Les derniers avis (32250 avis)

Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Un coin d'humanité
Un coin d'humanité

Un album à la fois simple et touchant. À travers son expérience de bénévole aux Restos du Cœur, Kek nous raconte des moments de vie, des rencontres marquées par la précarité, mais aussi par l’humanité et la solidarité. L’album alterne entre des scènes de distribution de repas, des portraits de bénéficiaires et des réflexions plus larges sur l’engagement bénévole. Kek parvient à raconter des moments difficiles sans jamais tomber dans le pathos, tout en restant fidèle à la réalité de la situation. Le dessin est sobre. Les rencontres racontées sont parfois drôles, souvent émouvantes, et montrent que derrière chaque visage se cache une histoire, souvent marquée par un basculement inattendu dans la précarité. On ressent vraiment l’authenticité de ces échanges, et la manière dont Kek capte ces instants simples mais pleins de sens. Le récit n’est pas linéaire, on passe d’une anecdote à l’autre. Kek décrit aussi sa propre évolution en tant que bénévole. D’abord un peu pris au dépourvu par l’urgence de la situation, il s’investit progressivement dans cette activité, découvrant un monde qu’il connaissait peu. Il y a aussi cette idée qu'en donnant, on reçoit beaucoup en retour. Kek ne cherche pas à faire la leçon ni à embellir les choses. Il montre la réalité de la précarité sans jugement, tout en soulignant l’importance de l’action des bénévoles. C’est une lecture qui fait réfléchir sur l’engagement et la solidarité, et qui rappelle que, même dans les moments les plus difficiles, il existe toujours des coins d’humanité à découvrir et à préserver. Un album qui remplit parfaitement son objectif de sensibilisation sans jamais en faire trop.

17/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Photographe
Le Photographe

Je me suis enfin procuré cette BD que je n'ai lue qu'en empruntant à des amis. Voici une œuvre qui combine habilement la bande dessinée et la photographie, un mélange peu commun mais ici parfaitement maîtrisé et que je souhaitais avoir dans ma bibliothèque. Ce qui m’a frappé dès le départ, c’est la force du témoignage visuel. Le récit de Didier Lefèvre, photographe parti en Afghanistan avec une mission humanitaire de Médecins Sans Frontières, prend une dimension presque documentaire. On est plongé au cœur du conflit, sans fioritures, avec une approche très réaliste. Les photos, intégrées au dessin, donnent une profondeur et une véracité qui amplifient l’impact des scènes. Le dessin de Guibert, simple et précis, accompagne ces photos de manière fluide. Il complète le récit sans jamais écraser les images. Les transitions entre les deux médiums se font naturellement, créant un rythme bien dosé, sans rupture. Le choix de cette narration visuelle permet d’aller au-delà du simple reportage photographique : on ne se contente pas de regarder des clichés, on vit littéralement l’expérience avec Lefèvre. Côté scénario, c’est la dimension humaine qui m’a le plus marqué. Au-delà des images du conflit, c’est le quotidien des médecins, des populations locales, et surtout la prise de conscience progressive de Lefèvre qui donnent tout son poids à l’histoire. On ressent à chaque instant la tension de l’Afghanistan en guerre, mais aussi les moments de solidarité, d’échanges. Les difficultés, les doutes, les peurs sont montrés sans filtre, et c’est cette sincérité qui rend l’ensemble si puissant. Malgré l’aspect documentaire, il n’y a jamais de sensation de voyeurisme ou de dramatisation forcée. Le photographe raconte son périple avec une certaine retenue, presque de manière factuelle, ce qui laisse toute la place à l’interprétation personnelle. C’est un témoignage sobre mais marquant, qui réussit à trouver un équilibre entre l’humain, le reportage, et la BD. Une œuvre à la fois simple dans son approche, mais profonde dans son impact et que j'ai pris beaucoup de plaisir à relire.

17/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Dans la tête de Sherlock Holmes
Dans la tête de Sherlock Holmes

Dans la tête de Sherlock Holmes est un vrai coup de maître. Dès les premières pages, je me suis laissé emporter par l’ingéniosité de la mise en scène. On pénètre littéralement dans l’esprit de Sherlock, et tout est pensé pour refléter son processus de déduction, sans jamais tomber dans l’excès. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est l’originalité du découpage des planches, qui joue avec la forme des cases, parfois une loupe, parfois une coupe de bâtiment, et ce fameux fil rouge qui nous guide tout au long de l’enquête. C’est un procédé qui n’aurait pas pu exister autrement qu’en bande dessinée, et c’est ce qui rend cette œuvre unique. L’intrigue elle-même est captivante, fidèle à l’esprit de Conan Doyle, tout en étant assez fluide pour ne jamais perdre en intensité. Les auteurs maîtrisent parfaitement l’art de raconter une enquête de Sherlock, avec ces petits détails que l’on découvre progressivement. Rien n’est laissé au hasard, chaque indice trouve son écho à un moment donné. Ce que j’ai apprécié, c’est que même si l’histoire semble parfois rocambolesque, tout finit par s’imbriquer de manière logique, comme une mécanique bien huilée. Visuellement, c’est un régal. Chaque page est un vrai bijou, avec des dessins riches en détails qui plongent directement dans l’ambiance victorienne. L’idée de faire passer la pensée de Sherlock à travers une mise en page aussi élaborée est un pari osé, mais il fonctionne parfaitement. Le jeu sur les transparences, les pages à plier, tout cela ajoute un aspect ludique à la lecture, sans jamais en faire trop. Au final, Dans la tête de Sherlock Holmes est une œuvre qui réussit à surprendre tout en restant fidèle à l’univers du célèbre détective. C’est brillant, inventif, et cela redonne vie à un personnage pourtant bien connu. Une lecture qui m’a tenu en haleine du début à la fin, avec un plaisir évident à suivre chaque déduction de Sherlock, tout en admirant le travail visuel impressionnant des auteurs.

17/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Lettres perdues
Lettres perdues

Voici une lecture qui m’a d’abord dérouté. Pendant la première partie de la lecture, j’ai hésité entre le charme étrange de l’univers et le risque que tout bascule dans l’absurde gratuit. Et puis peu à peu, la cohérence s’est imposée, sans même que je m’en rende compte. Un garçon qui attend une lettre avec son pélican, un facteur poisson… Tout paraît surréaliste, mais ça tient, ça fonctionne. On découvre au fil des pages que derrière l’apparente légèreté, il y a des sujets bien plus lourds, le deuil surtout. C’est ce qui reste après coup, cette mélancolie douce qui nous suit longtemps. Malgré quelques moments drôles, l’ensemble est marqué par une tristesse diffuse. Visuellement, Jim Bishop sait créer un monde qui attire l’œil avec ses couleurs vives et ses décors inventifs. Comme Cacal, j’ai particulièrement aimé ce flic à la tête de poisson rouge, un personnage à la fois absurde et touchant, comme une métaphore de tout l’univers de Lettres Perdues. Jim Bishop a une patte particulière qui mélange conte et manga, avec un côté fluide et doux, même dans les moments plus sombres. La fin, surprenante et pas forcément joyeuse, reste dans la continuité de cette atmosphère, entre poésie et dure réalité. Il y a quelque chose d’assez unique dans cette BD, un mélange de tons qui n’est jamais forcé. Pas d’emphase, tout est dans la nuance. C’est ce qui me plaît sur cet album, une belle réussite.

17/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Le Soldat Inconnu vivant
Le Soldat Inconnu vivant

Ce récit véridique retrace le destin tragique et fascinant d’un soldat amnésique, Anthelme Mangin, qui, sans mémoire ni identité, devient un « soldat inconnu vivant », un symbole humain des blessures invisibles laissées par la guerre. L'album nous plonge dans une France bouleversée par le traumatisme de la Première Guerre mondiale, où la quête de l’identité individuelle devient une métaphore poignante pour toute une nation dévastée. L’histoire, que je ne connaissais pas et qui pourrait sembler improbable, est pourtant vraie, et c’est précisément cette réalité qui rend l’album si troublant et captivant. Au-delà de la simple intrigue d’un homme perdu dans ses souvenirs, ce sont les réactions de la société autour de lui qui constituent le cœur du récit. Familles désespérées, autorités en quête de réconciliation, et psychiatres engagés comme le Dr Fenayrou, tous projettent sur Mangin leurs espoirs et leurs douleurs. La BD montre avec finesse l’absurdité presque grotesque de ces centaines de familles qui, poussées par la souffrance, « reconnaissent » en cet homme muet et inconnu leur fils, mari ou frère disparu, créant ainsi une situation ubuesque et profondément triste. Le dessin de Mauro Lirussi, en noir et blanc, capte parfaitement l’ambiance de l’époque. Les cases, souvent petites et détaillées, créent un sentiment d’étouffement, rappelant les cliniques psychiatriques où le soldat passe la fin de sa vie. L’utilisation de l’ombre et des contrastes donne une profondeur supplémentaire à l’isolement du personnage principal. L’esthétique graphique, à la fois sobre et évocatrice, amplifie l’intensité psychologique de l’intrigue tout en restant accessible. Ce qui ressort également, c’est la façon dont l’histoire questionne la manière dont une société gère les traumatismes collectifs. La guerre, avec ses horreurs sans nom, a laissé une empreinte indélébile sur ces familles qui se raccrochent à ce qu’elles peuvent, même si cela signifie reconnaître un étranger comme leur propre chair. Le docteur Fenayrou, figure centrale du récit, est l’un des rares à tenter de maintenir une perspective rationnelle face à ce chaos émotionnel. Sa dignité et son acharnement à protéger ce soldat sans identité font de lui un personnage clé, symbolisant la lutte entre raison et désespoir dans une France brisée. L’œuvre est aussi traversée par une mélancolie palpable, car même si certaines scènes prêtent à sourire par leur absurdité, l’ensemble reste profondément tragique. Ce soldat, prisonnier de l’amnésie et des attentes des autres, finit par incarner bien plus que lui-même : il devient l’image d’une génération sacrifiée, d’un pays qui cherche désespérément à recoller les morceaux après l’horreur de la guerre.

17/09/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Frontier
Frontier

3.5 Un bon one-shot quoique je ne le trouve pas parfait. J'ai eu de la difficulté avec le dessin. Je ne suis pas du tout fan des personnages adultes qui ont tous des corps d'enfants, mais j'ai fini par m'y faire. Quant au scénario, c'est globalement bien fait tout en étant peut-être un peu trop dense et avec des longueurs. En fait, j'ai commencé à vraiment accroché lorsque le singe débarque dans le récit. Il faut dire qu'avant on est surtout dans de l'exposition où l'auteur prend bien soin d'introduire son univers et les personnages. En tout cas, dès que l'action débarque enfin le scénario devient captivant et on suit des personnages attachants dans une aventure peut-être un peu trop longue, mais bien faite.

16/09/2024 (modifier)
Couverture de la série Sa Majesté des Mouches
Sa Majesté des Mouches

Tout en connaissant le sujet du livre, j’ignorais beaucoup de son déroulement, n’ayant ni lu le roman original ni vu l’adaptation cinématographique. Cette bande dessinée m’a donc permis de combler ce vide. Et de bien belle manière ! Ce qui marque en premier, c’est le dessin d’Aimée de Jongh. Facile d’accès, bénéficiant de grandes cases et d’un découpage très aéré, ce trait est une vraie invitation à la lecture. Le découpage cinématographique et la fluidité d’ensemble ne font qu’accentuer cette facilité apparente. A la lecture, ça semble ‘évident’, facile… et pour moi c’est la preuve même que c’est très bien fait. L’histoire ensuite, pour qui ne la connaitrait pas, nous est très bien racontée. Elle est autant prenante que source de réflexion. Ces enfants laissés à eux-mêmes qui finissent par s’entre-tuer en l’absence de règles morales, voilà un sujet extrêmement violent. Et autant on se prend d’affection pour plusieurs protagonistes, autant l’évolution du récit nous semble horriblement crédible. D’un point de vue politique, Sa Majesté des Mouches mérite d’être analysé. Ce récit prône l’ordre et le respect des règles et montre les horribles dérives auxquelles peuvent mener l’anarchie et le pouvoir de la majorité. Adapter ce récit à l’époque actuelle me semble donc assez audacieux car sa conclusion va à l’encontre de ce que prônent beaucoup de bandes dessinées actuelles (ici, la liberté de choisir et de faire ce qui nous plait mène au chaos et à la violence, alors que le respect de règles et d’un code moral auraient dû permettre la survie de l’ensemble du groupe). En résumé, j’ai trouvé là une œuvre joliment adaptée (même si on sent à l’occasion des coupures çà et là), des personnages marquants et un sujet digne d’intérêt. Une lecture qui touche et questionne à la fois. Vraiment pas mal du tout !

16/09/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série World of Tanks - Roll Out
World of Tanks - Roll Out

Carnage dans le bocage - Ce tome comprend une histoire complète, développée sur la base de la licence vidéoludique World of Tanks (2014). Il contient les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2016/2017, écrits par Garth Ennis, dessinés et encrés par Carlos Ezquerra pour les épisodes 1 & 2, et par P.J. Holden pour les épisodes 3 à 5. La mise en couleurs a été réalisée par Michael Atiyeh. Les couvertures ont été réalisées par Isaac Hannaford. Le récit commence avec le débarquement du 06 juin 1994, en montrant l'escadron Third West Midlands Yeomanry avancer sur une plage de Normandie. Il se compose de soldats sans expérience du terrain, conduisant des tanks de type Sherman Firefly. le récit suit en particulier le lieutenant Simon Linnet et le caporal Trevor Budd. Ils vont devoir progresser dans la campagne normande, au milieu des haies du bocage. Un peu dans les terres, un détachement allemand se retrouve coupé du reste des troupes. Il se compose de tanks de modèle Panzerkampfwagen V Panther, dont un commandé par Haupman Karl Kraft, avec Stabsfeldwebel Friedrich Stadler responsable de la tourelle. Ce deuxième groupe est immobilisé du fait des tanks qui doivent être réparés. Alors que les mécaniciens s'affairent, le guetteur prévient de l'approche d'avions anglais. Les soldats allemands montent dans leurs chars en espérant survivre au lâcher de bombes. Une fois le bombardement passé, les mécanos se remettent au boulot sur les tanks encore en état de progresser. Pendant ce temps, les anglais se préparent pour avancer dans les bocages. le groupe de tanks Firefly est contraint de progresser à la queue leu-leu, ce qui constitue une formation assez vulnérable. le groupe de chars allemands les voit arriver et engage la bataille. Au cours de l'affrontement, le caporal Trevor Budd se rend compte qu'il n'arrive pas à maîtriser le rythme d'avancée de son tank Firefly, ce qui le met dans une position délicate avec le lieutenant Linnet. le groupe allemand réussit à s'enfuir, mais Haupman Karl Kraft se retrouve obligé de se mettre aux ordres d'un commandant SS. Le lecteur est à la fois très surpris et peu surpris qu'il existe un comics World of Tanks. Au vu du succès de ce jeu vidéo, il était fortement tentant de le décliner sur d'autres supports pour pouvoir profiter de cet engouement. Ce qui est plus surprenant, c'est de retrouver un scénariste de la trempe de Garth Ennis sur un projet aussi mercantile. La première page rassure le lecteur sur l'investissement du scénariste. On est à l'opposé d'un récit tout fait dans lequel il suffit de rajouter des tanks génériques pour donner une vague impression de guerre et de champ de bataille. Fidèle à sa passion pour les conflits armés historiques, visible dans chacune de ses séries, Garth Ennis réalise un récit nourri par sa connaissance du sujet, avec une sensibilité intelligente sur le sujet. Pour commencer, il met en scène des modèles de tanks clairement référencés, ayant réellement été utilisés pendant la seconde guerre mondiale, à cette période du conflit. Il peut également s'appuyer sur le sérieux et la rigueur des 2 dessinateurs. Carlos Ezquerra a déjà travaillé à plusieurs reprises avec Garth Ennis, y compris sur des récits de guerre, dans le cadre de la série Battlefields. Il représente les différents tanks, avec le souci de la précision. le lecteur peut également lui faire confiance pour l'exactitude des uniformes militaires et les armes de poing. Il remarque tout de suite qu'Ezquerra est toujours aussi impressionnant pour donner des gueules aux personnages. Cela permet de les identifier plus facilement, bien qu'ils portent tous le même uniforme, au sein d'une même armée, bien sûr. le dessinateur réalise une mise en scène vivante, bien que Garth Ennis alterne entre des scènes de briefing et de débriefing (= surtout des dialogues) et des scènes de mouvements des tanks et de tirs. le lecteur n'éprouve pas de difficulté pour reconnaître chaque tank, et pour identifier les différents équipages. le lecteur ressent la force des explosions, le poids des tanks lorsqu'ils se déplacent, ainsi que la fragilité des êtres humains, le tout dans des environnements assez substantiels pour ne pas avoir l'impression que tout cela se passe sur une grande scène vide servant de champ de bataille. Le passage de l'épisode 2 à l'épisode 3 fait ressortir les différences entre les deux artistes. P.J. Holden s'applique tout autant pour l'exactitude des tanks, des armes et des uniformes. Néanmoins, il réalise des traits de contours plus propres, plus réguliers que ceux de Carlos Ezquerra. Ce dernier a l'art et la manière pour conférer des textures à chaque surface avec des petits traits secs, et des traits de contours mal ébarbés. Par comparaison, les traits de contour d'Holden sont un peu cassés, mais plus nets. Les visages sont un peu plus réalistes, un peu plus soignés que ceux d'Ezquerra, mais pas plus crédibles, avec finalement des expressions plus caricaturales que celles croquées par Ezquerra. Il se débrouille bien lui aussi pour concevoir des mises en scène qui donnent à voir ce qui se passe, évitant le risque d'uniformité d'une séquence à l'autre. Il sait montrer la part d'arbitraire dans le déroulement de chaque bataille. Il représente les blessures et les morts de façon littérale, sans aucun panache, mais avec une saveur un peu artificielle, les dessins manquant de fluidité. Même si les personnages ont un peu trop tendance à ouvrir la bouche en grand à chaque attaque, Holden sait faire passer des émotions plus nuancées, en particulier pour l'Haupman Karl Kraft. En effet Garth Ennis met à profit plusieurs facettes de son acquis de l'expérience à écrire des comics de guerre. Pour commencer, les personnages évitent tous les stéréotypes des comics de guerre. Les soldats allemands n'ont rien de méchants assoiffés de sang, les soldats britanniques n'ont rien de valeureux héros. Haupman Karl Kraft apparaît comme un professionnel, souhaitant faire correctement son boulot, malgré l'état de délabrement d'une partie de ses tanks, et souhaitant garder en vie le maximum de ses soldats. Visiblement, ce personnage dispose d'une expérience conséquente du temps de guerre et il n'a aucune intention de se laisser diriger par des petits jeunes, ou par des gradés assoiffés de hauts faits. Certes les allemands ont le mauvais rôle (celui de l'envahisseur et de l'oppresseur), en plus en situation de défaite, mais ils n'en sont pas caricaturés pour autant. Les britanniques ne sont pas non plus caricaturés en valeureux héros intrépides. le lecteur découvre même que les conseils plein de sagesse proférés par Trevor Budd proviennent d'une autre source qu'une grande expérience, nettement moins glorieuse. Dans les 2 camps, il s'agit d'êtres humains avec des qualités et des défauts. Comme souvent dans les récits de guerre, les femmes sont les grandes absentes, et il en est de même dans cette histoire, c'est un récit d'hommes (même s'il y a une petite fille dans l'épisode 3). Par contre, cette fois-ci, Ennis a intégré des civils dans une poignée de séquences. Non seulement les soldats ne se réduisent pas à des individus motivés par l'amour de leur patrie et la volonté de d'accomplir des hauts faits, mais en plus ils sont capables de prendre du recul sur les ravages que leurs manoeuvres infligent aux infrastructures et aux villages. Il ne s'agit pas de critiquer l'intervention des force alliés, mais simplement de constater les dommages collatéraux pour les civils en temps de guerre. le récit tient ses promesses d'un récit de guerre, sans pour autant faire l'apologie du patriotisme invasif, et sans diaboliser l'ennemi. Les dessinateurs savent mettre en scène les affrontements, en spatialisant les déplacements, en cohérence avec les reliefs de l'environnement, et de manière à ce que ça soit compréhensible par le lecteur (ce qui n'est pas si évident). Ils peuvent s'appuyer sur un scénario en béton de Garth Ennis, auteur chevronné de ce type de récit, maîtrisant aussi bien la dimension technique, que la dimension historique. Il sait intégrer son histoire dans la grande Histoire, de manière plausible et convaincante. Il met en scène des individus crédibles et humains, faisant leur boulot avec compétence, mais sans fanatisme ou soif de gloire. Comme le lecteur pouvait l'espérer, Garth Ennis réalise une histoire à l'opposé du travail alimentaire. Il ne se contente pas d'un scénario prétexte pour montrer des tanks qui se tirent dessus, mais il montre la complexité de ce contexte par le biais de plusieurs facettes, le comportement d'êtres humains qui doivent faire avec une situation et un système sur lesquels ils n'ont pas de prise. L'appréciation du lecteur sur cette histoire dépend de sa familiarité avec l’œuvre de Garth Ennis. Pour un lecteur prenant pour la première fois conscience du savoir-faire d'Ennis en matière de récit de guerre, il s'agit d'un récit étonnant, très riche, intelligent, avec des personnages masculins dans lesquels il est facile de se projeter. L'histoire a bénéficié de dessinateurs sachant transcrire les mouvements des chars, ainsi que les interactions entre les soldats. Pour un lecteur qui a déjà plongé dans la série Battlefields, ce récit est un peu moins dense. En particulier, Garth Ennis & Carlos Ezquerra avaient raconté 3 récits centrés sur un équipage de char : Garth Ennis' Battlefields Volume 3: Tankies, Garth Ennis' Battlefields Volume 5: The Firefly and His Majesty, Garth Ennis' Battlefields Volume 7: The Green Fields Beyond. Dans ces cas-là, il est possible que l'impact de ce World of Tanks soit moindre.

16/09/2024 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Yeux doux
Les Yeux doux

Il n'y a pas grand chose à ajouter à l'avis de Mac Arthur juste en dessous qui résume parfaitement bien ce que ce copieux one-shot a à nous offrir : une intrigue basée sur Brazil (le film culte de ma jeunesse) et 1984 (le roman culte de ma jeunesse) synthétisée dans un bel écrin agréable au toucher et dont la couverture magnifique a eu un effet immédiat d'attraction. Effectivement Corbeyran nous ressort la sempiternelle histoire d'une société oppressive et étouffante où seules 3 règles subsistent : créer, consommer, surveiller au travers d'une mégalopole morne à peine rehaussée par de splendides pancartes de pin-ups plantureuses et au regard doux. Soit une belle méthode pour contrôler la population et l'entrainer irrémédiablement en détention dès qu'un faux pas est détecté. Une seule industrie existe pour du travail à la chaine dans des conditions inhumaines afin de créer des objets de consommation qui seront vendus dans le seul commerce autorisé. Le tableau esquissé par Corbeyran reste bien classique et le serait tout autant sans le profil de personnages ordinaires irrémédiablement attachants. Il y a Annabelle, Anatole et Arsène. Tous vont subir les affres de cette société : licenciement abusif, abus de pouvoir et rejet de la société vous effaçant progressivement au sens propre comme au figuré. Tout cela est admirablement construit par des dialogues et un rythme simples mais faisant mouche : le trait de Michel Colline y est évidemment pour beaucoup. Choisissant un style franco-belge délicieusement rétro-futuriste, ses personnages possèdent des expressions palpables et les décors sont un régal pour le lecteur. Un peu d'humour, du tragique et un soupçon d'aventure enveloppent cette histoire poétique, presque naïve mais terriblement attachante qui en fait à mes yeux la meilleure surprise de cette rentrée 2024. Si la fin est rapidement expédiée, elle délivre un message peut être pas si manichéen que prévu et atteint son but : vive le changement mais pour quel avenir ? Non vraiment je suis sous le charme absolu de ce livre que je relirais avec beaucoup de plaisir, tant pour l'objet en soi que les dessins et le scénario et vous invite vivement à en faire de même.

16/09/2024 (modifier)
Couverture de la série Beate et Serge Klarsfeld - Un combat contre l'oubli
Beate et Serge Klarsfeld - Un combat contre l'oubli

Dans son très bel essai, Le Convoi, Beata Umubyeyi Mairesse, survivante du génocide des Tutsi au Rwanda s'étonne que la Shoah ne fut pas plus tôt au centre de la mémoire historique de l'Europe de la seconde moitié du XXème siècle. A mes yeux la série biographique sur le couple Klarsfeld est l'illustration parfaite de cette pensée. Ce documentaire biographique précis et complet n'est pas d'une lecture aisée. Pourtant on peut le voir comme une œuvre essentielle de volonté de justice trop souvent déniée aux victimes des génocides ou des massacres de masse: Shoah, Gitans, Rwanda, Congo, Cambodge pour citer les plus connus. L'originalité du propos est de montrer dans le parcours du couple Klarsfeld, la difficulté de faire reconnaître de façon légale cette indignation légitime et l'acceptation de la vérité historique. J'ai beaucoup aimé la première partie de l'ouvrage qui montre très bien l'état d'esprit des années 60 dont ont profité nombre de bourreaux Nazis ou de Collabos. La volonté de réconciliation, la méfiance vis à vis du bloc communiste ne justifie pas tous les aveuglements de l'époque. J'ai beaucoup aimé la clairvoyance du couple en page 52 quand il cite Jaspers sur la survivance et la continuité de l'Etat allemand à la fin du conflit. Ce qui fut dit pour l'élection à la chancellerie de Kiesinger pourrait probablement s'appliquer pour d'autres personnalités qui ont eu accès à de hautes responsabilités après guerre. C'est un débat difficile qui vaut pour tous les génocides ou massacres entre deux légitimités contraires : l'amnistie de certains et le jugement des autres. La construction du récit n'est pas simple. Elle fait des sauts chronologiques et renvoie à des références historiques peu connues. Ainsi j'ai aimé le rappel par Serge Klarsfeld et l'importance dans son parcours de l'engagement de Hans et Sophie Scholl (lire La Rose Blanche - Des étudiants contre Hitler). Comme la série prend le temps d'approfondir les sujets, les auteurs abordent des thématiques compliquées qui peuvent s'entrechoquées: légalité, légitimité, morale et raison d'Etat... Cela donne parfois des passages assez lourds mais nécessaires pour ne pas être superficiels. J'ai moins accroché à la seconde partie sur Klaus Barbie. Probablement à cause de ma lecture de l'excellent Klaus Barbie - La Route du rat que j'avais trouvé plus tonique. Toutefois l'ensemble est cohérent avec des moments intimistes qui donnent de belles pauses dans un récit très dense. Dans ce genre de thématiques le graphisme passe souvent au second plan. Le trait de Dorange un peu minimaliste correspond bien à ce genre documentaire. J'ai une réserve sur le physique de Beate avec ce nez pointu qui ne correspond pas du tout aux photos de la belle jeune femme. Je trouve que le choix graphique de Dorange fait de Beate un personnage trop pointu et agressif. Cela reste une minuscule appréciation perso. La mise en couleur qui souligne les époques du récit aide bien à la compréhension de la narration. Une belle lecture qui enrichit une thématique très visitée. 3.5

16/09/2024 (modifier)