Vous voulez savoir ?
Ben... après la lecture d'un premier album, et de savoir que l'auteur et cette série sont "ben d'euch'Norr", j'ai acheté la série d'un seul coup, et je ne le regrette pas.
Le style du dessin perturbe un peu par sa simplicité, au début, mais finit par donner un style propre à cette série (un peu comme pour Soda).
Maintenant : Les énigmes sont de celles que tout un chacun d'entre nous peut rencontrer en sortant de chez lui. On est loin des machinations espio-politico-policières de la production actuelle, que ce soit en matière de romans, de films ou de BDs, ce qui les rend particulièrement savoureuses.
Je ne peux m'empêcher de trouver dans ces albums, un peu de l'esprit des bonnes vieilles "5 dernières minutes" (Bon Dieu ! mais c'est bien sur!...).
Les personnages, maintenant, sont si réalistes et proches de nous, que l'on ne peut qu'aimer. Ah Babette !... Et la concierge ? Et le facteur ? Et le petit épicier ?
A consommer sans modération.
A noter que le dernier album "fin de contrat", qui fait suite à "Un chien dans un jeu de quilles" vient de sortir, et qu'on y voit Jérôme affronter de curieux adversaires.
Raymond
Franchement bien, c'est clair!
Je viens de lire le tome deux qui m'inspirait plus que le tome 1, et je ne suis vraiment pas déçu. Cette bd apporte un courant d'air frais dans le milieu. C'est du jamais vu.
Le style est décalé et tout le temps renouvelé. La présentation varie souvent ce qui apporte toujours son lot de surprise. On ne s'ennuie pas lors de la lecture. Et en plus, il y a des bonus à la fin qui nous font rentrer dans le monde de Mutafukaz.
Les personnages principaux sont attachants. Les figurants aussi sont très bien, on peut s'attarder sur chaque visage pour les apprécier. Il y en a beaucoup et pourtant, pas deux ne se ressemblent. Cette ville de Dark Meat City est un peu glauque, c'est sur; mais c'est ce qui donne cette ambiance toute particulière.
Si je devais trouver un petit défaut (comme je fais chaque fois), je dirais que c'est par moment à peine violent. Les méchants se font éclater la gueule sévère...
En gros, je conseille vraiment l'achat de cette bd; d'ailleurs, je vais aller chercher le tome 1 dans peu de temps...
Bonne lecture.
Les trois albums des Fugitifs publiés dans la collection Marvel Mini-Monster (des gros volumes brochés de 6 numéros US) sont très divertissants : des persos bien campés, du rythme, des cliffhangers à la fin de chaque épisode... Bref, l'oeuvre très maîtrisée de l'excellent Brian K. Vaughan, par ailleurs auteur des très réussis Y, Le Dernier Homme et Ex Machina (entre autres). Le dessin, lui, est quelconque mais efficace. La seule bonne série issue de l'éphémère collection Tsunami.
Maintenant que j'ai lu le Deluxe, qui réunit les 12 premiers épisodes de la seconde série dans un volume cartonné, je peux dire que la seconde série est pour moi aussi bonne que la première, toujours très drôle et surprenante (dialogues, situations, etc...). Avec l'intérêt supplémentaire qu'elle est plus intégrée à l'Univers Marvel, avec notamment la présence des Vengeurs ou même d'une rescapée de Puissance 4, dont seuls les plus pointus (pour ne pas dire les plus vieux) des lecteurs de Marvel se souviennent.
Je me suis enfin décidé à acheter cet album qui m’avait fait de l’oeil à sa sortie et que je n’avais pas acheté, mais je me demande encore pourquoi.
Oui, je me demande encore pourquoi, parce que cet album avait tout pour me plaire en commençant par le graphisme. Ce qui frappe en premier lieu, c’est ce savant mélange de la couleur blanche qui reflète le calme, la douceur, avec la couleur rouge qui amène le sang, la violence mais aussi l’amour, pour donner un ensemble parfaitement cohérent et tout en beauté. Mais les qualités ne s’arrêtent pas là, car le soin apporté au dessin est également pour beaucoup dans le plaisir visuel. Chaque planche et chaque case font preuve d’une grande méticulosité avec une foule de détails qui font que l’on s’attarde pour les contempler. L’auteur s’applique également beaucoup sur les visages, mais j’ai trouvé leur proportion et les perspectives pas toujours très bien rendues. Enfin, tout amateur de japon médiéval et de fantasy ne pourra qu’être admiratif devant la richesse du graphisme dans ces 2 domaines.
Au niveau de l’histoire, on va suivre un Ronin amnésique en quête de son passé. Persécuté par des voix, celles-ci se taisent lorsqu’il est en présence de la troublante Meiki. Dans un monde entre légende et réalité, l’auteur alterne entre les époques en revenant sur le passé de cet ancien samouraï et en nous expliquant l’origine de ces maux. Le japon médiéval est à la base de cet univers mais il est agrémenté de fantasy avec la présence de créatures imaginaires et de magie. La narration est emplie de poésie, et même si certains passages sont encore un peu flous, cela renforce le côté onirique de l’ensemble. Enfin ceci n’empêche pas le scénario de bénéficier d’une évolution constante et d’être assez vivant avec quelques scènes d’actions et de duels bien dosées.
Voila toutes les raisons qui me font dire que j’aurai vraiment du acheter cet album plus tôt, mais finalement c’est un bien pour un mal car j’aurai moins longtemps attendre pour lire la suite.
En voilà une belle découverte que cette BD dont je n'avais jamais entendu parler et que j'ai dénichée par hasard. En voyant la couverture du tome 1, je pense à Belphégor (je parle du feuilleton des 60's, pas de la piteuse version ciné digitalisée), à Fantômas (les romans), bref tout l'univers poético-bon enfant d'une certaine tradition feuilletonesque où il est de bon ton de porter le masque. Mystère oblige !
Pourtant, de prime abord, le dessin ne m'attire guère. Plutôt étrange - surtout les personnages de petite taille avec une tête disproportionnée. Un dessin qu'on pourrait qualifier "d'expressionniste", à l'instar ce ceux des Sfar, De Crécy, Larcenet, des dessinateurs avec lesquels j'ai toujours eu un peu de mal je l'avoue.
Mais l'ambiance qui se dégage des planches et les cabrioles de cette espèce de Catwoman version XIXè sur les toits achèvent de me décider. Bien m'en a pris !
Car le scénario n'est pas en reste, on marche sur du velours : une héroïne très attachante qui commente son aventure (sorte de voix off) avec un humour à la fois désinvolte et faussement candide, un contexte politique où sont renvoyés dos à dos Passéistes (des bourgeois à l'esprit étroit qui ne pensent qu'à amasser des fortunes) et Modernistes (une bande de snobs pompeux et décadents uniquement préoccupés de leur intérêt).
Le constat est clair : quel que soit le mouvement, le parti, on y trouve les mêmes tares, les mêmes hypocrisies. Et notre héroïne cambrioleuse l'apprendra à ses dépens.
Ajoutez à tout cela une journaliste lesbienne, un "homme" mystère au physique plutôt... inattendu avec lequel notre monte-en-l'air entretient une histoire d'amour peu orthodoxe, un laboratoire digne d'une savant fou, une baronne à la libido exacerbée et vous aurez en vrac les ingrédients d'une BD sacrément appétissante.
A consommer sans modération !
Enfin achevée cette fameuse aventure que constitue Lapinot et les Carottes de Patagonie !!!!
Un long voyage, à la fois périlleux, ennuyeux et riche d'anecdotes, un carnet de notes de voyages en somme...
Pas déçu du tout de ce voyage même s'il commence par nulle part et n'emmène nulle part, il y a des oeuvres comme celle-ci qui ne laissent pas indifférents et finalement on se contrefout royalement de ce qu'il s'y passe et on n'en garde que des moments agréables !!! Le summum du divertissement pas si idiot qu'il n'y paraît !
Alors après il est peut être dur de s'immerger complètement dans un délire pas calculé du tout de l'auteur mais en étant déjà fan du monde de Trondheim, je ne pouvais logiquement pas passer à côté !
Le dessin que tout le monde décrit n'est pas si nul que cela, je rappelle aux personnes ayant le courage ou la malchance de ne lire que mon avis qu'il s'agit de la première oeuvre de Mr. Trondheim, un passeport formidable d'un puits jamais en panne d'idée à une réalisation à priori approximative et finalement enrichie de moult idées démentielles !
J'aurais aimé pouvoir dessiner comme les première cases de ce Lapinot Premier du Nom lorsque j'étais adolescent aussi je ne vais pas critiquer le travail, c'est même assez émouvant de voir l'évolution toute en douceur des personnages et des décors, j'en regretterais presque sa progression tant je me retrouve en terrain connu à la fin de l'ouvrage.
Secundo, même s'il y a foison des événements, de personnages tout aussi farfelus les uns que les autres, même si comme mes confrères, j'avais envie de décrocher, refermer ce bouquin pour ne plus le rouvrir, j'ai toujours eu bon espoir de le finir et l'intérêt reprend le dessus ainsi que le sourire aux lèvres, ne jamais lire tout ceci d'un coup et le continuer au rythme de ses envies tout comme son auteur l'a créé au gré de ses humeurs !
On évolue tout comme la Bd se développe, s'étire, manipule ses personnages comme autant de petits Playmobils sur une aire de jeu, on développe les situations annexes incongrues, on s'aère l'esprit et finalement ça fait du bien !
Tertio, l'humour absurde est bien présent ! L'aventure également et notre Lapinot national n'aura de cesse d'aller acquérir ses si précieuses Carottes du titre, même s'il doit s'écarter de l'aventure principale et bouleverser le récit qui avance finalement sans lui !
Bref le tout est génial, la fin est bien celle que l'on vous promet depuis le début héhé ! et même si la fin abrupte me frustre ! (tant d'histoires auraient pu être résolues/complétées/poursuivies) et bien on tient bien dans ce pavé gargantuesque ce que l'on était venu chercher : du bon temps !
Merci Lapinot ! Ma seule frustration est la suivante : que devient Miss Mirabelle ? :)
A conseiller aux fans de Trondheim et d'oeuvres ubuesques, les autres devraient s'y essayer mais la Bd n'est pas à recommander aux novices de l'univers trondheimesque, c'est bien là son seul défaut !
Je connaissais chacun des auteurs dans leurs oeuvres respectives, mais c'est ici la première bande dessinée que je lis de ce couple d'auteurs père-fils. Je ne suis pas super fan du dessin, je trouve que les couleurs notamment, sur les visages du personnage, ont un côté désuet. C'est peut-être l'effet recherché.
L'histoire par contre est plutôt bien tournée. C'est vraiment le polar typique et Yves H. aurait pu en faire un scénario de film tellement c'est dense. De nombreuses pages sont surchargées de la prose du scénariste. Il a su rappeler tous les bons éléments qu'on trouve dans ces films américains d'enquête policière face à des truands. Certains pourront lui reprocher un manque d'originalité. Mais pas moi, j'aime ça. La panoplie complète est là autour d'un meurtre et d'une enquête, on croise le flic chicano consciencieux, le flic ripoux, le "parrain" etc.
Même si j'ai dû m'y reprendre à plusieurs fois pour en venir à bout car l'album est plutôt long à lire, l'ambiance fait penser à des films comme Mystic River par exemple ou Columbo. J'arrête avec mes références foireuses et je ne peux que recommander cette lecture à ceux qui aiment le genre.
Comment adapter un roman aussi noir sur la condition ouvrière en bd tout en la rendant agréable à contempler ?
Et si la solution consistait à confier le dessin de « Putain d’usine » à Efix dont la particularité est d’avoir un style tout en rondeur ?
Et ma foi, j’avoue que je suis ressorti convaincu de cette adaptation aussi bien par sa narration que par son graphisme.
A l’origine, « Putain d’usine » est en quelque sorte une autobiographie de Jean-Pierre Levaray sur sa vie professionnelle. Cet auteur travaille (encore ?) dans une grosse usine de produits chimiques (s’agit-il vraiment de la société « Total » dont j’ai aperçu le logo maintes fois dans la bd ?) dans l’agglomération de Rouen.
« Putain d’usine » est donc un témoignage de la carrière de Jean-Pierre Levaray qui a passé plus de 25 ans de sa vie dans ce complexe industriel, mais aussi de ses collègues eux aussi ouvriers.
Autant vous le dire tout de suite, Jean-Pierre Levaray n’est pas tendre envers les conditions de travail déplorables qui règnent dans cette usine… il est vrai aussi qu’il en a vu des accidents et des compagnons y laisser leur santé. Il en a vu aussi des grèves et des espoirs sans lendemain. Mais alors pourquoi n’est-il pas allé voir ailleurs pour y trouver un meilleur poste ? Telle est une des nombreuses questions dont le lecteur pourra trouver une partie des réponses en lisant cette bd.
Je me suis senti proche de Jean-Pierre Levaray en feuilletant son album. Bien que je sois loin d’occuper un poste équivalent à celui du scénariste, je n’oublie surtout pas que j’ai côtoyé le monde ouvrier pendant mes années étudiantes en tant que saisonnier dans une grosse entreprise industrielle. Je me rappelle aussi des températures élevées (proches des 50°c) , du bruit infernal (plus de 100 décibels) et de l’odeur tenace du vernis qu’il fallait y supporter comme l'a fait Jean-Pierre Levaray pendant plus de vingt ans !
L’album est découpé en plusieurs chapitres ayant un thème plus ou moins rattaché à l’usine et surtout qui rendent la plupart du temps hommage aux collègues de Jean-Pierre Levaray. Ces chapitres me sont tous apparus intéressants et touchants.
J’avoue avoir eu beaucoup de retenue avant de commencer à lire « Putain d’usine » car en feuilletant rapidement la bd, le noir et blanc de certaines planches me semblait trop envahissant et par conséquent, me laissait craindre une lecture rendue difficile par ce traitement graphique. Ce ne fut pas le cas, le graphisme d’Efix m’est apparu adapté à cette histoire. A mon avis, son parti-pris graphique, tout en douceur et agréable à regarder, a le mérite de ne pas écœurer davantage le lecteur pour lequel les récits de "Putain d'usine" sont déjà assez durs et touchants comme ça.
J’ai admiré le travail d’Efix pour cette bd, le dossier comporte un mini-dossier en fin d’album où le lecteur peut découvrir la genèse et l’évolution de « Putain d’usine ». On y apprend qu’Efix avait travaillé en tant qu’intérimaire dans des grosses sociétés industrielles, il n’a pas oublié lui aussi ce milieu et par conséquent, a voulu rendre un hommage appuyé à ces ouvriers en dessinant cet album. En tout cas, son enthousiasme et sa ténacité pour avoir réalisé « Putain d’usine » font plaisir à voir !
Au niveau du dessin, le résultat est franchement enthousiasmant. Efix varie les techniques de dessin avec bonheur (crayonnés, fusain, …etc.) sans que l’ensemble graphique perde de son homogénéité. La mise en page, le découpage me sont apparus excellents ! A mon avis, la narration amène le lecteur et ne le lâche pas avant la fin du livre ! On est loin de la complexité narrative de « Mon amie la Poof » du même auteur !
« Putain d’usine » est parfaitement le genre de bd que j’aime lire : un album engagé, ayant fait l’objet de nombreuses recherches aux niveaux de la narration et du graphisme, touchant, beau et dont j’ai senti de la part des auteurs beaucoup d’enthousiasme et d’engagement pour l’adapter !
Au fait, à la fin de l’album, Efix s’interroge en se demandant s’il a effectué un beau boulot sur cet album : qu’il en soit rassuré ! Moi, j’ai A-DO-RE !
Je ne suis pas fan de récits fantastiques. En fait, ce sont les chroniques positives sur "Siegfried" qui m’ont motivé à lire cette bd.
J’avais beaucoup d’appréhension avant de lire ce premier tome parce que l’auteur, Alex Alice, est le dessinateur du "Troisième testament", une série qui m’avait moyennement convaincu du fait de son glissement vers un récit ésotérique, genre que je n’affectionne pas du tout.
En feuilletant rapidement les planches et à la vue de créatures imaginaires, j’avais même l’impression que "Siegfried" avait une forte consonance d’obscurantisme.
Après lecture, s’il s’avère que ce récit possède un parfum d’ésotérisme, celle-ci m’est apparue pratiquement secondaire par rapport à l’intérêt que je portais pour le héros et à l’ambiance mystique qui se dégage dans ce premier tome.
Je viens de l’apprendre en lisant le résumé juste avant de poster mon avis ! : L’histoire s’inspire d’un opéra de R. Wagner et des mythologies vikings.
Le récit met en scène un jeune homme prénommé Siegfried issu d’une divinité autrefois immortelle qui tomba amoureuse d’un homme. A la naissance de Siegfried, sa mère mourut (pour des raisons que je vous laisse découvrir…) et il sera adopté par Mime, une créature qui possède un grand talent de forgeron. C’est le destin de ce jeune orphelin qu’Alex Alice nous propose de suivre…
Alex Alice signe avec "Siegfried" une histoire qui m’a vraiment envoûté. "Siegfried" est raconté d’une manière lente qui permet, à mon avis, aux lecteurs de s’immerger totalement dans cette histoire. L’auteur prend le temps de poser ses personnages et son ambiance. En tout cas, ce parti-pris scénaristique fut efficace sur moi car je me suis attaché aux personnages aussi bien pour Siegfried que pour Mime.
J’aime beaucoup les scènes silencieuses qui rendent ces séquences épiques. J’adore également le rapport qu’entretient Siegfried avec les animaux (à découvrir…), ces passages confèrent à cette histoire beaucoup d’émotion, d’autant plus que la narration et le découpage me sont apparus excellents !
Le traitement graphique est assez différent de ce qu'Alex Alice nous avait proposé dans Le Troisième Testament", il ne peut en être autrement au regard de la situation de "Siegfried" dans une forêt et dans un monde aux grands relents fantastiques. Si les bâtiments à l’architecture gothique sont absents, il ne demeure pas moins qu’Alex Alice s’inspire beaucoup du cinéma pour nous proposer des vues vertigineuses et plongeantes absolument magnifiques ! Les décors sont assez fouillés, les personnages et les animaux me sont apparus bien réalisés, j’ai senti de la part de l’auteur beaucoup de recherches et de travaux pour sa bd !
Les scènes d’action en particulier lors de la confrontation entre Siegfried et un animal sont franchement frissonnantes : c’est un vrai régal !
Par contre, je n’apprécie pas énormément la mise en page de certaines planches qui me donnent l’impression d’être trop dispersée.
La mise en couleurs est parfaitement adaptée au récit et au coup de crayon d’Alex Alice, elle retransmet bien les ambiances.
A mon avis, ce premier tome de "Siegfried" annonce une série qui semble bien partie pour être une référence dans le genre fantastique si les prochains tomes ne se tournent pas vers l’ésotérisme (que je déteste). En tout cas, le premier album de la série m’a envoûté par son ambiance et par sa faculté à m’attacher aux personnages. Le traitement graphique m’est apparu également excellent. A lire !
Je ne sais trop comment se situer par rapport au contenu de cette BD.
Etant ingénieur, je suis sensé être plutôt classé parmi les cadres et donc voir ici l'aspect "de l'autre côté de la lutte des classes".
Mais en même temps, ce qui est dit dans cet album m'a vraiment touché et paru similaire à ma propre vie professionnelle par bien des aspects. Le ras-le-bol, l'ambiance qui devient délétère, l'envie de tout plaquer, les patrons qu'on se met à haïr par leur aspect si éloigné du terrain, cette flemme ou cette peur qui font que finalement vous restez dans le train-train même si ça ne vous plait pas. Tout cela, je le ressens régulièrement (et encore c'est pire dans ma boîte puisqu'on ne fait même plus les apéros maintenant que nos services ont été explosés à coup de réorganisations ;)).
A cela s'ajoutent les conditions vraiment particulières de cette putain d'usine qui est décrite ici : le véritable danger de mort rôdant à chaque instant, les anecdotes mettant en jeu la vie des employés, etc.
Bref, c'est une BD qui m'a vraiment intéressé et qui a su me toucher par bien des aspects. Elle aborde avec un véritable succès les aspects les plus sombres de la vie professionnelle d'une grande catégorie de personnes. Alors même que le scénariste est militant CGT, j'ai trouvé son récit très impartial, se bornant à raconter des faits et des anecdotes sans pousser au militantisme forcené qui a su m'agacer dans d'autres ouvrages du même genre.
Le dessin est bon, voire très bon. Son style a cependant parfois un peu de mal à se prêter à ce genre de récit, car il me fait plus penser à du style comique ce qui tranche avec l'ambiance. Il impose d'ailleurs à plusieurs moments aux personnages des expressions faciales que j'ai trouvées un peu trop soutenues.
Mais finalement, peut-être est-ce le contraste entre l'ambiance sombre du récit et ce style de dessin tout en rondeur et dynamisme qui font l'une des forces de cette BD, ou qui la font sortir d'un lot qui aurait pu être nettement plus morne graphiquement parlant.
Bref, une bonne lecture, touchante et très instructive.
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Jérôme K. Jérôme Bloche
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Mutafukaz
Franchement bien, c'est clair! Je viens de lire le tome deux qui m'inspirait plus que le tome 1, et je ne suis vraiment pas déçu. Cette bd apporte un courant d'air frais dans le milieu. C'est du jamais vu. Le style est décalé et tout le temps renouvelé. La présentation varie souvent ce qui apporte toujours son lot de surprise. On ne s'ennuie pas lors de la lecture. Et en plus, il y a des bonus à la fin qui nous font rentrer dans le monde de Mutafukaz. Les personnages principaux sont attachants. Les figurants aussi sont très bien, on peut s'attarder sur chaque visage pour les apprécier. Il y en a beaucoup et pourtant, pas deux ne se ressemblent. Cette ville de Dark Meat City est un peu glauque, c'est sur; mais c'est ce qui donne cette ambiance toute particulière. Si je devais trouver un petit défaut (comme je fais chaque fois), je dirais que c'est par moment à peine violent. Les méchants se font éclater la gueule sévère... En gros, je conseille vraiment l'achat de cette bd; d'ailleurs, je vais aller chercher le tome 1 dans peu de temps... Bonne lecture.
Runaways (Les Fugitifs)
Les trois albums des Fugitifs publiés dans la collection Marvel Mini-Monster (des gros volumes brochés de 6 numéros US) sont très divertissants : des persos bien campés, du rythme, des cliffhangers à la fin de chaque épisode... Bref, l'oeuvre très maîtrisée de l'excellent Brian K. Vaughan, par ailleurs auteur des très réussis Y, Le Dernier Homme et Ex Machina (entre autres). Le dessin, lui, est quelconque mais efficace. La seule bonne série issue de l'éphémère collection Tsunami. Maintenant que j'ai lu le Deluxe, qui réunit les 12 premiers épisodes de la seconde série dans un volume cartonné, je peux dire que la seconde série est pour moi aussi bonne que la première, toujours très drôle et surprenante (dialogues, situations, etc...). Avec l'intérêt supplémentaire qu'elle est plus intégrée à l'Univers Marvel, avec notamment la présence des Vengeurs ou même d'une rescapée de Puissance 4, dont seuls les plus pointus (pour ne pas dire les plus vieux) des lecteurs de Marvel se souviennent.
La Légende des nuées écarlates
Je me suis enfin décidé à acheter cet album qui m’avait fait de l’oeil à sa sortie et que je n’avais pas acheté, mais je me demande encore pourquoi. Oui, je me demande encore pourquoi, parce que cet album avait tout pour me plaire en commençant par le graphisme. Ce qui frappe en premier lieu, c’est ce savant mélange de la couleur blanche qui reflète le calme, la douceur, avec la couleur rouge qui amène le sang, la violence mais aussi l’amour, pour donner un ensemble parfaitement cohérent et tout en beauté. Mais les qualités ne s’arrêtent pas là, car le soin apporté au dessin est également pour beaucoup dans le plaisir visuel. Chaque planche et chaque case font preuve d’une grande méticulosité avec une foule de détails qui font que l’on s’attarde pour les contempler. L’auteur s’applique également beaucoup sur les visages, mais j’ai trouvé leur proportion et les perspectives pas toujours très bien rendues. Enfin, tout amateur de japon médiéval et de fantasy ne pourra qu’être admiratif devant la richesse du graphisme dans ces 2 domaines. Au niveau de l’histoire, on va suivre un Ronin amnésique en quête de son passé. Persécuté par des voix, celles-ci se taisent lorsqu’il est en présence de la troublante Meiki. Dans un monde entre légende et réalité, l’auteur alterne entre les époques en revenant sur le passé de cet ancien samouraï et en nous expliquant l’origine de ces maux. Le japon médiéval est à la base de cet univers mais il est agrémenté de fantasy avec la présence de créatures imaginaires et de magie. La narration est emplie de poésie, et même si certains passages sont encore un peu flous, cela renforce le côté onirique de l’ensemble. Enfin ceci n’empêche pas le scénario de bénéficier d’une évolution constante et d’être assez vivant avec quelques scènes d’actions et de duels bien dosées. Voila toutes les raisons qui me font dire que j’aurai vraiment du acheter cet album plus tôt, mais finalement c’est un bien pour un mal car j’aurai moins longtemps attendre pour lire la suite.
La Voleuse du Père Fauteuil
En voilà une belle découverte que cette BD dont je n'avais jamais entendu parler et que j'ai dénichée par hasard. En voyant la couverture du tome 1, je pense à Belphégor (je parle du feuilleton des 60's, pas de la piteuse version ciné digitalisée), à Fantômas (les romans), bref tout l'univers poético-bon enfant d'une certaine tradition feuilletonesque où il est de bon ton de porter le masque. Mystère oblige ! Pourtant, de prime abord, le dessin ne m'attire guère. Plutôt étrange - surtout les personnages de petite taille avec une tête disproportionnée. Un dessin qu'on pourrait qualifier "d'expressionniste", à l'instar ce ceux des Sfar, De Crécy, Larcenet, des dessinateurs avec lesquels j'ai toujours eu un peu de mal je l'avoue. Mais l'ambiance qui se dégage des planches et les cabrioles de cette espèce de Catwoman version XIXè sur les toits achèvent de me décider. Bien m'en a pris ! Car le scénario n'est pas en reste, on marche sur du velours : une héroïne très attachante qui commente son aventure (sorte de voix off) avec un humour à la fois désinvolte et faussement candide, un contexte politique où sont renvoyés dos à dos Passéistes (des bourgeois à l'esprit étroit qui ne pensent qu'à amasser des fortunes) et Modernistes (une bande de snobs pompeux et décadents uniquement préoccupés de leur intérêt). Le constat est clair : quel que soit le mouvement, le parti, on y trouve les mêmes tares, les mêmes hypocrisies. Et notre héroïne cambrioleuse l'apprendra à ses dépens. Ajoutez à tout cela une journaliste lesbienne, un "homme" mystère au physique plutôt... inattendu avec lequel notre monte-en-l'air entretient une histoire d'amour peu orthodoxe, un laboratoire digne d'une savant fou, une baronne à la libido exacerbée et vous aurez en vrac les ingrédients d'une BD sacrément appétissante. A consommer sans modération !
Lapinot et les Carottes de Patagonie
Enfin achevée cette fameuse aventure que constitue Lapinot et les Carottes de Patagonie !!!! Un long voyage, à la fois périlleux, ennuyeux et riche d'anecdotes, un carnet de notes de voyages en somme... Pas déçu du tout de ce voyage même s'il commence par nulle part et n'emmène nulle part, il y a des oeuvres comme celle-ci qui ne laissent pas indifférents et finalement on se contrefout royalement de ce qu'il s'y passe et on n'en garde que des moments agréables !!! Le summum du divertissement pas si idiot qu'il n'y paraît ! Alors après il est peut être dur de s'immerger complètement dans un délire pas calculé du tout de l'auteur mais en étant déjà fan du monde de Trondheim, je ne pouvais logiquement pas passer à côté ! Le dessin que tout le monde décrit n'est pas si nul que cela, je rappelle aux personnes ayant le courage ou la malchance de ne lire que mon avis qu'il s'agit de la première oeuvre de Mr. Trondheim, un passeport formidable d'un puits jamais en panne d'idée à une réalisation à priori approximative et finalement enrichie de moult idées démentielles ! J'aurais aimé pouvoir dessiner comme les première cases de ce Lapinot Premier du Nom lorsque j'étais adolescent aussi je ne vais pas critiquer le travail, c'est même assez émouvant de voir l'évolution toute en douceur des personnages et des décors, j'en regretterais presque sa progression tant je me retrouve en terrain connu à la fin de l'ouvrage. Secundo, même s'il y a foison des événements, de personnages tout aussi farfelus les uns que les autres, même si comme mes confrères, j'avais envie de décrocher, refermer ce bouquin pour ne plus le rouvrir, j'ai toujours eu bon espoir de le finir et l'intérêt reprend le dessus ainsi que le sourire aux lèvres, ne jamais lire tout ceci d'un coup et le continuer au rythme de ses envies tout comme son auteur l'a créé au gré de ses humeurs ! On évolue tout comme la Bd se développe, s'étire, manipule ses personnages comme autant de petits Playmobils sur une aire de jeu, on développe les situations annexes incongrues, on s'aère l'esprit et finalement ça fait du bien ! Tertio, l'humour absurde est bien présent ! L'aventure également et notre Lapinot national n'aura de cesse d'aller acquérir ses si précieuses Carottes du titre, même s'il doit s'écarter de l'aventure principale et bouleverser le récit qui avance finalement sans lui ! Bref le tout est génial, la fin est bien celle que l'on vous promet depuis le début héhé ! et même si la fin abrupte me frustre ! (tant d'histoires auraient pu être résolues/complétées/poursuivies) et bien on tient bien dans ce pavé gargantuesque ce que l'on était venu chercher : du bon temps ! Merci Lapinot ! Ma seule frustration est la suivante : que devient Miss Mirabelle ? :) A conseiller aux fans de Trondheim et d'oeuvres ubuesques, les autres devraient s'y essayer mais la Bd n'est pas à recommander aux novices de l'univers trondheimesque, c'est bien là son seul défaut !
The Girl from Ipanema
Je connaissais chacun des auteurs dans leurs oeuvres respectives, mais c'est ici la première bande dessinée que je lis de ce couple d'auteurs père-fils. Je ne suis pas super fan du dessin, je trouve que les couleurs notamment, sur les visages du personnage, ont un côté désuet. C'est peut-être l'effet recherché. L'histoire par contre est plutôt bien tournée. C'est vraiment le polar typique et Yves H. aurait pu en faire un scénario de film tellement c'est dense. De nombreuses pages sont surchargées de la prose du scénariste. Il a su rappeler tous les bons éléments qu'on trouve dans ces films américains d'enquête policière face à des truands. Certains pourront lui reprocher un manque d'originalité. Mais pas moi, j'aime ça. La panoplie complète est là autour d'un meurtre et d'une enquête, on croise le flic chicano consciencieux, le flic ripoux, le "parrain" etc. Même si j'ai dû m'y reprendre à plusieurs fois pour en venir à bout car l'album est plutôt long à lire, l'ambiance fait penser à des films comme Mystic River par exemple ou Columbo. J'arrête avec mes références foireuses et je ne peux que recommander cette lecture à ceux qui aiment le genre.
Putain d'usine
Comment adapter un roman aussi noir sur la condition ouvrière en bd tout en la rendant agréable à contempler ? Et si la solution consistait à confier le dessin de « Putain d’usine » à Efix dont la particularité est d’avoir un style tout en rondeur ? Et ma foi, j’avoue que je suis ressorti convaincu de cette adaptation aussi bien par sa narration que par son graphisme. A l’origine, « Putain d’usine » est en quelque sorte une autobiographie de Jean-Pierre Levaray sur sa vie professionnelle. Cet auteur travaille (encore ?) dans une grosse usine de produits chimiques (s’agit-il vraiment de la société « Total » dont j’ai aperçu le logo maintes fois dans la bd ?) dans l’agglomération de Rouen. « Putain d’usine » est donc un témoignage de la carrière de Jean-Pierre Levaray qui a passé plus de 25 ans de sa vie dans ce complexe industriel, mais aussi de ses collègues eux aussi ouvriers. Autant vous le dire tout de suite, Jean-Pierre Levaray n’est pas tendre envers les conditions de travail déplorables qui règnent dans cette usine… il est vrai aussi qu’il en a vu des accidents et des compagnons y laisser leur santé. Il en a vu aussi des grèves et des espoirs sans lendemain. Mais alors pourquoi n’est-il pas allé voir ailleurs pour y trouver un meilleur poste ? Telle est une des nombreuses questions dont le lecteur pourra trouver une partie des réponses en lisant cette bd. Je me suis senti proche de Jean-Pierre Levaray en feuilletant son album. Bien que je sois loin d’occuper un poste équivalent à celui du scénariste, je n’oublie surtout pas que j’ai côtoyé le monde ouvrier pendant mes années étudiantes en tant que saisonnier dans une grosse entreprise industrielle. Je me rappelle aussi des températures élevées (proches des 50°c) , du bruit infernal (plus de 100 décibels) et de l’odeur tenace du vernis qu’il fallait y supporter comme l'a fait Jean-Pierre Levaray pendant plus de vingt ans ! L’album est découpé en plusieurs chapitres ayant un thème plus ou moins rattaché à l’usine et surtout qui rendent la plupart du temps hommage aux collègues de Jean-Pierre Levaray. Ces chapitres me sont tous apparus intéressants et touchants. J’avoue avoir eu beaucoup de retenue avant de commencer à lire « Putain d’usine » car en feuilletant rapidement la bd, le noir et blanc de certaines planches me semblait trop envahissant et par conséquent, me laissait craindre une lecture rendue difficile par ce traitement graphique. Ce ne fut pas le cas, le graphisme d’Efix m’est apparu adapté à cette histoire. A mon avis, son parti-pris graphique, tout en douceur et agréable à regarder, a le mérite de ne pas écœurer davantage le lecteur pour lequel les récits de "Putain d'usine" sont déjà assez durs et touchants comme ça. J’ai admiré le travail d’Efix pour cette bd, le dossier comporte un mini-dossier en fin d’album où le lecteur peut découvrir la genèse et l’évolution de « Putain d’usine ». On y apprend qu’Efix avait travaillé en tant qu’intérimaire dans des grosses sociétés industrielles, il n’a pas oublié lui aussi ce milieu et par conséquent, a voulu rendre un hommage appuyé à ces ouvriers en dessinant cet album. En tout cas, son enthousiasme et sa ténacité pour avoir réalisé « Putain d’usine » font plaisir à voir ! Au niveau du dessin, le résultat est franchement enthousiasmant. Efix varie les techniques de dessin avec bonheur (crayonnés, fusain, …etc.) sans que l’ensemble graphique perde de son homogénéité. La mise en page, le découpage me sont apparus excellents ! A mon avis, la narration amène le lecteur et ne le lâche pas avant la fin du livre ! On est loin de la complexité narrative de « Mon amie la Poof » du même auteur ! « Putain d’usine » est parfaitement le genre de bd que j’aime lire : un album engagé, ayant fait l’objet de nombreuses recherches aux niveaux de la narration et du graphisme, touchant, beau et dont j’ai senti de la part des auteurs beaucoup d’enthousiasme et d’engagement pour l’adapter ! Au fait, à la fin de l’album, Efix s’interroge en se demandant s’il a effectué un beau boulot sur cet album : qu’il en soit rassuré ! Moi, j’ai A-DO-RE !
Siegfried
Je ne suis pas fan de récits fantastiques. En fait, ce sont les chroniques positives sur "Siegfried" qui m’ont motivé à lire cette bd. J’avais beaucoup d’appréhension avant de lire ce premier tome parce que l’auteur, Alex Alice, est le dessinateur du "Troisième testament", une série qui m’avait moyennement convaincu du fait de son glissement vers un récit ésotérique, genre que je n’affectionne pas du tout. En feuilletant rapidement les planches et à la vue de créatures imaginaires, j’avais même l’impression que "Siegfried" avait une forte consonance d’obscurantisme. Après lecture, s’il s’avère que ce récit possède un parfum d’ésotérisme, celle-ci m’est apparue pratiquement secondaire par rapport à l’intérêt que je portais pour le héros et à l’ambiance mystique qui se dégage dans ce premier tome. Je viens de l’apprendre en lisant le résumé juste avant de poster mon avis ! : L’histoire s’inspire d’un opéra de R. Wagner et des mythologies vikings. Le récit met en scène un jeune homme prénommé Siegfried issu d’une divinité autrefois immortelle qui tomba amoureuse d’un homme. A la naissance de Siegfried, sa mère mourut (pour des raisons que je vous laisse découvrir…) et il sera adopté par Mime, une créature qui possède un grand talent de forgeron. C’est le destin de ce jeune orphelin qu’Alex Alice nous propose de suivre… Alex Alice signe avec "Siegfried" une histoire qui m’a vraiment envoûté. "Siegfried" est raconté d’une manière lente qui permet, à mon avis, aux lecteurs de s’immerger totalement dans cette histoire. L’auteur prend le temps de poser ses personnages et son ambiance. En tout cas, ce parti-pris scénaristique fut efficace sur moi car je me suis attaché aux personnages aussi bien pour Siegfried que pour Mime. J’aime beaucoup les scènes silencieuses qui rendent ces séquences épiques. J’adore également le rapport qu’entretient Siegfried avec les animaux (à découvrir…), ces passages confèrent à cette histoire beaucoup d’émotion, d’autant plus que la narration et le découpage me sont apparus excellents ! Le traitement graphique est assez différent de ce qu'Alex Alice nous avait proposé dans Le Troisième Testament", il ne peut en être autrement au regard de la situation de "Siegfried" dans une forêt et dans un monde aux grands relents fantastiques. Si les bâtiments à l’architecture gothique sont absents, il ne demeure pas moins qu’Alex Alice s’inspire beaucoup du cinéma pour nous proposer des vues vertigineuses et plongeantes absolument magnifiques ! Les décors sont assez fouillés, les personnages et les animaux me sont apparus bien réalisés, j’ai senti de la part de l’auteur beaucoup de recherches et de travaux pour sa bd ! Les scènes d’action en particulier lors de la confrontation entre Siegfried et un animal sont franchement frissonnantes : c’est un vrai régal ! Par contre, je n’apprécie pas énormément la mise en page de certaines planches qui me donnent l’impression d’être trop dispersée. La mise en couleurs est parfaitement adaptée au récit et au coup de crayon d’Alex Alice, elle retransmet bien les ambiances. A mon avis, ce premier tome de "Siegfried" annonce une série qui semble bien partie pour être une référence dans le genre fantastique si les prochains tomes ne se tournent pas vers l’ésotérisme (que je déteste). En tout cas, le premier album de la série m’a envoûté par son ambiance et par sa faculté à m’attacher aux personnages. Le traitement graphique m’est apparu également excellent. A lire !
Putain d'usine
Je ne sais trop comment se situer par rapport au contenu de cette BD. Etant ingénieur, je suis sensé être plutôt classé parmi les cadres et donc voir ici l'aspect "de l'autre côté de la lutte des classes". Mais en même temps, ce qui est dit dans cet album m'a vraiment touché et paru similaire à ma propre vie professionnelle par bien des aspects. Le ras-le-bol, l'ambiance qui devient délétère, l'envie de tout plaquer, les patrons qu'on se met à haïr par leur aspect si éloigné du terrain, cette flemme ou cette peur qui font que finalement vous restez dans le train-train même si ça ne vous plait pas. Tout cela, je le ressens régulièrement (et encore c'est pire dans ma boîte puisqu'on ne fait même plus les apéros maintenant que nos services ont été explosés à coup de réorganisations ;)). A cela s'ajoutent les conditions vraiment particulières de cette putain d'usine qui est décrite ici : le véritable danger de mort rôdant à chaque instant, les anecdotes mettant en jeu la vie des employés, etc. Bref, c'est une BD qui m'a vraiment intéressé et qui a su me toucher par bien des aspects. Elle aborde avec un véritable succès les aspects les plus sombres de la vie professionnelle d'une grande catégorie de personnes. Alors même que le scénariste est militant CGT, j'ai trouvé son récit très impartial, se bornant à raconter des faits et des anecdotes sans pousser au militantisme forcené qui a su m'agacer dans d'autres ouvrages du même genre. Le dessin est bon, voire très bon. Son style a cependant parfois un peu de mal à se prêter à ce genre de récit, car il me fait plus penser à du style comique ce qui tranche avec l'ambiance. Il impose d'ailleurs à plusieurs moments aux personnages des expressions faciales que j'ai trouvées un peu trop soutenues. Mais finalement, peut-être est-ce le contraste entre l'ambiance sombre du récit et ce style de dessin tout en rondeur et dynamisme qui font l'une des forces de cette BD, ou qui la font sortir d'un lot qui aurait pu être nettement plus morne graphiquement parlant. Bref, une bonne lecture, touchante et très instructive.