Astérix c'est toute mon enfance ! J'ai appris à lire dans les albums du petit Gaulois et, au fil des années, à chaque relecture, j'ai ri aux mêmes passages, flairé d'autres allusions, d'autres clins d'oeil tout en constatant que je n'avais pas encore les références culturelles pour en savourer l'humour, et me suis esclaffée sur des réparties dont je comprenais enfin le double sens, ô sublime plaisir !
Voilà, c'est ça le génie d'Astérix ! Mais attention, on est bien d'accord, je parle uniquement des albums scénarisés par Goscinny. Avec Uderzo, ne restent plus que l'aventure et l'humour 1er degré. Et donc la surexpoitation d'un filon juteux. Ces albums-là sont à boycotter, par Toutatis !
Voici un nouveau tome d'une série humoristique sur le Zen de Chez Claire De Lune.
Les auteurs signent là encore une bonne brochette de gags en une ou plusieurs pages, toujours drôles, jamais méchants, et surtout évitant la plupart du temps les clichés de la BD humoristique.
Je dis bien la plupart du temps, car il faut bien avouer que La Zen attitude en prend parfois pour son grade.
C'est peut-être d'ailleurs ce qui rend l'album "La zen Attitude", des Editions Claire De Lune, bien agréable a lire.
Rares sont les grands auteurs de BD populaire à s'être lancé dans l'humour qu'on qualifie de "noir". Franquin s'y est lancé, et ses "idées" sont un recueil un peu surréaliste, aux gags tantôt géniaux, tantôt assez médiocres, mais qui ne peuvent pas laisser indifférent.
Le noir et blanc de Franquin est magistral, tout en finesse et en profondeur.
On peut appréhender les "Idées noires" comme une BD "coup-de-gueule" contre la société, et surtout ses dérives. Franquin nous expose ses grandes peurs concernant l'avenir de la planète: la menace nucléaire, la pollution, la guerre, ... Il aborde aussi des considérations plus actuelles (et plus encore à la fin des années 70), comme la peine de mort, les traitements infligés aux animaux, etc, ainsi que des situations plus proches de notre vie quotidienne.
Mais dans tous ces cas, on peut voir une critique globale des aspects les moins honorables de l'âme humaine: cruauté, hypocrisie, vanité... Franquin s'amuse à montrer la revanche des "victimes" (hérissons écrasés par les voitures, chevaux de jockey...). Il y a la critique d'une société absurde qui, sous le regard de l'auteur, semble partir à la dérive et sacrifie ses valeurs fondamentales et son humanisme au profit d'un cynisme qui est ici exacerbé.
La variété des thèmes, qui touchent aussi bien les grandes "angoisses" de notre temps, les problèmes de société et les séquences plus intimes de notre existence, font que cette catégorie de gags fait assez souvent mouche; mais pas toujours, car certains sont vraiment assez faciles.
On est encore moins convaincu quand Franquin s'obstine à "taper" sur certaines catégories de la population: les militaires, le clergé et particulièrement les chasseurs. C'est certes inventif, mais vu et revu, ressassé, et trop parti-pris.
Par contre, les meilleurs gags sont ceux où explose l'humour noir dans son "état brut" -et sa splendeur: des situations délirantes comme celle de la planète-labyrinthe, parfois vraiment absurdes, mais aux chutes percutantes.
Ainsi, cette BD apparaît difficile à noter, car inégale. BD polémique, recueil de situations absurdes, les "Idées noires" sont un peu tout cela, mais on ne peut reprocher à Franquin d'y avoir mis toute sa sincérité, et on ne peut que le remercier de nous avoir offert quelques "perles" dont il serait dommage de passer à côté.
Note finale: 3,5/5.
Excellent. Claustrophobes s'abstenir !...
Van Hamme revisite, de maîtresse façon, les scenarii des "patrol movie" chers aux années d'après-guerre de 40-45 : un groupe de personnes, souvent des soldats en mission périlleuse, voit ses effectifs diminuer au fur et à mesure de son avancée vers le but annoncé; ce au gré des attaques, des confrontations.
Le spectateur aimait deviner "qui va être le suivant". C'est ce qui a fait le succès, par exemple, de films comme "Les 7 mercenaires" ou autres "Predator".
Ici c'est la jungle : inconnue, inquiétante, mystérieuse, dangereuse ; elle tire un peu "la vedette" à elle..
Bien scénarisé, bien dessiné, belle mise en couleurs. Un premier bon album, hors des sentiers battus de la production et des héros habituels des années 70.
Vingt ans plus tard, les auteurs donnent une suite à cette histoire (l'album "Vingt ans après). L'un après l'autre, certains des huit rescapés sont soit éliminés, enlevés, portés disparus...
Qui ?... pourquoi ?... de nombreuses questions auxquelles il sera répondu en fin d'histoire.
Au total ?... une histoire simple au départ, mais dont les développements du scénario initial sont vraiment maîtrisés, m'ont emmené sur diverses pistes qui, se regroupant petit à petit, ont formé un excellent puzzle narratif. Sans oublier le style graphique, bien entendu.
Deux très bons bons tomes pour deux histoires étalées sur vingt ans. Plutôt rare dans le "métier".
Voir Didier Convard s'éloigner de l'ésotérisme pour aborder un polar est pour moi une bonne surprise. Car si je ne suis pas un grand fan du dessin de Denis Falque, loin s'en faut, le scénario est prenant, et emprunte des éléments à des évènements récents et connus de tous (je pense notamment à l'affaire Allègre de Toulouse).
Prévue en deux volumes, l'histoire , si elle ménage des surprises et rebondissements , est assez bien bouclée dans ce premier volume, ce qui nous permet de ne pas attendre avec angoisse le second opus et de souffler un peu au final de cette lecture prenante.
Cette bd est très bavarde (d'ailleurs la couverture annonce "la couleur") mais j'ai pris un réel plaisir à la lire.
Un grand défaut que l'on peut attribuer à Didier Falque est qu'il ne sait pas dessiner les femmes (tout comme Hermann dans son dernier album Afrika) qui manquent vraiment de féminité, de séduction.
Note : 3,5/5
Une bien bonne et bien belle série...
Avec un rythme très personnel, un graphisme novateur et une palette de couleurs particulièrement audacieuse, Christophe Blain m'a emmené dans sa fantaisie avec une facilité déconcertante.
Blain dispose d'une sorte de grâce, un don assez rare dans ce milieu de la bande dessinée qui multiplie actuellement les publications à un rythme échevelé (aaah... rendement... quand tu nous tiens...)
Blain, dis-je, symbolise une nouvelle approche de la BD "made in Paris". Une BD qui en revient aux sources du récit vrai. Cet auteur me rappelle en effet les anciens feuilletonistes comme on en trouvait dans la France du 19ème siècle ; des écrivains qui rédigeaient des récits linéaires, sans artifices compliqués, qui suivaient un ou deux personnages à la trace.
Bien sûr, ces héros de papier vivent des aventures qui peuvent apparaître surréalistes. Mais qu'importe tant que l'ivresse du récit permet au lecteur de s'immerger pleinement dans un univers dense et passionnant.
La passion, l'aventure, mais aussi les sentiments humains et les petites faiblesses sont le lot des personnages de Christophe Blain. Et ici de cette série. Et je m'en régale.
Une BD assez courte, mais qui a réussi à m’émouvoir. Par contre, soyez prévenus : c’est noir ! Ces 3 petites histoires entrecroisées racontent le destin glauque de différents protagonistes, et abordent des problèmes existentiels et relationnels assez courants mais néanmoins traumatisants (problème de famille, de couple…)
J’aime beaucoup la façon dont les 3 histoires s’entrecroisent. Ca nous rappelle que si on levait la tête et regardait autour de nous, on verrait sans doute d’autres gens, avec d’autres personnalités, d’autres vies, et d’autres drames.
Le dessin est magnifique, très noir, et colle à merveille au récit.
Voilà, rien de bien nouveau sur le fond ou la forme, mais cette petite BD a réussi à me toucher. Je me doute bien que ça ne sera pas le cas pour tout le monde !
HL est une oeuvre emblématique du travail de Pope. Un futur plutôt sombre, assez sale, cohérent et (hélas) pas si éloigné que ça de notre présent, un héros beau gosse en marge de la société, des filles fragiles en apparence qui se révèlent être des tigresses, l'ombre planante du gouvernement, des gangsters et puis la création, l'Art. Le cadre est solide et maintes fois éprouvé, c'est l'histoire d'un homme contre les autres, de la recherche d'un passé, de la fuite. Le voyage est l'occasion pour S, le héros, de se poser des questions.
Pope a l'intelligence de semer ça et là des idées qu'il se garde bien de développer. Idées fantastiques pour la plupart, ce qui confirme définitivement son statut d'auteur de science-fiction, elles sont en général sa réinterprétation de classiques du genre (pouvoir psychique, robots, etc...). Réinterprétation inventive et élégante bien sûr. Cette dissémination entretient une ambiance mystérieuse, une brume à travers laquelle on distingue des silhouettes familières. Pope met en pratique son amour pour la magie et le cirque jusque dans la composition de ses récits, les transformant en jeu de miroirs et de fumée. Les non-dits sont utilisés avec malice, surtout lorsque le récit touche à sa fin, afin de relever un peu la sauce. On a dès lors le choix de pardonner le relatif manque d'inventivité du scénario au profit de ce background assez riche. Il reste tout de même regrettable (voire frustrant) que Pope n'exploite pas davantage son extraordinaire pouvoir créatif faute d'un canevas plus élaboré structurellement parlant.
La composition graphique est en revanche au dessus de tout reproche. Le trait est affiné, précis et dynamique. L'ensemble bouge diaboliquement vite, sans jamais trembler ou trébucher. Pope manie le crayon comme un pinceau scalpel : il sait où aller et souligne son mouvement avec assurance et sensualité. Le résultat est souple, fluide, sans manquer de mordant. Il ménage ses effets avec précaution pour assurer le maximum d'efficacité sur les scènes d'action (poursuite en vélo ou attaque de robots), évite le tape à l'oeil tout en insufflant dans chaque case une ambiance électrique. La colorisation en gris et rose amène une touche funky et charnelle. On a devant les yeux un travail abouti, un vrai régal pour les yeux pour peu que l'on adhère au style particulier de Pope. Sa singularité reste une véritable bouffée d'air frais bien appréciable dans l'univers de la bande dessinée. A ce sujet, on ne peut s'empêcher de demander si Pope n'a pas fait du Heavy Liquid une métaphore (inconsciente ou pas) de la BD : un matériau étrange peu connu du grand public, une drogue pour marginaux initiés, et la matière première destinée à devenir la plus grande oeuvre d'art moderne, c'est tout de même troublant...
Quoiqu'il en soit, Heavy Liquid, parmi les autres albums de Paul Pope, mérite que l'on s'y attarde, que l'on fasse l'effort de le décrypter. C'est un excellent ticket d'entrée dans la galaxie Pope, accessible sans être aseptisé.
Une histoire haletante dont l’intérêt est toujours maintenu grâce à une succession de suspense - espoirs de dénouement – rebondissements en boucle.
À cela s’ajoutent des superpositions d’époques montrant l’ancrage de l’histoire dans le passé des personnages. Ces flash-back, je les trouve vraiment passionnants un peu comme des interludes qui, au milieu de l’histoire, viennent nous faire partager un peu de la vie, des rêves et des déboires d’une bande de gosses attachante.
Le dessin est très agréable de plus.
Le gros bémol à mon avis ne vient pas de l’histoire ou du dessin ou de quoi que ce soit en rapport avec l’auteur mais plutôt de l’édition… la traduction… il y a trop de fautes d’orthographe !!! C’est monstrueux ! Petit exemple tome 7 page 79 « je vous en avez parlé la semaine dernière... » (sic).
En lisant ce diptyque, j'ai éprouvé le même sentiment que pour XXe ciel.com. Le traitement général, fait surtout penser à un clip bercé par le timbre monocorde d'une voix off et dont le rythme rapide, tente de nous faire partager l'urgence du propos. Au bout du compte, je trouve le procédé plutôt efficace, même si on peut toujours reprocher à Yslaire ses parti-pris et certains des clichés qu'il récupère (la place du voile, les flics belges, John Lennon et Yoko Ono...).
Cela dit, les qualités de cette bd, c'est surtout dans la démarche de l'auteur que je les ai trouvées. A l'heure où le politiquement correct et la peur d'évoquer seulement l'islam de manière critique font rage, composer une histoire d'amour entre une musulmane et un juif (dans tout ce qu'elle peut avoir d'affectif et de charnel), est plus qu'un véritable engagement. C'est un acte de courage et d'espoir qui est tout sauf anodin.
Le message d'Yslaire est puissant et provocateur aussi. Rien n'est plus obscène que la guerre et le fanatisme. Montrer un couple qui s'aime et se déchire en même temps, séparé par ses peurs et le déterminisme culturel, n'est pas malsain. C'est un miroir tendu vers notre humanité.
Maintenant, pour parler du traitement graphique. Il illustre bien le propos. Yslaire maîtrise plutôt bien le mélange entre dessins et photos.
Tout ceci participe donc à faire de cette bd, un très intéressant moment de lecture.
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Astérix
Astérix c'est toute mon enfance ! J'ai appris à lire dans les albums du petit Gaulois et, au fil des années, à chaque relecture, j'ai ri aux mêmes passages, flairé d'autres allusions, d'autres clins d'oeil tout en constatant que je n'avais pas encore les références culturelles pour en savourer l'humour, et me suis esclaffée sur des réparties dont je comprenais enfin le double sens, ô sublime plaisir ! Voilà, c'est ça le génie d'Astérix ! Mais attention, on est bien d'accord, je parle uniquement des albums scénarisés par Goscinny. Avec Uderzo, ne restent plus que l'aventure et l'humour 1er degré. Et donc la surexpoitation d'un filon juteux. Ces albums-là sont à boycotter, par Toutatis !
La zen attitude
Voici un nouveau tome d'une série humoristique sur le Zen de Chez Claire De Lune. Les auteurs signent là encore une bonne brochette de gags en une ou plusieurs pages, toujours drôles, jamais méchants, et surtout évitant la plupart du temps les clichés de la BD humoristique. Je dis bien la plupart du temps, car il faut bien avouer que La Zen attitude en prend parfois pour son grade. C'est peut-être d'ailleurs ce qui rend l'album "La zen Attitude", des Editions Claire De Lune, bien agréable a lire.
Idées Noires
Rares sont les grands auteurs de BD populaire à s'être lancé dans l'humour qu'on qualifie de "noir". Franquin s'y est lancé, et ses "idées" sont un recueil un peu surréaliste, aux gags tantôt géniaux, tantôt assez médiocres, mais qui ne peuvent pas laisser indifférent. Le noir et blanc de Franquin est magistral, tout en finesse et en profondeur. On peut appréhender les "Idées noires" comme une BD "coup-de-gueule" contre la société, et surtout ses dérives. Franquin nous expose ses grandes peurs concernant l'avenir de la planète: la menace nucléaire, la pollution, la guerre, ... Il aborde aussi des considérations plus actuelles (et plus encore à la fin des années 70), comme la peine de mort, les traitements infligés aux animaux, etc, ainsi que des situations plus proches de notre vie quotidienne. Mais dans tous ces cas, on peut voir une critique globale des aspects les moins honorables de l'âme humaine: cruauté, hypocrisie, vanité... Franquin s'amuse à montrer la revanche des "victimes" (hérissons écrasés par les voitures, chevaux de jockey...). Il y a la critique d'une société absurde qui, sous le regard de l'auteur, semble partir à la dérive et sacrifie ses valeurs fondamentales et son humanisme au profit d'un cynisme qui est ici exacerbé. La variété des thèmes, qui touchent aussi bien les grandes "angoisses" de notre temps, les problèmes de société et les séquences plus intimes de notre existence, font que cette catégorie de gags fait assez souvent mouche; mais pas toujours, car certains sont vraiment assez faciles. On est encore moins convaincu quand Franquin s'obstine à "taper" sur certaines catégories de la population: les militaires, le clergé et particulièrement les chasseurs. C'est certes inventif, mais vu et revu, ressassé, et trop parti-pris. Par contre, les meilleurs gags sont ceux où explose l'humour noir dans son "état brut" -et sa splendeur: des situations délirantes comme celle de la planète-labyrinthe, parfois vraiment absurdes, mais aux chutes percutantes. Ainsi, cette BD apparaît difficile à noter, car inégale. BD polémique, recueil de situations absurdes, les "Idées noires" sont un peu tout cela, mais on ne peut reprocher à Franquin d'y avoir mis toute sa sincérité, et on ne peut que le remercier de nous avoir offert quelques "perles" dont il serait dommage de passer à côté. Note finale: 3,5/5.
Histoire sans Héros
Excellent. Claustrophobes s'abstenir !... Van Hamme revisite, de maîtresse façon, les scenarii des "patrol movie" chers aux années d'après-guerre de 40-45 : un groupe de personnes, souvent des soldats en mission périlleuse, voit ses effectifs diminuer au fur et à mesure de son avancée vers le but annoncé; ce au gré des attaques, des confrontations. Le spectateur aimait deviner "qui va être le suivant". C'est ce qui a fait le succès, par exemple, de films comme "Les 7 mercenaires" ou autres "Predator". Ici c'est la jungle : inconnue, inquiétante, mystérieuse, dangereuse ; elle tire un peu "la vedette" à elle.. Bien scénarisé, bien dessiné, belle mise en couleurs. Un premier bon album, hors des sentiers battus de la production et des héros habituels des années 70. Vingt ans plus tard, les auteurs donnent une suite à cette histoire (l'album "Vingt ans après). L'un après l'autre, certains des huit rescapés sont soit éliminés, enlevés, portés disparus... Qui ?... pourquoi ?... de nombreuses questions auxquelles il sera répondu en fin d'histoire. Au total ?... une histoire simple au départ, mais dont les développements du scénario initial sont vraiment maîtrisés, m'ont emmené sur diverses pistes qui, se regroupant petit à petit, ont formé un excellent puzzle narratif. Sans oublier le style graphique, bien entendu. Deux très bons bons tomes pour deux histoires étalées sur vingt ans. Plutôt rare dans le "métier".
Le Protocole du tueur
Voir Didier Convard s'éloigner de l'ésotérisme pour aborder un polar est pour moi une bonne surprise. Car si je ne suis pas un grand fan du dessin de Denis Falque, loin s'en faut, le scénario est prenant, et emprunte des éléments à des évènements récents et connus de tous (je pense notamment à l'affaire Allègre de Toulouse). Prévue en deux volumes, l'histoire , si elle ménage des surprises et rebondissements , est assez bien bouclée dans ce premier volume, ce qui nous permet de ne pas attendre avec angoisse le second opus et de souffler un peu au final de cette lecture prenante. Cette bd est très bavarde (d'ailleurs la couverture annonce "la couleur") mais j'ai pris un réel plaisir à la lire. Un grand défaut que l'on peut attribuer à Didier Falque est qu'il ne sait pas dessiner les femmes (tout comme Hermann dans son dernier album Afrika) qui manquent vraiment de féminité, de séduction. Note : 3,5/5
Isaac le pirate
Une bien bonne et bien belle série... Avec un rythme très personnel, un graphisme novateur et une palette de couleurs particulièrement audacieuse, Christophe Blain m'a emmené dans sa fantaisie avec une facilité déconcertante. Blain dispose d'une sorte de grâce, un don assez rare dans ce milieu de la bande dessinée qui multiplie actuellement les publications à un rythme échevelé (aaah... rendement... quand tu nous tiens...) Blain, dis-je, symbolise une nouvelle approche de la BD "made in Paris". Une BD qui en revient aux sources du récit vrai. Cet auteur me rappelle en effet les anciens feuilletonistes comme on en trouvait dans la France du 19ème siècle ; des écrivains qui rédigeaient des récits linéaires, sans artifices compliqués, qui suivaient un ou deux personnages à la trace. Bien sûr, ces héros de papier vivent des aventures qui peuvent apparaître surréalistes. Mais qu'importe tant que l'ivresse du récit permet au lecteur de s'immerger pleinement dans un univers dense et passionnant. La passion, l'aventure, mais aussi les sentiments humains et les petites faiblesses sont le lot des personnages de Christophe Blain. Et ici de cette série. Et je m'en régale.
Nous n'irons plus ensemble au canal Saint-Martin
Une BD assez courte, mais qui a réussi à m’émouvoir. Par contre, soyez prévenus : c’est noir ! Ces 3 petites histoires entrecroisées racontent le destin glauque de différents protagonistes, et abordent des problèmes existentiels et relationnels assez courants mais néanmoins traumatisants (problème de famille, de couple…) J’aime beaucoup la façon dont les 3 histoires s’entrecroisent. Ca nous rappelle que si on levait la tête et regardait autour de nous, on verrait sans doute d’autres gens, avec d’autres personnalités, d’autres vies, et d’autres drames. Le dessin est magnifique, très noir, et colle à merveille au récit. Voilà, rien de bien nouveau sur le fond ou la forme, mais cette petite BD a réussi à me toucher. Je me doute bien que ça ne sera pas le cas pour tout le monde !
Heavy Liquid
HL est une oeuvre emblématique du travail de Pope. Un futur plutôt sombre, assez sale, cohérent et (hélas) pas si éloigné que ça de notre présent, un héros beau gosse en marge de la société, des filles fragiles en apparence qui se révèlent être des tigresses, l'ombre planante du gouvernement, des gangsters et puis la création, l'Art. Le cadre est solide et maintes fois éprouvé, c'est l'histoire d'un homme contre les autres, de la recherche d'un passé, de la fuite. Le voyage est l'occasion pour S, le héros, de se poser des questions. Pope a l'intelligence de semer ça et là des idées qu'il se garde bien de développer. Idées fantastiques pour la plupart, ce qui confirme définitivement son statut d'auteur de science-fiction, elles sont en général sa réinterprétation de classiques du genre (pouvoir psychique, robots, etc...). Réinterprétation inventive et élégante bien sûr. Cette dissémination entretient une ambiance mystérieuse, une brume à travers laquelle on distingue des silhouettes familières. Pope met en pratique son amour pour la magie et le cirque jusque dans la composition de ses récits, les transformant en jeu de miroirs et de fumée. Les non-dits sont utilisés avec malice, surtout lorsque le récit touche à sa fin, afin de relever un peu la sauce. On a dès lors le choix de pardonner le relatif manque d'inventivité du scénario au profit de ce background assez riche. Il reste tout de même regrettable (voire frustrant) que Pope n'exploite pas davantage son extraordinaire pouvoir créatif faute d'un canevas plus élaboré structurellement parlant. La composition graphique est en revanche au dessus de tout reproche. Le trait est affiné, précis et dynamique. L'ensemble bouge diaboliquement vite, sans jamais trembler ou trébucher. Pope manie le crayon comme un pinceau scalpel : il sait où aller et souligne son mouvement avec assurance et sensualité. Le résultat est souple, fluide, sans manquer de mordant. Il ménage ses effets avec précaution pour assurer le maximum d'efficacité sur les scènes d'action (poursuite en vélo ou attaque de robots), évite le tape à l'oeil tout en insufflant dans chaque case une ambiance électrique. La colorisation en gris et rose amène une touche funky et charnelle. On a devant les yeux un travail abouti, un vrai régal pour les yeux pour peu que l'on adhère au style particulier de Pope. Sa singularité reste une véritable bouffée d'air frais bien appréciable dans l'univers de la bande dessinée. A ce sujet, on ne peut s'empêcher de demander si Pope n'a pas fait du Heavy Liquid une métaphore (inconsciente ou pas) de la BD : un matériau étrange peu connu du grand public, une drogue pour marginaux initiés, et la matière première destinée à devenir la plus grande oeuvre d'art moderne, c'est tout de même troublant... Quoiqu'il en soit, Heavy Liquid, parmi les autres albums de Paul Pope, mérite que l'on s'y attarde, que l'on fasse l'effort de le décrypter. C'est un excellent ticket d'entrée dans la galaxie Pope, accessible sans être aseptisé.
20th Century Boys
Une histoire haletante dont l’intérêt est toujours maintenu grâce à une succession de suspense - espoirs de dénouement – rebondissements en boucle. À cela s’ajoutent des superpositions d’époques montrant l’ancrage de l’histoire dans le passé des personnages. Ces flash-back, je les trouve vraiment passionnants un peu comme des interludes qui, au milieu de l’histoire, viennent nous faire partager un peu de la vie, des rêves et des déboires d’une bande de gosses attachante. Le dessin est très agréable de plus. Le gros bémol à mon avis ne vient pas de l’histoire ou du dessin ou de quoi que ce soit en rapport avec l’auteur mais plutôt de l’édition… la traduction… il y a trop de fautes d’orthographe !!! C’est monstrueux ! Petit exemple tome 7 page 79 « je vous en avez parlé la semaine dernière... » (sic).
Le ciel au-dessus de Bruxelles
En lisant ce diptyque, j'ai éprouvé le même sentiment que pour XXe ciel.com. Le traitement général, fait surtout penser à un clip bercé par le timbre monocorde d'une voix off et dont le rythme rapide, tente de nous faire partager l'urgence du propos. Au bout du compte, je trouve le procédé plutôt efficace, même si on peut toujours reprocher à Yslaire ses parti-pris et certains des clichés qu'il récupère (la place du voile, les flics belges, John Lennon et Yoko Ono...). Cela dit, les qualités de cette bd, c'est surtout dans la démarche de l'auteur que je les ai trouvées. A l'heure où le politiquement correct et la peur d'évoquer seulement l'islam de manière critique font rage, composer une histoire d'amour entre une musulmane et un juif (dans tout ce qu'elle peut avoir d'affectif et de charnel), est plus qu'un véritable engagement. C'est un acte de courage et d'espoir qui est tout sauf anodin. Le message d'Yslaire est puissant et provocateur aussi. Rien n'est plus obscène que la guerre et le fanatisme. Montrer un couple qui s'aime et se déchire en même temps, séparé par ses peurs et le déterminisme culturel, n'est pas malsain. C'est un miroir tendu vers notre humanité. Maintenant, pour parler du traitement graphique. Il illustre bien le propos. Yslaire maîtrise plutôt bien le mélange entre dessins et photos. Tout ceci participe donc à faire de cette bd, un très intéressant moment de lecture.