Les derniers avis (31948 avis)

Par Canarde
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Distinction
La Distinction

Bien nourrie après cette lecture qui raconte une aventure pédagogique sous l'égide de Bourdieu. C'est l'histoire d'un prof de lycée fils d'agriculteur qui veut faire comprendre Bourdieu à ses élèves. Je n'ai jamais lu Bourdieu, ni même quelqu'autre sociologue. En revanche ma mère (elle-même fille d'agriculteur) écoutait France-Culture en fond sonore depuis que France-Inter avait accepté sur ses ondes des pub pour les assurances... 1989? (merci France-inter !) Et j'ai gardé cette habitude depuis 30 ans et donc j'ai acquis un vernis sociologique suffisant pour ne pas me sentir surplombée par les vrais intellectuels. (merci "la fabrique de l'histoire", merci "avec philosophie", "les chemins de la connaissance", "entendez vous l'éco", etc...) Cette BD met en scène une classe ou chacun prend conscience du caractère social de ses propres désirs qu'il croyait si personnels si originaux... C'est émouvant et cela nous renvoie, chacun, à ce constat, à la fois agréable (sentiment d'appartenance et déresponsabilisation sur certains défauts) et en même temps effrayant (dépossession de son cher individualisme confortable) que nous sommes le jouet de nos dégouts et de nos désirs avant même de penser. Tiphaine Rivière réussi donc à mettre en scène ces lycéens , leurs parents et leur professeurs, et décrit dans leurs intérieurs certaines des classes présentées par Bourdieu : populaire, petits bourgeois rêvant de faire accéder leurs enfants à l'étage au dessus, grands bourgeois... C'est sans doute une simplification et l'autrice disait hier à la radio que ces classes avaient changé et qu'elle conseillait la lecture de "30 ans après la distinction de Pierre Bourdieu" par Philippe Coulangeon et Julien Duval. En tout cas c'est très salutaire de se rendre compte que les classes dominantes ne se rendent pas compte de leur domination, elles ont créé une fiction qui les arrange : la méritocratie. Et la classe moyenne a avalé cette pilule amère : elle condamne ses enfants à suivre les valeurs de la classe du dessus, reniant ses propres valeurs, et imaginant qu'en travaillant bien ses enfants deviendront des grands bourgeois... Erreur statistique... Des exceptions existent mais sur combien de générations ? Bref lisez et faites lire cette BD, elle éclaire beaucoup de nos parcours...

21/07/2024 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5
Couverture de la série Horizons climatiques - Rencontre avec neuf scientifiques du G.I.E.C.
Horizons climatiques - Rencontre avec neuf scientifiques du G.I.E.C.

D'accord avec Grizzly, il faut avoir lu cette BD. Je travaille dans le secteur de la construction, du coté de ceux "font quelque chose pour le climat "en particulier en construisant sans béton armé, et en formant les professionnels et ceux qui veulent le devenir aux nombreuses techniques alternatives. Mais beaucoup de choses autour du GIEC restaient floues dans mon esprit. Ici les deux protagonistes rencontrent 9 scientifiques qui ont participé à la rédaction d'un ou plusieurs rapports du groupe d'expert intergouvernemental pour le climat. Ces rencontres permettent de comprendre comment sont prises les décisions entre ces scientifiques, le rôle des Etats dans ces rapports, le nombres d'études paraissant chaque années dans le monde sur le climat (40 000), et l'importance de ces rapports du GIEC (tous les 7 ans) pour arriver à synthétiser toutes ces études : c'est la seule manière pour que les politiques prennent en compte les dégâts qu'ils causent en ne changeant pas de direction. Je n'avais pas tout-à-fait compris non plus que les concentrations de CO2 et les températures au cours de l'histoire de la terre avaient effectivement déjà varié énormément, par le passé, mais les variations avaient lieu sur des milliers d'années et les espèces animales et végétales avaient eu le temps d'évoluer pour s'adapter. Aujourd'hui, ces changements sont très très rapides, nous le voyons. Et les politiques se voilent la face, protégés dans leurs milieux sociaux privilégiés. En lisant tous ces témoignages, il parait encore plus absurde de lire les professions de foi des politiques : ce serait leur devoir de transmettre ces conclusions et d'agir en leur sens. ils continuent à invectiver chacun leur bouc émissaire : les étrangers (5 millions dont leurs entreprises cotées en bourse ont pourtant besoin) les banques (sans qui nous ne pourront pas investir dans les infrastructure de transport collectif ou de production d'énergie), les pauvres (qui pourtant polluent largement moins que les classes moyennes et les riches) Bref, les discours politiques sont électoralistes avant tout alors que leur rôle serait de faire connaître les problèmes vitaux et d'y répondre avant toute chose. Cet opus est beaucoup moins orienté du point de vue politique que le monde sans fin avec Jancovici : on reste sur ce qui fait consensus, et c'est une révolution par rapport aux discours politique dominant : il faut partager les richesses pour que les avancées puissent-être durables : Les guerres conduisent à une débauche de co2, c'est la destruction qui entraine le plus de pollution, puisqu'il faut re-construire et re-produire les ressources. Autrement-dit, même si ce n'est pas dit tout-à-fait comme ça : le GIEC est anti-capitaliste.... Du point de vue dessin, on peut dire que ça fait le job. Il y a une tendance bicolore avec une couleur différente pour chaque personnage rencontré mais avec des couleurs supplémentaires pour les graphiques ou les paysages. C'est dynamique, plutôt agréable. (mieux qu'Economix, moins bien que Capital & Idéologie)

21/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Six
Six

Dans le genre western, difficile de faire du neuf malgré une couverture que je trouve peu réussie, Six s’est avéré un bon petit moment de lecture. En tout cas, je n’ai rien à dire de méchant sur ce 1er tome, ce n’est encore qu’une introduction à l’histoire mais tout est bien maîtrisé. En premier lieu, j’ai apprécié le ton de l’œuvre, ça démonte gentiment le mythe (héros solitaire, code d’honneur …) et ça reprend également tous les poncifs du genre, il n’y a qu’à voir nos 6 héros : l’indien, l’esclave, la nonne, la prostituée, le déserteur qui vont entourer petit à petit le benjamin dans sa quête de vengeance. Un premier tome dense et bien construit, les personnages n’auront pas tous le même traitement pour leur présentation mais le tout est vraiment bien amené, un petit plaisir coupable. J’ai envie de suivre cette bande improbable et composite (mon chouchou c’est l’indien). En fait, ça m’a fait penser à un des meilleurs albums de la collection « Sept … » et qui prendrait son temps. Un mot pour le dessin que j’ai trouvé très fin et efficace, je découvre l’auteur mais j’aime son style lisible, ici un trait entre Stern et La Venin et qui prend le meilleur des 2 parties. J’espère une suite du même acabit mais en l’état, c’est plus que pas mal, les amateurs devraient apprécier, ça peut donner une chouette série. Nota : le dossier en fin d’album est très intéressant pour les néophytes. MàJ tome 2 : Une deuxième tome qui confirme tout le bien que je pensais de son entame. Le style graphique m’a même paru encore plus fin. L’intrigue avance bien, j’ai surtout aimé sa construction que je trouve habile, il y a plusieurs Time Line mais on est jamais perdu. On sent que la fin ne sera pas si joyeuse, les nombreuses menaces autour de notre sextuor n’en finissent pas. Il y a même un petit côté fantastique qui apparaît (je n’aime pas d’habitude mais ça passe très bien dans le cas présent). Hâte de lire la suite. Divertissante et très bien réalisée, une série bien cool.

12/05/2023 (MAJ le 21/07/2024) (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5
Couverture de la série TER
TER

Ça faisait longtemps que je n'avais pas lu de BD SF. Et j'ai passé un très bon moment. Je n'ai pas du tout remarqué toutes les incohérences citées par Titanick, je me suis laissée porter comme un enfant. J'ai lu l'intégrale d'un coup, parue en novembre 2023, attirée par une très belle couverture violet/jaune, mise en avant dans une libraire de Voiron (O librius). L'histoire de ce type venu de nulle part, immédiatement instrumentalisé par le pouvoir, par les opposants, comme l'homme providentiel... L'idée n'est peut-être pas original, mais ici c'est très bien joué, les personnages sont nuancés, avec plein de seconds rôles brillants (c'est souvent ce qui manque) les dialogues justes, des liens affectifs réalistes... Et le scénario assez malin (si on fait abstraction des incohérences scientifiques répertoriées par Titanick !) pour trouver un sens à cette situation qui commence comme Thorgal et qui finit comme "Blade runner", ou peut-être La Planète des Singes qui sait dans la prochaine saison ? Les dessins un peu à l'ancienne (comme dans Valérian) avec les couleurs de chaque page mieux composées, souvent avec deux couleurs principales et complémentaires contrastantes (comme sur la couverture). C'est beau, ça respire.. Cela devient un peu plus oppressant dans le tome 3 avec cette esthétique de vaisseaux à couloir (à la limite de Goldorak, quand on y pense...) Bref c'est une bonne compil de l'imaginaire occidental d'un.e quinquagénaire de 2024... Et sa dépayse réellement contrairement à certaines BD de science fiction donneuse de leçon. Ici c'est l'histoire et les personnages qui vous amènent d'un point A vers un point B en vous soulevant de votre siège. Et c'est bon.

21/07/2024 (modifier)
Par Montane
Note: 4/5
Couverture de la série Line
Line

Cette série a été crée pour le magazine du même nom que publiait les éditions du Lombard a l’époque. Il fallait absolument une heroine féminine pour faire vivre le Journal. Elle met en scène Line Lombard qui est la fille d’un médecin évoluant dans un univers très masculin. La série démarre dans les années 60 et on perçoit bien la volonté de Greg de mettre en scène un personnage féminin désirant s'émanciper du rôle traditionnel dévolu aux femmes. les 5 albums que compte cette courte série, proposent des aventures assez originales et Greg est a son meilleur niveau a l’époque. J’ai été également bluffé par le dessin réaliste de Cuvelier qui est absolument remarquable, et qui est à découvrir ou à redécouvrir. Dommage qu’il ne se soit pas vu proposé une série plus marquante correspondant à son talent. Lire les aventurées de Line c’est aussi l’occasion de se replonger dans l’univers du journal Tintin des années 60 avec des histoires plus courtes que le format traditionnel des 46 planches puisque 3 albums ne comptent que 30 planches, et comme beaucoup d’albums de ce format, ils ont été publié soit dans la collection Jeune Europe soit dans la collection Bedescope. Un bon moment de lecture vous attend.

21/07/2024 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Éphémères
Les Éphémères

Je mets mon avis à jour suite à la lecture du deuxième tome, je laisse ma note de 4/5 et je réactive mon coup de cœur. Les éphémères (fishflies ou mayflies en anglais), insectes au cycle de vie insolite assez communs sur la côte est Canadienne, servent de point de départ à ce polar fantastique de Jeff Lemire. Le premier tome m’avait déjà beaucoup plu : un malfrat en fuite se fait attaquer par une nuée d’éphémères et se métamorphose en insecte géant. L’intrigue elle-même avance finalement peu, et laisse place à cette amitié naissante et improbable entre l’insecte et une gamine du coin. Ces moments de tendresses constituent la base de cette fable champêtre très humaine. Je me demandais où l’auteur allait emmener son histoire, et le deuxième tome ne m’a pas déçu. J’ai adoré le développement de l’intrigue, que j’ai trouvé scotchante et remarquablement construite. La fin aussi, m’a énormément plu. La mise en image est très « Lemirienne », avec ce trait fébrile et ces aquarelles bleutées aux touches rougeâtres. Voilà, un excellent diptyque dans le genre fantastique, et une des meilleures histoires de Jeff Lemire.

17/11/2023 (MAJ le 20/07/2024) (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Trashed
Trashed

Tout ramasser tout éliminer - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il s'agit d'un récit sur le métier d'éboueur derrière la benne, initialement paru en 2015, écrit, dessiné et lettré par Derf Backderf qui a également appliqué des teintes de bleu. Il commence par une introduction de l'auteur, écrite en juin 2015, qui explique qu'il a exercé le métier d'éboueur en 1979 et 1980. Il ajoute qu'il avait commencé ce récit sous forme d'un webcomic en 2010, avant d'en faire un projet plus conséquent. John Derf est en train de traînasser au lit, mais sa mère entre dans sa chambre en lui indiquant qu'il est midi, et qu'il doit sortir les poubelles. En plus de ça, il n'a toujours pas trouvé de boulot. Il finit par se lever et sortir les poubelles. Il va jusqu'au bout de l'allée du pavillon et jette les deux sacs dans la poubelle métallique. Peine perdue : les sacs tapent dans la poubelle et elle se renverse par terre. Il fait mollement semblant de remettre les ordures dans la poubelle, mais en laisse les deux tiers à côté. Il va prendre son petit-déjeuner et sa mère lui met le journal sous le nez : il y a une petite annonce de la municipalité qui embauche des éboueurs. Il commence par regarder un épisode de Bugs Bunny à la télé puis se décide à appeler pour la petite annonce. Il est accepté après deux phrases. Dès le lendemain, il est sur le marchepied à l'arrière d'une benne comme ripeur.il s'en suit un bref rappel historique de 3 pages sur l'histoire des déchets, de l'antiquité à l'époque contemporaine en passant par la Grèce Antique, la création du premier service de collecte des ordures ménagères par Benjamin Franklin à Philadelphie en 1792, jusqu'à la forme moderne de la collecte à partir des années 1970, sans oublier l'augmentation du nombre de kilogrammes de déchets produits par habitant, et l'accélération de la consommation provoquée par l'obsolescence programmée. Le temps est venu pour JD d'effectuer sa première journée, sa première tournée de collecte. Il soulève le couvercle de sa première poubelle et découvre une odeur pestilentielle, avec une poubelle grouillant d'asticots. Il essaye de soulever la poubelle mais elle est trop lourde. Il doit prendre un sac immonde, l'amener pour le jeter dans la trémie, faire de même avec le second sac. Puis il amène la poubelle proprement dite et vide le jus dans la trémie, mais trop vite, et son teeshirt est souillé par les éclaboussures. C'est bon pour son collègue, il a essuyé son baptême professionnel. Quelques jours plus tard, JD va chercher son collègue ripeur Mike chez lui et ils se rendent au dépôt, tout en jetant un coup d'oeil aux dépôts déjà présents sur les trottoirs. Sur place, l'agent de maîtrise Will E. leur reproche d'être en retard de deux minutes, puis il distribue le travail au sein de l'équipe, à savoir Gus, Dirk, Woody, Curt, Bone, Mike, JD et Marv. Comme d'habitude, JD et Mike se retrouve à la benne, avec Bone comme conducteur, affecté sur le véhicule surnommé Betty qui n'est plus de toute première jeunesse. Les États-Unis produisent de l'ordre de 254 millions de tonnes d'ordure par an. Ils mettent les ordures dans une poubelle, les présentent sur le trottoir et elles disparaissent comme par enchantement. Dans la réalité, le poids par an et par habitant augmente lentement année après année, et surtout la population continue d'augmenter ce qui accroît d'autant le tonnage de déchets produits. En outre, la proportion de déches triés n'augmente pas aussi vite. JD et Mike entament leur tournée et recommence à prendre des sacs et des poubelles lourds. Cette bande dessinée raconte le quotidien d'un éboueur chargé de la collecte des ordures ménagères dans un coin des États-Unis un peu rural, le lecteur pouvant supposer qu'il s'agit d'une région de l'Ohio puisque l'auteur s'est basé sur sa propre expérience. de temps en temps, il consacre une, deux ou trois pages à exposer des faits sur les déchets, leur histoire, leur production, leur collecte et le traitement. L'artiste dessine d'une manière un peu particulière, tout en étant dans un registre très classique, descriptif, réaliste avec un bon niveau de détails. le lecteur fait connaissance avec des personnages aisément reconnaissables, un peu dégingandés pour les jeunes, tous blancs, avec une ou deux personnes âgées. Ils portent des tenues décontractées, généralement des jeans et des teeshirts, avec des chaussures de sécurité. S'il ne s'y intéresse pas, le lecteur peut avoir l'impression que tout le monde est habillé de la même manière, jusqu'à ce qu'il fasse la connaissance de Magee et de ses bottes de cowboys. Il regarde alors les autres personnes et voit bien que le responsable des espaces vert tond la pelouse en short, et que les éboueurs revêtent de chaudes parkas pour les tournées sous la neige. Il se rend vite compte qu'il se balade avec eux lors du ramassage des poubelles et qu'il a un aperçu de cette ville étalée avec ses différents quartiers. Il ne pourrait certes pas s'y retrouver s'il y allait en réalité, mais il reconnaîtrait le dépôt des services municipaux et le garage des bennes, la supérette avec son comptoir et son présentoir tournant de comics, son cimetière, ses rues interminables de pavillons avec leur petite pelouse sans clôture, le bar du coin, le centre de tri et bien sûr le centre d'enfouissement technique où les véhicules de collecte vont vider leur chargement de déchets. Le lecteur apprécie d'ailleurs l'exactitude technique du regard du dessinateur. C'est une évidence quand il représente une benne en coupe pour expliquer le système de compaction et le fonctionnement du bouclier éjecteur. C'est présent en creux quand il représente les poubelles, la façon dont les ripeurs se tiennent derrière la benne, les gestes et postures pour soulever des objets lourds tout seul ou à deux, et bien sûr dans tous les types de déchets ramassés. Il ne fait nul doute que l'auteur a bel et bien exercé ce métier au vu des différents types de présentation problématique auquel il doit faire face, de la poubelle grouillant d'asticots avec du jus au fond, jusqu'au sacs collés au sol gelé. le lecteur découvre donc l'organisation des collectes réalisées par ce service municipal, ainsi que les tâches annexes réalisées par les éboueurs. Il n'est pas très surprenant qu'ils se tapent des tournées de collecte des objets encombrants (avec certains inattendus et tellement lourds qu'ils se demandent comment à fait celui qui l'a déposé sur le trottoir), en revanche le lecteur ne s'attend pas forcément à les voir ramasser des bouteilles remplies d'urine sur les bas-côtés de la route, ou des préservatifs usagers sur le terrain de football. Au vu du degré d'exactitude dans la représentation des situations professionnelles, le lecteur se fait vite à l'apparence un peu relâchée des dessins, aux traits de contours pouvant paraître un peu mollassons, aux tronches un soupçon caricaturales par moment. Qu'il ne se soit jamais intéressé à cette profession ou qu'il la connaisse bien, le lecteur découvre des anecdotes truculentes sentant le vécu, et souvent surprenantes, ainsi que de bons bougres, pas toujours futés, chacun avec leur personnalité, et leur motivation plus ou moins développée, mais la conscience de faire un travail indispensable. le lecteur a conscience de lire une bande dessinée entre reportage et autofiction, et les pages d'exposition de arrivent à point nommé pour développer un aspect ou un autres sur la production, la collecte et la gestion des déchets. Derf Backderf passe ainsi en revue l'apparition de l'organisation moderne de la collecte des ordures ménagères, celle des déchets recyclables et leur proportion toute relative par rapport à la production totale, le poids de déchets produits par une famille avec deux enfants en un an, la réalité du tri manuel sur les chaînes, la durée réelle de décomposition d'un déchet vidé en décharge (450 ans pour une bouteille en plastique), la récupération de méthane, les centres de transfert, l'implantation d'un centre d'enfouissement technique, leur gestion, et bien sûr les caractéristiques d'une décharge à ciel ouvert. Comme toute personne sensible à la question ou s'étant renseignée sur le sujet, l'auteur a à coeur de trouver des comparaisons parlantes pour évoquer la quantité de déchets produite par an et par individu, sur le territoire des États-Unis, et pour mettre en lumière qu'ils ne disparaissent pas par enchantement, que derrière le tour de prestidigitation (déposer sa poubelle pleine le soir, la retrouver vide le lendemain) il y a des réalités économiques, humaines et écologiques. Il ouvre donc son récit sur l'industrie de la collecte et du recyclage des déchets, mais aussi sur le fait que le taux de croissance des déchets, ou le tonnage collecté constitue un indicateur de l'activité économique et que les constructeurs implémentent l'obsolescence programmé dans leurs produits pour augmenter la consommation, ce qui à la fin se traduit pour une augmentation des déchets. En regardant les éboueurs travailler dans cette petite ville américaine, le lecteur peut constater une dotation minimale en équipements de protection individuelle, ainsi qu'un positionnement des marchepieds sur le côté de la benne qui les met en danger vis-à-vis de la circulation automobile, c'est-à-dire une prise en compte très relative de la prévention des risques professionnels. Enfin, il peut prendre conscience que cette forme de gestion des déchets reste au niveau de les enterrer à un endroit un peu éloigné de chez soi, sans grande précaution pour éviter les infiltrations, les pollutions du sol. Dans cette bande dessinée, le lecteur suit le quotidien pas piqué des hannetons d'un éboueur affecté à la benne par tous les temps, devant ramasser tout ce qui se trouve sur la voie publique. L'expérience professionnelle de l'auteur est patente dans chacune des anecdotes, ainsi que sa capacité à les exposer clairement, avec une touche humoristique provenant d'une capacité à prendre du recul. Les dessins peuvent paraître un peu mal assurés, mais la lecture montre qu'ils racontent l'histoire de manière fluide et précise, sans jamais être surchargés. En fonction de sa familiarité avec le sujet, le lecteur prend la dimension de la question de la production de déchets, et ne s'embête jamais grâce à ce partage d'expérience très vivant.

19/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Wonder Woman - Dead Earth
Wonder Woman - Dead Earth

Une force de conviction visuelle peu commune - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre qui ne nécessite pas de connaissance préalable du personnage. Il s'agit d'une version alternative de Wonder Woman, déconnectée des autres. Il regroupe les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2020, écrits, dessinés et encrés par Daniel Warren Johnson. La mise en couleurs a été réalisée par Michael Spicer. Le tome se termine avec les 4 couvertures alternatives en pleine page sans texte ni logo, ainsi que 5 pages d'études et de dessins préparatoires. Il y a plusieurs millénaires, dans une grande grotte circulaire décorée, Hippolyta fait plonger les mains dans la glaise à Diana, en lui expliquant qu'elle a été façonnée à partir de cette matière, et qu'elle tire sa force de la terre. Quelques temps plus tard, Diana voit un avion de chasse s'écraser sur le sol de Themyscira, et elle s'approche de l'homme qui est parvenu à s'en extirper encore en vie. Des années plus tard, la guerre nucléaire a enfin lieu, et la civilisation humaine s'effondre, l'humanité est décimée. Des années plus tard, un groupe de quatre jeunes s'enfoncent dans une forêt à la recherche de quelque chose de comestible : Dee (la cheffe du groupe), Eddog, Jonesy, Tal. Ils sont bientôt repérés par un énorme monstre vaguement anthropomorphe : un Haedra. Ils se réfugient dans une grotte et choient de plusieurs mètres, finissant par arriver dans une chambre souterraine avec des appareillages technologiques et un caisson de type cryogénique. Ils ont été suivis par l'Haedra qui attaque à nouveau. Une femme s'extirpe du caisson et arrête le monstre à main nue. Un violent combat s'engage. La femme semble désorientée, sans souvenir de qui elle est. Le monstre reprend l'avantage : Jonesy se précipite sur lui et lui plante un énorme couteau dans la cuisse droite. Le monstre réagit et le tranche net en deux, le tuant sur le coup. Diana réagit par réflexe et tue le monstre. Jonesy rend son dernier soupir dans les bras de Dee. Diana peut enfin regarder autour d'elle : une immense grotte très haute de plafond avec une voiture à la carrosserie d'une forme très particulière, des ordinateurs hors service depuis des années, et un penny géant. Les quatre personnes remontent l'escalier et arrivent dans un salon au mur extérieur éventré, Diana identifiant immédiatement le cadavre de l'individu en costume sur le canapé : Bruce. Diana observe le paysage désolé à l'extérieur et tombe à genoux devant la dévastation qui s'offre à elle. Le soir, autour d'un feu de camp, elle interroge Dee pour savoir ce qui s'est passé. Dee évoque une guerre dévastatrice, et elle demande à Diana qui elle était. Cette dernière répond qu'elle était la protectrice de la Terre. Dee fait observer qu'elle a échoué. Diana retourne dans les pièces éventrées du manoir : elle récupère la ceinture de Batman, ainsi qu'un plastron aux couleurs de Wonder Woman. Le lendemain, elle propose au trio de les accompagner, ce qu'ils acceptent. Le principe des récits publiés avec le sceau Black Label est de proposer une interprétation différente et autonome d'un personnage DC, sous un jour plus adulte. L'auteur a déjà réalisé deux séries : Extremity et Murder Falcon. Il est connu pour ses dessins très énergétiques, associant une saveur manga aux comics d'action. Le lecteur peut aisément détecter cette caractéristique dans ce récit : une utilisation mesurée (il n'y en a pas à toutes les pages) des lignes de force et des lignes de vitesse, parfois une façon de représenter les jeunes adultes comme des adolescents à fond dans l'instant présent, des onomatopées allant vers un domaine plus visuel, la représentation de certains impacts (directement empruntée à Katsuhiro Otomo, et quelques mouvements lors des affrontements physiques pouvant rappeler des combats de tournoi. D'un côté, le lecteur qui y est sensible ne peut pas ignorer cette influence patente ; de l'autre côté ces spécificités graphiques s'intègrent de manière organique dans les pages, dans la manière globale de dessiner de l'artiste. La deuxième chose qui caractérise la narration graphique de Johnson réside dans son implication à chaque page. À plusieurs reprises, le lecteur se surprend à ralentir sa lecture. Il se demande pourquoi et il voit la page sur laquelle il passe plus de temps, constatant la force de la composition. Ça commence avec l'image des champignons atomiques : un dessin mille fois vu, ou plutôt des champignons mille fois vus, et pourtant cette page restitue toute la démesure de cette arme de destruction massive toute la dévastation qu'elle occasionne, toute la folie d'avoir créé et fabriqué ce genre d'engin de mort. Daniel Warren Johnson sait insuffler une intensité étonnante dans les moments d'action : la carcasse de l'avion du capitaine Steve Trevor, fracassée au sol, la sauvagerie avec laquelle Diana tranche le cou d'un Haedra, la brutalité sanguinolente de la bataille rangée contre la horde d'Haedra, la ferveur de la foule dans les gradins de l'arène en train de scander le nom de Diana, la monstruosité d'un Haedra démesuré (rappelant les dessins de James Harren pour la série BPRD), les ruines enténébrées de Themyscira, la beauté du vol de Pégase survolant des montagnes enneigées, Diana s'envolant au milieu d'une pluie de missiles nucléaires, le maniement d'un fléau d'armes unique en son genre, etc. À chaque combat, le lecteur voit que l'artiste ne fait pas semblant : c'est un combat à la vie à la mort, entre des guerriers et des monstres qui ne font pas de cadeau, à l'opposé d'un dessinateur faisant ce qu'il peut pour remplir son quota de pages d'action, mas sans réelle conviction, de manière artificielle. En outre, l'auteur se montre inventif que ce soit pour l'apparence des monstres, ou pour certaines armes, dont celle bien crade que Diana se fait à la fin de l'épisode 3, à partir d'un cadavre unique en son genre. L'artiste se montre tout aussi impliqué dans les séquences plus calmes. Longtemps après avoir refermé l'ouvrage, le lecteur se souvient de Diana découvrant Bruce, de l'exode de la population de la ville sous la neige, dans une longue file de marcheurs, du campement à la belle étoile, de la discussion avec Barbara autour d'un feu de camp, de la découverte du cadavre d'un autre superhéros, etc. Wonder Woman est donc de retour dans un monde post apocalyptique et à la seizième page Dee lui fait observer qu'elle a échoué à protéger la Terre. Dans son récit, l'auteur effectue d'autres références aux éléments de la mythologie de la superhéroïne : Themyscira, sa mère Hippolyta, une ennemie récurrente, deux autres superhéros, le lasso de Vérité, les bracelets, et quelques autres encore. Il le fait de telle sorte à ce que le lecteur n'ait nul besoin de connaître ces éléments pour comprendre le récit. Il se permet de changer un ou deux éléments de la continuité (par exemple les bracelets) sans que le lecteur n'en prenne ombrage. Il donne une apparence un peu différente à Diana, pas vraiment plus vieille, avec un nez un peu épaté, et une tignasse indomptée, sans tiare. Il se tient à l'écart de toute forme de sexisme, et lui donne un costume plus couvrant que d'habitude, avec une rage au combat visible sur son visage, évoquant parfois Paul Pope. Il montre une guerrière puissante et sauvage, une combattante qui sait blesser et tuer, et qui n'hésite pas à le faire. Le premier contact du lecteur avec cette version de la superhéroïne la montre sous son jour de guerrière. Lors d'un retour en arrière, Hippolyta évoque le pouvoir de sa fille avec Nubia une autre amazone, une autre différence avec le canon habituel du personnage, différence qui explique la brutalité des interventions de Diana, en cohérence avec la tonalité du récit. Il faut donc un peu de temps pour voir apparaître ses autres traits de caractère : la diplomate, la pacifiste, sa compassion, son altruisme. Elle se met vite aux services des humains qui l'ont tiré de son caisson, sa battant contre les monstres (Haedra) et prenant la tête de la communauté par la force des choses. Le fil directeur de l'intrigue se révèle être la lutte contre les monstres, auquel s'entremêle des informations sur le passé, sur la suite d'événements qui a mené à l'apocalypse nucléaire. À une ou deux reprises, le lecteur s'interroge sur un détail du récit : l'exode entamé sous la neige : pas une très bonne idée pour déplacer une population aussi importante avec des blessés et des infirmes, impossible à nourrir à moyen terme, la facilité avec laquelle Dee va retrouver Diana à moto alors qu'elle se trouve à plusieurs jours de vol de là. De temps à autre le lecteur éprouve des difficultés à croire au comportement de son héroïne qui se montre plus agressive qu'à son habitude, régulièrement dépourvue de toute pitié pour ses adversaires. Il s'interroge également sur l'augmentation de son niveau de pouvoir, ce qui fait d'elle l'équivalent d'une déesse, une héroïne cantonnée au rôle de sauveuse, avec une fibre maternelle pour protéger les pauvres humains sans défense. Dès la première séquence, l'auteur impressionne par la conviction de sa narration visuelle qui emporte tout sur son passage, créant un comportement schizophrène chez le lecteur accélérant le rythme de sa lecture aiguillonné par l'urgence des pages, tout en ralentissant sa lecture pour mieux admirer une page ou une action flamboyante, avec une force incroyable. Son ressenti de l'intrigue dépend plus de son attachement avec le personnage. S'il se laisse emporter par la verve de Daniel Warren Johnson, il abandonne toute préconception sur le personnage, et jouit d'un divertissement alerte et brutal. Si son attachement au personnage est plus profond, il peut trouver que le scénariste exagère certaines réactions pour la cohérence de son intrigue, en poussant le caractère de Diana au-delà de sa personnalité fondamentale.

19/07/2024 (modifier)
Par Montane
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Celeste
Celeste

Céleste Albert vient de la campagne. Mariée à un chauffeur de taxi parisien, on ne peut pas dire qu’elle baigne dans un monde de culture ni qu’elle fréquente des gens très sophistiqués. Tout change au jour où elle devient la Gouvernante de Marcel Proust. Il vit reclus et semble craindre le monde extérieur. D’une santé fragile, il peine à achever son œuvre, et passe une grande partie de ses journées au lit n’ayant de cesse de réécrire de nombreux passages d’à la recherche du temps perdu. Et pourtant il le faut s’il veut atteindre le graal: le prix Goncourt. Céleste lui devient vite indispensable. Pas uniquement pour lui préparer ses repas ou lui amener son café au lit. Maïs également pour l’accompagner dans son processus créatif. En panne d’idée, elle l’incite à se replonger dans ses carnets de note volumineux, ou à se rendre au musée du Louvre pour contempler un tableau de Vermer. Et céleste l’accompagnera ainsi jusqu’à son dernier souffle même s’il eu des ruptures car le grand homme est loin d’être simple à vivre. Graphiquement tout ceci est magnifique. Comme toujours chez Cruchaudet, on ne trouve pas véritablement de cases mais des dessins, qui se succèdent et quand elle considère que le récit le demande le dessin grandit sur une voire deux pages, en toute liberté. Les tons tournent essentiellement autour du vert et du mauve. C’est vraiment très très plaisant à regarder et ça dure pendant 250 pages sur deux volumes. Céleste c’est avant tout une œuvre sur le processus créatif et artistique. Un processus long et chaotique, rarement linéaire, fait de hauts mais surtout de bas, ou ne découragent surgit au détour d’une critique perfide dans la presse parisienne. Une véritable réussite.

19/07/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Lucky Luke - Choco-boys
Lucky Luke - Choco-boys

J'ai lu cet album dans la foulée de celui de Blutch, Les Indomptés, et je m'y faisais justement la réflexion que celui-ci avait mis Lucky Luke dans une situation le sortant des sentiers battus pour le désarçonner, le faisant côtoyer des gamins (mal élevés), tout comme Morris l'avait fait côtoyer des femmes dans La Fiancée de Lucky Luke. Eh bien ici, Ralf König le fait côtoyer des cow-boys homosexuels... et force est de constater que ça ne le désarçonne pas du tout, et qu'il prend ça de manière très cool. Et je trouve ça chouette. A un moment donné, j'ai cru que l'auteur allait n'utiliser Lucky Luke que comme prétexte à nous faire du Conrad et Paul au Far-West mais non, il utilise bien les codes et personnages de la série Lucky Luke pour produire un excellent cocktail entre l'esprit de Morris et celui de Ralf König. On s'amuse d'emblée de voir son graphisme appliqué à l'univers de Lucky Luke, et de voir ce dernier en jean moulant "bien gaulé", avec la mèche noire sur le regard ténébreux. Certes on est loin du style de Morris mais j'aime bien, ça fonctionne. Et j'ai beaucoup rigolé aux dialogues et à la mise en scène. Les clins d'œil sont nombreux, les dialogues à double sens encore plus, et le tout est pris avec le naturel et le bon sens propres à Ralf König. Il y a un très bon sens du rythme pour les gags et pour rendre amusantes les réparties des personnages. J'ai trouvé ça très drôle et j'ai ri à haute voix de nombreuses fois. Pour autant, ce n'est pas que de l'humour et il y a bien un scénario derrière tout ça, une intrigue certes pas très mouvementée et plutôt romantique au final, mais une histoire qui coule bien et se lit avec plaisir. J'ai passé un très bon moment avec de sympathiques personnages.

19/07/2024 (modifier)