Voilà un début de série bien intrigant et original. J'ai d'abord cru à une simple histoire d'enfants malades qui s'inventent leur univers pour pouvoir s'approprier leur maladie, pour l'apprivoiser et l'accepter. Par la suite, j'ai pensé que j'étais plutôt en présence d'un scénario façon Pandemonium en plus séduisant (humble point de vue). Mais, les toutes dernières pages me laissent perplexe. Apparemment, c'est beaucoup moins simple que ça, ou alors beaucoup plus. Toujours est-il que ce scénario déroutant est très accrocheur, j'ai vraiment envie de connaître la suite.
D'autant plus envie, que cette histoire est servie par un dessin tout simplement somptueux, rehaussé par une mise en couleurs magique. Chaque double page a sa propre ambiance, chaleureuse, froide, nocturne ou glauque ; on est très loin de la palette graphique !
Je m'enflamme rarement pour un premier tome, mais là, je pense que je suis sous le charme du dessin, tout autant que du scénario, et c'est donc avec enthousiasme que je donne un 4/5 peut-être un peu généreux. Peut-être.
Paul Pope est un auteur agaçant. Doué et fortiche mais tellement poseur. C'est donc avec un certain a priori négatif que j'ai ouvert cet album de Batman, d'autant plus que le concept "100 ans après" me paraissait idiot.
Et bien voilà... Dès la première page j'ai du renoncer à toute ma mauvaise foi et admettre que j'avais entre les mains un album passionnant. Comme ça a déjà été écrit ici, le découpage et le rythme sont incroyables. Le dessin est puissant d'expressivité, et les couleurs s'y accordent brillamment. Que ceux qui redoutent un concept intello se gaussant du personnage se rassurent, c'est une véritable aventure de Batman, orientée action. Dans une première partie, il est la proie, blessé et poursuivi par une meute de chiens et d'agents des forces spéciales... C'est haletant et angoissant. La seconde partie s'organise autour de la fatale riposte du héros pas si solitaire (un Robin fan de moto, une médecin dévouée, sa fille hacker, un Gordon impressionnant...). Ainsi on passe de la chasse à l'homme à une sorte d'épisode de Mission: impossible.
Le concept "d'année 100" est juste un moyen pour Paul Pope de prendre certaines libertés avec les codes de DC comics. Ainsi l'univers qu'il décrit n'est guère plus futuriste que le nôtre, mais ses côtés orwelliens ont été accentués. Batman et les siens ne combattent plus des super-vilains isolés, mais une clique gouvernementale fortement tentée par le totalitarisme absolu. C'est en ce sens que l'œuvre a pu être comparé à V pour Vendetta ou à "Dark Knight". D'autre part le décalage temporel permet d'entourer la figure du héros de davantage de mystères : qui est-il réellement ? Un survivant du passé ? Un fantôme ? Un imitateur ? L'incarnation d'un symbole ?
Pour ma part je pense que 'Batman année 100' déroutera davantage les fans du Paul Pope de Escapo que les fans de Batman.
Je ne suis pas manga, mais devant le plébiscite de cette oeuvre, je m'y suis attelé.
Et comme pour une grande majorité de lecteurs, j'ai apprécié cette oeuvre.
Le scénario est intelligent, bien rythmé, les personnages sont attachants.
La lecture s'est avérée facile car prenante.
Le seul point faible, d'un point de vue relatif, c'est le dessin, et c'est certainement dû à des goûts personnels. Les décors sont somptueux avec des niveaux de détail rarement vus. Par contre les personnages sont bien dessinés mais de façon trop simple.
Quoiqu'il en soit, l'ensemble est plus que convaincant, et le 4/5 est amplement mérité.
"Je suis morte" traite d’un sujet assez difficile à discuter entre nous puisqu’il s’agit tout simplement de la mort. On a beau l’admettre, la mort fait partie de la vie mais c’est un sujet tabou.
"Je suis morte" se déroule dans le futur. Les auteurs nous invitent à suivre le destin d’Aster, une jeune femme qui a la particularité d’être le seul être humain à être né mortelle au milieu d’hommes et de femmes qui sont tous devenus immortels…
C’est à partir de ce scénario très original que Morvan amène le bédéphile à s’interroger. Le récit démarre par la naissance d’Aster pour ensuite entraîner les lecteurs à découvrir avec elle sa mortalité. L’histoire m’a semblé intelligemment construite car les réactions de l’entourage de la jeune fille, notamment du père qui n’admet pas sa mortalité, ne peut amener inévitablement les lecteurs à se poser des questions : Pourquoi dans un monde où l’homme a réussi à se rendre immortel, ceux-ci ont eu le besoin de recréer un être mortel ? Quel serait notre regard envers un être mortel si on était impérissable ? Comment me comporterais-je si j’étais à la place d’Aster ?
J’adore le style de Nemiri, son dessin est très personnel et pourrait rebuter de nombreux lecteurs lorsqu’ils feuillettent la bd pour la première fois. Pourtant, au fil de la lecture, le coup de patte et notamment la mise en couleurs d’une incroyable beauté de Nemiri m’est apparu parfaitement adapté au scénario de Morvan. J’ai eu l’impression que son dessin manquait de clarté par moments mais je me suis rendu compte que ce parti-pris graphique est parfaitement cohérent quand on voit la détresse, l’incompréhension de son entourage et les perspectives d’avenir floues d’Aster. En tout cas, à mon avis, Nemiri a un excellent don pour mettre une ambiance (je vous conseille d’ailleurs de feuilleter "Hyper l’hippo" du même auteur).
Ce premier tome m’est apparu comme annonciateur d’une excellente série au thème original où la réflexion est le maître mot. Le dessin de Nemiri est, à mon avis, très beau et convient parfaitement à ce scénario de Morvan.
Cependant, je crains que "Je suis morte" soit une série arrêtée. En effet, cela fait plusieurs années que j’attends le deuxième tome (depuis 2003 !)… De plus, aucun nouvel album dessiné par Nemiri n’est paru depuis 2005 ("Hyper l’hippo"). Ce n’est pas rassurant !...
Après Je suis morte, le tandem Nemiri et Morvan nous a concocté un petit bijou de poésie et d’imagination.
L’histoire met en scène le quotidien d’un enfant accompagné de « Hyper ». Ce dernier est un hippopotame bleu. Le récit est en mode narratif comme si le personnage principal raconte son histoire. Je vous rassure, cette « voix off » ne m’a pas paru envahissante.
J’admire beaucoup le style de Nemiri que j’avais découvert dans Je suis morte. Pour cette bédé, il a employé des couleurs vives, parfois pastelles qui siéent parfaitement à l’histoire et qui sauront, je l’espère de tout cœur, séduire de nombreux lecteurs.
L’album a été spécialement conçu pour des enfants mais personnellement, j’en ai été séduit malgré la naïveté et la lecture rapide de ce récit.
La seule, et je dis bien LA SEULE bande-dessinée, qui m'a littéralement TORDU de rire. Jusqu'aux larmes. C'était vraiment incroyable. Un monument de l'humour, malgré le temps qui passe inexorablement (bientôt quarante ans et le statut d'oeuvre culte).
On est loin de l'humour "froid et sophistiqué" dont Gotlib se revendique malicieusement; ici, le loufoque "spirituel" est de mise. De métaphore en métaphore, Gotlib tisse sa toile humoristique, et en cinq tomes aussi divers qu'uniques, nous livre sa vision du monde, une vision tendre et bon enfant, parfois caustique mais jamais cruelle, toujours spirituelle.
A lire absolument pour tout bédéphile qui se respecte, et les autres aussi.
Il y a déjà un bon bout de temps que je voulais lire ce classique des années 70. Ce style de BD m'était complètement étranger, Bilal et Christin sont des auteurs que je ne connaissais pas; à vrai dire je pensais que "Christin Bilal" était le nom de l'auteur!
Je me suis donc lancé dans cette oeuvre un peu craintif mais curieux de ce que j'allais découvrir, et je dois dire que ce mélange étrange de réalisme social, d'histoire industrielle et de contre-utopie m'a étonné.
Mais en premier lieu je me dois de préciser que cette BD a eu d'autant plus d'impact sur moi que l'action se déroule dans une région que je connais bien. Les courées, les longs alignements rectilignes de maisons de brique rouge et marron, les cheminées d'usines, tout cela m'est très familier et la ville de Jadencourt ne m'a pas du tout semblé étrangère.
Tout d'abord "la ville qui n'existait pas" est l'un des plus magistrales représentations de réalisme social. Bien que l'on ne nous montre pas la vie quotidienne de ces ouvriers et ouvrières, on sent toute la pesanteur et la pénibilité de leur condition sociale.
Petite parenthèse historique: à partir des années 60 et 70, les régions de Lorraine et du Nord sont affectées par une énorme crise industrielle, qui détruit des pans entiers de l'économie en particulier le charbon et le textile. Les conséquences sociales sont désastreuses. Le lien social qui unissait le patronat au monde ouvrier se déchire, et de grandes grèves secouent les bastions ouvriers.
Dans cette BD, nous assistons à l'une d'entre elle. Il est simple de dire que les patrons se sont enrichis sur le dos et la sueur des ouvriers, mais Christin est plus subtil que cela. Jules Hannars, le grand patron qui vient de mourir, est le dernier représentant d'un "paternalisme social-chrétien". Les cadres supérieurs de son groupe ont oublié l'ancien lien social, et sont pour la plupart prêts à sacrifier Jadencourt. La crise a donc aussi ébranlé le patronat dont les convictions ont évolué vers un capitalisme beaucoup moins paternaliste.
C'est la fin d'une époque qui nous est contée, et le début d'un nouveau lien social, plus dur mais sans doute moins hypocrite que le précédent.
Cette BD, dans une seconde mesure, est aussi une contre-utopie. Je ne peux pas dire que cette contre-utopie soit particulièrement bien réussie, mais elle est amenée d'une façon suffisamment surprenante pour étonner le lecteur. Cette contre-utopie est rendue effrayante car elle est le résultat d'un projet raisonné.
A mon sens, cette oeuvre est terriblement pessimiste. Face à un environnement dur et sombre, l'homme ne serait-il capable de se réfugier que dans des cités idéales cloisonnées et soit-disant parfaites? Mais ces mondes utopiques n'existent que dans l'esprit de l'homme, car dans la réalité l'Idéal n'existe pas et ne peut pas exister. D'où le titre de cette oeuvre.
Même si cette BD fait preuve de remarquables qualités, dont un dessin sombre à souhait et même parfois glauque, reflet d'un présent glacé, plusieurs défauts m'empêchent d'élever la note. Notamment un rythme qui s'étiole au fur et à mesure, et une fin somme toute assez décevante.
Néanmoins je pourrai élever la note, si la stimulation intellectuelle que "la ville qui n'existait pas" m'a apporté était amenée à se prolonger.
J'avoue avoir pas mal hésité avant de passer à l'achat pour Miss Endicott, mais je ne regrette pas du tout d'être passé à la caisse.
Bien sûr, cette BD n'est pas parfaite, elle est un poil trop courte tant les personnages sont attachants déjà, et le coté steam punk est finalement exploité bien trop brièvement à mon goût. Pour le reste, l'aventure de Prudence Endicott en conciliatrice est vraiment un moment très sympathique, agréable, une belle histoire, un monde riche, un moment très agréable que celui passé a lire cette BD.
Le dessin est lui aussi bien réalisé, du bel ouvrage. Un achat que je recommande pour ma part.
Je n'ai lu que le premier, pensant que c'était un one-shot. Cette suite de saynètes contant le XXème siècle en redonnant vie à de grands meurtriers de l'Histoire sous la forme de cochons est assez hilarante. Les vaches sont quant à elles les sages de la ferme en regardant passer les trains et leur évolution du premier à vapeur au plus récent électrique.
Les cochons sont parfois difficiles à distinguer entre eux malgré le fait que Ptiluc les ait affublés d'un élément anthropomorphique tel qu'une barbe, une moustache ou une coupe de cheveux qui les caractérisaient dans leur vie humaine passée. Cela permet de se remémorer ses cours d'Histoire en replaçant chaque célébrité cochonnisée dans son contexte politique de l'époque et les raisons de sa présence au " Purgatoire ".
A lire immanquablement.
Album à lire bien que (ou parce que) court, en noir et blanc et dans un format à l'italienne. On suit le narrateur tuant le temps dans les rues de Paris avant un rendez-vous. Il se trouve alors que quelqu'un a oublié sa serviette sur une chaise du Jardin du Luxembourg - ce qui rappelle un autre fameux album... Et l'homme va alors chercher à retrouver son propriétaire.
C'est intéressant car le fil de l'histoire se met en place, les personnages, leurs relations. Et le point de vue du lecteur est original car on est interpellé par le texte de la narration : "(...) Vous avez deux heures à tuer avant d'aller à ce rendez-vous. Vous n'avez pas envie d'attendre dans un café (...)". L'auteur nous parle directement, et son dessin au fusain est ma foi fort lisible.
Bref intéressant sur le fond et la forme, même si assez difficile à trouver en magasin je pense.
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La Confrérie du crabe
Voilà un début de série bien intrigant et original. J'ai d'abord cru à une simple histoire d'enfants malades qui s'inventent leur univers pour pouvoir s'approprier leur maladie, pour l'apprivoiser et l'accepter. Par la suite, j'ai pensé que j'étais plutôt en présence d'un scénario façon Pandemonium en plus séduisant (humble point de vue). Mais, les toutes dernières pages me laissent perplexe. Apparemment, c'est beaucoup moins simple que ça, ou alors beaucoup plus. Toujours est-il que ce scénario déroutant est très accrocheur, j'ai vraiment envie de connaître la suite. D'autant plus envie, que cette histoire est servie par un dessin tout simplement somptueux, rehaussé par une mise en couleurs magique. Chaque double page a sa propre ambiance, chaleureuse, froide, nocturne ou glauque ; on est très loin de la palette graphique ! Je m'enflamme rarement pour un premier tome, mais là, je pense que je suis sous le charme du dessin, tout autant que du scénario, et c'est donc avec enthousiasme que je donne un 4/5 peut-être un peu généreux. Peut-être.
Batman - Année 100
Paul Pope est un auteur agaçant. Doué et fortiche mais tellement poseur. C'est donc avec un certain a priori négatif que j'ai ouvert cet album de Batman, d'autant plus que le concept "100 ans après" me paraissait idiot. Et bien voilà... Dès la première page j'ai du renoncer à toute ma mauvaise foi et admettre que j'avais entre les mains un album passionnant. Comme ça a déjà été écrit ici, le découpage et le rythme sont incroyables. Le dessin est puissant d'expressivité, et les couleurs s'y accordent brillamment. Que ceux qui redoutent un concept intello se gaussant du personnage se rassurent, c'est une véritable aventure de Batman, orientée action. Dans une première partie, il est la proie, blessé et poursuivi par une meute de chiens et d'agents des forces spéciales... C'est haletant et angoissant. La seconde partie s'organise autour de la fatale riposte du héros pas si solitaire (un Robin fan de moto, une médecin dévouée, sa fille hacker, un Gordon impressionnant...). Ainsi on passe de la chasse à l'homme à une sorte d'épisode de Mission: impossible. Le concept "d'année 100" est juste un moyen pour Paul Pope de prendre certaines libertés avec les codes de DC comics. Ainsi l'univers qu'il décrit n'est guère plus futuriste que le nôtre, mais ses côtés orwelliens ont été accentués. Batman et les siens ne combattent plus des super-vilains isolés, mais une clique gouvernementale fortement tentée par le totalitarisme absolu. C'est en ce sens que l'œuvre a pu être comparé à V pour Vendetta ou à "Dark Knight". D'autre part le décalage temporel permet d'entourer la figure du héros de davantage de mystères : qui est-il réellement ? Un survivant du passé ? Un fantôme ? Un imitateur ? L'incarnation d'un symbole ? Pour ma part je pense que 'Batman année 100' déroutera davantage les fans du Paul Pope de Escapo que les fans de Batman.
Quartier lointain
Je ne suis pas manga, mais devant le plébiscite de cette oeuvre, je m'y suis attelé. Et comme pour une grande majorité de lecteurs, j'ai apprécié cette oeuvre. Le scénario est intelligent, bien rythmé, les personnages sont attachants. La lecture s'est avérée facile car prenante. Le seul point faible, d'un point de vue relatif, c'est le dessin, et c'est certainement dû à des goûts personnels. Les décors sont somptueux avec des niveaux de détail rarement vus. Par contre les personnages sont bien dessinés mais de façon trop simple. Quoiqu'il en soit, l'ensemble est plus que convaincant, et le 4/5 est amplement mérité.
Je suis morte
"Je suis morte" traite d’un sujet assez difficile à discuter entre nous puisqu’il s’agit tout simplement de la mort. On a beau l’admettre, la mort fait partie de la vie mais c’est un sujet tabou. "Je suis morte" se déroule dans le futur. Les auteurs nous invitent à suivre le destin d’Aster, une jeune femme qui a la particularité d’être le seul être humain à être né mortelle au milieu d’hommes et de femmes qui sont tous devenus immortels… C’est à partir de ce scénario très original que Morvan amène le bédéphile à s’interroger. Le récit démarre par la naissance d’Aster pour ensuite entraîner les lecteurs à découvrir avec elle sa mortalité. L’histoire m’a semblé intelligemment construite car les réactions de l’entourage de la jeune fille, notamment du père qui n’admet pas sa mortalité, ne peut amener inévitablement les lecteurs à se poser des questions : Pourquoi dans un monde où l’homme a réussi à se rendre immortel, ceux-ci ont eu le besoin de recréer un être mortel ? Quel serait notre regard envers un être mortel si on était impérissable ? Comment me comporterais-je si j’étais à la place d’Aster ? J’adore le style de Nemiri, son dessin est très personnel et pourrait rebuter de nombreux lecteurs lorsqu’ils feuillettent la bd pour la première fois. Pourtant, au fil de la lecture, le coup de patte et notamment la mise en couleurs d’une incroyable beauté de Nemiri m’est apparu parfaitement adapté au scénario de Morvan. J’ai eu l’impression que son dessin manquait de clarté par moments mais je me suis rendu compte que ce parti-pris graphique est parfaitement cohérent quand on voit la détresse, l’incompréhension de son entourage et les perspectives d’avenir floues d’Aster. En tout cas, à mon avis, Nemiri a un excellent don pour mettre une ambiance (je vous conseille d’ailleurs de feuilleter "Hyper l’hippo" du même auteur). Ce premier tome m’est apparu comme annonciateur d’une excellente série au thème original où la réflexion est le maître mot. Le dessin de Nemiri est, à mon avis, très beau et convient parfaitement à ce scénario de Morvan. Cependant, je crains que "Je suis morte" soit une série arrêtée. En effet, cela fait plusieurs années que j’attends le deuxième tome (depuis 2003 !)… De plus, aucun nouvel album dessiné par Nemiri n’est paru depuis 2005 ("Hyper l’hippo"). Ce n’est pas rassurant !...
Hyper l'hippo
Après Je suis morte, le tandem Nemiri et Morvan nous a concocté un petit bijou de poésie et d’imagination. L’histoire met en scène le quotidien d’un enfant accompagné de « Hyper ». Ce dernier est un hippopotame bleu. Le récit est en mode narratif comme si le personnage principal raconte son histoire. Je vous rassure, cette « voix off » ne m’a pas paru envahissante. J’admire beaucoup le style de Nemiri que j’avais découvert dans Je suis morte. Pour cette bédé, il a employé des couleurs vives, parfois pastelles qui siéent parfaitement à l’histoire et qui sauront, je l’espère de tout cœur, séduire de nombreux lecteurs. L’album a été spécialement conçu pour des enfants mais personnellement, j’en ai été séduit malgré la naïveté et la lecture rapide de ce récit.
Rubrique-à-Brac
La seule, et je dis bien LA SEULE bande-dessinée, qui m'a littéralement TORDU de rire. Jusqu'aux larmes. C'était vraiment incroyable. Un monument de l'humour, malgré le temps qui passe inexorablement (bientôt quarante ans et le statut d'oeuvre culte). On est loin de l'humour "froid et sophistiqué" dont Gotlib se revendique malicieusement; ici, le loufoque "spirituel" est de mise. De métaphore en métaphore, Gotlib tisse sa toile humoristique, et en cinq tomes aussi divers qu'uniques, nous livre sa vision du monde, une vision tendre et bon enfant, parfois caustique mais jamais cruelle, toujours spirituelle. A lire absolument pour tout bédéphile qui se respecte, et les autres aussi.
La Ville qui n'existait pas
Il y a déjà un bon bout de temps que je voulais lire ce classique des années 70. Ce style de BD m'était complètement étranger, Bilal et Christin sont des auteurs que je ne connaissais pas; à vrai dire je pensais que "Christin Bilal" était le nom de l'auteur! Je me suis donc lancé dans cette oeuvre un peu craintif mais curieux de ce que j'allais découvrir, et je dois dire que ce mélange étrange de réalisme social, d'histoire industrielle et de contre-utopie m'a étonné. Mais en premier lieu je me dois de préciser que cette BD a eu d'autant plus d'impact sur moi que l'action se déroule dans une région que je connais bien. Les courées, les longs alignements rectilignes de maisons de brique rouge et marron, les cheminées d'usines, tout cela m'est très familier et la ville de Jadencourt ne m'a pas du tout semblé étrangère. Tout d'abord "la ville qui n'existait pas" est l'un des plus magistrales représentations de réalisme social. Bien que l'on ne nous montre pas la vie quotidienne de ces ouvriers et ouvrières, on sent toute la pesanteur et la pénibilité de leur condition sociale. Petite parenthèse historique: à partir des années 60 et 70, les régions de Lorraine et du Nord sont affectées par une énorme crise industrielle, qui détruit des pans entiers de l'économie en particulier le charbon et le textile. Les conséquences sociales sont désastreuses. Le lien social qui unissait le patronat au monde ouvrier se déchire, et de grandes grèves secouent les bastions ouvriers. Dans cette BD, nous assistons à l'une d'entre elle. Il est simple de dire que les patrons se sont enrichis sur le dos et la sueur des ouvriers, mais Christin est plus subtil que cela. Jules Hannars, le grand patron qui vient de mourir, est le dernier représentant d'un "paternalisme social-chrétien". Les cadres supérieurs de son groupe ont oublié l'ancien lien social, et sont pour la plupart prêts à sacrifier Jadencourt. La crise a donc aussi ébranlé le patronat dont les convictions ont évolué vers un capitalisme beaucoup moins paternaliste. C'est la fin d'une époque qui nous est contée, et le début d'un nouveau lien social, plus dur mais sans doute moins hypocrite que le précédent. Cette BD, dans une seconde mesure, est aussi une contre-utopie. Je ne peux pas dire que cette contre-utopie soit particulièrement bien réussie, mais elle est amenée d'une façon suffisamment surprenante pour étonner le lecteur. Cette contre-utopie est rendue effrayante car elle est le résultat d'un projet raisonné. A mon sens, cette oeuvre est terriblement pessimiste. Face à un environnement dur et sombre, l'homme ne serait-il capable de se réfugier que dans des cités idéales cloisonnées et soit-disant parfaites? Mais ces mondes utopiques n'existent que dans l'esprit de l'homme, car dans la réalité l'Idéal n'existe pas et ne peut pas exister. D'où le titre de cette oeuvre. Même si cette BD fait preuve de remarquables qualités, dont un dessin sombre à souhait et même parfois glauque, reflet d'un présent glacé, plusieurs défauts m'empêchent d'élever la note. Notamment un rythme qui s'étiole au fur et à mesure, et une fin somme toute assez décevante. Néanmoins je pourrai élever la note, si la stimulation intellectuelle que "la ville qui n'existait pas" m'a apporté était amenée à se prolonger.
Miss Endicott
J'avoue avoir pas mal hésité avant de passer à l'achat pour Miss Endicott, mais je ne regrette pas du tout d'être passé à la caisse. Bien sûr, cette BD n'est pas parfaite, elle est un poil trop courte tant les personnages sont attachants déjà, et le coté steam punk est finalement exploité bien trop brièvement à mon goût. Pour le reste, l'aventure de Prudence Endicott en conciliatrice est vraiment un moment très sympathique, agréable, une belle histoire, un monde riche, un moment très agréable que celui passé a lire cette BD. Le dessin est lui aussi bien réalisé, du bel ouvrage. Un achat que je recommande pour ma part.
La Foire aux Cochons
Je n'ai lu que le premier, pensant que c'était un one-shot. Cette suite de saynètes contant le XXème siècle en redonnant vie à de grands meurtriers de l'Histoire sous la forme de cochons est assez hilarante. Les vaches sont quant à elles les sages de la ferme en regardant passer les trains et leur évolution du premier à vapeur au plus récent électrique. Les cochons sont parfois difficiles à distinguer entre eux malgré le fait que Ptiluc les ait affublés d'un élément anthropomorphique tel qu'une barbe, une moustache ou une coupe de cheveux qui les caractérisaient dans leur vie humaine passée. Cela permet de se remémorer ses cours d'Histoire en replaçant chaque célébrité cochonnisée dans son contexte politique de l'époque et les raisons de sa présence au " Purgatoire ". A lire immanquablement.
La Serviette noire
Album à lire bien que (ou parce que) court, en noir et blanc et dans un format à l'italienne. On suit le narrateur tuant le temps dans les rues de Paris avant un rendez-vous. Il se trouve alors que quelqu'un a oublié sa serviette sur une chaise du Jardin du Luxembourg - ce qui rappelle un autre fameux album... Et l'homme va alors chercher à retrouver son propriétaire. C'est intéressant car le fil de l'histoire se met en place, les personnages, leurs relations. Et le point de vue du lecteur est original car on est interpellé par le texte de la narration : "(...) Vous avez deux heures à tuer avant d'aller à ce rendez-vous. Vous n'avez pas envie d'attendre dans un café (...)". L'auteur nous parle directement, et son dessin au fusain est ma foi fort lisible. Bref intéressant sur le fond et la forme, même si assez difficile à trouver en magasin je pense.