Une histoire d’amour avec en exergue une citation de Proudhon, et en quatrième de couverture une citation d’André Breton (mon auteur favori – mais pas seulement), voilà de bonnes raisons de se plonger dans la lecture de cet album.
Rabaté a publié beaucoup d’albums sur les gens ordinaires, simples, souvent situés dans la France des trente glorieuses. Cet album ne déroge pas, mais il y a ici moins de noirceur, moins de méchanceté face à ces Français moyens. Bien au contraire, il s’attaque ici aux valeurs de la bonne société bourgeoise (la propriété avant tout), au travers de ce groupe de voleurs qui pillent les villas d’une petite ville balnéaire, dans un esprit anarchiste proche de la « reprise individuelle ».
Un jeune homme, fils de bonne famille promis à une carrière militaire, tombe amoureux d’une belle voleuse, et c’est un vent de liberté qui souffle fort dans sa vie, au point de lui faire changer de perspective.
Une belle histoire d’amour qui se fiche des conventions et des lois et, malgré les rebondissements du dernier tiers, Rabaté fait le choix de laisser la liberté, l’amour, triompher de certains déterminismes de la société, de la morale et de la loi.
C’est une histoire agréable à lire, rapidement (peu de texte, et des pages très aérées).
Depuis la fin 2014 la France a perdu une partie du contrôle de ses centrales nucléaires au profit des Américains.
Frédéric Pierucci, ancien cadre d'une des filiales d'Alstom, s’est retrouvé au cœur de ce scandale d'État.
En avril 2013, il est arrêté à New York par le FBI et poursuivi pour une soi-disant affaire de corruption. Les autorités américaines l'ont enfermé pendant plus de deux ans. Un véritable chantage pour obliger Alstom à payer la plus gigantesque amende jamais infligée par les États-Unis, et à se vendre à General Electric, son grand concurrent américain.
Cette histoire illustre la guerre secrète que les États-Unis livrent à la France et à l'Europe en détournant le droit et la morale pour les utiliser comme des armes économiques. L'une après l'autre, nos plus grandes sociétés (Alcatel, Total, BNP Paribas, Société Générale et bientôt d'autres) sont déstabilisées. Ces dernières années, plus de 14 milliards de dollars d'amende ont ainsi été payés par nos entreprises au Trésor américain.
Il aura fallu que je tombe sur cette bd édifiante, pour mesurer à quel point nos « alliés » occidentaux, « les champions du monde libre », se comportent vis-à-vis de la France sur la scène économique. Je n’ai jamais vu ce sujet majeur traité par le journalisme...
Cette BD est prenante et donne envie d’en savoir plus sur le sujet.
Le seul aspect que je regrette, c’est que cette bd n’ait pas assez fait ressortir les responsabilités de Macron et d’Hollande dans cette vente d’intérêts stratégiques aux américains.
Niveau graphisme, c’est une bichromie noire & blanche parfaitement adaptée pour un documentaire, un peu à la façon de Homicide - Une année dans les rues de Baltimore.
Pas besoin d’être un breton pour découvrir cet album magnifique. Pascal Bresson et Erwan Le Saëc ont su nous replonger dans l’affaire du Bugaled Breizh, chalutier qui a coulé mystérieusement en janvier 2004 dans les eaux britanniques au sud du Cap Lizard emportant 5 malheureux marins. A travers un journaliste sur le déclin mais fort en gueule, nous suivons l’enquête. Les incohérences sont nombreuses. C’est palpitant. Vous ne pouvez lire ce récit que d’une seule traite !
La question sous-jacente que pose cet album… pouvons-nous avoir foi aveuglement en l’état et à son armée ? On peut en douter. 18 ans après ce drame, les familles de ces marins sont toujours en attente, afin de comprendre ce qui s’est passé réellement. Deux scénarios s’affrontent. Celui d’un malheureux accident ou plus certainement d’un accrochage avec un sous-marin au cours d’un exercice militaire. Ne serions-nous pas devant un mensonge d’Etat ? Difficile de comprendre pourquoi si nous étions sur un banal accident, certains éléments sont toujours classés secret défense ! Les zones d’ombres sont nombreuses.
Au-delà du scénario parfaitement maitrisé, je suis subjugué par le graphisme d’Erwan Le Saëc. Le trait est précis et fin. Les paysages et les scènes maritimes sont sublissimes. L’effet wahou est là ! Un plaisir pour les yeux cet album. Et que dire de la couverture avec son océan de sang et une ombre inquiétante ! c’est admirable.
BD a vous procurer en urgence car malheureusement toujours d’actualité. Un gros coup de coeur.
Bammmm ! Ça calme ça comme album !!!!
Harold Schechter nous raconte l'hallucinante vie de ce terrible tueur en série qui inspira le roman psychose et son adaptation au cinéma par Hitchcock avec le talentueux dessinateur Eric Powell (The Goon, Hillbilly ou encore Big Man Plans).
J'avoue que je ne connaissais pas du tout l'histoire de ce tueur en série et que je me suis fait captiver et pleinement surprendre par ce récit. Les auteurs ont l'excellente idée de recontextualiser l'horreur en nous racontant l'enfance et le cadre familial dans lequel Ed Gein a grandit. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'a pas été aidé de ce côté là, entre un père feignant, alcoolique et violent et une mère bigote et autoritaire. C'est pourtant cette dernière qui restera toute sa vie son phare et sa raison de vivre... puis sa raison de tuer...
Timide, un peu simple et pas très dégourdi, Ed va survivre tant bien que mal dans ce Wisconsin profond des années 50'. La mort de sa mère va achever de le faire basculer dans la folie profonde et lui faire commettre les pires atrocités imaginables. Comme les policiers qui débarquent chez lui après la disparition de deux femmes dans son village, on tombe littéralement sur le cul quand les macabres découvertes qu'ils vont faire nous pètent à la gueule. Et c'est ce qui va marquer un pays entier au travers de cette histoire, c'est de réaliser que le danger et l'horreur ne viennent pas forcément de l'autre bout du monde ou de l'espace mais qu'il peut être tapi en son sein, juste à côté de chez soi.
Eric Powell fait des merveilles en usant d'une colorisation toute en nuances de gris qui met pleinement en valeur son trait très expressif, surtout quand il s'agit des visages de ses personnages.
Voilà un album des plus réussi sur un personnage hallucinant qui aura marqué de lugubre façon l'humanité.
Oouhhh la jolie pépite que voilà !
Très inspiré (et influencé par Miyazaki), "Janardana" se révèle être un magnifique one shot qui ravira tous les amateurs d'aventure et d'exotisme !
Marcel Piton, ancien militaire et baroudeur a fini par se poser dans le sud ouest de la France où il y a monté une petite entreprise de pêche avec quelques associés. Le nouveau facteur du village lui apporte en main propre un courrier qui va le mettre dans tous ses états et le replonger dans un passé qu'il croyait révolu. Son jeune ami Dev qu'il s'était fait en Inde lorsqu'il était militaire vient de lui envoyer un appel à l'aide ; ni une, ni deux, Marcel embarque pour l'Inde pour retrouver son ami. S'il reste introuvable, il va rapidement faire connaissance de son espiègle fille avec qui il va se retrouver plongé dans des aventures hautes en couleur !
Entre des personnages truculents et des paysages somptueux, on est rapidement captivé par ce récit. Antoine Ettori qui assure scénario et dessin s'est fait plaisir et le partage volontiers pour notre plus grand bonheur ! Les amateurs de Miyazaki ne pourront qu'être comblés par cet album qui fleure bon le studio Ghibli, tant dans les thématiques et les personnages mis en scènes que par cette mise en couleur tout en aquarelle qui donne chaleur, ambiances et lumière à ses planches. J'ai aussi apprécié la façon d'aborder les sujets graves sans donner dans la morale mais sans faire dans le compromis ni la mièvrerie non plus. L'aventure est au rendez-vous et on dévore ces 150 pages sans s'en rendre compte !
Bref, une très bonne surprise que cet album que je recommande chaudement !
Vous ne connaissez pas Nicholas Zaroff ? Un oligarque russe - pas très sympathique - qui n’a qu’une idée en tête … se venger de ceux qui sont responsables de l’internement dans l’asile de Bedlam à Londres jusqu’à la fin de ses jours de son aïeul. Le temps a passé. Le comte Zaroff va donc s’en prendre aux descendants des coupables d’antan qui ont engendré le malheur sur sa famille pendant un siècle et demi. La vengeance est un plat qui se mange froid !
Le comte Zaroff est un chasseur particulièrement sanguinaire. Son plaisir est immense au contact du sang de ses proies. La poursuite, la filature, et l’affût sont sa came ! Et le lecteur que je suis a pris un plaisir incommensurable dans cette traque sanguinolente dans les égouts de Londres avec un peu de docteur Moreau et un peu de Frankenstein. Je suis juste baba par la qualité du scénario mais surtout par le graphisme magnifique de Carlos Puerto. On touche au sublime et à l’admirable. La colorisation sombre rend l’atmosphère particulièrement glauque. J’en ai des frissons dans le dos.
C’est du fantastique particulièrement réussi. Du super méchant psychopathe bien croustillant. Une découverte durant les 48h de la BD. Je vous encourage à vous plonger dans cette chasse dans laquelle le gibier est un humain. Vous aurez le goût du sang dans la bouche. C’est savoureux.
C'est l'histoire d'une vie gâchée. Celle de Karl, qui vit en Allemagne de l'Est dans l'après-guerre, et qui découvre qu'il est attiré par les hommes. Mais à Leipzig, à cette époque, c'est mal vu, et pire, considéré comme criminel. Alors Karl ment, feint de rire aux blagues masculinistes de ses collègues, d'être attiré par les femmes. Il se marie une première fois, a un enfant. Mais comme il est pris quasiment en flagrant délit, son beau-père, qui est aussi son employeur, le met à la porte. Karl reprend sa vie ailleurs, fonde une nouvelle famille, mais la rencontre d'Helmut va encore une fois tout bouleverser.
Au fil des pages, des mésaventures sentimentales de Karl, on sent venir la tristesse infinie qui a présidé à sa vie. Une vie presque totalement gâchée par les carcans de la société est-allemande (puis ouest-allemande, mais on ne voit pas vraiment de différences). Pourtant Karl essaie de combattre ses penchants naturels, il croit aimer Anna, puis Lieselotte. Il aime ses enfants, mais brise leur vie. Sur ses vieux jours il tente de recoller les morceaux avec sa fille, partie depuis des années... Au-delà du fait qu'il se cache, c'est aussi la méfiance envers ses femmes, ses amis qui pose problème : seule une de ses collègues le comprend et l'écoute, le soutient. C'est trop peu.
Matthias Lehmann nous propose donc un récit très -TRES- émouvant, émaillé des différents épisodes qui ont fait de la vie de Karl un fiasco. C'est un récit en creux de la société allemande de l'après-guerre, dans laquelle l'homosexualité était criminelle. L'auteur évite l'écueil du sordide, en nous montrant un homme en proie à des doutes permanents, qui est sans cesse tiraillé entre son attirance pour le même sexe et l'amour véritable, mais maladroit, qu'il a pour ses enfants. Son trait élégant en noir et blanc magnifie cette sensibilité, et l'expressivité subtile de ses personnages permet de vite faire passer les plus de 450 pages que comporte ce très beau one shot.
Deuxième album que je lis dans cet univers de la Pieuvre, et c’est encore une satisfaction.
J’aime bien la façon dont Gess use des décors de ce Paris populaire revisité, de la fin du XIXème et du tout début du XXème siècle. L’omniprésence de la poésie de Baudelaire, en particulier des Fleurs du mal, colle très bien à l’ambiance – en plus de me plaire en elle-même.
L’histoire se laisse lire agréablement. Le héros, un tueur à gages, est agonisant, et au milieu de quelques cauchemars, revoit son passé, que nous suivons avec lui. La narration est fluide, même si l’on ne nous apprend pas grand-chose de la Pieuvre (les autres opus complètent les informations à propos de cette organisation mafieuse, dont les dirigeants, complémentaires, ont des caractéristiques étonnantes).
J’ajoute que j’ai bien aimé le dessin, et la colorisation : certaines planches sont vraiment très belles.
C’est en tout cas un album recommandable.
Troisième opus de cet univers inclassable développé par Stanislas Moussé depuis 3 ans, et c’est encore avec plaisir que je m’y suis plongé.
On y retrouve tout d’abord son dessin reconnaissable entre mille. Avec un trait fin, méticuleux, au stylo, qui alterne les dessins minimalistes et les planches débordant de détails, exubérantes. Quelques accointances avec le dessin de Clément Vuillier (sur Talweg ou Nous partîmes 500 par exemple).
Avec des personnages le plus souvent pourvus d’un seul œil.
Le dessin presque enfantin masque une plus grande exigence du récit, toujours muet, où les passages poétiques se mêlent à ceux plus terre à terre et violents. Dans cet opus, il y a aussi davantage de créatures extraordinaires, qui ajoutent à l’aspect étrange de l’ensemble.
Difficile de résumer l’histoire. Mais la lecture est encore agréable, pleine de fraicheur. J’en redemande !
Budjette Tan et Kajo Baldisimo sont deux auteurs philippins et ils nous proposent "Trese" un komiks car c'est ainsi que l'ont écrit bande dessinée en tagalop, la langue parlée sur l'île de Luzon là où grouille Manille, capitale aux quatorze millions d'habitants.
Alexandra Trese marche sur les traces de son père, elle est une consultante particulière de la police, dès que le surnaturel pointe le bout de son nez. Elle est toujours accompagnée par deux Kambal, ses gardes du corps.
Ce Komiks permet de découvrir le folklore philippin avec toute sa ribambelle de créatures, d'esprits et de monstres. Des chapitres de vingt quatre planches relatant chacun une histoire complète, cela fait la force de cet album mais cela pourrait aussi en faire sur le long terme sa faiblesse, trop redondant. Entre chaque chapitre, des explications nous sont données sur le surnaturel rencontré précédemment sous forme de journal.
Une héroïne qui reste assez mystérieuse, quelques brides de son passé nous sont dévoilées.
Un dessin nerveux, un noir et blanc marqué et tout en nuances. Il se rapproche des comics avec quelques touches de manga, en particulier sur le beau visage d'Alexandra. Une mise en page dynamique.
De l'excellent travail.
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Sous les galets la plage
Une histoire d’amour avec en exergue une citation de Proudhon, et en quatrième de couverture une citation d’André Breton (mon auteur favori – mais pas seulement), voilà de bonnes raisons de se plonger dans la lecture de cet album. Rabaté a publié beaucoup d’albums sur les gens ordinaires, simples, souvent situés dans la France des trente glorieuses. Cet album ne déroge pas, mais il y a ici moins de noirceur, moins de méchanceté face à ces Français moyens. Bien au contraire, il s’attaque ici aux valeurs de la bonne société bourgeoise (la propriété avant tout), au travers de ce groupe de voleurs qui pillent les villas d’une petite ville balnéaire, dans un esprit anarchiste proche de la « reprise individuelle ». Un jeune homme, fils de bonne famille promis à une carrière militaire, tombe amoureux d’une belle voleuse, et c’est un vent de liberté qui souffle fort dans sa vie, au point de lui faire changer de perspective. Une belle histoire d’amour qui se fiche des conventions et des lois et, malgré les rebondissements du dernier tiers, Rabaté fait le choix de laisser la liberté, l’amour, triompher de certains déterminismes de la société, de la morale et de la loi. C’est une histoire agréable à lire, rapidement (peu de texte, et des pages très aérées).
Le Piège américain
Depuis la fin 2014 la France a perdu une partie du contrôle de ses centrales nucléaires au profit des Américains. Frédéric Pierucci, ancien cadre d'une des filiales d'Alstom, s’est retrouvé au cœur de ce scandale d'État. En avril 2013, il est arrêté à New York par le FBI et poursuivi pour une soi-disant affaire de corruption. Les autorités américaines l'ont enfermé pendant plus de deux ans. Un véritable chantage pour obliger Alstom à payer la plus gigantesque amende jamais infligée par les États-Unis, et à se vendre à General Electric, son grand concurrent américain. Cette histoire illustre la guerre secrète que les États-Unis livrent à la France et à l'Europe en détournant le droit et la morale pour les utiliser comme des armes économiques. L'une après l'autre, nos plus grandes sociétés (Alcatel, Total, BNP Paribas, Société Générale et bientôt d'autres) sont déstabilisées. Ces dernières années, plus de 14 milliards de dollars d'amende ont ainsi été payés par nos entreprises au Trésor américain. Il aura fallu que je tombe sur cette bd édifiante, pour mesurer à quel point nos « alliés » occidentaux, « les champions du monde libre », se comportent vis-à-vis de la France sur la scène économique. Je n’ai jamais vu ce sujet majeur traité par le journalisme... Cette BD est prenante et donne envie d’en savoir plus sur le sujet. Le seul aspect que je regrette, c’est que cette bd n’ait pas assez fait ressortir les responsabilités de Macron et d’Hollande dans cette vente d’intérêts stratégiques aux américains. Niveau graphisme, c’est une bichromie noire & blanche parfaitement adaptée pour un documentaire, un peu à la façon de Homicide - Une année dans les rues de Baltimore.
Bugaled Breizh - 37 secondes
Pas besoin d’être un breton pour découvrir cet album magnifique. Pascal Bresson et Erwan Le Saëc ont su nous replonger dans l’affaire du Bugaled Breizh, chalutier qui a coulé mystérieusement en janvier 2004 dans les eaux britanniques au sud du Cap Lizard emportant 5 malheureux marins. A travers un journaliste sur le déclin mais fort en gueule, nous suivons l’enquête. Les incohérences sont nombreuses. C’est palpitant. Vous ne pouvez lire ce récit que d’une seule traite ! La question sous-jacente que pose cet album… pouvons-nous avoir foi aveuglement en l’état et à son armée ? On peut en douter. 18 ans après ce drame, les familles de ces marins sont toujours en attente, afin de comprendre ce qui s’est passé réellement. Deux scénarios s’affrontent. Celui d’un malheureux accident ou plus certainement d’un accrochage avec un sous-marin au cours d’un exercice militaire. Ne serions-nous pas devant un mensonge d’Etat ? Difficile de comprendre pourquoi si nous étions sur un banal accident, certains éléments sont toujours classés secret défense ! Les zones d’ombres sont nombreuses. Au-delà du scénario parfaitement maitrisé, je suis subjugué par le graphisme d’Erwan Le Saëc. Le trait est précis et fin. Les paysages et les scènes maritimes sont sublissimes. L’effet wahou est là ! Un plaisir pour les yeux cet album. Et que dire de la couverture avec son océan de sang et une ombre inquiétante ! c’est admirable. BD a vous procurer en urgence car malheureusement toujours d’actualité. Un gros coup de coeur.
Ed Gein - Autopsie d'un tueur en série
Bammmm ! Ça calme ça comme album !!!! Harold Schechter nous raconte l'hallucinante vie de ce terrible tueur en série qui inspira le roman psychose et son adaptation au cinéma par Hitchcock avec le talentueux dessinateur Eric Powell (The Goon, Hillbilly ou encore Big Man Plans). J'avoue que je ne connaissais pas du tout l'histoire de ce tueur en série et que je me suis fait captiver et pleinement surprendre par ce récit. Les auteurs ont l'excellente idée de recontextualiser l'horreur en nous racontant l'enfance et le cadre familial dans lequel Ed Gein a grandit. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'a pas été aidé de ce côté là, entre un père feignant, alcoolique et violent et une mère bigote et autoritaire. C'est pourtant cette dernière qui restera toute sa vie son phare et sa raison de vivre... puis sa raison de tuer... Timide, un peu simple et pas très dégourdi, Ed va survivre tant bien que mal dans ce Wisconsin profond des années 50'. La mort de sa mère va achever de le faire basculer dans la folie profonde et lui faire commettre les pires atrocités imaginables. Comme les policiers qui débarquent chez lui après la disparition de deux femmes dans son village, on tombe littéralement sur le cul quand les macabres découvertes qu'ils vont faire nous pètent à la gueule. Et c'est ce qui va marquer un pays entier au travers de cette histoire, c'est de réaliser que le danger et l'horreur ne viennent pas forcément de l'autre bout du monde ou de l'espace mais qu'il peut être tapi en son sein, juste à côté de chez soi. Eric Powell fait des merveilles en usant d'une colorisation toute en nuances de gris qui met pleinement en valeur son trait très expressif, surtout quand il s'agit des visages de ses personnages. Voilà un album des plus réussi sur un personnage hallucinant qui aura marqué de lugubre façon l'humanité.
Janardana
Oouhhh la jolie pépite que voilà ! Très inspiré (et influencé par Miyazaki), "Janardana" se révèle être un magnifique one shot qui ravira tous les amateurs d'aventure et d'exotisme ! Marcel Piton, ancien militaire et baroudeur a fini par se poser dans le sud ouest de la France où il y a monté une petite entreprise de pêche avec quelques associés. Le nouveau facteur du village lui apporte en main propre un courrier qui va le mettre dans tous ses états et le replonger dans un passé qu'il croyait révolu. Son jeune ami Dev qu'il s'était fait en Inde lorsqu'il était militaire vient de lui envoyer un appel à l'aide ; ni une, ni deux, Marcel embarque pour l'Inde pour retrouver son ami. S'il reste introuvable, il va rapidement faire connaissance de son espiègle fille avec qui il va se retrouver plongé dans des aventures hautes en couleur ! Entre des personnages truculents et des paysages somptueux, on est rapidement captivé par ce récit. Antoine Ettori qui assure scénario et dessin s'est fait plaisir et le partage volontiers pour notre plus grand bonheur ! Les amateurs de Miyazaki ne pourront qu'être comblés par cet album qui fleure bon le studio Ghibli, tant dans les thématiques et les personnages mis en scènes que par cette mise en couleur tout en aquarelle qui donne chaleur, ambiances et lumière à ses planches. J'ai aussi apprécié la façon d'aborder les sujets graves sans donner dans la morale mais sans faire dans le compromis ni la mièvrerie non plus. L'aventure est au rendez-vous et on dévore ces 150 pages sans s'en rendre compte ! Bref, une très bonne surprise que cet album que je recommande chaudement !
Maudit sois-tu
Vous ne connaissez pas Nicholas Zaroff ? Un oligarque russe - pas très sympathique - qui n’a qu’une idée en tête … se venger de ceux qui sont responsables de l’internement dans l’asile de Bedlam à Londres jusqu’à la fin de ses jours de son aïeul. Le temps a passé. Le comte Zaroff va donc s’en prendre aux descendants des coupables d’antan qui ont engendré le malheur sur sa famille pendant un siècle et demi. La vengeance est un plat qui se mange froid ! Le comte Zaroff est un chasseur particulièrement sanguinaire. Son plaisir est immense au contact du sang de ses proies. La poursuite, la filature, et l’affût sont sa came ! Et le lecteur que je suis a pris un plaisir incommensurable dans cette traque sanguinolente dans les égouts de Londres avec un peu de docteur Moreau et un peu de Frankenstein. Je suis juste baba par la qualité du scénario mais surtout par le graphisme magnifique de Carlos Puerto. On touche au sublime et à l’admirable. La colorisation sombre rend l’atmosphère particulièrement glauque. J’en ai des frissons dans le dos. C’est du fantastique particulièrement réussi. Du super méchant psychopathe bien croustillant. Une découverte durant les 48h de la BD. Je vous encourage à vous plonger dans cette chasse dans laquelle le gibier est un humain. Vous aurez le goût du sang dans la bouche. C’est savoureux.
Une Vie en parallèle
C'est l'histoire d'une vie gâchée. Celle de Karl, qui vit en Allemagne de l'Est dans l'après-guerre, et qui découvre qu'il est attiré par les hommes. Mais à Leipzig, à cette époque, c'est mal vu, et pire, considéré comme criminel. Alors Karl ment, feint de rire aux blagues masculinistes de ses collègues, d'être attiré par les femmes. Il se marie une première fois, a un enfant. Mais comme il est pris quasiment en flagrant délit, son beau-père, qui est aussi son employeur, le met à la porte. Karl reprend sa vie ailleurs, fonde une nouvelle famille, mais la rencontre d'Helmut va encore une fois tout bouleverser. Au fil des pages, des mésaventures sentimentales de Karl, on sent venir la tristesse infinie qui a présidé à sa vie. Une vie presque totalement gâchée par les carcans de la société est-allemande (puis ouest-allemande, mais on ne voit pas vraiment de différences). Pourtant Karl essaie de combattre ses penchants naturels, il croit aimer Anna, puis Lieselotte. Il aime ses enfants, mais brise leur vie. Sur ses vieux jours il tente de recoller les morceaux avec sa fille, partie depuis des années... Au-delà du fait qu'il se cache, c'est aussi la méfiance envers ses femmes, ses amis qui pose problème : seule une de ses collègues le comprend et l'écoute, le soutient. C'est trop peu. Matthias Lehmann nous propose donc un récit très -TRES- émouvant, émaillé des différents épisodes qui ont fait de la vie de Karl un fiasco. C'est un récit en creux de la société allemande de l'après-guerre, dans laquelle l'homosexualité était criminelle. L'auteur évite l'écueil du sordide, en nous montrant un homme en proie à des doutes permanents, qui est sans cesse tiraillé entre son attirance pour le même sexe et l'amour véritable, mais maladroit, qu'il a pour ses enfants. Son trait élégant en noir et blanc magnifie cette sensibilité, et l'expressivité subtile de ses personnages permet de vite faire passer les plus de 450 pages que comporte ce très beau one shot.
La Malédiction de Gustave Babel
Deuxième album que je lis dans cet univers de la Pieuvre, et c’est encore une satisfaction. J’aime bien la façon dont Gess use des décors de ce Paris populaire revisité, de la fin du XIXème et du tout début du XXème siècle. L’omniprésence de la poésie de Baudelaire, en particulier des Fleurs du mal, colle très bien à l’ambiance – en plus de me plaire en elle-même. L’histoire se laisse lire agréablement. Le héros, un tueur à gages, est agonisant, et au milieu de quelques cauchemars, revoit son passé, que nous suivons avec lui. La narration est fluide, même si l’on ne nous apprend pas grand-chose de la Pieuvre (les autres opus complètent les informations à propos de cette organisation mafieuse, dont les dirigeants, complémentaires, ont des caractéristiques étonnantes). J’ajoute que j’ai bien aimé le dessin, et la colorisation : certaines planches sont vraiment très belles. C’est en tout cas un album recommandable.
Mater
Troisième opus de cet univers inclassable développé par Stanislas Moussé depuis 3 ans, et c’est encore avec plaisir que je m’y suis plongé. On y retrouve tout d’abord son dessin reconnaissable entre mille. Avec un trait fin, méticuleux, au stylo, qui alterne les dessins minimalistes et les planches débordant de détails, exubérantes. Quelques accointances avec le dessin de Clément Vuillier (sur Talweg ou Nous partîmes 500 par exemple). Avec des personnages le plus souvent pourvus d’un seul œil. Le dessin presque enfantin masque une plus grande exigence du récit, toujours muet, où les passages poétiques se mêlent à ceux plus terre à terre et violents. Dans cet opus, il y a aussi davantage de créatures extraordinaires, qui ajoutent à l’aspect étrange de l’ensemble. Difficile de résumer l’histoire. Mais la lecture est encore agréable, pleine de fraicheur. J’en redemande !
Trese
Budjette Tan et Kajo Baldisimo sont deux auteurs philippins et ils nous proposent "Trese" un komiks car c'est ainsi que l'ont écrit bande dessinée en tagalop, la langue parlée sur l'île de Luzon là où grouille Manille, capitale aux quatorze millions d'habitants. Alexandra Trese marche sur les traces de son père, elle est une consultante particulière de la police, dès que le surnaturel pointe le bout de son nez. Elle est toujours accompagnée par deux Kambal, ses gardes du corps. Ce Komiks permet de découvrir le folklore philippin avec toute sa ribambelle de créatures, d'esprits et de monstres. Des chapitres de vingt quatre planches relatant chacun une histoire complète, cela fait la force de cet album mais cela pourrait aussi en faire sur le long terme sa faiblesse, trop redondant. Entre chaque chapitre, des explications nous sont données sur le surnaturel rencontré précédemment sous forme de journal. Une héroïne qui reste assez mystérieuse, quelques brides de son passé nous sont dévoilées. Un dessin nerveux, un noir et blanc marqué et tout en nuances. Il se rapproche des comics avec quelques touches de manga, en particulier sur le beau visage d'Alexandra. Une mise en page dynamique. De l'excellent travail. Je recommande pour le dépaysement et la découverte de ces deux auteurs de talent.