Ah, voilà un album intéressant.
Intéressant car il s'attache à démythifier une figure historique que des centaines d'années de n'importe quoi ont contribué à ériger comme un personnage cruel, terrifiant, à l'instar d'un Barbe-Bleue ou d'un Gilles de Rais, un personnage que l'on a fini par assimiler à un vampire, du fait de la propension du sang dans son entourage. Mais Anne-Perrine Couët, dont c'est le premier album, s'est donc évertué au sortir d'un énorme travail de recherche (comme en témoigne la bibliographie en fin d'album), à rapprocher Erszebet Bathory, comtesse transylvanienne (le voisinage géographique avec un certain Comte n'est pas étranger à cette assimilation vampirique) de la figure historique qu'elle fut.
Figure historique, et surtout figure d'émancipation féminine, puisqu'en l'absence et après le décès de son mari, elle s'est attachée à prendre les rênes des nombreux domaines dont elle était la suzeraine, et ce de façon très énergique, envers et contre les usages de l'époque. ce qui a déplu à certains des ses proches collaborateurs, qui auraient sans doute espéré plus de pouvoir après le décès de leur maître. Ils ont ainsi instillé le doute, la rumeur sur les agissements de la Comtesse, qui est ici décrite comme une guérisseuse versée dans l'usage des plantes, plus orientée dans la science que dans la sorcellerie. l'album montre en grande partie l'instruction du procès (extrêmement rapide) dont elle fut l'objet au début du 17ème siècle, et qui l'a condamnée à la prison à vie, tandis que ses conseillers étaient eux condamnés à mort pour des exactions qui n'ont probablement jamais eu lieu. C'est vraiment bien raconté, et le parti pris d'Anne-Perrine Couët est bien sûr dans la défense d'Erszebet (appelée Elisabeth tout au long de l'album, comme on l'appelle en Occident).
Le dessin de la jeune autrice est remarquable, c'est du crayon très fin, accompagné d'une mise en couleurs en bichromie de tons pastel déclinant l'ocre. Un certain nombre de cases sont entourées de frises d'inspiration médiévale, tandis que les scènes de prétendues tortures commises par la Comtesse et ses valets se font dans des ambiances sombres proches de la carte à gratter. Remarquable, d'autant plus que la maturité dans le dessin est déjà là.
Vraiment un très bon album sur un mythe qui perdure encore aujourd'hui.
La relecture récente d’Angela m’a donné envie de me replonger dans cet album … une bonne bouffée de nostalgie.
Du bon western spaghetti, fun et décomplexé. Ça vieillit très bien.
Un scénario sans temps mort servi par des personnages stéréotypés mais bien campés. La mise en images est en adéquation, efficace dans sa narration (storyboard de Vatine), relevé par un dessin plaisant de Lamy que je qualifierais de « burné » et saupoudré de belles ambiances avec les couleurs d’Isabelle Rabarot.
Au final, un petit plaisir coupable pour les amateurs. Un 4* qui peut paraître généreux pour le fond mais mérité, d’autant (et ce n’est pas pour me déplaire) que la série ne connaîtra pas de suite, elle n’a pas eu le temps de se saborder ou de devenir caricaturale.
A mes yeux, l’histoire se suffisant à elle même, l’album en tire encore plus de force, très sympa.
J'aime les Bd du couple Charles que je suis depuis Les Pionniers du Nouveau Monde, autant dire que ça remonte ; avec cette série, ils replongent dans un récit exotique après l'Inde dans India Dreams, l'Afrique dans Africa Dreams, ou l'Egypte avec Ella Mahé... Ici, le couple Charles brasse l'histoire de la Chine moderne des années 20 et 30 qui sert de toile de fond à un récit passionnant qui suit le parcours d'une femme.
La reconstitution d'époque est très documentée, assez proche de la vision d'Hergé dans le Lotus Bleu, on suit le parcours de Li, pauvre petite fille partie de rien, vendue comme du bétail et qui devient la protégée de Zhang, un puissant chef de la mafia locale à Shanghaï, et eunuque (on en apprend aussi sur le rôle important des eunuques en Chine). C'est un destin incroyable de femme merveilleusement raconté par le couple Charles. Leur description est très réaliste, l'histoire de la Chine des années 20 est vue à travers les yeux de Li, qui comprend la fin de l'ère impériale, l'occupation japonaise, la montée du communisme, Mao, la révolution culturelle, et j'imagine l'ouverture vers l'Occident qui arrivera dans les albums suivants. En plus de cette révolution maoïste, on apprend à connaître Shanghaï, ville tentaculaire tiraillée entre les triades, les Occidentaux et le pouvoir de l'Empire du Milieu naissant, avec comme enjeu économique l'opium. Aujourd'hui encore, Shanghaï reste la plus grande ville de Chine, devant Pékin et Hong Kong.
Le récit est très bien construit, au travers de références historiques et de personnages réels qui lui donnent une épaisseur, Li évolue elle aussi, elle grandit en devenant une belle jeune femme, et elle a reçu une bonne éducation de la part de Zhang. Le scénario n'est pas si classique que ça car les auteurs ont délaissé l'exotisme idyllique vu dans India Dreams et l'imagerie d'Epinal habituellement attachée à l'Asie et à la Chine de cette époque pour un récit plus dramatique, marqué par la violence et la perversité humaine, mais malgré ces aspects, la série garde une atmosphère dépaysante. Les auteurs savent mêler habilement les soubresauts de l'Histoire, le choc civilisationnel, la dimension politique, la sensualité et l'exotisme de cet Extrême-Orient en ébullition, comme ils l'ont fait dans leurs autres Bd. Cette période en Chine a été déja approchée dans plusieurs bandes comme LaoWai, Tombelaine, Le Lys noir ou encore dans Tseu Hi - La Dame dragon...
Tout ceci est bien conté et merveilleusement illustré par le dessin de J. F. Charles qui m'a toujours ébloui ; il utilise un dessin aquarellé, lumineux, éthéré, très fin et élégant, avec quelques pleine-pages extra, bref c'est magnifique, le visuel est formidable.
Le tome 3 m'a moins attiré, il s'intéresse à 2 récits en parallèle : la rencontre de Li devenue photographe et de Mao, et l'enfance de Zhang, où on apprend notamment comment il est devenu eunuque. Cependant, mon intérêt reste entier et je lirai la suite avec autant de plaisir.
Je viens de refermer l’album, j’ai adoré. Je me demande encore pourquoi je ne me suis pas précipité plus tôt sur ce dernier. Le sujet sans doute ? Je me méfiais un peu.
2 auteurs au sommet de leurs arts.
Stéphane Fert m’avait déjà conquis avec ses 2 précédentes œuvres en solo. Il récidive ici, on retrouve son dessin rond et coloré, ses planches sont magnifiques. C’est plein de grâce, de vie, d’une fluidité exemplaire, des couleurs bien sentis, de chouettes ambiances. Le tout est un plaisir pour les yeux.
Wilfrid Lupano que l’on ne présente plus, régale avec ce one-shot. J’avais un peu peur sur ce point, une histoire engagée sur la 1ère école accueillant de jeunes filles noires dans l’Amérique du Nord de la 1ère moitié du XIXème siècle. Ici pas de lourdeur, une narration maîtrisée pour une histoire instructive, des personnages solaires face à la bêtise humaine de l’époque (le même ressenti que sur Salem). Malheureusement, le changement de mentalité ne se fait pas en claquant des doigts, la fin de cette aventure ne sera pas des plus heureuses mais reste marquante et plein d’espoir via ces jeunes pensionnaires. J’ai également fortement apprécié le personnage du petit « sauvage ».
Une belle osmose entre les auteurs pour un album que j’ai trouvé lumineux. A découvrir.
Ce n'est pas encore avec cette BD que je vais me raccommoder avec nos "élites" politiques tant les dysfonctionnement de nos institutions ou plutôt le manque de transparence, l'impudence et la cupidité de certains discréditent nos représentants.
Elodie Guéguen et Sylvain Tronchet, journaliste d'investigation à Radio-France, nous livrent en effet ici une enquête salutaire et étayée qui pointe d'un côté les dysfonctionnements de notre système et propose de l'autre des solutions ou tout du moins des gardes fou possibles pour y remédier.
On pourrait s'attendre à un traitement aride et rébarbatif en s'attaquant à ce genre de sujet, mais c'est là que le savoir faire et le talent d'Erwann Terrier viennent trouver le juste équilibre entre le factuel et le satyrique ou l'humour noir. Certaines de ses allégories ou représentations de certaines situations sont tout bonnement jouissives et drôlatiques !
Reste le fond de cette enquête... Et là, le bilan est loin d'être reluisant pour nos chers élus... Toujours prompts à s'arroger des moyens de façons ahurissantes pour financer leur campagnes et assoir leur position ; jamais responsables de rien et prompts à effacer les ardoises financières et judiciaires, même pour les "ennemis de toujours" (là, pour une fois ils sont solidaires pour éviter les sanctions !!!). On croit rêver !
Bref, un album providentiel à mettre dans toutes les mains pour espérer un jour que cela change et que nos représentants regagnent un peu de la confiance de ceux qui les ont placés sur ces sièges qu'ils ont oublié être éjectables.
Je ne suis pas vraiment fan du dessin de Tronchet, au trait gras et quelque peu brouillon, mais je m’y suis fait depuis longtemps, et je le trouve le plus souvent adapté à son humour.
L’album, ou plutôt l’histoire, sont divisés en trois chapitres, de tons plutôt différents. J’avoue une nette préférence pour le premier, où l’humour domine franchement, tant dans les dialogues que dans les situations (c’est ce premier tiers qui me fait arrondir aux quatre étoiles).
Ensuite, ça bascule dans quelque chose de plus « sérieux » – même si les réparties de Jacky restent souvent savoureuses (surtout lors de ses plans drague, avec ses râteaux drômois et roumains !). Globalement moins drôle, en tout cas moins souvent, mais pas inintéressant, tournant à la critique de la grande bourgeoisie, de l’exploitation de femmes immigrées clandestines et prostituées.
Si Jacky reste garant d’un minimum d’humour, la troisième partie tourne à l’aventure rythmée.
Ça reste en tout cas un album très sympathique.
Note réelle 3,5/5.
Totalement basé sur une histoire vraie se déroulant il y a plus d'un siècle, cet album raconte la vie de Jim Thorpe, un sportif de légende. Athlétisme, football américain et baseball, il aura brillé dans toutes les disciplines auxquelles il a touchées.
Jim est un amérindien, issu d'une famille de onze enfants, dont la moitié n'a pas atteint l'âge de dix ans. Il a connu une enfance dans la plus grande simplicité au coeur de sa tribu. Gamin, il joue dans la forêt avec son frère jumeau, il passe ses journées à courir pieds nus, à sauter d'arbres en arbres. Il montre de grandes aptitudes pour la chasse. Mais lorsqu'il passe à coté du terrain de football américain, sport réservé aux blancs, il a les yeux qui brillent. Ado il sera ensuite envoyé dans une école, censée "redresser" les jeunes indiens, leur apprendre à lire et écrire, se comporter comme des américains et les préparer à aller travailler à la ferme. Jim lui rêve de sport. Et dès qu'il va mettre un pied sur une piste d'athlétisme ses performances le placeront immédiatement au dessus de tous les autres.
Cet album raconte cette enfance et cette adolescence pas facile. Pourtant tout est abordé positivement. Le découpage du récit qui alterne les époques est très prenant. Le dessin dynamique est des plus efficace. Jim et son frère ont vraiment de bonnes bouilles. Leurs aventures en forêt donnent le sourire. Et lorsque le sort s'acharne sur notre petit héros, il ne faut que quelques cases pour nous renvoyer vers des émotions totalement opposées. L'histoire est dure et belle à la fois, et l'album le fait parfaitement ressentir.
La suite de l'histoire n'est pas en reste, et c'est tout aussi émerveillant de voir comment ce gamin venu de nulle part va sur-performé avec son équipe de foot américain, et participer aux jeux olympiques de Stockholm en 1912. Et comme à l'école il va marcher sur la concurrence. Médaille d'or du décathlon et du pentathlon, en remportant 8 des 15 épreuves s'il vous plait. On pourrait croire le récit un peu trop romancé, comme lorsque on nous raconte qu'il fait les poubelles pour trouver deux chaussures dépareillées pour aller courir le 1500 mètres des JO. Et puis on le voit en photo sur la dernière page avec deux chaussures de ville de couleur et de pointure différentes... Waow la photo est poignante.
Début de la gloire et fin des contrariétés pour Jim ? Et bien non, pour quelques minutes jouées avec une équipe de baseball professionnelle il sera destitué de ses titres olympiques, puisque les jeux étaient réservés aux amateurs à cette époque.
L'histoire de Jim Thorpe est belle, ses exploits sportifs sont hors du commun, il méritait qu'on le mette en lumière et qu'on lui rende hommage. Cet album le fait de très belle manière.
J'aime bien le travail de Pierre Guilmard et notamment son approche sur le langage. Dans cette série, l'auteur crée autour d'Omer Lagueulante un univers parigot d'une vingtaine de personnages hauts en couleur.
Pour apprécier l'oeuvre de Guilmard il vaut mieux savoir où l'on met les yeux et les oreilles et accepter son parti pris. Sinon la bestialité des situations devient vite vulgarité et l'humour des personnages est difficile à accepter.
D'autant plus que son récit n'est pas marqué par une moralité à toute épreuve. Entre le commissaire Vajars ripoux de première classe, le banquier Vanderbuch pédophile à ses risques et périls ou Rose la chérie de Mimille, son mac promis à la planche à raccourcir grâce aux bons soins d'une police et d'une justice trop contente d'avoir le coupable idéal.
On le voit le scénario est assez classique avec des injustices et du sexe à toutes les pages. Le sexe assez explicite n'est pas raffiné mais on se trouve plutôt dans le pervers et le brutal. Pour autant, Guilmard introduit une telle dose d'humour dans ses situations que je trouve le récit (pour public averti) bien mené.
Le travail sur les dialogues est remarquable car l'auteur invente une bonne partie des mots sans que cela gène à la compréhension.
Le graphisme assez caricatural n'est pas ce que je préfère mais il va bien à l'ambiance du récit. L'ambiance de la Butte Montmartre début du vingtième siècle est vraiment un atout pour s'imprégner de l'histoire.
La mise en couleur est un peu kitch mais cela crée du décalage surtout avec la brutalité viandarde de la fin.
Pas de morale ? Si peut être Bien mal acquis ne profite jamais.
Une lecture originale pour un public adulte qui accepte les codes de Guilmard.
Je surnote peut-être, mais sans trop d’hésitation, tant j’ai trouvé que Julien Lambert est arrivé ici à faire quelque chose d’assez chouette à partir de décors de ruines, de bouts d’idées, et d’une intrigue qui dans ses grandes lignes, n’est pas forcément des plus originales.
Mais j’aime de toute façon ceux qui arrivent à créer un univers – cohérent ou pas, mais qui captive par sa singularité. Et c’est ici le cas. J’aime aussi comment les friches industrielles sont ici exploitées dans tout leur potentiel poétique, sans que l’on sache (et que l’on ait besoin de le savoir d’ailleurs !) où et quand nous nous trouvons.
Un univers qui pourrait être contemporain, bien « de chez nous », mais que des touches fantastiques et/ou SF (les hommes volants, le Frankenstein du pauvre et sa bouillie d’insectes, le héros dialoguant avec les objets, etc.) poétisent, dynamisent, intrigant le lecteur hameçonné sans en avoir conscience.
Je dois dire que j’ai trouvé le second tome un chouia moins accrocheur. Peut-être parce que la surprise de la mise en place de l’univers joue moins. Peut-être aussi parce que la baston et l’aventure pure prennent un peu le pas sur tout le reste, et que le côté somme toute assez « classique » de cette dernière fait en partie oublier le cadre dans lequel elle se déroule ?
Reste que le premier diptyque se laisse lire agréablement – le dessin moderne de julien Lambert aidant à la fluidité de l’ensemble.
Le troisième album est un one-shot (en tout cas l'intrigue se suffit à elle-même), dans le même univers. Univers que j'aime toujours autant, comme le dessin d'ailleurs.
L'histoire n'a sans doute pas retrouvé la poésie et la fraicheur du premier album, mais ça reste quand même agréable à lire. Disons que c'est un peu plus à l'arrache que j'arrondis aux quatre étoiles. Mais c'est quand même une série originale, plaisante, qui met en avant des rebus (objets cabossés - mais parlant, arrière-cours et égouts, friches industrielles, personnages rejetés - ici des géants et des "fleuvistes" marginaux, héros très très marginal, etc.) pour en faire quelque chose de vivant.
Note réelle 3,5/5.
Le père de Micheal Kupperman était ce qu'on appelle un petit génie. Enfant star, habitué des plateaux de radios, puis de télés après guerre, il a participé au jeu Quiz Kids dont il fut la vedette pendant des années.
Aujourd'hui, il est un père froid, absent, terré dans un mutisme singulier dont il ne sort plus que rarement. A titre d'exemple, quand son fils d'à peine dix ans à l'époque lui demande "est-ce que tu m'aimes ?", il est capable de répondre "par moments"... Son fils, auteur de cette BD, tente de comprendre la douleur, les non-dits, les dénis, les manques... Pour cela, il plonge corps et âme dans l'histoire et la psyché paternelle. Il découvre une mère (sa propre grand-mère donc) ultra couvante, voir étouffante, un père qui enfant, fut à la fois victime de sa célébrité et objet de manipulation par les divers producteurs des émissions... Au final, une jeunesse gâchée, pillée, confisquée... Et il évoque un contexte historique particulier qui n'a rien d'étranger à cette histoire familiale douloureuse...
Je m'arrête là concernant l'histoire car en dire plus serait trop dire. Mais c'est absolument remarquable. On imagine aisément le courage qu'il a fallu à Michael Kupperman pour affronter ces ombres.
Ce livre est une enquête psychologique très réussie, et émouvante parce que sans filtre. Kupperman creuse jusqu'aux nerfs afin d'extirper la douleur. En tant que lecteur, on sent parfaitement le travail (au sens de "ça travaille", "ça ronge") à l'œuvre et l'honnêteté avec laquelle il a été mené. L'enfant prodige est un accouchement, un abcès crevé qui évoquera sans aucun doute à celzéceux qui l'ont vu, le film magnolia de Paul Thomas Anderson. On sent la tension monter au fil des 220 pages (ce qui est copieux). Et malgré la monotonie des illustrations, principalement des visages (seule - petite - critique recevable à mes yeux), on plonge dedans comme dans un thriller. En outre, le livre, physiquement parlant, est un très bel objet, agréable à manipuler et à lire.
Une très belle surprise.
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Bathory - La Comtesse maudite
Ah, voilà un album intéressant. Intéressant car il s'attache à démythifier une figure historique que des centaines d'années de n'importe quoi ont contribué à ériger comme un personnage cruel, terrifiant, à l'instar d'un Barbe-Bleue ou d'un Gilles de Rais, un personnage que l'on a fini par assimiler à un vampire, du fait de la propension du sang dans son entourage. Mais Anne-Perrine Couët, dont c'est le premier album, s'est donc évertué au sortir d'un énorme travail de recherche (comme en témoigne la bibliographie en fin d'album), à rapprocher Erszebet Bathory, comtesse transylvanienne (le voisinage géographique avec un certain Comte n'est pas étranger à cette assimilation vampirique) de la figure historique qu'elle fut. Figure historique, et surtout figure d'émancipation féminine, puisqu'en l'absence et après le décès de son mari, elle s'est attachée à prendre les rênes des nombreux domaines dont elle était la suzeraine, et ce de façon très énergique, envers et contre les usages de l'époque. ce qui a déplu à certains des ses proches collaborateurs, qui auraient sans doute espéré plus de pouvoir après le décès de leur maître. Ils ont ainsi instillé le doute, la rumeur sur les agissements de la Comtesse, qui est ici décrite comme une guérisseuse versée dans l'usage des plantes, plus orientée dans la science que dans la sorcellerie. l'album montre en grande partie l'instruction du procès (extrêmement rapide) dont elle fut l'objet au début du 17ème siècle, et qui l'a condamnée à la prison à vie, tandis que ses conseillers étaient eux condamnés à mort pour des exactions qui n'ont probablement jamais eu lieu. C'est vraiment bien raconté, et le parti pris d'Anne-Perrine Couët est bien sûr dans la défense d'Erszebet (appelée Elisabeth tout au long de l'album, comme on l'appelle en Occident). Le dessin de la jeune autrice est remarquable, c'est du crayon très fin, accompagné d'une mise en couleurs en bichromie de tons pastel déclinant l'ocre. Un certain nombre de cases sont entourées de frises d'inspiration médiévale, tandis que les scènes de prétendues tortures commises par la Comtesse et ses valets se font dans des ambiances sombres proches de la carte à gratter. Remarquable, d'autant plus que la maturité dans le dessin est déjà là. Vraiment un très bon album sur un mythe qui perdure encore aujourd'hui.
Wayne Redlake - 500 Fusils
La relecture récente d’Angela m’a donné envie de me replonger dans cet album … une bonne bouffée de nostalgie. Du bon western spaghetti, fun et décomplexé. Ça vieillit très bien. Un scénario sans temps mort servi par des personnages stéréotypés mais bien campés. La mise en images est en adéquation, efficace dans sa narration (storyboard de Vatine), relevé par un dessin plaisant de Lamy que je qualifierais de « burné » et saupoudré de belles ambiances avec les couleurs d’Isabelle Rabarot. Au final, un petit plaisir coupable pour les amateurs. Un 4* qui peut paraître généreux pour le fond mais mérité, d’autant (et ce n’est pas pour me déplaire) que la série ne connaîtra pas de suite, elle n’a pas eu le temps de se saborder ou de devenir caricaturale. A mes yeux, l’histoire se suffisant à elle même, l’album en tire encore plus de force, très sympa.
China Li
J'aime les Bd du couple Charles que je suis depuis Les Pionniers du Nouveau Monde, autant dire que ça remonte ; avec cette série, ils replongent dans un récit exotique après l'Inde dans India Dreams, l'Afrique dans Africa Dreams, ou l'Egypte avec Ella Mahé... Ici, le couple Charles brasse l'histoire de la Chine moderne des années 20 et 30 qui sert de toile de fond à un récit passionnant qui suit le parcours d'une femme. La reconstitution d'époque est très documentée, assez proche de la vision d'Hergé dans le Lotus Bleu, on suit le parcours de Li, pauvre petite fille partie de rien, vendue comme du bétail et qui devient la protégée de Zhang, un puissant chef de la mafia locale à Shanghaï, et eunuque (on en apprend aussi sur le rôle important des eunuques en Chine). C'est un destin incroyable de femme merveilleusement raconté par le couple Charles. Leur description est très réaliste, l'histoire de la Chine des années 20 est vue à travers les yeux de Li, qui comprend la fin de l'ère impériale, l'occupation japonaise, la montée du communisme, Mao, la révolution culturelle, et j'imagine l'ouverture vers l'Occident qui arrivera dans les albums suivants. En plus de cette révolution maoïste, on apprend à connaître Shanghaï, ville tentaculaire tiraillée entre les triades, les Occidentaux et le pouvoir de l'Empire du Milieu naissant, avec comme enjeu économique l'opium. Aujourd'hui encore, Shanghaï reste la plus grande ville de Chine, devant Pékin et Hong Kong. Le récit est très bien construit, au travers de références historiques et de personnages réels qui lui donnent une épaisseur, Li évolue elle aussi, elle grandit en devenant une belle jeune femme, et elle a reçu une bonne éducation de la part de Zhang. Le scénario n'est pas si classique que ça car les auteurs ont délaissé l'exotisme idyllique vu dans India Dreams et l'imagerie d'Epinal habituellement attachée à l'Asie et à la Chine de cette époque pour un récit plus dramatique, marqué par la violence et la perversité humaine, mais malgré ces aspects, la série garde une atmosphère dépaysante. Les auteurs savent mêler habilement les soubresauts de l'Histoire, le choc civilisationnel, la dimension politique, la sensualité et l'exotisme de cet Extrême-Orient en ébullition, comme ils l'ont fait dans leurs autres Bd. Cette période en Chine a été déja approchée dans plusieurs bandes comme LaoWai, Tombelaine, Le Lys noir ou encore dans Tseu Hi - La Dame dragon... Tout ceci est bien conté et merveilleusement illustré par le dessin de J. F. Charles qui m'a toujours ébloui ; il utilise un dessin aquarellé, lumineux, éthéré, très fin et élégant, avec quelques pleine-pages extra, bref c'est magnifique, le visuel est formidable. Le tome 3 m'a moins attiré, il s'intéresse à 2 récits en parallèle : la rencontre de Li devenue photographe et de Mao, et l'enfance de Zhang, où on apprend notamment comment il est devenu eunuque. Cependant, mon intérêt reste entier et je lirai la suite avec autant de plaisir.
Blanc autour
Je viens de refermer l’album, j’ai adoré. Je me demande encore pourquoi je ne me suis pas précipité plus tôt sur ce dernier. Le sujet sans doute ? Je me méfiais un peu. 2 auteurs au sommet de leurs arts. Stéphane Fert m’avait déjà conquis avec ses 2 précédentes œuvres en solo. Il récidive ici, on retrouve son dessin rond et coloré, ses planches sont magnifiques. C’est plein de grâce, de vie, d’une fluidité exemplaire, des couleurs bien sentis, de chouettes ambiances. Le tout est un plaisir pour les yeux. Wilfrid Lupano que l’on ne présente plus, régale avec ce one-shot. J’avais un peu peur sur ce point, une histoire engagée sur la 1ère école accueillant de jeunes filles noires dans l’Amérique du Nord de la 1ère moitié du XIXème siècle. Ici pas de lourdeur, une narration maîtrisée pour une histoire instructive, des personnages solaires face à la bêtise humaine de l’époque (le même ressenti que sur Salem). Malheureusement, le changement de mentalité ne se fait pas en claquant des doigts, la fin de cette aventure ne sera pas des plus heureuses mais reste marquante et plein d’espoir via ces jeunes pensionnaires. J’ai également fortement apprécié le personnage du petit « sauvage ». Une belle osmose entre les auteurs pour un album que j’ai trouvé lumineux. A découvrir.
Très chers élus - 40 ans de financement politique
Ce n'est pas encore avec cette BD que je vais me raccommoder avec nos "élites" politiques tant les dysfonctionnement de nos institutions ou plutôt le manque de transparence, l'impudence et la cupidité de certains discréditent nos représentants. Elodie Guéguen et Sylvain Tronchet, journaliste d'investigation à Radio-France, nous livrent en effet ici une enquête salutaire et étayée qui pointe d'un côté les dysfonctionnements de notre système et propose de l'autre des solutions ou tout du moins des gardes fou possibles pour y remédier. On pourrait s'attendre à un traitement aride et rébarbatif en s'attaquant à ce genre de sujet, mais c'est là que le savoir faire et le talent d'Erwann Terrier viennent trouver le juste équilibre entre le factuel et le satyrique ou l'humour noir. Certaines de ses allégories ou représentations de certaines situations sont tout bonnement jouissives et drôlatiques ! Reste le fond de cette enquête... Et là, le bilan est loin d'être reluisant pour nos chers élus... Toujours prompts à s'arroger des moyens de façons ahurissantes pour financer leur campagnes et assoir leur position ; jamais responsables de rien et prompts à effacer les ardoises financières et judiciaires, même pour les "ennemis de toujours" (là, pour une fois ils sont solidaires pour éviter les sanctions !!!). On croit rêver ! Bref, un album providentiel à mettre dans toutes les mains pour espérer un jour que cela change et que nos représentants regagnent un peu de la confiance de ceux qui les ont placés sur ces sièges qu'ils ont oublié être éjectables.
La Gueule du loup
Je ne suis pas vraiment fan du dessin de Tronchet, au trait gras et quelque peu brouillon, mais je m’y suis fait depuis longtemps, et je le trouve le plus souvent adapté à son humour. L’album, ou plutôt l’histoire, sont divisés en trois chapitres, de tons plutôt différents. J’avoue une nette préférence pour le premier, où l’humour domine franchement, tant dans les dialogues que dans les situations (c’est ce premier tiers qui me fait arrondir aux quatre étoiles). Ensuite, ça bascule dans quelque chose de plus « sérieux » – même si les réparties de Jacky restent souvent savoureuses (surtout lors de ses plans drague, avec ses râteaux drômois et roumains !). Globalement moins drôle, en tout cas moins souvent, mais pas inintéressant, tournant à la critique de la grande bourgeoisie, de l’exploitation de femmes immigrées clandestines et prostituées. Si Jacky reste garant d’un minimum d’humour, la troisième partie tourne à l’aventure rythmée. Ça reste en tout cas un album très sympathique. Note réelle 3,5/5.
Jim Thorpe
Totalement basé sur une histoire vraie se déroulant il y a plus d'un siècle, cet album raconte la vie de Jim Thorpe, un sportif de légende. Athlétisme, football américain et baseball, il aura brillé dans toutes les disciplines auxquelles il a touchées. Jim est un amérindien, issu d'une famille de onze enfants, dont la moitié n'a pas atteint l'âge de dix ans. Il a connu une enfance dans la plus grande simplicité au coeur de sa tribu. Gamin, il joue dans la forêt avec son frère jumeau, il passe ses journées à courir pieds nus, à sauter d'arbres en arbres. Il montre de grandes aptitudes pour la chasse. Mais lorsqu'il passe à coté du terrain de football américain, sport réservé aux blancs, il a les yeux qui brillent. Ado il sera ensuite envoyé dans une école, censée "redresser" les jeunes indiens, leur apprendre à lire et écrire, se comporter comme des américains et les préparer à aller travailler à la ferme. Jim lui rêve de sport. Et dès qu'il va mettre un pied sur une piste d'athlétisme ses performances le placeront immédiatement au dessus de tous les autres. Cet album raconte cette enfance et cette adolescence pas facile. Pourtant tout est abordé positivement. Le découpage du récit qui alterne les époques est très prenant. Le dessin dynamique est des plus efficace. Jim et son frère ont vraiment de bonnes bouilles. Leurs aventures en forêt donnent le sourire. Et lorsque le sort s'acharne sur notre petit héros, il ne faut que quelques cases pour nous renvoyer vers des émotions totalement opposées. L'histoire est dure et belle à la fois, et l'album le fait parfaitement ressentir. La suite de l'histoire n'est pas en reste, et c'est tout aussi émerveillant de voir comment ce gamin venu de nulle part va sur-performé avec son équipe de foot américain, et participer aux jeux olympiques de Stockholm en 1912. Et comme à l'école il va marcher sur la concurrence. Médaille d'or du décathlon et du pentathlon, en remportant 8 des 15 épreuves s'il vous plait. On pourrait croire le récit un peu trop romancé, comme lorsque on nous raconte qu'il fait les poubelles pour trouver deux chaussures dépareillées pour aller courir le 1500 mètres des JO. Et puis on le voit en photo sur la dernière page avec deux chaussures de ville de couleur et de pointure différentes... Waow la photo est poignante. Début de la gloire et fin des contrariétés pour Jim ? Et bien non, pour quelques minutes jouées avec une équipe de baseball professionnelle il sera destitué de ses titres olympiques, puisque les jeux étaient réservés aux amateurs à cette époque. L'histoire de Jim Thorpe est belle, ses exploits sportifs sont hors du commun, il méritait qu'on le mette en lumière et qu'on lui rende hommage. Cet album le fait de très belle manière.
La Java des Gaspards
J'aime bien le travail de Pierre Guilmard et notamment son approche sur le langage. Dans cette série, l'auteur crée autour d'Omer Lagueulante un univers parigot d'une vingtaine de personnages hauts en couleur. Pour apprécier l'oeuvre de Guilmard il vaut mieux savoir où l'on met les yeux et les oreilles et accepter son parti pris. Sinon la bestialité des situations devient vite vulgarité et l'humour des personnages est difficile à accepter. D'autant plus que son récit n'est pas marqué par une moralité à toute épreuve. Entre le commissaire Vajars ripoux de première classe, le banquier Vanderbuch pédophile à ses risques et périls ou Rose la chérie de Mimille, son mac promis à la planche à raccourcir grâce aux bons soins d'une police et d'une justice trop contente d'avoir le coupable idéal. On le voit le scénario est assez classique avec des injustices et du sexe à toutes les pages. Le sexe assez explicite n'est pas raffiné mais on se trouve plutôt dans le pervers et le brutal. Pour autant, Guilmard introduit une telle dose d'humour dans ses situations que je trouve le récit (pour public averti) bien mené. Le travail sur les dialogues est remarquable car l'auteur invente une bonne partie des mots sans que cela gène à la compréhension. Le graphisme assez caricatural n'est pas ce que je préfère mais il va bien à l'ambiance du récit. L'ambiance de la Butte Montmartre début du vingtième siècle est vraiment un atout pour s'imprégner de l'histoire. La mise en couleur est un peu kitch mais cela crée du décalage surtout avec la brutalité viandarde de la fin. Pas de morale ? Si peut être Bien mal acquis ne profite jamais. Une lecture originale pour un public adulte qui accepte les codes de Guilmard.
VilleVermine
Je surnote peut-être, mais sans trop d’hésitation, tant j’ai trouvé que Julien Lambert est arrivé ici à faire quelque chose d’assez chouette à partir de décors de ruines, de bouts d’idées, et d’une intrigue qui dans ses grandes lignes, n’est pas forcément des plus originales. Mais j’aime de toute façon ceux qui arrivent à créer un univers – cohérent ou pas, mais qui captive par sa singularité. Et c’est ici le cas. J’aime aussi comment les friches industrielles sont ici exploitées dans tout leur potentiel poétique, sans que l’on sache (et que l’on ait besoin de le savoir d’ailleurs !) où et quand nous nous trouvons. Un univers qui pourrait être contemporain, bien « de chez nous », mais que des touches fantastiques et/ou SF (les hommes volants, le Frankenstein du pauvre et sa bouillie d’insectes, le héros dialoguant avec les objets, etc.) poétisent, dynamisent, intrigant le lecteur hameçonné sans en avoir conscience. Je dois dire que j’ai trouvé le second tome un chouia moins accrocheur. Peut-être parce que la surprise de la mise en place de l’univers joue moins. Peut-être aussi parce que la baston et l’aventure pure prennent un peu le pas sur tout le reste, et que le côté somme toute assez « classique » de cette dernière fait en partie oublier le cadre dans lequel elle se déroule ? Reste que le premier diptyque se laisse lire agréablement – le dessin moderne de julien Lambert aidant à la fluidité de l’ensemble. Le troisième album est un one-shot (en tout cas l'intrigue se suffit à elle-même), dans le même univers. Univers que j'aime toujours autant, comme le dessin d'ailleurs. L'histoire n'a sans doute pas retrouvé la poésie et la fraicheur du premier album, mais ça reste quand même agréable à lire. Disons que c'est un peu plus à l'arrache que j'arrondis aux quatre étoiles. Mais c'est quand même une série originale, plaisante, qui met en avant des rebus (objets cabossés - mais parlant, arrière-cours et égouts, friches industrielles, personnages rejetés - ici des géants et des "fleuvistes" marginaux, héros très très marginal, etc.) pour en faire quelque chose de vivant. Note réelle 3,5/5.
L'Enfant prodige - Mon père, le génie des tournois
Le père de Micheal Kupperman était ce qu'on appelle un petit génie. Enfant star, habitué des plateaux de radios, puis de télés après guerre, il a participé au jeu Quiz Kids dont il fut la vedette pendant des années. Aujourd'hui, il est un père froid, absent, terré dans un mutisme singulier dont il ne sort plus que rarement. A titre d'exemple, quand son fils d'à peine dix ans à l'époque lui demande "est-ce que tu m'aimes ?", il est capable de répondre "par moments"... Son fils, auteur de cette BD, tente de comprendre la douleur, les non-dits, les dénis, les manques... Pour cela, il plonge corps et âme dans l'histoire et la psyché paternelle. Il découvre une mère (sa propre grand-mère donc) ultra couvante, voir étouffante, un père qui enfant, fut à la fois victime de sa célébrité et objet de manipulation par les divers producteurs des émissions... Au final, une jeunesse gâchée, pillée, confisquée... Et il évoque un contexte historique particulier qui n'a rien d'étranger à cette histoire familiale douloureuse... Je m'arrête là concernant l'histoire car en dire plus serait trop dire. Mais c'est absolument remarquable. On imagine aisément le courage qu'il a fallu à Michael Kupperman pour affronter ces ombres. Ce livre est une enquête psychologique très réussie, et émouvante parce que sans filtre. Kupperman creuse jusqu'aux nerfs afin d'extirper la douleur. En tant que lecteur, on sent parfaitement le travail (au sens de "ça travaille", "ça ronge") à l'œuvre et l'honnêteté avec laquelle il a été mené. L'enfant prodige est un accouchement, un abcès crevé qui évoquera sans aucun doute à celzéceux qui l'ont vu, le film magnolia de Paul Thomas Anderson. On sent la tension monter au fil des 220 pages (ce qui est copieux). Et malgré la monotonie des illustrations, principalement des visages (seule - petite - critique recevable à mes yeux), on plonge dedans comme dans un thriller. En outre, le livre, physiquement parlant, est un très bel objet, agréable à manipuler et à lire. Une très belle surprise.