Les derniers avis (32428 avis)

Couverture de la série Caroline Choléra
Caroline Choléra

Pichard a produit – seul ou simplement au dessin – pas mal de séries du même genre dans les années 1970-1980, avec à chaque fois une héroïne très délurée, mais aussi très bien en chair, dans des aventures passablement foutraques et inclassables. Résumer l’histoire est difficile, et n’apporterait pas grand-chose, tant cela part dans tous les sens, au point qu’on peut supposer que, sur une trame légère, Danie Dubos a pas mal brodé, se laissant emporter par l’improvisation. C’est de l’aventure foutraque, mâtinée d’une certaine poésie surréaliste, d’un peu de fantastique poétique, et de non-sens. On le voit il ne faut pas être un adepte forcené de la BD franco-belge classique pour apprécier ce délire ! Surtout qu’à tous ces ingrédients s’ajoute une touche érotique, plus ou moins marquée – d’ailleurs bien plus visible dans le second tome, avec certains passages frôlant presque le BDSM soft, lorsque Caroline est violée par tout un équipage, et que des femmes ficelées subissent des outrages que la morale pourrait réprouver. Le look improbable de Caroline Choléra, jeune berrichonne qui traverse le monde pour ramener sa bestiole, une « douvve » dans une île lointaine, vaut aussi son pesant de cacahuètes. Caroline est souvent dénudée, et, lorsqu’elle est « habillée », elle porte une sorte de combinaison et des bas assortis, noirs à points blancs, avec des sabots ! Vaisseau spatial ou navires de pirates, animaux merveilleux (comme une sorte de dauphin à deux têtes tout droit sorti d’un vieux portulan) ajoutent à l’aspect merveilleux et loufoque de l’ensemble. Un gros délire sans doute un peu daté, mais que j’ai apprécié. Note réelle 3,5/5.

23/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Paul au parc
Paul au parc

C’est peut-être l’album des Paul que j’ai le plus aimé. Toujours rien d’’extraordinaire, mais la narration toujours aussi simple et fluide de Rabagliati est agréable. Il nous fait découvrir d’autres facettes de son double de papier. Chaque album apporte sa pierre à l’édifice, précisant la personnalité de Paul, mais aussi de son entourage – ici en grande partie familial. Les divers albums, souvent remplis de flash-backs, et se situant à diverses périodes de la vie du héros, complète bien ce puzzle autobiographique. Ici nous suivons Paul jeune ado, qui flirte, échappe à l’emprise familiale en participant à des camps scouts. C’est assez frais et, surtout, les dernières pages « relèvent le plat », avec quelques couches d’une certaine cruauté (sur le flirt, mais surtout ses nouveaux amis scouts). Un des meilleurs millésimes de l’univers des Paul. Note réelle 3,5/5.

23/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Sur un air de Fado
Sur un air de Fado

Sur un thème proche de Pereira prétend, que j’ai lu – et apprécié – il n’y a pas longtemps, cet album réussit bien le mélange entre petite et grande histoire. En effet, tout en suivant le personnage principal, docteur sans histoire qui échappe aux contingences de la dictature et qui, au hasard de rencontres, va se trouver confronté à ses plus terribles aspects, nous découvrons aussi par la bande la dictature de Salazar au Portugal. L’ensemble est équilibré, la narration est fluide, on s’attache aux personnages (quelques flash-backs permettent de mieux connaitre la personnalité du docteur et l’histoire du pays). Le dessin de Barral est lui aussi agréable et efficace. C’est une lecture recommandable, le côté romanesque n’empêchant pas de discerner l’horreur de cette dictature, qui envoyait ses enfants faire la guerre en Afrique, et dont la police torturait (quelques séances courtes, mais dures ici) les « opposants ».

22/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Avant l'Incal
Avant l'Incal

Je me rappelle encore de ma surprise lors de ma découverte de la 1ère intégrale à la Fnac : Comment ? quoi ? y a un préquel à une œuvre culte qui a bercé mes jeunes années et on me l’a jamais dit !! Ni une ni deux, j’ai dépensé mes maigres économies. Je ne le regrette absolument pas. L’objet en lui même est superbe, fournit dans un bel écrin (avec les couleurs d’origine). Ça c’est pour la forme. Pour le fond, c’est moins mémorable que son aîné mais ça reste fort réussi. Malgré le même univers, je trouve que cette série arrive bien à se démarquer, en nous proposant autre chose en terme d’aventure. Cette fois Jodo réfrène ses délires mystiques et s’appuie à dépeindre la jeunesse de Difool, et les mœurs de Cité-puit pas bien glorieuses (les castes, la surconsommation, les médias etc ...) qui me rappelle une certaine société tient !! C’est une lecture plus dense que L’Incal et les 6 albums se tiennent jusqu’au raccrochage à la série mère. Au dessin, la comparaison avec le maître peut être fatale, mais Janjetov s’en sort très bien, et on retrouve les couleurs psychédéliques, finalement bien plus chaleureuses que celles dans la refonte des années 2000. L’ensemble est toujours original et déjanté, un bon moment de lecture. Par contre connaissant déjà la base de cet univers et l’ayant apprécié, je ne sais pas ce que ça donnerait sans ce pré requis surtout vers la fin de l’aventure, où des passages peuvent faire Wtf. A noter qu’on est face à un John Difool au comportent bien différent, pas déplaisant du tout (mais je garde ma préférence), et avec une explication satisfaisante pour ce changement d’attitude. Un préquel qui a sa place à côté du matériau de base.

21/04/2022 (modifier)
Par pol
Note: 4/5
Couverture de la série Le Manoir de Chartwell
Le Manoir de Chartwell

Glenn Head, auteur de comics indépendants aux USA livre ici une autobiographie sans concession. Il sera question des drames de son enfance qui ont façonné sa personnalité d'adulte torturé. De prime abord le dessin noir et blanc très chargé peut effrayer un peu. Mais ce style particulier colle au récit et il n'est finalement pas du tout étouffant. Au contraire il retranscrit brillamment le mal être qui correspond à l'état d'esprit de l'auteur. Adolescent, au collège, il a été scolarisé dans une école privée catholique. Et lui, comme tous ces petits camarades, ont vécu là-bas un vrai traumatisme. L'école est dirigée par un pervers manipulateur qui leur à fait subir maints châtiments corporels (fessées, ...) et surtout pas mal d'abus sexuels. Le gars se fait appeler modestement 'Monsieur', et il répète à longueur de temps aux enfants qu'il les aime. Les gestes d'affection succèdent aux violences. Le type détestable par excellence. Glenn raconte cette partie de sa vie sans détour. On se prend tout ça en pleine face. C'est assez dur. Mais il va plus loin. Il ne se contente pas de livrer un témoignage sur les abus dont il a été victime. Le livre ne se limite pas à son enfance. Il raconte comment ce traumatisme a construit sa vie. Et comment elle la rythme encore bien des années après. Il ne cachera rien de ses problèmes pour établir une relation avec une jeune femme, préférant largement sa boite de mouchoirs et sa revue porno. Il ne cachera rien non plus de ses problèmes d'alcool, de ses réunions aux alcooliques anonymes, de ses visites aux strip-clubs ou aux prostituées. Ça fait beaucoup et on imagine la difficulté pour essayer de mener une vie d'adulte équilibrée. Cela dit il prend du recul pour raconter son histoire, il le fait de manière assez factuelle. Cela manquerait presque un peu d'émotions. On est touché forcément, mais pas bouleversé. Il ne s'apitoie pas sur son sort, il est arrivé à un moment de sa vie où il a besoin de livrer ce témoignage pour avancer. Mais il ne cherche pas à dénoncer son agresseur, qui a été condamné par la suite (assez mollement il faut bien le dire). Au final bien que très prenant et très interessant, il manque un petit peu d'émotion pour en faire un récit marquant au même titre que Pourquoi j'ai tué Pierre par exemple. Lecture tout de même largement recommandée. 3,5/5.

21/04/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série Goat mountain
Goat mountain

Une adaptation du roman de David Vann. Roman que je n'ai pas lu. Une drôle de famille, le grand-père, le père, le fils et un ami partent pour une partie de chasse dans les "goat mountain", l'occasion pour le petiot de tuer son premier cerf, il est d'ailleur prêt à tirer sur n'importe quoi. Des fusils, des rites initiatiques et un adolescent déconnecté du réel sont le terreau de cette escapade. Mais tout va basculer lorsque par accident ....  le fils va tuer un braconnier. Que faire du cadavre ? La filiation serait-elle plus forte que tout ? A partir de ce moment, dans un mélange de thriller et de drame, les instincts primitifs vont se réveiller. Je découvre O. Carol de son vrai nom Caroline Van Linthout, la fille de Georges. Une narration singulière, dérangeante et oppressante où la voix off du gosse de onze ans et les dialogues crus mettent mal à l'aise. Une descente aux enfers. Un récit violent dans tous les sens du terme. Un récit qui happe et ne vous lâche plus. Une fin inéluctable avec le goût du sang dans la bouche. Et si la lecture fût si plaisante, elle le doit aussi beaucoup au graphisme de papa Van Linthout. Un trait charbonneux, une maîtrise de toute la palette des gris juste réhaussée de quelques touches de couleurs où le rouge et le jaune orangé prédominent. Un travail remarquable. Si vous voulez savoir ce qu'il se trame dans la tête d'un gamin de onze ans ....

20/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Rhââl-Han - Le Fils des âges des filles pas farouches
Rhââl-Han - Le Fils des âges des filles pas farouches

Quelle belle surprise que ce pastiche proposé par Howard Mc Cock (Lol). Les anglicistes qui ont de l'humour (un pléonasme) devinent immédiatement que l'on va parler sexe avec ce Rhââl-Han. Rhââl-Han probable ancêtre préhistorique de Rhââ-lovely pour son cri de victoire extatique est le frère pastiche du célèbre Rahan. C'est comme dans toutes les familles, on cache longtemps celui dont on a un peu honte. C'est malheureux que le célèbre pourfendeur de tigres aux dents de sabres n'ait pas voulu nous présenter ce parent qui lui ressemble "comme deux gouttes d'eau qu'auraient rien à voir !". Même si je doute qu'à l'époque où je montais des gadgets en lisant Rahan, Rhââl-Han eût pu passer la porte de ma chambre. Car au-delà d'une représentation sexuelle explicite masculine virile classique notre ami Mc Cock propose à Rhââl-Han la visite complète de la maison. Interracial, homo, bi, Rhââl-han n'a aucun préjugé et y trouve son plaisir à chaque fois. Il est même papa poule d'un adorable petit Tégévéh car sa délicieuse maman n'a pu résister au sort lancé par la copine de l'horrible Maâ-Kron "le courtes pattes". Un pastiche, c'est toujours le risque de déplaire aux purs et durs amoureux du héros d'origine. Howard prend la précaution d'introduire (re lol) son héros, d'autant plus que Rahan n'est pas seul dans cette galère. A vous de les découvrir. C'est la BD de chez Tabou la plus drôle que j'ai lue. Enfin il y la forme. On est très loin des BD sexes, N/B, vite faites (pas toujours) bien faites. Tabou nous propose un album très soigné au graphisme semi-réaliste très réussi. Mais pour moi le top ce sont les couleurs et la mise en page. On a tout ! Des pages bien ordonnées à l'ancienne et des découpages qui explosent la page, des doubles pages grandioses avec des couleurs psychédéliques. Un vrai feu d'artifice comme dans les films au moment où... Sur une même page le ciel prend huit couleurs différentes. Un vrai moment d'humour extatique pour adultes évidemment.

20/04/2022 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Magic Palace Hotel
Magic Palace Hotel

Du Fred pur jus, un régal pour les amateurs, un petit ovni littéraire pour les autres. Une histoire absurde au dernier degré, dans lequel un homme à moustache (qui ressemble assez à Fred, d'ailleurs) erre dans un hôtel immense et enfermant toute sorte d'individus. J'aime beaucoup ce genre d'histoire qui s'en va en tout sens dans une quête inutile et absurde, mais dont tout l'intérêt réside dans l'aventure. Je pense que cette BD est réellement adressée au fan de l'auteur, et qu'elle n'a que peu d'intérêt pour ceux qui n'aiment pas beaucoup l'auteur et surtout ceux qui le découvrent. Par contre, pour ceux qui aiment vraiment Fred, c'est un petit régal d'humour absurde et d'inventivité parfois poétique, faisant explicitement référence à des évènements réels (comme les marées noires et l'impunité des émirs lors de ces catastrophes). L'histoire pourrait sembler partir un peu en tout sens, mais on sent tout de même une sorte de poésie onirique qui traverse l'ensemble, et la lassitude ne s'installe pas au cours de la lecture, avec une fin qui arrive au bon moment. C'est du Fred, j'aime Fred, j'aime son univers, j'ai aimé la BD. C'est le meilleur résumé que je peux en donner.

20/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Lait paternel
Le Lait paternel

Uli Oesterle s’est beaucoup nourri de sa propre expérience (et du profil de son père) pour créer cette fiction dans laquelle il nous offre à découvrir un personnage à la fois détestable et touchant, un noceur inconséquent, lâche et arrogant qui, progressivement, sombre dans une forme de paranoïa. Il y a du Pierre-Henry Gomont (Malaterre) dans ce récit, mais aussi de l’Alexandre Clérisse (L'Eté Diabolik). Gomont pour le personnage du père, détestable à plus d’un titre et que je ne parviens pourtant pas à totalement détester, et Clérisse dans la rondeur du trait, dans sa lisibilité et dans l’harmonie des planches. A titre personnel, j’ai beaucoup aimé cette première partie et j’ai le sentiment que la suite sera encore plus poignante. Le personnage central me fascine par son inconséquence, sa lâcheté et son égocentrisme. Le fils, qui reproduit sans s’en rendre compte le comportement du père, me touche. Le Munich des années ’70, avec ses boîtes branchées, ses monuments historiques et ses costumes d’époque m’offre un cadre qui m’attire (même si cela demeure très secondaire face aux destins de vie des personnages). La narration est agréable, le découpage est bien équilibré, le dessin est beau et facile à lire. Que des points positifs en somme. J’attends donc la suite avec impatience.

20/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Sonora
Sonora

Franchement, je comprends mal les avis négatifs postés précédemment, moi j'ai pris beaucoup d'intérêt à lire cette BD, et pas spécialement parce que c'est un western, mais tout simplement parce que c'est bien envoyé. Au sein de la fièvre de l'or californienne, épisode marquant du vieux Far West, un gars fuyant la France de la révolution de 1848 et ses barricades, se retrouve dans un autre décor, plus dépaysant, pour vivre une aventure tumultueuse nourrie d'abord par un net désir de vengeance. A première vue, ce récit semblait annoncer quelque chose d'intéressant, à tel point qu'au fur et à mesure de sa progression, on en oublie presque qu'au départ, le héros était parti pour venger son frère, mû par ce désir que rien ne pouvait détourner, malgré l'ébullition de la quête aurifère autour de San Francisco... Le récit est si adroitement élaboré que l'on voit le jeune Maximilien passer vite à l'action, en accomplissant en partie sa vengeance, puis se diriger vers d'autres préoccupations. J'aime cette ambiance de western un peu sordide qui change des westerns classiques, sans se rattacher au courant du western spaghetti parfois tentant pour des auteurs, et même si je le concède, on y trouve pas mal d'éléments habituels du genre, voire des clichés éculés, mais ça m'est égal, c'est très supportable tant le récit est bien construit. Pécau constitue une trame qui bifurque dans une autre direction tout en échafaudant un scénario qui explore plusieurs pistes, il crée un contexte historique solide avec une histoire riche où tout s'enchaine sans aucun temps mort. Pourtant avec Pécau, j'ai appris à me méfier un peu car sur certaines BD historiques, il a déconné, parfois il a tendance à favoriser une certaine minutie historique qui n'est pas exempte d'erreurs, au détriment d'une narration fluide où parfois il s'englue un poil. Mais là non, dès le premier tome, l'action est bien lancée et ça ne se relâche jamais. Le dessin de Dellac que j'ai déjà pu apprécier sur plusieurs autres bandes, comme dernièrement sur Nottingham, sert parfaitement ce récit en offrant de belles images très parlantes pour un western, j'aime particulièrement son trait plus épais ici qui convient bien à ce genre de western assez rude, ainsi que ses cadrages et ses enchainements de plans. Le tome 2 continue sur cette bonne lancée et verse dans quelques tueries sanglantes, les revolvers crachent des balles et la poudre parle, j'adore ça ! Tout ceci survient au moment où se constitue l'Etat de Californie qui devient le 31ème Etat de l'Union. Pécau mélange habilement les joutes brutales à coups de revolver, la fièvre de l'or, un fond historique réel sur l'Amérique, et les manœuvres politiciennes basses et crasseuses, c'est donc pour moi un cocktail réussi bien conté et bien dessiné, c'est ce que je cherche en western, genre dont j'ai fait le tour depuis de longues années et qui parvient encore parfois à me surprendre ou à m'intéresser.

20/04/2022 (modifier)