Les derniers avis (32250 avis)

Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série L'Arabe du futur
L'Arabe du futur

Est il encore besoin ici de présenter Riad Sattouf et son Arabe du futur ? Sattouf nous amène à travers son enfance entre la Bretagne, la Syrie et la Libye avec un mélange d’humour et de brutalité. Dès les premières pages, on est pris dans ce monde où le père, Abdel, prend toute la place, personnage complexe avec ses idées parfois progressistes, souvent rétrogrades, et cette obsession de faire de son fils “l’Arabe du futur”. C’est un récit autobiographique, mais ça ressemble plus à une épopée. Le choc des cultures est là, à chaque page, mais Sattouf ne tombe jamais dans le moralisme. Il nous balance les événements avec cette distance qu’il a su cultiver depuis l’enfance. Et c’est drôle, vraiment drôle, même quand ça parle de trucs affreux comme des exécutions publiques ou des gamins qui brûlent des chiens. Cette capacité à rendre légers des moments aussi durs, c’est ce qui fait toute la force de cette série. L’humour est partout, que ce soit dans les contradictions du père ou dans les décalages absurdes entre les visions françaises et arabes du monde. Et puis, il y a ces petites anecdotes qui nous rappellent que, derrière le tableau géopolitique, il y a la vie d’un enfant qui essaie de comprendre son père et les règles absurdes du monde qui l’entoure. Le trait de Sattouf est une épure qui ne se prend pas la tête, avec ces aplats de couleurs qui changent en fonction du pays. C’est simple, efficace, et ça colle parfaitement à l’histoire. Ce qui me bluffe vraiment ici est le décalage constant entre la France tranquille et les dictatures militaires où l’on pend les gens en pleine rue. Et pourtant, le tout reste léger, presque poétique par moments. Une vraie prouesse. La série ne faiblit pas, et à mesure que Riad grandit, la dynamique change. Ce n’est plus juste un gamin fasciné par son père, c’est un ado qui commence à comprendre que son modèle a des failles, des préjugés et des contradictions énormes. C’est là que la BD prend une tournure plus amère. On se rend compte que le père, qui rêvait d’un fils parfait, est lui-même prisonnier d’un idéal impossible. L’Arabe du futur, c’est un voyage entre deux mondes, deux cultures, mais surtout une sacrée histoire de famille. Pourquoi 4 et pas 5 ? Je rejoins Bamiléké sur un sujet qui m'a aussi interpelé, les adultes ne vieillissent pas en dessin, en particulier son père et je trouve que cela nuit un peu à la perception du temps qui passe et qui est important ici, parce que Riad, lui, grandit.

17/09/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série Adieu mon royaume
Adieu mon royaume

Une BD atypique qui ne plaira pas à tout le monde. Je tiens à saluer le très beau travail éditorial des éditions 6 pieds sous terre. Je découvre Marcel Shorjian, un auteur complet, et je suis sous le charme de son travail. Nous sommes au moyen âge dans un royaume mystérieux, mystique et magique, on va suivre 8 personnages : la bête, le fanatique, la sorcière, le roi, la vagabonde, la créatrice, l'élève et enfin le fou. Ils sont présentés sous la forme d'une ancienne carte de tarot, en début d'album. Une narration singulière, on va découvrir 7 des personnages, hormis le roi (c'est justifié mais il fera bien partie de l'histoire), un par chapitre où il sera le seul à s'exprimer en voix off et à la première personne du singulier. Aucun phylactère. Une voix off qui donne ce ton "hors du temps", elle permet de ressentir les émotions de nos protagonistes : résignation, douleur, solitude, servitude et colère. Il m'est difficile de mettre des mots pour exprimer mes sentiments. Mais si tu aimes les récits où les réponses te sont données claires et précises en fin de lecture, alors passe ton chemin. Ici, une histoire toute en suggestions, à la limite du songe, elle m'a envoûté et fait voyager dans le monde de ces âmes sans joie. Une BD qui se ressent plus qu'elle ne se lit. Un récit intrigant qui se mérite, où chacun en fera son interprétation. Un plaisir de lecture qui doit aussi beaucoup aux magnifiques planches de Marcel Shorjian. Un dessin stylisé au trait simple, un peu figé et lisible qui m'a transporté dans ce triste moyen âge. D'ailleurs, aucun sourire sur les 120 pages, juste des visages impassibles. Une mise en page immersive. Une bichromie différente accompagnera chaque personnage/chapitre, les couleurs ternes sont très belles. De l'excellent boulot. Une BD à lire au calme pour en extraire son essence.

17/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle
Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle

Un bon condensé de n’importe quoi très drôle dans un cadre auquel on ne s'attend pas vraiment de prime abord : un open space des années 90. Dans un style décalé qui m'a fait penser à Coucous Bouzon. Du pur plaisir d’assister à cette enquête avec des personnages aussi improbables que mémorables pour ceux qui aiment l'humour absurde (et je suis très bon public à ce sujet). Le héros Jean Doux (tout le monde s'appelle Jean ou Jeanne quelque chose) découvre une disquette molle dans le faux plafond d’un bureau, et là, tout part en vrille. L’entreprise, qui fabrique des broyeuses de documents, devient le théâtre d’une quête complètement barrée à la recherche de la “broyeuse ultime”. On se dit alors que l’histoire va partir dans un délire total, mais en fait, non, c’est bien tenu, le fil rouge de l’enquête reste crédible dans son absurdité. Bien joué par exemple le coup de la carte compressée pour tenir sur 256 ko. On est entre le polar et la grosse comédie potache, et ça fonctionne à merveille. Côté dessin, c’est minimaliste mais juste avec ce style cubique, presque pixelisé qui fixe bien le décor. C’est drôle, bien ficelé, et ça replonge dans une époque avec juste ce qu’il faut de tendresse et de dérision.

17/09/2024 (modifier)
Couverture de la série Lapérouse 64
Lapérouse 64

Laurent-Frédéric Bollée est vraiment passionné par la navigation dans le Pacifique au temps des explorations. Il y revient régulièrement. Il le fait ici de façon plus originale (accompagné au scénario par Marie-Agnès Le Roux), puisque nous suivons une expédition militaire française qui, en 1964, part pour définitivement établir que La Boussole s’est échouée au même endroit que L’Astrolabe, au large de Vanikoro. Le scénario mêle habilement les deux époques, et établit même de plus en plus une sorte de parallèle entre les deux navires – et les décisions qui ont pu entrainer le naufrage de La Boussole (et qui pourrait provoquer l’échec de la mission de 1964). Au milieu des divers militaires présents sur le navire, Guérin, un plongeur des forces spéciales, molosse bourru « mission avant tout », pas spécialement content d’être là, et Viviane, une jolie journaliste – pas mal libérée et moderne pour l’époque ! Bon, le scénario peine à nous cacher comment ça va finir entre les deux, mais ça pimente un peu l’ensemble. Ensemble qui se laisse lire très agréablement. D’abord parce que le dessin – et la colorisation – de Vincenzo Bizzarri est plutôt chouette. Moderne et dynamique, son trait fin est agréable. Je trouve juste que la tête – et les cheveux surtout – de Viviane sont un peu changeants. Ensuite parce que les auteurs ont su rendre cette histoire plaisante, en ajoutant ce qu’il faut pour agrémenter un fait historique (l’expédition a réellement eu lieu en 1964) de détails propres à la rendre vivante. A part l’idylle entre nos deux tourtereaux que tout semblait opposer (mais les scénaristes évitent finalement le côté inutilement sirupeux !), les personnages sont bien typés – pas trop – et complémentaires pour que la lecture soit elle aussi agréable. Note réelle 3,5/5.

17/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Malaterre
Malaterre

Un album qui m'a frappé d’emblée par l’énergie qui s’en dégage, une énergie brute générée par le personnage principal, Gabriel Lesaffre, un homme en pleine fuite en avant. La colère est ici omniprésente, dessinée avec une justesse par Pierre-Henry Gomont, et elle habite Gabriel de bout en bout. Un homme instable, imprévisible, qui abandonne tout en France pour partir gérer une plantation en Afrique. C’est ce personnage complexe, tiraillé entre ses rêves de grandeur et sa réalité chaotique, qui donne tout son poids à cette histoire. Le trait nerveux de Gomont sert parfaitement l’intensité de ce récit. Autant je trouve qu'il en abuse dans d'autres BD comme La Fuite du cerveau, autant il arrive ici à rendre palpable la violence contenue dans les relations de Gabriel, que ce soit avec ses enfants ou avec les gens qui l’entourent. Chaque planche semble vibrer de cette tension, renforcée par une utilisation très expressive des couleurs et des contrastes. Les décors exotiques de la plantation, qui auraient pu adoucir l’atmosphère, n’apportent au final qu’un surcroît de sauvagerie à la dérive personnelle de Gabriel. Le scénario lui-même se déroule comme un drame familial où les névroses d’un père se répercutent sur ses enfants. Le personnage principal, qui oscille entre séduction et despotisme, est fascinant dans sa capacité à tout détruire autour de lui, sans même s’en rendre compte. Et pourtant, il reste étrangement humain, presque vulnérable dans sa quête de liberté et d’évasion, même si ses choix mènent inévitablement au désastre. C’est peut-être cette dualité qui fait toute la force de cet album. Un album intense, où le dessin se met au service d’un récit profondément humain, parfois dérangeant, mais toujours sincère. La force de l’album repose sur la manière dont Gomont parvient à faire ressentir la colère qui habite son personnage, tout en laissant transparaître l’échec et la solitude derrière cette façade de force brute.

17/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Tananarive
Tananarive

Voici un album qu'on m'a offert et dont la couverture m'a bien feinté ! Le titre et la couverture suggèrent une aventure exotique, peut-être même un périple vers l’Afrique et c'est là dedans que je m'étais projeté en l'ouvrant. En réalité, le voyage est tout autre. C’est celui d’Amédée, un notaire retraité qui, après la mort de son ami Jo, part à la recherche d’un hypothétique héritier. Pas de jungles tropicales, mais plutôt les routes du nord de la France et de la Belgique, au volant d’une vieille décapotable. L’histoire déjoue les clichés du road-trip classique en plaçant un homme vieillissant au cœur d’une quête qui semble presque insignifiante. Pourtant, au fur et à mesure, Amédée découvre bien plus qu’un simple héritier. Il se retrouve face à sa propre existence, à ses rêves jamais réalisés et à la vie ordinaire qu’il a menée. Les dialogues entre Amédée et le fantôme de Jo, qui l’accompagne tout au long du récit, apportent une dimension originale et souvent amusante Le scénario est à la fois simple et bien construit. Il sait distiller les informations au bon moment, jouant avec l’attente du lecteur tout en proposant des moments d’émotion. La deuxième partie de l’album peut sembler un peu prévisible, mais elle reste touchante et bien rythmée. Amédée, un homme à la santé fragile et à l’existence bien rangée, devient rapidement attachant dans sa quête de réponses. Le trait est fluide, les expressions des personnages sont vivantes et le découpage des planches est efficace. Le nord de la France et la Belgique sont joliment représentés, loin des cartes postales habituelles. Tananarive est un road-trip intimiste comme je les aime, une aventure douce-amère qui surprend par sa tendresse et son humanité. Sans révolutionner le genre, une belle lecture, qui laisse un sourire au coin des lèvres.

17/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Vie secrète des arbres
La Vie secrète des arbres

Voici une bande dessinée qui réussit à transformer un sujet scientifique en une exploration visuelle et poétique des mystères de la forêt. Loin de simplement vulgariser des faits biologiques, Bernard et Flao donnent vie aux arbres en les transformant presque en personnages à part entière. Le texte est bien documenté, mais jamais lourd, et chaque découverte sur les réseaux souterrains d’arbres ou les mécanismes de défense des forêts est enrobée d’une narration fluide et accessible. Le dessin de Flao fonctionne très bien. Ses aquarelles et ses traits organiques capturent la beauté sauvage des forêts, mais aussi la complexité des systèmes végétaux. Là où l’album est très bon, c’est dans sa capacité à faire réfléchir sans imposer de message moralisateur. Le lien entre les arbres et les humains est délicatement esquissé, et on ressort de cette lecture avec un sentiment de connexion renouvelée avec la nature. La bande dessinée donne envie d’aller marcher dans les bois, de s’arrêter et d’observer. Il y a cette idée récurrente que tout est interconnecté, que les arbres communiquent entre eux et forment une communauté, un réseau complexe que l’on commence à peine à comprendre. L’aspect narratif, parfois, s’efface un peu derrière la pédagogie, c'est un peu le jeu dans ce genre de BD très documentées. La Vie secrète des arbres n’est pas seulement une bande dessinée informative. Bernard et Flao réussissent à faire passer un message écologique fort, sans jamais tomber dans le didactisme. C’est une invitation à ralentir, à observer, à comprendre que la nature, loin d’être inerte, est un monde en perpétuel mouvement.

17/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série La Route
La Route

Une adaptation graphique qui frappe par sa densité et sa capacité à retranscrire l’atmosphère oppressante du roman de Cormac McCarthy. Sans avoir lu l’œuvre originale, j’avais quelques réserves sur la manière dont Larcenet, avec son style si particulier, allait réussir à capturer la lenteur, la désolation et la lourdeur de cette histoire apocalyptique dans un format aussi court. Finalement, c’est une véritable réussite. Ce qui m’a immédiatement marqué, c’est la froideur qui se dégage de chaque planche. Larcenet joue sur des tons sombres, des dessins minimalistes qui parviennent à dire beaucoup avec peu. Chaque case semble peser sur les épaules du lecteur, comme si l’on marchait aux côtés des personnages, dans ce monde dévasté où tout espoir semble perdu. Le rythme de la bande dessinée, lent, calculé, rend parfaitement cette sensation de voyage sans fin, une errance où chaque jour ressemble à un autre. L’absence presque totale de dialogues ajoute à cette lourdeur, laissant l’image parler d’elle-même, sans surcharger. Ce qui est particulièrement réussi, c’est la manière dont Larcenet fait ressentir le froid et la solitude. Les personnages, souvent réduits à des silhouettes anonymes, apparaissent comme des ombres qui avancent, sans véritable but, dans un monde en ruines. La nature hostile, presque absente, devient un personnage à part entière. Il n’y a rien de spectaculaire ici, et c’est précisément ce qui fonctionne. La violence, la mort, l’effondrement de la civilisation sont là, en filigrane, mais ce n’est jamais surjoué. Graphiquement, chaque planche est bluffante. Larcenet alterne entre des paysages désolés et des plans rapprochés qui captent la fatigue et la terreur des personnages. Les visages, souvent masqués ou effacés, reflètent cette humanité en voie de disparition. Et paradoxalement, cette sobriété visuelle donne une grande force à l’œuvre. Chaque détail compte, chaque silence pèse. En fait, c’est cette économie de moyens qui rend l’adaptation si puissante. Là où d’autres adaptations auraient peut-être cherché à amplifier le drame ou à souligner les moments forts, Larcenet préfère la retenue. Il laisse le lecteur ressentir la longueur du chemin, le froid qui mord, l’épuisement moral et physique des protagonistes. C’est une bande dessinée qui ne cherche pas à plaire ou à flatter visuellement, mais qui s’impose par sa capacité à immerger totalement dans ce monde sombre et glacial.

03/06/2024 (MAJ le 17/09/2024) (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Serpent et le Coyote
Le Serpent et le Coyote

Honnêtement, il n'y aurait pas grand chose à dire, tant la BD brode sur un canevas classique mais de façon efficace. C'est presque un cas d'école de BD qui tient toute seule sans proposer d'originalité. Déjà le scénario, tenu d'un bout à l'autre, légèrement polar avec une touche d'action, d'érotisme et d'histoire familiale. C'est pas original, bien sur, mais c'est bien fait. On ne se perd pas dans des circonvolutions, c'est droit au but sans fioritures. On a des personnages bien vite campés, pas non plus stéréotypés (j'aime beaucoup ce que représente Georgia, en terme de représentativité mais aussi de personnage) et avec ce qu'il faut de petit détail pour le caractériser et le rendre intéressant. C'est là qu'on reconnait l'excellent travail de Matz dans le scénario, rien n'est superflu, tout est millimétré. L'utilisation du coyote pour le faire parler est un excellent moyen narratif, mais avec la blague récurrente du nom à lui donner (blague qui trouve son sens dans le final d'ailleurs). D'ailleurs je note aussi son travail impeccable dans le cadre de l'histoire : mafia, police, témoin, FBI, ça sent le travail de recherche pour rendre crédible le personnage, son passé et son histoire. Rien n'est original là non plus -pour peu qu'on soit habitués aux histoires de gangsters- mais c'est efficace. J'ai reconnu pas mal de références pour avoir lu à ce sujet (notamment le fameux Testament de Lucky Luciano) : French connection, arrivée de l'héroïne, ancienne mafia contre nouvelle, première grandes luttes contre la mafia ... C'est rodé, précis, cohérent. Avec les questionnements que ça soulève (l'argent public sert à protéger des ordures ?). Et finissons par un dessin classique, dans la veine réaliste, mais parfait pour le récit. Décor magnifique, cadrage cinématographique, couleur aux tons du désert ... On sent les influences (notamment Il était une fois en Amérique) mais sans jamais que ça ne vienne parasiter le récit. Le dessinateur s'est fait plaisir sur beaucoup de choses et ça fait plaisir à voir. Je note seulement l'omniprésence des clopes que le personnage fume à longueur de page. D'accord, c'était une autre époque, mais maintenant ça me choque franchement. Donc voila, c'est simple, efficace, pas surprenant (c'est pas le but), pas original (ils n'essayent pas) mais parfaitement maitrisé. Une sorte de quintessence du scénario de vieux gangster, au dessin précis et qui colle parfaitement à l'ambiance et au récit. Une réussite, que dire d'autre ?

17/09/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série La Terre, le ciel, les corbeaux
La Terre, le ciel, les corbeaux

Je suis Teresa Radice et Stefano Turconi de très près, après avoir été marqué par des précédentes publications de leur part. Leur style d'histoire, grave et traitant de sujets sombres d'une façon lumineuse m'a enchanté dans Amour minuscule et Le Port des Marins Perdus. Et c'est tout naturellement qu'une histoire sur la Russie dans la seconde guerre mondiale m'a entrainé à son tour. Le duo d'auteur récidive dans son ton grave mais en même temps léger. Ça ne verse jamais dans le pathos ni dans le dramatique, c'est juste sérieux comme histoire. Et de fait, leur sérieux tranche avec une légèreté dans le propos, avec cette voix intérieure qui explique sa vie et ce qu'il se passe. Le texte est parfois très poétique, tranchant avec le récit qui est plus dur, mais je trouve que l'ensemble gagne en évocation de cette façon. La guerre apparait dans toute son absurdité, dans toute sa violence aveugle et son horreur. Pour parler d'un conflit qui a embrasé plusieurs nations, l'autrice à eut l'idée de faire parler chaque personnage dans sa langue sans le traduire. Je trouve l'idée géniale pour exprimer le dialogue humain qui peut se passer de mot. Si tout n'est pas compris, l'essentiel reste clair grâce au réponses du protagoniste et arrive à exprimer clairement le propos : il n'est pas besoin de parler la même langue pour se comprendre. Je sais que ce choix frustre des lecteurs, mais personnellement je le trouve très pertinent. L'histoire est belle, dans des paysages d'hiver russe magnifiés par la neige, englobé dans un dessin de l'école Disney mais appliqué à du tragique. Ce n'est pas un récit qu'on lit pour avoir un aperçu précis de la guerre, mais pour ressentir cette saloperie de l'intérieur. D'autre part, le récit rapproche les régimes autoritaires de cette époque (Staline, Le Duce et Le Fuhrer) par trois gars qui se sont fait avoir. J'aime bien le fait que ces trois personnages se retrouvent finalement en but à leurs rêves de façon bien différente. La fin du récit est aussi bien différent de ce qu'aurais imaginé au début. Il y a une vraie amertume dans cette conclusion pourtant optimiste. Les sacrifices sont présents mais le final incite à croire à la fin des morts inutiles. D'ailleurs j'ai beaucoup aimé que le final ne mentionne même pas la fin de la guerre, mais seulement une perspective d'avenir heureux. Une très belle lecture, poétique et originale. Encore une fois, le couple Radice-Turconi s'empare d'une histoire sombre pour en faire rejaillir la lumière. Et je trouve que derrière la jolie histoire, il y a une réelle envie de redonner espoir. C'est toujours aussi plaisant visuellement, je suis vraiment client !

17/09/2024 (modifier)