Journaliste d’investigation pakistanais, Taha Siddiqui a dû fuir le Pakistan en 2018 après une tentative d’assassinat à laquelle il a échappé de justesse. Exilé en France, il poursuit son combat pour la liberté de la presse. Ce roman graphique autobiographique raconte avec un humour grinçant ses années de jeunesse au sein d’une famille qui se radicalise jour après jour. Il essaie de résister à l’emprise du fondamentalisme religieux et tente de se frayer quelques espaces de liberté.
Un témoignage touchant sur un quotidien qui se transforme irrémédiablement, un récit qui n’est pas sans rappeler « L'Arabe du Futur » de Riad Sattouf mais aussi Guy Delisle et ses chroniques.
Cet album est aussi un reportage sur la montée de l’islamisme au Pakistan, l’ascension de Ben Laden, les attentats du World Trade Center et la cristallisation des tensions internationales. Lauréat du Prix Albert Londres en 2014, Taha Siddiqui inscrit son travail dans la lignée des ouvrages de Joe Sacco ou du « Photographe » de Didier Lefèvre et d’Emmanuel Guibert.
Un mot sur le dessin d’Hubert Maury ! J’ai trouvé son côté « reportage » très adapté au propos : rapide, nerveux, efficace à la manière d’un carnet de croquis. Pour ce qui est du titre ? Je vous laisse le découvrir…
Et bien là je me suis régalé.
Un diptyque dans un univers de médiéval fantasy parfaitement réalisé.
C’est en lisant cette série que j’ai réalisé à quel point j’aimais beaucoup Hubert comme auteur depuis des années, il touche à tous les styles et s’en sort très bien à chaque foi. Il est un auteur accompli, et il sait à chaque fois me surprendre, il n’est jamais là où je l’attends.
Un lisant Ténébreuse, j’ai tout de suite eu en ressenti la même ambiance que dans la série Beauté, cet univers médiéval très appréciable, où l’on sait que l’on est dans un Moyen âge fantasmé de contes.
Même si le scénario, soyons honnête, est très classique, même si il veut prendre à contrepied le schéma habituel de la belle en détresse que vient sauver le beau chevalier servant. Un peu comme Garulfo, il y a les codes des grands classiques, et l’auteur cherche à nous surprendre en les prenant à l’envers.
Mais au delà de ça, c’est vraiment l’ambiance qui m’a séduit, je me suis pris d’affection pour les personnages sans difficulté, et n’ai eu de cesse d’espérer que tout ce passera bien et qu’ils vivront heureux et auront beaucoup d’enfants, ce qui est parfait quand on lit ce genre d’histoire. Le pari des auteurs a parfaitement réussi.
Graphiquement, rien à redire, Mallié n’est plus à son coup d’essai (Le Grand Mort, La Quête de l'Oiseau du Temps - Avant la Quête, Les Aquanautes, Hong Kong Triad) et a su faire maintes foi ses preuves, c’est un dessinateur de talent, qui n’a plus grand chose à prouver (même si j’aimerais le voir revenir sur des séries qui s’éloignent un peu de la fantasy pour changer). Les planches sont belles, l’atmosphère prenante et en parfaite adéquation avec le scénario, un beau travail.
Un petit diptyque d’Air Libre qui vaut le détour et qui répond parfaitement au cahier des charges.
Je m’attendais à être très déçu par ces albums, tellement j’ai eu d’échos de personnes me disant que oui, c’est vraiment beau, forcément c’est du Marini, mais que le scénario est mauvais.
J’ai donc entamé cette lecture en pensant seulement apprécier les dessins sur presque 200 planches.
Un peu de jazz vocal des années 50 pour accompagner ça (et oui je me suis dis, tant qu’à faire, autant me mettre dans l’ambiance), et c’est parti.
Et donc oui… c’est beau ! Vraiment, les dessins sont parfaitement adaptés à l’ambiance années 50, on s’y croirait, et le jeu de couleurs noir et rouge est clairement réussi, même si pas forcément original (en fait depuis que j’ai découvert Sambre ado, même si ce n’était pas les premiers à faire ça, j’ai découvert ce style comme ça et ai perpétuellement l’impression que ça en est inspiré).
Au niveau du scénario, le premier tome se lit très vite, et je suis ressorti de la lecture avec une certaine frustration, le sentiment que ce n’était pas assez fouillé. Mais en même temps assez de curiosité pour me lancer dans le second tome dans la foulée.
Et c’est là où je me suis vraiment régalé, tout prend beaucoup plus de dimensions dans le deuxième album, on sent que Marini s’éclate complètement, prend plaisir à nous plonger dans cette ambiance des années 50 polars américains, que tous les clichés sont là. Et comme j’ai aimé ça, comme j’ai apprécié cette immersion, ce petit voyage temporel, car c’est ce que je cherchais en me procurant cette série, et je n’ai pas été déçu du voyage.
Un premier tome introductif qui manque un peu de richesse, mais qui fait très bien son travail, et un second tome qui vient parfaitement compléter tout ça.
Je ne peux que vivement conseiller à tous les amateurs de Marini et/ou aux autres qui voudraient un petit moment de détente dépaysant.
J'avais lu Portugal il y a un long moment, et j'ai surtout un souvenir d'une BD qui m'a semblée trop hésitante, se balançant dans une histoire qui n'arrivait pas à me toucher. Pour autant, j'aime bien ce que fait Pedrosa sur d'autres œuvres et "Les Equinoxes" m'avait fait de l'œil lors de sa sortie, j'ai du cependant différer ma lecture pendant quelques années. Et je suis très content de celle-ci, qui me confirme que Pedrosa est un auteur que j'apprécie pour sa sensibilité et son travail graphique.
Si j'avais plus de difficultés avec le personnage de Portugal et son histoire de famille immigrée, je me suis bien plus retrouvé dans les considérations développées ici. A travers plusieurs portraits de personnage, Pedrosa esquisse une air du temps. Une sorte de portraits croisés qui se lient autour de l'histoire d'une photographe. Tout est à peine effleuré, les histoires ne sont que peu développées, exception faite de celle du prothésiste dentaire qui a le droit à plus de temps d'apparition que les autres. Les mélanges d'histoires abordent plusieurs thématiques sur le temps qui passe, la communication entre les êtres, ce que l'on devient dans la vie … Alors même que la mélancolie domine plutôt clairement le ton du récit, je trouve que le final a quelque chose d'un peu plus positif. C'est notamment la citation sur le mari de Virginia Woolf qui rajoute quelque peu de positif dans l'ensemble.
Pedrosa joue dans l'ensemble du livre sur la narration en figeant une case, prise en photo par le personnage, qui développe ensuite une page d'écriture nous mettant dans la tête de celui-ci. C'est assez bien trouvé, nous avons des petites tranches de vie rapides mais immersive. En quelques mots, quelques phrases, l'ensemble parait cohérent et les questionnements, les doutes, les incertitudes arrivent à me convaincre.
Ce que j'aime chez Pedrosa, c'est que son graphisme à quelque chose de très marqué "Roman graphique", mais son utilisation des couleurs est toujours remarquable et contribue carrément à l'ambiance générale. J'aime aussi le fait qu'il coupe avec quelques moments suspendus juste avant les pages de texte. C'est plus long à lire, plus complexe aussi, mais les BD de ce genre là méritent qu'on s'y attardent un peu. En tout cas, je suis ravi de l'avoir lu et je vais continuer à explorer l'auteur qui me semble de plus en plus intéressant.
A l’instar d’autres albums de cette collection (« Petites leçons de Permaculture », « Plastic tac tic tac »), « A l’école des lettres » est un ouvrage qui alterne courtes bandes dessinées et dossiers didactiques.
Au fil des différents chapitres, c’est à une belle rétrospective de ce que fût ce XIXème siècle littéraire à laquelle nous avons droit. Plusieurs acteurs majeurs nous sont présentés, ainsi que les courants les plus influents, l’évolution de la pensée ou le statut des écrivaines de l’époque.
L’atout majeur de cet album vient de son ton, résolument moderne et décomplexé. Un ton qui invite à la découverte, à la lecture ou à la relecture. Grâce à ce ton, chaque chapitre devient amusant à lire… et d’autant plus instructif que nous avons un réel plaisir à le découvrir. L’impertinence de certaines annotations sur des textes choisis, le respect et l’intelligence manifestés à d’autres occasions, les choix judicieux et parfois audacieux des extraits choisis (comme le texte sélectionné pour illustrer le chapitre consacré à Rimbaud et Verlaine. En existait-il un plus adéquat pour donner aux jeunes lecteurs l’envie de découvrir ces deux auteurs ?), tout frise le sans faute.
J’ai par contre craint le pire au niveau des bandes dessinées. Les premières, en effet, n’offrent pour ainsi dire aucun intérêt. Mais au fur et à mesure que l’on avance dans notre lecture, le nombre de personnages ne cessant de croître, les interactions, références voilées et autres réparties deviennent de plus en plus plaisantes. J’avoue avoir ri à certaines occasions (comme lors du cours de tennis auquel assiste Victor Hugo, qui a comblé l’amateur de jeux de mots pourris que je suis) et très régulièrement souri.
Flatté de comprendre certaines références voilées, j’ai tout autant aimé découvrir la source d’autres dont j’ignorais tout. En effet, les notes didactiques s’appliquent à nous expliquer la provenance de tel ou tel dialogue présent dans la partie « bande dessinée ». Ainsi, que l’on ait compris a priori ou que l’on ait besoin d’une explication a posteriori, chacun ressort de cette lecture avec le sentiment d’être « instruit ».
Je termine ce livre et j’ai une furieuse envie de lire ou de relire certaines œuvres de ce XIXème siècle. A mes yeux, c’est la preuve que cette bande dessinée est pleinement réussie. Amusante, instructive et invitant le lecteur à la découverte et à l’approfondissement, elle est un réel et énorme coup de cœur pour ma part.
Alors que je suis resté franchement hermétique à son opus La Dernière Rose de l'été, Lucas Harari m'a beaucoup plus happé avec sa première œuvre, "L'Aimant". Peut-être est-ce le froid qui me convient mieux que le chaud, mais en tout cas je me suis bien plus plongé bien plus facilement dans l'histoire et je me suis laissé porter par elle.
Le ton du polar m'a saisi à nouveau, l'auteur maitrisant clairement le déroulé pour nous maintenir dans un suspense jusqu'à comprendre le déroulé qui va se dévoiler à nous. En suivant Pierre, jeune homme visiblement perdu dans ses recherches et sa vie, nous allons découvrir ce bâtiment étrange dans lequel il va sembler se perdre progressivement. J'ai personnellement beaucoup aimé la façon dont le dessin exploite ce côté perdu dans un immense labyrinthe, bien représenté par ce bâtiment envahi d'eau qui semble irréel. Mélangé aux extérieurs enfouis sous la neige, ça donne un ensemble qui laisse planer le mystère et introduit rapidement une ambiance fantastique qui ne fera que se confirmer.
L'histoire est plutôt linéaire mais j'ai bien aimé, elle est plutôt simple dans le déroulé et les protagonistes sont peu nombreux, laissant comprendre assez rapidement la place que chacun occupera. Mais en même temps c'est chouette de se laisser porter par le ton du récit jusqu'à une résolution qui me convient, avec ce qu'il faut de fantastique et de part de mystère. Une lecture franchement plaisante, sans que je ne lui accorde plus que ça mais en même temps je n'en attendais pas plus non plus ! Donc une lecture agréable, le polar m'a bien plu et je dirais que c'est à lire. Indispensable, non, sans doute pas. Mais j'ai aimé.
J'ai été un peu dérouté quand j'ai commencé cette série. Aucun texte et des petits hommes bleus dans tous les sens.
Avec l'aide des précédents avis sur la série j'ai enfin compris l'intérêt et l'originalité du travail de Trondheim. Comme d'habitude Lewis Trondheim introduit beaucoup d'humour caustique et décalé dans sa "narration" imagée et imaginée.
Car j'ai lu cette série comme un exercice de création imaginative amusante. Une sorte de fresque qui utilise un support moderne en lieu et place d'une tapisserie moyenâgeuse.
Ce pauvre petit E.T se retrouve pris dans un labyrinthe temporel truffé de pièges mortels. Mais la vie a toujours réussi à trouver son chemin envers et contre tout.
Un message fondamental délivré sous une forme ludique.
Le graphisme de Fabrice Parme est excellent. Ses planches sont très colorées, variées, riches en détails humoristiques et peuvent être lues comme un jeu de piste accessible à un large public.
Une série assez singulière qui ne manque pas de charme.
Enchainer cette BD après Les Jours sucrés c'est passer d'un monde à l'autre … Mais le décalage n'a pas empêché l'appréciation de cette BD qui fait également dans les outils classiques de narration, sans pour autant tomber dans le cliché.
"Bagdad Inc." est avant tout une BD sur la guerre en Irak qui se sert du prétexte de retrouver un tueur en série dans Badgad bombardée pour parler de la guerre à l'américaine et mettre en avant comment le monde évolue désormais. C'est écœurant, jusque dans l'idée de base : alors qu'on massacre et bombarde, on cherche un type ayant tué 3 personnes. Le paradoxe de base est d'ailleurs soulevé par les personnages du récit qui mettent également en avant la réalité de la guerre d'aujourd'hui. Mercenaire, frappe "ciblée", violence en tout sens, démocratie à coup de bombe et invasion économique ... La fin est limpide sur le sujet traité par l'auteur : cette guerre est une invasion économique destinée à imposer les intérêts occidentaux dans le monde arabe. Tout le monde en est conscient, tout le monde accepte cette réalité sordide.
Je dois dire que le récit reste sur du très classique dans son déroulé et qu'il ne prend pas de risque, mais essaye d'étoffer et développer ce qui se trame autour. On voit les manigances du pouvoir avec diverses entreprises pour assurer la "sécurité" grâce aux mercenaires, les commandes de nourriture à coup de millions du contribuable américain, le tout pour ruiner un pays économiquement et militairement, afin d'avoir une main d'œuvre pas chère et du pétrole. Vive la démocratie !
Cette BD est déprimante, par bien des aspects, mais aussi froidement claire : la guerre est une saloperie, les combats moderne aussi horrible que les anciens si pas plus, les justifications toujours fausses et les résultats calamiteux. Rien ne justifie ce qui se passe dans ces pays. Rien.
L'apparition du racisme à la fin du récit est un bon rappel que ce qui pousse bien des gens dans la voie du mercenariat peut être aussi bête et stupide que la crainte du grand remplacement, ou l'expression violente de sentiments racistes bêtes et méchants. Rien de neuf, donc, toujours les mêmes bêtises en boucle.
C'est le genre de BD qui ne remplace aucun reportage sur la guerre mais les complète, en apportant un éclairage de l'intérieur sur le déroulé d'un conflit. Un regard qui se replace au niveau des humains qui font la guerre, ce qui n'est jamais joli, mais aussi de comment tout ceci peut être perçu par l'armée elle-même. Et au final, je crois que le plus glaçant reste qu'après toute cette horreur détaillée, nous restons sur cette phrase ''Tout va bien''.
Après la claque que fut Nymphéas noirs, je me suis dirigé vers un autre type de BD, plus léger et plus doux. Et je me suis retrouvé à carrément fondre devant cette BD toute mignonne et sucrée, comme un bon carreau de chocolat avec un petit thé chaud, sous un plaid, alors qu'on lit dans son fauteuil préféré en hiver ...
Sincèrement, je suis le premier à le dire : cette BD est carrément classique dans son déroulé. C'est comme Martin Bonheur, comme tant d'autres histoires d'ailleurs : retour à la campagne natale, retrouvailles avec les anciens amours, découverte d'un héritage, volonté de partir de Paris et vivre plus simplement ...
C'est du cliché ! Carrément, je n'ai pas honte de le dire, c'est du cliché pur jus d'un bout à l'autre, sans interruption. Et ... Vous savez quoi ? On emmerde les aigris qui ne supportent pas de voir ça, moi j'ai adoré. Voila, c'est dit, je suis fan des histoires dans ce genre, simples et efficaces, qui se passent bien et qui sont bien menées.
L'essentiel dans une histoire avec la trame si simple et prévisible, c'est les personnages et l'ambiance. Et honnêtement, je suis servi. Entre les représentations (j'ai adoré le notaire en chat botté), les caractères et l'humour qui fait mouche, je suis conquis. La vieille tante qui m'a fait rire, les chats et leurs dialogues absurdes et drôles, les jeux de mots de chapitre, le dessin qui fait passer l'ensemble, tout concorde à nous faire passer un bon moment, à nous faire du bien et à nous laisser sur une impression agréable, comme si l'on flottait un peu au-dessus du sol.
J'en fais trop ? Mais bien sur, évidemment ! Ca ne mérite pas un tel déluge de compliments, ça n'est pas le chef-d'œuvre du siècle et ça ne changera la vie de personne. Même dans le monde de la BD, ça ne fait ni date ni tâche. C'est juste là, c'est sympa et agréable. Mais nom de dieu, ça fait du bien de lire ce genre de choses de temps en temps, de se laisser porter, de savoir que tout se passera bien, que c'est mièvre et sucré mais pas au point de filer du diabète. C'est irréaliste, mais ça n'est pas non plus extravagant. C'est doux, et j'aime suffisamment ça pour le dire haut et fort !
Allez, vous savez quoi ? Je lui met un coup de cœur. Parce que oui, franchement, c'est le genre de BD que je garde à portée de main pendant des années, pour le relire lorsque tout va mal ou que tout va bien, pour me laisser porter par l'ambiance et les personnages, revivre avec eux une belle histoire. Parce que ça titille mon côté fleur bleue et que j'adore ça.
Et puis de toute façon, je fais ce que je veux avec mes avis !
J'ai lu cette BD après la vague d'avis élogieux qui l'a propulsé presque instantanément aux sommets des catégories BDthèque. Et c'est sans doute une très bonne chose que d'avoir oublié en grande partie ce qui s'en disait, car chaque avis dévoile un tout petit peu de cette histoire qui mérite qu'on s'y plonge sans aucune informations, afin de pouvoir se laisser prendre et surprendre au mieux.
J'ai rarement autant aimé une BD avec laquelle je suis en froid niveau dessin. Ce n'est pas tant les talents de l'artiste, qui fait un relativement bon travail sur les représentations et les couleurs que le fait qu'il fasse des personnages qui soient souvent trop rigides, avec notamment une constante sur les profils de trois-quarts qu'il met partout au point que ça m'a irrité. Et à la relecture, c'est encore pire. Sur ce point, je suis désolé, mais ça bloque. D'autant que la mise en couleur très impressionniste dans l'idée se marie avec le thème, donc tout n'est pas négatif. C'est juste que ce gros point noir ressort carrément, selon moi.
Par contre, pour le reste … Comme dit plus haut, je ne savais rien de la BD et je n'ai pas relu les avis avant de me plonger dedans, et grand bien m'en a pris ! Je me suis laissé entrainer par une histoire que je trouvais avant tout banal, une question de meurtre, d'enquêteur qui croise une jolie institutrice etc. … Puis j'ai noté les détails, les incohérences, les petits riens qui font tiquer.
Et là, arrive la fin. Celle où je me dis "Mais oui, mais c'est bien sur !". Parce qu'une fois devant le nez, on ne peut que se dire qu'on a été joué d'un bout à l'autre, que l'auteur nous a tout donné sans jamais mentir et qu'il fallait juste comprendre ce qu'il n'avait pas donné sur un plateau. Parce que la solution était si simple et évidente.
J'ai rarement eu un tel sentiment à la fin d'une BD, d'autant que je me suis surpris à relire la BD presque dans la foulée pour tout remettre en ordre et enfin comprendre chaque passage étrange, chaque moment qui m'avait interpellé. Et au final, je suis encore plus ébahi à la relecture en me rendant compte d'à quel point tout est évident si on regarde de la bonne façon. Comme un bon Agatha Christie, l'auteur ne joue pas sur ce qui est caché et ce qui manque, il montre tout de façon à nous laisser dans le flou, naviguer entre les pièces qui manquent. Et au final, aucune ne manquait.
Mais surtout, la BD m'a laissé un sale goût amer en bouche lorsque je l'ai fini. Parce que cette ordure, je n'arrive pas à l'enlever de ma tête une fois la BD finie. Je ne dirais rien pour ne rien en dévoiler, mais ce qu'il a fait, cette vie gâchée, je le hais profondément. Et c'est ce sentiment qui donne à la BD sa force, le ressenti que j'ai pour lui. Parce que l'auteur à beau nous faire une fin un peu sympathique et mignonne, je vois surtout une vie ruinée. Et quel goût amer que de voir tout ça se dérouler et nous laisser impuissant. Lorsque des personnages de fiction nous laissent un tel coup aux sentiments une fois leur histoire finie, c'est que ça a frappé juste. Terriblement juste.
Honnêtement, n'eut été le dessin, j'aurais mis un 5* direct. Parce que la BD m'a happé et m'a eu, parce qu'elle m'a laissé sur le cul et que j'en suis encore émerveillé. C'est une magnifique démonstration de l'idée que ce n'est pas l'histoire mais la façon dont on le raconte. Amis lecteurs encore hésitants sur cette BD, foncez la lire et oubliez tout ce qu'on en dit. Abordez là en étant vierge de toute considération et laissez vous happer. Cette BD nous rappelle que parfois il faut accepter de se laisser embarquer pour un tour de manège, se laisser surprendre et apprécier le voyage. Magistral est le mot qu'il me reste après lecture.
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Dissident Club - Chronique d'un journaliste pakistanais exilé en France
Journaliste d’investigation pakistanais, Taha Siddiqui a dû fuir le Pakistan en 2018 après une tentative d’assassinat à laquelle il a échappé de justesse. Exilé en France, il poursuit son combat pour la liberté de la presse. Ce roman graphique autobiographique raconte avec un humour grinçant ses années de jeunesse au sein d’une famille qui se radicalise jour après jour. Il essaie de résister à l’emprise du fondamentalisme religieux et tente de se frayer quelques espaces de liberté. Un témoignage touchant sur un quotidien qui se transforme irrémédiablement, un récit qui n’est pas sans rappeler « L'Arabe du Futur » de Riad Sattouf mais aussi Guy Delisle et ses chroniques. Cet album est aussi un reportage sur la montée de l’islamisme au Pakistan, l’ascension de Ben Laden, les attentats du World Trade Center et la cristallisation des tensions internationales. Lauréat du Prix Albert Londres en 2014, Taha Siddiqui inscrit son travail dans la lignée des ouvrages de Joe Sacco ou du « Photographe » de Didier Lefèvre et d’Emmanuel Guibert. Un mot sur le dessin d’Hubert Maury ! J’ai trouvé son côté « reportage » très adapté au propos : rapide, nerveux, efficace à la manière d’un carnet de croquis. Pour ce qui est du titre ? Je vous laisse le découvrir…
Ténébreuse
Et bien là je me suis régalé. Un diptyque dans un univers de médiéval fantasy parfaitement réalisé. C’est en lisant cette série que j’ai réalisé à quel point j’aimais beaucoup Hubert comme auteur depuis des années, il touche à tous les styles et s’en sort très bien à chaque foi. Il est un auteur accompli, et il sait à chaque fois me surprendre, il n’est jamais là où je l’attends. Un lisant Ténébreuse, j’ai tout de suite eu en ressenti la même ambiance que dans la série Beauté, cet univers médiéval très appréciable, où l’on sait que l’on est dans un Moyen âge fantasmé de contes. Même si le scénario, soyons honnête, est très classique, même si il veut prendre à contrepied le schéma habituel de la belle en détresse que vient sauver le beau chevalier servant. Un peu comme Garulfo, il y a les codes des grands classiques, et l’auteur cherche à nous surprendre en les prenant à l’envers. Mais au delà de ça, c’est vraiment l’ambiance qui m’a séduit, je me suis pris d’affection pour les personnages sans difficulté, et n’ai eu de cesse d’espérer que tout ce passera bien et qu’ils vivront heureux et auront beaucoup d’enfants, ce qui est parfait quand on lit ce genre d’histoire. Le pari des auteurs a parfaitement réussi. Graphiquement, rien à redire, Mallié n’est plus à son coup d’essai (Le Grand Mort, La Quête de l'Oiseau du Temps - Avant la Quête, Les Aquanautes, Hong Kong Triad) et a su faire maintes foi ses preuves, c’est un dessinateur de talent, qui n’a plus grand chose à prouver (même si j’aimerais le voir revenir sur des séries qui s’éloignent un peu de la fantasy pour changer). Les planches sont belles, l’atmosphère prenante et en parfaite adéquation avec le scénario, un beau travail. Un petit diptyque d’Air Libre qui vaut le détour et qui répond parfaitement au cahier des charges.
Noir burlesque
Je m’attendais à être très déçu par ces albums, tellement j’ai eu d’échos de personnes me disant que oui, c’est vraiment beau, forcément c’est du Marini, mais que le scénario est mauvais. J’ai donc entamé cette lecture en pensant seulement apprécier les dessins sur presque 200 planches. Un peu de jazz vocal des années 50 pour accompagner ça (et oui je me suis dis, tant qu’à faire, autant me mettre dans l’ambiance), et c’est parti. Et donc oui… c’est beau ! Vraiment, les dessins sont parfaitement adaptés à l’ambiance années 50, on s’y croirait, et le jeu de couleurs noir et rouge est clairement réussi, même si pas forcément original (en fait depuis que j’ai découvert Sambre ado, même si ce n’était pas les premiers à faire ça, j’ai découvert ce style comme ça et ai perpétuellement l’impression que ça en est inspiré). Au niveau du scénario, le premier tome se lit très vite, et je suis ressorti de la lecture avec une certaine frustration, le sentiment que ce n’était pas assez fouillé. Mais en même temps assez de curiosité pour me lancer dans le second tome dans la foulée. Et c’est là où je me suis vraiment régalé, tout prend beaucoup plus de dimensions dans le deuxième album, on sent que Marini s’éclate complètement, prend plaisir à nous plonger dans cette ambiance des années 50 polars américains, que tous les clichés sont là. Et comme j’ai aimé ça, comme j’ai apprécié cette immersion, ce petit voyage temporel, car c’est ce que je cherchais en me procurant cette série, et je n’ai pas été déçu du voyage. Un premier tome introductif qui manque un peu de richesse, mais qui fait très bien son travail, et un second tome qui vient parfaitement compléter tout ça. Je ne peux que vivement conseiller à tous les amateurs de Marini et/ou aux autres qui voudraient un petit moment de détente dépaysant.
Les Equinoxes
J'avais lu Portugal il y a un long moment, et j'ai surtout un souvenir d'une BD qui m'a semblée trop hésitante, se balançant dans une histoire qui n'arrivait pas à me toucher. Pour autant, j'aime bien ce que fait Pedrosa sur d'autres œuvres et "Les Equinoxes" m'avait fait de l'œil lors de sa sortie, j'ai du cependant différer ma lecture pendant quelques années. Et je suis très content de celle-ci, qui me confirme que Pedrosa est un auteur que j'apprécie pour sa sensibilité et son travail graphique. Si j'avais plus de difficultés avec le personnage de Portugal et son histoire de famille immigrée, je me suis bien plus retrouvé dans les considérations développées ici. A travers plusieurs portraits de personnage, Pedrosa esquisse une air du temps. Une sorte de portraits croisés qui se lient autour de l'histoire d'une photographe. Tout est à peine effleuré, les histoires ne sont que peu développées, exception faite de celle du prothésiste dentaire qui a le droit à plus de temps d'apparition que les autres. Les mélanges d'histoires abordent plusieurs thématiques sur le temps qui passe, la communication entre les êtres, ce que l'on devient dans la vie … Alors même que la mélancolie domine plutôt clairement le ton du récit, je trouve que le final a quelque chose d'un peu plus positif. C'est notamment la citation sur le mari de Virginia Woolf qui rajoute quelque peu de positif dans l'ensemble. Pedrosa joue dans l'ensemble du livre sur la narration en figeant une case, prise en photo par le personnage, qui développe ensuite une page d'écriture nous mettant dans la tête de celui-ci. C'est assez bien trouvé, nous avons des petites tranches de vie rapides mais immersive. En quelques mots, quelques phrases, l'ensemble parait cohérent et les questionnements, les doutes, les incertitudes arrivent à me convaincre. Ce que j'aime chez Pedrosa, c'est que son graphisme à quelque chose de très marqué "Roman graphique", mais son utilisation des couleurs est toujours remarquable et contribue carrément à l'ambiance générale. J'aime aussi le fait qu'il coupe avec quelques moments suspendus juste avant les pages de texte. C'est plus long à lire, plus complexe aussi, mais les BD de ce genre là méritent qu'on s'y attardent un peu. En tout cas, je suis ravi de l'avoir lu et je vais continuer à explorer l'auteur qui me semble de plus en plus intéressant.
A l'école des lettres
A l’instar d’autres albums de cette collection (« Petites leçons de Permaculture », « Plastic tac tic tac »), « A l’école des lettres » est un ouvrage qui alterne courtes bandes dessinées et dossiers didactiques. Au fil des différents chapitres, c’est à une belle rétrospective de ce que fût ce XIXème siècle littéraire à laquelle nous avons droit. Plusieurs acteurs majeurs nous sont présentés, ainsi que les courants les plus influents, l’évolution de la pensée ou le statut des écrivaines de l’époque. L’atout majeur de cet album vient de son ton, résolument moderne et décomplexé. Un ton qui invite à la découverte, à la lecture ou à la relecture. Grâce à ce ton, chaque chapitre devient amusant à lire… et d’autant plus instructif que nous avons un réel plaisir à le découvrir. L’impertinence de certaines annotations sur des textes choisis, le respect et l’intelligence manifestés à d’autres occasions, les choix judicieux et parfois audacieux des extraits choisis (comme le texte sélectionné pour illustrer le chapitre consacré à Rimbaud et Verlaine. En existait-il un plus adéquat pour donner aux jeunes lecteurs l’envie de découvrir ces deux auteurs ?), tout frise le sans faute. J’ai par contre craint le pire au niveau des bandes dessinées. Les premières, en effet, n’offrent pour ainsi dire aucun intérêt. Mais au fur et à mesure que l’on avance dans notre lecture, le nombre de personnages ne cessant de croître, les interactions, références voilées et autres réparties deviennent de plus en plus plaisantes. J’avoue avoir ri à certaines occasions (comme lors du cours de tennis auquel assiste Victor Hugo, qui a comblé l’amateur de jeux de mots pourris que je suis) et très régulièrement souri. Flatté de comprendre certaines références voilées, j’ai tout autant aimé découvrir la source d’autres dont j’ignorais tout. En effet, les notes didactiques s’appliquent à nous expliquer la provenance de tel ou tel dialogue présent dans la partie « bande dessinée ». Ainsi, que l’on ait compris a priori ou que l’on ait besoin d’une explication a posteriori, chacun ressort de cette lecture avec le sentiment d’être « instruit ». Je termine ce livre et j’ai une furieuse envie de lire ou de relire certaines œuvres de ce XIXème siècle. A mes yeux, c’est la preuve que cette bande dessinée est pleinement réussie. Amusante, instructive et invitant le lecteur à la découverte et à l’approfondissement, elle est un réel et énorme coup de cœur pour ma part.
L'Aimant
Alors que je suis resté franchement hermétique à son opus La Dernière Rose de l'été, Lucas Harari m'a beaucoup plus happé avec sa première œuvre, "L'Aimant". Peut-être est-ce le froid qui me convient mieux que le chaud, mais en tout cas je me suis bien plus plongé bien plus facilement dans l'histoire et je me suis laissé porter par elle. Le ton du polar m'a saisi à nouveau, l'auteur maitrisant clairement le déroulé pour nous maintenir dans un suspense jusqu'à comprendre le déroulé qui va se dévoiler à nous. En suivant Pierre, jeune homme visiblement perdu dans ses recherches et sa vie, nous allons découvrir ce bâtiment étrange dans lequel il va sembler se perdre progressivement. J'ai personnellement beaucoup aimé la façon dont le dessin exploite ce côté perdu dans un immense labyrinthe, bien représenté par ce bâtiment envahi d'eau qui semble irréel. Mélangé aux extérieurs enfouis sous la neige, ça donne un ensemble qui laisse planer le mystère et introduit rapidement une ambiance fantastique qui ne fera que se confirmer. L'histoire est plutôt linéaire mais j'ai bien aimé, elle est plutôt simple dans le déroulé et les protagonistes sont peu nombreux, laissant comprendre assez rapidement la place que chacun occupera. Mais en même temps c'est chouette de se laisser porter par le ton du récit jusqu'à une résolution qui me convient, avec ce qu'il faut de fantastique et de part de mystère. Une lecture franchement plaisante, sans que je ne lui accorde plus que ça mais en même temps je n'en attendais pas plus non plus ! Donc une lecture agréable, le polar m'a bien plu et je dirais que c'est à lire. Indispensable, non, sans doute pas. Mais j'ai aimé.
OVNI
J'ai été un peu dérouté quand j'ai commencé cette série. Aucun texte et des petits hommes bleus dans tous les sens. Avec l'aide des précédents avis sur la série j'ai enfin compris l'intérêt et l'originalité du travail de Trondheim. Comme d'habitude Lewis Trondheim introduit beaucoup d'humour caustique et décalé dans sa "narration" imagée et imaginée. Car j'ai lu cette série comme un exercice de création imaginative amusante. Une sorte de fresque qui utilise un support moderne en lieu et place d'une tapisserie moyenâgeuse. Ce pauvre petit E.T se retrouve pris dans un labyrinthe temporel truffé de pièges mortels. Mais la vie a toujours réussi à trouver son chemin envers et contre tout. Un message fondamental délivré sous une forme ludique. Le graphisme de Fabrice Parme est excellent. Ses planches sont très colorées, variées, riches en détails humoristiques et peuvent être lues comme un jeu de piste accessible à un large public. Une série assez singulière qui ne manque pas de charme.
Bagdad Inc.
Enchainer cette BD après Les Jours sucrés c'est passer d'un monde à l'autre … Mais le décalage n'a pas empêché l'appréciation de cette BD qui fait également dans les outils classiques de narration, sans pour autant tomber dans le cliché. "Bagdad Inc." est avant tout une BD sur la guerre en Irak qui se sert du prétexte de retrouver un tueur en série dans Badgad bombardée pour parler de la guerre à l'américaine et mettre en avant comment le monde évolue désormais. C'est écœurant, jusque dans l'idée de base : alors qu'on massacre et bombarde, on cherche un type ayant tué 3 personnes. Le paradoxe de base est d'ailleurs soulevé par les personnages du récit qui mettent également en avant la réalité de la guerre d'aujourd'hui. Mercenaire, frappe "ciblée", violence en tout sens, démocratie à coup de bombe et invasion économique ... La fin est limpide sur le sujet traité par l'auteur : cette guerre est une invasion économique destinée à imposer les intérêts occidentaux dans le monde arabe. Tout le monde en est conscient, tout le monde accepte cette réalité sordide. Je dois dire que le récit reste sur du très classique dans son déroulé et qu'il ne prend pas de risque, mais essaye d'étoffer et développer ce qui se trame autour. On voit les manigances du pouvoir avec diverses entreprises pour assurer la "sécurité" grâce aux mercenaires, les commandes de nourriture à coup de millions du contribuable américain, le tout pour ruiner un pays économiquement et militairement, afin d'avoir une main d'œuvre pas chère et du pétrole. Vive la démocratie ! Cette BD est déprimante, par bien des aspects, mais aussi froidement claire : la guerre est une saloperie, les combats moderne aussi horrible que les anciens si pas plus, les justifications toujours fausses et les résultats calamiteux. Rien ne justifie ce qui se passe dans ces pays. Rien. L'apparition du racisme à la fin du récit est un bon rappel que ce qui pousse bien des gens dans la voie du mercenariat peut être aussi bête et stupide que la crainte du grand remplacement, ou l'expression violente de sentiments racistes bêtes et méchants. Rien de neuf, donc, toujours les mêmes bêtises en boucle. C'est le genre de BD qui ne remplace aucun reportage sur la guerre mais les complète, en apportant un éclairage de l'intérieur sur le déroulé d'un conflit. Un regard qui se replace au niveau des humains qui font la guerre, ce qui n'est jamais joli, mais aussi de comment tout ceci peut être perçu par l'armée elle-même. Et au final, je crois que le plus glaçant reste qu'après toute cette horreur détaillée, nous restons sur cette phrase ''Tout va bien''.
Les Jours sucrés
Après la claque que fut Nymphéas noirs, je me suis dirigé vers un autre type de BD, plus léger et plus doux. Et je me suis retrouvé à carrément fondre devant cette BD toute mignonne et sucrée, comme un bon carreau de chocolat avec un petit thé chaud, sous un plaid, alors qu'on lit dans son fauteuil préféré en hiver ... Sincèrement, je suis le premier à le dire : cette BD est carrément classique dans son déroulé. C'est comme Martin Bonheur, comme tant d'autres histoires d'ailleurs : retour à la campagne natale, retrouvailles avec les anciens amours, découverte d'un héritage, volonté de partir de Paris et vivre plus simplement ... C'est du cliché ! Carrément, je n'ai pas honte de le dire, c'est du cliché pur jus d'un bout à l'autre, sans interruption. Et ... Vous savez quoi ? On emmerde les aigris qui ne supportent pas de voir ça, moi j'ai adoré. Voila, c'est dit, je suis fan des histoires dans ce genre, simples et efficaces, qui se passent bien et qui sont bien menées. L'essentiel dans une histoire avec la trame si simple et prévisible, c'est les personnages et l'ambiance. Et honnêtement, je suis servi. Entre les représentations (j'ai adoré le notaire en chat botté), les caractères et l'humour qui fait mouche, je suis conquis. La vieille tante qui m'a fait rire, les chats et leurs dialogues absurdes et drôles, les jeux de mots de chapitre, le dessin qui fait passer l'ensemble, tout concorde à nous faire passer un bon moment, à nous faire du bien et à nous laisser sur une impression agréable, comme si l'on flottait un peu au-dessus du sol. J'en fais trop ? Mais bien sur, évidemment ! Ca ne mérite pas un tel déluge de compliments, ça n'est pas le chef-d'œuvre du siècle et ça ne changera la vie de personne. Même dans le monde de la BD, ça ne fait ni date ni tâche. C'est juste là, c'est sympa et agréable. Mais nom de dieu, ça fait du bien de lire ce genre de choses de temps en temps, de se laisser porter, de savoir que tout se passera bien, que c'est mièvre et sucré mais pas au point de filer du diabète. C'est irréaliste, mais ça n'est pas non plus extravagant. C'est doux, et j'aime suffisamment ça pour le dire haut et fort ! Allez, vous savez quoi ? Je lui met un coup de cœur. Parce que oui, franchement, c'est le genre de BD que je garde à portée de main pendant des années, pour le relire lorsque tout va mal ou que tout va bien, pour me laisser porter par l'ambiance et les personnages, revivre avec eux une belle histoire. Parce que ça titille mon côté fleur bleue et que j'adore ça. Et puis de toute façon, je fais ce que je veux avec mes avis !
Nymphéas noirs
J'ai lu cette BD après la vague d'avis élogieux qui l'a propulsé presque instantanément aux sommets des catégories BDthèque. Et c'est sans doute une très bonne chose que d'avoir oublié en grande partie ce qui s'en disait, car chaque avis dévoile un tout petit peu de cette histoire qui mérite qu'on s'y plonge sans aucune informations, afin de pouvoir se laisser prendre et surprendre au mieux. J'ai rarement autant aimé une BD avec laquelle je suis en froid niveau dessin. Ce n'est pas tant les talents de l'artiste, qui fait un relativement bon travail sur les représentations et les couleurs que le fait qu'il fasse des personnages qui soient souvent trop rigides, avec notamment une constante sur les profils de trois-quarts qu'il met partout au point que ça m'a irrité. Et à la relecture, c'est encore pire. Sur ce point, je suis désolé, mais ça bloque. D'autant que la mise en couleur très impressionniste dans l'idée se marie avec le thème, donc tout n'est pas négatif. C'est juste que ce gros point noir ressort carrément, selon moi. Par contre, pour le reste … Comme dit plus haut, je ne savais rien de la BD et je n'ai pas relu les avis avant de me plonger dedans, et grand bien m'en a pris ! Je me suis laissé entrainer par une histoire que je trouvais avant tout banal, une question de meurtre, d'enquêteur qui croise une jolie institutrice etc. … Puis j'ai noté les détails, les incohérences, les petits riens qui font tiquer. Et là, arrive la fin. Celle où je me dis "Mais oui, mais c'est bien sur !". Parce qu'une fois devant le nez, on ne peut que se dire qu'on a été joué d'un bout à l'autre, que l'auteur nous a tout donné sans jamais mentir et qu'il fallait juste comprendre ce qu'il n'avait pas donné sur un plateau. Parce que la solution était si simple et évidente. J'ai rarement eu un tel sentiment à la fin d'une BD, d'autant que je me suis surpris à relire la BD presque dans la foulée pour tout remettre en ordre et enfin comprendre chaque passage étrange, chaque moment qui m'avait interpellé. Et au final, je suis encore plus ébahi à la relecture en me rendant compte d'à quel point tout est évident si on regarde de la bonne façon. Comme un bon Agatha Christie, l'auteur ne joue pas sur ce qui est caché et ce qui manque, il montre tout de façon à nous laisser dans le flou, naviguer entre les pièces qui manquent. Et au final, aucune ne manquait. Mais surtout, la BD m'a laissé un sale goût amer en bouche lorsque je l'ai fini. Parce que cette ordure, je n'arrive pas à l'enlever de ma tête une fois la BD finie. Je ne dirais rien pour ne rien en dévoiler, mais ce qu'il a fait, cette vie gâchée, je le hais profondément. Et c'est ce sentiment qui donne à la BD sa force, le ressenti que j'ai pour lui. Parce que l'auteur à beau nous faire une fin un peu sympathique et mignonne, je vois surtout une vie ruinée. Et quel goût amer que de voir tout ça se dérouler et nous laisser impuissant. Lorsque des personnages de fiction nous laissent un tel coup aux sentiments une fois leur histoire finie, c'est que ça a frappé juste. Terriblement juste. Honnêtement, n'eut été le dessin, j'aurais mis un 5* direct. Parce que la BD m'a happé et m'a eu, parce qu'elle m'a laissé sur le cul et que j'en suis encore émerveillé. C'est une magnifique démonstration de l'idée que ce n'est pas l'histoire mais la façon dont on le raconte. Amis lecteurs encore hésitants sur cette BD, foncez la lire et oubliez tout ce qu'on en dit. Abordez là en étant vierge de toute considération et laissez vous happer. Cette BD nous rappelle que parfois il faut accepter de se laisser embarquer pour un tour de manège, se laisser surprendre et apprécier le voyage. Magistral est le mot qu'il me reste après lecture.