Les derniers avis (32321 avis)

Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Une Farouche liberté - Gisèle Halimi, la cause des femmes
Une Farouche liberté - Gisèle Halimi, la cause des femmes

Gisèle Halimi nous a quittés il y a deux ans, et j'imagine que cette disparition, ainsi que le mouvement récent, au sein de la BD francophone, de passer en revue des femmes pionnières, militantes, a donné l'idée aux deux co-scénaristes de rendre hommage à leur manière à cette figure du féminisme. Ainsi avons-nous une biographie qui nous emmène sur sa jeunesse en Tunisie, ses premières révoltes contre ses parents qui l'obligeaient à (entre autres) faire le lit de ses frères. Très tôt Zeiza Gisèle Elise Taïeb s'est-elle donc affirmée pour lutter contre les injustices, en particulier (mais pas que) celles dont sont victimes les femmes. Cela n'a pas été facile, ses parents, qui n'étaient pas des mauvaises personnes pour autant, étaient engoncés dans leur éducation où la femme devait servir l'homme... Pour autant, lorsqu'elle a découvert que les études pour devenir avocate lui permettraient de lutter à sa façon, de déjouer les injustices et pire, les outrages, ils l'ont soutenue, et chaleureusement félicitée et fêtée lorsqu'elle a eu son diplôme. Sa voie était tracée, entre plaidoiries enflammées, militantisme au sein de l'association Choisir qu'elle a fondée, combat pour la légitimité de l'avortement (y compris dans l'opinion publique, et ce, malgré des insultes, des menaces... C'est ce dévouement pour une cause, ce courage immense, qui sont glorifiés au travers de cet album qui nous emmène en fin de parcours vers une transmission -idéalisée ?- de ses valeurs, de son message, auprès d'une jeune génération. Le récit est très linéaire, à la fois didactique et accessible. Mention spéciale à la place laissée au procès de Marie-Claire, cette lycéenne violée par un camarade de classe, qui a décidé d'avorter avec le soutien de sa mère, de collègues de celles-ci et d'une femme médecin. Toutes ont été poursuivies, et défendues par Me Halimi. Relaxées ou sous le coup de peines minimes, presque symboliques. A l'aune de Me Too, du combat actuel pour inscrire le droit à l'avortement dans la Constitution, on se dit que même si l'action de Gisèle Halimi n'a pas été vain, rien n'est jamais acquis, et surtout pas lorsqu'on est une femme. Pour mettre en images cette co-scénarisation féminine (je crois que la personne ayant dirigé l'ouvrage, qui est une adaptation de leur ouvrage est aussi une femme), il fallait une dessinatrice à la fois talentueuse, mais aussi militante elle aussi pour les droits des femmes et contre les injustices. C'est le cas de Sandrine Revel, dont la bibliographie fournie et précieuse parle d'elle-même. Aidée aux couleurs par Myriam Lavalle, elle livre un album touchant, sobre mais puissant, qui fera sans doute date dans l'histoire du militantisme féministe. Essentiel.

07/10/2022 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Rivage de la colère
Rivage de la colère

Encore une zone d'ombre de l'Histoire explorée, ou plutôt adaptée, par Laurent Galandon. cette fois-ci il nous emmène dans l'Océan Indien, plus ou moins à mi-distance entre Madagascar et le Sri Lanka. L'Archipel des Chagos, à la fin des années 1960, est une colonie britannique. Mais la décolonisation est en marche, et par un tour de passe-passe les habitants de l'archipel sont forcés à l'exil, littéralement en une heure, en janvier 1971. Ils sont envoyés à l'Île Maurice, où ils sont littéralement abandonnés à leur sort. Mais certains décident de ne pas baisser les bras, et commence un long combat pour le retour sur leurs îles, mais aussi une compensation financière pour la souffrance, les privations et la folie. C'est cette histoire qu'a raconté l'autrice Caroline Laurent, et que Galandon a donc adapté. Si le récit commence doucement, avec la romance entre un secrétaire français qui fuit sa famille et une ravissante îlienne, cela s'excite avec le processus d'évacuation, dû à la lâcheté des autorités locales et du gouvernement britannique. Une fois sur l'île Maurice, le rythme se ralentit, et l'ennui guette le lecteur... Jusqu'au segment final, déchirant, lorsque le combat des Chagos prend fin, ou presque. Leur archipel, "vendu" aux États-Unis pour qu'ils y installent une base militaire stratégiquement placée, leur est interdit jusqu'en 2036 à l'heure où sort cet album... Aux pinceaux c'est Rachid N'haoua qui officie, lui qui a début dans le dessin animé, avant de rentrer au Journal de Mickey puis de travailler pour les studios de la Warner. Mais curieusement je ne l'ai pas senti tout à fait à l'aise au début de l'album, comme s'il débutait en bande dessinée... Son trait s'affirme au fil des pages, et il nous livre finalement un album assez élégant, avec une mise en page à la fois aérée et inventive, rehaussée par les couleurs de Degreff.

07/10/2022 (modifier)
Par Le sukr
Note: 4/5
Couverture de la série Des graines et du boudin
Des graines et du boudin

Sans être moralisateur, ce roman graphique met la lumière sur l'industrie animale et laitière. De quoi réfléchir sur nos modes de consommation. Le style graphique est agréable !

07/10/2022 (modifier)
Couverture de la série J'ai tué Marat
J'ai tué Marat

Je n'ai jamais été admiratif de la période révolutionnaire qui a suivi 1789, je n'aime même pas du tout cette période, trop sombre, trop sanglante, trop négative dans notre Histoire de France. Mais certains épisodes ou certains personnages ont parfois éveillé mon intérêt, tel celui de Charlotte Corday, et au final, je me suis aperçu que j'avais lu plusieurs Bd sur la Révolution ; ça ne fait pas de moi un grand connaisseur de cette période comme celle du Moyen Age que j'affectionne, mais je suis suffisamment bien informé sur les grandes lignes on va dire. Et justement, grâce à cet album, j'ai approfondi quelques détails : j'ignorais par exemple que Charlotte Corday s'appelait en réalité Marie d'Armont ; en fait, son nom complet était Marie-Anne Charlotte de Corday d'Armont, issue d'une petite noblesse rurale normande, elle était la fille d'un gentilhomme normand qui avait été lieutenant dans les armées royales, elle est née dans un petit patelin près de Vimoutiers dans le Pays d'Auge (actuel département de l'Orne, à la frontière départementale avec le Calvados). J'ignorais aussi que ce fameux 13 juillet 1793, elle n'avait pas pu voir Marat du premier coup ; une première fois empêchée par la gardienne d'immeuble, puis une seconde fois par l'épouse de Marat qui la renvoya sans ménagement, elle dut ruser pour l'approcher et la troisième fois fut la bonne. Ces détails s'ils sont vrais, sont très intéressants. Cet album est fort bien conçu et bien ficelé, les auteurs expliquant plein de choses sur ce meurtre, l'un des plus célèbres de l'Histoire ; avant tout, c'est une très bonne idée de relater tout ceci par un dialogue entre Charlotte et Marat alors qu'ils sont morts et attendent leur destination vers l'enfer ou le paradis dans une sorte de purgatoire au décor tout blanc, probablement des limbes. C'est en fait une tentative d'explication didactique sur le geste de Charlotte et sur l'action de Marat, mais en évitant le côté ennuyeux, même si on devine un côté pro-Marat de la part du scénariste, c'est parfaitement relaté sans perdre le lecteur. Dommage que le scénariste n'arrive cependant pas à bien expliquer les motivations assassines de Charlotte Corday. Pourquoi une jeune fille de bonne famille a-t-elle pris la peine de faire le trajet de Caen à Paris pour aller tuer un révolutionnaire ? On ne connait que la motivation profonde qui fut celle d'empêcher des milliers de morts, hélas l'Histoire lui donnera tort, car la Terreur enverra des tombereaux de condamnés à la guillotine. Elle est donc morte pour rien. Le scénario joue avec la temporalité à l'aide de nombreux flashbacks et de flash forward entrecoupés avec le présent de la journée du 13 juillet 1793 qui résume à tour de rôle l'enfance de Charlotte Corday et le parcours de Marat, le dialogue est subtil et permet à chacun des 2 personnages d'exprimer ses arguments, d'éclairer les motifs révolutionnaires et d'en dénoncer les excès, le tout sans embrouiller le lecteur. Au final, cette jeune normande qui s'est sacrifiée pour rien aura quand même gagné une juste célébrité puisqu'il existe une rue Charlotte Corday à Argentan, sous-préfecture de l'Orne, alors que Marat n'aura gagné que dégoût et aversion. Tout ceci est fort bien illustré par Olivier Martin avec un dessin puissant et bien maîtrisé qui soigne particulièrement les décors et les costumes de cette époque ; je n'avais croisé ce dessinateur que sur Crypto, et là j'ai trouvé son dessin remarquable et très expressif. Un excellent opus de la collection J'ai tué.

07/10/2022 (modifier)
Couverture de la série The Golden Path - Ma vie de cascadeuse
The Golden Path - Ma vie de cascadeuse

Emprunté un peu au hasard, je ne savais pas vraiment sur quoi j’allais tomber (je n’ai pas fait attention au sous titre : ma vie de cascadeuse). Je dois dire que l’école Ankama a encore frappé !! A travers son héroïne, l’auteur rend un bel hommage aux films de kung-fu de l’âge d’or, on sent sa passion mais ce n’est pas pour autant qu’il épargne cette industrie. Je ne suis pas féru du genre mais les passionnés devraient se régaler, en tout cas j’ai trouvé ça très instructif et original comme cadre. Le tout est bien mis en images, une narration maîtrisée et un dessin fluide et coloré. Ça a un côté très rond, si les styles de Guillaume Singelin ou Ulysse Malassagne ne vous font pas peur, foncez. Vraiment une chouette lecture, et un auteur complet que je découvre. Ça ne changera pas le monde mais très sympa.

06/10/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Reckless
Reckless

Mise à jour suite à lecture du tome 3. La nouvelle série de Brubaker/Phillips, c'est toujours aussi bon. Un problème qui ne peut pas être résolu par les forces de l'ordre ? Un numéro de téléphone et vous laissez un message. Avec un peu de chance Ethan Reckless s'occupera de votre affaire. Un univers différent de Criminal, un premier tome pour planter le décor et les personnages. Un scénario réglé comme du papier à musique, sans fausses notes. Une intrigue qui vous tiendra en haleine du début à la fin. Le dessin de Phillips est toujours aussi précis et la mise en page est cinématographique. Les couleurs (du fiston) sont sublimes. Vous prenez un shaker, vous y ajoutez un tiers de Tarantino, un tiers d'Humphrey Bogart et un autre tiers d'inspecteur Harry. Vous mélangez et vous obtenez un délicieux cocktail : un Reckless. Tome 2. Un second volet tout aussi jouissif que le premier. Une trame narrative identique au premier opus. Ça commence dans le présent avec une séquence où notre héros est dans de sales draps puis immersion dans le passé (récent et plus ancien) pour nous donner les tenants et les aboutissants. Et enfin les dernières pages pour clôturer le tout. Les années 70/80 sont mises à l'honneur. Toujours aussi sombre, découvrir la vérité n'apporte pas forcément la paix. Le dessin et la colorisation des Phillips sont un régal visuel. Juste page 103, il manque un mot dans une bulle. Grrr. Tome 3 C'est toujours aussi bon un Reckless. Un scénario toujours sur la même trame que les opus précédents. Une narration maîtrisée qui nous mènera sur des magouilles politiciennes. Et que dire de la dernière planche et de sa "surprise" que je n'ai pas vu venir. Graphiquement, la qualité est toujours présente. A consommer sans modération.

06/10/2021 (MAJ le 05/10/2022) (modifier)
Couverture de la série Little Joséphine
Little Joséphine

Cette série qui traite de l'accompagnement de Joséphine atteinte d'une maladie neurodégénérative est à la fois touchante et bien documentée. Valérie en tant que soignante est confrontée à un exercice difficile. Comment assurer un suivi avec beaucoup d'humain sans se laisser envahir voire manipuler par sa patiente. C'est cette expérience que nous font vivre Valérie Villieu comme infirmière et Raphaël Sarfati au graphisme et au scénario. Les auteurs privilégient le côté onirique de la rencontre entre deux mondes souvent hermétiques l'un à l'autre. Plusieurs coups de gueule dans l'ouvrage contre certaines auxiliaires de vie ou certains tuteurs/tutrices. À l'inverse pas grand-chose sur la démission de beaucoup de familles qui réapparaissent au moment de l'héritage. Je trouve cette charge un peu injuste car c'est vraiment un métier difficile et mal payé. Il est à souligner qu'au moment du Covid, les auxiliaires de vie étaient toutes sur le pont dans des conditions très difficiles. Le maintien à domicile est un enjeu majeur pour les années à venir. Les structures médicalisées étant ruineuses et déracinantes. L'ouvrage préfère mettre en avant le côté positif d'une telle rencontre. Le graphisme fait preuve de beaucoup d'ingéniosité pour rendre le récit attractif sur un sujet aride. Une bonne lecture pour un sujet social important.

05/10/2022 (modifier)
Par SkAmby
Note: 4/5
Couverture de la série I kill giants (Je tue des géants)
I kill giants (Je tue des géants)

Un album surprenant sur le fond et la forme. J'ai beaucoup aimé le dessin, les nuances de gris, les ombrages, sont agréables. On retrouve pas mal de code "manga" dans le design des personnages. Les émotions sont bien retranscrites ce qui coince un peu, c'est la narration un poil trop complexe. On peut avoir l'impression de lire un blougi, blouga, pas toujours clair de sens. Malgré ça, l'ensemble gagne en cohérence à mesure que l'on avance dans la lecture. Le thème traité est celui du déni, un mécanisme obscur de défense face à une angoisse, un choc émotionnel. Le déni est également la première étape d'un long processus face à l’inéluctable, jusqu'à la reconstruction de l'individu. Le propos m'a sincèrement touché, mais je pense que pour bien apprécier cet album il faut pouvoir le lire deux fois. Une première pour saisir les grandes lignes, une deuxième pour saisir la profondeur des enjeux. En résumé, un album très orienté psychologie qui aborde un sujet difficile

05/10/2022 (modifier)
Par Hervé
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Serpent et le Coyote
Le Serpent et le Coyote

Avant tout, je dois préciser que j'ai lu cet album dans la version noir et blanc, sans pour autant avoir été attiré par l'achat de l'édition couleur. Les premières pages muettes, même en n&b, sont somptueuses. Et, je regrette presque de ne pas avoir acheté la série Tango (Xavier/Matz), la, en n&b, signée par les mêmes auteurs, mais je me suis juré, dans la mesure du possible, de ne plus me lancer dans les séries, privilégiant ainsi les one shot. Et en l'occurrence, quel one shot que nous offrent ici Matz et Xavier, dans la collection signé, qui a toujours été pour moi, gage de qualité. Les auteurs nous présentent un polar qui prend du temps à s'installer, mais avec justesse sur près de 140 pages. J'avoue, dans un premier temps, retardé la lecture de cette bd , devant le nombre de pages. Et puis, je me suis lancé, sans m'arrêter jusqu'à la fin pour qu'au final, je dise Waouh! quel album! Le scénario est parfaitement maitrisé par un Matz au mieux de sa forme (je l'avais rencontré il y a quelques années pour Adios Muchachos, et le personnage m'avait bien séduit!) et le dessin de Xavier est parfait pour ce type de thriller. Nous suivons donc dans cette aventure, Joe, qui au fil des pages , n'est pas le personnage auquel on s'attendait. Malgré les flash-back qui ponctuent cet album, la lecture reste toujours fluide. En associant le programme de protection des témoins avec l'histoire personnelle du fameux Joe, Matz , sans oublier Xavier, nous offrent un des meilleurs albums de cette rentrée.

04/10/2022 (modifier)
Couverture de la série Sharaz-De
Sharaz-De

Les quatre étoiles, c’est pour l’ensemble, les deux albums sont vraiment très chouettes à lire, pas de doute. Mais le coup de cœur vient du côté graphique. Quelle tuerie que ce dessin maniéré, baroque, pointilliste de Toppi ! Je préfère son travail en Noir et Blanc, somptueux dans ses détails. Il est d’ailleurs amusant que cohabitent dans de grandes planches des décors à moitié vides, avec du blanc très présent dans les pages, et une telle profusion de détails dans le dessin. Je préfère le travail de Toppi en Noir et Blanc donc, mais les deux histoires traitées en couleurs sont vraiment superbes ! La mise en page est aussi très moderne, s’éloignant fortement du gaufrier traditionnel (un peu à la manière d’un Druillet), et jouant très bien sur le mélange du vide/blanc et du dessin surchargé. Pour le reste, on là la vision des Contes des Mille et Une Nuits du maître italien, nous faisant découvrir un Orient exotique, violent et fataliste. Certaines histoires auraient sans doute gagné à se développer davantage (elles sont toujours courtes, avec peu de texte – même si j’ai l’impression que le second tome, qui ne comprend que trois histoires, les développe un chouia plus). Mais l’ensemble est fluide, captivant. Les histoires courtes permettent de piocher, même si, comme le roi, on a hâte de connaitre la suivante, et on repart facilement pour une histoire supplémentaire au lieu d’aller se coucher ! Lecture hautement recommandable donc !

04/10/2022 (modifier)