! Soutenu par -surtout !- le dessin académiquement parfait de J.H. William III, et une mise en page assez miraculeusement lisible et "dynamique" malgré un excès -voulu- d'enluminures et/ou même carrément de splash-pages Art-déco (!), Alan Moore -psilocybine faite mots- nous ouvre les portes de "La Connaissance" au travers des aventures formatrices que vit Sophie Bangs, séjour charnel d'une entité faite d'imagination et ayant choisi d'amener le monde à "l'Apocalypse" : Promethea, donc. C'est malin dans la séduction, précis dans l'enseignement -car très didactique et plein de références signées- mais néanmoins assez jouissif dans le traitement car ça reste un Comic-Book : humour et action ne cèdent pas grand choses aux envolées hautement intellectuelles de l'auteur. Tout l'amour de Alan Moore pour cette forme particulière de lecture pour la jeunesse est manifeste justement dans le fait de ce choix de publication. Bien sûr, la réalisation d'une œuvre aussi riche sous la forme d'un album -plusieurs !-, et avec un artiste beaucoup moins "classique" aux dessins, aurait pu aboutir à un monument du neuvième art, révolutionnaire et inclassable. Mais avoir eu le culot d'oser s'adresser à un lectorat beaucoup plus large et -surtout !- beaucoup plus jeune via cette forme de parution, si spécifique et ciblée, amplifie encore d'avantage la puissance subversive de la démarche : très fidèle à lui-même, il pousse l'amateur (pas du tout prévenu !) à se poser des questions assez profondément existentielles et -pourquoi pas ?!- à remettre en questions pas mal de ses idées sur l'existence. Quel terreau plus fertile pour planter ces réflexes de sagesse que l'imaginaire en ébullition de jeunes adolescents ?! C'est décidément très réussi : à la fois utile et beau et absolument original et unique. Preuve renouvelée de la puissance du pouvoir évocateur du médium qui, au travers de ses images/symboles, nous relie à la genèse de sa création, sur les parois obscures des grottes de nos ancêtres... Holà-là ! Je suis encore sous influence, tiens ! ... Un bémol, cependant ; imputable uniquement au fait de la volonté jusqu'au-boutiste de l'auteur de faire adhérer le propos à la forme, dans son traitement artistique : LA TYPOGRAPHIE ! Certes idoine avec le sujet, elle est plusieurs fois assez difficile à déchiffrer et, même, carrément illisible une ou deux fois (genre : en blanc sur fond blanc !). ... Culte, car œuvre de fanatique extrémiste, en fait. :)
Aldébaran
Aussi loin que je me souvienne, dès la première page, j’ai eu un gros coup de cœur, par les couleurs, le coup de crayon. Je me suis senti aspiré par cet univers. L’histoire, qui se déroule sur une planète lointaine, m’a captivé tout de suite, me laissant souvent éveillé tard dans la nuit, incapable de résister à l’envie de tourner la page suivante. L’immersion est totale, je pouvais presque entendre les sons de la jungle inconnue. Les personnages m’ont paru incroyablement réels, avec ses failles et ses forces, me faisant ressentir leurs joies, leurs peurs et leurs espoirs comme si c’étaient les miens. La relation naissante de Kim et Marc une constante évolution émotionnelle. Le coup du maitre, c’est la façon dont cette bande dessinée mélange habilement science-fiction et problématiques actuelles. Chaque twist de l’intrigue m’a surpris, chaque nouvelle créature m’a émerveillé, et chaque dilemme éthique m’a fait questionner. Aldébaran n’est pas seulement une lecture, c’est une expérience qui m’a transporté. Pour tout amateur de science-fiction, c’est une œuvre à ne pas manquer, un voyage inoubliable qui laisse une marque durable. Un incontournable à découvrir absolument ! Pourquoi c’est un coup de cœur ? Pour sa narration exceptionnelle, la complexité des personnages, la qualité artistique et visuelle, des thèmes pertinents et sur tout par l’originalité de cet univers.
Wolverine - Je suis Wolverine
Culte puisque, dorénavant, la lecture du personnage de Wolverine ne pourra plus jamais s'éloigner du canon défini par cette aventure Nippone. Adieu, donc, le mutant au caractère explosif et au émotions proches du primaire qu'était sensé être le Super-Héros griffu, à l'origine (du point de vue Claremont/Byrne). Et ceux qui tenteront de le faire régresser vers l'animal -la version avec le torchon sur la tronche !- en seront pour leurs frais. Bon, en même temps, à part le meurtre de sang froid chez Ka-Zar et la baston sanglante dans les sous-sols du Hellfire Club, le personnage a surtout démontré une surprenante clarté d'esprit sur sa nature et beaucoup d'empathie envers ses petits camarades, tout au long des pérégrinations des X-Men autour du globe, dans les années soixante-dix... Mon sentiment est que le prototype original désigné n'a jamais vraiment pris et, comme tout bon personnage de Comic-Book "à suivre" qui se respecte, il a évolué bien au delà de ce qu'il était sensé représenter au départ. Je soupçonne la mort de Thunderbird, au tout début de la nouvelle mouture du concept X-Men, d'avoir dévié Wolverine de sa trajectoire prévue : libéré de son "doublon" mutant -caractériel, solitaire et combatif, lui aussi-, il s'est du coup retrouvé à le remplacer comme le trublion de l'équipe ; laissant s'estomper (sinon au travers de ses caractéristiques "félines") la part animale de sa personnalité. Preuve en est que le personnage, déjà très présent auprès de ses petits camarades -et pas seulement pour les houspiller !- durant l'époque Claremont/Byrne, devient une espèce de prêcheur intarissable toutes les années qui suivent : il a des avis sur tout et passe son temps à asséner ses vérités à tout le monde... Celui-là, de misanthrope ! Bon ; avec cette mini série, Chris Claremont s'approprie définitivement le personnage et en fait un homme torturé entre sa nature "animale" (en fait ces instincts un peu basiques qui nous hantent tous, à divers stades de notre existence ! À côté de la plaque, donc.) et de plus hautes aspirations spirituelles, incarnées sous la forme de son amour/transfert envers Mariko Yashida, véritable cliché vivant de tous les poncifs Occidentaux sur la culture hautement ritualisée des plus hautes sphères de la société Japonaise. Si on glisse sur l'intérêt de la démonstration, on est en droit d'apprécier les efforts mis en branle pour étayer la métamorphose de Logan vers "plus" de sanité. D'ailleurs, les dialogues -et surtout monologues !- martèlent le message, hou là là ! Ils envahissent quasi chaque case et, bien que leur écriture demeure fluide et inspirée, leur omniprésence pèse un peu tant les planches de Frank Miller sont transparentes de sens et de dynamisme. ... Le dessin de Frank Miller, maintenant. Hé ben, pour cette réalisation-là, on ne peut pas dire que ce soit joli-joli ! Mais c'est efficace, néanmoins ; surtout pour l'époque où, au milieux d'une ribambelle d'autres artistes aussi malhabiles que lui niveau maitrise de tout un tas de techniques graphiques, il est le seul à faire un effort de mise en page et de découpage -pas mal maitrisé, pour le coup- ; dopant le Comic de son énergie et enthousiasme habituels. Très logiquement, il colore les acrobaties de Wolverine et Yukio, aux prises avec les guerriers Ninja de "La Main", d'un attrait presque Manga tant il stylise les poses. Il est tout à fait cohérent que la parution ait été autant plébiscitée pour la nouveauté qu'elle introduisait -de ton et d'image !- au sein du ronron plutôt Entre deux chez Marvel, aux alentours des années quatre-vingt : avide de renouveau, les fans du genre ont apprécié le côté pêchu et "sérieux" de cette incarnation de celui qui était déjà, dans le coeur de pas mal d'entre eux, le "préféré". Et la séduction perdurera puisque la série régulière qui lui sera dédiée plus tard exploitera encore d'avantage l'aspect "mature", plutôt tranquille, du chevelu/poilu au grand coeur. À lire, si on s'intéresse aux origines du côté le plus civilisé du personnage -que l'on y croit ou non. Et puis Yukio (un poil sanguinaire, ici !) est une bonne idée, très marrante, et se reverra beaucoup plus ludiquement illustrée plus tard, dans la série régulière des X-Men, par Paul Smith.
Top 10 - The Forty-Niners
Woah ! J'avais oublié comme c'était réussi, cette mini série. Alan Moore, en mode "on se calme un peu !", nous donne l'occasion de mieux appréhender la réalité de Néopolis via sa fondation et les intervenants ayant marqué les début de son histoire. L'intrigue nous offre des méchants faciles à identifier, tant ils sont "tout d'un bloc" et, sans plus de réelles complications, on peut confortablement découvrir ce nouveau monde avec les jeunes héros fraichement débarqués. Et c'est vrai qu'on prend le temps. En parallèle de la lente installation de la menace sournoise du Mal, à l'ordinaire danger inhérent à la bêtise humaine, on suit avec intérêt -sinon avec passion- l'histoire d'amour (puisque c'est bien de ça qu'il s'agit) entre Steve Traynor/Jetboy et le pilote Wulf (décidément très intéressant et original dans sa désarmante honnêteté). Suffisamment réaliste (dans le contexte de l'après-guerre) pour ne pas paraitre mièvre, la romance est assez indirectement mise en relief (dans sa simplicité) via les quelques apartés du scénario en rapport avec les suspicions engendrées par les nombreuses associations entre "héros de la science" et jeunes "associés" ; qui donnent un peu plus de profondeur alternative, sinon de clarté, au propos du scénariste sur l'Homosexualité masculine. Notamment à travers ceci, on sent bien que le désordre politique de cette cité "en devenir" n'est pas une véritable nuisance pour tout le monde : il souffle un air de liberté, effectivement très Fifties, sur les citoyens de Néopolis. Gene Ha est incroyable, tant l'apparente décontraction de son dessin accentue l'atmosphère des planches ; sa ville utopique, à cheval entre deux esthétiques extrêmes, deux époques, parvenant a être crédible dans la chaleur/douceur de ses traits -et de ses couleurs, gentiment "passées". Assez incroyablement, il vêt ses personnages d'une humanité réelle qui illumine leur présence même dans des plans aussi statiques -et répétitifs- que les discussions "graves" qui alternent le récit. Le choix de leur donner à tous des physiques Lambda y est sûrement pour beaucoup. Pas facile à assurer, cette démarche-là, quand on fait dans le Super-Héros... Et les scènes d'actions, si elles ne brillent pas par une surenchère d'effets graphiques, sont néanmoins lisibles et, encore une fois, parfaitement assorties d'une planche à l'autre. Son encrage, très classique, accentue encore l'effet "patiné" de l'ensemble : on a vraiment l'impression de lire une histoire déjà ancienne. Très beau travail, et surtout très équilibré, entre le propos et sa réalisation graphique.
Blueberry
Il y a plusieurs années que je n'ai pas ouvert un album de Blueberry mais ses personnages et ses situations sont tellement présentes qu'il est aisé d'aviser le chef d'oeuvre de Charlier et Giraud. Enfant et ado j'étais un grand lecteur des séries de Charlier. J'ai vieilli et pris beaucoup de distance avec nombre de ses scénarii. Blueberry est l'exception à cette évolution personnelle. J'aime toujours autant la richesse et la modernité des récits proposés par Charlier. Même si pour moi la série commence avec l'homme à l'étoile d'argent. En effet Mc Clure y devient un personnage atypique et fondamental dans l'éclairage des valeurs de Blueberry et Miss March préfigure l'importance de plusieurs personnages féminins dont l'inoubliable Chihuahua. Une initiative scénaristique d'une grande modernité qui imprime une partie de sa singularité à la série. D'ailleurs il fallait bien un personnage comme la belle chanteuse pour relever le défi après l'un des diptyques les plus somptueux de la BD, celui des Monts de la Superstition. Inutile d'en rajouter tellement cela fait l'unanimité. De même le graphisme de Giraud évolue très vite pour sortir du classicisme des premiers albums pour devenir d'une richesse extraordinaire dans tous les domaines : découpage, mise en scène, dynamisme, détails du second plan et des arrières plans. Tout devient de plus en plus précis et élaboré. Une série hors norme qui, de plus, a su tenir son niveau d'excellence jusqu'à la fin. Remarquable
Batman - The Dark Knight returns
... Certains dépoussiérages se font au lance-flammes... La première fois que j'ai aperçu les quasi-croquis de Frank Miller pour son adaptation du détective encapé (au dos d'une édition Francophone riquiqui ?!), j'ai bien compris que l'ouvrage s'envolait vers des horizons Super-Héroïques encore inexplorés à l'époque : on était en 1987, quand même. Mais je n'ai pas acheté, alors : best seller ou pas, Batman ne figurait pas parmi mes priorités BDessinées du moment (et puis les sous ! Les sous !). Je n'y suis retourné qu'adulte, à l'occasion d'un marché en plein air où trainaient les quatre albums grands formats. Hé bien, je dois dire que je me suis pas mal amusé ! Cette interprétation culottée à la foi trash (le côté sordide/décadent des pouvoirs en place), "réaliste" (la facilité avec laquelle le premier abruti venu -un peu looké- peut créer un culte autour de sa personne grâce à la complaisance traditionnelle des médias, et ainsi faire basculer une génération d'ados dans l'horreur ordinaire) et même gaguesque : la partie Super-Héroïque très bien mise en valeur malgré tout, même si complètement atomisée -très logiquement !- à la fin... Voilà qui nous changeait des trains-trains habituels proposés par DC ! Tant d'oxygène à la foi : est-ce possible ?! Même les couleurs, qualifiées à raison de "criardes" précédemment, participent à la dynamique de l’œuvre : c'est punchy au possible ! On n'est pas obligé d'aimer : c'est d'une esthétique bien particulière, qu'il retourne ; mais force est de reconnaitre l'efficacité de la méthode (écriture et dessin), parfaitement raccord avec le médium. Du plein les yeux ! "Efficacité" : mot-clé à prendre en compte dans la lecture (et la création !) d'un Comic-Book. Les autres ressentis , bien qu'utiles, ne peuvent faire référence qu'à une seule partie de l’œuvre ; et perdent un peu de leur pertinence quant à l'appréhension objective de son entièreté. Bon, comme d'habitude, Frank Miller n'y va pas par quatre chemins ; même si sa ré-interprétation est plutôt appliquée -écriture graphique et écriture tout court ! Des petites cases/bulletins d'informations (inconnus alors, il me semble, dans ce domaine ?!) très originaux jusqu'au classicisme des mises en pages d'ambiance/présentation/baston ; on assiste au déroulé parfaitement orchestré d'une quadrilogie dont le sombre crescendo scénaristique ne fait que s'intensifier jusqu'à la conclusion, pleine de sens et d'espoir. Culte car séminal : personne n'avait encore à ce point libéré une franchise aussi célèbre -ni aussi contrite dans ses limites très spécifiques, puisque Batman n'est, en fait, qu'un homme ordinaire au destin extraordinaire. Une incursion assez jouissive dans l'exercice jusqu'au boutiste (et périlleux !) qui consiste à pousser un concept jusqu'à son extrapolation ultime, mais sans trahir son sujet. Bien sûr, on aurait aimé encore plus de détails intimes sur les intervenants mais, nécessité faisant loi, Frank Miller privilégie le récit : vue plongeante sur leur âme, et forcément inscrits dans l'action en cours, leurs dialogues intérieurs, essentiellement ciselés et parfaitement disposés entre (et sur !) les cases, nous régalent néanmoins de la part d'intimité partagée absolument vitale au genre. Quant à son interprétation du personnage d'Alfred Pennyworth, elle est absolument parfaite tant ce dernier concentre (graphiquement ET au travers de son utilisation scénaristique !) l'ensemble des valeurs humaines essentielles à tout récit un tant soi peu profond. Miller en fait le prisme au travers duquel, entre rires et larmes, la tragédie de son ex-pupille nous apparait comme réelle et, de fait, digne d'intérêt -et de compassion. Chapeau bas ; même si rien que pour ça.
Tube Story
Superbe performance d’Astrid Cornet, excellent coup de crayon pour une BD truffée d’anecdotes sympas et de blagues à la Gotlib, c’est vraiment un coup de cœur, je le recommande les yeux fermés. Super idée cadeau pour Noël ou autre.