Je découvre cette collection Jeunesse pour les tout-petits et je suis conquis. Comme quoi, on peut s'adresser aux petits enfants d'une façon intelligente et pleine d'émotion.
Les scénarii sont simples mais correspondent bien au vécu des enfants même assez petits : "amour" de son copin-e de classe ou de palier, petit animal de compagnie à la fois encombrant et attachant ou premier jeu de rôle façon rêve de bambins.
C'est juste et peut être lu dès la maternelle. Les dessins qui remplacent le lettrage sont efficaces et la compréhension immédiate.
Le graphisme est doux sans agressivité, ce qui plaira aux plus jeunes. La mise en couleur accompagne et renforce cette douceur.
Une lecture bien mignonne pour tous les âges. À partir de trois ans.
J’avais découvert cet auteur néerlandais il y a quelques années avec un album des plus originaux, hautement intrigant : Sine qua non.
Quelques temps après, j’avais rencontré des représentants de The Hoochie Coochie sur un petit salon, et avais discuté de cet auteur inclassable, découvrant au passage qu’il avait poursuivi dans sa veine médiévale, avec cet « Inferno », directement inspiré de La Divine Comédie de Dante. Et je l’avais donc acheté, puis remisé sur, puis sous une de mes « piles à lire », jusqu’à ce que je tombe sur le plus récent "Les bienheureuses" chez le même éditeur et dans la même lignée.
Donc, voilà, je me suis dit qu’il faudrait que je les lise, en commençant par « Inferno » donc.
Le travail éditorial est vraiment beau, avec une couverture épaisse à rabats, ce qui met bien en valeur le travail de Ruijters, qui ressemble encore une fois à des gravures médiévales (le travail en Noir et blanc, mais aussi son dessin très particulier, l’absence de perspective moderne renforcent cette impression).
L’iconographie pleine de créatures aussi diaboliques qu’imaginaires, tout en suivant Dante, donne aussi une patine, une coloration médiévale : c’est en tout cas un dessin et des choix graphiques qui m’accrochent.
Comme l’explique Ruijters dans un très intéressant texte de présentation, beaucoup de gens connaissent Dante et son enfer, sans l’avoir lu. Ce qui est mon cas. Pourtant, je sens bien que Ruijters, comme il l’explique, lui a été fidèle dans l’esprit et la représentation. Il a par contre fait le choix de n’impliquer que des figures féminines (Dante devient Danta, accompagnée de la poétesse Virgilia et elles ne rencontrent dans les différents cercles des enfers que des pécheresses).
Il fait ressortir aussi sur la fin un aspect qui m’avait échappé de cette œuvre de Dante, à savoir une critique des mœurs commerciales de l’époque (en cela – mais cet aspect et bien évidemment absent du travail de Ruijters – on peut le voir comme un jalon qui mène, avec la naissance du purgatoire, aux critiques de Luther contre les indulgences, et de Marx contre certains aspects de la société capitaliste).
Si quelques petites pointes d'humour et une grande fantaisie sont repérables, c'est clairement une ambiance noire qui domine.
Si quelques très rares bulles occupent l’espace (avec alors quelques mots latins, mais plus généralement des dessins dans les phylactères), le texte est quasiment toujours en bas des planches. Cela peut surprendre, mais ça n’a pas gêné ma lecture.
Au final, Ruijters donne une belle interprétation du texte de Dante, et confirme avec cette adaptation qu’il est un artiste inspiré, original, que je vais continuer à suivre en tout cas.
Il n'y a pas grand-chose à ajouter au très bel avis de Blue Boy sur cette agréable série de Lucas Harari. Je n'ai pas lu Martin Eden de Jack London et peut être que cela ajouterait à l'attrait de clins d'oeil supplémentaires.
Bien sûr une belle blonde, un héros qui semble piégé dans une ambiance qui le dépasse et un épisode psychiatrique nous ramènent au monde d'Hitchcock. On y ajoute un zest d'Alain Delon jeune au bord d'une piscine pour plonger dans le personnage de Léo que j'ai beaucoup aimé.
Il y a bien quelques épisodes où Léo joue au Tintin amateur quand il découvre des statuettes qui portent malheur ou quand il s'agit de s'introduire dans une sinistre clinique. Je trouve que le scénario est à double entrée et la fin reste ouverte. Car l'énigme se résume-t-elle à ce qui est montré par Rose et ses proches ?
N'y a-t-il pas d'autres mystères dans les draps de Sylvain le cousin bien énigmatique ? Le texte est rare, ce qui ne facilite pas notre guidage. C'est d'ailleurs dommage car les rares dialogues un peu suivis sont d'un très bon niveau.
Harari nous manipule presque entre deux époques. Cette bande d'amis est vraiment très 60's, impression renforcée par ce graphisme au look vintage. Mais quand Léo parle de "boucan d'enfer", Rose nous fait bien sentir que ce vocabulaire est révolu et appartient à une autre génération.
Le dessin est très élégant et racé. Le graphisme seul suffit à planter l'atmosphère étrange et languissante du récit. Un mot sur les formidables couleurs qui claquent sous le soleil de la Méditerranée.
188 pages qui se lisent avec avidité et plaisir pour un excellent moment de lecture.
Un Chabouté de temps en temps, à lire ou à relire, c’est la garantie de passer un très bon moment. Ambiance bien noire, dès les premières pages le ton est donné. Dans un grand flash-back, Christophe Chabouté reprend le déroulement de la vie de Landru « tueur en série », détaillant la mécanique des crimes dont il est accusé. C’est glaçant. Peu bavard, l’album laisse la part belle au dessin fort et incisif. Totalement muettes, les premières pages sont sublimes et donnent le ton de l’histoire qui va suivre… Chabouté sait parfaitement manier les silences et laisser le dessin s’exprimer sans en rajouter, sans alourdir. Ça, c’est un premier point fort de cet album. Autre point fort, c’est l’interprétation du personnage de Landru par Chabouté qui laisse planer le doute sur son degré de culpabilité étant donné qu’il est déclaré qu’il est « quasiment » certain qu’il a commis ces meurtres. Eh oui, « quasiment » !! Il est vrai qu’il n’a jamais avoué les 11 meurtres dont il est accusé ! Côté dessin, c’est du grand art. Comme dans ses autres albums, Chabouté joue sur les ambiances, sur les regards des personnages, sur les failles de la nature humaine, sur les non-dits. Un très bon Chabouté.
Très sympa, prenant jusqu'au bout, on ne s'ennuie pas. Quelques facilités par ci par-là mais ça a l'avantage de faire avancer rapidement l'histoire plutôt que de tirer en longueur.
Les personnages et les animaux sont très bien dessinés. L'ambiance préhistorique se ressent très bien. Lecture agréable, j'ai enchaîné les 3 tomes.
L'auteur camerounais Japhet Miagotar nous propose une série en forme de théâtre d'ombres et de masques. Cette excellente mise en scène renforce la déshumanisation que souligne le récit.
C'est un cri de colère que hurle Miagotar en lieu et place de ces victimes si vite oubliées à leurs détresses.
Japhet Miagotar est dans son rôle premier d'artiste qui donne son talent pour faire entendre ces milliers de sans voix qui subissent l'injustice d'un système asservi au dieu dollars.
Ce scandale illustre bien un thème assez peu utilisé par nos artistes : celui de la gestion frauduleuse des déchets industriels. Les sommes en jeu étant énormes, cette problématique fait le bonheur de toutes les organisations criminelles du monde.
C'est aussi un cauchemar de toutes les autorités politiques puisque cela touche souvent des multinationales capables de faire du chantage à l'emploi. C'est ce que souligne l'auteur, les pénalités sont souvent faibles en regard des profits effectués. La gestion des déchets toxiques étant d'un coût très élevé pour une entreprise qui suit scrupuleusement les normes de sécurité.
Comme le montre le graphisme si original de l'auteur, tout le monde se cache derrière son masque et tant pis pour les victimes. "Pas vu pas pris" et l'on repart les poches pleines. Quitte à perdre quelques miettes en route pour faire plaisir au système politico-médiatique.
Japhet introduit une fin dans un esprit très africain qui peut désorienter un esprit rationaliste mais le récit n'en perd pas de sa force.
Impossible d'aviser cette série sans parler de son graphisme si particulier. À la fois moderne et traditionnel l'absence de visages nous réduit à nous focaliser sur l'acte. Aucune empathie ni antipathie n'est possible par cette représentation si particulière. L'auteur m'a donné l'impression d'un monde qui obéit à sa propre logique destructrice en dehors de toute considération humaine, un peu comme dans un camp de concentration.
Ce n'est pas une lecture spécialement facile et qui peut désorienter mais qui vaut vraiment qu'on s'y attarde pour son originalité.
Un pur récit d'aventure maritime, Dorison nous entraîne sur le Jakarta et nous fait partager le quotidien d'un équipage sur un navire du 17ème siècle.
Basé sur des faits historiques réels, l'auteur intègre un récit avec des personnages classiques dans une aventure de piraterie, un savant équilibre qui fait la réussite de cette bd.
Pas un seul moment de répit dans ce scénario, tout ce voyage basé sur la cupidité des armateurs qui veulent rentabiliser au plus vite leurs investissements sans aucune considération humaine nous entraîne dans une fuite en avant où nous pressentons la catastrophe finale.
La qualité de l'ouvrage est un peu hors norme pour un grand éditeur, la couverture, l'épaisseur du papier et le marque page. Pour l'oeuvre par elle-même, c'est du même niveau, l'auteur présente avant le début de l'histoire une carte du trajet du navire, un plan du Jakarta et surtout le mode de fonctionnement de la VOC pour comprendre la hiérarchie sur les bateaux de cette compagnie. Ces informations permettent d'être immergées dès le départ dans l'ambiance des transports maritimes à cette époque.
Le dessin de Montaigne fait la part belle à la représentation des visages marqués par la dureté de la vie en mer, les détails du bateau ne sont pas en reste et grâce aux couleurs sombres à l'intérieur du bateau nous ressentons l'enfermement de tout l'équipage.
Un premier tome qui donne envie de lire la suite.
Je trouve que la BD est un médium efficace pour mettre en lumière des situations assez dramatiques. J'ai pu lire plusieurs séries qui traitent des maladies rares (orphelines) et je n'ai jamais été déçu.
Ici Joris Chamblain et Anne-Lise Nalin m'ont ému en me faisant redécouvrir la Xeroderma Pigmentosum (XP) et ses effets sur la vie quotidienne des enfants qui en souffrent.
J'ai beaucoup aimé la mise en scène proposée par Joris Chamblain. Son idée de nous faire entrer dans l'univers de Maxime via les yeux de Morgane une ado (faussement) révoltée contre son entourage à travers la lecture d'un journal intime est vraiment bonne.
Le récit prend des allures de roman rose et de roman policier ce qui éloigne le lecteur d'un enfermement trop angoissant dans la maladie. C'est un message d'espoir qui est délivré même s’il est parsemé de moments de révoltes (légitimes celles-là).
Le dessin de Anne-Lise Nalin est moderne avec un trait qui correspond à ce que l'on voit couramment sur les écrans ou dans les séries pour ados. Ce n'est pas mon graphisme préféré mais cela porte bien le récit pour élargir le public des lecteurs et lectrices.
Une bonne série qui aborde un sujet touchant traité avec beaucoup de délicatesse et de justesse. Très bonne lecture assez rapide.
Duchazeau réussit là, dans un style assez dépouillé, à montrer la folie, l’improbable rapidité avec laquelle les Espagnols se sont rendus maîtres de l’Empire inca, mais aussi la fragilité de ce dernier.
Tout d’abord, ce qui saute aux yeux – et qui sans doute rebutera certains autant qu’il en attirera d’autres – c’est le dessin de Frantz Duchazeau. Globalement épuré donc, avec un trait très gras, charbonneux, à la limite de l’abstrait parfois, je l’ai trouvé à la fois très beau et parfaitement raccord avec l’histoire et le ton qu’il souhaitais lui donner. Les Espagnols, avec leurs airs de spectres, illustrent une sorte de mesnie Hellequin, une apocalypse où le monde, proche de la fin, ne serait plus éclairé que par des cendres, une lumière noire fantastique et désespérée.
Duchazeau avait quelques années auparavant déjà traité ce thème avec Fabien Vehlmann dans La Nuit de l'Inca. Mais le ton, la colorisation donnaient quelque chose de différent, de clairement moins noir – je préfère la version des « Vaincus ».
Au cœur de ce désastre qui ne nous surprend pas, puisque nous connaissons cette histoire sanglante, simple réplique de celle des Aztèques une quinzaine d’années plus tôt, nous suivons un guide, Apoo, chasqui (c’est-à-dire messager royal). Ses courses éperdues (ses messages de fin du monde arrivent ou pas, mais le destin de ce monde n’en dépend plus) illustrent le désarroi des peuples des Andes face à ces dieux étrangers.
Le récit est très simple dans sa construction, à tout prendre aussi dans son illustration. Mais c’est un album que j’ai vraiment apprécié, et dont je vous recommande la lecture – surtout si, comme moi, vous accrochez au style graphique de Duchazeau.
Une adaptation d'un roman du regretté Jean Teulé.
Une adaptation réussie.
Je ne peux pas comparer avec l'œuvre originale, ne l'ayant pas lue.
Un récit reprenant la vie de ce roi de France dont le seul fait marquant sera "le massacre de la Saint-Barthélémy". Pas terrible comme héritage historique ! Pourtant ...
Charles IX monte sur le trône à l'âge de 10 ans après la mort de son frère François II mort à 16 ans. La période est trouble au royaume de France, il est secoué par les guerres de religions entre protestants et catholiques.
Un album qui commence la veille du massacre de la Saint-Barthélémy, une décision prise sous la pression de sa mère, Catherine de Médicis et de ses ministres. Une décision qui va le marquer toute sa courte vie. Il ne lui reste plus que 2 ans à vivre.
Charles IX est un homme faible qui n'était pas fait pour être roi, il est sous la coupe d'une mère autoritaire. Il va doucement, mais sûrement, basculer dans la folie (avec des passages effarants), jusqu'à cette dernière journée et la sécrétion de sang par les pores de sa peau.
J'ai beaucoup apprécié la narration corrosive comme l'humour employé. Charly 9 ne sort pas grandi après la lecture des 126 planches, mais j'ai ressenti une certaine empathie pour ce jeune homme décédé à 24 ans.
Guérineau dans un style semi réaliste a su cerner Charles IX, tant physiquement que psychologiquement. On ressent sa détresse lors des premières planches lorsqu'il doit approuver le fameux massacre. La transformation de son visage au fil des pages est saisissante.
Superbe.
Un vrai bon moment de lecture.
Les nombreux faits historiques exposés ici ne sortent pas de l'imagination des auteurs, ils sont avérés.
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Valentine et Valentin
Je découvre cette collection Jeunesse pour les tout-petits et je suis conquis. Comme quoi, on peut s'adresser aux petits enfants d'une façon intelligente et pleine d'émotion. Les scénarii sont simples mais correspondent bien au vécu des enfants même assez petits : "amour" de son copin-e de classe ou de palier, petit animal de compagnie à la fois encombrant et attachant ou premier jeu de rôle façon rêve de bambins. C'est juste et peut être lu dès la maternelle. Les dessins qui remplacent le lettrage sont efficaces et la compréhension immédiate. Le graphisme est doux sans agressivité, ce qui plaira aux plus jeunes. La mise en couleur accompagne et renforce cette douceur. Une lecture bien mignonne pour tous les âges. À partir de trois ans.
Inferno (Ruijters)
J’avais découvert cet auteur néerlandais il y a quelques années avec un album des plus originaux, hautement intrigant : Sine qua non. Quelques temps après, j’avais rencontré des représentants de The Hoochie Coochie sur un petit salon, et avais discuté de cet auteur inclassable, découvrant au passage qu’il avait poursuivi dans sa veine médiévale, avec cet « Inferno », directement inspiré de La Divine Comédie de Dante. Et je l’avais donc acheté, puis remisé sur, puis sous une de mes « piles à lire », jusqu’à ce que je tombe sur le plus récent "Les bienheureuses" chez le même éditeur et dans la même lignée. Donc, voilà, je me suis dit qu’il faudrait que je les lise, en commençant par « Inferno » donc. Le travail éditorial est vraiment beau, avec une couverture épaisse à rabats, ce qui met bien en valeur le travail de Ruijters, qui ressemble encore une fois à des gravures médiévales (le travail en Noir et blanc, mais aussi son dessin très particulier, l’absence de perspective moderne renforcent cette impression). L’iconographie pleine de créatures aussi diaboliques qu’imaginaires, tout en suivant Dante, donne aussi une patine, une coloration médiévale : c’est en tout cas un dessin et des choix graphiques qui m’accrochent. Comme l’explique Ruijters dans un très intéressant texte de présentation, beaucoup de gens connaissent Dante et son enfer, sans l’avoir lu. Ce qui est mon cas. Pourtant, je sens bien que Ruijters, comme il l’explique, lui a été fidèle dans l’esprit et la représentation. Il a par contre fait le choix de n’impliquer que des figures féminines (Dante devient Danta, accompagnée de la poétesse Virgilia et elles ne rencontrent dans les différents cercles des enfers que des pécheresses). Il fait ressortir aussi sur la fin un aspect qui m’avait échappé de cette œuvre de Dante, à savoir une critique des mœurs commerciales de l’époque (en cela – mais cet aspect et bien évidemment absent du travail de Ruijters – on peut le voir comme un jalon qui mène, avec la naissance du purgatoire, aux critiques de Luther contre les indulgences, et de Marx contre certains aspects de la société capitaliste). Si quelques petites pointes d'humour et une grande fantaisie sont repérables, c'est clairement une ambiance noire qui domine. Si quelques très rares bulles occupent l’espace (avec alors quelques mots latins, mais plus généralement des dessins dans les phylactères), le texte est quasiment toujours en bas des planches. Cela peut surprendre, mais ça n’a pas gêné ma lecture. Au final, Ruijters donne une belle interprétation du texte de Dante, et confirme avec cette adaptation qu’il est un artiste inspiré, original, que je vais continuer à suivre en tout cas.
La Dernière Rose de l'été
Il n'y a pas grand-chose à ajouter au très bel avis de Blue Boy sur cette agréable série de Lucas Harari. Je n'ai pas lu Martin Eden de Jack London et peut être que cela ajouterait à l'attrait de clins d'oeil supplémentaires. Bien sûr une belle blonde, un héros qui semble piégé dans une ambiance qui le dépasse et un épisode psychiatrique nous ramènent au monde d'Hitchcock. On y ajoute un zest d'Alain Delon jeune au bord d'une piscine pour plonger dans le personnage de Léo que j'ai beaucoup aimé. Il y a bien quelques épisodes où Léo joue au Tintin amateur quand il découvre des statuettes qui portent malheur ou quand il s'agit de s'introduire dans une sinistre clinique. Je trouve que le scénario est à double entrée et la fin reste ouverte. Car l'énigme se résume-t-elle à ce qui est montré par Rose et ses proches ? N'y a-t-il pas d'autres mystères dans les draps de Sylvain le cousin bien énigmatique ? Le texte est rare, ce qui ne facilite pas notre guidage. C'est d'ailleurs dommage car les rares dialogues un peu suivis sont d'un très bon niveau. Harari nous manipule presque entre deux époques. Cette bande d'amis est vraiment très 60's, impression renforcée par ce graphisme au look vintage. Mais quand Léo parle de "boucan d'enfer", Rose nous fait bien sentir que ce vocabulaire est révolu et appartient à une autre génération. Le dessin est très élégant et racé. Le graphisme seul suffit à planter l'atmosphère étrange et languissante du récit. Un mot sur les formidables couleurs qui claquent sous le soleil de la Méditerranée. 188 pages qui se lisent avec avidité et plaisir pour un excellent moment de lecture.
Henri Désiré Landru
Un Chabouté de temps en temps, à lire ou à relire, c’est la garantie de passer un très bon moment. Ambiance bien noire, dès les premières pages le ton est donné. Dans un grand flash-back, Christophe Chabouté reprend le déroulement de la vie de Landru « tueur en série », détaillant la mécanique des crimes dont il est accusé. C’est glaçant. Peu bavard, l’album laisse la part belle au dessin fort et incisif. Totalement muettes, les premières pages sont sublimes et donnent le ton de l’histoire qui va suivre… Chabouté sait parfaitement manier les silences et laisser le dessin s’exprimer sans en rajouter, sans alourdir. Ça, c’est un premier point fort de cet album. Autre point fort, c’est l’interprétation du personnage de Landru par Chabouté qui laisse planer le doute sur son degré de culpabilité étant donné qu’il est déclaré qu’il est « quasiment » certain qu’il a commis ces meurtres. Eh oui, « quasiment » !! Il est vrai qu’il n’a jamais avoué les 11 meurtres dont il est accusé ! Côté dessin, c’est du grand art. Comme dans ses autres albums, Chabouté joue sur les ambiances, sur les regards des personnages, sur les failles de la nature humaine, sur les non-dits. Un très bon Chabouté.
La Guerre du Feu (Delcourt)
Très sympa, prenant jusqu'au bout, on ne s'ennuie pas. Quelques facilités par ci par-là mais ça a l'avantage de faire avancer rapidement l'histoire plutôt que de tirer en longueur. Les personnages et les animaux sont très bien dessinés. L'ambiance préhistorique se ressent très bien. Lecture agréable, j'ai enchaîné les 3 tomes.
Cargaison Mortelle à Abidjan
L'auteur camerounais Japhet Miagotar nous propose une série en forme de théâtre d'ombres et de masques. Cette excellente mise en scène renforce la déshumanisation que souligne le récit. C'est un cri de colère que hurle Miagotar en lieu et place de ces victimes si vite oubliées à leurs détresses. Japhet Miagotar est dans son rôle premier d'artiste qui donne son talent pour faire entendre ces milliers de sans voix qui subissent l'injustice d'un système asservi au dieu dollars. Ce scandale illustre bien un thème assez peu utilisé par nos artistes : celui de la gestion frauduleuse des déchets industriels. Les sommes en jeu étant énormes, cette problématique fait le bonheur de toutes les organisations criminelles du monde. C'est aussi un cauchemar de toutes les autorités politiques puisque cela touche souvent des multinationales capables de faire du chantage à l'emploi. C'est ce que souligne l'auteur, les pénalités sont souvent faibles en regard des profits effectués. La gestion des déchets toxiques étant d'un coût très élevé pour une entreprise qui suit scrupuleusement les normes de sécurité. Comme le montre le graphisme si original de l'auteur, tout le monde se cache derrière son masque et tant pis pour les victimes. "Pas vu pas pris" et l'on repart les poches pleines. Quitte à perdre quelques miettes en route pour faire plaisir au système politico-médiatique. Japhet introduit une fin dans un esprit très africain qui peut désorienter un esprit rationaliste mais le récit n'en perd pas de sa force. Impossible d'aviser cette série sans parler de son graphisme si particulier. À la fois moderne et traditionnel l'absence de visages nous réduit à nous focaliser sur l'acte. Aucune empathie ni antipathie n'est possible par cette représentation si particulière. L'auteur m'a donné l'impression d'un monde qui obéit à sa propre logique destructrice en dehors de toute considération humaine, un peu comme dans un camp de concentration. Ce n'est pas une lecture spécialement facile et qui peut désorienter mais qui vaut vraiment qu'on s'y attarde pour son originalité.
1629 ou l'effrayante histoire des naufragés du Jakarta
Un pur récit d'aventure maritime, Dorison nous entraîne sur le Jakarta et nous fait partager le quotidien d'un équipage sur un navire du 17ème siècle. Basé sur des faits historiques réels, l'auteur intègre un récit avec des personnages classiques dans une aventure de piraterie, un savant équilibre qui fait la réussite de cette bd. Pas un seul moment de répit dans ce scénario, tout ce voyage basé sur la cupidité des armateurs qui veulent rentabiliser au plus vite leurs investissements sans aucune considération humaine nous entraîne dans une fuite en avant où nous pressentons la catastrophe finale. La qualité de l'ouvrage est un peu hors norme pour un grand éditeur, la couverture, l'épaisseur du papier et le marque page. Pour l'oeuvre par elle-même, c'est du même niveau, l'auteur présente avant le début de l'histoire une carte du trajet du navire, un plan du Jakarta et surtout le mode de fonctionnement de la VOC pour comprendre la hiérarchie sur les bateaux de cette compagnie. Ces informations permettent d'être immergées dès le départ dans l'ambiance des transports maritimes à cette époque. Le dessin de Montaigne fait la part belle à la représentation des visages marqués par la dureté de la vie en mer, les détails du bateau ne sont pas en reste et grâce aux couleurs sombres à l'intérieur du bateau nous ressentons l'enfermement de tout l'équipage. Un premier tome qui donne envie de lire la suite.
Journal d'un Enfant de Lune
Je trouve que la BD est un médium efficace pour mettre en lumière des situations assez dramatiques. J'ai pu lire plusieurs séries qui traitent des maladies rares (orphelines) et je n'ai jamais été déçu. Ici Joris Chamblain et Anne-Lise Nalin m'ont ému en me faisant redécouvrir la Xeroderma Pigmentosum (XP) et ses effets sur la vie quotidienne des enfants qui en souffrent. J'ai beaucoup aimé la mise en scène proposée par Joris Chamblain. Son idée de nous faire entrer dans l'univers de Maxime via les yeux de Morgane une ado (faussement) révoltée contre son entourage à travers la lecture d'un journal intime est vraiment bonne. Le récit prend des allures de roman rose et de roman policier ce qui éloigne le lecteur d'un enfermement trop angoissant dans la maladie. C'est un message d'espoir qui est délivré même s’il est parsemé de moments de révoltes (légitimes celles-là). Le dessin de Anne-Lise Nalin est moderne avec un trait qui correspond à ce que l'on voit couramment sur les écrans ou dans les séries pour ados. Ce n'est pas mon graphisme préféré mais cela porte bien le récit pour élargir le public des lecteurs et lectrices. Une bonne série qui aborde un sujet touchant traité avec beaucoup de délicatesse et de justesse. Très bonne lecture assez rapide.
Les Vaincus
Duchazeau réussit là, dans un style assez dépouillé, à montrer la folie, l’improbable rapidité avec laquelle les Espagnols se sont rendus maîtres de l’Empire inca, mais aussi la fragilité de ce dernier. Tout d’abord, ce qui saute aux yeux – et qui sans doute rebutera certains autant qu’il en attirera d’autres – c’est le dessin de Frantz Duchazeau. Globalement épuré donc, avec un trait très gras, charbonneux, à la limite de l’abstrait parfois, je l’ai trouvé à la fois très beau et parfaitement raccord avec l’histoire et le ton qu’il souhaitais lui donner. Les Espagnols, avec leurs airs de spectres, illustrent une sorte de mesnie Hellequin, une apocalypse où le monde, proche de la fin, ne serait plus éclairé que par des cendres, une lumière noire fantastique et désespérée. Duchazeau avait quelques années auparavant déjà traité ce thème avec Fabien Vehlmann dans La Nuit de l'Inca. Mais le ton, la colorisation donnaient quelque chose de différent, de clairement moins noir – je préfère la version des « Vaincus ». Au cœur de ce désastre qui ne nous surprend pas, puisque nous connaissons cette histoire sanglante, simple réplique de celle des Aztèques une quinzaine d’années plus tôt, nous suivons un guide, Apoo, chasqui (c’est-à-dire messager royal). Ses courses éperdues (ses messages de fin du monde arrivent ou pas, mais le destin de ce monde n’en dépend plus) illustrent le désarroi des peuples des Andes face à ces dieux étrangers. Le récit est très simple dans sa construction, à tout prendre aussi dans son illustration. Mais c’est un album que j’ai vraiment apprécié, et dont je vous recommande la lecture – surtout si, comme moi, vous accrochez au style graphique de Duchazeau.
Charly 9
Une adaptation d'un roman du regretté Jean Teulé. Une adaptation réussie. Je ne peux pas comparer avec l'œuvre originale, ne l'ayant pas lue. Un récit reprenant la vie de ce roi de France dont le seul fait marquant sera "le massacre de la Saint-Barthélémy". Pas terrible comme héritage historique ! Pourtant ... Charles IX monte sur le trône à l'âge de 10 ans après la mort de son frère François II mort à 16 ans. La période est trouble au royaume de France, il est secoué par les guerres de religions entre protestants et catholiques. Un album qui commence la veille du massacre de la Saint-Barthélémy, une décision prise sous la pression de sa mère, Catherine de Médicis et de ses ministres. Une décision qui va le marquer toute sa courte vie. Il ne lui reste plus que 2 ans à vivre. Charles IX est un homme faible qui n'était pas fait pour être roi, il est sous la coupe d'une mère autoritaire. Il va doucement, mais sûrement, basculer dans la folie (avec des passages effarants), jusqu'à cette dernière journée et la sécrétion de sang par les pores de sa peau. J'ai beaucoup apprécié la narration corrosive comme l'humour employé. Charly 9 ne sort pas grandi après la lecture des 126 planches, mais j'ai ressenti une certaine empathie pour ce jeune homme décédé à 24 ans. Guérineau dans un style semi réaliste a su cerner Charles IX, tant physiquement que psychologiquement. On ressent sa détresse lors des premières planches lorsqu'il doit approuver le fameux massacre. La transformation de son visage au fil des pages est saisissante. Superbe. Un vrai bon moment de lecture. Les nombreux faits historiques exposés ici ne sortent pas de l'imagination des auteurs, ils sont avérés.