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Couverture de la série La Grippe Coloniale
La Grippe Coloniale

J'aime beaucoup le travail d'Appollo. Cette série ne va pas aller à contre-courant de mon attirance pour ses histoires. Le retour à la vie civile de ce quator Frères d'armes dans le contexte réunionnais de 1919 est une vraie réussite. L'exploitation de la terrible grippe qui a ravagé le monde en 1919 et 1920 est assez rare. Appollo l'introduit dans l'environnement très particulier de la Réunion avec sa variété ethnique et sa très grande mixité sociale. La grippe remet tout à plat. Les conventions peuvent exploser, le riche n'est pas protégé par sa fortune et le Blanc par sa couleur de peau. C'est souvent piquant et drôle agrémenté d'un vocabulaire créole très fleuri. La connaissance de l'île des deux auteurs donne un petit côté reportage exotique et historique très plaisant. Le graphisme de Huo est une découverte. Son style qui tend à la caricature humoristique satirique soutient très bien le récit. Une lecture très agréable : 3/5

10/08/2024 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Frontier
Frontier

C'est un peu vrai ce que beaucoup de gens disent : ces personnages tout rondouillards aux allures de manga pour jeune public constituent quand même un sacré obstacle, ce qui, soit dit en passant, ne m'a pas empêché de faire l'acquisition de l'ouvrage. Parce que ça a malgré tout l'air bien cette grosse BD de SF bien cossue, avec cette foule de détails, son univers riche... Hé bé oui ! Ca fonctionne à fond. Je n'ai eu à souffrir d'aucun problème pour identifier les personnages (les uniformes et autres sigles de compagnies minières ou de mercenaires sont utilisés avec pertinence), si ce n'est Camina lorsqu'elle réapparait un peu plus loin dans l'histoire avec son bras mutilée (bah elle portait un casque dans la première scène aussi !) : il m'a fallu, et ce fut l'unique fois, revenir en arrière pour savoir à qui j'avais à faire. A part ça, c'est fluide, intelligemment mené, soutenu par des dialogues de qualité. Le dessin est top. On sent qu'il y a des heures de boulot derrière. Chaque case est une composition en soi. Tout est chiadé et rendu dans les moindres détails. Si j'aime le dépouillement, le minimalisme d'un Aurel ou Duchazeau par exemple, j'aime aussi ce genre de BD grouillante de vie et complètement immersive. Côté scénar, là encore c'est une réussite. Malgré le nombre non négligeable de lieux différents, Singelin parvient à garder l'unité narrative intacte. Au contraire, l'ensemble donne le sentiment de suivre une véritable épopée (impression donnée d'emblée par l'épaisseur de la BD), et de colonisation de l'Univers. On traverse bien des mondes et des ambiances différentes. On y est ! Le contexte est en outre parfaitement rendu, incluant comme il se doit d'un bon récit de SF des problématiques très actuelles auxquelles se greffent des réflexions sur l'avenir. A titre d'exemple, on pourra retenir celle qui concerne les premiers humains nés dans l'espace, donc complètement coupés du giron terrestre, ou bien celle reprise du manga Planètes qui s'intéresse à la future profession d'éboueur de l'espace. Tout cela donne le sentiment d'un truc dense, pensé et bien installé qui sait tenir le lecteur en haleine. Malgré les réticences liées à la représentation des personnages, devant lequel il serait vraiment dommage de tourner les talons, Frontier vient garnir le haut du panier de la BD de science-fiction. Amateurs et trices de SF, foncez ! Vous allez tomber sous le charme de cet univers dense, de cette intrigue bien menée et de ces personnages plus complexes que leur physique bidibulesque ne le laisse penser. On pourra d'ailleurs mettre sa tête à couper sans l'ombre d'une hésitation.

10/08/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Chevrotine
Chevrotine

Pinaise j'ai adoré ! Un vrai coup de cœur. C'est drôle et original, avec des personnages tous aussi bien pensés qu'atypiques. Et cette famille, juste excellente ! Même si tout ne m'a pas fait rire, l'ensemble est super. Ce que j'ai particulièrement aimé dans cette histoire ce n'est pas seulement le côté absurde et décalé des personnages, mais aussi toutes les petites idées qui renforcent vraiment le récit : le vaisseau, le scooter, le taxi, etc. Tout est bien pensé et jamais excessif, bien au contraire. Même les prénoms j'ai adoré l'idée! Une belle réussite pour une histoire certes absurde, mais lorsqu'on s'immerge dans cet univers en oubliant le nôtre, on découvre un certain intérêt et une réelle profondeur dans le récit. Puis Chevrotine a vraiment quelque chose, son allure est géniale et son caractère très attachant. Le dessin est vraiment bien, et les petites touches de bleu turquoise et de rouge ici et là, j'ai beaucoup aimé. C'est simple, mais dans une BD en noir et blanc, ça apporte toujours un petit plus qui rend la lecture encore plus agréable. Une BD que je vais acheter et que je recommande !

09/08/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Le Contrepied de Foé
Le Contrepied de Foé

Cette BD aborde un sujet fâcheux dont j'ignorais l'existence, mais qui ne me surprend pas vraiment. L'injustice me révolte et lire ce genre de récits provoque en moi une frustration indescriptible, celle de ne rien pouvoir faire, ainsi qu'une profonde empathie pour les victimes. Savoir que ce genre d'escroquerie persiste encore aujourd'hui est tout simplement révoltant. Autant dire que cette lecture n'a pas été de tout repos, mais cela prouve que la BD a parfaitement réussi à transmettre ce problème. La fin apporte un certain soulagement, mais on sent qu'elle est là pour adoucir l'histoire et offrir une note positive. J'ai vraiment apprécié le dessin, un style que j'affectionne particulièrement, et la colorisation est tout aussi réussie. Aussi, j'ai pris un réel plaisir à lire les bulles de texte. La police est bien lisible, aérée, et de bonne taille, contrairement à beaucoup de BD où elle est souvent trop petite. 3.5/5, c'est une bonne BD réaliste qui se lit vite. Il ne se passe pas grand chose et pourtant, il se passe énormément de choses... Des victimes dont le destin a été transformé en cauchemar, et l'on ne peut qu'espérer que pour certains, la réalité se termine aussi bien que dans la BD.

09/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Batman - Deathblow
Batman - Deathblow

Espionnage musclé et noir - Ce tome contient une histoire complète et plutôt indépendante de la continuité, parue initialement sous la forme d'une minisérie en 3 épisodes, en 2002. le scénario est de Brian Azzarello, les dessins de Lee Bermejo, et l'encrage a été réalisé conjointement par Bermejo, Tim Bradstreet, Richard Friend et Peter Guzman. La mise en couleurs a été réalisée par Grant Goleash. Azzarello et Bermejo ont également collaboré sur le célèbre Joker, mais aussi sur Lex Luthor. Lee Bermejo a également réalisé une étonnante histoire de Batman : Noël. Il y a 10 ans à Gotham, dans le quartier de Chinatown, Deathblow (Michael Cray, un agent de terrain de l'organisation secrète IO) effectuait une filature, sous les ordres de Scott Floyd. de nos jours, la police retrouve une carte blanche barrée de 2 bandes rouges sur les lieux d'une exécution : c'est signé Deathblow (qui a pourtant disparu de la circulation depuis plusieurs années). Batman enquête pour essayer de comprendre qui est ce mystérieux Deathblow, qui est le pyromane qui rôde dans sa ville. En tant que Bruce Wayne, il croise la route de 2 agents secrets : Scott Floyd et Carla Fante. Brian Azzarello et Lee Bermejo prennent le parti de raconter une histoire bien noire, à base d'opérations clandestines et d'agent triple, dans un Gotham réaliste et sombre. Azzarello a donc été piocher un personnage créé par Jim Lee et Brandon Choi, à l'époque de Wildstorm (quand cette branche éditoriale était encore indépendante chez Image Comics, avant que Lee ne la vende à DC Comics en 1999) en 1992. Azzarello choisit d'éviter la confrontation directe entre les 2 héros, contournant ainsi l'écueil de mettre Deathblow face à Batman, et de le réduire à un mercenaire très costaud de plus. Par ce dispositif narratif habile (en situant les actions de Deathblow il y a 10 ans), il parvient également à conserver les spécificités des 2 superhéros : les actions clandestines musclées pour Deathblow, la justice musclée pour Batman. Toujours aussi adroit, il établit une situation compliquée avec Deathblow, réservant l'enquête à Batman, là encore dans le droit fil des histoires de ces personnages. Dès ce coup d'essai qu'est After the fire, Azzarello place sa narration sur un terrain adulte, dans la mesure où il faut faire un petit effort pour assembler les pièces du puzzle, et où le récit intègre les conventions du roman noir. Les personnages ne sont pas des enfants de choeur, ils sont cyniques et font preuve d'une morale élastique. Ce sont des individus qui ont choisi une vie de violence et d'exécution sommaire, qui en connaissent le prix et qui sont prêts à le payer. Deathblow n'hésite pas à tuer. Les quartiers de Gotham visités sont malfamés et dédiés à des activités réprouvées par la loi. Batman est dépeint comme un individu efficace à la violence maîtrisée et mesurée. Azzarello intègre sans difficulté quelques unes des conventions propres à ce personnage : talents de détective, aide logistique fournie par Alfred Pennyworth, départ en catimini dans le dos de James Gordon, et même déguisement et grimages. Les dessins de Bermejo apportent beaucoup au scénario, en particulier en termes de crédibilité, de réalisme et d'ambiance. Goleash habille les images de Bermejo de tons brun et ocre foncés, distillant une luminosité faible et poisseuse, évoquant une ville mal éclairée, cachant des secrets coupables dans chaque zone d'ombre. Tous les vêtements des personnages sont marqués par des plis appuyés attestant qu'ils les portent depuis plusieurs jours, ou d'un début d'usure. Bermejo inscrit la fatigue du temps qui passe sur les visages, par le biais d'un encrage appuyé. Bermejo investit du temps dans le dessin des décors, donnant une apparence années 1930 aux immeubles de Gotham, là encore un environnement daté, un peu usé par le temps, mais aussi immobile, insensible aux drames humains qui s'y déroulent. Il incorpore également des accessoires modernes (téléphones, ordinateurs) montrant que les individus sont éphémères, par rapport à ces bâtiments inchangés ou légèrement fatigués. Les dessins et les couleurs se complètent parfaitement pour faire ressortir la patine des pierres, ou les écailles des peintures des pièces intérieures. le soin apporté à l'encrage rend les images réalistes, et même photoréalistes. Chaque individu présente une apparence et une morphologie spécifique, avec un visage particulier. Les tenues vestimentaires appartiennent soit à un registre décontracté et urbain (le pyromane, les figurants), soit au contraire à un registre luxueux (l'habit de soirée de Bruce Wayne), empruntant aussi bien à un air du temps moderne, qu'à une forme de mode intemporelle, distillant un léger parfum de pulp à cette histoire. Azzarello et Bermejo travaillent de concert, en particulier dans la manière d'atténuer la composante superhéros. Par nature, Deathblow est surtout un homme avec une carrure et une musculature exceptionnellement développées. Ce qui le caractérise visuellement sont les 2 bandes rouges peintes sur sont visage et la dizaine de pochettes utilitaires portées autour du torse. le récit est ainsi construit que Deathblow porte un pardessus la majeure partie du temps, il ne reste donc plus qu'au metteur en couleur à atténuer la vivacité du rouge pour que ce personnage prenne un aspect conventionnel pour une histoire avec quelques scènes à grand spectacle. de la même manière, Azzarello a conçu son intrigue de telle sorte à limiter le nombre de scènes dans lesquelles Batman apparaît en tenue de superhéros. Bermejo a choisi une approche naturaliste pour représenter le costume de Batman : cape en cuir avec coutures et renforts apparents, masque thermo-moulé, gants en matière renforcée, etc. Cette approche narrative et esthétique permet de rendre crédible le rapprochement du monde d'espionnage de Deathblow, de décrépitude urbaine larvée, et d'homme qui s'habille en chauve-souris. Brian Azzarello et Lee Bermejo s'emparent de deux personnages DC, créent un écrin taillé sur mesure pour rendre compatibles les caractéristiques de leurs deux mondes, et racontent un récit violent et bien noir, demandant un petit peu d'attention de la part du lecteur pour ne pas perdre le fil en route. Par rapport à la production mensuelle des aventures de Batman, ce récit s'inscrit dans ceux à destination d'un lectorat adulte, souhaitant que les créateurs sachent tirer Batman vers un monde plus réel. L'intrigue est retorse à souhait et réserve plusieurs surprises. Pour mériter cinq étoiles à titre de récit mature, il aurait fallu qu'Azzarello réussisse à étoffer la personnalité des protagonistes, et à dépasser un nihilisme qui reste de circonstance

09/08/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Lettres perdues
Lettres perdues

Voila un album qui m'a laissé dubitatif un long moment durant ma lecture et une fin qui m'a laissé coi. Difficile de décrire ce qui m'a habité à la fin de la BD, mais indéniablement j'ai aimé. Le début me faisait craindre une BD trop versée dans l'absurde poétique. Mais en fait la BD est bien plus terre-à-terre qu'on pourrait l'imaginer, même si des poissons parlent et font la distribution du courrier. Il y a une vraie logique qui sous-tend l'univers crée ici, qui apparait petit à petit. Mais c'est surtout dans la construction de l'histoire qu'on découvre les sujets de la BD. Lorsqu'on commence avec un garçon attendant une lettre avec son ami pélican qui dit oui, il est difficile de deviner où la BD ira. Et pourtant, malgré les blagues régulières, la BD est triste, plus mélancolique que joyeuse. C'est assez surprenant, mais la BD est surtout sur le deuil, non sans exploiter deux-trois choses comme le changement climatique, le suicide, la mafia, mêlé à un personnage de flic légèrement bête et rigolo. Le ton est maitrisé, je n'ai jamais soupiré devant les moments d'humour et les moments durs le sont réellement. D'ailleurs certaines cases m'ont surpris, notamment lorsque Frangine parle. C'est dans l'ambiance de Miyazaki, mais pas seulement dans l'aspect mignon et personnages rigolo. On a le même genre de noirceur, surtout dans une fin étonnamment triste. La BD fonctionne à plusieurs niveaux. Il y a le dessin efficace, coloré, qui n'est pas sans rappeler des histoires enfantines. Il y a la noirceur des thèmes et de l'histoire. Il y a les métaphores visuelles (la fin est efficace là-dessus) qui parsèment l'ouvrage. Il y a l'arrière-plan avec les sujets divers jamais abordés mais mentionnés. Il y a les lettres, l'importance de parler, de communiquer. Et puis l'ensemble qui oscille sur une corde raide sans jamais tomber dans un versant ni dans l'autre, qui sait rester sombre et joyeux à la fois. Je trouve que la BD rappelle beaucoup son personnage principal : Iode cherche à retrouver une lettre de sa mère et agit comme l'enfant qu'il est dans un monde qui est bien plus sombre. Une excellente BD, surprenante et qui continue de me hanter après lecture.

09/08/2024 (modifier)
Par Simili
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Bande à Renaud (Renaud - BD d'enfer)
La Bande à Renaud (Renaud - BD d'enfer)

Bon alors avant toute chose, il convient de préciser que je suis un fan invétéré du chanteur au bandana rouge. Ceci pourrait donc légèrement tronquer mon avis. Une vingtaine de titres ont été croqués par autant (voir plus) d'artistes réputés (Juillard, Margerin, Tome & Janry, Loisel, ...) L'album n'est du coup pas forcément à réserver aux initiés de Renaud, car il offre une bel aperçu des différents styles des dessinateurs permettant de se familiariser avec (où d'en découvrir) Le résultat est quelque peu inégal mais je le trouve globalement bon. Cela tient autant à la qualité de la chanson qu' à celle du dessin. Ainsi je n'aime pas trop la chanson de L'entartré, je n'ai pas aimé son adaptation par Rabaté A l'inverse l'adaptation par Margerin du "Retour de la Pepette" est PARFAITE, j'entend par là que c'est le style de dessin qui colle parfaitement avec l'esprit du texte. Un album pas indispensable (sauf pour les fans) mais qui mérite de s'attarder dessus

09/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Jonny Double
Jonny Double

Polar bien noir et bien tordu - Ce tome regroupe les 4 épisodes d'une minisérie de 1998, qui forment une histoire complète et indépendante. Jonny Double est un détective privé qui a autrefois travaillé dans la police, et il entretient encore des relations ambigües avec son ancien partenaire. Il a un gros problème avec la boisson et il passe le plus clair de son temps dans un bar à écluser des bières et quelques fois à descendre du bourbon, en papotant avec des poivrots aussi paumés que lui. Il s'exprime d'une manière assez singulière, en utilisant des tournures de phrases issues de la contre-culture des années 1960. Un jour, il retrouve un client en train de l'attendre dans la chambre d'hôtel qui lui sert d'appartement. Ce monsieur bien habillé lui demande de veiller sur Faith, sa fille d'une vingtaine d'années qui a quitté le domicile parental pour s'acoquiner avec une bande de jeunes. Jonny Double commence à fureter autour de la bande et finit par nouer un contact avec eux. Il apprend qu'ils s'apprêtent à vider un compte en banque et qu'ils ont besoin de l'aide d'une personne comme lui. La petite histoire veut que ce récit marque la première rencontre artistique en Brian Azzarello et Eduardo Risso et que le résultat ait permis le lancement de la série 100 bullets (à commencer par Première salve). Ils déroulent ici un récit qui s'inscrit dans la veine des polars bien noirs mettant en scène des individus plus ou moins paumés, vivant d'expédients, n'ayant pas peur d'user de leurs poings et prêts à se raccrocher à n'importe quel plan leur promettant un enrichissement illicite, mais rapide, pour pouvoir changer de vie. Ils utilisent un personnage oublié de DC Comics : Jonny Double, créé en 1968 par Len Wein et Marv Wolfman et inutilisé depuis des années. Cette histoire est parue initialement dans la branche Vertigo de DC Comics. L'expérience a prouvé que très peu de créateurs sont capables de réaliser une bande dessinée crédible qui s'inscrit dans ce genre de polar. Azzarello et RIsso évitent tous les pièges, respectent toutes les figures imposées du genre pour un récit nerveux et tendu, avec une intrigue tordue à souhait. Première difficulté : faire exister des personnages dangereux et troubles, sans tomber dans le ridicule. Sur ce plan la réussite tient autant aux illustrations, qu'au scénario. Eduardo RIsso utilise un style à l'encrage un peu appuyé mais pas trop. Chaque personnage à une gueule bien marquée, une silhouette spécifique et un langage corporel unique. Jonny évoque régulièrement Marv (en moins imposant) de Sin City. Faith se meut comme une femme de son âge, sans exagération de sa silhouette, et avec des attitudes qui en disent plus long que ses paroles. Azzarello a l'art et la manière de dévoiler la personnalité de chacun avec quelques phrases. Il n'y a pas de bulles de pensée, mais Jonny, Faith et les autres sont tous des individus autonomes avec ce qu'il faut de caractère pour exister aux yeux du lecteur. Très vite le lecteur découvre que chaque protagoniste ne pense qu'à sa part du gâteau. Jonny ne se limite pas à quelques stéréotypes : il boit, il est costaud, mais il n'a pas de résistance surnaturelle à la douleur, il s'accommode de la dèche dans laquelle il est, il se sert de son intelligence, avant de se servir de ses poings, etc. Deuxième difficulté : respecter les codes du genre, sans tomber dans les stéréotypes. Risso déploie beaucoup d'efforts pour conférer de la personnalité à chaque lieu : clôture en grillage, agencement particulier pour chaque bar (de par la disposition des bouteilles par exemple), différents modèles de voitures, revêtements de façades d'immeuble variés, etc. Son talent de décorateur éclate dans une scène se déroulant dans les toilettes bien glauques d'une boîte de nuit. Les auteurs ont choisi de situer leur histoire à l'époque contemporaine (fin des années 1990) et chaque lieu semble plausible, vraisemblable, unique. Azzarello inclut donc les composantes attendues : femme fatale, coups tordus, trahison, bastonnade, magot mirifique, présence de la pègre, meurtre, etc. Et il organise ces éléments pour en faire un récit concis, malin, percutant, sans que la violence ne remplace l'intrigue. Il sait rendre Jonny Double sympathique au lecteur, malgré ses défauts, sans en faire un héros. le lecteur frémit à l'idée de ce qui attend cette bande de jeunes inconscients, tout en se disant qu'ils l'ont bien cherché. Pour un coup d'essai, ce comics est une réussite d'Azzarello et Risso. Ils entraînent le lecteur dans un monde d'adultes où chacun pense d'abord à lui dans l'espoir de s'assurer un style de vie meilleur rapidement.

08/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Fairest - Les Belles et la Bête
Fairest - Les Belles et la Bête

Cendrillon enquête sur une série de meurtres. - Il s'agit d'une histoire complète, pour laquelle le lecteur a besoin d'une connaissance réelle de la série Fables de Bill Willigham (premier tome de la série : Légendes en exil). Régulièrement, Willingham réalise des projets dérivés de cette série mère : 1001 nuits de neige (2006), Jack of Fables (2006, avec William Sturges), Peter & Max (2009), Cinderella (2009, écrit par Chris Roberson), Fairest (2012), Werewolves of the Heartland (2012). Le tome commence par un texte de 8 pages dans lequel le Miroir Magique raconte comment cette histoire a commencé, alors qu'il se trouve encore dans le bureau de l'Hôtel de ville de Fabletown (toujours perdu dans une autre dimension), en compagnie des femmes grain d'orge, des têtes de pantins et de la tête de Frankenstein. Après un faux mouvement de l'une des petites grains d'orge, une tête roule vers lui et le brise en mille morceaux. Lorsqu'il reprend connaissance (après s'être reconstitué), il découvre des traces de pneus dans le bureau. La partie en bandes dessinées commence ensuite, découpée en courts chapitres. Dans le premier, Brock Blueheart (Stinky) est à bord de ladite voiture, accompagné par une femme. Old King Cole fait appel à Cinderella (Cendrillon) pour enquêter sur un meurtre qui vient de se produire : Morgane la Fey et madame Ford (2 sorcières du treizième étage). Sur les lieux du crime, Cinderella découvre une liste de 11 femmes (des Fables) qui semblent être les prochaines victimes. Lorsque Fairest in all the land a été annoncé, le lecteur pouvait s'attendre à un recueil d'histoires courtes indépendantes, comme 1.001 nights of Snowfall du fait de la multitude d'artistes. En fait il s'agit bien d'une histoire unique et complète, faisant appel à plusieurs personnages de la série Fables. Dans la mesure où le personnage principal est Cinderella et qu'elle rencontre de nombreuses autres femmes de la série, ce tome s'inscrit bien dans le principe assez lâche de la série dérivée Fairest, mettant en avant des personnages féminins. Finalement, Bill Willingham utilise une forme qu'il maîtrise bien, celle de l'enquête policière. Cinderella est la vedette des deux tiers de chapitres. Elle essaye de trouver un fil lui permettant de démêler l'écheveau, sans talent particulier d'enquêtrice. Elle tâtonne, se trompe, se fourvoie, n'arrive pas empêcher d'autres meurtres, trouve quelques pièces du puzzle qu'elle n'arrive pas à assembler, en trouve d'autres par hasard ou parce qu'on lui apporte, recueille des témoignages. de ce point de vue, le récit de Willingham est assez habile par ce parti pris prosaïque de montrer une personne procédant de manière empirique plus ou moins efficace. Comme pour la toute première histoire de la série, le lecteur accompagne les démarches de l'enquêtrice en croisant moult personnages issus de contes divers et variés. Il y a quelques nouveaux personnages tels la fée Hadeon, les habitants du royaume d'Hybearnia ou Turgo de Nor. Il y a de nombreux personnages déjà croisés au fil de la centaine d'épisodes de la série Fables, des plus connus comme le maire Old King Cole, Blanche Neige, la Belle ou Lumi, aux moins connus comme Briar Rose, Bo Peep, ou Reynard, en passant par des seconds rôles réguliers comme Priscilla, Hillary et Robin Page ou Ozma, ou encore Stinky (pardon, Brock Blueheart, perdu de vue depuis quelques épisodes). Ce qui rend cette lecture encore plus agréable, est que Willingham n'oublie une dose d'humour bon enfant, jouant sur plusieurs registres qu'il s'agisse d'un personnage comique comme Stinky, d'une situation absurde comme changer la roue d'une fée ou des têtes parlantes, de jeu sur le langage (le parler des habitants d'Hybearnia), ou encore la solution idiote au comportement irresponsable de Turgo de Nor (un amalgame étonnant entre le héros viril, le saoulard et le remède pire que le mal). Willingham joue également avec la forme du récit en introduisant un prologue et une conclusion sous forme de texte, narré par le miroir, où il se révèle un bon écrivain malicieux et capable de faire vivre le personnage du Miroir Magique. Toujours du point de vue de la forme, le choix éditorial et conceptuel a conduit Willingham à faire appel à de nombreux artistes (21, sans compter les metteurs en couleurs, voir détail en fin de commentaire). Autant ce choix était judicieux dans 1001 nights of snowfall parce que chaque dessinateur illustrait une histoire consacrée à des personnages différents, autant ici, il ne se justifie pas puisqu'il s'agit d'une histoire continue. Mis à part les hiatus stylistiques occasionnés par le changement de dessinateurs toutes les 2 ou 4 pages, ils sont tous de bon niveau, avec certaines séquences plus savoureuses que d'autres. Parmi les pages les plus réussies, il est toujours agréable de retrouver Mark Buckingham (2 pages, dessinateur attitré de la série mère Fables), ou Adam Hughes (3 pages). Gene Ha réalise 7 pages magnifiques, comme à son habitude. Les pages de Chris Sprouse sont aisément reconnaissables, même si son encrage est un peu moins fin que d'habitude. Au milieu de ces illustrateurs issus d'horizon très différents, il est plus facile de repérer en quoi le style de Shawn McManus est hérité des comics de superhéros (avec une petite exagération très agréable pour cette scène de combat). Si le lecteur s'attend à un recueil de type 1001 nights of snowfall, il sera un peu déçu par le changement incessant de dessinateurs dans une histoire continue qui ne justifie pas une telle alternance. Passé ce moment déconcertant, il découvrira une enquête bien troussée, avec quelques pages magnifiques, au milieu d'autres de bon niveau. +++ +++ Les nombreux artistes ayant participé +++ (entre parenthèses le nombre de pages qu'ils dessinées, par séquence). Par exemple Meghan Hetrick a dessiné 3 séquences, l'une de 3 pages, une autre de 2 pages et une troisième de 4 pages). Karl Kerschel (4 pages) Renae de Liz (5 + 6 pages) Fiona Meng (4 pages) Mark Buckingham (2 pages) Phil Noto (4 pages) Meghan Hetrick (3 + 2 + 4 pages) Russ Braun (7 + 5 pages) Tony Akins (4 + 5 + 4 pages) Gene Ha (7 pages) Tula Lotay (3 pages) Marley Zarcone (4 + 2 pages) Ming Doyle (1 + 1 pages) Chris Sprouse (9 pages) Nimit Malavia (2 pages) Dean Ormston (2 pages) Kurt Huggins (4 + 1 pages) Adam Hughes (3 pages) Al Davison (5 pages) Shawn McManus (7 pages) Inaki Miranda (4 pages) Kevin Maguire (4 pages)

08/08/2024 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Zorro - D'entre les morts
Zorro - D'entre les morts

Sean Murphy a encore frappé ! Depuis ma découverte du chef-d'oeuvre Batman - White Knight, je ne rate plus une sortie de cet auteur. C'est donc tout naturellement que quand j'ai aperçu cette couverture en magasin, j'ai acheté sans réfléchir. Achat fructueux, puisque le contenu est d'excellente qualité. Comme toujours chez Murphy, le dessin est particulièrement immersif, valorisant parfaitement des séquences d'action musclées, et l'expression d'émotions authentiques. En effet, les personnages sont extrêmement travaillés et on s'attache à leurs émotions et à leur parcours avec beaucoup d'empathie. L'évolution des caractères est évidemment de mise et la conclusion se révèle sur ce point très satisfaisante, dans la mesure où elle donne vraiment l'impression d'avoir accompli du chemin. Le défaut, peut-être, qu'on pourrait trouver à ce récit, est que, finalement, on reste dans une histoire de héros masqué, du poids d'un héritage trop lourd à porter, de doutes sur la légitimité du rôle de sauveur anonyme... et est-ce qu'on a pas eu tout ça en mieux dans la saga White Knight ? L'atmosphère est assez différente, mais on peut parfois avoir l'impression que Sean Murphy se contente de ressasser les mêmes thématiques, voire les mêmes ressorts scénaristiques que dans sa version de Batman. Cela reste extrêmement réussi, mais on peut trouver que l'impact émotionnel et narratif en seraient quelque peu réduit. Malgré cet aspect, je suis toujours aussi séduit par le génie graphique de Murphy, son travail d'atmosphère formidable et son écriture subtile de personnages. Et si certains pourront s'en lasser, j'ai pour ma part l'impression de redécouvrir cet auteur génial à chaque nouvelle lecture que je fais de lui. J'ai en plus retrouvé ici le souffle des grandes épopées cinématographiques d'antan ou d'aujourd'hui, qui vont de la version Disney de Zorro à Sicario en passant par Les Sept Mercenaires. Le style de Murphy est puissamment cinématographique, et toutes les références qu'il convoque ici lui permettent de faire de ce Zorro : D'entre les morts une grande oeuvre qui relit avec un brio certain la légende de Zorro pour la moderniser sans jamais la trahir. Et ça, c'est fort.

08/08/2024 (modifier)