J'ai apprécié la lecture de cette série qui nous plonge entre onirisme et rappel historique.
Cette série aborde le thème très visité des rafles de Juifs pendant l'Occupation d'une manière originale.
De nos jours, Tolek Marber semble être un vieil original à la recherche de celui qui pourra résoudre le mystère du chapeau offert par Pinon, prestigieux magicien, au moment où les Allemands frappaient à sa porte pour déporter sa famille.
C'est le traumatisme de Tolek que décrivent si poétiquement les auteurs. Qui/que recherche Tolek dans son chapeau ? Ce n'est jamais réellement explicité mais tout le récit sert à la réhabilitation d'un Juste dont on aurait pu garder une image tout autre.
J'ai trouvé le scénario de Bartosz Sztybor bien plus subtil que ne laisse penser son apparente simplicité.
J'avais déjà beaucoup apprécié le graphisme de Grazia La Padula lors de sa collaboration avec Dillies dans Le Jardin d'hiver. Son trait est souple et apporte beaucoup de sensualité aux personnages. Grazia propose beaucoup de plans et d'angles de vues qui rappelle les films des années 40/50.
Elle utilise à bon escient un N&B très grisé qui renforce cette impression cinématographique. Sa mise en couleur bien spécifique pour chaque époque et pour le monde du chapeau permet une lecture fluide. C'est très expressif et très dynamique malgré le ton intimiste du récit.
C'est une belle lecture que j'aurais bien proposé aux plus jeunes s’il n'y avait quelques scènes érotiques des orgies de Pinon. Ces scènes se justifient pleinement pour assoir la personnalité de Pinon mais limitent peut-être la lecture au public assez jeune, ce que je trouve dommage.
Une très belle histoire bien touchante.
La principale qualité de cette série tient dans la passion de son auteur pour l’univers d’Arsène Lupin. Une passion qui confine à la vénération, l’auteur nous faisant partager ses impressions, ressentis et connaissances au travers de nombreux textes explicatifs. Cet enthousiasme est très communicatif et contribue à mon appréciation de la série.
Le choix de Takashi Morita d’adapter les histoires d’Arsène Lupin dans l’ordre chronologique de la vie du gentleman cambrioleur (et donc en intercalant des adaptations de pièces de théâtre ou des nouvelles) permet d’encore mieux apprécier l’évolution du personnage au fil de ses aventures.
Même si on n’évite pas certains stéréotypes du genre « manga » (à commencer par des scènes surjouées ou dramatisées à outrance), les adaptations sont plaisantes à lire et très fidèles à l’œuvre originale. Les personnages sont bien typés et Takashi Morita, dans sa passion, a porté un soin maladif aux décors, cherchant à atteindre la plus haute fidélité possible vis-à-vis des lieux existant ou ayant existé. Autre atout : le fait que l'auteur prend le temps pour nous raconter ces histoires adaptées de romans. Trois tomes pour le seul "L'aiguille creuse", cela laisse l'espace nécessaire pour ne pas bâcler le travail d'adaptation et mettre en avant toute la richesse du roman d'origine.
Après dix tomes, j’ai toujours autant de plaisir à suivre cette série. Un plaisir juste un peu atténué par quelques scènes vraiment trop surjouées à mon goût. Mais dans l’ensemble, cela reste franchement bien !
J'ai beaucoup apprécié la lecture de cette série même si comme Canarde j'ai quelques réserves sur les choix de Lupano.
La thématique de l'enseignement des jeunes filles est très contemporaine comme le montre l'actualité de nombreux pays. Lupano y adjoint celle de la ségrégation raciale à travers le récit édifiant de la Canterbury Female School de Prudence Crandall.
Le scénario met à l'honneur la modernité et l'humanité de la pensée de miss Crandall, deux cents ans après c'est toujours vrai. S'appuyant sur les archives du lieu, Lupano propose un récit d'une grande crédibilité dans la présentation des tensions nées des initiatives de Crandall.
La partie fiction s'inscrit avec justesse dans une montée de la haine d'une population probablement assez paisible si on ne la sort pas de sa zone de confort intellectuelle. Une réflexion toujours valable aujourd'hui. Lupano introduit dans ses dialogues beaucoup de concept assez contemporains mais il est probable que les pensées peureuses ont le même fond qu'alors.
Toutefois j'ai plusieurs réserves. La première est ma mise en parallèle des événements de Nat Turner comme résonnance des peurs. Cela prend beaucoup de place dans le récit or la légitimité de la violence est toujours un sujet glissant à mes yeux. Ensuite je regrette que Lupano n'ait pas saisi plus profondément le sujet de la confrontation naissante entre Abolitionnistes et Ségrégationnistes.
L'affaire de cette école pose clairement des sujets fondamentaux (liberté de l'enseignement pour tous, citoyenneté des Afro-Américains et autres minorités...) qui vont profondément influencer la politique sociétale américaine.
Si les Abolitionnistes réunissent 10 000 dollars (en 1834 !) pour faire libérer Prudence Crandall, c'est que le sujet est premier. Lupano choisit de ne pas creuser dans cette direction et préfère l'émotionnel du personnage du petit Charles, c'est un choix que je regrette.
Le graphisme de Fert m'a un peu dérouté au début mais je l'ai de plus en plus apprécié au fil du récit. Cela manque un peu de relief et les personnages font un peu théâtre de marionnettes mais cela possède sa personnalité et son originalité. De plus le dessin sait transmettre les émotions fortes du récit (indignation, persévérance, colère). J'ai trouvé une volonté de paix dans le dessin qui propose une perspective de progrès malgré la bêtise du moment.
Finalement j'ai aimé cette lecture sur une problématique qui m'est chère. Une très bonne série malgré mes petites réserves très perso.
C’est un peu l’histoire du pot de terre contre le pot de fer qui nous est contée ici, à savoir la lutte opiniâtre menée par une ONG, Bloom, contre une pratique de pêche dévastatrice, la pêche électrique, semble-t-il surtout pratiquée par de gros armateurs néerlandais. Ceux-ci font énormément de lobbying auprès des instances de L’Union européenne – déjà bien acquises aux chasseurs de pognon, et bénéficie d’une aide totale de la part du gouvernement néerlandais. C’est dire si la lutte est particulièrement inégale.
Le principal reproche (le seul) que je fais à cet album – qui m’a révélé ce problème que je ne connaissais pas, c’est le ton parfois employé pour parler de Bloom, c’est parfois maladroit, un peu naïf.
Mais pour le reste, on ne peut que soutenir leur combat – qui est aussi le nôtre au final. Et moi qui lis régulièrement le Canard enchaîné et le Monde diplomatique, j’arrive encore avec cet album à être un peu étonné et surpris par l’aplomb avec lequel des grosses entreprises s’assoient sur le bien commun, l’avenir de la planète, ou même les lois dûment votées. Avec l’appui d’un gouvernement, mais aussi la complicité plus ou moins passive (ou hypocrite) de l’UE et d’autres gouvernements – ici belge et français.
La façon dont ils peuvent se foutre des lois est intéressante. Surtout, une fois qu’on a fermé cet album, on se dit que ça doit se passer comme ça pour plein de sujets, et que s’il faut parfois des dizaines d’années de combats pour obtenir des réglementations défendant la collectivité de la rapacité des multinationales, les effets d’annonce masquent en fait une autre réalité : les lois ne sont pas forcément appliquées, et bien souvent d’autres lois sont ensuite votées pour avaliser les exactions des industriels (ceci étant moins médiatisé bien sûr).
La lecture de ce documentaire est donc intéressante, mais aussi énervante. Mais l’information doit circuler. En tout cas la démonstration est ici très claire.
Note réelle 3,5/5.
Ce tome inaugural est relativement imposant (près de 100 pages !), et pose très bien l’univers et l’intrigue, qui se révèle originale et captivante. C’est un mélange de médiéval fantastique et de fantasy – mélange très bien équilibré.
Le dessin de Zurera (que je découvre avec cette série) est original. Un peu fouillis, j’ai eu du mal au début à entrer dedans. Mais rapidement je m’y suis fait, et je dois dire qu’il est vraiment très chouette ! En tout cas il se démarque franchement des différents styles adoptés dans les séries du même genre chez Soleil par exemple. La colorisation est elle aussi réussie, et ajoute un brin d’étrangeté à l’ensemble, qui n’en manque déjà pas.
L’intrigue est assez riche. Sur une base ultra classique (un complot au cours duquel le méchant s’empare d’un royaume), cela bascule assez vite dans quelque chose de plus complexe, avec tous les personnages vivants dans le « Marécage ».
En tout cas, voilà une série très recommandable, que je suivrai, c’est certain.
Les Défenseurs n'ont pas la même notoriété que les Avengers/Vengeurs, mais c'est une équipe qui a duré assez longtemps (leur première série a duré de 1972 jusqu'en 1986 et depuis il y a eu d'autres séries sur cette équipe) et qui sont bien connus des lecteurs de vieux comics Marvel.
Les membres fondateurs sont Namor, Hulk et Docteur Strange et aussi un peu le Surfeur d'Argent. Pour la petite histoire, Stan Lee aimait tellement le personnage du Surfeur d'Argent qu'il n'aimait pas trop que d'autres l'utilisent ce qui explique pourquoi le Surfeur ne fait que quelques apparitions dans cette série.
Cette première intégrale est assez moyenne et pose surtout les bases d'une série qui aura de bons moments. Il faut dire que la moitié des histoires présentes se passent avant la formation des Défenseurs et présente des histoires qui sont considérées comme des prototypes de l'équipe.
Cela commence avec le dernier numéro de Docteur Strange où le docteur affronte un ennemi qu'il va ensuite continuer à affronter dans un numéro de Namor et puis de Hulk et ensuite il y a une histoire de Namor en deux parties qui voit Namor s'allier à Hulk et le Surfeur d'Argent pour affronter un méchant. Ce n'est qu'ensuite qu'on a le droit à des aventures de cette équipe un peu particulière vu que la plupart du temps ils sont chacun de leurs cotés et puis Strange les appelle. On est loin des équipes comme les Avengers ou X-Men qui restent ensemble dans un même endroit.
Les histoires sentent bon les vieux comics. On retrouve un ton un peu désuet et un peu de naïveté. C'est sympathique et il y a des bons moments, mais il y a aussi des moments moins palpitants et parfois c'est un peu ridicule. Le problème que j'ai eu c'est que plusieurs histoires ont le ton des histoires de Docteur Strange avec le coté mystique, astral et tout ses trucs et franchement ce n'est pas ce que j'aime le plus dans l'univers Marvel. J'attends tout de même la suite avec une certaine impatience car j'ai envie de voir plusieurs runs de cette série, notamment celui de Steve Gerber, qui est excellent, basé sur les numéros que j'ai lus jusqu'à présent (ah le méchant elfe avec un fusil qui apparaît pour tuer des gens sans aucune raison !).
Les dessins sont dans les styles des vieux comics que j'aime. J'ai surtout apprécié le trait de Gene Colan et de Marie Severin.
Mise à jour:
Je viens de voir que je n'ai pas mis à jour mon avis depuis la parution de la première intégrale. Depuis, j'ai lu tous les numéros du run de Steve Gerber et je pense que c'est le meilleur travail de lui que j'ai lu pour le moment. On retrouve son style bizarre, mais mélangé avec des histoires de super-héros classique et le résultat est meilleur que lorsqu'il fait des scénarios 100% délirants. Gerber n'a pas peur de jouer avec les codes de la BD de super-héros et traiter de sujet de société.
Toutefois, pour accrocher, il faut ne pas être allergique aux vieux comics de super-héros.
Le hasard a voulu que je lise il y a peu Chaos debout à Kinshasa, qui présentait un moment de l’histoire du Zaïre et de son dictateur emblématique Mobutu, en 1974. Il est en effet difficile de ne pas reconnaitre ce pays et ce dictateur dans cet album : si tous les pays voisins et certains événements sont bien nommés conformément à la réalité, Appollo a fait le choix de modifier le noms des personnages zaïrois (Mobutu devient donc T’zée, et le Zaïre n’est jamais nommé en tant que tel), mais c’est quand même transparent.
Ce subterfuge donne sans doute quelque chose de plus général, universel, à cette histoire, pourtant bien ancrée dans la réalité.
Mais les petites histoires qui traversent ici la grande histoire sont bien fichues, les deux se complètent très bien.
Le dessin de Brüno est aussi un parfait complément. Son trait gras, et la colorisation tranchée de Laurence Croix sont à la fois réalistes et imaginaires. Avec le récit d’Appollo, ils concourent en tout cas à développer une ambiance de fin de règne, à bien rendre la moiteur, bref, à mettre en place une ambiance qui domine le récit : un air raréfié comme avant un orage.
Une chouette lecture.
Blondin et Cirage est une bande dessinée née en 1939 (année chargée historiquement), et bien de son époque par certains aspects. Elle met en scène deux jeunes enfants, Blondin, un garçon blond, et cirage, un garçon d'origine africaine. Les deux sont placés sur un pied d'égalité, ce qui était franchement osé pour l'époque, pour mémoire Tintin au Congo fut publié seulement 9 ans auparavant.
On peut penser que ce duo préfigure Bibi Fricotin et Razibu Zouzou, pourtant rien n'est plus faux. Si Cirage et Razibu sont tous les deux les plus emportés du lot, tandis que Blondin et Bibi sont plutôt la voix de la raison, Razibu sert de faire-valoir (et est parfois couard), alors que Cirage est finalement le personnage le plus sympathique car le plus humain des deux. Blondin est certes malin, mais incroyablement lisse, (trop) propre sur lui et un peu trop sûr de lui, ce qui ressemble un peu à de l'arrogance. Cirage a des défauts, dans lesquels chacun peut se retrouver, tout en ne manquant ni de courage, ni d'initiative, sauvant bien souvent la situation quand Blondin reste prisonnier de ses convenances. On sent clairement à quel personnage Jijé accordait sa préférence.
Blondin et Cirage vont vivre des aventures policières, parfois flirtant avec la science-fiction. Les scénarios sont souvent originaux, même si pour certains tomes on sent que l'histoire a été changée en cours de route. C'est particulièrement vrai dans le dernier tome ; Blondin et cirage découvrent les soucoupes volantes, qui commence par une chasse au marsupilami, puis au yeti, et nous amène aux Ovni... Et pourtant cela se tient.
Alors pourquoi ai-je dit qu'elle est de son époque ? Déjà, les dessins un peu caricaturaux, notamment cirage qui est affublé d'une belle grosse lèvre. Ensuite, on a deux enfants qui font un peu tout, mais sans que des figures parentales soient vraiment présentes (quand elle apparaissent, ce sont souvent des victimes de machinations à sauver par leurs enfants). Et parfois on a de bon gros clichés, notamment dans le fameux "le Nègre blanc" cité par Josq.
Cela dit jamais de racisme ou autre, le seul moment un peu douteux est justement à la fin du Nègre blanc, où un sorcier, "B'akelit", voit sa croyance en un "grand okapi" tournée en dérision et présentée à un missionnaire (sous-entendu : représentant du seul Dieu qui existe) qui compte en faire un de ses plus fidèles disciples...
Pourtant, dans le tome suivants, Jijé nous fait oublier cette fausse note en prenant un malin plaisir à nous montrer un B'akelit toujours imbu du grand okapi, et sauveur de la situation, face à une police ouvertement raciste, semblant indiquer que la fin du Nègre blanc n'était pas volontaire et que Jijé souhaitait mettre les choses au point (à noter aussi le stoïcisme de B'akelit traité de "chèvre sénégalaise").
En fait, Jijé est plus moderne qu'il n'y parait, puisqu'il détourne volontiers certains codes et clichés :
1) Si Blondin et Cirage sont des boy-scouts, cela n'est évoqué qu'une fois, et tourné en dérision, par l'énumération des règles du scoutisme par Cirage, qui explique notamment que le scout doit toujours faire une blague pour être de bonne humeur
2) Dans le Nègre blanc, le roi "Trombona-koulis" est présenté au départ comme un roi africain traditionnel (avec costume qui va avec) et superstitieux. Tandis que le premier ministre s'habille et vit à l'occidentale. Et pourtant, c'est bien le roi qui demande à B'akelit de "ficher la paix au grand Okapi", ou bien qui comprend le premier qu'un singe porte simplement les chaussures de Blondin quand le premier ministre est persuadé qu'il s'est changé en animal.
Mon tome préféré reste "Blondin et Cirage découvrent les soucoupes volantes, car il met en scène un cousin du Marsupilami, le Marsupilami africanus, un marsupilami sans queue, pas très malin, relativement large, et qui ne pense qu'à manger, criant de "bahou" à longueur de temps. Il s'agit de la seule parodie autorisée du Marsupilami, un geste sympathique de Franquin vis-à-vis de son ancien mentor, poussant le beau geste jusqu'à dessiner quelques cases mettant en scène Spirou et le "vrai" Marsupilami. Inutile de dire que chaque intervention du Marsupilami africanus provoque de sacrés éclats de rire, la bestiole ayant un fort (mauvais) caractère et une vraie personnalité.
Au final, une série assez originale, à mi-chemin entre tradition et innovation, un peu infantile, mais ayant du cœur.
Un album engagé, partisan, sans doute. Mais salutaire et qui laisse un goût amer après l’avoir refermé.
Si l’on est depuis longtemps au courant des moyens iniques employés dans les années 1960 -1970 par le FBI (sous la coupe du « grand défenseur de la démocratie » Hoover) contre les opposants politiques, et en particulier les Black Panthers, il est toujours bon de le rappeler. Et de signaler que les victimes du racisme, de la guerre sociale, et de l’anti communisme primaire continuent de croupir en prison depuis des décennies (le Lakota Peltier est lui aussi incarcéré depuis les années 1970 suite à des procès iniques).
La façon dont se sont déroulés les procès des trois hommes que nous suivons ici pourrait presque prêter à sourire, tant on pense à une caricature grotesque, mais non – et hélas de nombreuses enquêtes indépendantes montrent régulièrement qu’être pauvre et Noir aux États-Unis entraîne régulièrement des erreurs judiciaires ou des condamnations surdimensionnées pour des suspects peu ou mal défendus.
Le pire est ensuite à venir, puisque cet album nous décrit la réalité de certaines prisons, qui n’ont pas grand-chose à envier aux camps du goulag soviétique : travaux forcés, humiliation s’apparentant à de la torture ou du viol (les multiples « palpations anales » par exemple).
Le système américain garantit une toute puissance à certaines personnes, comme le directeur de la prison d’Angola, qui, au nom de ses préjugés racistes, religieux, pétri de bonne conscience, n’est pas si éloigné que ça de Rudolf Höss.
Avoir survécu des dizaines d’années à un processus de destruction systématique est un exploit, et le principal témoin intervenant (l’un des « trois d’Angola ») a montré une force de caractère hors du commun. Que n’ont pas eu tous ceux qui ont été broyés par cette machine qu’on croirait d’un autre temps et d’autres lieux. Ce genre d’album devrait ouvrir les yeux de beaucoup, car comment un pays qui se dit démocratique peut tolérer – voire encourager dans certains états – de telles pratiques ?
Une lecture bouleversante à recommander.
Mon seul bémol vient des notes en bas de pages, franchement minuscules et difficiles à déchiffrer.
Il y a un rapport de connivence entre Jacques Ferrandez et Albert Camus qui se renforce d'adaptation en adaptation. Bien sûr le vécu des deux hommes recèlent beaucoup de similitudes dans leur vision algérienne, leur terre natale chérie.
Le risque était probablement là aussi. Que Ferrandez nous fasse un Carnet d'Orient bis en lieu et place de ce Premier homme pur récit autobiographique d'Albert Camus. Comme pour L'Etranger l'auteur respecte pleinement la pensée du prix Nobel dans une thématique qui leur est commune : la recherche de leurs origines afin d'y trouver une légitimité et du sens.
A la recherche de son père, mort en 14, Jacques Cormery/Camus découvrira l'immense richesse de sa maman. Une femme analphabète, veuve jeune, soumise à sa mère qui abandonne ses aspirations naturelles de femme pour rester fille et mère docile.
La construction de Ferrandez en petits chapitres courts où alternent épisodes du passé et ceux contemporains des années 55/60 nous conduit progressivement à la découverte du moi intime et profond de Camus. J'ai trouvé ce dévoilement de l'auteur particulièrement émouvant et personne d'autre que Ferrandez ne pouvait proposer une mise en images plus juste et mieux comprise de la pensée de l'écrivain.
Malgré l'abondance des récits algériens de Ferrandez je ne me lasse pas de ses aquarelles toujours nouvelles et envoûtantes à mes yeux. La jeunesse de Camus est purement algéroise marquée par la ville et la mer. Seuls quelques épisodes de chasses avec l'oncle Ernest nous renvoient à ces paysages arides et grandioses de l'intérieur des terres. Quoiqu'il en soit, les planches de Ferrandez exhalent les odeurs d'embruns, de poissons, de lessive et de... cabinets.
Les tableaux de la grande pauvreté, matérielle et intellectuelle, de la famille Cormery se succèdent sans tomber dans un apitoiement mièvre. Au contraire il en résulte une fécondité extraordinaire. Si Cormery était né Américain, il serait peut-être devenu chanteur de Blues ou de Country à l'image d'un Johnny Cash.
Une lecture captivante à la fois dans sa singularité du parcours de Camus mais aussi pour son côté universel sur les rapports humains. Excellent
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Le Chapeau mystérieux de Monsieur Pinon
J'ai apprécié la lecture de cette série qui nous plonge entre onirisme et rappel historique. Cette série aborde le thème très visité des rafles de Juifs pendant l'Occupation d'une manière originale. De nos jours, Tolek Marber semble être un vieil original à la recherche de celui qui pourra résoudre le mystère du chapeau offert par Pinon, prestigieux magicien, au moment où les Allemands frappaient à sa porte pour déporter sa famille. C'est le traumatisme de Tolek que décrivent si poétiquement les auteurs. Qui/que recherche Tolek dans son chapeau ? Ce n'est jamais réellement explicité mais tout le récit sert à la réhabilitation d'un Juste dont on aurait pu garder une image tout autre. J'ai trouvé le scénario de Bartosz Sztybor bien plus subtil que ne laisse penser son apparente simplicité. J'avais déjà beaucoup apprécié le graphisme de Grazia La Padula lors de sa collaboration avec Dillies dans Le Jardin d'hiver. Son trait est souple et apporte beaucoup de sensualité aux personnages. Grazia propose beaucoup de plans et d'angles de vues qui rappelle les films des années 40/50. Elle utilise à bon escient un N&B très grisé qui renforce cette impression cinématographique. Sa mise en couleur bien spécifique pour chaque époque et pour le monde du chapeau permet une lecture fluide. C'est très expressif et très dynamique malgré le ton intimiste du récit. C'est une belle lecture que j'aurais bien proposé aux plus jeunes s’il n'y avait quelques scènes érotiques des orgies de Pinon. Ces scènes se justifient pleinement pour assoir la personnalité de Pinon mais limitent peut-être la lecture au public assez jeune, ce que je trouve dommage. Une très belle histoire bien touchante.
Arsène Lupin - Aventurier
La principale qualité de cette série tient dans la passion de son auteur pour l’univers d’Arsène Lupin. Une passion qui confine à la vénération, l’auteur nous faisant partager ses impressions, ressentis et connaissances au travers de nombreux textes explicatifs. Cet enthousiasme est très communicatif et contribue à mon appréciation de la série. Le choix de Takashi Morita d’adapter les histoires d’Arsène Lupin dans l’ordre chronologique de la vie du gentleman cambrioleur (et donc en intercalant des adaptations de pièces de théâtre ou des nouvelles) permet d’encore mieux apprécier l’évolution du personnage au fil de ses aventures. Même si on n’évite pas certains stéréotypes du genre « manga » (à commencer par des scènes surjouées ou dramatisées à outrance), les adaptations sont plaisantes à lire et très fidèles à l’œuvre originale. Les personnages sont bien typés et Takashi Morita, dans sa passion, a porté un soin maladif aux décors, cherchant à atteindre la plus haute fidélité possible vis-à-vis des lieux existant ou ayant existé. Autre atout : le fait que l'auteur prend le temps pour nous raconter ces histoires adaptées de romans. Trois tomes pour le seul "L'aiguille creuse", cela laisse l'espace nécessaire pour ne pas bâcler le travail d'adaptation et mettre en avant toute la richesse du roman d'origine. Après dix tomes, j’ai toujours autant de plaisir à suivre cette série. Un plaisir juste un peu atténué par quelques scènes vraiment trop surjouées à mon goût. Mais dans l’ensemble, cela reste franchement bien !
Blanc autour
J'ai beaucoup apprécié la lecture de cette série même si comme Canarde j'ai quelques réserves sur les choix de Lupano. La thématique de l'enseignement des jeunes filles est très contemporaine comme le montre l'actualité de nombreux pays. Lupano y adjoint celle de la ségrégation raciale à travers le récit édifiant de la Canterbury Female School de Prudence Crandall. Le scénario met à l'honneur la modernité et l'humanité de la pensée de miss Crandall, deux cents ans après c'est toujours vrai. S'appuyant sur les archives du lieu, Lupano propose un récit d'une grande crédibilité dans la présentation des tensions nées des initiatives de Crandall. La partie fiction s'inscrit avec justesse dans une montée de la haine d'une population probablement assez paisible si on ne la sort pas de sa zone de confort intellectuelle. Une réflexion toujours valable aujourd'hui. Lupano introduit dans ses dialogues beaucoup de concept assez contemporains mais il est probable que les pensées peureuses ont le même fond qu'alors. Toutefois j'ai plusieurs réserves. La première est ma mise en parallèle des événements de Nat Turner comme résonnance des peurs. Cela prend beaucoup de place dans le récit or la légitimité de la violence est toujours un sujet glissant à mes yeux. Ensuite je regrette que Lupano n'ait pas saisi plus profondément le sujet de la confrontation naissante entre Abolitionnistes et Ségrégationnistes. L'affaire de cette école pose clairement des sujets fondamentaux (liberté de l'enseignement pour tous, citoyenneté des Afro-Américains et autres minorités...) qui vont profondément influencer la politique sociétale américaine. Si les Abolitionnistes réunissent 10 000 dollars (en 1834 !) pour faire libérer Prudence Crandall, c'est que le sujet est premier. Lupano choisit de ne pas creuser dans cette direction et préfère l'émotionnel du personnage du petit Charles, c'est un choix que je regrette. Le graphisme de Fert m'a un peu dérouté au début mais je l'ai de plus en plus apprécié au fil du récit. Cela manque un peu de relief et les personnages font un peu théâtre de marionnettes mais cela possède sa personnalité et son originalité. De plus le dessin sait transmettre les émotions fortes du récit (indignation, persévérance, colère). J'ai trouvé une volonté de paix dans le dessin qui propose une perspective de progrès malgré la bêtise du moment. Finalement j'ai aimé cette lecture sur une problématique qui m'est chère. Une très bonne série malgré mes petites réserves très perso.
Fraude qui peut !
C’est un peu l’histoire du pot de terre contre le pot de fer qui nous est contée ici, à savoir la lutte opiniâtre menée par une ONG, Bloom, contre une pratique de pêche dévastatrice, la pêche électrique, semble-t-il surtout pratiquée par de gros armateurs néerlandais. Ceux-ci font énormément de lobbying auprès des instances de L’Union européenne – déjà bien acquises aux chasseurs de pognon, et bénéficie d’une aide totale de la part du gouvernement néerlandais. C’est dire si la lutte est particulièrement inégale. Le principal reproche (le seul) que je fais à cet album – qui m’a révélé ce problème que je ne connaissais pas, c’est le ton parfois employé pour parler de Bloom, c’est parfois maladroit, un peu naïf. Mais pour le reste, on ne peut que soutenir leur combat – qui est aussi le nôtre au final. Et moi qui lis régulièrement le Canard enchaîné et le Monde diplomatique, j’arrive encore avec cet album à être un peu étonné et surpris par l’aplomb avec lequel des grosses entreprises s’assoient sur le bien commun, l’avenir de la planète, ou même les lois dûment votées. Avec l’appui d’un gouvernement, mais aussi la complicité plus ou moins passive (ou hypocrite) de l’UE et d’autres gouvernements – ici belge et français. La façon dont ils peuvent se foutre des lois est intéressante. Surtout, une fois qu’on a fermé cet album, on se dit que ça doit se passer comme ça pour plein de sujets, et que s’il faut parfois des dizaines d’années de combats pour obtenir des réglementations défendant la collectivité de la rapacité des multinationales, les effets d’annonce masquent en fait une autre réalité : les lois ne sont pas forcément appliquées, et bien souvent d’autres lois sont ensuite votées pour avaliser les exactions des industriels (ceci étant moins médiatisé bien sûr). La lecture de ce documentaire est donc intéressante, mais aussi énervante. Mais l’information doit circuler. En tout cas la démonstration est ici très claire. Note réelle 3,5/5.
Marécage
Ce tome inaugural est relativement imposant (près de 100 pages !), et pose très bien l’univers et l’intrigue, qui se révèle originale et captivante. C’est un mélange de médiéval fantastique et de fantasy – mélange très bien équilibré. Le dessin de Zurera (que je découvre avec cette série) est original. Un peu fouillis, j’ai eu du mal au début à entrer dedans. Mais rapidement je m’y suis fait, et je dois dire qu’il est vraiment très chouette ! En tout cas il se démarque franchement des différents styles adoptés dans les séries du même genre chez Soleil par exemple. La colorisation est elle aussi réussie, et ajoute un brin d’étrangeté à l’ensemble, qui n’en manque déjà pas. L’intrigue est assez riche. Sur une base ultra classique (un complot au cours duquel le méchant s’empare d’un royaume), cela bascule assez vite dans quelque chose de plus complexe, avec tous les personnages vivants dans le « Marécage ». En tout cas, voilà une série très recommandable, que je suivrai, c’est certain.
The Defenders - L'intégrale
Les Défenseurs n'ont pas la même notoriété que les Avengers/Vengeurs, mais c'est une équipe qui a duré assez longtemps (leur première série a duré de 1972 jusqu'en 1986 et depuis il y a eu d'autres séries sur cette équipe) et qui sont bien connus des lecteurs de vieux comics Marvel. Les membres fondateurs sont Namor, Hulk et Docteur Strange et aussi un peu le Surfeur d'Argent. Pour la petite histoire, Stan Lee aimait tellement le personnage du Surfeur d'Argent qu'il n'aimait pas trop que d'autres l'utilisent ce qui explique pourquoi le Surfeur ne fait que quelques apparitions dans cette série. Cette première intégrale est assez moyenne et pose surtout les bases d'une série qui aura de bons moments. Il faut dire que la moitié des histoires présentes se passent avant la formation des Défenseurs et présente des histoires qui sont considérées comme des prototypes de l'équipe. Cela commence avec le dernier numéro de Docteur Strange où le docteur affronte un ennemi qu'il va ensuite continuer à affronter dans un numéro de Namor et puis de Hulk et ensuite il y a une histoire de Namor en deux parties qui voit Namor s'allier à Hulk et le Surfeur d'Argent pour affronter un méchant. Ce n'est qu'ensuite qu'on a le droit à des aventures de cette équipe un peu particulière vu que la plupart du temps ils sont chacun de leurs cotés et puis Strange les appelle. On est loin des équipes comme les Avengers ou X-Men qui restent ensemble dans un même endroit. Les histoires sentent bon les vieux comics. On retrouve un ton un peu désuet et un peu de naïveté. C'est sympathique et il y a des bons moments, mais il y a aussi des moments moins palpitants et parfois c'est un peu ridicule. Le problème que j'ai eu c'est que plusieurs histoires ont le ton des histoires de Docteur Strange avec le coté mystique, astral et tout ses trucs et franchement ce n'est pas ce que j'aime le plus dans l'univers Marvel. J'attends tout de même la suite avec une certaine impatience car j'ai envie de voir plusieurs runs de cette série, notamment celui de Steve Gerber, qui est excellent, basé sur les numéros que j'ai lus jusqu'à présent (ah le méchant elfe avec un fusil qui apparaît pour tuer des gens sans aucune raison !). Les dessins sont dans les styles des vieux comics que j'aime. J'ai surtout apprécié le trait de Gene Colan et de Marie Severin. Mise à jour: Je viens de voir que je n'ai pas mis à jour mon avis depuis la parution de la première intégrale. Depuis, j'ai lu tous les numéros du run de Steve Gerber et je pense que c'est le meilleur travail de lui que j'ai lu pour le moment. On retrouve son style bizarre, mais mélangé avec des histoires de super-héros classique et le résultat est meilleur que lorsqu'il fait des scénarios 100% délirants. Gerber n'a pas peur de jouer avec les codes de la BD de super-héros et traiter de sujet de société. Toutefois, pour accrocher, il faut ne pas être allergique aux vieux comics de super-héros.
T'Zée - Une tragédie africaine
Le hasard a voulu que je lise il y a peu Chaos debout à Kinshasa, qui présentait un moment de l’histoire du Zaïre et de son dictateur emblématique Mobutu, en 1974. Il est en effet difficile de ne pas reconnaitre ce pays et ce dictateur dans cet album : si tous les pays voisins et certains événements sont bien nommés conformément à la réalité, Appollo a fait le choix de modifier le noms des personnages zaïrois (Mobutu devient donc T’zée, et le Zaïre n’est jamais nommé en tant que tel), mais c’est quand même transparent. Ce subterfuge donne sans doute quelque chose de plus général, universel, à cette histoire, pourtant bien ancrée dans la réalité. Mais les petites histoires qui traversent ici la grande histoire sont bien fichues, les deux se complètent très bien. Le dessin de Brüno est aussi un parfait complément. Son trait gras, et la colorisation tranchée de Laurence Croix sont à la fois réalistes et imaginaires. Avec le récit d’Appollo, ils concourent en tout cas à développer une ambiance de fin de règne, à bien rendre la moiteur, bref, à mettre en place une ambiance qui domine le récit : un air raréfié comme avant un orage. Une chouette lecture.
Blondin et Cirage
Blondin et Cirage est une bande dessinée née en 1939 (année chargée historiquement), et bien de son époque par certains aspects. Elle met en scène deux jeunes enfants, Blondin, un garçon blond, et cirage, un garçon d'origine africaine. Les deux sont placés sur un pied d'égalité, ce qui était franchement osé pour l'époque, pour mémoire Tintin au Congo fut publié seulement 9 ans auparavant. On peut penser que ce duo préfigure Bibi Fricotin et Razibu Zouzou, pourtant rien n'est plus faux. Si Cirage et Razibu sont tous les deux les plus emportés du lot, tandis que Blondin et Bibi sont plutôt la voix de la raison, Razibu sert de faire-valoir (et est parfois couard), alors que Cirage est finalement le personnage le plus sympathique car le plus humain des deux. Blondin est certes malin, mais incroyablement lisse, (trop) propre sur lui et un peu trop sûr de lui, ce qui ressemble un peu à de l'arrogance. Cirage a des défauts, dans lesquels chacun peut se retrouver, tout en ne manquant ni de courage, ni d'initiative, sauvant bien souvent la situation quand Blondin reste prisonnier de ses convenances. On sent clairement à quel personnage Jijé accordait sa préférence. Blondin et Cirage vont vivre des aventures policières, parfois flirtant avec la science-fiction. Les scénarios sont souvent originaux, même si pour certains tomes on sent que l'histoire a été changée en cours de route. C'est particulièrement vrai dans le dernier tome ; Blondin et cirage découvrent les soucoupes volantes, qui commence par une chasse au marsupilami, puis au yeti, et nous amène aux Ovni... Et pourtant cela se tient. Alors pourquoi ai-je dit qu'elle est de son époque ? Déjà, les dessins un peu caricaturaux, notamment cirage qui est affublé d'une belle grosse lèvre. Ensuite, on a deux enfants qui font un peu tout, mais sans que des figures parentales soient vraiment présentes (quand elle apparaissent, ce sont souvent des victimes de machinations à sauver par leurs enfants). Et parfois on a de bon gros clichés, notamment dans le fameux "le Nègre blanc" cité par Josq. Cela dit jamais de racisme ou autre, le seul moment un peu douteux est justement à la fin du Nègre blanc, où un sorcier, "B'akelit", voit sa croyance en un "grand okapi" tournée en dérision et présentée à un missionnaire (sous-entendu : représentant du seul Dieu qui existe) qui compte en faire un de ses plus fidèles disciples... Pourtant, dans le tome suivants, Jijé nous fait oublier cette fausse note en prenant un malin plaisir à nous montrer un B'akelit toujours imbu du grand okapi, et sauveur de la situation, face à une police ouvertement raciste, semblant indiquer que la fin du Nègre blanc n'était pas volontaire et que Jijé souhaitait mettre les choses au point (à noter aussi le stoïcisme de B'akelit traité de "chèvre sénégalaise"). En fait, Jijé est plus moderne qu'il n'y parait, puisqu'il détourne volontiers certains codes et clichés : 1) Si Blondin et Cirage sont des boy-scouts, cela n'est évoqué qu'une fois, et tourné en dérision, par l'énumération des règles du scoutisme par Cirage, qui explique notamment que le scout doit toujours faire une blague pour être de bonne humeur 2) Dans le Nègre blanc, le roi "Trombona-koulis" est présenté au départ comme un roi africain traditionnel (avec costume qui va avec) et superstitieux. Tandis que le premier ministre s'habille et vit à l'occidentale. Et pourtant, c'est bien le roi qui demande à B'akelit de "ficher la paix au grand Okapi", ou bien qui comprend le premier qu'un singe porte simplement les chaussures de Blondin quand le premier ministre est persuadé qu'il s'est changé en animal. Mon tome préféré reste "Blondin et Cirage découvrent les soucoupes volantes, car il met en scène un cousin du Marsupilami, le Marsupilami africanus, un marsupilami sans queue, pas très malin, relativement large, et qui ne pense qu'à manger, criant de "bahou" à longueur de temps. Il s'agit de la seule parodie autorisée du Marsupilami, un geste sympathique de Franquin vis-à-vis de son ancien mentor, poussant le beau geste jusqu'à dessiner quelques cases mettant en scène Spirou et le "vrai" Marsupilami. Inutile de dire que chaque intervention du Marsupilami africanus provoque de sacrés éclats de rire, la bestiole ayant un fort (mauvais) caractère et une vraie personnalité. Au final, une série assez originale, à mi-chemin entre tradition et innovation, un peu infantile, mais ayant du cœur.
Panthers in the hole
Un album engagé, partisan, sans doute. Mais salutaire et qui laisse un goût amer après l’avoir refermé. Si l’on est depuis longtemps au courant des moyens iniques employés dans les années 1960 -1970 par le FBI (sous la coupe du « grand défenseur de la démocratie » Hoover) contre les opposants politiques, et en particulier les Black Panthers, il est toujours bon de le rappeler. Et de signaler que les victimes du racisme, de la guerre sociale, et de l’anti communisme primaire continuent de croupir en prison depuis des décennies (le Lakota Peltier est lui aussi incarcéré depuis les années 1970 suite à des procès iniques). La façon dont se sont déroulés les procès des trois hommes que nous suivons ici pourrait presque prêter à sourire, tant on pense à une caricature grotesque, mais non – et hélas de nombreuses enquêtes indépendantes montrent régulièrement qu’être pauvre et Noir aux États-Unis entraîne régulièrement des erreurs judiciaires ou des condamnations surdimensionnées pour des suspects peu ou mal défendus. Le pire est ensuite à venir, puisque cet album nous décrit la réalité de certaines prisons, qui n’ont pas grand-chose à envier aux camps du goulag soviétique : travaux forcés, humiliation s’apparentant à de la torture ou du viol (les multiples « palpations anales » par exemple). Le système américain garantit une toute puissance à certaines personnes, comme le directeur de la prison d’Angola, qui, au nom de ses préjugés racistes, religieux, pétri de bonne conscience, n’est pas si éloigné que ça de Rudolf Höss. Avoir survécu des dizaines d’années à un processus de destruction systématique est un exploit, et le principal témoin intervenant (l’un des « trois d’Angola ») a montré une force de caractère hors du commun. Que n’ont pas eu tous ceux qui ont été broyés par cette machine qu’on croirait d’un autre temps et d’autres lieux. Ce genre d’album devrait ouvrir les yeux de beaucoup, car comment un pays qui se dit démocratique peut tolérer – voire encourager dans certains états – de telles pratiques ? Une lecture bouleversante à recommander. Mon seul bémol vient des notes en bas de pages, franchement minuscules et difficiles à déchiffrer.
Le Premier Homme
Il y a un rapport de connivence entre Jacques Ferrandez et Albert Camus qui se renforce d'adaptation en adaptation. Bien sûr le vécu des deux hommes recèlent beaucoup de similitudes dans leur vision algérienne, leur terre natale chérie. Le risque était probablement là aussi. Que Ferrandez nous fasse un Carnet d'Orient bis en lieu et place de ce Premier homme pur récit autobiographique d'Albert Camus. Comme pour L'Etranger l'auteur respecte pleinement la pensée du prix Nobel dans une thématique qui leur est commune : la recherche de leurs origines afin d'y trouver une légitimité et du sens. A la recherche de son père, mort en 14, Jacques Cormery/Camus découvrira l'immense richesse de sa maman. Une femme analphabète, veuve jeune, soumise à sa mère qui abandonne ses aspirations naturelles de femme pour rester fille et mère docile. La construction de Ferrandez en petits chapitres courts où alternent épisodes du passé et ceux contemporains des années 55/60 nous conduit progressivement à la découverte du moi intime et profond de Camus. J'ai trouvé ce dévoilement de l'auteur particulièrement émouvant et personne d'autre que Ferrandez ne pouvait proposer une mise en images plus juste et mieux comprise de la pensée de l'écrivain. Malgré l'abondance des récits algériens de Ferrandez je ne me lasse pas de ses aquarelles toujours nouvelles et envoûtantes à mes yeux. La jeunesse de Camus est purement algéroise marquée par la ville et la mer. Seuls quelques épisodes de chasses avec l'oncle Ernest nous renvoient à ces paysages arides et grandioses de l'intérieur des terres. Quoiqu'il en soit, les planches de Ferrandez exhalent les odeurs d'embruns, de poissons, de lessive et de... cabinets. Les tableaux de la grande pauvreté, matérielle et intellectuelle, de la famille Cormery se succèdent sans tomber dans un apitoiement mièvre. Au contraire il en résulte une fécondité extraordinaire. Si Cormery était né Américain, il serait peut-être devenu chanteur de Blues ou de Country à l'image d'un Johnny Cash. Une lecture captivante à la fois dans sa singularité du parcours de Camus mais aussi pour son côté universel sur les rapports humains. Excellent