Les derniers avis (31948 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Urgence climatique
Urgence climatique

Dans la même veine que Horizons climatiques - Rencontre avec neuf scientifiques du G.I.E.C. ou Le Monde sans fin, cette BD de Lécroart se veut un petit aperçu de la situation du changement climatique à l'aulne des connaissances actuelles. Et oui, c'est pas le genre de truc qu'on doit lire lorsqu'on se sent mal, parce que ça met toujours une petite claque au moral. "Urgence climatique" est une BD moins dense et moins précise que les deux autres mentionnées ci-dessus, et ce n'est sans doute pas plus mal. Parce qu'elle remet aussi en perspective les faits avec une question politique, ciblant clairement le capitalisme, le libéralisme et le libre-échange comme des monstres à abattre pour sauver nos vies. Un choix judicieux ! Je ne m'attendais pas à ce que Lécroart soit investigateur dans ce domaine, plus habitué que je suis à ses BD de l'OuBaPo ou ses gags dans Fluide Glacial. Et pourtant tout cela passe parfaitement bien, parce que son style est précis dans les personnages et permet l'utilisation facile de caricature, de rôles stéréotypés ou de schémas qui s'intègrent bien. D'autre part, parce qu'il joue sur des couleurs avec lesquels l'auteur joue pour donner du relief au dessin et accrocher l’œil malgré une abondance de texte. Niveau contenu, c'est un long échange entre Lécroart et son ami Ivar Ekeland qui permets de cerner plusieurs aspects du changement climatique. Comme à chaque fois plusieurs choses reviennent et les auteurs ne se cachent pas de la résonance entre leur message et celui de Jancovici qui est une source d'inspiration cité. La BD sera donc redondante avec d'autres ouvrages plus pointu ou détaillé sur le sujet, mais elle est assez bien faite pour donner un aperçu global du sujet et inviter à creuser d'autant plus ensuite. Une introduction déjà détaillé, peut-être moins factuel mais ajoutant la dimension politique de Ekeland que j'apprécie beaucoup : arrêter de croire dans les sirènes du Néo-libéralisme et enfin accepter que le capitalisme est un système qui nous conduit dans le mur. Comme souvent dans les productions de ce genre, la BD finit sur une liste de projets qui voient le jour et donnent espoir. Ces milliers de gouttes d'eau dans un océan de problèmes sont le signe que quelque chose change. La BD est écrite durant la pandémie de Covid et je constate après celle-ci que si l'espoir de voir le monde changer brutalement a disparu, il y a néanmoins beaucoup de petits détails qui sont apparus, beaucoup de gens ont eu une prise de conscience et des nouveautés sortent chaque jour. Le changement climatique est désormais partout dans les discours et les initiatives se multiplient, surtout localement. La fin est d'ailleurs claire là-dessus : ce n'est probablement pas la génération élevé à la voiture/télé/avion qui va changer le monde, mais les jeunes informés. Le travail est donc titanesque mais curieusement plus je m'informe, plus je retrouve espoir. Une BD qui fait ce qu'elle a à faire d'une bonne façon et ouvre à plus de détails qui seront à retrouver dans toutes les BD déjà sorties sur ce sujet, et sans aucun doute sur toutes celles qui vont arriver. "Urgence climatique" s'inscrit dans la lignée des BD à fort caractère informatif que je ne peux que conseiller au grand nombre.

17/07/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Ces jours qui disparaissent
Ces jours qui disparaissent

J'ai vraiment adoré cette BD, au point d'y penser longtemps après l'avoir lu, même en m'endormant. Tout d'abord, il est important de préciser qu'il s'agit ici de trouble dissociatif de la personnalité et non de schizophrénie, une confusion courante (le personnage de Lubin lui-même fait cette amalgame avant de rencontrer la thérapeute). Le sujet traité avec une touche de science-fiction, m'a beaucoup plu. J'imagine bien une adaptation en film ! d'ailleurs, ça m'a beaucoup fait penser à l'un de mes films préférés, 'Click', surtout vers la fin. J'ai bien aimé le style de dessin. Le fameux pot de peinture qui simplifie la colorisation est bien utilisé même si je ne suis pas fan de cette technique, cela dit le travail d'ombrage est plus détaillé que dans d'autres BD similaires. La lecture est fluide, rapide et agréable. Je ne me suis pas ennuyé du tout. Bien que j'aurais préféré une autre conclusion, j'ai été surpris par cette fin inattendue que j'ai finalement appréciée, car l'auteur nous emmène là où on ne s'attend pas, loin d'un happy end classique. Par contre, j'ai été un peu déçu de ne pas voir une journée du point de vue de "l'autre", mais ça apporte une certaine originalité à la narration, donc pourquoi pas. Je m'étais aussi beaucoup attaché à Tamara, ressentant souvent des pincements au cœur lors des séparations.C'était un personnage que j'aurais voulu voir d'avantage dans la lutte pour soutenir Lubin1. Bref, l'histoire m'a touché, c'est une très belle BD avec un scénario original, ce genre de lecture ça fait plaisir !

17/07/2024 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Féroce (Muro Harriet)
Féroce (Muro Harriet)

Avec cette série vous plongerez allégrement dans un univers où la nature se déchaîne et où personne n’est à l’abri ! L’histoire se déroule sur le territoire du kraï du Primorié, en Extrême-Orient russe, près des frontières de la Chine et de la Corée du Nord. Un tigre de Sibérie, blessé par un braconnier, se consacre à la chasse à l’homme. Non par faim, mais plutôt par vengeance. Le sang de ses victimes donnera un peu de rouge dans cette taïga sibérienne immaculée ! Les brigades forestières contrôlées par la mafia sino-russe, les agents du Centre du Tigre de l’Amur et les groupes environnementaux ne sont pas en sécurité lorsque l’Amba, l’esprit des forêts, part à la chasse. Inspirée de faits réels, cette série fascine par ses silences et ses paysages hivernaux désolés. L’horreur peut surgir à tout instant ! Au-delà de cette traque impitoyable, le graphisme d’Alex Macho va vous scotcher ! Les paysages hivernaux sont incroyablement beaux. Quant à l’histoire, cela part dans tous les sens pour mieux vous perdre. C’est délicieux de s’égarer dans cette taïga sibérienne. Deux albums captivants qui mêlent nature sauvage, vengeance et suspens. Un thriller remarquable avec de nombreux rebondissements. Je ne peux que recommander de lire ces deux albums bien au chaud chez soi. Frissons garantis.

17/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Avengers / Defenders - Tarot
Avengers / Defenders - Tarot

Sympathiques aventures de superhéros premier degré et sans prétention - Ce tome contient une histoire complète qui ne nécessite pas de connaissance préalable spécifique des personnages. Il comprend les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2020, écrits Alan Davis, dessinés et encrés par Paul Renaud, avec une mise en couleurs réalisées par Paul Mounts (épisodes 1 & 2) et Stéphane Paitreau (épisodes 3 & 4). Les couvertures ont été réalisées par Renaud, les couvertures alternatives par Alan Davis (*4), David Nakayama, InHyuk Lee, Kevin Nowlan, Stephen Mooney. Pendant l'hiver 1944, en France, les Invaders (Captain America, Namor, Human Torch) découvrent les restes d'une troupe de soldats américains gisant morts dans la neige. le char qui les accompagnait est éventré. Entendant une voix, ils se retournent et se retrouvent face à Oberführer Okkulte, le nazi à la tête de la division de recherches mystiques d'Hitler. Il effectue un geste et libère une vrille d'énergie verte qui a pour effet d'animer le statuaire du cimetière où ils se trouvent. Il apparaît une ou deux runes sur chaque statue : elles bougent et attaquent les trois superhéros. Ceux-ci se défendent vaillamment, mais Captain America est bien vite débordé par les statues qui se jettent sur lui. Étant lui-même en difficulté, Namor se retourne quand il entend un énorme cri de rage et a la surprise de découvrir que Captain America (Steve Rogers) s'est transformé en énorme géant vert bardé de muscles. Même Okkulte ne comprend pas ce qui se passe, et il s'enfuit sur un cheval de pierre. Les runes sur les statues s'estompent, les Invaders achèvent de les détruire et Captain America reprend sa forme normale, tout en ayant l'impression que la présence de Namor vacille un instant laissant apercevoir une autre version de Namor. Des décennies plus tard dans le désert de l'Arizona, les Défenseurs (Valkyrie, Namor, Hulk, Silver Surfer) sont sur les traces du sorcier Cyrus Black qui a enlevé Doctor Strange. Ils découvrent le sorcier avec de nombreux individus en robe pourpre, et une rune verte sur le front, indiquant qu'ils sont sous sa domination mentale. Dans le plan spirituel, Doctor Strange est entravé par des liens d'énergie verte aux poings et aux chevilles, alors que Cyrus Black fanfaronne de sa victoire. Mais Strange lui déclare qu'il sait qu'il a utilisé l'ichor infernal de Ish'Izog, tout en se libérant de ses entraves. Il les ramène sur le plan de la réalité, et l'affrontement magique commence entre eux. Pendant ce temps-là, les autres Défenseurs essayent de contenir les membres de la secte qui veulent venir en aide à leur maître, tout en prenant bien soin de ne pas les blesser car ils n'agissent pas sciemment, ils ne sont pas maîtres de leurs actes. En particulier, Hulk est très fier de lui de parvenir à se contenir, à doser sa force. Strange finit par parvenir à défaire Cyrus Black, mais plusieurs parties de l'ichor restent actives à différents endroits du monde, dont une à Manhattan, juste dans le manoir des Vengeurs. A priori, une histoire alléchante, avec un scénariste très traditionnel, sachant écrire des histoires de superhéros classiques, et un dessinateur aux cases dynamiques faisant penser aux planches d'Alan Davis. La première séquence met en scène une version canonique de chacun des superhéros, avec juste une version un peu personnalisée du costume de Captain America. le lecteur remarque les caractéristiques classiques de la narration typique des superhéros : des environnements en arrière-plan représentés qu'en ouverture de scène ou en rappel dans une case, avec des éléments de décor (par exemple le statuaire) représentés en tant que de besoin, et un investissement focalisé sur les personnages, avec une représentation soignée de leurs costumes. S'il est familier d'Alan Davis, le lecteur retrouve ses poses pour les personnages et les découpages de case en trapèze pour accompagner les mouvements. Paul Renaud ne reprend pas les tics graphiques de l'artiste, mais compose ses pages dans l'esprit de Davis, avec un résultat très réussi, pour une narration visuelle de type superhéros classique dans une apparence moderne et intemporelle. La mise en couleurs de Mounts puis Paitreau vient nourrir les dessins en rehaussant les reliefs des surfaces détourées, et en mettant en oeuvre des effets spéciaux pour l'utilisation des superpouvoirs. En outre, elle installe discrètement une ambiance lumineuse particulière pour certaines scènes, avec une palette de couleurs teintée par une nuance en particulier. Lors de la séquence suivante, le lecteur constate que le scénariste a choisi de mettre en scène des versions un peu anciennes des différentes équipes. Toro n'a pas encore rejoint les Envahisseurs. Les défenseurs n'ont pas encore recruté Nighthawk (Kyle Richmond). Tony Stark porte son armure rouge & or des années 1970. Cela donne une patine vintage au récit, déconnecté de la continuité du moment de sa parution, s'inscrivant dans l'âge d'or de Marvel, avant les traces laissées par la noirceur (plus ou moins factice) des années 1990. Ce choix de version des personnages induit dans l'esprit du lecteur qu'il s'agit d'une histoire plus d'aventures traditionnelles à prendre au premier degré que d'une réflexion postmoderne sur le sens des superhéros dans un monde complexe. La dynamique de base repose sur la recherche des ichors maléfiques, le lecteur met donc son cerveau en mode divertissement, sans autre ambition que de passer un bon moment en regardant des personnages improbables résoudre leurs problèmes à coup de poing dans des affrontements colorés. de ce point de vue, Paul Renaud met en oeuvre une narration visuelle totalement en phase, comme si Davis avait illustré lui-même son histoire. Il maîtrise parfaitement l'apparence de chaque superhéros, ainsi que le langage corporel qui lui est associé, les utilisations et les manifestations de ses superpouvoirs, le spectacle qu'ils génèrent. L'horizon d'attente du lecteur est comblé : les postures altières de Namor, les énergies magiques maniées par Doctor Strange, la masse musculaire impossible de Hulk et la force de ses coups, l'aspect très métallique d'Iron Man, le corps étiré de Mister Fantastic, la silhouette comique de Peter Porker Amazing Spider-Ham, etc. Effectivement, Alan Davis ne se prive pas pour faire intervenir de nombreux personnages, et Paul Renaud réalise un travail remarquable pour se conformer à l'apparence de tous ces personnages Marvel, pour les placer de manière intelligente, sans qu'ils ne se marchent sur les pieds, avec de temps à autre une influence discrète en provenance d'un autre artiste (par exemple, impossible de résister à la douceur du visage de Wanda dessiné à la manière de Jim Cheung). Le lecteur se laisse donc emporter d'une rencontre improbable à une autre, passant des Invaders aux Defenders, puis aux Avengers, passant d'un supercriminel à un autre, avec une apparition indispensable du Gardien (Uatu) pour indiquer que c'est une menace d'envergure au moins galactique qui met en péril la réalité elle-même, comme au bon vieux temps des aventures des Fantastic Four de Jack Kirby & Stan Lee. Les auteurs passent une vitesse encore supérieure au cours de l'épisode 3. Alors qu'Iron Man met en marche un appareil brisant la barrière entre cette réalité et une autre, un véhicule en forme de fusée avec des roues franchit le portal, évoquant fortement Satanas & Diabolo de Les Fous du volant , et Lady Pénélope n'est pas très loin… suivie par un petit diablotin rouge et une souris anthropomorphe avec les pouvoirs de Superman. Ça ne va pas en s'améliorant, alors que le récit mélange superhéros et éléments loufoques. À nouveau, l'artiste sait entremêler les superhéros classiques et imposants avec des personnages issus de dessins animés pour enfants, sans solution de continuité, sans nécessité de supplément de suspension consentie d'incrédulité, sans effondrement de la tension narrative faute d'incongruités trop grosses. Voire, il est possible de trouver un lien logique avec le personnage de Hulk, auquel Davis donne des raisonnements d'enfant, conformément à sa version des années 1970. Le lecteur laisse son âme d'enfant prendre le dessus et profite du spectacle, de la narration visuelle solide, d'un amusement nature et bon enfant. Il peut aussi voir ces aventures comme une forme de commentaire (s'il n'arrive vraiment pas à faire taire l'adulte en lui) sur la concurrence que se livrent les superhéros de papier, et les personnages de dessin animé, ainsi que sur le nombre de recombinaison infini de personnages déjà existants (en particulier dans les personnages amalgamés). Alan Davis reste fidèle à ses convictions et ses amours, en écrivant un récit d'aventures spectaculaires, sans pathos exagéré, sans violence sadique, sans méchanceté torturée. Il a trouvé en la personne de Paul Renaud, un artiste en phase avec sa vision, réalisant des planches dans l'esprit de celles de Davis, mais sans faire pareil en moins bien, en faisant dans le même esprit avec les mêmes qualités de dynamisme et de spectacle. Le lecteur profite donc de cette lecture au premier degré avec des personnages dans une version de plusieurs décennies passées, ce qui les rend intemporels, dans une aventure sans prétention ce qui déculpabilise le lecteur, pour une intrigue échevelée qui passe tout seul grâce à la narration visuelle entraînante, avec une possibilité d'y voir un métacommentaire gentil qui conforte le lecteur dans son choix de ne pas bouder son plaisir.

16/07/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Merel
Merel

Je n'aurais probablement jamais lu cette BD sans l'avoir dénichée dans ma bibliothèque locale, et je l'ai laissé trainer jusqu'à ce que ma copine la lise et me dise qu'elle a eu les larmes aux yeux sur les dernières pages. Et après lecture, je confirme que c'est franchement bien foutu comme BD. Le départ est lent, tout comme la BD, mais il ne m'a pas fallu une dizaine de pages pour être plongé dans le récit de la vie de Merel, femme vivant seule avec son élevage de canard. Et progressivement, c'est l'engrenage infernal. L'ensemble est très bien tenu dans le ton autant que dans la mécanique : un couple en rupture, une femme aigrie, un jeune garçon qui ne comprends pas ce qui se passe, des jeunes qui s'ennuient, la rumeur qui enfle ... C'est lent mais implacable et j'ai trouvé le tout très juste. Ce n'est jamais l'explosion libératrice, tout est larvé, insidieux. Les comportements, les chuchotis, les petits riens qui rendent l'ostracisme tangible, l'exclusion insupportable. Jusqu'à des gestes irréversibles. L'autrice maitrise son sujet et j'en suis très satisfait. Merel ne tombe jamais dans la vengeance froide, restant dans un dédain héroïque qui l'humanise beaucoup, puisque sa retenue est avant tout une compréhension de ce qui se joue. Les enfants écoutent les parents, les jeunes agissent comme des imbéciles parce qu'ils n'ont personne qui les encadrent, les adultes écoutent les ragots parce que c'est plus simple que de réfléchir. L'ambiance petit village est très bien retranscrite, entre les amitiés qui virent sur des sous-entendus et le petit microcosme où tout le monde se connait. L'ambiance buvette du stade, matchs qui rythment la vie du journal local, les petites trahisons... C'est tellement crédible que je revoyais des évènements de ma jeunesse dans un petit village. Le tout avec un dessin faussement naïf qui allie une représentation du village sentant bon la boue sur les bottes, mais aussi un coup de crayon expert dans les regards, les attitudes, les silences. Sous un aspect facile d'accès, l'autrice maitrise son trait pour capter l'attention et faire parler les détails. Honnêtement, si c'est une première BD je trouve ça incroyablement prometteur ! Ce qui me fait beaucoup aimer la BD, c'est le personnage de Merel, qui endosse le rôle de la sorcière en l'encaissant malgré les coups durs et veut montrer qu'elle n'a rien à se faire pardonner, mais qu'elle a beaucoup à offrir. En somme, sur une banale histoire de couple qui marche mal, Clara Lodewick donne une belle histoire de comportements humains. Sous des aspects de quotidien banal, c'est la cruauté des relations sociales et de ce qu'on est prêt à faire aux autres. Enfant, il y avait aussi le vieux fou ou la sorcière de mon village, souvent des gens seuls, vieux et à l'écart -volontairement ou non. Dans cette BD, c'est eux qui sont au centre, et c'est bien plus riche que des histoires sordides qu'on se répète étant gamin.

16/07/2024 (modifier)
Par greg
Note: 4/5
Couverture de la série Noir Horizon
Noir Horizon

Je ne garde que des vagues souvenirs d'Universal War One, donc je ne peux pas trop juger de la comparaison. Premier tome d'une trilogie, cette histoire met en scènes 6 assassins condamnés auxquels est offert une chance de rédemption, à condition qu'ils acceptent une mission suicide : passer de l'autre côté d'une espère de mur organique noir sur une planète où un régime dictatorial suppose des sources d'énergies illimitées. Globalement c'est assez positif : les dessins sont beaux, il y a même quelques petites scènes assez époustouflantes visuellement. Les personnages ont leur propre identité, et quelques flash-backs permettent de les poser très facilement (beaucoup de BDs actuelles échouent lamentablement sur ce point, je me permet donc de souligner la chose quand elle se présente), et les combats sont aussi rythmés que lisibles. Le tout avec des monstres affamés du plus bel effet. Enfin, on a quelques petites surprises, bien qu'un peu faciles certes, qui dynamisent l'ensemble. Là où cela se gâte un peu, c'est au niveau de certains choix éditoriaux: -On ne sait quasiment rien de la société dictatoriale que les condamnés sont invités à faire tomber à la fin, cette invitation tombe donc comme un cheveu sur la soupe et laisse assez indifférent. On aurait aimé que le même soin apporté à poser les persos eut été appliqué à poser la société dans laquelle ils évoluent -Aucun des condamnés, pour le moment, ne nous apparaît totalement méprisable: même le tueur à gages du groupe a un côté humain inattendu. Certes, même le pire monstre a une humanité, mais cela semble assez forcé, aucun ne semble être un vrai salopard -Enfin, il y a un sous-texte / un message religieux qui inquiète un peu, à coups de prophéties et autres : déjà pareil, on ne nous pose pas davantage les croyances de cette société. Ensuite, on ne comprend pas trop pourquoi ces personnages auraient des visions ou seraient des prophètes...Reste à voir comment cela sera amené dans les deux tomes suivants, cela peut donner du bon ou du très mauvais. Ma note actuelle est de 4/5 car malgré ces tempéraments, cette série apparaît prometteuse. La note peut descendre en fonction des tomes suivants.

16/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Dernier debout - Jack Johnson, fils d’esclaves et champion du monde
Le Dernier debout - Jack Johnson, fils d’esclaves et champion du monde

Etonnante mise en scène de la destinée du premier champion du monde de boxe noir ! Outre la personnalité de Jack Johnson, c’est vraiment cette structure faite de multiples tableaux qui m’aura le plus marqué. Le procédé est très original (grandes illustrations, phrases mises en avant, mise en page plus souvent éclatée qu’à son tour, textes qui ressemblent à de courts articles de journaux), désarçonne dans un premier temps mais devient vite addictif. A un point tel que je n’ai pas su abandonner l’objet avant d’en avoir lu la dernière ligne. La narration à la première personne est soignée et permet de dresser un portrait saisissant de Jack Johnson. Le boxeur nous est présenté avec ses forces et ses faiblesses : un être blessé et blessant, hautain et fragile, arrogant, violent, provocateur et pourtant touchant. Tout au long du combat qui va le voir conserver son titre de champion du monde, il nous parle de lui, de sa jeunesse, des obstacles qu’il aura dû franchir, de ses amours, de ses ambitions. Le combat reste pourtant toujours au premier plan, rythmé par les insultes racistes du public ou du clan adverse. On comprend sa rage même si celle-ci n’excuse pas tous ses agissements. Le dessin alterne grandes illustrations et passages plus classiques. Il s’agit véritablement d’une mise en scène du texte, dans un style en noir et blanc très soigné. C’est sec, parfois agressif, toujours adapté au sujet. Grand coup de chapeau à Sidonie Van Den Dries, la traductrice, car il s’agissait véritablement d’un défi. Adrian Matejka est d’ailleurs crédité sur l’album en qualité de poète et non de scénariste (et même s’il s’agit d’une poésie en prose, je comprends parfaitement ce choix). Je ressors de ma lecture véritablement marqué. La trajectoire de Jack Johnson méritait déjà qu’on s’y attarde mais la mise en scène des auteurs apporte quelque chose en plus qui fait de cet album une œuvre forte et originale. Un coup de cœur, pour ma part.

16/07/2024 (modifier)
Par Florent
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Jusqu'au dernier
Jusqu'au dernier

J'ai adoré lire cette BD : + Très bon scénario, surprenant, haletant + Bien dessiné + Univers Western que j'adore + Personnages nuancés : pas de gentils / méchants - J'aurais aimé en savoir un peu plus sur les personnages / un peu court selon moi

16/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série These Savage Shores
These Savage Shores

Des forces incontrôlables - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il regroupe les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2018/2019, écrits par Ram V, dessinés et encrés par Sumit Kumar et mis en couleurs par Vittorio Astone. Quelque part vers la côte de Malabar, Bishan est allongé dans l'herbe et Kori lui caresse les cheveux. Elle lui pose rituellement la même question : comment as-tu été fait ? Bishan lui raconte la naissance du monde : un dieu tout puissant l'a créé. Il s'est ensuite allongé pour se reposer, et de sa cuisse sont sorties les créatures comme Bishan, et lui-même. Ils étaient habités par une faim inextinguible et ils ont tout dévoré, allant jusqu'à manger le dieu lui-même. Elle se demande de quel individu elle est ainsi tombée amoureuse, une bête capable de manger son géniteur. Il répond qu'il est une bête sauvage qu'elle doit civiliser. Elle se demande ce qu'elle-même sait de la civilisation. Un commandant de navire écrit dans son journal de bord, commentant sur son voyage : transporter un unique passager jusqu'aux côtes de Malabar, pour le confier aux bons soins du colonel Smith. Il se fait honte d'avoir accepté cette mission et de ne pas oser tenir tête à son passager : Alain Pierrefont. Celui-ci est un vampire et il s'est un peu trop lâché à Londres attirant une attention mal vue. Du coup, le comte Grano a décidé pour lui qu'il serait mieux qu'il aille faire un tour dans les colonies, loin surtout. Le navire finit par arriver à Calicut, sur la côte Malabar, et Alain Pierrefont sort de sa cabine, remettant une lettre au capitaine pour qu'il l'apporte en main propre dans une propriété de Hampstead. Le capitaine répond qu'il la fera porter, Pierrefont insiste sur le fait qu'il doit le faire lui-même. Mais le capitaine lui déclare que non, parce qu'il ne lui doit rien. Finalement, Pierrefont monte à bord d'une chaloupe qui l'amène jusqu'au port, où il est accueilli par le colonel Smith en personne. Ce dernier lui explique que son hôte remplira les fonctions d'attaché culturel afin de promouvoir les intérêts de la Colonie des Indes dans les contrées à l'intérieur des terres. En réponse à une question, le colonel explicite l'enjeu stratégique : établir une route commerciale à travers le pays. Il ajoute que le prince Vikram des Zamorin l'hébergera. Même s'il est encore un enfant, il essentiel de cultiver son amitié, car son père s'est immolé par le feu plutôt que de se rendre à Ali Hyder de Mysore. Non loin de là, au coucher du soleil, Bishan emmène Kori voir un arbre particulièrement vieux, dont les racines ont fini par ressortir et entourer le tronc. Elle lui repose la même question : comment a-t-il été fait ? La réponse diffère : il a été fait à partir du sang des dieux, il descend de l'un des sept sages. Ram V est un scénariste qui a commencé par des comics indépendants comme Paridoso, avant de travailler pour DC Comics sur des séries comme Justice League Dark et Catwoman. Il se diversifie donc en écrivant cette histoire publiée par un petit éditeur Vault, ne disposant pas forcément de beaucoup de moyens. Pourtant le lecteur est tout de suite frappé par la qualité de la narration visuelle, certainement pas un artiste débutant bâclant ses planches pour boucler ses fins de mois, et peut être même les débuts. Au contraire, Sumit Kumar réalise des planches très professionnelles, donnant de la consistance à ce récit qui emmène le lecteur dans un endroit inhabituel pour un comics américain : l'Inde de la fin du dix-huitième siècle. Il est vraisemblable que la mise en couleurs ait été faite à l'infographie, optant pour un rendu de type peinture, avec de superbes effets d'aquarelle, de très beaux jeux sur les nuances d'une même teinte. L'artiste fait osciller le rendu entre une mise en lumière naturaliste, et un choix de teinte principale pour donner une identité à une scène, habillant habilement les fonds de case quand le décor n'y est pas représenté en arrière-plan. L'impression générale de chaque page est donc celle d'une bande dessinée européenne, avec une qualité de production élevée. L'artiste choisit de positionner sa représentation des personnages entre l'immédiateté visuelle des comics et la prestance des bandes dessinées franco-belges. Les personnages sont majoritairement élancés (l'artiste ayant une petite propension à étirer discrètement les silhouettes), avec une forme d'élégance naturelle, et des tenues reflétant leur condition sociale : militaire gradé ou non, aristocrate anglais, sultan indien, simple paysan, danseuse, concubine, etc. Pour autant, il n'oppose pas les uns avec les autres, mais les place sur un même plan d'existence, ne jouant pas sur la facette cosmopolite ou exotique. Le lecteur ressent bien que tous ces êtres humains (et les quelques autres) évoluent dans un même environnement, à pied d'égalité quant à leur présence corporelle. À plusieurs reprises, il s'arrête devant une case ou une page, soit pour ses qualités descriptives, soit un moment saisissant. Par exemple, il prend le temps de regarder les navires à voile arrivant vers les côtes de Malabar, la façade de la belle demeure du comte Grano, la façade du palais du prince Vikram, l'étendue des branches du vieil arbre, le palais de Mysore, l'aménagement intérieur de la tente du khan, la vue en hauteur de Calicut, etc. Tous ces endroits sont représentés avec soin, que ce soit pour le niveau de détails, ou pour la reconstitution historique. De la même manière, le dessinateur conçoit des plans de prise de vue très parlants, avec une direction d'acteurs très juste pour des scènes comme la danse de Kori, le cortège du peuple accompagnant la parade à dos d'éléphant du prince Vikram, la chasse au léopard, le carnage perpétré par Bishan sur un champ de bataille, le duel bestial entre le comte Jurre Grano et Bishan. De la même manière, le lecteur prend vite conscience que le scénariste raconte une histoire fournie sur l'expansion commerciale et militaire de l'empire britannique en Inde, avec deux points de vue : celui politique du positionnement du prince Vikram, et celui de l'aventure surnaturelle avec la présence d'un vampire et d'une créature à la nature mystérieuse. Il n'y a pas besoin de posséder des connaissances historiques pour comprendre le premier fil narratif. Il court en toile de fond rappelant que la Grande Bretagne fut à la tête d'un empire où le soleil ne se couche jamais, un tout petit pays ayant lâché la bride à sa soif expansionniste inextinguible, sous une forme colonialiste. L'auteur parvient bien à faire apparaître la position fragile de l'armée britannique, forte de plusieurs milliers d'hommes, mais très dépendante des guerres intestines du pays dont elle exploite les richesses, car incapable de résister si tous les royaumes venaient à s'unifier. Par petites touches organiques, Ram V montre la fragilité de la position dans laquelle se trouve le prince, les choix politiques du sultan, et une partie des morts au combat. Il ne s'agit pas d'une fresque historique mais d'une toile de fond ; d'un autre côté ce n'est pas non plus un décor en carton-pâte qui pourrait être remplacé par n'importe quel autre endroit à 'importe quelle autre époque. Le lieu et la période nourrissent le récit. De la même manière, le fil narratif relatif aux monstres (vampires, Bishan) n’est pas générique, mais n'est pas non plus le cœur du récit. Le lecteur se demande bien quel genre de monstre est Bishan, et il n'est pas déçu de son apparence. Pierrefont et lui s'affrontent dans un combat dantesque, rendu visuellement intéressant par une prise de vue bien étudiée, et des cases qui ne se limitent pas à des poses conventionnelles éculées. Le scénariste ne se lance pas dans une version personnelle de la mythologie des vampires, s'autorisant à faire en sorte qu'ils puissent se déplacer de jour au soleil sans en souffrir. Il apparaît rapidement que les personnages principaux sont Kori et en creux Bisham. Pour autant ils ne sont pas de toutes les planches, et ils ne sont pas les déclencheurs ou les acteurs de tous les événements, Bisham restant même en retrait, un mystère qui ne se dévoile que très progressivement. Ram V met en scène l'amour entre une mortelle et une créature surnaturelle vraisemblablement immortelle. Dès la première page, la question essentielle du récit est posée par elle à lui : comment as-tu été fait ? Elle est posée à plusieurs occasions toujours par Kori à Bisham. À chaque fois, elle suscite une réponse prenant la forme d'une sorte de conte ou de parabole. À chaque fois, ça éclaire Bisham sous une lumière différente, mais ça indique également que son histoire et sa nature sont le fait de circonstances extérieures, que sa personnalité provient essentiellement de l'environnement dans lequel se déroule sa vie. Le lecteur peut y voir la métaphore de toute vie, que ce soit celle de Kori, des autres êtres humains, mais aussi de l'Inde elle-même, ainsi qu'un commentaire sur l'inéluctabilité du changement et le peu de maîtrise que l'individu peut avoir dessus. Il est vraisemblable que le regard du lecteur soit attiré par la couverture très réussie de l'ouvrage et que l'envie lui prenne de le feuilleter. Il découvre une mise en couleurs agréable, des dessins à l'apparence soignée, et une intrigue qui ne se devine pas en feuilletant. Il plonge tout de suite dans une ambiance un peu exotique, assez chaude, intrigué par le mystère de celui appelé Bisham, curieux de savoir quel genre de vampire est Pierrefont, intrigué par l'environnement inhabituel pour un comics (l'Inde à la fin du dix-huitième siècle). Il est vite séduit par les deux principaux protagonistes et par la narration visuelle, pris par les tensions entre empire britannique et différents royaumes. Il se rend compte qu'il se retrouve en immersion complète dans ce récit intrigant, captivant, plein de suspense, avec une dimension réflexive discrète et intelligente.

15/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Invisible Woman - Agent trouble
Invisible Woman - Agent trouble

Espionnage et code moral - Ce tome contient une histoire complète qui ne nécessite pas de connaissance particulière du personnage. Il comprend les cinq épisodes de la minisérie, initialement parus en 2019, écrits par Mark Waid, dessinés, encrés et mis en couleurs par Mattia De Iulis. Les couvertures ont été réalisées par Adam Hughes, en pleine forme. Les couvertures variantes ont été réalisées par Steve McNiven, Stéphanie Hans, Jack Kirby, Amanda Conner. Il y a 10 ans à la frontière de la Hongrie et du Bahzelstan, un groupe d'une dizaine de personnes se présente pour passer la frontière. Ils sont menés par un homme (Aidan Tinteach) et une femme brune qui présentent les papiers en ordre aux gardes frontaliers dont un qui s'est un peu réchauffé en buvant discrètement. Il s'écarte un peu pour reprendre ses esprits et bute contre une personne invisible. Tintreach s'empare de l'arme de l'autre garde et ouvre le feu pour créer une diversion et attirer l'attention. Il confie un pistolet à Sue Storm et lui dit de faire passer le transfuge. Elle se met à courir avec le réfugié et saute dans le champ de neige en contrebas, les rendant tous les deux invisibles. Malheureusement la neige tombante rend visibles les contours de leur silhouette. Elle réagit en rendant invisible le fusil du militaire qui n'arrive plus à viser. Ils se remettent à courir poursuivis par le soldat. Celui-ci est estourbi par derrière par Aidan Tintreach. Ils parviennent à atteindre la voiture qui les attend et Nick Fury démarre en trombe en souhaitant la bienvenue au professeur, et en indiquant à ses 2 agents qu'ils sont en retard sur l'horaire prévu. De retour à New York, Aidan et Sue se disent au revoir à l'aéroport et Sue part rejoindre l'équipe des Fantastic Four. Au temps présent, Sue porte le double nom de Storm-Richards et remplit les rôles de mère pour Franklin & Valeria, d'épouse pour Reed, de grande sœur pour Johnny, et d'amie pour Ben. Sans parler de ses aventures cosmiques avec cette équipe. Mais aujourd'hui elle apprécie l'une des plus belles choses de l'univers : une tasse de café en se promenant à Central Park. Elle reçoit un appel lui demandant de se rendre à Langlay en Virginie, dans le quartier général de la CIA. Elle y est reçue par le directeur Balenthorpe qui l'informe que 6 étudiants américains (Christopher Joyner, Kristen O'Neil, Lori Rushcraft, Robert Nathan, Arjun Minhak, et Michel Irving) sont détenus dans en Moravie, un pays hostile aux États-Unis. Dans le même temps, au cours d'une mission sans rapport avec ces détentions, l'agent Aidan Tontreach a été capturé par l'armée de la Moravie. Il est détenu quelque part mais pas à l'intérieur du pays. Il a réussi à faire parvenir un message réduit à un seul mot : Stormy. Le directeur exige de Sue Richards que surtout elle n'intervienne pas, pour ne pas faire empirer la situation. De retour au Baxter Building, elle prépare un des avions pour aller enquêter. Elle a la surprise d'être attendue dans le hangar par Nick Fury junior. Quand il annonce cette minisérie, l'éditeur Marvel précise qu'il s'agit de la première fois que Invisible Woman (personnage créé en 1961) en a une qui porte son nom. Le lecteur suppose qu'il va découvrir une histoire où elle combat un supercriminel en provenance des ennemis des Fantastic Four. En fait, Mark Waid reprend une idée qu'il avait introduite en 2015 dans l'épisode 4 de la série S.H.I.E.L.D. : du fait de ses pouvoirs, Sue Storm-Richards a été recrutée par les services secrets des États-Unis pour réaliser des missions ponctuelles d'espionnage. Avec le recul, ce choix permet au scénariste de raconter une histoire dans laquelle Sue Storm-Richards est indépendante de ses coéquipiers, de la mettre en scène comme personnage autonome dans une aventure spécifique pour ce personnage, à l'opposé d'une enquête ou de combats génériques au cours desquels l'identité du héros n'a pas beaucoup d'incidence. Avec la séquence introductive, Mark Waid établit en 8 pages la relation préexistante entre Sue Richards et un autre agent secret, et montre en quoi les pouvoirs de cette superhéroïne sont des compétences pertinentes dans le métier d'espion. Il parvient à trouver le bon équilibre entre l'utilisation de l'invisibilité et des champs de force, et les capacités des êtres humains, de manière que Sue Richards ne donne pas l'impression d'avancer sans coup férir. Mattia De Iulis réalise ses planches à l'infographie en conservant un trait de contour pour détourer les formes. La séquence sous la neige est magnifique : il joue sur les nuances de gris et les effets spéciaux pour les flocons de neige, rendant compte de la semi-invisibilité compromise par la neige. Ayant ainsi établi Sue Storm-Richards comme un personnage indépendant et autonome, Mark Waid peut montrer l'enquête pour retrouver Aidan Tintreach. Il met à profit plusieurs personnages de l'univers partagé Marvel évoluant dans le monde l'espionnage : la brève apparition de Nick Fury et de Nick Fury junior, et de deux autres espionnes. Il ne s'en sert ni comme de faire valoir bon marché en inondant le récit avec, ni comme de professionnels qui viennent remettre Sue Richards à sa place. Il utilise plusieurs conventions du genre espionnage : les interventions en pleine rue au nez et à la barbe des civils, les ordres hypocrites de la hiérarchie pour conserver un degré suffisant de dénégation plausible (allant de On ne savait pas, à Ce n'est pas l'ordre qu'on avait donné), la rencontre avec des individus exotiques en marge de la société (un beau concours de descente de shots d'alcool), des agents doubles et une technologie d'anticipation. Mattia De Iulis réalise des planches évoquant celles d'Adi Granov, avec une puissance moindre. L'artiste a choisi de représenter Sue Storm-Richards comme une femme d'une trentaine d'années, athlétique sans être musculeuse. Il lui a donné une coupe de cheveux qui lui arrivent jusque sur la poitrine et qu'elle n'attache pas. Il n'exagère jamais ses courbes, qu'elle soit en costume civil ou en tenue moulante. Il ne s'agit pas pour lui de la faire défiler pour mettre en valeur sa garde-robe. Il l'habille des tenues adaptées aux circonstances en fonction du climat et de son activité : parka lorsqu'il neige, jean et débardeur pour a promenade dans le parc, tenue moulante et long imperméable pour une mission d'infiltration, magnifique robe de soirée pour une réception. Mattia De Iuli réalise des dessins sophistiqués, de type naturaliste et descriptif avec une mise en couleurs riche venant apporter la majeure partie des informations visuelles pour nourrir les éléments détourés d'un trait très léger. Il ne s'agit pas de photoréalisme du fait de textures parfois trop lisses. Il sait conférer une sorte de chaleur aux personnages, évitant un rendu trop froid et sec. Il adopte une direction d'acteurs naturaliste pour les scènes en civil, sans appuyer la dramatisation ce qui rend les personnages plus adultes. Il privilégie les cases de la largeur de la page pour donner une impression d'espace plus ouvert, tout en revenant à des bandes de plusieurs cases quand la séquence le requiert. Pour les décors, il utilise aussi bien un logiciel de modélisation 3D, qu'un dessin plus traditionnel, ou des fonds de case remplis par des camaïeux. À l'instar de la route sous la neige en ouverture, le lecteur peut se projeter sur l'allée de Central Park où se promène Sue Storm-Richards, dans une rue ensoleillée de Barcelone, dans le bureau sombre du directeur Balenthorpe, dans un tripot de Madripoor, dans le parc d'une luxueuse résidence à Rome, etc. Le lecteur attend également de découvrir comment les pouvoirs de Sue Storm-Richards sont représentés. Le dessinateur met à profit les possibilités de l'infographie pour trouver un rendu plus réaliste que dans les comics qui délimitent les champs de force par des traits pointillés. L'invisibilité est rendue soit par l'absence totale de représentation du personnage ou de l'objet, soit par en rendant le personnage translucide, dans des teintes de gris clair. Il en va de même pour les champs de force : soit le lecteur n'en voit que l'effet, soit il s'agit d'une surface transparente, cette fois-ci dans des teintes plus bleutées. Alors qu'il pouvait craindre de tomber sur un produit vite fait à l'économie, le lecteur éprouve la bonne surprise découvrir une vraie histoire dans un registre moins évident que celui du superhéros : de l'espionnage. Il apprécie que le scénariste sache faire exister Sue Storm-Richards indépendamment de ses coéquipiers, dans un domaine de compétence évident a posteriori. De même, les responsables éditoriaux ont affecté un artiste de qualité réalisant des planches de bonne facture tout du long des 5 épisodes, ce qui est rarement le cas dans ce genre de projet. Le récit ne se contente pas d'enfiler les retournements de situation (et d'allégeance des agents doubles) et les affrontements physiques. Au fil des épisodes, il se dessine un questionnement moral sur les moyens à employer. D'une certaine manière, Sue Storm-Richards est un agent contractuel qui refuse de compromettre ses valeurs pour réussir coûte que coûte. Cette attitude morale ne passe pas inaperçue et constitue par elle-même une forme de critique inconfortable pour certains avec une position morale différente. Venu avec l'a priori de trouver une histoire anecdotique ou prétexte, le lecteur commence par apprécier les magnifiques couvertures d'Adam Hughes en se disant que c'est toujours ça de pris. Puis il découvre que Mark Waid n'a pas cédé à la facilité de montrer Invisible Woman luttant contre un supercriminel interchangeable, mais qu'il a conçu une vraie histoire dans un genre inattendu. Il bénéficie d'un excellent dessinateur qui lui non plus ne se contente pas d'un travail industriel réalisé à la va-vite, qui donne à voir des individus plausibles et qui propose une interprétation visuelle intéressante des pouvoirs de Sue Storm-Richards.

15/07/2024 (modifier)