J'avais envie de lire cette BD parce qu'elle fait écho à un pan de ma vie, et c'est ce qui m'a le plus intéressé dans le récit.
Plus jeune, j'avais eu la lubie d'aller de mon Alsace natale jusqu'au Mont Saint-Michel en stop, et ce deux années de suite. D'abord avec ma copine et un ami puis tout seul. Encore aujourd'hui, je garde un souvenir incroyablement vivace de ces périples. Le stop est une activité à laquelle je me suis adonné pendant de nombreuses années, que ce soit pour rentrer chez moi faute d'autre moyen ou simplement par plaisir. Sortir de chez soi, aller sur le trottoir et lever le pouce, attendre et voir.
Cette BD m'a fait remonter bon nombre de souvenirs, tantôt drôle tantôt triste. J'ai, tout comme le personnage de la BD, vu bon nombre de personnes et entendues d'innombrables histoires de vies. Un vieux roulant mal et expliquant que sa vue baisse, un gars me racontant qu'il "cassait du PD dans les toilettes", une femme évoquant ses souvenirs de stop de jeunesse, un type me donnant de l'argent pour continuer le périple … J'ai vu des sacrées choses, en effet.
Et c'est la principale chose que je retiens de la BD : ces rencontres aléatoires, parfois étranges parfois normales, souvent banales mais avec un petit détail. Les dialogues, les échanges, les sourires, c'est ce qui me reste le plus de tout ça. La BD semble volontairement s'arrêter sur l'aspect humain et ne pas développer le reste : les longues heures d'attentes, sous le soleil, la pluie ou le vent. Les voitures qui insultent et klaxonnent (oui, ça m'est arrivé), les chauffards, les alcooliques tenant un volant, les journées où une seule voiture s'est arrêté et qu'on a fait 10 km. Bref, la contrainte n'est pas mise en avant (je ne parle pas de la logistique pour la nourriture et l'eau, le poids du sac etc. …) mais je pense que le livre ne se veut pas une information sur le stop. Uniquement une BD sur la façon dont les rencontres peuvent se faire avec ce mode de transport. Et ça, ça me plait !
Sur l'aspect purement BD, l'auteur s'en sort très bien pour les décors qui donnent envie d'aller dans les endroits mentionnés, mais par contre les visages sont moins réussis. Les bouches font souvent artificielles, figées dans une ouverture qui semble peu naturelle, tandis que les expressions (notamment dans les yeux) sont souvent statiques. Ca manque de dynamisme dans les visages, et c'est visible à la première lecture. Un point à améliorer donc.
En tout cas, pour ma part, j'ai apprécié la BD qui a fait rejaillir bon nombre de souvenirs en moi. Cette fin, notamment, fait écho à des souvenirs. L'envie de ne plus s'arrêter, de repartir … Je suis toujours rentré chez moi parce que je suis extrêmement casanier, mais je comprends que l'on puisse souhaiter repartir et ne pas s'arrêter directement.
Une belle découverte donc, pas immanquable et que je ne recommanderais pas à tout le monde mais qui m'a parlé de par mes expériences. Elle n'a pas manqué de me rappeler le livre "Le monde en stop" de Ludovic Hubler que j'avais lu quelques années auparavant et qui m'avait énormément plus également. Et pour le coup, je recommande plus ce livre !
J’ai passé un excellent moment avec cette série. La sortie des trois intégrales dans l’ordre chronologique de leur parution dans le journal de Spirou m’a donné l’occasion de me plonger dedans, j’ai longtemps reculé la lecture pensant que ça allait être une lecture lourde, dépassée, avec beaucoup de texte narratif, descriptif, n’apportant rien au récit, eh bien je m’étais complètement trompé.
Les aventures de ce James Bond à travers le monde, dont l’inspiration est totalement assumée m’a beaucoup plu.
Comme il a été dit dans les précédents avis, on distingue clairement deux phases à cette série, la première beaucoup plus comique (même si honnêtement ça ne m’a jamais décroché un sourire), et la seconde partie qui se veut plus sérieuse, entrant dans la psychologie et le passé des personnages.
Bien qu’on sente le poids des années, remis dans son contexte, c’est une série qui a su s’adapter à son temps, et on remarque bien les attentes différentes des lecteurs en fonction des années de sortie des albums.
Personnellement j’ai beaucoup plus accroché à la deuxième moitié de la série.
Mon regret est que les albums soient vite lus, et surtout ce sentiment que les fins sont toujours expédiées en quelques planches. Développement de l’intrigue, action, et chute en 3 ou 4 planches.
Le dessin est de qualité, c’est Maltaite, et il est agréable de voir l’évolution de son trait au cours des années sur cette série.
Et Desberg qu’on ne présente plus, capable de faire du très très bon comme du très mauvais, est sur ce coup-ci en bonne forme. Il est également intéressant de le voir évoluer scenaristiquement, 421 étant une de ses premières séries.
Alors oui, j’ai pris un véritable plaisir enfantin à découvrir les aventures de cet agent secret à la James Bond. A peu d’années près, j’aurais pu les découvrir dans le journal de Spirou, et j’aurais attendu la suite de ses aventures avec impatience.
Ah, le quatrième et dernier Axel que je lis est le bon ! Après trois volumes que j'ai beaucoup appréciés, en voici un que j'ai réellement aimé. Il est question à nouveau d'âge et de couples, mais aussi de questions sur la maturité, le fait de revivre sexuellement, la famille. Mine de rien, je ne m'attendais pas à ce que l'histoire aille dans ce sens-là, le début laissant plutôt entendre une suite du même acabit avec l'échangisme qui permet de renouer une passion dans un couple.
Mais Axel déborde de ce cadre pour embrayer sur autre chose et j'ai trouvé personnellement que ça marchait franchement bien. Les scènes de sexe sont à la fois présentes en arrière-plan, mais aussi capitales en premier plan. C'est en renouant sexuellement avec une personne que Gérard se redécouvre une jeunesse, bien loin de ce qu'il aurait cru. Et j'ai énormément apprécié que le récit se conclue sur une conversation aussi importante, mais menée par des adultes. Pas de crises de larmes, de colère ou de haine par les enfants. Juste deux adultes qui parlent ensemble et remettent les choses à plat. Cette fin est une brillante idée, à mon sens, puisqu'elle souligne l'incroyable du geste mais aussi l'humain derrière cette histoire.
Décidément, Axel n'a pas son pareil pour parler de l'humain vieillissant et de la douloureuse question du sexe. A travers les quatre ouvrages que j'ai lus de sa main, je découvre quatre façons d'aborder la sexualité avec l'âge et je suis assez content de lire de pareilles BD. On est rarement aussi honnête dans les BD cul, et franchement ça fait du bien. Il n'y a pas forcément là un érotisme torride, une histoire excitante, mais c'est rudement sympa à lire et les scènes de sexe ne sont pas en reste. Franchement, c'est du tout bon pour ma part.
Je comprends les réserves de Gaston sur ce personnage, je ne suis pas expert mais ici il apparaît beaucoup moins loufoque et bien plus sérieux que d’habitude. Mais nonobstant ce fait, qui personnellement ne m’a pas tant dérangé, j’ai trouvé cet album plutôt très bon.
Les auteurs ont pris le parti d’ancrer leur récit dans le côté sombre de l’univers. Aucune trace d’humour ici, notre vilain est plus menaçant (psychopathe) que jamais.
Pour un récit aussi court, j’ai trouvé que le scénariste avait du talent, c’est dense, concis et suffisamment marquant, il se paie même le luxe de proposer des flash-back sur la jeunesse du Sphinx, de plus le côté détective de Batman est bien rendu.
On ajoute à ça, un graphisme assez typé et de caractère pour me régaler. Une couverture splendide, une narration maîtrisée avec de bonnes idées, des couleurs réussies … l’ambiance est parfaitement installée.
J’ai trouvé ça vraiment sympa à suivre, ni trop court ni trop long, la fin est parfaite, pari gagné.
3,5+
Rien d’extraordinaire dans cette histoire. Je dirais même qu’El Torres a volontairement cherché à rester dans du classique, en surjouant presque certains passages obligés des whodunit, énigmes policières qui ont fait les beaux jours de certains auteurs au début du XXème siècle. C’est ainsi que l’inspecteur en chef de Scotland Yard Forrester, dès le début de l’intrigue (après qu’un membre de la haute société, Harold Strutter, ait été assassiné dans son manoir), réunit tous les témoins/suspects, et leur annonce à l’avance qu’il les réunira prochainement pour leur expliquer qu’il les a réunis pour démasquer le coupable (scène classique qui bien évidemment aura lieu vers la fin de l’album), et qu'ils feraient mieux d'avouer pour faire gagner du temps.
Ça n’est pas du pastiche, ça ne sort pas trop des clous, mais j’ai trouvé cette lecture très agréable. Ce classique est bien mené, avec les rebondissements attendus, l’inspecteur chef très calme (à la Hercule Poirot) qui mène sa barque pépère, mais de façon implacable, et les différents suspects qui se livrent peu à peu, alors que leur vernis craque.
Du polar old school ultra classique donc, avec quelques petites originalités. Un peu de fantastique s’immisce dans l’intrigue, puisque la bonne, Dorry, qui connait Wallcroft, l’adjoint de Forrester, a la capacité de « voir » les esprits/fantômes des morts. El Torres n’abuse pas de ça – heureusement, il garde sa ligne « sérieuse » (il se fend quand même d’un bon trait d’humour sur la fin avec la « chute de la maison Strutter »).
L’autre point fort de l’album est le dessin de Cifuentes. L’éditeur le compare à celui de Guarnido sur Blacksad. Certes, les auteurs sont ici aussi espagnols (seule la coloriste est mexicaine), et les personnages sont ici aussi animaliers. Mais je trouve que le style de Cifuentes, un peu plus semi-caricatural, s’écarte de celui de Guarnido, qu’il est plus proche de certains cartoons (et la colorisation d’Arreola, elle aussi réussie, accentue la rondeur des personnages, et la noirceur de l’intrigue). En tout cas j’ai trouvé plutôt chouette ce dessin, agréable et dynamique.
Bref, pas trop de surprises, mais du travail bien fait, une lecture très sympathique, sur laquelle les amateurs du genre doivent se pencher. Si l'album est un one-shot, on peut tout à fait envisager d'autres enquêtes dans le même univers.
Note réelle 3,5/5.
Enfin j'ai lu un manga pour lequel je n'ai aucune réserve. J'ai même hésité à mettre la note max après la lecture des neuf premiers opus.
Ranking of kings est d'abord une success story comme je les aime. Un auteur qui semble inconnu du public et des maisons d'édition, un graphisme loin de la finesse des grands mangaka, pas de décor, pas de JF à l'allure de gamines qui se ressemblent toutes, pas de héros BG et une série qui rencontre son large public.
Pour sortir ainsi du néant il faut que cette série possède de bien belles qualités dans sa créativité, son schéma narratif et sa tension dramatique. En effet Sosuke Toka multiplie les thématiques fondamentales sans jamais se prendre les pieds, il approfondit avec une rare intelligence la personnalité de presque tous les personnages dans une lutte du bien contre le mal qui traverse chacun sauf le prince Bojji, qui est pureté inconditionnelle.
Dans le désordre on retrouve les thèmes de la relation au père, à la mère, la loyauté, la fraternité, du pardon et de la puissance.
Toka débute son récit de façon assez banale par une injustice contre le faible puisque Daida vole à son frère Bojji la couronne du royaume après un vote non légitime. Il faut dire que ce pauvre Bojji ne peut même pas soulever une pierre. Bojji est alors banni et poursuivi par un serviteur félon. Va-t-il rencontrer une fée, un magicien une source qui lui rendront sa force et plein d'autres pouvoirs pour regagner sa couronne au détriment de son frère ?
Toka évite ce schéma usé jusqu'à la corde pour nous promener de surprises en surprises, de rebondissements en rebondissements, de propositions crédibles en propositions intéressantes. Ce qui grandit Bojji ce sont ses maîtres en intelligence et ses adversaires en force aveugle jusqu'au terrible Ouken. C'est si bien amené que l'affrontement entre Bojji et le redoutable Ouken (l'épée diabolique) m'a tenu en haleine tout le tome neuf.
L'auteur construit très habilement son récit avec des retours en arrière qui dévoilent au bon moment l'origine de la formation psychologique des personnages. On se retrouve alors à éprouver de l'empathie pour les pires brutes, traitres ou meurtriers même s’ils n'arrivent jamais à la hauteur du gentil Bojji. J'aime aussi l'image que Toka donne des serpents ou des monstres à qui Bojji donne une seconde chance.
Car la série malgré une ambiance sombre est un hymne à la gentillesse.
Alors le graphisme ne ressemble pas à un manga classique ? Bojji avec sa gentille tête ronde, Ombre sorte d'ectoplasme en forme de flaque d'huile, pas de grands yeux ni de bouches ouvertes démesurément. Super ! Enfin de la diversité dans un monde où je ne vois pas trop la différence entre une star du Hentai et des collégiennes en uniformes. Elle se ressemblent toutes et c'est presque la même chose pour les garçons.
Une lecture très agréable pour les enfants et leurs parents. A mi-parcours Toka tient le rythme avec brio. Il a mis la barre du scénario très haute tellement le chemin de Bojji semble difficile et j'espère que sa réussite ne dépendra pas d'une pirouette ou d'un raccourci scénaristique.
Pour conclure j'aime beaucoup les dernières pages où l'auteur nous propose un petit bonus qui met en lumière un passage de la série et une postface où Toka se dévoile dans sa vie quasi monacale de Mangaka amateur génial et solitaire. Un succès très mérité à mes yeux
Divine surprise.
Je savais que Miyazaki avait, au début de sa carrière artistique, réalisé quelques mangas, dont certains lui ont servi en quelque sorte de brouillon ou de laboratoire d'essai pour ses films d'animation. C'est le cas de ce "Voyage de Shuna", réalisé et publié pour l'essentiel à une époque où l'auteur était dans une période compliquée après un premier film qui n'a pas attiré les foules. Il se lance donc dans ce projet parmi d'autres, s'inspirant d'un récit classique appartenant au folklore tibétain. De fait, si certains éléments sont communs avec Le Prince qui fut changé en chien, l'auteur s'en écarte nettement au fil du développement du récit, y inscrivant certaines des thématiques qui émailleront son œuvre future, comme l'écologie et les méfaits de l'esclavage. Ses personnages, très peu nombreux dans ce huis clos à ciel ouvert, préfigurent certains de ceux qu'il développera par la suite. Il y a déjà cette figure féminine à la fois protectrice et volontaire, entre autres...
La construction et la mise en scène de ce manga diffèrent de nombre d'œuvres graphiques venues du Pays du Soleil Levant. Les cases sont plutôt grandes, et il n'y a pas à proprement parler de dialogues, ceux-ci étant insérés dans le décor, pas dans des phylactères. Les récitatifs sont mêmes relativement rares, les images parlant souvent d'elles-mêmes. ce côté un peu contemplatif se retrouve d'ailleurs dans quelques illustrations pleine page. Superbes. Toutes absolument sublimes.
Le travail en aquarelles de Miyazaki montre un style déjà presque mature, qui frappera celles et ceux qui ont vu et apprécié Nausicaä de la Vallée du Vent et Princesse Mononoke, produits à la même période.
Un must pour tous les aficionados de Miyazaki, et une belle fable, même pour celles et ceux qui ne seraient pas
J’ai trouvé sympathique et agréable cette lecture, pour laquelle il faut prévoir un certain temps, tant l’album se révèle dense, avec un texte abondant.
Battaglia a pris le parti d’adapter les textes de Rabelais sans les suivre en entier et littéralement, certains passages sont uniquement des extraits des textes rabelaisiens. Le dessin de Battaglia est plutôt bon, souvent beau – la colorisation par contre est un peu terne.
En tout cas, Battaglia rend bien la truculence de l’œuvre de Rabelais. Les nombreuses exagérations (les chiffres des soldats, des morts, etc, étant le plus souvent énormes et improbables), le langage très vert des personnages, le cynisme et la recherche du plaisir avant tout, tout concourt à donner à ce récit un ton enjoué, un peu loufoque et poétique, décalé et pourtant ancré dans son époque.
Car on retrouve aussi dans ces aventures l’univers dans lequel Rabelais se mouvait, la Renaissance, avec la quête du savoir, l’ouverture sur un monde en plein développement (les Grandes découvertes sont en train d’être assimilées, Rabelais lui-même est féru de sciences). Les guerres et massacres absurdes entre Picrochole et Grandgousier illustrent sans doute de façon décalée les guerres de l’époque (début du XVème siècle), voire les guerres de religion.
Un univers original et foisonnant, loufoque et très riche, bien mis en images par Battaglia. Un album à redécouvrir.
Note réelle 3,5/5.
Année après année, livre après livre, Jérémy Perrodeau crée une oeuvre très cohérente et vraiment intéressante.
Son dernier album, très bel objet (Merci les éditions 2024), est assez envoutant à bien des aspects. On retrouve la patte graphique de l'auteur, personnages aux traits assez simples et dépouillés (peut-être la légère faiblesse de l'auteur car peut nuire à l'empathie du lecteur envers les différents personnages) mais néanmoins facilement identifiables. Les décors/environnements aussi bien architecturaux que naturels sont quant à eux, bien qu' également dans une ligne claire, beaucoup plus travaillé, précis, pensé, influencé...en somme inspiré et magnifique!
Cet album est vraiment agréable à lire, avec ces parts d'ombres et mystères (Un héros complexe (scribe?), un Empire dont on apprendra pas grand chose), il me rappelle beaucoup et de manière non péjoratif de la science fiction à "l'ancienne" incarné par Ursula K. Le Guin ou Jack Vance (et son cycle de Tchai) pour les aspects éthnologiques prédominants/prépondérants: On s'intéresse en détail à une civilisation (ici, la cité de Lapyoza): Culture, religion/croyance/coutume, histoire, mode de vie, technologie, artisanat, etc....
Pour conclure, une lecture très prenante, intrigante pour une Bande Dessinée de science fiction de qualité.
Je ne vais parler que du run de Mark Millar et Bryan Hitch, vu que j'ai peu lu la série après : il m'a bien semblé, à la conclusion du premier arc, que tout ce qui devait être dit l'avait été et, j'avoue, plutôt clairement.
Bon, déjà : moi j'avais été scotché/séduit (comme tant d'autres, j'imagine -et notamment l'éditeur !) par le dessin de Hitch... Ce boulot ! Bon : Paul Neary ou Andrew Curry -entre autres, je crois ?!- à l'encrage, aussi. N'empêche, c'est pas évident d'arriver à inclure avec autant de bonheur des super-héros au milieu d'un décor dessiné avec un tel soucis de réalisme. J'ai toujours pensé que ça contribuait à mettre en valeur le "monsieur muscle" ou la madame "bonnets G" costumés du moment ; mais force est de constater que très peu d'artistes de Comics réussissent le pari. Même Alan Davis, malgré toute sa virtuosité, fait évoluer ses personnages devant des décors de théâtre... John Byrne y arrive pas mal, quitte à tellement assortir les deux -cadre et protagonistes- qu'ils en perdent un peu-beaucoup de joliesse. Les super-héros de Bryan Hitch souffrent un peu aussi de ce choix-là. Ross Andru était vraiment bon, équilibrant l'un ou l'autre selon l'action représentée : ancienne école -et documentation ; les pré-cités ayant tendance à privilégier la lisibilité avant la mise en valeur esthétique, selon moi. Bien sûr, sur ce marché-là, la rapidité d'exécution est cruciale, ceci expliquant quand même un peu cela ; mais je digresse -comme d'habitude !
Un éNORRRMEu travail donc ! Et le choix de cet angle graphique est rapidement justifié par le scénario de Mark Millar, dont on pressent dès le départ qu'il a une idée derrière la tête, ce gars-là...
Mama mia ! Quelle baffe ! Bon, déjà, on nous les place en pleine paranoïa gouvernementale et sociale très clairement située, chronologiquement parlant ; et, qui plus est, entièrement vue sous un angle sociétal très cautionnant. Personne n'a de doute : ni le chef des services secrets, omniscient et omnipotent, ni ses petits soldats -véritables militaires, pour le coup, qui obéissent aux ordres sans états d'âme- ni le génie de la technologie (dépressif et alcoolique et qui d'ailleurs se fiche de tout !), incarnation ultime de la réussite ultra-libérale et mécène volontaire au service de la Loi. Bon, pour nous arracher un peu d'empathie, il y a quand même un Thor alter-mondialiste (super re-création, l'idée de sa dinguerie ; dommage que le scénario ait imposé autre chose...), un Jarvis très "Vicious", dans l'esprit (...!) et un Ant-Man qui bat sa femme -c'est tellement universel : cent-dix-huit conjointes assassinées, en France, au cours de l'année dernière... Très mauvais remake, par contre, la Guêpe : en faire une mutante nantie de gènes d'hyménoptère peut lui permettre de changer de taille ?! Rien pigé au principe de la mutation made in MCG, ces Ultimates ! Et Steve Rogers ressemble enfin à un mec normal : jaloux, impulsif, il est plein de défauts ! J'avais fini par croire que le super sérum de Abraham Erskine l'avait lobotomisé en lui refilant sa carrure d'athlète ;) . Bon, Bruce Banner est, quant à lui, tellement pathétique qu'on a carrément du mal à le supporter -berk !
J'ai insisté parce que je voulais comprendre et -ouf !- oui : c'est une dénonciation ! Un magnifique coup de pied au cul de la politique interne et externe des États Unis (celle de tout le monde occidental, quoi !) mettant à nu tout ce qu'elle promeut de totalitaire au travers de ses dérives sécuritaires et autres manipulations médiatiques populistes. la manière dont Betty Ross ("public relations" !) vend la rage cataclysmique du Hulk de cet univers-là aux médias est particulièrement réussie dans sa simplicité : nous avalons le même genre de gloubi-boulga tous les jours, servi avec encore moins de vraisemblance -et ça marche ! Enfin, la "boite aux idées" (de plus en plus frelatées, hélas !) refaisait un peu surface après sa crise existentielle post-Towers, particulièrement choquante dans sa violence unidirectionnelle simplette -il n'y a qu'à lire les commentaires du Frank Miller de l'époque. Édifiant. Cerise sur le gâteau : la justification encore plus outragée du système pénal Américain avec cette exécution "publique" noyée de larmes de crocodile où -choix scénaristique encore plus courageux car infiniment plus subversif par sa nature intimiste !- le minable mari violent transfigure sa position au sein du récit en agissant -enfin !- comme un homme digne de ce nom.
Du Comic Book intelligent au delà de sa vocation distrayante ! Et, en plus -chose rare- superbement réalisé et pas prise de tête. Ha, ça faisait longtemps.
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J'avais envie de lire cette BD parce qu'elle fait écho à un pan de ma vie, et c'est ce qui m'a le plus intéressé dans le récit. Plus jeune, j'avais eu la lubie d'aller de mon Alsace natale jusqu'au Mont Saint-Michel en stop, et ce deux années de suite. D'abord avec ma copine et un ami puis tout seul. Encore aujourd'hui, je garde un souvenir incroyablement vivace de ces périples. Le stop est une activité à laquelle je me suis adonné pendant de nombreuses années, que ce soit pour rentrer chez moi faute d'autre moyen ou simplement par plaisir. Sortir de chez soi, aller sur le trottoir et lever le pouce, attendre et voir. Cette BD m'a fait remonter bon nombre de souvenirs, tantôt drôle tantôt triste. J'ai, tout comme le personnage de la BD, vu bon nombre de personnes et entendues d'innombrables histoires de vies. Un vieux roulant mal et expliquant que sa vue baisse, un gars me racontant qu'il "cassait du PD dans les toilettes", une femme évoquant ses souvenirs de stop de jeunesse, un type me donnant de l'argent pour continuer le périple … J'ai vu des sacrées choses, en effet. Et c'est la principale chose que je retiens de la BD : ces rencontres aléatoires, parfois étranges parfois normales, souvent banales mais avec un petit détail. Les dialogues, les échanges, les sourires, c'est ce qui me reste le plus de tout ça. La BD semble volontairement s'arrêter sur l'aspect humain et ne pas développer le reste : les longues heures d'attentes, sous le soleil, la pluie ou le vent. Les voitures qui insultent et klaxonnent (oui, ça m'est arrivé), les chauffards, les alcooliques tenant un volant, les journées où une seule voiture s'est arrêté et qu'on a fait 10 km. Bref, la contrainte n'est pas mise en avant (je ne parle pas de la logistique pour la nourriture et l'eau, le poids du sac etc. …) mais je pense que le livre ne se veut pas une information sur le stop. Uniquement une BD sur la façon dont les rencontres peuvent se faire avec ce mode de transport. Et ça, ça me plait ! Sur l'aspect purement BD, l'auteur s'en sort très bien pour les décors qui donnent envie d'aller dans les endroits mentionnés, mais par contre les visages sont moins réussis. Les bouches font souvent artificielles, figées dans une ouverture qui semble peu naturelle, tandis que les expressions (notamment dans les yeux) sont souvent statiques. Ca manque de dynamisme dans les visages, et c'est visible à la première lecture. Un point à améliorer donc. En tout cas, pour ma part, j'ai apprécié la BD qui a fait rejaillir bon nombre de souvenirs en moi. Cette fin, notamment, fait écho à des souvenirs. L'envie de ne plus s'arrêter, de repartir … Je suis toujours rentré chez moi parce que je suis extrêmement casanier, mais je comprends que l'on puisse souhaiter repartir et ne pas s'arrêter directement. Une belle découverte donc, pas immanquable et que je ne recommanderais pas à tout le monde mais qui m'a parlé de par mes expériences. Elle n'a pas manqué de me rappeler le livre "Le monde en stop" de Ludovic Hubler que j'avais lu quelques années auparavant et qui m'avait énormément plus également. Et pour le coup, je recommande plus ce livre !
421
J’ai passé un excellent moment avec cette série. La sortie des trois intégrales dans l’ordre chronologique de leur parution dans le journal de Spirou m’a donné l’occasion de me plonger dedans, j’ai longtemps reculé la lecture pensant que ça allait être une lecture lourde, dépassée, avec beaucoup de texte narratif, descriptif, n’apportant rien au récit, eh bien je m’étais complètement trompé. Les aventures de ce James Bond à travers le monde, dont l’inspiration est totalement assumée m’a beaucoup plu. Comme il a été dit dans les précédents avis, on distingue clairement deux phases à cette série, la première beaucoup plus comique (même si honnêtement ça ne m’a jamais décroché un sourire), et la seconde partie qui se veut plus sérieuse, entrant dans la psychologie et le passé des personnages. Bien qu’on sente le poids des années, remis dans son contexte, c’est une série qui a su s’adapter à son temps, et on remarque bien les attentes différentes des lecteurs en fonction des années de sortie des albums. Personnellement j’ai beaucoup plus accroché à la deuxième moitié de la série. Mon regret est que les albums soient vite lus, et surtout ce sentiment que les fins sont toujours expédiées en quelques planches. Développement de l’intrigue, action, et chute en 3 ou 4 planches. Le dessin est de qualité, c’est Maltaite, et il est agréable de voir l’évolution de son trait au cours des années sur cette série. Et Desberg qu’on ne présente plus, capable de faire du très très bon comme du très mauvais, est sur ce coup-ci en bonne forme. Il est également intéressant de le voir évoluer scenaristiquement, 421 étant une de ses premières séries. Alors oui, j’ai pris un véritable plaisir enfantin à découvrir les aventures de cet agent secret à la James Bond. A peu d’années près, j’aurais pu les découvrir dans le journal de Spirou, et j’aurais attendu la suite de ses aventures avec impatience.
La Tentation (Dynamite)
Ah, le quatrième et dernier Axel que je lis est le bon ! Après trois volumes que j'ai beaucoup appréciés, en voici un que j'ai réellement aimé. Il est question à nouveau d'âge et de couples, mais aussi de questions sur la maturité, le fait de revivre sexuellement, la famille. Mine de rien, je ne m'attendais pas à ce que l'histoire aille dans ce sens-là, le début laissant plutôt entendre une suite du même acabit avec l'échangisme qui permet de renouer une passion dans un couple. Mais Axel déborde de ce cadre pour embrayer sur autre chose et j'ai trouvé personnellement que ça marchait franchement bien. Les scènes de sexe sont à la fois présentes en arrière-plan, mais aussi capitales en premier plan. C'est en renouant sexuellement avec une personne que Gérard se redécouvre une jeunesse, bien loin de ce qu'il aurait cru. Et j'ai énormément apprécié que le récit se conclue sur une conversation aussi importante, mais menée par des adultes. Pas de crises de larmes, de colère ou de haine par les enfants. Juste deux adultes qui parlent ensemble et remettent les choses à plat. Cette fin est une brillante idée, à mon sens, puisqu'elle souligne l'incroyable du geste mais aussi l'humain derrière cette histoire. Décidément, Axel n'a pas son pareil pour parler de l'humain vieillissant et de la douloureuse question du sexe. A travers les quatre ouvrages que j'ai lus de sa main, je découvre quatre façons d'aborder la sexualité avec l'âge et je suis assez content de lire de pareilles BD. On est rarement aussi honnête dans les BD cul, et franchement ça fait du bien. Il n'y a pas forcément là un érotisme torride, une histoire excitante, mais c'est rudement sympa à lire et les scènes de sexe ne sont pas en reste. Franchement, c'est du tout bon pour ma part.
Batman - One Bad Day - Le Sphinx
Je comprends les réserves de Gaston sur ce personnage, je ne suis pas expert mais ici il apparaît beaucoup moins loufoque et bien plus sérieux que d’habitude. Mais nonobstant ce fait, qui personnellement ne m’a pas tant dérangé, j’ai trouvé cet album plutôt très bon. Les auteurs ont pris le parti d’ancrer leur récit dans le côté sombre de l’univers. Aucune trace d’humour ici, notre vilain est plus menaçant (psychopathe) que jamais. Pour un récit aussi court, j’ai trouvé que le scénariste avait du talent, c’est dense, concis et suffisamment marquant, il se paie même le luxe de proposer des flash-back sur la jeunesse du Sphinx, de plus le côté détective de Batman est bien rendu. On ajoute à ça, un graphisme assez typé et de caractère pour me régaler. Une couverture splendide, une narration maîtrisée avec de bonnes idées, des couleurs réussies … l’ambiance est parfaitement installée. J’ai trouvé ça vraiment sympa à suivre, ni trop court ni trop long, la fin est parfaite, pari gagné. 3,5+
Whodunnit ?
Rien d’extraordinaire dans cette histoire. Je dirais même qu’El Torres a volontairement cherché à rester dans du classique, en surjouant presque certains passages obligés des whodunit, énigmes policières qui ont fait les beaux jours de certains auteurs au début du XXème siècle. C’est ainsi que l’inspecteur en chef de Scotland Yard Forrester, dès le début de l’intrigue (après qu’un membre de la haute société, Harold Strutter, ait été assassiné dans son manoir), réunit tous les témoins/suspects, et leur annonce à l’avance qu’il les réunira prochainement pour leur expliquer qu’il les a réunis pour démasquer le coupable (scène classique qui bien évidemment aura lieu vers la fin de l’album), et qu'ils feraient mieux d'avouer pour faire gagner du temps. Ça n’est pas du pastiche, ça ne sort pas trop des clous, mais j’ai trouvé cette lecture très agréable. Ce classique est bien mené, avec les rebondissements attendus, l’inspecteur chef très calme (à la Hercule Poirot) qui mène sa barque pépère, mais de façon implacable, et les différents suspects qui se livrent peu à peu, alors que leur vernis craque. Du polar old school ultra classique donc, avec quelques petites originalités. Un peu de fantastique s’immisce dans l’intrigue, puisque la bonne, Dorry, qui connait Wallcroft, l’adjoint de Forrester, a la capacité de « voir » les esprits/fantômes des morts. El Torres n’abuse pas de ça – heureusement, il garde sa ligne « sérieuse » (il se fend quand même d’un bon trait d’humour sur la fin avec la « chute de la maison Strutter »). L’autre point fort de l’album est le dessin de Cifuentes. L’éditeur le compare à celui de Guarnido sur Blacksad. Certes, les auteurs sont ici aussi espagnols (seule la coloriste est mexicaine), et les personnages sont ici aussi animaliers. Mais je trouve que le style de Cifuentes, un peu plus semi-caricatural, s’écarte de celui de Guarnido, qu’il est plus proche de certains cartoons (et la colorisation d’Arreola, elle aussi réussie, accentue la rondeur des personnages, et la noirceur de l’intrigue). En tout cas j’ai trouvé plutôt chouette ce dessin, agréable et dynamique. Bref, pas trop de surprises, mais du travail bien fait, une lecture très sympathique, sur laquelle les amateurs du genre doivent se pencher. Si l'album est un one-shot, on peut tout à fait envisager d'autres enquêtes dans le même univers. Note réelle 3,5/5.
Ranking of Kings
Enfin j'ai lu un manga pour lequel je n'ai aucune réserve. J'ai même hésité à mettre la note max après la lecture des neuf premiers opus. Ranking of kings est d'abord une success story comme je les aime. Un auteur qui semble inconnu du public et des maisons d'édition, un graphisme loin de la finesse des grands mangaka, pas de décor, pas de JF à l'allure de gamines qui se ressemblent toutes, pas de héros BG et une série qui rencontre son large public. Pour sortir ainsi du néant il faut que cette série possède de bien belles qualités dans sa créativité, son schéma narratif et sa tension dramatique. En effet Sosuke Toka multiplie les thématiques fondamentales sans jamais se prendre les pieds, il approfondit avec une rare intelligence la personnalité de presque tous les personnages dans une lutte du bien contre le mal qui traverse chacun sauf le prince Bojji, qui est pureté inconditionnelle. Dans le désordre on retrouve les thèmes de la relation au père, à la mère, la loyauté, la fraternité, du pardon et de la puissance. Toka débute son récit de façon assez banale par une injustice contre le faible puisque Daida vole à son frère Bojji la couronne du royaume après un vote non légitime. Il faut dire que ce pauvre Bojji ne peut même pas soulever une pierre. Bojji est alors banni et poursuivi par un serviteur félon. Va-t-il rencontrer une fée, un magicien une source qui lui rendront sa force et plein d'autres pouvoirs pour regagner sa couronne au détriment de son frère ? Toka évite ce schéma usé jusqu'à la corde pour nous promener de surprises en surprises, de rebondissements en rebondissements, de propositions crédibles en propositions intéressantes. Ce qui grandit Bojji ce sont ses maîtres en intelligence et ses adversaires en force aveugle jusqu'au terrible Ouken. C'est si bien amené que l'affrontement entre Bojji et le redoutable Ouken (l'épée diabolique) m'a tenu en haleine tout le tome neuf. L'auteur construit très habilement son récit avec des retours en arrière qui dévoilent au bon moment l'origine de la formation psychologique des personnages. On se retrouve alors à éprouver de l'empathie pour les pires brutes, traitres ou meurtriers même s’ils n'arrivent jamais à la hauteur du gentil Bojji. J'aime aussi l'image que Toka donne des serpents ou des monstres à qui Bojji donne une seconde chance. Car la série malgré une ambiance sombre est un hymne à la gentillesse. Alors le graphisme ne ressemble pas à un manga classique ? Bojji avec sa gentille tête ronde, Ombre sorte d'ectoplasme en forme de flaque d'huile, pas de grands yeux ni de bouches ouvertes démesurément. Super ! Enfin de la diversité dans un monde où je ne vois pas trop la différence entre une star du Hentai et des collégiennes en uniformes. Elle se ressemblent toutes et c'est presque la même chose pour les garçons. Une lecture très agréable pour les enfants et leurs parents. A mi-parcours Toka tient le rythme avec brio. Il a mis la barre du scénario très haute tellement le chemin de Bojji semble difficile et j'espère que sa réussite ne dépendra pas d'une pirouette ou d'un raccourci scénaristique. Pour conclure j'aime beaucoup les dernières pages où l'auteur nous propose un petit bonus qui met en lumière un passage de la série et une postface où Toka se dévoile dans sa vie quasi monacale de Mangaka amateur génial et solitaire. Un succès très mérité à mes yeux
Le Voyage de Shuna
Divine surprise. Je savais que Miyazaki avait, au début de sa carrière artistique, réalisé quelques mangas, dont certains lui ont servi en quelque sorte de brouillon ou de laboratoire d'essai pour ses films d'animation. C'est le cas de ce "Voyage de Shuna", réalisé et publié pour l'essentiel à une époque où l'auteur était dans une période compliquée après un premier film qui n'a pas attiré les foules. Il se lance donc dans ce projet parmi d'autres, s'inspirant d'un récit classique appartenant au folklore tibétain. De fait, si certains éléments sont communs avec Le Prince qui fut changé en chien, l'auteur s'en écarte nettement au fil du développement du récit, y inscrivant certaines des thématiques qui émailleront son œuvre future, comme l'écologie et les méfaits de l'esclavage. Ses personnages, très peu nombreux dans ce huis clos à ciel ouvert, préfigurent certains de ceux qu'il développera par la suite. Il y a déjà cette figure féminine à la fois protectrice et volontaire, entre autres... La construction et la mise en scène de ce manga diffèrent de nombre d'œuvres graphiques venues du Pays du Soleil Levant. Les cases sont plutôt grandes, et il n'y a pas à proprement parler de dialogues, ceux-ci étant insérés dans le décor, pas dans des phylactères. Les récitatifs sont mêmes relativement rares, les images parlant souvent d'elles-mêmes. ce côté un peu contemplatif se retrouve d'ailleurs dans quelques illustrations pleine page. Superbes. Toutes absolument sublimes. Le travail en aquarelles de Miyazaki montre un style déjà presque mature, qui frappera celles et ceux qui ont vu et apprécié Nausicaä de la Vallée du Vent et Princesse Mononoke, produits à la même période. Un must pour tous les aficionados de Miyazaki, et une belle fable, même pour celles et ceux qui ne seraient pas
Gargantua & Pantagruel
J’ai trouvé sympathique et agréable cette lecture, pour laquelle il faut prévoir un certain temps, tant l’album se révèle dense, avec un texte abondant. Battaglia a pris le parti d’adapter les textes de Rabelais sans les suivre en entier et littéralement, certains passages sont uniquement des extraits des textes rabelaisiens. Le dessin de Battaglia est plutôt bon, souvent beau – la colorisation par contre est un peu terne. En tout cas, Battaglia rend bien la truculence de l’œuvre de Rabelais. Les nombreuses exagérations (les chiffres des soldats, des morts, etc, étant le plus souvent énormes et improbables), le langage très vert des personnages, le cynisme et la recherche du plaisir avant tout, tout concourt à donner à ce récit un ton enjoué, un peu loufoque et poétique, décalé et pourtant ancré dans son époque. Car on retrouve aussi dans ces aventures l’univers dans lequel Rabelais se mouvait, la Renaissance, avec la quête du savoir, l’ouverture sur un monde en plein développement (les Grandes découvertes sont en train d’être assimilées, Rabelais lui-même est féru de sciences). Les guerres et massacres absurdes entre Picrochole et Grandgousier illustrent sans doute de façon décalée les guerres de l’époque (début du XVème siècle), voire les guerres de religion. Un univers original et foisonnant, loufoque et très riche, bien mis en images par Battaglia. Un album à redécouvrir. Note réelle 3,5/5.
Le Visage de Pavil
Année après année, livre après livre, Jérémy Perrodeau crée une oeuvre très cohérente et vraiment intéressante. Son dernier album, très bel objet (Merci les éditions 2024), est assez envoutant à bien des aspects. On retrouve la patte graphique de l'auteur, personnages aux traits assez simples et dépouillés (peut-être la légère faiblesse de l'auteur car peut nuire à l'empathie du lecteur envers les différents personnages) mais néanmoins facilement identifiables. Les décors/environnements aussi bien architecturaux que naturels sont quant à eux, bien qu' également dans une ligne claire, beaucoup plus travaillé, précis, pensé, influencé...en somme inspiré et magnifique! Cet album est vraiment agréable à lire, avec ces parts d'ombres et mystères (Un héros complexe (scribe?), un Empire dont on apprendra pas grand chose), il me rappelle beaucoup et de manière non péjoratif de la science fiction à "l'ancienne" incarné par Ursula K. Le Guin ou Jack Vance (et son cycle de Tchai) pour les aspects éthnologiques prédominants/prépondérants: On s'intéresse en détail à une civilisation (ici, la cité de Lapyoza): Culture, religion/croyance/coutume, histoire, mode de vie, technologie, artisanat, etc.... Pour conclure, une lecture très prenante, intrigante pour une Bande Dessinée de science fiction de qualité.
Ultimates
Je ne vais parler que du run de Mark Millar et Bryan Hitch, vu que j'ai peu lu la série après : il m'a bien semblé, à la conclusion du premier arc, que tout ce qui devait être dit l'avait été et, j'avoue, plutôt clairement. Bon, déjà : moi j'avais été scotché/séduit (comme tant d'autres, j'imagine -et notamment l'éditeur !) par le dessin de Hitch... Ce boulot ! Bon : Paul Neary ou Andrew Curry -entre autres, je crois ?!- à l'encrage, aussi. N'empêche, c'est pas évident d'arriver à inclure avec autant de bonheur des super-héros au milieu d'un décor dessiné avec un tel soucis de réalisme. J'ai toujours pensé que ça contribuait à mettre en valeur le "monsieur muscle" ou la madame "bonnets G" costumés du moment ; mais force est de constater que très peu d'artistes de Comics réussissent le pari. Même Alan Davis, malgré toute sa virtuosité, fait évoluer ses personnages devant des décors de théâtre... John Byrne y arrive pas mal, quitte à tellement assortir les deux -cadre et protagonistes- qu'ils en perdent un peu-beaucoup de joliesse. Les super-héros de Bryan Hitch souffrent un peu aussi de ce choix-là. Ross Andru était vraiment bon, équilibrant l'un ou l'autre selon l'action représentée : ancienne école -et documentation ; les pré-cités ayant tendance à privilégier la lisibilité avant la mise en valeur esthétique, selon moi. Bien sûr, sur ce marché-là, la rapidité d'exécution est cruciale, ceci expliquant quand même un peu cela ; mais je digresse -comme d'habitude ! Un éNORRRMEu travail donc ! Et le choix de cet angle graphique est rapidement justifié par le scénario de Mark Millar, dont on pressent dès le départ qu'il a une idée derrière la tête, ce gars-là... Mama mia ! Quelle baffe ! Bon, déjà, on nous les place en pleine paranoïa gouvernementale et sociale très clairement située, chronologiquement parlant ; et, qui plus est, entièrement vue sous un angle sociétal très cautionnant. Personne n'a de doute : ni le chef des services secrets, omniscient et omnipotent, ni ses petits soldats -véritables militaires, pour le coup, qui obéissent aux ordres sans états d'âme- ni le génie de la technologie (dépressif et alcoolique et qui d'ailleurs se fiche de tout !), incarnation ultime de la réussite ultra-libérale et mécène volontaire au service de la Loi. Bon, pour nous arracher un peu d'empathie, il y a quand même un Thor alter-mondialiste (super re-création, l'idée de sa dinguerie ; dommage que le scénario ait imposé autre chose...), un Jarvis très "Vicious", dans l'esprit (...!) et un Ant-Man qui bat sa femme -c'est tellement universel : cent-dix-huit conjointes assassinées, en France, au cours de l'année dernière... Très mauvais remake, par contre, la Guêpe : en faire une mutante nantie de gènes d'hyménoptère peut lui permettre de changer de taille ?! Rien pigé au principe de la mutation made in MCG, ces Ultimates ! Et Steve Rogers ressemble enfin à un mec normal : jaloux, impulsif, il est plein de défauts ! J'avais fini par croire que le super sérum de Abraham Erskine l'avait lobotomisé en lui refilant sa carrure d'athlète ;) . Bon, Bruce Banner est, quant à lui, tellement pathétique qu'on a carrément du mal à le supporter -berk ! J'ai insisté parce que je voulais comprendre et -ouf !- oui : c'est une dénonciation ! Un magnifique coup de pied au cul de la politique interne et externe des États Unis (celle de tout le monde occidental, quoi !) mettant à nu tout ce qu'elle promeut de totalitaire au travers de ses dérives sécuritaires et autres manipulations médiatiques populistes. la manière dont Betty Ross ("public relations" !) vend la rage cataclysmique du Hulk de cet univers-là aux médias est particulièrement réussie dans sa simplicité : nous avalons le même genre de gloubi-boulga tous les jours, servi avec encore moins de vraisemblance -et ça marche ! Enfin, la "boite aux idées" (de plus en plus frelatées, hélas !) refaisait un peu surface après sa crise existentielle post-Towers, particulièrement choquante dans sa violence unidirectionnelle simplette -il n'y a qu'à lire les commentaires du Frank Miller de l'époque. Édifiant. Cerise sur le gâteau : la justification encore plus outragée du système pénal Américain avec cette exécution "publique" noyée de larmes de crocodile où -choix scénaristique encore plus courageux car infiniment plus subversif par sa nature intimiste !- le minable mari violent transfigure sa position au sein du récit en agissant -enfin !- comme un homme digne de ce nom. Du Comic Book intelligent au delà de sa vocation distrayante ! Et, en plus -chose rare- superbement réalisé et pas prise de tête. Ha, ça faisait longtemps.