Les derniers avis (32308 avis)

Par pol
Note: 4/5
Couverture de la série Not All Robots
Not All Robots

Cet album est une dystopie futuriste dans laquelle le monde ne va plus très bien. L'atmosphère n'est pas au mieux, et les villes sont coupées de l'extérieur par des bulles géantes. Les robots ont pris une place prédominante dans notre société. Ils représentent une main d'oeuvre bien moins couteuse que les humains, ils travaillent plus longtemps et du coup ils exercent maintenant la quasi totalité des métiers. Chaque famille possède son propre dombot, c'est à dire son robot domestique personnel. Et comme souvent dans les histoires de robots, ils vont avoir des sentiments, des états d'âme, et la cohabitation avec les humains sera de plus en plus fragile. En quelques pages les bases de cet univers sont posées. 2056 c'est demain, ce monde est un peu taré... mais en même temps on a l'impression que l'on s'y dirige tranquillement mais surement. Entre le réchauffement climatique et le toujours plus de numérique et de digital, on y est presque. On rentre donc bien facilement dans cette histoire. Le ton est satirique, un peu décalé et ça fonctionne très bien. Il y a quelques situations grotesques du meilleur effet. Notamment grâce au père de famille un peu idiot, dépendant de son robot, qui le considère comme un membre de la famille. Dans ce contexte, il va nous livrer quelques répliques bien amusantes. Il y a aussi des séquences bien trouvées, comme le procès où l'accusé amène sa défense sur une clé USB, et un algorithme le jugera en 32 secondes. Des petites phrases ciselées par ci, des scènes saugrenues par là, au final le récit contient pas mal de bonnes punchlines qui font sourire. La critique des dérives de notre société est faite de manière intelligente avec un ton décalé et rigolo. Une satire légère qui ne cherche pas à être moralisatrice, et le résultat est amusant.

04/02/2023 (modifier)
Couverture de la série Ivalu
Ivalu

Oups ! Les âmes sensibles peuvent s'abstenir car le récit de Morten Dürr s'enfonce dans une nuit aussi noire qu'un mois de décembre dans le Grand Nord. Pourtant le graphisme de Lars Horneman nous invite dans les premières pages à une lecture du type Yakari de Derib. Des lignes courbes et épaisses pour des paysages grandioses. Des personnages aux paroles rares font un avec leur environnement. Ensuite, très vite, l'ambiance se déplace vers un village qui rappelle les réserves indiennes où suintent ennui, alcool et drames familiaux. Chaque pas de Pipaluk qui part à la recherche de sa grande soeur est un coup porté à notre sensibilité. La lecture est tellement rapide, à l'image des événements décrits, que l'on n'a pas le temps d'interrompre la chute vers l'abîme. J'ai refermé le livre, secoué par cette réalité que les auteurs nous imposent. Ne vous y trompez pas, malgré le graphisme un peu enfantin, ou à cause de ce graphisme, l'ouvrage propose ce qu'un enfant ne devrait jamais voir ni connaître. Une lecture coup de poing.

04/02/2023 (modifier)
Couverture de la série Indians !
Indians !

Le second projet « western » de Tiburce Oger après le très bon Go West young man, s’intitule Indians et, grosse surprise, s’attarde sur les amérindiens. Comme pour le premier one shot ce qui m’attire d’abord c’est la liste des guest stars invités à livrer leur vision de cette époque, j’ai surtout noté l’arrivée de Mathieu Lauffray ici, qui réalise la couverture de l’édition original, et dont je suis très fan. L’histoire est peut être plus intéressante sur le fond que "Go West…" ; puisque c’est un peu l’Histoire avec un grand H qui a raconté en filigrane, celle de ce peuple amérindien, composé d’une multitude de « sous-peuple » dont on aurait référencé plus de 300 dialectes, je l’apprends, et qui fut lentement décimé par les colons européens sur plus (et seulement) de trois siècles de progressif remplacement. L’Histoire est là pour nous le rappeler, que ce soit à travers le récit amérindien ou les peuples de la mer durant l’antiquité, les exodes massifs d’étrangers apportent rarement du bien aux populations autochtones… Donc pour le côté grande histoire j’ai bien aimé, j’ai appris des choses. Cependant il y a moins ce côté page turner du premier album je trouve, la montre à gousset qui servait de mac guffin apportait une petite touche d’ingéniosité qu’il manque peut être à ce second volume selon moi. Les dessins sont très bons. Je n’ai pas spécialement de remarques à faire autres que celles que j’avais pu émettre sur "Go West…" ça dépend des auteurs, quoi. Il y a du très bon, du bon, parfois du quelconque, et une fois ou deux seulement je n’ai pas aimé. Mais globalement c’est du beau boulot. Cela fait partie des tops du genre sur ces dernières années. Vivement le troisième livre !

04/02/2023 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5
Couverture de la série Méridien
Méridien

Ne dites pas à Briac qu'il est breton cela le fâcherait, il est Brestois, subtile nuance je vous l'accorde mais l'homme n'est pas à chatouiller à la légère, 1m90 de force contenue, mais au demeurant plus que sympathique. Il se trouve que cela fait plusieurs années qu'il participe à notre festival du Pellerin et il n'est que de le voir en dédicace pour comprendre son style que je qualifierai de rageur. Après son passage n'escomptez pas rendre la table ou la nappe dans leurs états initiaux. Coup de pinceau, peintures qui giclent, coup de racloir, ses mains et le devant de ses fringues sont irrécupérables en machine à laver. Le trait de Briac reste malgré tout extrêmement maitrisé, d'une tache sur laquelle il revient sans cesse se dégage au final une œuvre magnifique. Ce Méridien donc, eh bien il mérite toute votre attention, tant au niveau du récit que des somptueuses planches dans lesquelles on adore se perdre. Celles-ci invitent à la contemplation, au désir de s'y perdre. Comme le note Yann 135 dans son avis il y a du Fitzcarraldo, mais aussi du Don Lope de Aguirre dans ses scientifiques/aventuriers qui partent à la recherche du méridien qui permit en 1791 de définir la longueur exacte du mètre (le dix-millionième du quart du méridien terrestre). Les personnages ancrés dans leur époque ne sont en rien manichéens, ils évoluent au rythme de leur quête, environ dix ans tout de même. Antoine Laurent de Jussieu par son humanisme est finalement assez proche de nous, un écologiste avant l'heure se préoccupant des autres dans un siècle où la servitude des peuples autochtones était monnaie courante. Les auteurs Briac en tête sans oublier le scénariste Arnaud Le Gouëfflec qui s'en sort haut la main pour un récit que l'on aurait pu craindre un peu touffus, les auteurs donc nous proposent un récit riche, cruel , poétique où l'humour n'est pas absent, les oiseaux raillant les actions parfois incompréhensibles des humains. Forcément un must à lire pour le plaisir des yeux. Briac sera présent à notre festival du Pellerin les 22 et 23 avril toujours disponible pour des dédicaces sans tickets ni tirage au sort!!. De la fulgurance en prévision.

04/02/2023 (modifier)
Couverture de la série Antoine et la fille trop bien
Antoine et la fille trop bien

J'ai profité de la réédition de cette série dans Les petits Sarbac' pour lire cette petite série qui traite de l'adolescence. Je dois avouer qu'Alexandre Franc a su trouver le ton juste pour dépeindre une situation intimiste familiale qui est l'angoisse de beaucoup de familles bourgeoises. Une mère de famille et son amie passent des vacances indolentes dans un château familial avec leurs enfants. Antoine et Adèle se font les yeux doux de façon platonique puisqu'Antoine, 14 ans, est bien plus à l'aise avec ses bouquins de physique nucléaire qu'avec la technique du roulage de pelles pour filles. Franc en profite pour assoir la psychologie encore enfantine et sage du gentil fils qu'est Antoine. Guillaume avec ses 16 ans et son mal-être d'ado qui se cherche va bouleverser cette gentille ambiance. L'auteur nous propose le portrait de l'ado qui fait peur à tous les parents avec ses provocations stupides, ses prises de risques insensées et ses initiatives angoissantes. Franc réussit admirablement bien son portrait de Guillaume tête-à-claques qui a son petit succès auprès de la seule personne qui l'intéresse : Adèle. Une Adèle bien moins sage que le début du récit ne le laissait croire. Franc nous livre donc une histoire d'ados avec une psychologie assez fine où le rôle de la mère n'est pas neutre. Les dialogues rendent bien l'ambiance ado sans entrer dans la vulgarité que certains auteurs leur prêtent. Le graphisme est assez simple et arrive à porter les émotions et le dynamisme des différents personnages. Il n'y a pas une grande recherche de détails dans le château ou les bois mais c'est un dessin classique qui ne dévalue pas le récit. Un one shot pour ados mais aussi pour les parents qui pourraient se retrouver dans ce type de situation. Une lecture plaisante et rapide. 3.5

04/02/2023 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5
Couverture de la série L'Enfer de Dante
L'Enfer de Dante

Oyez, oyez, la notion du beau est toute subjective et il arrive qu'une BD dont le thème n'est pas dans notre zone de confort développe chez le lecteur le sentiment d'être devant quelque chose qui dégage une puissance au-delà des gouts et des couleurs de l'aviseur lambda. "Lenfer de Dante" des frères Brizzi, Gaëtan se chargeant des personnages, Paul des décors fait partie de ses œuvres que j'ose nommer monumentales. Monumentale par le sujet, qu'on se le dise "La divine comédie" de Dante Alighieri fait partie de ses œuvres du patrimoine italien voire mondial. Tout le monde connait plus ou moins cette histoire où Dante accompagné du poète Virgile descend aux enfers afin de retrouver son amour perdu Béatrice; ce faisant ils traversent tous deux les cercles de l'enfer. Il fallait une vision particulièrement imaginative pour retranscrire ce décor et les personnages qui le peuplent, de ce point de vue les auteurs ont tout bon, très bon même dans un décor fortement inspiré de Gustave Doré avec des structures architecturales qui vous happent. L'arrivée du nautonier Caron page 20 est une image que je ne suis pas près d'oublier. Aux côtés d'autres auteurs qui ont su sublimer le noir et blanc, je pense au magnifique "Rapport de Brodeck" Messieurs Brizzi adaptent de belle manière une œuvre foisonnante. Pour ma part c'est un coup de cœur et dès que j'ai feuilleté cet album je n'ai eu de cesse de rencontrer les auteurs. Le final de l’œuvre m'a évoqué l'Alice de Lewis Carroll qui se demande si elle n'a pas rêvée ses aventures au même titre que Dante. Une BD pour moi essentielle. "Toi qui rentre ici abandonnes toute espérance"

04/02/2023 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Idée
Idée

L'idée de départ était de publier une première œuvre de Frans Masereel sur ce merveilleux site (il était temps) et quoi de mieux que "Idée". Frans Masereel est né en 1889 en Belgique et mort en 1972 en Avignon. Un artiste couteau suisse, illustrateur, graveur sur bois, peintre et dessinateur. Artiste engagé, humaniste, libertaire, pacifiste antimilitariste, marqué par la première guerre mondiale, ses œuvres dénoncent sans concessions les horreurs de la guerre, de l'oppression et de l'injustice sociale. Frans Masereel est considéré comme le précurseur du roman graphique, il a aussi inspiré quelques artistes dont Will Eisner. Cette "Idée" retrace la vie d'une idée, de sa naissance à sa mort ou à son remplacement par une autre idée. Un récit à la narration sans parole avec une image par planche qui apporte une belle fluidité. L'idée, ici, centrée contre le capitalisme et sa révolution industrielle, prend la forme d'une femme, mais d'une femme nue, elle sera considérée comme subversive et on ne cessera de l'habiller pour la faire taire. Elle ira jusqu'à se dupliquer dans une imprimerie, tout un symbole, la puissance du livre. Un beau plaidoyer sur la liberté. La partie graphique m'a beaucoup plu, Masereel utilise la technique de la gravure sur bois sur chacune de ses planches et le résultat est vraiment bluffant, il me rappelle par certains aspects celui sur Perpendiculaire au soleil. Un travail minutieux, aux très nombreux détails et aux visages excessivement expressifs. Il faut prendre son temps pour en apprécier toute la beauté. Moi qui ne suis pas adepte des vieilles bd, j'ai adoré celle-ci, percutante, moderne et toujours d'actualité. Un artiste à (re)-découvrir, profitez des réimpressions aux éditions Martin de Halleux. Une bien belle curiosité ! Coup de cœur.

03/02/2023 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série Elliot au collège
Elliot au collège

Ha ba comme Ro ! Tout pareil : c'est tantôt drôle, tantôt touchant, parfois tragique, mais le propos reste toujours assez juste sur cet âge mou qui flotte entre l'enfance et adolescence. L'âge ingrat, noyé sous des torrents d'émotions tout aussi incontrôlables que l'acné. Il y a des petites trouvailles sympas comme les monstres invisibles censés matérialiser les émotions dominantes des personnages. Le coup de crayon de Théo Grosjean fait mouche, parfaitement adapté au ton de ces micro-aventures quotidiennes qui se succèdent à l'aide d'un fil rouge : les personnages évoluent, on change parfois de point de vue, ce qui apporte un background signifiant, et encore une fois bien senti (on pense en particulier aux personnages de Aya et Bastien). La mise en couleur n'est pas tapageuse, ce que j'apprécie. Bref ! C'est sans prétention, mais très sincère, et ça sonne vrai. Du coup, subrepticement, on se laisse conduire jusqu'à l'épilogue de ce premier tome qui appelle déjà la lecture des suivants. Le public visé principalement, soit les 10-12 ans, devraient largement s'y retrouver. Moi aussi, c'est dire !

03/02/2023 (modifier)
Couverture de la série Moi en double
Moi en double

Une œuvre autobiographique apparemment, sur un sujet qui peut être – et qui semble l’avoir été – très douloureux, à savoir l’obésité. L’aspect quelque peu décousu de l’album, malgré un petit chapitrage, rend bien les questionnements, les aller-retours au niveau moral, confiance, dépression, et l’on mesure la difficulté de parler de soi, de pousser les autres à vous parler « franchement », la difficulté à se libérer des injonctions de la société. Le ton employé n’est ni larmoyant ni artificiel, je l’ai trouvé juste, et le côté brouillon et décousu, déjà évoqué, permet de maintenir un certain dynamisme, un intérêt, et d’échapper à toute linéarité peu crédible. De même que l’utilisation d’un « double » permet au discours d’être précis sans trop alourdir la narration. Rien d’extraordinaire ici certes, mais un album relativement vite lu, que j’ai apprécié. L’auteure a su rendre intéressant son cas particulier et, même si ce n’était pas vraiment le but, il y a pour tout un chacun – qu’on soit ou non obèse – matière à réflexion. Car il n’y a pas de fatalité ou de manichéisme (voir le passage où elle parle de sa sexualité). Note réelle 3,5/5.

03/02/2023 (modifier)
Couverture de la série Le Chien qui louche
Le Chien qui louche

Cette oeuvre me réconcilie avec le travail d'Etienne Davodeau. J'ai pris un vif plaisir à lire sa comédie autour de la vieille croute de la famille Benion. J'ai découvert un scénario sous forme de farce très drôle avec des dialogues incisifs, pertinents et bourrés d'humour. La palme au personnage de Mathilde qui navigue entre les situations coquines avec Fabien et la lourdeur des hommes Benion. Louvre éditions nous permet de découvrir et de mettre en valeur des côtés moins glamour que les oeuvres célèbres. J'avais déjà beaucoup apprécié Une maternité rouge de Lax. Dans un style tout à fait différent Davodeau nous permet de reconnaître la valeur du travail des agents qui veillent sur nos trésors communs. Davodeau invente une intrigue loufoque dont on se demande comment il va se sortir. Même si le final utilise une astuce assez banale, la représentation de la famille Benion gonflée de vanité inculte subissant un discours à double sens est très comique. Le graphisme se partage entre le dynamisme du comique des situations ou des dialogues et la fixité immortelle et divine des grandes oeuvres du Louvre. C'est le corps de Mathilde qui fait le lien entre les deux mondes avec ses postures de déesse grecque au sortir de la douche. Le N&B est presque obligatoire pour privilégier les formes et les lignes parfaites des statues ou des meubles exposés. Cela permet aussi un rappel que le Louvre ne se résume pas à La Joconde ou à deux trois oeuvres célèbres. Cette agréable lecture qui allie comédie et culture académique nous invite à avoir du recul et un oeil neuf sur notre façon de regarder ces merveilles. Une très bonne lecture pour tous.

03/02/2023 (modifier)