Est-ce une bande dessinée ?
Certes son auteur est un nom du 9ème art.
Certes, l’éditeur édite principalement des bandes dessinées.
Certes, il y a des passages de bandes dessinées dans ce recueil.
Mais ce que propose ici Christophe Bec dépasse du cadre de la bande dessinée. C’est un recueil de récits employant des techniques variées allant de la littérature à la bande dessinée en passant par de fréquents assemblages de textes et d’illustrations (sans que l’on puisse parler de littérature ou de bande dessinées ni même de texte illustré puisque textes et illustrations n’ont souvent qu’un rapport lointain).
Le résultat est étonnant… et séduisant. L’assemblage de ces récits parvient à créer une ambiance post-apocalyptique dramatique et lyrique. Bec parle de démesure dans sa préface et c’est clair que nous sommes dans l’excès en tout : le ton est excessivement dramatique, les illustrations sont excessivement grandes (parfois quatre pages format 252 x 340 sont nécessaires, évitez donc de lire cet album dans les transports en commun), les récits sont sinistres à l’extrême.
Ceci dit, j’ai dévoré l’album alors même que ce qui nous est proposé comme histoire(s) est du déjà-vu sans grande originalité… mais la manière dont cet univers nous est présenté, ça, je n’avais encore jamais vu !
Inexistences n’est pas qu’une bande dessinée mais c’est indéniablement un bel objet grâce auquel Bec parvient à donner toute la démesure nécessaire à son univers. C’est juste dommage qu’il n’avait rien de plus original à nous raconter quant à ses personnages (en gros, vivre dans un univers post-apocalyptique c’est chiant, il fait froid, on a faim, on se massacre sans joie et on crève dans la souffrance, sinon chez moi ça va…) mais cet album mérite le coup d’œil pour l’originalité de sa conception.
Alors non, pour moi, ce n’est pas une bande dessinée, mais je pense que le public le plus susceptible d’adhérer au concept devra aimer la bande dessinée.
(Pour la note, comme d'hab' avec moi, "franchement bien" me semble excessif mais c'est mieux qu'un bête "pas mal". L'originalité du concept m'incite à accorder la note supérieure).
Individu protéiforme pour thriller malin
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Ce tome contient une histoire complète qui est plus savoureuse si le lecteur connaît déjà le personnage de Joker. Il regroupe les 3 épisodes initialement parus en 2020, écrits par Geoff Johns, dessinés et encrés par Jason Fabok, avec une mise en couleurs réalisée par Brad Anderson. En fin de tome se trouvent les 4 dessins en pleine page réalisés par Fabok pour servir de pages promotionnelles.
Batman arrête la batmobile en catastrophe, renversant la stèle de la tombe de ses parents à quelques distances du manoir Wayne. Il parvient à la Batcave tant bien que mal, et il est immédiatement pris en charge par Alfred Pennyworth. Celui-ci l'aide à enlever son costume, en le découpant quand nécessaire, car certaines blessures saignent encore. Alfred commence à la recoudre en voyant toutes les cicatrices sur son corps. Bruce explique que cette fois-ci c'était un coup de parapluie. En voyant chaque cicatrice, Alfred se souvient des autres armes : le dos brisé par Bane, le sceptre chauffé à Blanc de Riddler, les griffes de Catwoman, les mâchoires de Killer Croc, la fourche de Scarecrow, et les différentes armes de Joker. Tout cela le ramène à la marque psychique indélébile de l'arme à feu utilisée par Joe Chill, l'homme qui a tué ses parents, alors qu'ils sortaient tous les trois d'une séance de cinéma pour voir La marque de Zorro. Sa remémoration est interrompue lorsque son attention est attirée par une information à la télévision : Joker a assassiné les derniers membres de la famille Moxon, dans ce qu'il a baptisé sa guerre du chaos contre le crime organisé. Barbara Gordon est en train de s'entraîner sur un tapis de course dans une salle de sport tout en écoutant les informations. Un présentateur indique que le comédien Kelani Apaka a été tué par Joker. Elle arrête de s'entraîner car le tapis de course est en surchauffe, et elle va prendre sa douche, sa main venant toucher machinalement sa cicatrice en dessous du nombril.
Dans un des cimetières de Gotham, Red Hood (Jason Todd) est en train de se battre contre un gang de cinq individus, alors que les informations indiquent que Joker avait commis un meurtre quelques jours auparavant : le docteur Roger Huntoon qui a été retrouvé dans un placard à balais de l'asile d'Arkham, avec un canard en plastique enfoncé dans sa gorge. Ce docteur avait écrit un livre sur l'impact de la super violence sur la psyché, décrivant un cercle de la violence entre les bons et les méchants, faisant que rien ne les distingue vraiment au final. Red Hood finit d'assommer ses assaillants qui effectivement ne disposent d'aucune information sur Joker. À l'extérieur d'une usine de produits chimiques, un groupe de policiers enlève un casque cylindrique rouge d'un cadavre à terre. En dessous, son visage est déformé par un horrible rictus. Ce soir, Joker a également tué les 3 individus. Batman arrive sur place. Il constate qu'il ne connaît pas ces morts, et il suppute que qu'il sera impossible de les identifier : empreintes digitales brûlées, produit chimique ayant altéré leur ADN, mâchoire brisée. Batman effectue ces constats à haute voix, un policier se demande pourquoi il parle tout fort. Batgirl perchée sur une barrière en hauteur indique qu'il le fait à son attention. À la surprise de tout le monde, une des victimes reprend connaissance. Il est emmené en ambulance, mais Red Hood a pris place à l'intérieur en se faisant passer pour un ambulancier.
Une histoire de Batman publiée par la branche Black Label de DC Comics, réalisée par deux grands créateurs : c'est plus que tentant. Effectivement, la narration s'adresse plutôt à un lectorat âgé : couleurs sombres, violence graphique, pages muettes qui nécessitent une implication du lecteur, enjeu qui ne se limite pas à attraper le criminel ou les criminels, processus psychologiques sous-entendus. Les dessins sont dans un registre descriptif précis, avec une très faible part d'emphase par rapport à un comics de superhéros traditionnel. le titre s'avère explicite : Batman, Batgirl et Red Hood sont confrontés à 3 Joker : le Clown, le Comédien et le Criminel. L'enjeu est bien de sûr de les mettre hors d'état de nuire, mais aussi de trouver quel est leur objectif, et de savoir quel est le vrai. La tension dramatique est élevée d'entrée jeu car le scénariste sait bien rappeler que Barbara Gordon a été traumatisée par l'agression de Joker qui l'a laissée dans un fauteuil roulant pendant des années, que Jason Todd s'est fait fracasser le crâne à coup de barre à mine par Joker, et que Bruce Wayne vit avec la responsabilité de n'avoir jamais mis fin de manière définitive aux crimes de Joker. le dessinateur raconte son histoire de manière posée, limitant les effets dramatiques, donnant à voir les choses de manière factuelle. Sa façon de représenter les choses permet aux superhéros d'exister dans un monde très réaliste, sans paraître incongrus, malgré la cape de Batman et de Batgirl, malgré le casque rouge de Red Hood, malgré la veste violette de Joker et ses cheveux verts. Scénario et dessins sont en phase pour un récit entre polar psychologique et thriller avec des meurtres horrifiques. le lecteur prend grand plaisir à découvrir cette histoire au premier degré, avec une narration soignée, des rebondissements réguliers, des scènes d'action réalistes et organiques.
S'il dispose d'une culture comics, le lecteur remarque que Geoff Johns et Jason Fabok composent leur récit en le nourrissant à partir de plusieurs sources, tout en lui donnant une unité et une personnalité remarquable. L'idée qu'il puisse y avoir plusieurs Joker est intéressante en soi, et elle fait écho au fait que ce personnage existe depuis 1940 : apparu pour la première fois dans Batman 1, créé par Bob Kane, Bill Finger, et Jerry Robinson. Il a donc été maintes fois réinterprété durant ses huit décennies d'existence, Grant Morrison ayant consacré l'épisode 663 (2007, illustré par John van Fleet) de la série Batman à cette notion que Joker se réinvente à chaque apparition (c'est-à-dire à chaque nouveau scénariste, ou à chaque nouvelle génération de lecteurs). L'artiste donne une apparence un peu différente à chacun des trois Joker, avec un costume emblématique (par exemple la chemise hawaïenne), des expressions de visage différentes, et des postures différentes. L'utilisation régulière de pages découpées en 9 cases de taille identique, la palette de couleurs, certains éléments visuels (comme le casque cylindrique rouge) constituent autant de références piochées dans Batman: The Killing Joke (1988) d'Alan Moore & Brian Bolland, et Fabok reprend quelques postures et mises en scène de Bolland en les intégrant dans sa narration visuelle sans solution de continuité. le lecteur remarque également qu'à une ou deux reprises une situation ou une prise de vue font écho à Watchmen (1986) d'Alan Moore & Dave Gibbons.
S'il est un connaisseur de l'histoire de Batman et de Joker, le lecteur peut ainsi relever d'autres références patentes. le dos couturé de cicatrices de Bruce Wayne rappelle une page similaire dans Batman: War on crime (1999) de Paul Dini & Alex Ross. L'utilisation d'une barre à mine par Joker est une répétition du massacre de Robin dans Batman; A Death in the Family (1988) par Jim Starlin & Jim Aparo. le scénariste n'est pas loin de s'auto-citer avec des réminiscences de Batman: Earth One (2014) de Geoff Johns & Gary Frank. D'ailleurs, le lecteur se dit que Jason Fabok fait en sorte de dessiner de manière très proche de Frank, comme si le scénariste avait fixé une charte graphique à respecter pour ses récits de Batman. le lecteur se rend bien compte de l'effet d'écho de ces citations visuelles, de ces moments emblématiques évoqués par l'image ou par les dialogues. Dans le même temps, il n'éprouve jamais l'impression d'un patchwork malhabile ou artificiel : le récit présente une réelle unité, une cohérence interne solide, avec une touche personnelle. le scénariste ne cherche pas à réaliser une histoire présentant une théorie unificatrice de la mythologie de Batman : il a conçu une véritable intrique qu''il raconte en la nourrissant avec des éléments de la mythologie du personnage.
Bien sûr, le lecteur a le droit à une nouvelle version du traumatisme originel : le meurtre de Martha et Thomas Wayne par Joe Chill après avoir vu La Marque de Zorro (1920) de Fred Niblo, avec Douglas Fairbanks, mais il échappe au collier de perles, le scénariste n'introduisant pas de références à la version de Frank Miller. Il revoit la scène où Joker tire sur Barbara en 1 case, ainsi que Joker s'acharnant sur Jason en 1 page. Ces rappels servent de point de départ, le scénariste s'appuyant dessus pour développer le caractère de Barbara et de Jason, la dynamique de leur relation avec Batman, leur réaction face à Joker. Pour autant, Geoff Johns ne se lance pas dans une analyse psychologique, ni dans un métacommentaire. Il s'en tient avant tout à raconter une histoire, avec des personnages dont le lecteur comprend les motivations qui sont individualisées, et à les suivre dans leurs recherches pour cerner Joker, au propre comme au figuré. L'avant dernière scène rappelle bien sûr le face à face final entre Joker et Batman à la fin de Killing Joke, mais le scénariste ne singe pas Alan Moore : il reste à un niveau plus terre à terre, en cohérence avec le reste de son récit, pour un point de vue personnel, sans être révolutionnaire.
En découvrant ce récit, le lecteur s'interroge sur le positionnement qu'aura souhaité lui donner son scénariste. Il ne peut pas s'empêcher de voir les évocations de récits emblématiques, par exemple à Killing Joke, tant dans le scénario que sur le plan visuel. Dans le même temps, il se sent emmené par l'intrigue captivante au premier degré et originale, dépourvue de sensation d'emprunts maladroits, ou de continuité pesante. Il voit bien que Jason Fabok respecte une forme de cahier des charges pour dessiner dans un registre proche de celui de Gary Frank quand celui-ci dessine dans un registre écoulant de celui de Brian Bolland. Il voit bien que Fabok est parfois un peu sec dans les plans de prise de vue, avec des cases ne contenant que des gros plans sur les visages, ce qui n'empêche pas la narration visuelle d'être immersive, convaincante, et captivante. Finalement, le scénariste donne l'impression de s'attacher avant tout à raconter une bonne histoire originale, et ça fonctionne très bien, pour un bon polar, un thriller rendu malsain par l'obsession de Joker, et les traumatismes de Jason, Barbara et Bruce. Une excellente histoire de Batman.
Quand je pense que j'ai eu cette BD dans les mains à sa sortie en librairie et que je l'ai reposée sur son présentoir... honte à moi !
J'ai passé un merveilleux moment de lecture à suivre les aventures de Vei. Un récit sans prétention, mais avec une touche d'originalité jusque dans sa conclusion.
On va suivre un tournoi, le Meistarileikir, où les champions des dieux géants de Jötunheim, dont fait partie Vei, vont affronter ceux des dieux de la cité d'Asgard. Un tournoi qui permettra au gagnant de régner sur Midgard.
Un récit qui ne mise pas tout sur ces duels, l'intrigue se focalise sur les coulisses de ce tournoi, pour un récit dense qui revisite superbement la mythologie nordique. J'ai particulièrement apprécié le personnage de Loki, il est toujours dans son registre de la malice et de la discorde, mais sous un aspect différent. Il me faut évidemment vous parler de Vei, un personnage au fort caractère et à la personnalité bien travaillée, elle prend de l'épaisseur au fil des pages et forcément je m'y suis attaché.
J'ai beaucoup aimé la proposition graphique de Karl Johnsson, un coup de crayon lisible et dynamique, mais c'est surtout la qualité de sa mise en page qui m'a séduit, j'en ai pris plein les yeux.
Du très bon boulot.
Un album que je recommande.
La torture ne sert pas la vérité.
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Ce tome contient une biographie partielle du pape Clément V qui se suffit à elle-même et ne nécessite pas de connaissances préalables. Il a été écrit par France Richemond, médiévaliste, dessiné et encré par Germano Giorgini, et mis en couleurs par Florence Fantini. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée, et la première édition date de 2021. La scénariste a également écrit un autre tome de cette collection consacrée aux papes : Léon le Grand : Défier Attila (2019), dessiné par Stefano Carloni. le tome se termine avec un dossier documentaire de huit pages, réalisé par Bernard Lecomte, composé des parties suivantes : Clément V premier pape d'Avignon, Un Bordelais nommé Bertrand de Got, Les 17 papes français, Philippe IV le Bel plus puissant que le pape ?, Qui étaient les templiers ?, Les routes des trois grandes croisades, Les moines soldats iront-ils en enfer ?, La croix rouge, La fin des templiers, Un procès scandaleux, Jacques de Morlaix trahi par le pape, le pape Formose, le vin des papes, Les rois maudits, un lexique.
Lyon, basilique Saint-Just. le 14 novembre de l'an de grâce 1305. Couronnement de Bertrand de Got. Qui devient le pape Clément V. Il reçoit la tiare à la double couronne. Couronne du royaume terrestre. Couronne du royaume spirituel. Il devient ainsi le père de tous, princes et roi, le recteur de la Terre, le vicaire du seigneur Jésus-Christ. Alors que la procession du nouveau pape monté sur sa mule pontificale avance dans les rues de la ville, un mur sur lequel étaient montés des spectateurs s'écroule. Plusieurs jours ont passé. le duc de Bretagne est mort. Gaillard de Got agonise. Onze décès jettent un voile de ténèbres sur le couronnement du pape. le roi Philippe le Bel vient le trouver : il a besoin de lui. Les rapports restent tendus avec l'Angleterre malgré les traités. le roi veut donner sa fille Isabelle, au prince héritier et il lui faut une dispense. le pape la lui accorde bien volontiers.
Le roi Philippe le Bel continue : La perte du royaume chrétien d'Orient est terrible. Son grand-père Saint Louis s'est sacrifié pour le créer. Aujourd'hui son œuvre est anéantie ! Cette nouvelle croisade doit les implanter définitivement. Quelques croisés désordonnés ne suffisent pas. Il faut une armée de métier. Or les templiers ont failli. Leur stupide rivalité avec les hospitaliers a tout gâché. Ils ont oublié quel est l'ennemi. le pape répond que certes, mais ils ont défendu leur dernier bastion Saint-Jean-d'Acre jusqu'à la mort. le roi insiste : Élire l'orgueilleux Jacques de Morlay à la tête du Temple fut une erreur. Il se perd dans un jeu de puissance. le pape reconnaît que ce choix fut maladroit car Molay est si rigide. Il refuse la fusion avec les Hospitaliers. Il faut pourtant bien réformer le Temple puisqu'il n'y a plus de pèlerins à protéger. Ils ne peuvent être juste des banquiers. le roi intime au pape de faire cesser ce scandale qui souille l'Église. Il doit imposer la fusion ou les supprimer et créer un nouvel ordre.
Ce tome permet à la scénariste de revenir sur la disparition de l'ordre des Templiers, événement auquel elle faisait déjà référence dans Jeanne, la Mâle Reine, tome 1 (2018) avec Michel Suro. le titre annonce que l'ouvrage s'attache principalement à la vie du pape Clément V, et également à la fin de l'ordre des Templiers. le choix de la scénariste est de se focaliser sur la vie de Bertrand de Got (1264-1314) uniquement pendant la période où il fut pape. le récit commence donc avec son sacre en 1305 et il se termine avec son décès. La première séquence s'accompagne d'un moment spectaculaire, propice à capter l'attention du lecteur : le mur qui s'écroule et les badauds pris en dessous. Puis vient la biographie en elle-même qui parvient à mêler les tracas personnels de Bertrand de Got, en particulier ses problèmes de santé, ses difficiles décisions politiques pour essayer de résister à Philippe le Bel, et à maintenir l'autorité du pape sur l'Église, l'itinérance de sa curie, les événements historiques majeurs en France et en Italie, les attaques de Philippe le Bel contre les Templiers pour asservir leur ordre. France Richemond impressionne le lecteur par la dextérité avec laquelle elle parvient à gérer le volume d'informations nécessaires pour établir les enjeux et rendre compte des défis à l'échelle de l'Église, par le biais de dialogues plausibles, ce qui lui permet de limiter la taille des cartouches de texte, évitant ainsi l'effet exposé massif et indigeste.
La fluidité de l'exposé des informations revêt un tel naturel que le lecteur peut ne pas se rendre compte de la densité de la reconstitution. Si cet aspect l'intéresse, il consulte le lexique en fin d'ouvrage et se rappelle qu'effectivement les personnages représentés dans la bande dessinée ont évoqué Albert Ier de Hasbourg, Arnaud de Pellegrue, Boniface VIII, Célestin V, Charles d'Anjou, Charles II d'Anjou, Charles de Valois, Guillaume de Beaujeu, Guillaume de Nogaret, Henri VII de Luxembourg, Hugues de Payns, Jacques de Molay, Robert d'Anjou, Geoffroy de Charnay, etc. le lexique continue avec la liste des lieux traversés ou évoqués, au nombre d'une dizaine, avec par exemple Anagni (ville d'Italie où le pape Boniface VIII s'est fait arrêter en 1303 par l'envoyé de Philippe le Bel) ou Ferrare (puissante seigneurie italienne dans le delta du Pô). Vient ensuite une vingtaine de termes relatifs à la religion, dont concile cadavérique, gibelins, relaps. Ces trois registres de vocabulaires transcrivent bien les différentes dimensions du récit : politique et historique, française et italienne, histoire de l'Église et de son dogme. La scénariste sait transcrire toutes ces dimensions, sans faire de prosélytisme ou du dénigrement systématique, sans occulter le religieux.
Par la force des choses, un récit historique de cette nature impose une narration visuelle descriptive pour une reconstitution historique rigoureuse et documenté. le dessinateur impressionne également par sa capacité à remplir cet objectif : représenter les tenues d'époque et les costumes liés aux fonctions au sein de l'Église, montrer les cathédrales avec fidélité, ainsi que les rue des villes, les environnements particuliers comme des cellules ou la muraille d'un fort. Il représente les arrière-plans dans plus de 80% des cases, même celles avec des gros plans sur les personnages : le lecteur peut donc se projeter dans chaque et il ne ressent pas de solution de continuité qui serait provoquée par l'absence de décors plusieurs cases d'affilée. La séquence d'ouverture lui permet de mettre à profit la dimension spectaculaire de la cérémonie, puis du mur qui s'écroule. le lecteur constate que la scénariste a fait l'effort de penser en termes visuels chaque fois que la séquence s'y prête : un affrontement entre Templiers et infidèles à Saint-Jean-D'acre, le déplacement de la curie itinérante du pape, l'entrée en ville du roi et de ses soldats, l'arrivée à Avignon, celle au petit prieuré de Groseau, l'attaque des remparts de Ferrare par l'armée d'Arnaud de Pellegrue, les Templiers mis au bûcher à l'orée du bois de Vincennes, le banquet de clôture du concile, l'exécution de Jacques de Morlay. de la même manière, il est visible que le dessinateur a conçu des plans de prise de vue spécifique pour chaque discussion, évitant l'alternance mécanique de champ / contrechamp, montrant ce que font les personnages pendant les échanges, où il se trouvent. L'investissement de l'artiste sur la mise en scène participe de manière significative à la fluidité globale de la narration, à se tenir à l'écart de tout impression de texte copieux limitant les cases à de simples illustrations.
Le lecteur se retrouve vite transporté auprès du pape Clément V. Il sait bien qu'il ne s'agit pas d'un reportage pris sur le vif, qu'il n'existe pas d'archives visuelles ou audio permettant d'avoir la certitude que les événements se sont bien déroulés de cette manière, que les personnages ont prononcé ces paroles ou ont pris ces positions. Les auteurs savent rendre plausibles ce qu'ils racontent, le lecteur étant d'autant plus convaincu par la solidité des références, par la densité d'informations. Il éprouve la sensation que cette reconstitution lui montre pour partie la vérité. Il voit bien que les auteurs se tiennent à l'écart d'une représentation manichéenne ou simpliste : le pape n'est pas un héros ayant permis d'éviter le pire face à un roi omnipotent, ni un lâche ayant abdiqué toute responsabilité et se pliant aux diktats de Philippe le Bel. La réalité décrite s'avère complexe. Les personnages agissent conformément à la structure sociale de l'époque, à l'existence d'une religion d'état, aux jeux des alliances politiques et des guerres. La narration n'essaye pas d'intégrer tous les événements, de gaver le lecteur de passages encyclopédiques : elle s'appuie plutôt sur des événements montrés, et d'autres évoqués, laissant le lecteur libre d'aller se renseigner plus longuement s'il le souhaite. le dossier documentaire en fin d'ouvrage apporte des informations complémentaires, ou présente certaines sous une autre facette que la bande dessinée, s'avérant très intéressant.
La reconstitution historique est un genre à part entière, particulièrement exigeant en termes de recherches, de compréhension du contexte de l'époque, et assez difficiles à restituer de manière agréable sous forme de bande dessinée. le lecteur fait le constat par lui-même de la rigueur et de l'investissement des auteurs dans leur ouvrage, ainsi que de leur coordination et de leur complémentarité pour réaliser une narration agréable à la lecture, sans rien sacrifier à l'ambition de cette reconstitution. L'ouvrage donne envie de découvrir cette époque, les actions de ce pape, et une fois terminé, le lecteur en ressort avec l'envie d'en apprendre plus. Une belle réussite.
Je m’y suis lancé sans grandes convictions mais vraiment plus que pas mal du tout cet album, une bonne surprise comme je les aime.
Les faits d’Altamont ne m’étaient pas inconnus. Dans ma petite tête, j’imaginais même un évènement bien plus tragique que ce que la BD montre (sans minorer cette dernière).
Cependant je trouve que les auteurs s’en sortent à merveille avec leur histoire.
Commençons par le graphisme, les amateurs de Walking Dead ne seront pas surpris puisque c’est Charlie Adlard qui s’y colle.
Point de zombies cette fois, mais on retrouve son trait assez reconnaissable (les têtes des persos surtout). Un style relativement sobre mais vraiment fluide et j’ai bien apprécié de le découvrir dans un format franco belge. Ses planches sont bien construites, la mise en couleurs passe bien … du bon boulot. Il y a même une chouette surprise en milieu de tome qui marque l’arrivée à Altamont.
Il n’y a qu’une ombre au tableau (qui s’oublie toutefois en cours de lecture mais quand même !) c’est cette usage abusif de points noirs/pointillés pour donner du relief. Ça donne un côté rétro mais leur utilisation m’a paru aléatoire et souvent peu esthétique.
Mais ce qui donne tout le sel à l’album, c’est l’histoire imaginée par Herik Hanna. J'imaginais un truc un peu chiant à suivre à la limite du trop documentaire sur le festival. Sauf que cette partie est noyée dans le road trip d’un groupe que l’on suit. Leur histoire me semble particulièrement bien construite, en plus de personnalités bien trouvées.
A travers eux, c’est toute une photographie de l’Amérique de l’époque qui est dépeinte. Peace & Love bien sûr mais aussi Nixon, Vietnam …
Le traitement me semble assez fin, j’ai aimé qu’on ne tombe pas dans la caricature. L’épilogue surprendra mais je l’ai bien apprécié, il ajoute une touche en plus dans la nuance.
Excellente BD, merci encore une fois à ce site et aux avis précédents pour la découverte et m'avoir donné envie de la lire.
Le déroulement de l'histoire est prenant, elle commence doucement, mais une fois lancée, elle nous laisse aucun répit !
La grande surprise pour moi a été la mise en page époustouflante. Aucune planche ne se ressemble ! Souvent, une illustration occupe 1/4 ou la moitié de la page avec plusieurs cases superposées, offrant une profondeur et une meilleur compréhension de la scène . Le découpage semble chaotique et aléatoire, mais il est en réalité très bien pensé, avec beaucoup de cases par page (peut-être un peu trop parfois ?), de toutes tailles, souvent des rectangles occupant toute la largeur de la planche.
Le dessin est superbement réalisé, très réaliste et détaillé. La colorisation nous plonge parfaitement dans cet hiver glacial, donnant presque des frissons. Bref, la collaboration entre ces trois artistes est, à mon avis, parfaite.
Les scènes d'action sont bien réalisées, les tigres bien dessinés, et j'ai beaucoup apprécié le réalisme des véhicules/machines. Les bulles de dialogue sont parfois un peu surchargées à mon goût, surtout dans le premier tome, mais ça reste supportable et pas trop fréquent.
Une belle découverte d'une BD d'action en forêt qui nous tient en haleine jusqu'au bout.
Karim et Alexandre sont entrainés malgré eux dans une aventure aux multiples rebondissements qui va les confronter à ce que la société a de plus laid : la désindustrialisation, la montée de l'extrême droite, les ratonnades, les émeutes de cités et le trafic de drogue.
Alors forcément c'est difficilement envisageable de s'attirer autant d'emmerdes d'un coup mais quand la poisse vous suit, elle ne vous lâche pas.
Nos 2 lascars ne s'en laissent pas compter et n'en oublient pas les quelques plaisirs de la vie.
Au niveau graphique une vrai attention a été portée aux décors que j'ai trouvé très soignés. Par contre les personnages c'est autres chose (la serveuse de la cafétéria aïe aïe aïe). C'est laid et cela peut rebuter de prime abord et pourtant, finalement, cela ne gêne en rien à la lecture.
Je trouve même que cela correspond plutôt bien avec l'ambiance de l'ouvrage.
Quand l'intégrale est arrivée à la maison, je me suis dis "ouh le pavé, ça va m'occuper un moment".
Finalement je l'ai dévoré d'une traite, j'ai trouvé la lecture très facile et fluide, signe que c'est bien écrit et prenant malgré un scénario tiré par les cheveux.
Assurément une belle découverte pour peu qu'on arrive à passer outre les premières planches
3.5
Un bon carnet de voyage sur ce que pensent certains habitants de la Russie après l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Le seul gros défaut de l'album est que c'est daté parce que les témoignages datent du début du conflit et j'aimerais bien voir ce que pense maintenant tout ce beau monde maintenant que cette guerre censé être facile pour les russes dure depuis plus de 2 ans.
A part cela, c'est vraiment un bon carnet de voyage qui va plaire aux fans du genre. Il y a une belle diversité dans les témoignages et parlant de diversité on va aussi apercevoir quelques minorités culturelles pas très connu en dehors de la Russie et j'ai vraiment aimé. Le dessin est vraiment sympathique. J'espère que l'auteur va faire une suite !
Des coups d'un soir
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il s'agit d'un récit autobiographique, réalisé par Koren Shadmi pour le scénario, les dessins et la mise en couleurs. La première édition date de 2016.
Prologue : K (Koren) et son pote Brian sont chacun assis sur une chaise devant les marches qui mènent à l'entrée de l'immeuble où se trouve leur appartement. C'est l'été : ils ont une demi-douzaine de trucs à vendre, et surtout ils regardent passer les filles. Brian trouve que c'est le paradis, K que c'est un véritable supplice chinois. Brian se lève pour aller chercher à manger, et il demande à K de ne pas vendre son Transformer sans lui. Après son départ, deux copines s'arrêtent et souhaitent savoir combien ils vendent une de leurs chaises. K et elle se mettent d'accord sur 20 dollars. Avant de partir, elle lui laisse sa carte : Michelle Rove, réalisatrice de documentaires. Brian revient et félicite K pour la vente. Un an plus tard, Michelle et K emménage ensemble, et elle apporte la chaise qu'elle avait acheté à K. 6 mois plus tard, l'acrimonie est palpable et ils rompent. C'est l'hiver : K avec son pote Brian et un autre fête son anniversaire au bar Union dans Brooklyn. K explique qu'il est encore sous le coup de sa séparation avec Michelle. Les deux autres lui font observer qu'il y a plein de filles libres dans le bar qui est un lieu de rendez-vous bien connu, qu'il n'a pas à chercher un nouveau grand amour, mais qu'il peut chercher le coup d'un soir. K répond que ce n'est pas son truc, qu'il ne pense pas comme ça. Brian lui fait observer que les femmes ici présentes cherchent exactement la même chose que lui.
De retour dans leur colocation, Brian pousse K de son ordinateur et lui ouvre un compte sur le site de rencontre Lovebug. Puis il réinstalle K devant le clavier et lui intime de compléter son profil. Il lui donne des conseils sur comment remplir en utilisant les statistiques de réussite des profils, sur la photographie à mettre dans son profil. Il ne reste plus qu'à attendre. Le lendemain soir, K n'a eu aucune réponse. Brian lui demande combien de messages il a envoyés : K répond 3. Son copain lui explique qu'il doit en envoyer au moins 60, et tous différents, personnalisés en fonction du profil de la dame. K se lance et en écrit 42 de plus. Il finit par avoir une réponse. Quelques jours plus tard, une femme lui indique qu'elle est au Mamma Bar et qu'il peut venir la rejoindre. Il hésite, Brian l'admoneste en lui disant qu'il doit y aller tout de suite. K répond qu'il arrive dans 15 minutes. Il rentre dans le bar et voit une jolie jeune femme au comptoir en train de descendre une bière. Il l'aborde : c'est bien elle. Il lui demande si elle a apprécié l'exposition sur les vins qu'elle est allée voir. Il sent l'odeur de l'alcool dans l'haleine de son interlocutrice. Elle fait une remarque sur les chaussures de K qu'elle trouve un peu féminine. Ils parlent de la gentrification du quartier. Elle accepte d'aller chez lui, tout en continuant à se montrer un peu sarcastique. Arrivée chez lui, elle lui demande s'il a quelque chose à boire. Ils s'allongent sur le canapé et elle enlève son teeshirt.
Le sous-titre est clair : les confessions d'un dragueur en série. Le lecteur suite K pendant un an de son premier rendez-vous au rendez-vous numéro 75. L'auteur ne montre pas les 75 rendez-vous, mais quand même 24. Le principe du récit est simple : K s'est fait plaquer, son copain l'incite à tester un site de rencontres, et K se prend au jeu, jusqu'à enchaîner les rencontres. Il a peine à croire à la facilité avec laquelle tout ça se passe quand il se rend compte qu'il a réussi à coucher avec 3 femmes différentes en 3 nuits, chose qui ne lui était jamais arrivé. Le titre est également explicite : K va devenir dépendant à ces conquêtes d'un soir, au sexe facile. Le lecteur est donc témoin du comportement d'un individu en proie à une addiction. Pourtant, il n'y pas de leçon de morale, à peine un regard moral sur ces pratiques. K n'est pas un monstre. Il rencontre des jeunes femmes consentantes. Il n'y a pas de rapport de force ou de manipulations malsaines, d'abus de faiblesse, ou de rapport non consenti. Le personnage est bien fait de sa personne, sans être un Apollon. Il choisit des jeunes femmes également bien faites de leur personne, selon ses critères de beauté, avec un fétichisme pour une rencontre (coucher avec une culturiste) mais pas pour les autres. Il n'y a aucune déviance sexuelle, aucune tromperie de part et d'autre sur la nature de la relation recherchée.
Pour raconter son histoire, Koren Shadmi dessine dans un registre réaliste avec un bon niveau de détails. Il représente très régulièrement les lieux où évoluent les personnages, la plupart relevant du quotidien. Le lecteur suit donc K dans des bars, dans son appartement en colocation, à une exposition d'art africain, dans un parc (une erreur tactique), dans un sexshop (une demoiselle un peu fofolle), dans un cinéma, dans un parc avec sa sœur, sur son lieu de travail (un studio d'animation). À chaque fois, il s'agit d'endroits avec des détails particuliers qui rendent les lieux plausibles et uniques. Les personnages se positionnent en fonction des meubles et des accessoires, interagissant avec le décor. Le passage le plus exotique se déroule à Atlantic City pour un week-end avec May, à jouer au Casino et à se promener le long de la plage. L'artiste se concentre sur l'objectif que le lecteur comprenne où se trouvent les personnages, sans passer en mode tourisme avec un luxe de détails qui seraient hors de propos. Il réalise lui-même sa mise en couleurs avec des couleurs douces un peu foncées, apportant plus de matière à chaque surface, sans utiliser d'effets spéciaux propres à l'infographie.
Le dessinateur utilise une approche naturaliste pour les personnages. Il n'exagère pas leur anatomie, ni leurs gestes. Le lecteur remarque qu'il adoucit les traits de leur visage pour les rendre plus expressifs, souvent sympathiques. C'est encore plus vrai pour le visage de K, très épuré, avec des airs qui évoquent parfois Woody Allen jeune. Il n'hésite pas à représenter la nudité y compris de face : il n'y a pas d'hypocrisie visuelle par rapport au sujet du récit. Pourtant les parties de jambes en l'air ne dégagent pas d'érotisme, et n'ont rien de pornographique. Il n'y a pas de gros plan de pénétration, ni sur les organes génitaux. Les rapports sont montrés en une page ou moins et comme étant une occupation tout ce qu'il y a de plus naturelle, quasiment dépourvue de toute charge affective. Cela n'empêche pas K de se montrer toujours respectueux de sa partenaire du soir, et que chacune se comporte de manière différente. Du coup, le lecteur se rend compte qu'il ne sent pas dans une position de voyeur, mais d'observateur d'un moment banal de la vie de K. Il peut admirer des corps féminins différents, il peut comprendre le désir de K, sans pour autant l'éprouver lui-même. C'est un phénomène assez étrange, comme si l'abondance de relations en venait à les rendre insignifiantes sur le plan du désir. Le dessinateur rend admirablement bien compte de la diversité des femmes, de leur individualité, prenant soin de leur attribuer des tenues vestimentaires adaptées aux conditions climatiques et à leur personnalité.
Le lecteur peut s'interroger sur le fait que le personnage principal ne soit appelé que par la lettre K, l'initiale du prénom de l'auteur. Mais rien ne permet de savoir s'il s'agit d'un récit autobiographique plus ou moins fidèle, d'une autofiction ou d'une complète fiction. Le titre et le sous-titre indique que le lecteur va observer un individu devenant dépendant, mais l'auteur ne va pas jusqu'à la déchéance, il ne sort pas de la normalité d'un jeune homme ayant décidé de prendre du bon temps. K profite des bons conseils de son ami Brian qui a plus d'expérience que lui. D'ailleurs tout du long, Brian est un plus gros consommateur que son pote, allant jusqu'à se créer un deuxième profil pour séduire des femmes qui ne seraient pas attirées par son profil initial. En fonction de ses propres convictions morales (et de sa santé), le lecteur se retrouve libre de porter le jugement qu'il veut sur la vie de K, car il n'y a que des adultes consentants. Les femmes ne se comportent pas en victime, ni même en victime consentante, et l'une d'elle utilise le corps de K quasiment comme un objet, uniquement soucieuse de son propre plaisir. Cette vie de bâton de chaise semble bien convenir à Brian, avec finalement peu de mauvaises surprises. Finalement la notion d'addiction reste sous-jacente, et l'auteur donne l'impression de forcer la dose pour le rencart 70, car il conserve un ton léger tout le long du récit. Pour autant, le dénouement ne tombe pas à plat. Il n'y a pas de justice immanente ni de punition morale. Il y a une situation qui met en lumière les limites affectives de relations de ce type.
La couverture semble promettre un récit sulfureux dans le genre : j'étais un accro des sites de rencontre. La lecture s'avère beaucoup plus agréable, dépourvu de côté malsain ou moralisateur. La narration visuelle se fait par des pages à l'ambiance douce, avec des dessins précis sans prétention photographique, et des personnages très incarnés, y compris les conquêtes d'un soir. Il n'y a pas d'hypocrisie visuelle sur le sujet, la nudité étant une évidence au vu du type de récit. Koren Shadmi ne diabolise à aucun moment ni le personnage ni la pratique, et le ton reste amusé, sans condescendance. Le lecteur est libre de se faire son opinion sur ce type de vie.
L'avis de Paco résume franchement bien l'album. Pour une BD sur le Bataclan et son massacre, elle est étonnamment "sobre" mais efficace. Se concentrant plus sur l'après et revenant sur l'évènement par petites touches seulement, découpant cet épisode à chaque fois que Sophie le raconte une nouvelle fois.
Le dessin est là aussi clair et efficace, sachant représenter tout ce qui affecte Sophie après l'évènement, retranscrivant les différents traumatismes qu'elle vit chaque jour alors que le temps passe. C'est d'autant plus efficace que le graphisme mignon contraste avec la fureur de l'évènement et surtout la vision qu'elle en a. Cette retranscription participe au ressenti et l'angoisse qui l'assaille.
La BD ne se contente pas des évènements et revient surtout sur le long parcours, très complexe, que Sophie dû affronter ensuite : l'hôpital, le retour à la vie normale, les psys et les galères, la souffrance physique, morale, comment elle dut batailler pour une indemnité, le manque de compassion et surtout la solitude dans laquelle elle se retrouva ensuite. Personne ne l'a aidé, et semble-t-il ne l'a même envisagé. C'est en lisant que je me suis rendu compte qu'elle a eut une chance énorme d'avoir un entourage proche et solide sur lequel compter. Je n'ose imaginer le calvaire que ce fut pour ceux qui étaient désespérément seuls.
C'est une très bonne BD sur les traumatismes d'un attentat, la vie qui doit continuer et la façon dont notre société tente de balayer sous le tapis la poussière des survivants. La BD est triste mais optimiste et sa violence est tempéré par les auteurs, ce qui la rend lisible et accessible. Je la déconseille quand même aux personnes sensibles, l'ensemble reste lourd. Mais très franchement bon.
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Inexistences
Est-ce une bande dessinée ? Certes son auteur est un nom du 9ème art. Certes, l’éditeur édite principalement des bandes dessinées. Certes, il y a des passages de bandes dessinées dans ce recueil. Mais ce que propose ici Christophe Bec dépasse du cadre de la bande dessinée. C’est un recueil de récits employant des techniques variées allant de la littérature à la bande dessinée en passant par de fréquents assemblages de textes et d’illustrations (sans que l’on puisse parler de littérature ou de bande dessinées ni même de texte illustré puisque textes et illustrations n’ont souvent qu’un rapport lointain). Le résultat est étonnant… et séduisant. L’assemblage de ces récits parvient à créer une ambiance post-apocalyptique dramatique et lyrique. Bec parle de démesure dans sa préface et c’est clair que nous sommes dans l’excès en tout : le ton est excessivement dramatique, les illustrations sont excessivement grandes (parfois quatre pages format 252 x 340 sont nécessaires, évitez donc de lire cet album dans les transports en commun), les récits sont sinistres à l’extrême. Ceci dit, j’ai dévoré l’album alors même que ce qui nous est proposé comme histoire(s) est du déjà-vu sans grande originalité… mais la manière dont cet univers nous est présenté, ça, je n’avais encore jamais vu ! Inexistences n’est pas qu’une bande dessinée mais c’est indéniablement un bel objet grâce auquel Bec parvient à donner toute la démesure nécessaire à son univers. C’est juste dommage qu’il n’avait rien de plus original à nous raconter quant à ses personnages (en gros, vivre dans un univers post-apocalyptique c’est chiant, il fait froid, on a faim, on se massacre sans joie et on crève dans la souffrance, sinon chez moi ça va…) mais cet album mérite le coup d’œil pour l’originalité de sa conception. Alors non, pour moi, ce n’est pas une bande dessinée, mais je pense que le public le plus susceptible d’adhérer au concept devra aimer la bande dessinée. (Pour la note, comme d'hab' avec moi, "franchement bien" me semble excessif mais c'est mieux qu'un bête "pas mal". L'originalité du concept m'incite à accorder la note supérieure).
Batman - Trois jokers
Individu protéiforme pour thriller malin - Ce tome contient une histoire complète qui est plus savoureuse si le lecteur connaît déjà le personnage de Joker. Il regroupe les 3 épisodes initialement parus en 2020, écrits par Geoff Johns, dessinés et encrés par Jason Fabok, avec une mise en couleurs réalisée par Brad Anderson. En fin de tome se trouvent les 4 dessins en pleine page réalisés par Fabok pour servir de pages promotionnelles. Batman arrête la batmobile en catastrophe, renversant la stèle de la tombe de ses parents à quelques distances du manoir Wayne. Il parvient à la Batcave tant bien que mal, et il est immédiatement pris en charge par Alfred Pennyworth. Celui-ci l'aide à enlever son costume, en le découpant quand nécessaire, car certaines blessures saignent encore. Alfred commence à la recoudre en voyant toutes les cicatrices sur son corps. Bruce explique que cette fois-ci c'était un coup de parapluie. En voyant chaque cicatrice, Alfred se souvient des autres armes : le dos brisé par Bane, le sceptre chauffé à Blanc de Riddler, les griffes de Catwoman, les mâchoires de Killer Croc, la fourche de Scarecrow, et les différentes armes de Joker. Tout cela le ramène à la marque psychique indélébile de l'arme à feu utilisée par Joe Chill, l'homme qui a tué ses parents, alors qu'ils sortaient tous les trois d'une séance de cinéma pour voir La marque de Zorro. Sa remémoration est interrompue lorsque son attention est attirée par une information à la télévision : Joker a assassiné les derniers membres de la famille Moxon, dans ce qu'il a baptisé sa guerre du chaos contre le crime organisé. Barbara Gordon est en train de s'entraîner sur un tapis de course dans une salle de sport tout en écoutant les informations. Un présentateur indique que le comédien Kelani Apaka a été tué par Joker. Elle arrête de s'entraîner car le tapis de course est en surchauffe, et elle va prendre sa douche, sa main venant toucher machinalement sa cicatrice en dessous du nombril. Dans un des cimetières de Gotham, Red Hood (Jason Todd) est en train de se battre contre un gang de cinq individus, alors que les informations indiquent que Joker avait commis un meurtre quelques jours auparavant : le docteur Roger Huntoon qui a été retrouvé dans un placard à balais de l'asile d'Arkham, avec un canard en plastique enfoncé dans sa gorge. Ce docteur avait écrit un livre sur l'impact de la super violence sur la psyché, décrivant un cercle de la violence entre les bons et les méchants, faisant que rien ne les distingue vraiment au final. Red Hood finit d'assommer ses assaillants qui effectivement ne disposent d'aucune information sur Joker. À l'extérieur d'une usine de produits chimiques, un groupe de policiers enlève un casque cylindrique rouge d'un cadavre à terre. En dessous, son visage est déformé par un horrible rictus. Ce soir, Joker a également tué les 3 individus. Batman arrive sur place. Il constate qu'il ne connaît pas ces morts, et il suppute que qu'il sera impossible de les identifier : empreintes digitales brûlées, produit chimique ayant altéré leur ADN, mâchoire brisée. Batman effectue ces constats à haute voix, un policier se demande pourquoi il parle tout fort. Batgirl perchée sur une barrière en hauteur indique qu'il le fait à son attention. À la surprise de tout le monde, une des victimes reprend connaissance. Il est emmené en ambulance, mais Red Hood a pris place à l'intérieur en se faisant passer pour un ambulancier. Une histoire de Batman publiée par la branche Black Label de DC Comics, réalisée par deux grands créateurs : c'est plus que tentant. Effectivement, la narration s'adresse plutôt à un lectorat âgé : couleurs sombres, violence graphique, pages muettes qui nécessitent une implication du lecteur, enjeu qui ne se limite pas à attraper le criminel ou les criminels, processus psychologiques sous-entendus. Les dessins sont dans un registre descriptif précis, avec une très faible part d'emphase par rapport à un comics de superhéros traditionnel. le titre s'avère explicite : Batman, Batgirl et Red Hood sont confrontés à 3 Joker : le Clown, le Comédien et le Criminel. L'enjeu est bien de sûr de les mettre hors d'état de nuire, mais aussi de trouver quel est leur objectif, et de savoir quel est le vrai. La tension dramatique est élevée d'entrée jeu car le scénariste sait bien rappeler que Barbara Gordon a été traumatisée par l'agression de Joker qui l'a laissée dans un fauteuil roulant pendant des années, que Jason Todd s'est fait fracasser le crâne à coup de barre à mine par Joker, et que Bruce Wayne vit avec la responsabilité de n'avoir jamais mis fin de manière définitive aux crimes de Joker. le dessinateur raconte son histoire de manière posée, limitant les effets dramatiques, donnant à voir les choses de manière factuelle. Sa façon de représenter les choses permet aux superhéros d'exister dans un monde très réaliste, sans paraître incongrus, malgré la cape de Batman et de Batgirl, malgré le casque rouge de Red Hood, malgré la veste violette de Joker et ses cheveux verts. Scénario et dessins sont en phase pour un récit entre polar psychologique et thriller avec des meurtres horrifiques. le lecteur prend grand plaisir à découvrir cette histoire au premier degré, avec une narration soignée, des rebondissements réguliers, des scènes d'action réalistes et organiques. S'il dispose d'une culture comics, le lecteur remarque que Geoff Johns et Jason Fabok composent leur récit en le nourrissant à partir de plusieurs sources, tout en lui donnant une unité et une personnalité remarquable. L'idée qu'il puisse y avoir plusieurs Joker est intéressante en soi, et elle fait écho au fait que ce personnage existe depuis 1940 : apparu pour la première fois dans Batman 1, créé par Bob Kane, Bill Finger, et Jerry Robinson. Il a donc été maintes fois réinterprété durant ses huit décennies d'existence, Grant Morrison ayant consacré l'épisode 663 (2007, illustré par John van Fleet) de la série Batman à cette notion que Joker se réinvente à chaque apparition (c'est-à-dire à chaque nouveau scénariste, ou à chaque nouvelle génération de lecteurs). L'artiste donne une apparence un peu différente à chacun des trois Joker, avec un costume emblématique (par exemple la chemise hawaïenne), des expressions de visage différentes, et des postures différentes. L'utilisation régulière de pages découpées en 9 cases de taille identique, la palette de couleurs, certains éléments visuels (comme le casque cylindrique rouge) constituent autant de références piochées dans Batman: The Killing Joke (1988) d'Alan Moore & Brian Bolland, et Fabok reprend quelques postures et mises en scène de Bolland en les intégrant dans sa narration visuelle sans solution de continuité. le lecteur remarque également qu'à une ou deux reprises une situation ou une prise de vue font écho à Watchmen (1986) d'Alan Moore & Dave Gibbons. S'il est un connaisseur de l'histoire de Batman et de Joker, le lecteur peut ainsi relever d'autres références patentes. le dos couturé de cicatrices de Bruce Wayne rappelle une page similaire dans Batman: War on crime (1999) de Paul Dini & Alex Ross. L'utilisation d'une barre à mine par Joker est une répétition du massacre de Robin dans Batman; A Death in the Family (1988) par Jim Starlin & Jim Aparo. le scénariste n'est pas loin de s'auto-citer avec des réminiscences de Batman: Earth One (2014) de Geoff Johns & Gary Frank. D'ailleurs, le lecteur se dit que Jason Fabok fait en sorte de dessiner de manière très proche de Frank, comme si le scénariste avait fixé une charte graphique à respecter pour ses récits de Batman. le lecteur se rend bien compte de l'effet d'écho de ces citations visuelles, de ces moments emblématiques évoqués par l'image ou par les dialogues. Dans le même temps, il n'éprouve jamais l'impression d'un patchwork malhabile ou artificiel : le récit présente une réelle unité, une cohérence interne solide, avec une touche personnelle. le scénariste ne cherche pas à réaliser une histoire présentant une théorie unificatrice de la mythologie de Batman : il a conçu une véritable intrique qu''il raconte en la nourrissant avec des éléments de la mythologie du personnage. Bien sûr, le lecteur a le droit à une nouvelle version du traumatisme originel : le meurtre de Martha et Thomas Wayne par Joe Chill après avoir vu La Marque de Zorro (1920) de Fred Niblo, avec Douglas Fairbanks, mais il échappe au collier de perles, le scénariste n'introduisant pas de références à la version de Frank Miller. Il revoit la scène où Joker tire sur Barbara en 1 case, ainsi que Joker s'acharnant sur Jason en 1 page. Ces rappels servent de point de départ, le scénariste s'appuyant dessus pour développer le caractère de Barbara et de Jason, la dynamique de leur relation avec Batman, leur réaction face à Joker. Pour autant, Geoff Johns ne se lance pas dans une analyse psychologique, ni dans un métacommentaire. Il s'en tient avant tout à raconter une histoire, avec des personnages dont le lecteur comprend les motivations qui sont individualisées, et à les suivre dans leurs recherches pour cerner Joker, au propre comme au figuré. L'avant dernière scène rappelle bien sûr le face à face final entre Joker et Batman à la fin de Killing Joke, mais le scénariste ne singe pas Alan Moore : il reste à un niveau plus terre à terre, en cohérence avec le reste de son récit, pour un point de vue personnel, sans être révolutionnaire. En découvrant ce récit, le lecteur s'interroge sur le positionnement qu'aura souhaité lui donner son scénariste. Il ne peut pas s'empêcher de voir les évocations de récits emblématiques, par exemple à Killing Joke, tant dans le scénario que sur le plan visuel. Dans le même temps, il se sent emmené par l'intrigue captivante au premier degré et originale, dépourvue de sensation d'emprunts maladroits, ou de continuité pesante. Il voit bien que Jason Fabok respecte une forme de cahier des charges pour dessiner dans un registre proche de celui de Gary Frank quand celui-ci dessine dans un registre écoulant de celui de Brian Bolland. Il voit bien que Fabok est parfois un peu sec dans les plans de prise de vue, avec des cases ne contenant que des gros plans sur les visages, ce qui n'empêche pas la narration visuelle d'être immersive, convaincante, et captivante. Finalement, le scénariste donne l'impression de s'attacher avant tout à raconter une bonne histoire originale, et ça fonctionne très bien, pour un bon polar, un thriller rendu malsain par l'obsession de Joker, et les traumatismes de Jason, Barbara et Bruce. Une excellente histoire de Batman.
Vei
Quand je pense que j'ai eu cette BD dans les mains à sa sortie en librairie et que je l'ai reposée sur son présentoir... honte à moi ! J'ai passé un merveilleux moment de lecture à suivre les aventures de Vei. Un récit sans prétention, mais avec une touche d'originalité jusque dans sa conclusion. On va suivre un tournoi, le Meistarileikir, où les champions des dieux géants de Jötunheim, dont fait partie Vei, vont affronter ceux des dieux de la cité d'Asgard. Un tournoi qui permettra au gagnant de régner sur Midgard. Un récit qui ne mise pas tout sur ces duels, l'intrigue se focalise sur les coulisses de ce tournoi, pour un récit dense qui revisite superbement la mythologie nordique. J'ai particulièrement apprécié le personnage de Loki, il est toujours dans son registre de la malice et de la discorde, mais sous un aspect différent. Il me faut évidemment vous parler de Vei, un personnage au fort caractère et à la personnalité bien travaillée, elle prend de l'épaisseur au fil des pages et forcément je m'y suis attaché. J'ai beaucoup aimé la proposition graphique de Karl Johnsson, un coup de crayon lisible et dynamique, mais c'est surtout la qualité de sa mise en page qui m'a séduit, j'en ai pris plein les yeux. Du très bon boulot. Un album que je recommande.
Clément V - Le Sacrifice des Templiers
La torture ne sert pas la vérité. - Ce tome contient une biographie partielle du pape Clément V qui se suffit à elle-même et ne nécessite pas de connaissances préalables. Il a été écrit par France Richemond, médiévaliste, dessiné et encré par Germano Giorgini, et mis en couleurs par Florence Fantini. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée, et la première édition date de 2021. La scénariste a également écrit un autre tome de cette collection consacrée aux papes : Léon le Grand : Défier Attila (2019), dessiné par Stefano Carloni. le tome se termine avec un dossier documentaire de huit pages, réalisé par Bernard Lecomte, composé des parties suivantes : Clément V premier pape d'Avignon, Un Bordelais nommé Bertrand de Got, Les 17 papes français, Philippe IV le Bel plus puissant que le pape ?, Qui étaient les templiers ?, Les routes des trois grandes croisades, Les moines soldats iront-ils en enfer ?, La croix rouge, La fin des templiers, Un procès scandaleux, Jacques de Morlaix trahi par le pape, le pape Formose, le vin des papes, Les rois maudits, un lexique. Lyon, basilique Saint-Just. le 14 novembre de l'an de grâce 1305. Couronnement de Bertrand de Got. Qui devient le pape Clément V. Il reçoit la tiare à la double couronne. Couronne du royaume terrestre. Couronne du royaume spirituel. Il devient ainsi le père de tous, princes et roi, le recteur de la Terre, le vicaire du seigneur Jésus-Christ. Alors que la procession du nouveau pape monté sur sa mule pontificale avance dans les rues de la ville, un mur sur lequel étaient montés des spectateurs s'écroule. Plusieurs jours ont passé. le duc de Bretagne est mort. Gaillard de Got agonise. Onze décès jettent un voile de ténèbres sur le couronnement du pape. le roi Philippe le Bel vient le trouver : il a besoin de lui. Les rapports restent tendus avec l'Angleterre malgré les traités. le roi veut donner sa fille Isabelle, au prince héritier et il lui faut une dispense. le pape la lui accorde bien volontiers. Le roi Philippe le Bel continue : La perte du royaume chrétien d'Orient est terrible. Son grand-père Saint Louis s'est sacrifié pour le créer. Aujourd'hui son œuvre est anéantie ! Cette nouvelle croisade doit les implanter définitivement. Quelques croisés désordonnés ne suffisent pas. Il faut une armée de métier. Or les templiers ont failli. Leur stupide rivalité avec les hospitaliers a tout gâché. Ils ont oublié quel est l'ennemi. le pape répond que certes, mais ils ont défendu leur dernier bastion Saint-Jean-d'Acre jusqu'à la mort. le roi insiste : Élire l'orgueilleux Jacques de Morlay à la tête du Temple fut une erreur. Il se perd dans un jeu de puissance. le pape reconnaît que ce choix fut maladroit car Molay est si rigide. Il refuse la fusion avec les Hospitaliers. Il faut pourtant bien réformer le Temple puisqu'il n'y a plus de pèlerins à protéger. Ils ne peuvent être juste des banquiers. le roi intime au pape de faire cesser ce scandale qui souille l'Église. Il doit imposer la fusion ou les supprimer et créer un nouvel ordre. Ce tome permet à la scénariste de revenir sur la disparition de l'ordre des Templiers, événement auquel elle faisait déjà référence dans Jeanne, la Mâle Reine, tome 1 (2018) avec Michel Suro. le titre annonce que l'ouvrage s'attache principalement à la vie du pape Clément V, et également à la fin de l'ordre des Templiers. le choix de la scénariste est de se focaliser sur la vie de Bertrand de Got (1264-1314) uniquement pendant la période où il fut pape. le récit commence donc avec son sacre en 1305 et il se termine avec son décès. La première séquence s'accompagne d'un moment spectaculaire, propice à capter l'attention du lecteur : le mur qui s'écroule et les badauds pris en dessous. Puis vient la biographie en elle-même qui parvient à mêler les tracas personnels de Bertrand de Got, en particulier ses problèmes de santé, ses difficiles décisions politiques pour essayer de résister à Philippe le Bel, et à maintenir l'autorité du pape sur l'Église, l'itinérance de sa curie, les événements historiques majeurs en France et en Italie, les attaques de Philippe le Bel contre les Templiers pour asservir leur ordre. France Richemond impressionne le lecteur par la dextérité avec laquelle elle parvient à gérer le volume d'informations nécessaires pour établir les enjeux et rendre compte des défis à l'échelle de l'Église, par le biais de dialogues plausibles, ce qui lui permet de limiter la taille des cartouches de texte, évitant ainsi l'effet exposé massif et indigeste. La fluidité de l'exposé des informations revêt un tel naturel que le lecteur peut ne pas se rendre compte de la densité de la reconstitution. Si cet aspect l'intéresse, il consulte le lexique en fin d'ouvrage et se rappelle qu'effectivement les personnages représentés dans la bande dessinée ont évoqué Albert Ier de Hasbourg, Arnaud de Pellegrue, Boniface VIII, Célestin V, Charles d'Anjou, Charles II d'Anjou, Charles de Valois, Guillaume de Beaujeu, Guillaume de Nogaret, Henri VII de Luxembourg, Hugues de Payns, Jacques de Molay, Robert d'Anjou, Geoffroy de Charnay, etc. le lexique continue avec la liste des lieux traversés ou évoqués, au nombre d'une dizaine, avec par exemple Anagni (ville d'Italie où le pape Boniface VIII s'est fait arrêter en 1303 par l'envoyé de Philippe le Bel) ou Ferrare (puissante seigneurie italienne dans le delta du Pô). Vient ensuite une vingtaine de termes relatifs à la religion, dont concile cadavérique, gibelins, relaps. Ces trois registres de vocabulaires transcrivent bien les différentes dimensions du récit : politique et historique, française et italienne, histoire de l'Église et de son dogme. La scénariste sait transcrire toutes ces dimensions, sans faire de prosélytisme ou du dénigrement systématique, sans occulter le religieux. Par la force des choses, un récit historique de cette nature impose une narration visuelle descriptive pour une reconstitution historique rigoureuse et documenté. le dessinateur impressionne également par sa capacité à remplir cet objectif : représenter les tenues d'époque et les costumes liés aux fonctions au sein de l'Église, montrer les cathédrales avec fidélité, ainsi que les rue des villes, les environnements particuliers comme des cellules ou la muraille d'un fort. Il représente les arrière-plans dans plus de 80% des cases, même celles avec des gros plans sur les personnages : le lecteur peut donc se projeter dans chaque et il ne ressent pas de solution de continuité qui serait provoquée par l'absence de décors plusieurs cases d'affilée. La séquence d'ouverture lui permet de mettre à profit la dimension spectaculaire de la cérémonie, puis du mur qui s'écroule. le lecteur constate que la scénariste a fait l'effort de penser en termes visuels chaque fois que la séquence s'y prête : un affrontement entre Templiers et infidèles à Saint-Jean-D'acre, le déplacement de la curie itinérante du pape, l'entrée en ville du roi et de ses soldats, l'arrivée à Avignon, celle au petit prieuré de Groseau, l'attaque des remparts de Ferrare par l'armée d'Arnaud de Pellegrue, les Templiers mis au bûcher à l'orée du bois de Vincennes, le banquet de clôture du concile, l'exécution de Jacques de Morlay. de la même manière, il est visible que le dessinateur a conçu des plans de prise de vue spécifique pour chaque discussion, évitant l'alternance mécanique de champ / contrechamp, montrant ce que font les personnages pendant les échanges, où il se trouvent. L'investissement de l'artiste sur la mise en scène participe de manière significative à la fluidité globale de la narration, à se tenir à l'écart de tout impression de texte copieux limitant les cases à de simples illustrations. Le lecteur se retrouve vite transporté auprès du pape Clément V. Il sait bien qu'il ne s'agit pas d'un reportage pris sur le vif, qu'il n'existe pas d'archives visuelles ou audio permettant d'avoir la certitude que les événements se sont bien déroulés de cette manière, que les personnages ont prononcé ces paroles ou ont pris ces positions. Les auteurs savent rendre plausibles ce qu'ils racontent, le lecteur étant d'autant plus convaincu par la solidité des références, par la densité d'informations. Il éprouve la sensation que cette reconstitution lui montre pour partie la vérité. Il voit bien que les auteurs se tiennent à l'écart d'une représentation manichéenne ou simpliste : le pape n'est pas un héros ayant permis d'éviter le pire face à un roi omnipotent, ni un lâche ayant abdiqué toute responsabilité et se pliant aux diktats de Philippe le Bel. La réalité décrite s'avère complexe. Les personnages agissent conformément à la structure sociale de l'époque, à l'existence d'une religion d'état, aux jeux des alliances politiques et des guerres. La narration n'essaye pas d'intégrer tous les événements, de gaver le lecteur de passages encyclopédiques : elle s'appuie plutôt sur des événements montrés, et d'autres évoqués, laissant le lecteur libre d'aller se renseigner plus longuement s'il le souhaite. le dossier documentaire en fin d'ouvrage apporte des informations complémentaires, ou présente certaines sous une autre facette que la bande dessinée, s'avérant très intéressant. La reconstitution historique est un genre à part entière, particulièrement exigeant en termes de recherches, de compréhension du contexte de l'époque, et assez difficiles à restituer de manière agréable sous forme de bande dessinée. le lecteur fait le constat par lui-même de la rigueur et de l'investissement des auteurs dans leur ouvrage, ainsi que de leur coordination et de leur complémentarité pour réaliser une narration agréable à la lecture, sans rien sacrifier à l'ambition de cette reconstitution. L'ouvrage donne envie de découvrir cette époque, les actions de ce pape, et une fois terminé, le lecteur en ressort avec l'envie d'en apprendre plus. Une belle réussite.
Altamont
Je m’y suis lancé sans grandes convictions mais vraiment plus que pas mal du tout cet album, une bonne surprise comme je les aime. Les faits d’Altamont ne m’étaient pas inconnus. Dans ma petite tête, j’imaginais même un évènement bien plus tragique que ce que la BD montre (sans minorer cette dernière). Cependant je trouve que les auteurs s’en sortent à merveille avec leur histoire. Commençons par le graphisme, les amateurs de Walking Dead ne seront pas surpris puisque c’est Charlie Adlard qui s’y colle. Point de zombies cette fois, mais on retrouve son trait assez reconnaissable (les têtes des persos surtout). Un style relativement sobre mais vraiment fluide et j’ai bien apprécié de le découvrir dans un format franco belge. Ses planches sont bien construites, la mise en couleurs passe bien … du bon boulot. Il y a même une chouette surprise en milieu de tome qui marque l’arrivée à Altamont. Il n’y a qu’une ombre au tableau (qui s’oublie toutefois en cours de lecture mais quand même !) c’est cette usage abusif de points noirs/pointillés pour donner du relief. Ça donne un côté rétro mais leur utilisation m’a paru aléatoire et souvent peu esthétique. Mais ce qui donne tout le sel à l’album, c’est l’histoire imaginée par Herik Hanna. J'imaginais un truc un peu chiant à suivre à la limite du trop documentaire sur le festival. Sauf que cette partie est noyée dans le road trip d’un groupe que l’on suit. Leur histoire me semble particulièrement bien construite, en plus de personnalités bien trouvées. A travers eux, c’est toute une photographie de l’Amérique de l’époque qui est dépeinte. Peace & Love bien sûr mais aussi Nixon, Vietnam … Le traitement me semble assez fin, j’ai aimé qu’on ne tombe pas dans la caricature. L’épilogue surprendra mais je l’ai bien apprécié, il ajoute une touche en plus dans la nuance.
Féroce (Muro Harriet)
Excellente BD, merci encore une fois à ce site et aux avis précédents pour la découverte et m'avoir donné envie de la lire. Le déroulement de l'histoire est prenant, elle commence doucement, mais une fois lancée, elle nous laisse aucun répit ! La grande surprise pour moi a été la mise en page époustouflante. Aucune planche ne se ressemble ! Souvent, une illustration occupe 1/4 ou la moitié de la page avec plusieurs cases superposées, offrant une profondeur et une meilleur compréhension de la scène . Le découpage semble chaotique et aléatoire, mais il est en réalité très bien pensé, avec beaucoup de cases par page (peut-être un peu trop parfois ?), de toutes tailles, souvent des rectangles occupant toute la largeur de la planche. Le dessin est superbement réalisé, très réaliste et détaillé. La colorisation nous plonge parfaitement dans cet hiver glacial, donnant presque des frissons. Bref, la collaboration entre ces trois artistes est, à mon avis, parfaite. Les scènes d'action sont bien réalisées, les tigres bien dessinés, et j'ai beaucoup apprécié le réalisme des véhicules/machines. Les bulles de dialogue sont parfois un peu surchargées à mon goût, surtout dans le premier tome, mais ça reste supportable et pas trop fréquent. Une belle découverte d'une BD d'action en forêt qui nous tient en haleine jusqu'au bout.
L'Autoroute du soleil
Karim et Alexandre sont entrainés malgré eux dans une aventure aux multiples rebondissements qui va les confronter à ce que la société a de plus laid : la désindustrialisation, la montée de l'extrême droite, les ratonnades, les émeutes de cités et le trafic de drogue. Alors forcément c'est difficilement envisageable de s'attirer autant d'emmerdes d'un coup mais quand la poisse vous suit, elle ne vous lâche pas. Nos 2 lascars ne s'en laissent pas compter et n'en oublient pas les quelques plaisirs de la vie. Au niveau graphique une vrai attention a été portée aux décors que j'ai trouvé très soignés. Par contre les personnages c'est autres chose (la serveuse de la cafétéria aïe aïe aïe). C'est laid et cela peut rebuter de prime abord et pourtant, finalement, cela ne gêne en rien à la lecture. Je trouve même que cela correspond plutôt bien avec l'ambiance de l'ouvrage. Quand l'intégrale est arrivée à la maison, je me suis dis "ouh le pavé, ça va m'occuper un moment". Finalement je l'ai dévoré d'une traite, j'ai trouvé la lecture très facile et fluide, signe que c'est bien écrit et prenant malgré un scénario tiré par les cheveux. Assurément une belle découverte pour peu qu'on arrive à passer outre les premières planches
A quoi pensent les russes
3.5 Un bon carnet de voyage sur ce que pensent certains habitants de la Russie après l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Le seul gros défaut de l'album est que c'est daté parce que les témoignages datent du début du conflit et j'aimerais bien voir ce que pense maintenant tout ce beau monde maintenant que cette guerre censé être facile pour les russes dure depuis plus de 2 ans. A part cela, c'est vraiment un bon carnet de voyage qui va plaire aux fans du genre. Il y a une belle diversité dans les témoignages et parlant de diversité on va aussi apercevoir quelques minorités culturelles pas très connu en dehors de la Russie et j'ai vraiment aimé. Le dessin est vraiment sympathique. J'espère que l'auteur va faire une suite !
Love Addict - Confessions d'un tombeur en série
Des coups d'un soir - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il s'agit d'un récit autobiographique, réalisé par Koren Shadmi pour le scénario, les dessins et la mise en couleurs. La première édition date de 2016. Prologue : K (Koren) et son pote Brian sont chacun assis sur une chaise devant les marches qui mènent à l'entrée de l'immeuble où se trouve leur appartement. C'est l'été : ils ont une demi-douzaine de trucs à vendre, et surtout ils regardent passer les filles. Brian trouve que c'est le paradis, K que c'est un véritable supplice chinois. Brian se lève pour aller chercher à manger, et il demande à K de ne pas vendre son Transformer sans lui. Après son départ, deux copines s'arrêtent et souhaitent savoir combien ils vendent une de leurs chaises. K et elle se mettent d'accord sur 20 dollars. Avant de partir, elle lui laisse sa carte : Michelle Rove, réalisatrice de documentaires. Brian revient et félicite K pour la vente. Un an plus tard, Michelle et K emménage ensemble, et elle apporte la chaise qu'elle avait acheté à K. 6 mois plus tard, l'acrimonie est palpable et ils rompent. C'est l'hiver : K avec son pote Brian et un autre fête son anniversaire au bar Union dans Brooklyn. K explique qu'il est encore sous le coup de sa séparation avec Michelle. Les deux autres lui font observer qu'il y a plein de filles libres dans le bar qui est un lieu de rendez-vous bien connu, qu'il n'a pas à chercher un nouveau grand amour, mais qu'il peut chercher le coup d'un soir. K répond que ce n'est pas son truc, qu'il ne pense pas comme ça. Brian lui fait observer que les femmes ici présentes cherchent exactement la même chose que lui. De retour dans leur colocation, Brian pousse K de son ordinateur et lui ouvre un compte sur le site de rencontre Lovebug. Puis il réinstalle K devant le clavier et lui intime de compléter son profil. Il lui donne des conseils sur comment remplir en utilisant les statistiques de réussite des profils, sur la photographie à mettre dans son profil. Il ne reste plus qu'à attendre. Le lendemain soir, K n'a eu aucune réponse. Brian lui demande combien de messages il a envoyés : K répond 3. Son copain lui explique qu'il doit en envoyer au moins 60, et tous différents, personnalisés en fonction du profil de la dame. K se lance et en écrit 42 de plus. Il finit par avoir une réponse. Quelques jours plus tard, une femme lui indique qu'elle est au Mamma Bar et qu'il peut venir la rejoindre. Il hésite, Brian l'admoneste en lui disant qu'il doit y aller tout de suite. K répond qu'il arrive dans 15 minutes. Il rentre dans le bar et voit une jolie jeune femme au comptoir en train de descendre une bière. Il l'aborde : c'est bien elle. Il lui demande si elle a apprécié l'exposition sur les vins qu'elle est allée voir. Il sent l'odeur de l'alcool dans l'haleine de son interlocutrice. Elle fait une remarque sur les chaussures de K qu'elle trouve un peu féminine. Ils parlent de la gentrification du quartier. Elle accepte d'aller chez lui, tout en continuant à se montrer un peu sarcastique. Arrivée chez lui, elle lui demande s'il a quelque chose à boire. Ils s'allongent sur le canapé et elle enlève son teeshirt. Le sous-titre est clair : les confessions d'un dragueur en série. Le lecteur suite K pendant un an de son premier rendez-vous au rendez-vous numéro 75. L'auteur ne montre pas les 75 rendez-vous, mais quand même 24. Le principe du récit est simple : K s'est fait plaquer, son copain l'incite à tester un site de rencontres, et K se prend au jeu, jusqu'à enchaîner les rencontres. Il a peine à croire à la facilité avec laquelle tout ça se passe quand il se rend compte qu'il a réussi à coucher avec 3 femmes différentes en 3 nuits, chose qui ne lui était jamais arrivé. Le titre est également explicite : K va devenir dépendant à ces conquêtes d'un soir, au sexe facile. Le lecteur est donc témoin du comportement d'un individu en proie à une addiction. Pourtant, il n'y pas de leçon de morale, à peine un regard moral sur ces pratiques. K n'est pas un monstre. Il rencontre des jeunes femmes consentantes. Il n'y a pas de rapport de force ou de manipulations malsaines, d'abus de faiblesse, ou de rapport non consenti. Le personnage est bien fait de sa personne, sans être un Apollon. Il choisit des jeunes femmes également bien faites de leur personne, selon ses critères de beauté, avec un fétichisme pour une rencontre (coucher avec une culturiste) mais pas pour les autres. Il n'y a aucune déviance sexuelle, aucune tromperie de part et d'autre sur la nature de la relation recherchée. Pour raconter son histoire, Koren Shadmi dessine dans un registre réaliste avec un bon niveau de détails. Il représente très régulièrement les lieux où évoluent les personnages, la plupart relevant du quotidien. Le lecteur suit donc K dans des bars, dans son appartement en colocation, à une exposition d'art africain, dans un parc (une erreur tactique), dans un sexshop (une demoiselle un peu fofolle), dans un cinéma, dans un parc avec sa sœur, sur son lieu de travail (un studio d'animation). À chaque fois, il s'agit d'endroits avec des détails particuliers qui rendent les lieux plausibles et uniques. Les personnages se positionnent en fonction des meubles et des accessoires, interagissant avec le décor. Le passage le plus exotique se déroule à Atlantic City pour un week-end avec May, à jouer au Casino et à se promener le long de la plage. L'artiste se concentre sur l'objectif que le lecteur comprenne où se trouvent les personnages, sans passer en mode tourisme avec un luxe de détails qui seraient hors de propos. Il réalise lui-même sa mise en couleurs avec des couleurs douces un peu foncées, apportant plus de matière à chaque surface, sans utiliser d'effets spéciaux propres à l'infographie. Le dessinateur utilise une approche naturaliste pour les personnages. Il n'exagère pas leur anatomie, ni leurs gestes. Le lecteur remarque qu'il adoucit les traits de leur visage pour les rendre plus expressifs, souvent sympathiques. C'est encore plus vrai pour le visage de K, très épuré, avec des airs qui évoquent parfois Woody Allen jeune. Il n'hésite pas à représenter la nudité y compris de face : il n'y a pas d'hypocrisie visuelle par rapport au sujet du récit. Pourtant les parties de jambes en l'air ne dégagent pas d'érotisme, et n'ont rien de pornographique. Il n'y a pas de gros plan de pénétration, ni sur les organes génitaux. Les rapports sont montrés en une page ou moins et comme étant une occupation tout ce qu'il y a de plus naturelle, quasiment dépourvue de toute charge affective. Cela n'empêche pas K de se montrer toujours respectueux de sa partenaire du soir, et que chacune se comporte de manière différente. Du coup, le lecteur se rend compte qu'il ne sent pas dans une position de voyeur, mais d'observateur d'un moment banal de la vie de K. Il peut admirer des corps féminins différents, il peut comprendre le désir de K, sans pour autant l'éprouver lui-même. C'est un phénomène assez étrange, comme si l'abondance de relations en venait à les rendre insignifiantes sur le plan du désir. Le dessinateur rend admirablement bien compte de la diversité des femmes, de leur individualité, prenant soin de leur attribuer des tenues vestimentaires adaptées aux conditions climatiques et à leur personnalité. Le lecteur peut s'interroger sur le fait que le personnage principal ne soit appelé que par la lettre K, l'initiale du prénom de l'auteur. Mais rien ne permet de savoir s'il s'agit d'un récit autobiographique plus ou moins fidèle, d'une autofiction ou d'une complète fiction. Le titre et le sous-titre indique que le lecteur va observer un individu devenant dépendant, mais l'auteur ne va pas jusqu'à la déchéance, il ne sort pas de la normalité d'un jeune homme ayant décidé de prendre du bon temps. K profite des bons conseils de son ami Brian qui a plus d'expérience que lui. D'ailleurs tout du long, Brian est un plus gros consommateur que son pote, allant jusqu'à se créer un deuxième profil pour séduire des femmes qui ne seraient pas attirées par son profil initial. En fonction de ses propres convictions morales (et de sa santé), le lecteur se retrouve libre de porter le jugement qu'il veut sur la vie de K, car il n'y a que des adultes consentants. Les femmes ne se comportent pas en victime, ni même en victime consentante, et l'une d'elle utilise le corps de K quasiment comme un objet, uniquement soucieuse de son propre plaisir. Cette vie de bâton de chaise semble bien convenir à Brian, avec finalement peu de mauvaises surprises. Finalement la notion d'addiction reste sous-jacente, et l'auteur donne l'impression de forcer la dose pour le rencart 70, car il conserve un ton léger tout le long du récit. Pour autant, le dénouement ne tombe pas à plat. Il n'y a pas de justice immanente ni de punition morale. Il y a une situation qui met en lumière les limites affectives de relations de ce type. La couverture semble promettre un récit sulfureux dans le genre : j'étais un accro des sites de rencontre. La lecture s'avère beaucoup plus agréable, dépourvu de côté malsain ou moralisateur. La narration visuelle se fait par des pages à l'ambiance douce, avec des dessins précis sans prétention photographique, et des personnages très incarnés, y compris les conquêtes d'un soir. Il n'y a pas d'hypocrisie visuelle sur le sujet, la nudité étant une évidence au vu du type de récit. Koren Shadmi ne diabolise à aucun moment ni le personnage ni la pratique, et le ton reste amusé, sans condescendance. Le lecteur est libre de se faire son opinion sur ce type de vie.
Après le 13 novembre
L'avis de Paco résume franchement bien l'album. Pour une BD sur le Bataclan et son massacre, elle est étonnamment "sobre" mais efficace. Se concentrant plus sur l'après et revenant sur l'évènement par petites touches seulement, découpant cet épisode à chaque fois que Sophie le raconte une nouvelle fois. Le dessin est là aussi clair et efficace, sachant représenter tout ce qui affecte Sophie après l'évènement, retranscrivant les différents traumatismes qu'elle vit chaque jour alors que le temps passe. C'est d'autant plus efficace que le graphisme mignon contraste avec la fureur de l'évènement et surtout la vision qu'elle en a. Cette retranscription participe au ressenti et l'angoisse qui l'assaille. La BD ne se contente pas des évènements et revient surtout sur le long parcours, très complexe, que Sophie dû affronter ensuite : l'hôpital, le retour à la vie normale, les psys et les galères, la souffrance physique, morale, comment elle dut batailler pour une indemnité, le manque de compassion et surtout la solitude dans laquelle elle se retrouva ensuite. Personne ne l'a aidé, et semble-t-il ne l'a même envisagé. C'est en lisant que je me suis rendu compte qu'elle a eut une chance énorme d'avoir un entourage proche et solide sur lequel compter. Je n'ose imaginer le calvaire que ce fut pour ceux qui étaient désespérément seuls. C'est une très bonne BD sur les traumatismes d'un attentat, la vie qui doit continuer et la façon dont notre société tente de balayer sous le tapis la poussière des survivants. La BD est triste mais optimiste et sa violence est tempéré par les auteurs, ce qui la rend lisible et accessible. Je la déconseille quand même aux personnes sensibles, l'ensemble reste lourd. Mais très franchement bon.