Je suis assez étonné de voir une telle BD publiée, même par Fluide Glacial. Je savais que Munoz est capable d'aller loin dans l'humour noir, je l'ai déjà vu dans d'autres BD, mais là c'est carrément glauque le stade où il va. Et franchement, c'est osé mais j'aime. On est dans du totalement subversif et carrément noir. Je ne peux que vous déconseiller de le lire si vous êtes un peu sensible, c'est pas pour tout le monde.
Le ton est donné rapidement avec la BD : une gamine dans un couple dysfonctionnel (pour ne pas dire que c'est grave la merde), dans une banlieue pourrie et entourée de camarade pas mieux que l'environnement. Le tout vu par ses yeux ou ceux de ses camarades, avec une violence propre à l'enfance. Mais additionné de tout ce qu'on peut avoir de glauque dans une vie humaine, surtout dans la banlieue de Paris, là où la misère est quotidienne.
J'ai été plusieurs fois surpris par le ton, qui se veut humoristique mais est souvent (principalement) glauque. J'ai hésité à rire, presque plus choqué mais en même temps amusé par la façon dont Annick voit le monde. C'est sombre, presque déprimé, mais en même temps drôle parce que c'est la violence quotidienne et la misère global d'un monde qui est parfois bien pourri.
Ce qui est chouette, à la lecture, c'est que Munoz brasse pas mal de thématiques qui s'accordent : les familles dysfonctionnelles, la violence des enfants entre eux, les problématiques de chômage, la violence familiale … Au fil des pages, j'étais surpris de l'inventivité des gags, la bêtise crasse qu'il arrive à trouver mais aussi la dénonciation qui est faite d'un monde triste pour bien des humains. Au sortir de ma lecture, j'étais plus réfléchi qu'amusé. Munoz touche du doigt quelque chose de sordide et glauque, mais aussi de très humain et très représentatif. J'ai eu de la peine pour cette enfant en même temps que j'étais choqué par sa violence, j'ai été dérangé par son comportement en même temps que je le comprenais. Faire tout ça dans des gags en planche, c'est franchement une réussite. Donc oui, je dirais que la BD trouve son équilibre.
Pour une BD d'humour, ne vous attendez pas à de la grosse poilade, les chutes ne sont pas toujours drôles et parfois elles sont même plus triste. C'est sombre, sans doute trop pour certaines personnes (au vu des commentaires sur d'autres sites) mais je suis d'avis que cet équilibre se tient jusqu'au bout, avec parfois des vrais moments de tendresse. Une BD assez atypique dans le paysage de Fluide glacial. Je pense que commencer par L'Inconnue du bar (Dans la tête de...) du même auteur permets de se faire une première idée avant de plonger dans celle-ci. C'est plus brutal, plus cru, plus violent. Âmes sensibles, s'abstenir.
J'avais eu de bons échos de cet album reprise/hommage/parodie de cette série incontournable des Schtroumpfs. J'avoue avoir peu, voire pas du tout lu la suite des aventures des petits lutins bleus depuis la disparition de Peyo, préférant celle de Johan et Pirlouit, pour un résultat loin d'être mauvais, sans être mémorable.
Cette fois-ci j'ai tenté le coup, sans vraiment connaître l'oeuvre de Tébo, sachant seulement que c'est un membre de l'équipe Tchô ! Eh bien j'avoue avoir passé un très bon moment de lecture. En effet j'ai eu l'impression de lire quelque chose de très respectueux du canon de l'univers de Peyo, un brin vieillot, avec suffisamment de transgression pour que ce soit plaisant pour un lecteur moderne. Pour cet album hommage, Tebo a eu la bonne idée de s'attacher à l'un des éléments maîtres de l'essence de schtroumpfs : leur vocabulaire si particulier, avec l'intrusion d'un schtroumpf "étranger". Et ça marche plutôt bien, sans aller dans quelque chose de compliqué. Le récit est assez linéaire, même s'il y a trois intrigues à un moment donné, c'est accessible à un jeune public, sans que le lectorat adulte se sente floué. On se laisse porter par l'aventure de ce petit groupe de schtroumpfs lancé à la recherche de l'origine de cet étranger, jusqu'à sa conclusion, qui elle correspond bien à ce que faisait Peyo.
Le dessin de Tebo est moins rond, moins mignon que celui de son inspirateur, mais ça reste très agréable, ça lorgne du côté de "Donjon" par moments, et ce n'est pas une mauvaise idée.
Je valide ce bol de fraîcheur.
Let's get ready to rumble! En lisant Do a powerbomb, nous pourrions presque entendre Micheal Buffer lancer sa célèbre phrase ! Daniel Warren Johnson nous propulse dans l'univers viril et virevoltant du catch, où nous suivons la jeune Lona Steelrose marcher dans les pas de sa maman, Yua, célèbre catcheuse morte sur le ring.
Vous n'êtes pas familier avec la fédération du catch ? Ça tombe bien, moi non plus. Johnson réussit pourtant à nous plonger dans la frénésie et la violence de ce sport, au travers des prouesses acrobatiques des protagonistes et des foules en délires. Le rythme et la construction des combats sont nerveux, et le tout superbement mis en couleur par Mark Spicer (un acolyte régulier de Warren Johnson).
L'histoire, quant à elle, est profondément humaine en s'articulant autour du décès, des conséquences sur la famille et l'entourage. J'ai trouvé les personnages rencontrés intéressants et bien écrits, avançant la question de ce dont nous serions capables si une seconde chance nous était donnée face à la mort.
Bref, Do a powerbomb a aussi des défauts (quelques rencontres discutables, des facilités de scénario ?) mais ses qualités font pardonner ces petites coquilles à son auteur tant l'album s'est lu avec un plaisir non dissimulé, accompagné d'une partie graphique qui m'a sauté dessus depuis la troisième corde. 1...2...3...KO (de bonheur) !
Ce diptyque m'a passionné ! J'y ai trouvé plusieurs pôles d'intérêt, touché par sa pudeur, inspiré par sa démarche et soumis à réflexion par sa modernité. Bien sûr, on peut lui reprocher son caractère répétitif puisque la plupart des chapitres, en apparence, se limitent à nous expliquer une recette de cuisine asiatique dont beaucoup d'ingrédients nous sont inconnus. Pourtant, à chaque fois, et parfois du fait même de cette répétition, j'y ai trouvé un intérêt.
Mais commençons par le début. Quand on ouvre ce livre, on découvre une jeune femme. Celle-ci nous présente des recettes directement inspirées par ce que lui offre son environnement immédiat. La majeure partie des ingrédients proviennent soit de sa propre production, soit de la cueillette. Nous expliquer ces recettes oblige l’héroïne à évoquer sa mère, mais toujours par la bande, avec beaucoup de retenue et de pudeur. On apprend ainsi que celle-ci est partie mais on ne sait ni où ni vraiment pourquoi, on découvre aussi que cette mère maitrisait ce mode de vie quasi autarcique et était elle-même fin cordon bleu.
Quel intérêt trouver à ce scénario ?
Le premier est l’histoire de cette jeune femme, pour qui retourner dans ce village et renouer avec ce mode de vie qu’elle semblait avoir fui signifiera surtout se donner le temps de la réflexion, se pencher sur ses envies réelles, sur ses aspirations, identifier ses faiblesses et ses défauts, pardonner aux autres mais aussi à soi-même et enfin ‘renaître’, prendre un nouveau départ. Tout en pudeur, toujours à demi-mots, cette étude de caractère est à mes yeux d’une grande justesse. Je suis admiratif devant certains chapitres dans lesquels finalement seul le dernier mot nous permet de comprendre la tristesse du personnage, sa détresse ou le chemin parcouru vers sa renaissance.
Deuxième aspect du scénario qui m’aura passionné : ce mode de vie que l’on pourrait trouver arriéré mais qui me semble au contraire extrêmement moderne à l’heure où les questions climatiques se sont transformées en une réalité. Comment épargner la planète ? Comment vivre en harmonie avec la nature ? Comment s’en nourrir sans la détruire ? Les habitants de ce petit village du nord du Japon y parviennent bien mieux que nous, occidentaux pour qui manger une pomme consiste simplement à l’acheter dans un magasin sans se soucier de la saison ou de son mode de production. Et c’est là que les recettes proposées m’ont passionné. S’adapter aux produits disponibles, consacrer la majeure partie de son temps à cette quête de nourriture (agriculture, cueillette, transformation du produit), vivre au rythme de la nature, anticiper, respecter, comprendre… et surtout ne jamais gaspiller. Chaque recette est admirable dans le sens où elle permet à l’auteur de nous montrer le temps nécessaire, l’origine des produits, le travail derrière le produit fini, le savoir-faire transmis générations après générations, l’inventivité et la diversité des techniques de conservation, et la nécessité de connaître et de comprendre la nature pour vivre en accord avec elle. Quand pour pouvoir boire une bière, il faut d’abord la brasser, la probabilité de devenir alcoolique est bien moindre que lorsqu’il suffit de l’acheter au coin de la rue !
J’ai trouvé ce récit extrêmement moderne parce qu’il nous parle d’un demain possible, où circuler en voiture sera devenu un luxe, où acheminer de la nourriture d’un coin de la planète à un autre sera considéré comme absurde, où produire au moins en partie sa nourriture sera devenu une nécessité, où connaitre nos ressources et savoir les exploiter sera notre plus grande richesse (alors qu’à l’heure actuelle, plus d’un Européen sur deux ne sait pas différencier une carotte d’un panais, où rares sont les jeunes qui prennent de leur temps pour ramasser des noisettes, myrtilles, et autres richesses que la nature nous offre gratuitement (du moins si la récolte se fait dans le respect)).
Ce diptyque a donc beaucoup parlé au paysan qui est en moi, au point de me pousser à sortir sous la pluie cueillir des mûres, parce que c’est maintenant que ça doit être fait, parce que la nature a raison et c’est à l’homme de s’adapter et non le contraire, parce que nous en sommes capables à condition d’accepter de nous y plier, d’y consacrer le temps nécessaire au moment où c’est nécessaire.
Peut-être serai-je le seul à qui ce livre aura fait cet effet, peut-être ce livre a-t-il été spécialement écrit pour moi. En tous les cas, il m’a beaucoup parlé !
C’est un très bon one-shot. Bellefroid a parfaitement su imbriquer la petite histoire, avec des personnages et quelques péripéties de son cru, et la grande Histoire, avec des personnages charismatiques, de Mobutu à Mohamed Ali.
Ainsi suivons nous la préparation du « combat du siècle » entre Mohamed Ali et George Foreman à Kinshasa en 1974, avec un Mohamed Ali plus revendicatif et militant (presque illuminé parfois) que jamais. Mais aussi nous découvrons la dictature impitoyable de Mobutu, et sa personnalité mégalomaniaque : tout ceci est bien rendu.
En parallèle, nous suivons quelques personnages secondaires inventés, un jeune marlou new-yorkais débarqué là presque par hasard et qui se fait croquer par tous les margoulins de Kinshasa, quelques barbouzes cherchant à financer la guérilla marxiste angolaise, des agents de la CIA, et bien sûr les services secrets de Mobutu.
Les différents niveaux de l’intrigue se mélangent bien, la narration est fluide. Et le dessin de Baruti est lui aussi agréable et dynamique, il rend très bien l’atmosphère du Kinshasa de cette époque.
Une lecture très sympathique et recommandable en tout cas.
C’est un très bon documentaire. Le sujet est bien traité, c’est clair et précis, circonstancié, le dessin est lui aussi efficace, et la démonstration, qui n’est jamais rébarbative, se conclue en moins de cent pages. Qui suffisent à qui n’a pas d’idée sur le sujet à avoir suffisamment de connaissance pour éclairer sa lanterne de citoyen.
Les mécanismes de la Françafrique, la malédiction de la manne pétrolière, le cynisme des régimes dictatoriaux dirigeant les Etats africains riches en ressources, tout est très bien développé et expliqué. Et que dire du foutage de gueule des dirigeants politiques français depuis la fin de la seconde guerre mondiale (et surtout depuis les vagues de décolonisation) ? Même si certains noms reviennent dans toutes ces enquêtes (Sarkozy ou à un « niveau » moindre Balkany au premier chef), il semblerait que tous les donneurs de leçons démocratiques y soient passé et continuent d’y passer (voir l’image de de Villepin par rapport à ce que l’on écrit de lui ici). La simple énumération des invités français aux obsèques d’Omar Bongo vaut son pesant de cacahuètes.
Même si l’on peut sortir de la lecture de ce genre de publication aigri, déprimé, il y a toujours un espoir que certains rendent des comptes. Que les populations africaines arrivent un jour à recevoir une partie des immenses richesses détournées au profit des familles des dictateurs – et de quelques riches occidentaux. Mais ces détournements font aussi des victimes chez nous : ainsi, lorsque la France, pour des considérations humanitaires ou autres annonce l’annulation de tout ou partie de la dette d’un de ces pays, et que dans les jours qui suivent le dictateur dépense l’équivalent de cette somme (le budget de l’État étant alors confondu avec le sien propre) en achetant chez nous pour des dizaines ou centaines de millions d’euros un immeuble luxueux, nous sommes aussi victimes de ce cynisme.
Bref, même si je suis habitué, via la lecture du Canard enchaîné et surtout du Monde diplomatique, à me familiariser avec ce genre de scandale à grande ampleur (y aurait-il autant d’Africains à risquer leur vie pour fuir la misère de leur pays et migrer en Europe sans ce système ?), la lecture de ce documentaire est des plus recommandables.
Il ne faut pas passer à côté de cette série, surtout si vous n'avez pas lu "Si c'est un homme". Dans le cadre fictif d'une rencontre entre Primo Levi et des écoliers, Matteo Mastragostino reprend quelques épisodes du célèbre roman de la déportation à Auschwitz-Birkenau.
Si la série n'a pas la puissance suggestive du roman, elle n'en reste pas moins un outil de mémoire très appréciable. Ainsi, elle me semble accessible à des ados assez jeunes même si je pense que cette lecture doit être accompagnée.
Le déroulé du récit est un savant dosage entre les scènes d'écoles apaisantes mais très émouvantes et les scènes historiques saisissantes mais moins dures que celles du livre. Le choix de l'auteur a été de mettre en avant les épisodes de "Selection" (à l'arrivée ou pendant la captivité) ce qui a marqué tous les détenus par une sorte de culpabilité du survivant.
Même si le récit ne force pas sur le sentimental, c'est très difficile de ne pas avoir la larme à l'oeil en de nombreux passages. Cela se lit d'un trait sans avoir la possibilité de laisser le livre avant le dernier mot.
Le graphisme d’Alessandro Ranghiasci ne travaille pas sur un voyeurisme morbide. Si certaines cases montrent l'horreur des corps dénudés ou des cadavres entassés on sent la volonté de respecter ces pauvres victimes. Les bourreaux sont bien sûr très présents mais toujours au second plan. On les entend aboyer plus qu'on ne les voit. Les auteurs soulignent ainsi l'importance de pouvoir comprendre vite et de pouvoir communiquer dans cet enfer si hostile.
Ranghiasci a laissé les visages des soldats allemands dans une ombre qui efface leur humanité. Evidemment la mise en couleur d’Alessandra Alexakis participe pleinement au contraste paix/guerre. Si la classe est claire et lumineuse dans des tons solaires, la vie au camp reste dans la nuit quelle que soit la saison.
Une lecture très émouvante et touchante qui rend accessible le plus fort témoignage sur l'horreur d'Auschwitz. A ne pas manquer.
Le dessin n’est a priori pas mon truc. Mais je l’ai trouvé dynamique et très lisible. Efficace et fluide, même si la façon de représenter les passages de baston ou d’accélération me gênent. Pareil pour la colorisation, pas mon truc au départ, mais je lui reconnais de très bien passer.
L’histoire est originale et intéressante. Ce tome introductif fait plus que poser les bases de l’histoire. On est vite embarqué dans quelque chose de prenant, dans un Paris futuriste dans lequel la magie, après avoir été l’objet de débats houleux, a disparu (du moins est-on sensé le croire) suite à un événement catastrophique encore inexpliqué.
L’intrigue est captivante, tout en ne multipliant pas protagonistes et circonvolutions. Et les dernières pages donnent envie d’en savoir davantage.
Une série à suivre en tout cas.
Note réelle 3,5/5 (mes bémols concernent dessin et colorisation, mais c'est affaire de goût).
Dans un univers alternatif, Batou a cassé sa pipe lors d'un évènement appelé La Nuit du Fou, Harvey Dent est devenu maire d'une Gotham autoritaire et Selina Kyle est partie purger 10 ans de sa vie en prison.
Si Cliff Chiang propose une vision différente et rafraîchissante de Gotham, l'histoire n'en reste pas moins classique : un casse avec formation d'équipe et préparation des opérations à la Ocean Eleven. Bref, c'est un prétexte pour introduire toute une série de personnages plus ou moins connus de l'univers de Batman dans cet opus.
Le côté pile (positif) de la pièce : nous présenter des protagonistes qui ont traversé les années (Selina a 55 ans !), avec leurs doutes et leurs faiblesses, usés par une époque qui passe trop vite et les dépasse. J'ai adoré le traitement de certains d'entre eux, où le retour à la vie civile de certains vilains les rend plus humains et touchants que jamais (Killer Croc <3).
Le côté face (négatif) : vouloir inclure quasiment tous les personnages de la série animée de Bruce Timm (dont Chiang fait ici l'hommage) d'après un cahier des charges trop lourd. Ce serait probablement le seul point faible, à mon goût, de Lonely City !
Hormis cela, la réalisation est à tomber : le dessin, la couleur et la construction des pages est incroyable et certaines scènes m'ont vraiment bluffé. Catwoman (et ses amis) n'a jamais été aussi séduisante que dans Lonely City !
J'ai profité de la réédition chez Casterman en format poche pour lire les deux ouvrages de Dylan Horrocks.
Personnellement j'ai préféré "Magic Pen" à Hicksville car j'ai vraiment aimé le traitement de l'auteur sur la thématique du fantasme qui soutient l'ensemble du récit.
Comme pour Hicksville Horrocks s'éloigne "d'un vocabulaire d'école maternelle" pour nous livrer une pensée très élaborée et intéressante sur les mécanismes de création et d'appropriation d'un récit de BD, Comics ou Manga.
A travers quelques exemples Horrocks montre comment le fantasme dominant de l'époque conduit à la création de récits imagés qui, à leurs tours, peuvent influencer la réalité. Ainsi Horrocks propose une réponse à la phrase que je lis parfois " Ce n'est qu'une BD." La réponse en p 141 dans la bouche de Sam Zabel me convient parfaitement : "Vous l'avez rendu réelle dès que vous avez commencé à dessiner avec le magic pen, et de toute façon, même une BD peut donner forme au monde réel, contribuer à la culture, encourager des attitudes et des préjugés ...".
Le débat est évidemment central puisqu'il touche à la liberté d'expression et de création mais aussi à la propagation des haines, des mépris et des injustices. J'ai particulièrement apprécié le passage de Miki qui renvoie aux Manga et Hentaï dans ce glissement progressif et possible vers l'horreur.
Le graphisme de Horrocks ne recherche pas le réalisme mais sait rendre son récit très vivant. Dans une thématique comme le fantasme certains passages sont très sensuels mais savent prendre la distance nécessaire à la réflexion sur l'oeuvre mais aussi sur soi-même.
Comme pour Hicksville le trait est faussement simpliste. Si les extérieurs sont peu présents, j'ai trouvé beaucoup de créativité, de variétés et de richesses dans de nombreuses cases.
Une lecture qui m'a beaucoup plu, un brin intello mais sur une thématique que je pense fondamentale dans le rapport entre le créateur et son lectorat.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Annick Tamaire
Je suis assez étonné de voir une telle BD publiée, même par Fluide Glacial. Je savais que Munoz est capable d'aller loin dans l'humour noir, je l'ai déjà vu dans d'autres BD, mais là c'est carrément glauque le stade où il va. Et franchement, c'est osé mais j'aime. On est dans du totalement subversif et carrément noir. Je ne peux que vous déconseiller de le lire si vous êtes un peu sensible, c'est pas pour tout le monde. Le ton est donné rapidement avec la BD : une gamine dans un couple dysfonctionnel (pour ne pas dire que c'est grave la merde), dans une banlieue pourrie et entourée de camarade pas mieux que l'environnement. Le tout vu par ses yeux ou ceux de ses camarades, avec une violence propre à l'enfance. Mais additionné de tout ce qu'on peut avoir de glauque dans une vie humaine, surtout dans la banlieue de Paris, là où la misère est quotidienne. J'ai été plusieurs fois surpris par le ton, qui se veut humoristique mais est souvent (principalement) glauque. J'ai hésité à rire, presque plus choqué mais en même temps amusé par la façon dont Annick voit le monde. C'est sombre, presque déprimé, mais en même temps drôle parce que c'est la violence quotidienne et la misère global d'un monde qui est parfois bien pourri. Ce qui est chouette, à la lecture, c'est que Munoz brasse pas mal de thématiques qui s'accordent : les familles dysfonctionnelles, la violence des enfants entre eux, les problématiques de chômage, la violence familiale … Au fil des pages, j'étais surpris de l'inventivité des gags, la bêtise crasse qu'il arrive à trouver mais aussi la dénonciation qui est faite d'un monde triste pour bien des humains. Au sortir de ma lecture, j'étais plus réfléchi qu'amusé. Munoz touche du doigt quelque chose de sordide et glauque, mais aussi de très humain et très représentatif. J'ai eu de la peine pour cette enfant en même temps que j'étais choqué par sa violence, j'ai été dérangé par son comportement en même temps que je le comprenais. Faire tout ça dans des gags en planche, c'est franchement une réussite. Donc oui, je dirais que la BD trouve son équilibre. Pour une BD d'humour, ne vous attendez pas à de la grosse poilade, les chutes ne sont pas toujours drôles et parfois elles sont même plus triste. C'est sombre, sans doute trop pour certaines personnes (au vu des commentaires sur d'autres sites) mais je suis d'avis que cet équilibre se tient jusqu'au bout, avec parfois des vrais moments de tendresse. Une BD assez atypique dans le paysage de Fluide glacial. Je pense que commencer par L'Inconnue du bar (Dans la tête de...) du même auteur permets de se faire une première idée avant de plonger dans celle-ci. C'est plus brutal, plus cru, plus violent. Âmes sensibles, s'abstenir.
Qui est ce schtroumpf ?
J'avais eu de bons échos de cet album reprise/hommage/parodie de cette série incontournable des Schtroumpfs. J'avoue avoir peu, voire pas du tout lu la suite des aventures des petits lutins bleus depuis la disparition de Peyo, préférant celle de Johan et Pirlouit, pour un résultat loin d'être mauvais, sans être mémorable. Cette fois-ci j'ai tenté le coup, sans vraiment connaître l'oeuvre de Tébo, sachant seulement que c'est un membre de l'équipe Tchô ! Eh bien j'avoue avoir passé un très bon moment de lecture. En effet j'ai eu l'impression de lire quelque chose de très respectueux du canon de l'univers de Peyo, un brin vieillot, avec suffisamment de transgression pour que ce soit plaisant pour un lecteur moderne. Pour cet album hommage, Tebo a eu la bonne idée de s'attacher à l'un des éléments maîtres de l'essence de schtroumpfs : leur vocabulaire si particulier, avec l'intrusion d'un schtroumpf "étranger". Et ça marche plutôt bien, sans aller dans quelque chose de compliqué. Le récit est assez linéaire, même s'il y a trois intrigues à un moment donné, c'est accessible à un jeune public, sans que le lectorat adulte se sente floué. On se laisse porter par l'aventure de ce petit groupe de schtroumpfs lancé à la recherche de l'origine de cet étranger, jusqu'à sa conclusion, qui elle correspond bien à ce que faisait Peyo. Le dessin de Tebo est moins rond, moins mignon que celui de son inspirateur, mais ça reste très agréable, ça lorgne du côté de "Donjon" par moments, et ce n'est pas une mauvaise idée. Je valide ce bol de fraîcheur.
Do a powerbomb !
Let's get ready to rumble! En lisant Do a powerbomb, nous pourrions presque entendre Micheal Buffer lancer sa célèbre phrase ! Daniel Warren Johnson nous propulse dans l'univers viril et virevoltant du catch, où nous suivons la jeune Lona Steelrose marcher dans les pas de sa maman, Yua, célèbre catcheuse morte sur le ring. Vous n'êtes pas familier avec la fédération du catch ? Ça tombe bien, moi non plus. Johnson réussit pourtant à nous plonger dans la frénésie et la violence de ce sport, au travers des prouesses acrobatiques des protagonistes et des foules en délires. Le rythme et la construction des combats sont nerveux, et le tout superbement mis en couleur par Mark Spicer (un acolyte régulier de Warren Johnson). L'histoire, quant à elle, est profondément humaine en s'articulant autour du décès, des conséquences sur la famille et l'entourage. J'ai trouvé les personnages rencontrés intéressants et bien écrits, avançant la question de ce dont nous serions capables si une seconde chance nous était donnée face à la mort. Bref, Do a powerbomb a aussi des défauts (quelques rencontres discutables, des facilités de scénario ?) mais ses qualités font pardonner ces petites coquilles à son auteur tant l'album s'est lu avec un plaisir non dissimulé, accompagné d'une partie graphique qui m'a sauté dessus depuis la troisième corde. 1...2...3...KO (de bonheur) !
Petite forêt
Ce diptyque m'a passionné ! J'y ai trouvé plusieurs pôles d'intérêt, touché par sa pudeur, inspiré par sa démarche et soumis à réflexion par sa modernité. Bien sûr, on peut lui reprocher son caractère répétitif puisque la plupart des chapitres, en apparence, se limitent à nous expliquer une recette de cuisine asiatique dont beaucoup d'ingrédients nous sont inconnus. Pourtant, à chaque fois, et parfois du fait même de cette répétition, j'y ai trouvé un intérêt. Mais commençons par le début. Quand on ouvre ce livre, on découvre une jeune femme. Celle-ci nous présente des recettes directement inspirées par ce que lui offre son environnement immédiat. La majeure partie des ingrédients proviennent soit de sa propre production, soit de la cueillette. Nous expliquer ces recettes oblige l’héroïne à évoquer sa mère, mais toujours par la bande, avec beaucoup de retenue et de pudeur. On apprend ainsi que celle-ci est partie mais on ne sait ni où ni vraiment pourquoi, on découvre aussi que cette mère maitrisait ce mode de vie quasi autarcique et était elle-même fin cordon bleu. Quel intérêt trouver à ce scénario ? Le premier est l’histoire de cette jeune femme, pour qui retourner dans ce village et renouer avec ce mode de vie qu’elle semblait avoir fui signifiera surtout se donner le temps de la réflexion, se pencher sur ses envies réelles, sur ses aspirations, identifier ses faiblesses et ses défauts, pardonner aux autres mais aussi à soi-même et enfin ‘renaître’, prendre un nouveau départ. Tout en pudeur, toujours à demi-mots, cette étude de caractère est à mes yeux d’une grande justesse. Je suis admiratif devant certains chapitres dans lesquels finalement seul le dernier mot nous permet de comprendre la tristesse du personnage, sa détresse ou le chemin parcouru vers sa renaissance. Deuxième aspect du scénario qui m’aura passionné : ce mode de vie que l’on pourrait trouver arriéré mais qui me semble au contraire extrêmement moderne à l’heure où les questions climatiques se sont transformées en une réalité. Comment épargner la planète ? Comment vivre en harmonie avec la nature ? Comment s’en nourrir sans la détruire ? Les habitants de ce petit village du nord du Japon y parviennent bien mieux que nous, occidentaux pour qui manger une pomme consiste simplement à l’acheter dans un magasin sans se soucier de la saison ou de son mode de production. Et c’est là que les recettes proposées m’ont passionné. S’adapter aux produits disponibles, consacrer la majeure partie de son temps à cette quête de nourriture (agriculture, cueillette, transformation du produit), vivre au rythme de la nature, anticiper, respecter, comprendre… et surtout ne jamais gaspiller. Chaque recette est admirable dans le sens où elle permet à l’auteur de nous montrer le temps nécessaire, l’origine des produits, le travail derrière le produit fini, le savoir-faire transmis générations après générations, l’inventivité et la diversité des techniques de conservation, et la nécessité de connaître et de comprendre la nature pour vivre en accord avec elle. Quand pour pouvoir boire une bière, il faut d’abord la brasser, la probabilité de devenir alcoolique est bien moindre que lorsqu’il suffit de l’acheter au coin de la rue ! J’ai trouvé ce récit extrêmement moderne parce qu’il nous parle d’un demain possible, où circuler en voiture sera devenu un luxe, où acheminer de la nourriture d’un coin de la planète à un autre sera considéré comme absurde, où produire au moins en partie sa nourriture sera devenu une nécessité, où connaitre nos ressources et savoir les exploiter sera notre plus grande richesse (alors qu’à l’heure actuelle, plus d’un Européen sur deux ne sait pas différencier une carotte d’un panais, où rares sont les jeunes qui prennent de leur temps pour ramasser des noisettes, myrtilles, et autres richesses que la nature nous offre gratuitement (du moins si la récolte se fait dans le respect)). Ce diptyque a donc beaucoup parlé au paysan qui est en moi, au point de me pousser à sortir sous la pluie cueillir des mûres, parce que c’est maintenant que ça doit être fait, parce que la nature a raison et c’est à l’homme de s’adapter et non le contraire, parce que nous en sommes capables à condition d’accepter de nous y plier, d’y consacrer le temps nécessaire au moment où c’est nécessaire. Peut-être serai-je le seul à qui ce livre aura fait cet effet, peut-être ce livre a-t-il été spécialement écrit pour moi. En tous les cas, il m’a beaucoup parlé !
Chaos debout à Kinshasa
C’est un très bon one-shot. Bellefroid a parfaitement su imbriquer la petite histoire, avec des personnages et quelques péripéties de son cru, et la grande Histoire, avec des personnages charismatiques, de Mobutu à Mohamed Ali. Ainsi suivons nous la préparation du « combat du siècle » entre Mohamed Ali et George Foreman à Kinshasa en 1974, avec un Mohamed Ali plus revendicatif et militant (presque illuminé parfois) que jamais. Mais aussi nous découvrons la dictature impitoyable de Mobutu, et sa personnalité mégalomaniaque : tout ceci est bien rendu. En parallèle, nous suivons quelques personnages secondaires inventés, un jeune marlou new-yorkais débarqué là presque par hasard et qui se fait croquer par tous les margoulins de Kinshasa, quelques barbouzes cherchant à financer la guérilla marxiste angolaise, des agents de la CIA, et bien sûr les services secrets de Mobutu. Les différents niveaux de l’intrigue se mélangent bien, la narration est fluide. Et le dessin de Baruti est lui aussi agréable et dynamique, il rend très bien l’atmosphère du Kinshasa de cette époque. Une lecture très sympathique et recommandable en tout cas.
L'Argent fou de la Françafrique
C’est un très bon documentaire. Le sujet est bien traité, c’est clair et précis, circonstancié, le dessin est lui aussi efficace, et la démonstration, qui n’est jamais rébarbative, se conclue en moins de cent pages. Qui suffisent à qui n’a pas d’idée sur le sujet à avoir suffisamment de connaissance pour éclairer sa lanterne de citoyen. Les mécanismes de la Françafrique, la malédiction de la manne pétrolière, le cynisme des régimes dictatoriaux dirigeant les Etats africains riches en ressources, tout est très bien développé et expliqué. Et que dire du foutage de gueule des dirigeants politiques français depuis la fin de la seconde guerre mondiale (et surtout depuis les vagues de décolonisation) ? Même si certains noms reviennent dans toutes ces enquêtes (Sarkozy ou à un « niveau » moindre Balkany au premier chef), il semblerait que tous les donneurs de leçons démocratiques y soient passé et continuent d’y passer (voir l’image de de Villepin par rapport à ce que l’on écrit de lui ici). La simple énumération des invités français aux obsèques d’Omar Bongo vaut son pesant de cacahuètes. Même si l’on peut sortir de la lecture de ce genre de publication aigri, déprimé, il y a toujours un espoir que certains rendent des comptes. Que les populations africaines arrivent un jour à recevoir une partie des immenses richesses détournées au profit des familles des dictateurs – et de quelques riches occidentaux. Mais ces détournements font aussi des victimes chez nous : ainsi, lorsque la France, pour des considérations humanitaires ou autres annonce l’annulation de tout ou partie de la dette d’un de ces pays, et que dans les jours qui suivent le dictateur dépense l’équivalent de cette somme (le budget de l’État étant alors confondu avec le sien propre) en achetant chez nous pour des dizaines ou centaines de millions d’euros un immeuble luxueux, nous sommes aussi victimes de ce cynisme. Bref, même si je suis habitué, via la lecture du Canard enchaîné et surtout du Monde diplomatique, à me familiariser avec ce genre de scandale à grande ampleur (y aurait-il autant d’Africains à risquer leur vie pour fuir la misère de leur pays et migrer en Europe sans ce système ?), la lecture de ce documentaire est des plus recommandables.
Primo Levi
Il ne faut pas passer à côté de cette série, surtout si vous n'avez pas lu "Si c'est un homme". Dans le cadre fictif d'une rencontre entre Primo Levi et des écoliers, Matteo Mastragostino reprend quelques épisodes du célèbre roman de la déportation à Auschwitz-Birkenau. Si la série n'a pas la puissance suggestive du roman, elle n'en reste pas moins un outil de mémoire très appréciable. Ainsi, elle me semble accessible à des ados assez jeunes même si je pense que cette lecture doit être accompagnée. Le déroulé du récit est un savant dosage entre les scènes d'écoles apaisantes mais très émouvantes et les scènes historiques saisissantes mais moins dures que celles du livre. Le choix de l'auteur a été de mettre en avant les épisodes de "Selection" (à l'arrivée ou pendant la captivité) ce qui a marqué tous les détenus par une sorte de culpabilité du survivant. Même si le récit ne force pas sur le sentimental, c'est très difficile de ne pas avoir la larme à l'oeil en de nombreux passages. Cela se lit d'un trait sans avoir la possibilité de laisser le livre avant le dernier mot. Le graphisme d’Alessandro Ranghiasci ne travaille pas sur un voyeurisme morbide. Si certaines cases montrent l'horreur des corps dénudés ou des cadavres entassés on sent la volonté de respecter ces pauvres victimes. Les bourreaux sont bien sûr très présents mais toujours au second plan. On les entend aboyer plus qu'on ne les voit. Les auteurs soulignent ainsi l'importance de pouvoir comprendre vite et de pouvoir communiquer dans cet enfer si hostile. Ranghiasci a laissé les visages des soldats allemands dans une ombre qui efface leur humanité. Evidemment la mise en couleur d’Alessandra Alexakis participe pleinement au contraste paix/guerre. Si la classe est claire et lumineuse dans des tons solaires, la vie au camp reste dans la nuit quelle que soit la saison. Une lecture très émouvante et touchante qui rend accessible le plus fort témoignage sur l'horreur d'Auschwitz. A ne pas manquer.
In Memoriam
Le dessin n’est a priori pas mon truc. Mais je l’ai trouvé dynamique et très lisible. Efficace et fluide, même si la façon de représenter les passages de baston ou d’accélération me gênent. Pareil pour la colorisation, pas mon truc au départ, mais je lui reconnais de très bien passer. L’histoire est originale et intéressante. Ce tome introductif fait plus que poser les bases de l’histoire. On est vite embarqué dans quelque chose de prenant, dans un Paris futuriste dans lequel la magie, après avoir été l’objet de débats houleux, a disparu (du moins est-on sensé le croire) suite à un événement catastrophique encore inexpliqué. L’intrigue est captivante, tout en ne multipliant pas protagonistes et circonvolutions. Et les dernières pages donnent envie d’en savoir davantage. Une série à suivre en tout cas. Note réelle 3,5/5 (mes bémols concernent dessin et colorisation, mais c'est affaire de goût).
Catwoman - Lonely City
Dans un univers alternatif, Batou a cassé sa pipe lors d'un évènement appelé La Nuit du Fou, Harvey Dent est devenu maire d'une Gotham autoritaire et Selina Kyle est partie purger 10 ans de sa vie en prison. Si Cliff Chiang propose une vision différente et rafraîchissante de Gotham, l'histoire n'en reste pas moins classique : un casse avec formation d'équipe et préparation des opérations à la Ocean Eleven. Bref, c'est un prétexte pour introduire toute une série de personnages plus ou moins connus de l'univers de Batman dans cet opus. Le côté pile (positif) de la pièce : nous présenter des protagonistes qui ont traversé les années (Selina a 55 ans !), avec leurs doutes et leurs faiblesses, usés par une époque qui passe trop vite et les dépasse. J'ai adoré le traitement de certains d'entre eux, où le retour à la vie civile de certains vilains les rend plus humains et touchants que jamais (Killer Croc <3). Le côté face (négatif) : vouloir inclure quasiment tous les personnages de la série animée de Bruce Timm (dont Chiang fait ici l'hommage) d'après un cahier des charges trop lourd. Ce serait probablement le seul point faible, à mon goût, de Lonely City ! Hormis cela, la réalisation est à tomber : le dessin, la couleur et la construction des pages est incroyable et certaines scènes m'ont vraiment bluffé. Catwoman (et ses amis) n'a jamais été aussi séduisante que dans Lonely City !
Magic Pen
J'ai profité de la réédition chez Casterman en format poche pour lire les deux ouvrages de Dylan Horrocks. Personnellement j'ai préféré "Magic Pen" à Hicksville car j'ai vraiment aimé le traitement de l'auteur sur la thématique du fantasme qui soutient l'ensemble du récit. Comme pour Hicksville Horrocks s'éloigne "d'un vocabulaire d'école maternelle" pour nous livrer une pensée très élaborée et intéressante sur les mécanismes de création et d'appropriation d'un récit de BD, Comics ou Manga. A travers quelques exemples Horrocks montre comment le fantasme dominant de l'époque conduit à la création de récits imagés qui, à leurs tours, peuvent influencer la réalité. Ainsi Horrocks propose une réponse à la phrase que je lis parfois " Ce n'est qu'une BD." La réponse en p 141 dans la bouche de Sam Zabel me convient parfaitement : "Vous l'avez rendu réelle dès que vous avez commencé à dessiner avec le magic pen, et de toute façon, même une BD peut donner forme au monde réel, contribuer à la culture, encourager des attitudes et des préjugés ...". Le débat est évidemment central puisqu'il touche à la liberté d'expression et de création mais aussi à la propagation des haines, des mépris et des injustices. J'ai particulièrement apprécié le passage de Miki qui renvoie aux Manga et Hentaï dans ce glissement progressif et possible vers l'horreur. Le graphisme de Horrocks ne recherche pas le réalisme mais sait rendre son récit très vivant. Dans une thématique comme le fantasme certains passages sont très sensuels mais savent prendre la distance nécessaire à la réflexion sur l'oeuvre mais aussi sur soi-même. Comme pour Hicksville le trait est faussement simpliste. Si les extérieurs sont peu présents, j'ai trouvé beaucoup de créativité, de variétés et de richesses dans de nombreuses cases. Une lecture qui m'a beaucoup plu, un brin intello mais sur une thématique que je pense fondamentale dans le rapport entre le créateur et son lectorat.