Les derniers avis (32320 avis)

Couverture de la série Echo
Echo

J’ai dévoré l’intégrale ! Pourtant, je ne suis pas un grand amateur de récits fantastiques, surtout lorsqu’ils lorgnent vers le genre super-héros. Pourtant le dessin en noir et blanc me paraissait assez simpliste, trop propre sur lui. Pourtant le pavé est imposant et je craignais de voir ma lecture se tirer en longueur. … Mais la vérité est que j’ai dévoré cette intégrale ! D’abord parce que si la série lorgne vers le genre super-héros (avec ici une combinaison qui dote son possesseur de capacités hors-normes), le personnage principal est tout sauf une super-héroïne. Fragile, bien souvent dépassée par ce qu’il lui arrive, ce personnage m’a beaucoup plu. J’ai aimé ses faiblesses, apprécié son caractère et son humour et admiré sa détermination. Ensuite parce que ce dessin a beau être en noir et blanc, il n’en est pas moins très efficace et agréable à lire. C’est dynamique, expressif, avec des personnages bien typés, des décors simples mais bien présents. En clair, ce n’est peut-être pas super-beau ou digne d’être accroché au mur, mais pour raconter une histoire, ça le fait ! Et puis, la narration est fluide, l’intrigue constamment relancée, les concepts scientifiques et technologiques sont originaux et ‘amusants’. Ça prend en haleine et ça tient la route (bon, la fin est un peu grosse mais c’est encore acceptable). Il y a régulièrement des petites trouvailles qui font qu’on a envie de poursuivre notre lecture, juste pour voir où ça nous mène. Ce récit en devient addictif. Vraiment chouette !

12/10/2022 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série BFF
BFF

C'est une très bonne surprise que cet album que j'ai laissé traîner un moment chez moi avant de me lancer. Thomas Cadène et Joseph Safieddine aiment plonger dans les rouages de notre société et s'amuser avec les relations plus ou moins complexes de nos contemporains ; autant Eté m'avait laissé assez indifférent, autant ce album m'a beaucoup plu. Secrets et mensonges d'une bande de potes : et là, on a du lourd ! Gro est pour ses amis un intermittent du spectacle en galère qui vit dans un appart' minable. Ça arrange bien ses potes qui y trouvent un faire valoir personnel. En réalité, Gro est aussi un pianiste reconnu mondialement, (sauf en France...) et son appart' miteux donne sur un appartement de grand standing. Gro aime cette situation qu'il a parfois bien du mal à faire durer sans s'embrouiller ; avoir une vie secrète, ce n'est jamais simple et cela amène forcément à des situations cocasses-gueule. Tout va se compliquer quand ses amis Claire et Oscar vont vouloir se marier et que les préparatifs commencent ; Claire tient absolument à ce que Gro compose et joue pour leur mariage... Cet album a vraiment su trouver l'équilibre parfait entre l'humour, et le frisson qu'implique une double vie. Nos deux scénaristes ont par ailleurs pleinement réussi à capter l'esprit de cette bande de potes. Ça sent le vivant, et les personnages qui peuvent au début sembler un brin caricaturaux trouvent finalement assez vite une certaine complexité, ou sortent tout du moins d'un manichéisme tranché. C'est frais, vivant voire bouillonnant pour certaines situations et on se laisse vite happer par les personnalités qui composent cette bande de potes et leur propension à s'assoir assez vite sur la vérité. Un très bon album qui se pose un regard acide et aiguisé sur nos congénères.

12/10/2022 (modifier)
Couverture de la série La Disparition de Josef Mengele
La Disparition de Josef Mengele

Cet album raconte la fuite d’un salaud, la fin de vie d’un monstre, d’une des figures les plus symptomatiques du IIIème Reich. Et les auteurs (Matz au scénario, Mailliet au dessin) présentent très bien ce tas de boue. Entrecoupé de flash-back, durant lesquels nous voyons Mengele à Auschwitz, le récit s’étend de la fin des années 1940 à celle des années 1970. La première partie est crispante, puisque l’on voit Mengele, fort de ses appuis, mener grand train en Argentine, ne regrettant rien et bien au contraire envisageant froidement avec d’autres un IVème Reich « finissant le travail » du IIIème. La seconde partie est plus réconfortante, puisque Mengele, repéré, traqué par quelques rares juges et le Mossad, doit se cacher, changer encore d’identité et de pays, chaque étape le voyant descendre un peu plus, dans une déchéance qui n’est pas la justice, mais qui là va en faire office. Au travers de ce récit, c’est aussi l’hypocrisie de la jeune RFA, qui est accommodante avec certains anciens hauts responsables nazis (il faudra attendre l’action de gens comme Klarsfeld pour que cela change un peu), de l’Église qui a fourni des aides, la famille Mengele ayant jusqu’au bout continué à financer la cavale sans être inquiétée. Parmi les crabes croisés dans les cercles nazis sud-américains, mention spéciale à Eichmann, qui apparait ici comme un être grotesque (et détesté par Mengele qui, en plus d’être le monstre que l’on sait, s’avère bourré de complexes de supériorité de classe). En tout cas l’album, qui s’inspire du roman éponyme d’Olivier Guez (que je n’ai pas lu) est très bien fichu. Sur le plan historique, mais aussi du point de vue narratif. Le dessin de Mailliet, moderne et dynamique est lui aussi réussi. Une lecture hautement recommandable donc, qui, au travers du destin d’un individu détestable, révèle le côté sombre, si ce n’est de l’humanité, du moins de beaucoup d’hommes – et d’organisations/États.

10/10/2022 (modifier)
Couverture de la série I hate fairyland
I hate fairyland

Un joyeux délire, gentiment politiquement incorrect. L’auteur s’en donne à cœur joie avec le personnage de Gertrude, fillette coincée au pays des fées depuis 30 ans. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle possède un caractère plus que Rock & Roll (et c’est un euphémisme). Elle démonte et étripe à tout va dans ce petit monde fabuleux, la couverture du 1er tome n’est pas mensongère. Durant ces aventures, elle est accompagnée d’une sorte de Jiminy Cricket, qui devient de plus en plus blasé au contact de notre héroïne. Leurs joutes verbales rythment le récit. Le tout est accentué par un dessin « mignon » et des couleurs tapes à l’œil. Le contrepied parfait au côté trash de l’histoire, c’est cette alchimie qui fait le sel de la série. Niveau histoire, l’auteur arrive à tenir la barre suffisamment avant l’overdose, dans l’ensemble les chapitres sont tous sympas et déjantés. Du chouette comics acidulé comme une tête brûlée. A petite dose mais fun pour un bon moment.

10/10/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5
Couverture de la série Texas Jack
Texas Jack

A la tête d’un cirque qui fait revivre chaque soir à ses spectateurs les heures de gloire des justiciers de l'Ouest sauvage, Texas Jack est brusquement plongé dans la réalité. Chargé par le gouvernement américain d’une mission de tous les dangers, il va devoir débarrasser le pays d’un bandit sanguinaire : le tristement célèbre Gunsmore. Sauf qu’être le personnage principal d’un spectacle de cirque et affronter des outlaws sans foi ni loi n’a rien à voir. Et Texas Jack ne va pas tarder à s’en apercevoir… Le scénario est original, les acteurs crédibles et intéressants. Le célèbre Marshall Sykes n’est jamais très loin mais laisse la vedette à Texas. C’est bien écrit, bien monté, et on pourrait dire « bien filmé » tant les cadrages rappellent le cinéma. Le dessin est très beau, les couleurs créent une belle ambiance mais… il y a quelques longueurs en milieu de récit, les histoires de jalousie durent un peu trop et la fin est plus amusante que crédible. Mis à part ces quelques petits défauts, l’album est très agréable à lire, on passe un bon moment. C’est juste un peu en-dessous de Sykes.

10/10/2022 (modifier)
Couverture de la série Lille
Lille

Je risque de ne pas être très objectif pour mon avis car j'aime beaucoup la ville de Lille. Mon fils y ayant fait ses études pendant quatre ans, j'ai pu me rendre compte de la formidable chaleur que dégageait cette cité. En lisant les deux tomes de la série (en cours), je m'aperçois que cette ambiance est portée par une richesse historique prodigieuse. Chaque album propose neuf chapitres présentant une histoire courte sous forme de BD accompagnée d'une double page de documentaires et de textes historiques illustrant une période précise. La position géographique et topographique de Lille en a fait un carrefour où les intérêts et les ambitions se sont affrontés. Lille a appartenu à presque tous les souverains européens (sauf les russes !), ce qui fait de son histoire un raccourci édifiant de nombreuses guerres menées par la France depuis des siècles. En périodes de paix, elle a connu des essors commerciaux dans différents domaines grâce à la vaillance et à l’ingéniosité de ses habitants. Les Lillois ne se sont jamais laissés abattre par les nombreux coups du sort qu'ils ont dû affronter : guerres, famines, épidémies, rigueurs hivernales, aucun obstacle n'a empêché Lille d'aller de l'avant. La série ne se lit pas en cinq minutes tellement les informations historiques sont nombreuses. Les auteurs ont choisi de donner une âme à la ville à travers le personnage de la Deûle, la rivière qui irrigue la ville et qui a participé à sa richesse. Cela donne des histoires courtes en 5/6 planches avec un caractère mi historique et mi légendaire. Ce côté fantastique allège le récit qui serait probablement trop académique autrement. Le graphisme est réaliste avec de très nombreux détails qui reflètent l'évolution des costumes ou des architectures de la ville aux différentes époques. Les scènes d'actions guerrières sont assez peu nombreuses. Les dessinatrices/eurs préférant proposer des ambiances où le peuple est mis en scène dans ses joies et ses souffrances. Une bonne lecture historique qui devrait plaire aux amoureux du Nord (et pas seulement).

09/10/2022 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ces jours qui disparaissent
Ces jours qui disparaissent

« Ces jours qui disparaissent » est l'album qui a révélé TLB et on comprend facilement pourquoi après l'avoir lu. Dès les premières pages, le lecteur est happé par l’intrigue qui voit un jeune danseur, Lubin, confronté à des amnésies récurrentes suite à une chute lors d’une répétition. Cette histoire au départ assez ordinaire basculera rapidement vers le fantastique dès lors que Lubin se rendra compte qu’un double essaie de prendre sa place pendant son sommeil. Qui plus est, ses périodes amnésiques ne cesseront de s’amplifier avec le temps, ce qui aura des conséquences dévastatrices sur son quotidien. On ne peut en dire plus au risque de « divulgâcher » mais force est de reconnaître que Timothé Le Boucher a produit là un scénario irréprochable, où le suspense va croissant jusqu’à la fin, plongeant le lecteur dans un malaise qui pourrait même s’apparenter à de la terreur, terreur qui ne reste que psychologique car ici il n’est pas question de monstres hideux sortis tout droit de l’enfer ! Et si l’auteur suscite en nous de telles réactions, c’est parce qu’il aborde ici des thèmes qui, sous cet enrobage fantastique, font vaciller nos certitudes quant à notre identité profonde. La question du double est bien sûr dominante, un thème angoissant souvent repris par la littérature fantastique et la pop-culture, on pense notamment au célèbre « Docteur Jekyll et Mister Hyde » de R.L. Stevenson ou encore au « Portrait de Dorian Gray » d’Oscar Wilde. Mais d’autres sujets passionnants apparaissent en filigrane tout au long du récit, tels que l’amour (qu’est-ce qui fait qu’on est aimé par notre conjoint ?), l’amitié (à l’épreuve des années…), la vieillesse et la tragique fuite du temps (une notion que les moins de 40 ans ne sauraient appréhender aisément…)... Timothé Le Boucher n’apporte pas forcément de réponses mais fait preuve d’une certaine finesse dans son approche. A ce titre, on peut ressentir une certaine frustration, car si le double de Lubin apparaît au début (la scène de la vidéo), on ne saura rien de sa réelle existence (que fait-il vraiment lorsque sa « proie » dort ?). Peut-être l’auteur a-t-il délibérément maintenu cette part de mystère pour laisser à chacun le soin d’imaginer sa propre version, et après tout, c’est bien Lubin le personnage central de l’histoire… Cette finesse dans l’approche de l’auteur se répercute dans sa ligne claire gracile aux accents manga. Certes, il n’y a rien de particulièrement innovant dans le style, et Le Boucher privilégie à l’évidence simplicité et lisibilité, mais il émane de son dessin une délicatesse qui lui est propre et charmera ceux qui sauront la percevoir. La mise en page et et la couleur sont à l’avenant, et on ne pourra qu’apprécier cette disposition de l’artiste à éviter le tape-à-l’œil et l’esbroufe. « Ces jours qui disparaissent » s’impose comme une œuvre incontournable, incontestablement la plus emblématique de Timothé Le Boucher à ce jour. Même si ses productions postérieures ne l’égalent pas en qualité, elles exercent toutes une certaine fascination, le plaçant dans la catégorie des auteurs qui comptent dans le neuvième art.

09/10/2022 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série Changement de saison
Changement de saison

« Changement de saison » est la première œuvre du dessinateur Jeong Yi-yong. Paru en 2013 dans son pays, le livre est aujourd’hui publié par la maison d’édition ça et là, qui s’est fait une spécialité de dénicher les nouveaux talents hors de l’Hexagone. Le scénario est de Lee Dong-eun, tout comme les quatre autres romans graphiques dessinés par Jeong Yi-yong. Et comme Monsieur Lee est également réalisateur, il en a adapté trois au cinéma, dont celui-ci sorti sur les écrans en 2018 sous le titre « In Between Seasons ». Vous avez dit alter ego ? Au premier coup d’œil, on ne peut pas dire que le graphisme paie de mine. A la fois réaliste et minimaliste, la ligne claire sans fioritures de Jeong, qui pourrait faire penser à des illustrations de consignes de sécurité aérienne, respecte pourtant les codes du manhwa basé sur l'art pictural oriental. Un dessin simple et facilement décryptable pour mieux véhiculer le propos. Et à y regarder de plus près, il recèle beaucoup de finesse ce dessin. Il FAUT donc le regarder de plus près, du fait également que les mots ici sont rares. Car l’histoire joue beaucoup sur le non-dit et les sentiments, sur un sujet visiblement encore tabou dans la société coréenne : l’homosexualité. Ce n’est pas tout à fait par hasard si Lee possède aussi la casquette de réalisateur. Les postures et les regards passent au premier plan, les décors n’ayant qu’assez peu d’importance. Le lecteur européen, a fortiori français, pourra à certains moments être décontenancé par certains codes graphiques quelque peu abscons, mais globalement l’exercice est digne d’intérêt. C’est aussi cela une œuvre interactive, qui demande la participation de celui qui la regarde. Comme dans la plupart des cultures à travers le monde, l’homosexualité dérange, et semble déranger encore davantage dans une société asiatique – où la pudeur éclipse les paroles – confrontée à des archaïsmes tenaces. Jamais au cours du récit on ne verra mentionné un terme relatif à la gaytitude, ce qui sans le dire en dit long sur les mœurs du pays. Mais au pays du matin calme, les choses évoluent comme (presque) partout ailleurs, et la jeune génération est plus encline à admettre les sexualités « autres » voire à les rendre visible. La narration a donc pour trame une relation triangulaire entre une mère, Madame Sang (Mi-Kyeong), son lycéen de fils (Su-hyeon) et l’amant de ce dernier (Yong-jun). Entrecoupée de flashbacks tout au long du récit, l’action au présent se déroule dans l’hôpital où Su-hyeon est dans le coma suite à un accident, alors que son ami, lui, s’en est sorti indemne. Le lecteur va peu à peu comprendre pourquoi l’attitude de Madame Sang a radicalement changé vis-à-vis du jeune Yong-jun, en partie parce que celui-ci s’en est beaucoup mieux sorti dans l’accident mais pas seulement. Totalement bienveillante au départ, elle se montre désormais suspicieuse et peu amène avec lui, lui adressant à peine la parole lorsqu’il vient rendre visite à son fils à l’hôpital. Tout l’intérêt du récit est de dévoiler par petites touches comment leur relation va évoluer, une relation où le silence alternant avec les banalités semblent écraser les mots vrais et la franchise. Yong-jun va-t-il céder aux injonctions de Mi-Kyeong de sortir de la vie de son fils ? Su-hyeon va-t-il enfin se réveiller et quel sera le déclic ? Madame Sang va-t-elle surmonter sa rancune vis-à-vis de Yong-jun et lui pardonner, si tant est qu’il y ait quelque chose à pardonner ? Lecture lente et intimiste, « Changement de saison » nous charme par sa douceur, sa façon délicate de traiter des sentiments, cette pudeur propre à la culture asiatique dont nous devrions peut-être plus souvent nous inspirer. Si parfois la parole est nécessaire pour exposer des vérités et crever des abcès, les actes seuls peuvent aussi dénouer des situations compliquées, sans la blessure infligée par des mots que l’on regrette après coup. Se refermant sur une situation aussi cocasse qu’inattendue, que l’on ne dévoilera évidemment pas ici, ce roman graphique diffuse un délicat parfum qui embaume très agréablement l’âme.

09/10/2022 (modifier)
Couverture de la série Lula Nonyme
Lula Nonyme

À partir d'une idée toute simple, Frédéric Berria a créé une gentille petite série bien originale. Un post-it, une peluche, un cochon tirelire, une tortue faïence et une pomme, avec beaucoup de talent créatif, un brin de poésie et d'humour, nous donne une lecture très rafraichissante et colorée. L'humour me rappelle un peu la série des Madame de Nancy Peña. C'est toujours une joie de découvrir les univers qu'un artiste peut imaginer à partir de si peu de choses. On retrouve son enfance qui se suffit d'un rien pour se construire un univers où l'on se sent bien. J'aime bien le graphisme avec la dynamique proposée. La mise en couleur qui s'appuie sur les teintes des post-it est aussi réussie. Une petite lecture à part et charmante, un vrai petit bonheur.

09/10/2022 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Bathory - La Comtesse maudite
Bathory - La Comtesse maudite

Ah, voilà un album intéressant. Intéressant car il s'attache à démythifier une figure historique que des centaines d'années de n'importe quoi ont contribué à ériger comme un personnage cruel, terrifiant, à l'instar d'un Barbe-Bleue ou d'un Gilles de Rais, un personnage que l'on a fini par assimiler à un vampire, du fait de la propension du sang dans son entourage. Mais Anne-Perrine Couët, dont c'est le premier album, s'est donc évertué au sortir d'un énorme travail de recherche (comme en témoigne la bibliographie en fin d'album), à rapprocher Erszebet Bathory, comtesse transylvanienne (le voisinage géographique avec un certain Comte n'est pas étranger à cette assimilation vampirique) de la figure historique qu'elle fut. Figure historique, et surtout figure d'émancipation féminine, puisqu'en l'absence et après le décès de son mari, elle s'est attachée à prendre les rênes des nombreux domaines dont elle était la suzeraine, et ce de façon très énergique, envers et contre les usages de l'époque. ce qui a déplu à certains des ses proches collaborateurs, qui auraient sans doute espéré plus de pouvoir après le décès de leur maître. Ils ont ainsi instillé le doute, la rumeur sur les agissements de la Comtesse, qui est ici décrite comme une guérisseuse versée dans l'usage des plantes, plus orientée dans la science que dans la sorcellerie. l'album montre en grande partie l'instruction du procès (extrêmement rapide) dont elle fut l'objet au début du 17ème siècle, et qui l'a condamnée à la prison à vie, tandis que ses conseillers étaient eux condamnés à mort pour des exactions qui n'ont probablement jamais eu lieu. C'est vraiment bien raconté, et le parti pris d'Anne-Perrine Couët est bien sûr dans la défense d'Erszebet (appelée Elisabeth tout au long de l'album, comme on l'appelle en Occident). Le dessin de la jeune autrice est remarquable, c'est du crayon très fin, accompagné d'une mise en couleurs en bichromie de tons pastel déclinant l'ocre. Un certain nombre de cases sont entourées de frises d'inspiration médiévale, tandis que les scènes de prétendues tortures commises par la Comtesse et ses valets se font dans des ambiances sombres proches de la carte à gratter. Remarquable, d'autant plus que la maturité dans le dessin est déjà là. Vraiment un très bon album sur un mythe qui perdure encore aujourd'hui.

08/10/2022 (modifier)