J'ai été intrigué et envouté par la lecture du tome 1.... Où voulait bien nous emmener cette fois l'immense Charles Burns?... Le tome 2 prolongeait l'histoire sur un rythme assez lent, restait intéressant, mais ne nous donnait pas beaucoup plus de réponses. Je me laissais porter par le récit mais l'ensemble restait assez nébuleux....
Eh bien, je dois dire que le tome 3 m'a scotché (du début à la fin) et apporte une forte cohésion à l'ensemble. Cet album est juste admirable et sa très belle conclusion très cinématographique ne vous laissera pas de marbre je l'espère !
Même si Burns joue sa partition en terrain connu, il le fait d'une si brillante manière que l'on ne peut que se résigner. Ce gars est un génie et Dédales, après Black Hole et la trilogie Toxic / La Ruche / Calavera, un nouveau chef d'oeuvre !!
... De l'Humour, évidemment ; sauf que c'est juste prodigieusement bien fichu, c'est tout. Bon, c'est culturel aussi, même si ça n'est pas (jamais !) l'argument important, pour moi : je n'en profite guère car peu ou prou de mémoire... Et il y a encore tout un tas de personnages attachants et de répliques qui tuent : on dirait presque qu'il les éparpille dans ses Bédés juste pour nous rappeler à quel point l'échange et le discours peuvent être nourrissants et bénéfiques, en plus d'être utiles ! Qui a lu du Ralf König ne peut rester entièrement mauvais, je pense.
Je défie quiconque de ne pas rire -de désespoir, même ; et par identification, par dessus le marché !- en réalisant à quelles extrémités (vestimentaires et/ou de comportements grotesques !) le désir de plaire à son Mufti pousse le héros, complètement dévoré par sa libido en folie.
Et, encore une fois, tous les personnages secondaires -même juste aperçus pour les besoins de l'histoire- sont élaborés et riches d'Humanité, ne serait-ce que graphiquement. La moindre attitude, le moindre trait traduit (trahit ?!) l'empathie de l'Artiste : de la bonne enrhumée et voleuse au couple en devenir, formé par la meilleure amie et cette espèce de vieux garçon dont les maladroites -mais si sincères !- tentatives d'approche ne peuvent qu'augurer d'une joyeuse conclusion.
Moi, à chaque fois, j'ai le sentiment d'un shoot d'Arnica ou d'un truc approchant -je sais, mais j'ai un organisme très sensible, alors je fais gaffe ! Je souhaiterais que la lecture de ses albums ait le même effet sur tout le monde.
J'ai reçu "Complètement surbookés !" à un anniversaire (je devais déjà avoir plus de quarante ans...). Je n'avais plus rien lu de neuf depuis longtemps et mes expériences récentes spécifiques du genre consistaient en quelques (vieilles !) BD de Garfield (John est irrésistible et tangible dans sa solitude gaguesque !) et Grimmy, ce chien tellement trash dont l'auteur/dessinateur ne s'embarrasse d'aucune règle ni contrainte. Par flemme autant que par indifférence, aucun des deux ne m'a donné envie de creuser (sans que ça remette en question leur légitimité en tant que bandes humoristiques : vive la diversité !)...
Et POUF ! Voilà ce monstrueux gamin si horripilant dans sa malice égoïste et sa cruauté infantile -mais logique, puisqu'il a six ans tout au long des albums !- flanqué de son Tigre archi-blasé ; et je me suis retrouvé à rire sur trois niveaux différents et à m'émouvoir à en avoir mal au ventre.
Ce coup-ci j'ai creusé : l'intégrale et quelques articles sur l'auteur et, comme le Grand Art est TOUJOURS le résultat d'une forme de souffrance et/ou de frustration, j'ai compris pourquoi j'ai adhéré instantanément. Alors, oui : chapeau bas à Bill Watterson qui, pendant près de deux ans, a dû faire face LÉGALEMENT aux volontés mercantiles de son propre syndicat (entre autres !) pour finalement réussir à empêcher le "marchandisage" de sa création et, ainsi, sauver l'âme et la raison d'être de sa démarche artistique. Car Calvin, tout matérialiste qu'il paraisse, ne cesse avec Hobbes de mettre en valeur les plus hautes et les plus nobles aspirations de l'homme (la soif de liberté et de justice, en particulier) tout au long des cases qu'ils partagent.
L'auteur est d'une honnêteté confondante et, son immense talent graphique comme principal argument de séduction (trait dépouillé, simple, franc, direct : comme lui, quoi !), il se régale à nous fait rire, ricaner, glousser mais aussi réfléchir, s'émouvoir et s'attrister. Il m'a fait avoir honte de ma nullité humaine et m'a rempli d'espoir quant à la foi qu'on place dans l'autre. Le gars peut littéralement vous faire voyager dans le temps, en une planche, sans même un phylactère. Mais il faut la lire, pourtant, pour que ça marche...
... Alors ÇA ! Je ne sais pas pour vous mais, en ce qui me concerne, rien ne me réjouit autant que la transfiguration de vielles Lunes au travers d'une idée si originale qu'on se surprend à avoir l'impression de contempler des astres tous neufs ! Oui, c'est une énième histoire d'adolescents en quête de maturité et d'acceptation, et qui s'interrogent sur le sens de la vie (enfin surtout l'un d'eux). Oui, il y a bien évidemment une figure paternaliste toute puissante, un conflit en cours avec des ennemis mystérieux et, bien sûr, des amours -sinon romantiques, en tous cas réels- se bâtissent laborieusement, entravés par les habituels écueils de la vie...
Mais quelle singularité originale, ces personnages ?! Complètement dingue ! À tel point que même le postulat de départ explicitant l'origine de l'existence des habitants de cette Terre futuriste, pour irréel qu'il paraisse -mais qui s'en soucie ?!- n'est plus qu'un ajout poétique à l'ensemble déjà très "over the top".
Le graphisme tranche franchement avec la production Japonaise "classique", tout en respectant certains codes comme l'exagération des traits du visage et la simplification de la caractérisation des personnages (simple quant au résultat, hein ! Pas au travail que ça nécessite !), déconstruction de la mise en page au profit de l'action, etc... Mais la nature intrinsèque de ces "gemmes vivantes", justement, donne à l'auteur une infinie possibilité de renouvellement quant à la façon d'épicer son récit et en bouleverser un peu les codes, là aussi... Combien de héros ont-ils jamais changé CARRÉMENT de tête, hmm ?!
Les à plats de noir et de blanc remplacent presque les habituelles trames pour un effet graphique plus "pétant" (!) et TRÈS surprenant pour ceux qui, comme moi, ont découvert l’œuvre à travers sa plus récente adaptation animée, très colorée, pour le coup. Les points de vus différents des protagonistes sont bien argumentés, et même leurs belligérants ont une raison logique quant à leur incessante croisade. L'histoire est développée jusqu'au bout (du bout !) et, encore une fois, on reste ébloui par l'incroyable capacité des artistes nippons à réinventer l'art de raconter en images. Enfin, moi j'ai apprécié.
Soixante-cinq ans plus tôt ; Paris, 14e Arrondissement. J'ai alors 6/7 ans à l'époque, c'est donc celle de ''Petzi'', ''Roudoudou et Riquiqui'' ( dont je savais que leur parution hebdomadaire se faisait chaque Mercredi, si ma mémoire est restée bonne ??). Mais la plus marquante , fut celle de l'album de Petzi, dans lequel l'hétéroclite future équipage construisit ce bateau symbolique, page après page ; un Bonheur resté intact en mon Cœur d'enfant.
Merci à votre équipe de ne pas avoir laissé ''sombrer'' à jamais ce tendre Souvenir.
Alain Grenet
Riff Reb's nous offre un plaidoyer contre les conditions inhumaines dans les prisons de ce temps, mais cela a-t-il vraiment changé? Ce diptyque est également l'occasion d'offrir au lecteur des moments de grâce et de poésie, à ce titre je ne peux que lui octroyer la note maximale. Encore une fois je ne peux que plussoir aux avis précédents, Mr Riff Reb's est un tout grand de la bande dessinée. Son graphisme est singulier, reconnaissable entre mille. Après sa trilogie sur le monde marin voilà qu'ici il nous propose un autre voyage, celui de l'âme humaine et ses tréfonds. Librement inspiré de Jack London, et oui celui-ci n'est pas que l'auteur de "Croc Blanc", il s'empare de ce roman qui si l'on y réfléchit bien est une sorte d'attaque en règle du système carcéral, de la bêtise humaine.
Certes Darrel Standing est loin d'être un saint, il a quand même commis un meurtre, sa manière d'entrer en relation avec la hiérarchie de la prison de Saint Quentin n'en fait pas le plus grand diplomate du monde, son orgueil est immense et va lui coûter bien cher. S'ensuivent alors plusieurs planches qui nous montrent avec quelle abjection les gardiens se chargent de casser un homme, de lui enseigner des valeurs qui n'ont aucun sens dans ce milieu. Cassé physiquement à cause de la punition dite de la "camisole", Standing n'aura d'autres moyens pour s'évader que de faire appel à son cerveau que l'on qualifierait aujourd'hui d’analytique. Dans sa cellule Standing va trouver le moyen de s'évader pour retrouver des moments de vies antérieures qui vont l'aider à supporter l’insupportable.
J'attends avec impatience la suite de cette histoire magnifiquement adaptée par Riff Reb's. Adaptation et graphisme sont à l'unisson, bravo j'en redemande.
Majoration après la sortie du deuxième et dernier tome.
J'ai un peu peur de faire une redite de l'avis sur le premier tome, mais véritablement les deux albums à la suite forment un tout homogène qui évoque ce que dans les années 70 on appelait le "voyage astral" mais sans la connotation un peu baba-cool.
Pour Darrel Standing c'est une évidence, un moyen d'échapper à l'enfer qu'il vit notamment avec ce supplice de la camisole. Encore une fois les matons, le directeur de la prison ont le mauvais rôle et on peut le comprendre.
Ce diptyque est également l'occasion d'offrir au lecteur des moments de grâce et de poésie, à ce titre je ne peux que lui octroyer la note maximale
C'était nouveau et la spontanéité/authenticité de la chose était indéniable. J'avais adoré le ton juste des rapports Parents/enfants des personnages et le graphisme romantique et poétique du Hislaire de l'époque -infiniment moins déprimant que ce qu'il nous a proposé depuis...
J'avoue un faible pour les dessinateurs "en devenir" : leurs premières œuvres sont toujours pleines de trouvailles et expérimentations réjouissantes, pour qui aime l'image. Je regrette ses démêlées avec la direction de Spirou Magazine (pas éclairée sur ce coup-là, visiblement...) qui ont abouti à l'interruption de la série, lui conférant pour toujours cette couleur plus mélancolique que comique -et, à ce propos : honte aux éditions Glénat pour le choix de cet orange pétant en fond de couverture de la réédition du recueil, complètement en porte-à-faux avec l'histoire ! Le rouge sombre de l'ouvrage précédent était bien plus "raccord".
Un beau souvenir.
Ado, je l'avais effleuré avec quelques pages de Rork, dans Tintin puis, plus tard, "Le Cimetière Des Cathédrales", lors d'un voyage scolaire. Immédiatement séduit -presque malgré moi tant je préfère la courbe aux angles, dans le dessin !- mais, outre l'ambiance hyper graphique, le détail soigné -mais pas étouffant- et le récit mystérieux à souhaits, c'est le découpage qui a vraiment fait toute ma fascination instantanée pour l’œuvre de Andreas.
ENFIN un artiste soucieux AUSSI de la dynamique de sa mise en page ! Habitué que j'étais aux Comics (réussie ou non, cette dynamique y est souvent présente), j'avais goûté cette nouveauté dans le paysage francophone de la BD de l'époque. Et "La Caverne Du Souvenir" est un exemple quasi parfait de ce que Andreas a de mieux à offrir, tant graphiquement que scénaristiquement.
On s'étonne et on s'interroge (C'est QUI, ce gars ? Il va OÙ ?!), on s'émerveille (Woah : le souffle du vent sur le champs... Holàlàà ! La déesse et le règne du vivant...! L'EXPLICATION MÉTAPHORIQUE ?!?)... On arrive au bout avec la tête pleine de beauté ; et la dernière page nous en remet une couche : totale liberté graphique avec accès direct au subconscient. Andreas se fait du bien et c'est prodigieusement communicatif dans cet album. Rien que la couverture : raison initiale de mon achat de l'époque -avec deux Bilal, artiste bien plus connu et reconnu, mais dont j'ai refourgué les albums depuis lors... Album charnière, je veux bien (je ne suis pas un technicien, de l'art ou d'autre chose) mais, surtout, indispensable pour qui aime la grande poésie.
Un scénario archi-torché et une liberté de ton -et de trait !- quasi révolutionnaire (surtout et ENCORE plus aujourd'hui...). Ralf König va jusqu'au bout de son sujet : le désir charnel et les contraintes et conséquences qui résultent de son assouvissement (ou non !) ; à la fois pour le couple formé par les héros de l'histoire (plus vrais que nature et universellement humains, comme à l'accoutumée...) ainsi que pour la cohorte de personnages secondaires, tous aussi bien croqués.
La crudité graphique des scènes les plus passionnées renforce puissamment le côté "naturaliste" de l'exercice et son authenticité ; et l'humour -visuel et/ou de situation- le plus énorme se marie sans problème avec les représentations les plus détaillées de la sexualité virile.
Il faut y ajouter la tendresse de l'auteur, présente aussi dans la totalité des albums que j'ai pu lire, pour ses personnages mais aussi pour l'ensemble de ses contemporains : une générosité infinie et une absence totale de jugement -si ce n'est sur nos "choix", en tant que société. Moi, je l'ai connu via Gay-Pied magazine (si je me souviens bien...?!); mais il serait extrêmement dommageable de ne pas apprécier Ralf König AUSSI pour la dimension universelle de son œuvre : ça va bien au delà des "gros nez", Homo ou pas.
C'est avec un grand plaisir que je retrouve la fascinante épopée du kimono fantastique de Nancy Peña. Sur les pas de l'intrépide et moderne Alice Barnes, l'autrice nous fait voyager dans un Japon traditionnel qui s'ouvre au monde extérieur.
C'est donc à une confrontation culturelle intense que nous invite cette escapade japonaise. Le scénario transpire de la grande culture de l'autrice qui nous fait passer des références littéraires anglaises aux contes traditionnels japonais avec un grand brio. Deux mondes éloignés géographiquement mais qui peuvent se rejoindre tellement le fantastique et l'onirique imbibent les deux cultures littéraires.
Le titre renvoie à un ouvrage collectif qui montre la difficulté à "comprendre le Japon". Mais "ici c'est le Japon" le lecteur comme Neville doit "accepter de ne pas comprendre" mais plutôt utiliser son "nonsense anglais". Il faut donc se laisser porter dans ce monde où les Kamis vous invitent au détachement.
Graphiquement cet ouvrage est une merveille. Déjà la très belle couverture est digne des plus jolies gravures. L'intérieur est du même niveau, chaque planche est une merveille de courbes, de finesse, de foisonnement et de précision. Le dessin de Nancy participe pleinement à la narration qui nous rappelle l'importance du rapport à la nature pour les japonais.
Nature instable, exigeante et qui invite à l'humilité de l'éphémère tellement tout peut changer d'un jour à l'autre. La mise en couleur en bichromie rouge/noire ajoute de la profondeur à cette univers poétique et fantastique.
Nancy Peña conclut magnifiquement son cycle du chat du kimono par un ouvrage d'une intelligence rare. Son originalité des scénarii et son talent graphique en font à mon goût une artiste d'exception dans le monde de la BD.
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Dédales (Burns)
J'ai été intrigué et envouté par la lecture du tome 1.... Où voulait bien nous emmener cette fois l'immense Charles Burns?... Le tome 2 prolongeait l'histoire sur un rythme assez lent, restait intéressant, mais ne nous donnait pas beaucoup plus de réponses. Je me laissais porter par le récit mais l'ensemble restait assez nébuleux.... Eh bien, je dois dire que le tome 3 m'a scotché (du début à la fin) et apporte une forte cohésion à l'ensemble. Cet album est juste admirable et sa très belle conclusion très cinématographique ne vous laissera pas de marbre je l'espère ! Même si Burns joue sa partition en terrain connu, il le fait d'une si brillante manière que l'on ne peut que se résigner. Ce gars est un génie et Dédales, après Black Hole et la trilogie Toxic / La Ruche / Calavera, un nouveau chef d'oeuvre !!
Djinn Djinn
... De l'Humour, évidemment ; sauf que c'est juste prodigieusement bien fichu, c'est tout. Bon, c'est culturel aussi, même si ça n'est pas (jamais !) l'argument important, pour moi : je n'en profite guère car peu ou prou de mémoire... Et il y a encore tout un tas de personnages attachants et de répliques qui tuent : on dirait presque qu'il les éparpille dans ses Bédés juste pour nous rappeler à quel point l'échange et le discours peuvent être nourrissants et bénéfiques, en plus d'être utiles ! Qui a lu du Ralf König ne peut rester entièrement mauvais, je pense. Je défie quiconque de ne pas rire -de désespoir, même ; et par identification, par dessus le marché !- en réalisant à quelles extrémités (vestimentaires et/ou de comportements grotesques !) le désir de plaire à son Mufti pousse le héros, complètement dévoré par sa libido en folie. Et, encore une fois, tous les personnages secondaires -même juste aperçus pour les besoins de l'histoire- sont élaborés et riches d'Humanité, ne serait-ce que graphiquement. La moindre attitude, le moindre trait traduit (trahit ?!) l'empathie de l'Artiste : de la bonne enrhumée et voleuse au couple en devenir, formé par la meilleure amie et cette espèce de vieux garçon dont les maladroites -mais si sincères !- tentatives d'approche ne peuvent qu'augurer d'une joyeuse conclusion. Moi, à chaque fois, j'ai le sentiment d'un shoot d'Arnica ou d'un truc approchant -je sais, mais j'ai un organisme très sensible, alors je fais gaffe ! Je souhaiterais que la lecture de ses albums ait le même effet sur tout le monde.
Calvin et Hobbes
J'ai reçu "Complètement surbookés !" à un anniversaire (je devais déjà avoir plus de quarante ans...). Je n'avais plus rien lu de neuf depuis longtemps et mes expériences récentes spécifiques du genre consistaient en quelques (vieilles !) BD de Garfield (John est irrésistible et tangible dans sa solitude gaguesque !) et Grimmy, ce chien tellement trash dont l'auteur/dessinateur ne s'embarrasse d'aucune règle ni contrainte. Par flemme autant que par indifférence, aucun des deux ne m'a donné envie de creuser (sans que ça remette en question leur légitimité en tant que bandes humoristiques : vive la diversité !)... Et POUF ! Voilà ce monstrueux gamin si horripilant dans sa malice égoïste et sa cruauté infantile -mais logique, puisqu'il a six ans tout au long des albums !- flanqué de son Tigre archi-blasé ; et je me suis retrouvé à rire sur trois niveaux différents et à m'émouvoir à en avoir mal au ventre. Ce coup-ci j'ai creusé : l'intégrale et quelques articles sur l'auteur et, comme le Grand Art est TOUJOURS le résultat d'une forme de souffrance et/ou de frustration, j'ai compris pourquoi j'ai adhéré instantanément. Alors, oui : chapeau bas à Bill Watterson qui, pendant près de deux ans, a dû faire face LÉGALEMENT aux volontés mercantiles de son propre syndicat (entre autres !) pour finalement réussir à empêcher le "marchandisage" de sa création et, ainsi, sauver l'âme et la raison d'être de sa démarche artistique. Car Calvin, tout matérialiste qu'il paraisse, ne cesse avec Hobbes de mettre en valeur les plus hautes et les plus nobles aspirations de l'homme (la soif de liberté et de justice, en particulier) tout au long des cases qu'ils partagent. L'auteur est d'une honnêteté confondante et, son immense talent graphique comme principal argument de séduction (trait dépouillé, simple, franc, direct : comme lui, quoi !), il se régale à nous fait rire, ricaner, glousser mais aussi réfléchir, s'émouvoir et s'attrister. Il m'a fait avoir honte de ma nullité humaine et m'a rempli d'espoir quant à la foi qu'on place dans l'autre. Le gars peut littéralement vous faire voyager dans le temps, en une planche, sans même un phylactère. Mais il faut la lire, pourtant, pour que ça marche...
L'Ère des Cristaux
... Alors ÇA ! Je ne sais pas pour vous mais, en ce qui me concerne, rien ne me réjouit autant que la transfiguration de vielles Lunes au travers d'une idée si originale qu'on se surprend à avoir l'impression de contempler des astres tous neufs ! Oui, c'est une énième histoire d'adolescents en quête de maturité et d'acceptation, et qui s'interrogent sur le sens de la vie (enfin surtout l'un d'eux). Oui, il y a bien évidemment une figure paternaliste toute puissante, un conflit en cours avec des ennemis mystérieux et, bien sûr, des amours -sinon romantiques, en tous cas réels- se bâtissent laborieusement, entravés par les habituels écueils de la vie... Mais quelle singularité originale, ces personnages ?! Complètement dingue ! À tel point que même le postulat de départ explicitant l'origine de l'existence des habitants de cette Terre futuriste, pour irréel qu'il paraisse -mais qui s'en soucie ?!- n'est plus qu'un ajout poétique à l'ensemble déjà très "over the top". Le graphisme tranche franchement avec la production Japonaise "classique", tout en respectant certains codes comme l'exagération des traits du visage et la simplification de la caractérisation des personnages (simple quant au résultat, hein ! Pas au travail que ça nécessite !), déconstruction de la mise en page au profit de l'action, etc... Mais la nature intrinsèque de ces "gemmes vivantes", justement, donne à l'auteur une infinie possibilité de renouvellement quant à la façon d'épicer son récit et en bouleverser un peu les codes, là aussi... Combien de héros ont-ils jamais changé CARRÉMENT de tête, hmm ?! Les à plats de noir et de blanc remplacent presque les habituelles trames pour un effet graphique plus "pétant" (!) et TRÈS surprenant pour ceux qui, comme moi, ont découvert l’œuvre à travers sa plus récente adaptation animée, très colorée, pour le coup. Les points de vus différents des protagonistes sont bien argumentés, et même leurs belligérants ont une raison logique quant à leur incessante croisade. L'histoire est développée jusqu'au bout (du bout !) et, encore une fois, on reste ébloui par l'incroyable capacité des artistes nippons à réinventer l'art de raconter en images. Enfin, moi j'ai apprécié.
Petzi
Soixante-cinq ans plus tôt ; Paris, 14e Arrondissement. J'ai alors 6/7 ans à l'époque, c'est donc celle de ''Petzi'', ''Roudoudou et Riquiqui'' ( dont je savais que leur parution hebdomadaire se faisait chaque Mercredi, si ma mémoire est restée bonne ??). Mais la plus marquante , fut celle de l'album de Petzi, dans lequel l'hétéroclite future équipage construisit ce bateau symbolique, page après page ; un Bonheur resté intact en mon Cœur d'enfant. Merci à votre équipe de ne pas avoir laissé ''sombrer'' à jamais ce tendre Souvenir. Alain Grenet
Le Vagabond des Étoiles
Riff Reb's nous offre un plaidoyer contre les conditions inhumaines dans les prisons de ce temps, mais cela a-t-il vraiment changé? Ce diptyque est également l'occasion d'offrir au lecteur des moments de grâce et de poésie, à ce titre je ne peux que lui octroyer la note maximale. Encore une fois je ne peux que plussoir aux avis précédents, Mr Riff Reb's est un tout grand de la bande dessinée. Son graphisme est singulier, reconnaissable entre mille. Après sa trilogie sur le monde marin voilà qu'ici il nous propose un autre voyage, celui de l'âme humaine et ses tréfonds. Librement inspiré de Jack London, et oui celui-ci n'est pas que l'auteur de "Croc Blanc", il s'empare de ce roman qui si l'on y réfléchit bien est une sorte d'attaque en règle du système carcéral, de la bêtise humaine. Certes Darrel Standing est loin d'être un saint, il a quand même commis un meurtre, sa manière d'entrer en relation avec la hiérarchie de la prison de Saint Quentin n'en fait pas le plus grand diplomate du monde, son orgueil est immense et va lui coûter bien cher. S'ensuivent alors plusieurs planches qui nous montrent avec quelle abjection les gardiens se chargent de casser un homme, de lui enseigner des valeurs qui n'ont aucun sens dans ce milieu. Cassé physiquement à cause de la punition dite de la "camisole", Standing n'aura d'autres moyens pour s'évader que de faire appel à son cerveau que l'on qualifierait aujourd'hui d’analytique. Dans sa cellule Standing va trouver le moyen de s'évader pour retrouver des moments de vies antérieures qui vont l'aider à supporter l’insupportable. J'attends avec impatience la suite de cette histoire magnifiquement adaptée par Riff Reb's. Adaptation et graphisme sont à l'unisson, bravo j'en redemande. Majoration après la sortie du deuxième et dernier tome. J'ai un peu peur de faire une redite de l'avis sur le premier tome, mais véritablement les deux albums à la suite forment un tout homogène qui évoque ce que dans les années 70 on appelait le "voyage astral" mais sans la connotation un peu baba-cool. Pour Darrel Standing c'est une évidence, un moyen d'échapper à l'enfer qu'il vit notamment avec ce supplice de la camisole. Encore une fois les matons, le directeur de la prison ont le mauvais rôle et on peut le comprendre. Ce diptyque est également l'occasion d'offrir au lecteur des moments de grâce et de poésie, à ce titre je ne peux que lui octroyer la note maximale
Bidouille et Violette
C'était nouveau et la spontanéité/authenticité de la chose était indéniable. J'avais adoré le ton juste des rapports Parents/enfants des personnages et le graphisme romantique et poétique du Hislaire de l'époque -infiniment moins déprimant que ce qu'il nous a proposé depuis... J'avoue un faible pour les dessinateurs "en devenir" : leurs premières œuvres sont toujours pleines de trouvailles et expérimentations réjouissantes, pour qui aime l'image. Je regrette ses démêlées avec la direction de Spirou Magazine (pas éclairée sur ce coup-là, visiblement...) qui ont abouti à l'interruption de la série, lui conférant pour toujours cette couleur plus mélancolique que comique -et, à ce propos : honte aux éditions Glénat pour le choix de cet orange pétant en fond de couverture de la réédition du recueil, complètement en porte-à-faux avec l'histoire ! Le rouge sombre de l'ouvrage précédent était bien plus "raccord". Un beau souvenir.
La Caverne du souvenir
Ado, je l'avais effleuré avec quelques pages de Rork, dans Tintin puis, plus tard, "Le Cimetière Des Cathédrales", lors d'un voyage scolaire. Immédiatement séduit -presque malgré moi tant je préfère la courbe aux angles, dans le dessin !- mais, outre l'ambiance hyper graphique, le détail soigné -mais pas étouffant- et le récit mystérieux à souhaits, c'est le découpage qui a vraiment fait toute ma fascination instantanée pour l’œuvre de Andreas. ENFIN un artiste soucieux AUSSI de la dynamique de sa mise en page ! Habitué que j'étais aux Comics (réussie ou non, cette dynamique y est souvent présente), j'avais goûté cette nouveauté dans le paysage francophone de la BD de l'époque. Et "La Caverne Du Souvenir" est un exemple quasi parfait de ce que Andreas a de mieux à offrir, tant graphiquement que scénaristiquement. On s'étonne et on s'interroge (C'est QUI, ce gars ? Il va OÙ ?!), on s'émerveille (Woah : le souffle du vent sur le champs... Holàlàà ! La déesse et le règne du vivant...! L'EXPLICATION MÉTAPHORIQUE ?!?)... On arrive au bout avec la tête pleine de beauté ; et la dernière page nous en remet une couche : totale liberté graphique avec accès direct au subconscient. Andreas se fait du bien et c'est prodigieusement communicatif dans cet album. Rien que la couverture : raison initiale de mon achat de l'époque -avec deux Bilal, artiste bien plus connu et reconnu, mais dont j'ai refourgué les albums depuis lors... Album charnière, je veux bien (je ne suis pas un technicien, de l'art ou d'autre chose) mais, surtout, indispensable pour qui aime la grande poésie.
Conrad et Paul
Un scénario archi-torché et une liberté de ton -et de trait !- quasi révolutionnaire (surtout et ENCORE plus aujourd'hui...). Ralf König va jusqu'au bout de son sujet : le désir charnel et les contraintes et conséquences qui résultent de son assouvissement (ou non !) ; à la fois pour le couple formé par les héros de l'histoire (plus vrais que nature et universellement humains, comme à l'accoutumée...) ainsi que pour la cohorte de personnages secondaires, tous aussi bien croqués. La crudité graphique des scènes les plus passionnées renforce puissamment le côté "naturaliste" de l'exercice et son authenticité ; et l'humour -visuel et/ou de situation- le plus énorme se marie sans problème avec les représentations les plus détaillées de la sexualité virile. Il faut y ajouter la tendresse de l'auteur, présente aussi dans la totalité des albums que j'ai pu lire, pour ses personnages mais aussi pour l'ensemble de ses contemporains : une générosité infinie et une absence totale de jugement -si ce n'est sur nos "choix", en tant que société. Moi, je l'ai connu via Gay-Pied magazine (si je me souviens bien...?!); mais il serait extrêmement dommageable de ne pas apprécier Ralf König AUSSI pour la dimension universelle de son œuvre : ça va bien au delà des "gros nez", Homo ou pas.
Le Goût du Japon
C'est avec un grand plaisir que je retrouve la fascinante épopée du kimono fantastique de Nancy Peña. Sur les pas de l'intrépide et moderne Alice Barnes, l'autrice nous fait voyager dans un Japon traditionnel qui s'ouvre au monde extérieur. C'est donc à une confrontation culturelle intense que nous invite cette escapade japonaise. Le scénario transpire de la grande culture de l'autrice qui nous fait passer des références littéraires anglaises aux contes traditionnels japonais avec un grand brio. Deux mondes éloignés géographiquement mais qui peuvent se rejoindre tellement le fantastique et l'onirique imbibent les deux cultures littéraires. Le titre renvoie à un ouvrage collectif qui montre la difficulté à "comprendre le Japon". Mais "ici c'est le Japon" le lecteur comme Neville doit "accepter de ne pas comprendre" mais plutôt utiliser son "nonsense anglais". Il faut donc se laisser porter dans ce monde où les Kamis vous invitent au détachement. Graphiquement cet ouvrage est une merveille. Déjà la très belle couverture est digne des plus jolies gravures. L'intérieur est du même niveau, chaque planche est une merveille de courbes, de finesse, de foisonnement et de précision. Le dessin de Nancy participe pleinement à la narration qui nous rappelle l'importance du rapport à la nature pour les japonais. Nature instable, exigeante et qui invite à l'humilité de l'éphémère tellement tout peut changer d'un jour à l'autre. La mise en couleur en bichromie rouge/noire ajoute de la profondeur à cette univers poétique et fantastique. Nancy Peña conclut magnifiquement son cycle du chat du kimono par un ouvrage d'une intelligence rare. Son originalité des scénarii et son talent graphique en font à mon goût une artiste d'exception dans le monde de la BD.