Difficile de ne pas penser à L'Atelier Mastodonte en voyant le principe du livre. C'est un peu différent dans ce cas car les auteurs ont profité des joies de la première épidémie de Covid pour réaliser ce cadavre exquis absurde. Quand d'autres se sont mis à faire du pain ou des apéros visio, les joyeux drilles de six pieds sous terre se sont collés à ce qu'ils qualifient de "plus grande escroquerie éditoriale du siècle".
J'ai quelques noms d'escrocs à leur donner, parce que j'ai lu bien pire. Bien entendu, il faut accrocher avec ce genre d'humour.
Le point de départ de l’histoire est simple : d’anciens membres d’un orchestre reçoivent une mystérieuse lettre les invitant à Boucheporn, une petite bourgade. Le récit suit leurs péripéties pour s’y rendre, ponctuées de divers obstacles absurdes comme des bus manquants, des avions qui s’écrasent, et des mésaventures ferroviaires.
L’intérêt de l’histoire réside moins dans son intrigue que dans les situations comiques et absurdes qui jalonnent le voyage des personnages. Les galères de transport et les délires de Bouzard sur les tronçonneuses sont des prétextes pour des scènes vraiment cocasses. Sous son apparence improvisée, "T’inquiète" est en réalité plus structuré qu’il n’y paraît, avec des indices disséminés tout au long du récit qui enrichissent une deuxième lecture.
Chaque auteur apporte son style d’humour, et si l’absurde domine, l’ensemble reste cohérent. Les interactions entre les personnages et la manière dont leurs destinées se croisent montrent une belle alchimie entre les auteurs. Gilles Rochier, bien que légèrement en décalage, trouve sa place de manière cohérente dans l’histoire.
Chaque auteur garde son trait distinctif, ce qui ajoute au plaisir de voir comment chacun dessine les autres. Les blagues sur leur incapacité à dessiner correctement des voitures sont particulièrement drôles.
“T’inquiète” est une lecture plaisante et amusante. Bien que l’histoire ne cherche pas à être ambitieuse, elle sert de cadre parfait pour une série de situations absurdes et comiques. Les amateurs d’humour décalé et de bandes dessinées qui ne se prennent pas au sérieux trouveront ici de quoi passer un bon moment.
Voici une série de deux bandes dessinées autobiographiques où Gabi Beltrán nous plonge de manière touchante et authentique dans son enfance dans un quartier populaire de Palma de Majorque dans les années 80.
Le premier tome nous présente Gabi, un jeune garçon curieux et rêveur, qui navigue à travers les défis de la vie quotidienne dans un quartier populaire. Les dessins de Bartolomé Seguí sont particulièrement expressifs, capturant l’essence des personnages et l’atmosphère du quartier.
Les histoires courtes qui composent ce premier tome sont à la fois drôles et poignantes, offrant un aperçu des joies et des peines de la vie dans le quartier. On y découvre les amitiés, les premiers émois amoureux, et les petites aventures qui façonnent l’enfance de Gabi. Les dialogues sont naturels et authentiques, renforçant l’impression de réalisme.
Le deuxième tome poursuit cette exploration, avec un Gabi plus âgé qui commence à percevoir les complexités du monde adulte. Les dessins conservent leur qualité, avec une attention particulière aux expressions des personnages et aux détails du décor urbain. Les thèmes abordés deviennent plus sérieux, touchant à la violence, aux difficultés familiales et aux premiers pas vers l’indépendance.
Ce qui m’a particulièrement plu dans ces deux tomes, c’est la sincérité du récit qui est pour moi un élément clé dans ce type d'oeuvres. Les histoires sont racontées avec une honnêteté désarmante, sans chercher à enjoliver la réalité.
L’absence d’une intrigue centrale forte peut donner une impression de dispersion, mais c’est aussi ce qui fait le charme de ces récits : ils reflètent la vie telle qu’elle est, avec ses moments de bonheur et de difficulté.
En résumé, voici une série de 2 bandes dessinées touchantes et bien réalisées qui capturent l’essence de la vie dans ce quartier. Très bon moment de lecture.
Voici une bande dessinée qui m’a beaucoup plu par son approche visuelle et narrative.
Le travail graphique de Lepage est remarquable, avec des illustrations qui rendent les paysages de Tchernobyl à la fois fascinants et inquiétants. Les couleurs et les détails des dessins plongent immédiatement dans l’ambiance de cette zone sinistrée.
Toutefois, j’ai trouvé le début un peu long. Les réflexions de l’auteur sur ses motivations et ses appréhensions avant de partir pour Tchernobyl prennent beaucoup de place. Cette introspection, bien que compréhensible, ralentit un peu le rythme du récit qui met du temps à s'installer.
Une fois sur place, l’histoire prend une tournure plus captivante. Les rencontres avec les habitants de la zone d’exclusion sont particulièrement touchantes. Ces moments apportent une dimension humaine à la catastrophe, en montrant l’impact durable sur la vie des gens. Les témoignages des personnes rencontrées permettent de voir au-delà des ruines et des chiffres.
Lepage réussit à juxtaposer les paysages dévastés avec la résilience et l’espoir des habitants. Les scènes où la nature reprend ses droits sur les bâtiments abandonnés sont à la fois poétiques et troublantes, symbolisant la persistance de la vie malgré tout. Et c'est là que j'apprécie la démarche narrative car il est parti avec des idées mais s'est laissé surprendre. Et au lieu d'un endroit de mort, c'est bien un endroit de vie qu'il y trouve, en témoignent les couleurs qui apparaissent au fil des pages avec le printemps.
La conclusion de l’ouvrage est à la hauteur du récit, apportant une réflexion sur la mémoire et la résilience. “Un printemps à Tchernobyl” est une lecture intéressante qui, malgré un début un peu hésitant, se révèle riche en émotions et en enseignements.
Malgré quelques longueurs initiales, l’œuvre de Lepage mérite d’être découverte pour sa profondeur et la beauté de ses illustrations.
Ce n’est pas la première adaptation d’un roman de Sorj Chalandon que je lis (sans jamais avoir lu un roman de l’auteur en question, d’ailleurs) mais c’est celle qui m’a le plus plu jusqu’à présent. Pourtant, le dessin n’est vraiment pas ma tasse de thé… mais l’histoire compense largement cela.
Le Jour d’avant nous plonge dans le bassin sidérurgique du nord de la France dans les années 1970, un cadre qui me parle puisque très proche des bassins sidérurgiques belges, eux aussi marqués par leurs drames. Et Sorj Chalandon en donne une image poignante, marquée par la noirceur des corons, la fierté des mineurs, la rudesse du travail et l’exploitation du peuple par les puissants. J’ai aimé ce cadre, cette noirceur, ce mélange de résignation et de fierté.
L’histoire se focalise sur le frère d’un de ces mineurs, rongé par la mort de ce dernier. Une mort qui va entrainer celle de son père puis de sa mère. Une mort qui va le pousser à quitter le Nord pour monter sur Paris et tenter de s’extraire de cette poussière de charbon dont il ne se débarrassera jamais. Il nous raconte ainsi sa vie, depuis sa jeunesse jusqu’à son retour au pays. Un retour motivé par un seul objectif : faire payer aux responsables la mort de son frère. Quitte à s’aveugler lui-même…
Le récit est poignant même si certaines astuces narratives m’ont semblé un peu faciles, a posteriori. J’ai en tous les cas dévoré l’album. Mon seul bémol vient d’un style graphique que j’ai trouvé très ‘limite’. S’il retranscrit assez bien cette ambiance noire, je trouve qu’il manque de précision sur les physionomies des personnages et sur les décors. C’est un dessin d’ambiance qui permet de se concentrer sur le récit (ce qui est une qualité) mais je pense que ce récit m’aurait encore plus plu si le dessin avait été plus fignolé, plus abouti.
Enfin, ce récit permet de revenir sur le drame survenu à Liévin en 1974, et le dossier joint en fin d'album permet d'en savoir plus sur les circonstances de ce drame et sur l'exploitation minière tout en rendant hommage aux mineurs.
Assez étonnamment, peu de bandes dessinées se rapportant au football sont parues en cette année d’Euro. Et ce n’est pas plus mal ! Je préfère en effet une faible production de qualité à une grosse production dans laquelle il faut faire un tri sévère.
Un dernier tour de terrain est signé par une équipe d’auteurs espagnols dont je ne connaissais que le dessinateur (pour qui j’ai une réelle affection). Il a la particularité de se centrer sur l’histoire d’un agent de joueurs, et c’est un beau portrait que nous livrent là Inaki San Roman, Alvaro Velasco et Pedro Rodriguez, celui d’un homme passionné et obstiné mais rongé par ses erreurs. Un portrait à hauteur d’homme d’un personnage loin d’être parfait mais touchant par sa sincérité.
Le récit se scinde en deux parties et c’est l’occasion pour les auteurs de comparer deux époques. Le football des années 1990 n’a plus grand-chose à voir avec celui des années 2020 tant il est devenu un buziness, et les auteurs ne se privent pas de pointer du doigt la désagréable évolution actuelle. A travers ces deux époques, ils démontrent leur connaissance du milieu sans pour autant signer un album uniquement accessibles aux amateurs de football. Le propos ici est universel, on y parle d’amitié et de pardon, de rédemption et d’ambition sans oublier les relations familiales.
J’ai vraiment bien aimé. Je trouve les personnages touchants et l’image que les auteurs donnent du milieu du football m’a semblé assez juste, sans exagération extrême (même si on reste dans un récit grand public dans lequel les personnages principaux parviennent parfois à inverser une tendance qui semblait pourtant bel et bien irréversible). J’ai autant apprécié le lien d’amitié qui unit l’agent à son ancien poulain que le rapport difficile qu’il entretient avec sa fille.
D’un point de vue visuel, je trouve que Pedro Rodriguez a réalisé un travail impressionnant au niveau de sa mise en page, faisant plus souvent qu’à son tour preuve d’imagination. Cette recherche d’originalité permet de casser avant même qu’elle puisse apparaitre l’éventuelle monotonie qui aurait pu s’emparer du récit. Par ailleurs, même si les joueurs et autres personnages réels qui interviennent dans le récit ne sont pas toujours reconnaissables, le lecteur amateur de football n’aura aucun mal à reconnaitre les principaux d’entre eux. Et à titre personnel, je préfère cette approche graphique qui harmonise les différents personnages plutôt que des caricatures forcées qui créent un décalage entre la représentation des personnages réels et l’image des personnages de fiction.
Pour résumer, je peux dire que j’ai bien aimé. Le récit est touchant et le dessinateur a su me convaincre dans un genre dans lequel je ne l’attendais vraiment pas. Une très bonne surprise.
Franchement bien est peut-être un peu excessif mais pour moi, c'est mieux qu'un bête 'pas mal'.
Maus…
Comme il est compliqué de noter une telle œuvre.
Art Spiegelman nous livre non seulement la biographie de son papa, mais également son ressenti de fils de.
Survivant d'Auschwitz et de Dachau Vladek Spiegelman fut logiquement marqué à vie par l'épisode le plus noir que l'humanité ait connu.
Alors si on regarde les dessins, c'est assez simple. Je pense qu'Art a pris parti de dessiner des souris et des chats pour se détacher d'une histoire beaucoup trop lourde pour ses épaules (et je pense trop lourde pour tous les rescapés et enfants de rescapés de crimes de guerre). Le dessin est peu engageant de prime abord.
Ensuite la BD n'est pas aisée à lire. Cela justifierait une note de 2-3
Mais il y a l'histoire et l'Histoire et là j'avoue avoir du mal à comprendre comment on ne peut rien ressentir en la découvrant.
Cette horreur décrite m'a profondément ému, au point qu'en refermant le tome 2 je suis resté de longues minutes prostré. Besoin de reprendre mes esprits et de digérer tout ceci. Du coup la note monte directement à 5 car rarement un ouvrage m'aura pris aux tripes de la sorte.
Maus est une œuvre incontournable, destinée à un public averti. Certains passages du tome 2 sont émotionnellement durs.
Notre part d'humanité sort de cette lecture marquée
J'ai gardé longtemps cette série(empruntée) avant de la lire tellement le sujet de la conquête de l'espace me laisse indifférent. Le métier d'astronaute n'a jamais fait partie de ma wishlist et après lecture je n'échangerais pas ma vie contre celle de Pesquet.
J'étais donc très dubitatif à l'ouverture de ce pavé de 200 pages. Contre toute attente j'ai été immédiatement séduit par la construction et le rythme proposés par Marion Montaigne. A ma propre surprise j'ai suivi avec intérêt les différentes étapes qui ont conduit l'astronaute français dans la station orbitale.
En 2016/17 je n'avais vu aucune émission, direct, FB ou photo de Pesquet. Ce côté découverte d'un sujet vierge a sûrement aidé pour mon intérêt dans cette lecture. Surtout j'ai aimé la construction de l'autrice qui équilibre le côté compétition, intime et passages scientifiques afin de rendre très vivant son récit.
Elle y ajoute une touche d'humour et de dérision bien venue pour amoindrir la folie hagiographique qui a accompagné le voyage de Pesquet. En fait c'est le passage dans la station qui m'a le moins passionné compte tenu de l'importance donné à la partie scatologique.
Le graphisme de l'autrice possède une visée humoristique assez minimaliste qui convient bien à l'esprit du récit. Le dessin donne un bon dynamisme alors qu'il n'y a pas vraiment d'action.
Malgré quelques passages un peu moins rythmés j'ai lu cette série d'une traite sans m'ennuyer.
Une surprise même si cette série ne m'a pas fait changer d'avis sur cette activité.
Sans concession
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Ce tome regroupe 2 histoires indépendantes, écrites par Warren Ellis.
Atmospherics : dessins de Ken Meyer, initialement parue en noir & blanc, en 1996 dans les numéros 1 à 5 de l'anthologie Calibrations. L'histoire comprend 30 pages de bandes dessinées.
L'histoire commence dans une salle d'interrogation, certainement dans un commissariat. Un individu non identifié interroge Bridget Rinehart, une femme. La scène se passe le 16 juillet 1996, dans une ville non identifiée, au Nevada ou dans l'Utah (cette précision n'est pas apportée non plus). Toute la scène est dessinée en vue subjective ; c'est à dire que le lecteur perçoit l'interrogatoire par les yeux de celui qui le mène. L'interrogateur précise que cette discussion a pour objet de déterminer ce qui s'est réellement passé. Les premiers échanges permettent d'établir que Rinehart et son interrogateur sont d'accord sur le fait qu'elle est la seule survivante d'un massacre qui a exterminé la population d'une petite ville dans le désert dénommée Helen. L'interrogateur indique que Rinehart a été témoin de mutilations effectuées par des extraterrestres sur la population et il souhaite savoir comment elle s'est enfuie de cette ville et pourquoi elle est la seule survivante.
Warren Ellis a commencé sa carrière d'écrivain en 1990, en travaillant pour les magazines anglais Deadline et Judge Dredd. En 1994, il a commencé à travailler pour Marvel sur les séries Hellstrom, prince of lies, Doctor Doom 2099, Thor (Worldengine) et Wolverine (Wolverine: Not Dead Yet). Parallèlement à ces travaux pour l'un des 2 grands éditeurs de comics américains, il a continué à écrire des récits pour des éditeurs indépendants, dont il a conservé les droits de propriété intellectuelle. Et parmi ces récits, il a écrit aussi bien des séries longues que des histoires courtes dans des formats diverses et variés.
Pour la précédente édition de 2002, Ellis avait rédigé une postface succincte qui est intégrée dans la présente édition. Il explique que l'idée lui est venu en écoutant les théories de Whitley Strieber (écrivain d'horreur, par exemple Wolfen, dieu ou diable ) sur les expérimentations que feraient les "visiteurs" sur les vaches. Il s'agit pour Ellis de se moquer des élucubrations de Strieber, tout en s'accaparant cette légende pour en faire quelque chose de plus sinistre. En 30 pages d'histoire, Ellis installe un face à face comme il sait bien le faire, sous la forme d'un interrogatoire. Bridget Rinehart et son interrogateur jouent au chat et à la souris sous les yeux du lecteur qui essaye de se faire son avis. Évidemment Ellis dispose de quelques munitions supplémentaires et le récit réserve plusieurs surprises.
À la lecture des planches, il ne m'est pas possible de savoir si Meyer a ajouté la couleur a posteriori, ou si la première édition était en noir & blanc uniquement pour une question de coût d'impression. Il a réalisé ses illustrations principalement à l'aquarelle, en délimitant parfois les contours des silhouettes par le biais d'un trait violet. Il adopte un style réaliste avec quelques détails significatifs. Il est par exemple possible de compter les morceaux de carrelages derrière Rinehart dans la salle d'interrogatoire. Il a une tâche assez complexe pour rendre les illustrations vivantes dans la mesure où le dispositif narratif est très contraignant : quasiment un plan fixe pour les 2 tiers du récit, correspondant au regard de l'interrogateur qui fixe Rinehart assise sur sa chaise, de l'autre coté de la table. Il fait preuve d'assez d'inventivité dans les expressions de Rinehart et ses mouvements limités pour traduire sa tension et ses sautes d'humeur, et autres revirements. de temps à autre, une image ou une courte séquence vient montrer au lecteur la vision intérieure de Rinehart alors qu'elle se remémore une scène, ou la vision que donne l'interrogateur des événements. Meyer illustre les petits gris avec retenue, et les expérimentations ne sont pas montrées. Il n'y a qu'une image qui semble un peu trop enfantine : une pluie de scalpels dessinée de manière trop littérale.
Au fil de cet interrogatoire, Ellis bâtit un suspense psychologique qui n'a rien de binaire pour raconter une histoire d'horreur, avec une chute inattendue. Les qualités de l'illustrateur évitent au récit de ressembler à une succession de cases avec uniquement des têtes en train de parler, défi pourtant audacieux au vu du dispositif narratif très contraignant.
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Dark Blue : dessins sont en noir & blanc, réalisés par Jacen Burrows. Cette histoire comprend 60 pages.
Dans le sous-sol d'un commissariat, dans la cellule d'interrogation la plus éloignée, l'inspecteur Frank Christchurch s'apprête à appliquer le troisième degré à un suspect, avec une agressivité peu commune (il lui promet de lui arracher le sexe pour lui mettre dans l'arrière train). À l'étage, l'inspectrice Deborah Thorogood pénètre dans le bureau du lieutenant Lou Abbey pour s'enquérir de son partenaire Frank. Elle dérange Lou en train de s'injecter un fix dans le bras. Lorsqu'elle arrive dans la cellule d'interrogation, elle trouve le prévenu torse nu, à terre, toujours ligoté à sa chaise, avec du sang partout, et Frank s'apprêtant à le tabasser avec la crosse de son arme de service. Elle est obligée de le frapper pour le ramener à la raison. Frank se fait passer un savon par Lou Abbey, puis rentre chez lui. En chemin il fait l'expérience déroutante de passer au travers d'un piéton. de retour chez lui, dans son fauteuil, il se souvient de la scène de carnage indescriptible qui l'attendait alors qu'il poursuivait Trent Wayman, criminel notoire, et dealer d'une drogue appelée LD50.
Dans la postface, Warren Ellis explique que l'idée de base de ce récit lui est venue dans les années 1990 en lisant des écrits de Terrence McKenna relatant ses expériences de prise de drogues, en particulier celles contenant de la diméthyltryptamine (DMT, une substance psychotrope puissante). Ellis plonge d'entrée de jeu le lecteur dans le quotidien d'un inspecteur de police très intense, obsédé par la traque et la capture de Wayman dont une séquence montre l'horreur de ses actions (cadavres mutilés et éventrés). Burrows dessine tout avec une seule épaisseur de trait pour délimiter les contours de chaque forme. Dans cette première collaboration avec Ellis, il sait déjà transcrire l'intensité du comportement de Christchurch, dans son langage corporel et les expressions de son visage. Voilà un individu sur les nerfs, tendu, prêt à craquer, prêt à recourir à la violence pour atteindre son but.
L'impact de ce récit doit beaucoup à Burrows (pourtant pas toujours convaincant dans ses collaborations avec Ellis) qui dispose de 2 atouts majeurs. le premier réside dans sa capacité à retranscrire la profondeur de champ. Burrows utilise des perspectives simples pour montrer au lecteur la disposition de l'open-space au commissariat, ou du dénuement de la pièce unique de l'appartement de Christchurch. Ces mêmes perspectives rendent admirablement compte de la largeur des voies, et des espaces des rues. le deuxième atout de Burrows est qu'il dessine avec le même premier degré tout les éléments du scénario, y compris les plus immondes. Il dépeint les éventrations avec un sens du gore mariant la violence de l'arrachement des membres, avec un coté un peu simpliste qui introduit un parfum d'effets spéciaux bon marché, vite dissipé quand le lecteur prend conscience de la présence de crochets de boucher. Cette façon de dessiner confère également une force de conviction déconcertante aux hallucinations provoquées par la drogue LD50.
Warren Ellis propose un récit intense et viscéral dans lequel le personnage principal a les nerfs à fleur de peau. C'est brutal et obsessionnel avec une dose de psychotrope. C'est intense, et pas forcément très profond, c'est efficace comme une nouvelle rapide qui va directement à l'essentiel. Comme pour les théories de Whitley Strieber dans Atmospherics , le lecteur a l'impression qu'Ellis se sert de l'idée de McKenna, comme d'une hypothèse farfelue juste bonne à donner lieu à un divertissement brutal. Il ne faut donc pas s'attendre à une analyse psychologique fouillée du personnage principal. Par contre, le lecteur aura le plaisir d'être surpris par plusieurs retournements de situation, ainsi qu'une attitude butée de Christchurch qui ne faiblit pas du début jusqu'à la fin. Warren Ellis ne développe pas d'idée révolutionnaire, mais il construit un suspense très prenant, avec des dialogues bien dosés, et en laissant (comme à son habitude) de la place pour des séquences visuelles quasi muettes qui permettent au lecteur de se plonger dans l'atmosphère développée par les dessins.
Cette première collaboration entre Ellis et Burrows s'avère très réussie, avec un récit tendu invitant à suivre un individu sur de son bon droit, pour qui la réalité se dérobe par moment, dans des visuels bien conçus, à défaut d'être sophistiqués.
Un chouette western.
Un album sur ma pile à lire depuis plusieurs semaines, j'ai profité de ce dimanche ensoleillé pour m'y plonger.
Le Canada, 1895, la petite ville de Sinnergulch s'apprête à vivre une révolution, celle de l'or noir. Une révolution qui va mettre à mal cette bourgade.
Le carcajou, également connu sous le nom de glouton ou de wolverine en anglais, est un animal redoutable, solitaire et farouche, des traits de caractère que le sang-mêlé Gus Carcajou, il est à moitié Nakoda, est pourvu aussi. D'autres personnages possèdent aussi des traits de caractère de l'animal figurant dans leur nom de famille : le rusé homme d'affaires Jay Foxton, la force et la puissance pour le shérif Linus Kodiak et la vivacité et l'indépendance pour Linda Squirrel, la responsable du cabaret. Ils jouent parfaitement leur rôle.
Eldiablo propose un récit dur, violent et très bien construit auquel il glisse avec modération quelques passages proches du burlesque, un ensemble qui fonctionne à merveille.
Une lecture que je n'ai pu lâcher avant la dernière planche, surtout ne pas la regarder pour ne pas gâcher la conclusion de ce récit captivant.
C'est la partie graphique qui a repoussé ma lecture, pas le genre qui me met des étoiles dans les yeux de prime à bord. Je dois avouer qu'à force de tourner les pages, je lui ai trouvé des qualités. Des personnages qui ont des gueules reconnaissables au premier regard, un coup de crayon gras, expressif avec beaucoup de charme. Les couleurs sont très belles, une petite partie en noir et blanc pour plonger dans le passé de nos personnages. Une mise en scène réussie.
De l'excellent travail.
Un très bon western que je recommande.
Coup de cœur.
"La terre ne t'appartient pas, tu le sais. C'est nous qui lui appartenons."
Oh, c'est génial comme BD ça ! Une BD inspirante pour des jeunes filles qui sont victimes de harcèlement sur leur physique, inspirant et surtout riches en sujet pour des jeunes qui la liront !
C'est avant tout le récit de trois jeunes femmes qui sont élues "boudin de l'année" par un type au collège qui est clairement décrit comme un connard, et qui décident de voyager jusqu'à Paris, chacune pour une autre raison. Si le début du récit est bien fait et que le début du trajet m'a intéressé de loin, bien vite j'ai été plus pris au jeu que je ne pensais parce que les autrices ont décidées de mettre en scène divers sujets qui sont d'actualités, liés à ce voyage et plutôt pertinent.
En vrac, j'ai trouvé la question du féminisme, l'apprentissage de la philo, la mise en perspective d'internet et de la vraie vie (vraiment bien retranscrit) et surtout un apprentissage de la maturité, les jeunes filles découvrant que leurs belles idées de ce qu'il se passerait une fois arrivé peut être mis à mal face à la réalité. Les gens ne se comportent pas tous comme on s'y attendait, et c'est tant mieux. Parce qu'avec la distance et la méconnaissance, on peut être amené à faire des choses qu'on regrettera ensuite ! Et internet est un bon exemple de ce que les gens peuvent devenir lorsqu'il n'y a plus de conséquences directes.
Le tout est servi par le dessin mignon et coloré de Magali Le Huche que je ne connais pas du tout mais qui me plait bien. Il y a ce qu'il faut de texte et de dessin pour toujours avoir une lecture fluide, malgré la quantité de pages. Le travail d'adaptation est remarquable, je n'ai pas du tout senti le poids de l’œuvre originale !
Il y a bien quelques petits défauts de ci, de là : l'adolescente qui tombe amoureuse du gars de 26 ans, je comprends, mais la réciproque, on attendra, hein ? Pareil sur Mireille qui sort parfois des tirades que je trouve très matures pour une fille au collège. Mais bon, c'est parce que sa mère est prof de philo, on va dire qu'elle l'a bien éduquée ! De la même façon, il n'y a pas vraiment le poids de la route à vélo qui est retranscrit, et pour avoir fait des vacances à vélo je peux vous dire que la caravane tirée si facilement par des collégiennes, j'y crois franchement moyen.
Mais ces défauts sont imputables à un récit jeunesse qui ne s'embarrasse parfois pas du réalisme pour pouvoir présenter son récit, qui lui est excellent. Le message est louable, l'intention parfaitement exécutée, les considérations tombent juste et le final est tout à fait satisfaisant. Dans un monde où la violence d'internet déborde bien trop dans les vies de tout le monde, chaque jour, il est plaisant de lire une BD ramener un peu tout ça dans le monde réel et montrer que, motivée, des jeunes femmes peuvent briser les clichés.
Honnêtement, je ne m'attendais pas à aimer autant, mais j'en suis ravi !
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Difficile de ne pas penser à L'Atelier Mastodonte en voyant le principe du livre. C'est un peu différent dans ce cas car les auteurs ont profité des joies de la première épidémie de Covid pour réaliser ce cadavre exquis absurde. Quand d'autres se sont mis à faire du pain ou des apéros visio, les joyeux drilles de six pieds sous terre se sont collés à ce qu'ils qualifient de "plus grande escroquerie éditoriale du siècle". J'ai quelques noms d'escrocs à leur donner, parce que j'ai lu bien pire. Bien entendu, il faut accrocher avec ce genre d'humour. Le point de départ de l’histoire est simple : d’anciens membres d’un orchestre reçoivent une mystérieuse lettre les invitant à Boucheporn, une petite bourgade. Le récit suit leurs péripéties pour s’y rendre, ponctuées de divers obstacles absurdes comme des bus manquants, des avions qui s’écrasent, et des mésaventures ferroviaires. L’intérêt de l’histoire réside moins dans son intrigue que dans les situations comiques et absurdes qui jalonnent le voyage des personnages. Les galères de transport et les délires de Bouzard sur les tronçonneuses sont des prétextes pour des scènes vraiment cocasses. Sous son apparence improvisée, "T’inquiète" est en réalité plus structuré qu’il n’y paraît, avec des indices disséminés tout au long du récit qui enrichissent une deuxième lecture. Chaque auteur apporte son style d’humour, et si l’absurde domine, l’ensemble reste cohérent. Les interactions entre les personnages et la manière dont leurs destinées se croisent montrent une belle alchimie entre les auteurs. Gilles Rochier, bien que légèrement en décalage, trouve sa place de manière cohérente dans l’histoire. Chaque auteur garde son trait distinctif, ce qui ajoute au plaisir de voir comment chacun dessine les autres. Les blagues sur leur incapacité à dessiner correctement des voitures sont particulièrement drôles. “T’inquiète” est une lecture plaisante et amusante. Bien que l’histoire ne cherche pas à être ambitieuse, elle sert de cadre parfait pour une série de situations absurdes et comiques. Les amateurs d’humour décalé et de bandes dessinées qui ne se prennent pas au sérieux trouveront ici de quoi passer un bon moment.
Histoires du quartier
Voici une série de deux bandes dessinées autobiographiques où Gabi Beltrán nous plonge de manière touchante et authentique dans son enfance dans un quartier populaire de Palma de Majorque dans les années 80. Le premier tome nous présente Gabi, un jeune garçon curieux et rêveur, qui navigue à travers les défis de la vie quotidienne dans un quartier populaire. Les dessins de Bartolomé Seguí sont particulièrement expressifs, capturant l’essence des personnages et l’atmosphère du quartier. Les histoires courtes qui composent ce premier tome sont à la fois drôles et poignantes, offrant un aperçu des joies et des peines de la vie dans le quartier. On y découvre les amitiés, les premiers émois amoureux, et les petites aventures qui façonnent l’enfance de Gabi. Les dialogues sont naturels et authentiques, renforçant l’impression de réalisme. Le deuxième tome poursuit cette exploration, avec un Gabi plus âgé qui commence à percevoir les complexités du monde adulte. Les dessins conservent leur qualité, avec une attention particulière aux expressions des personnages et aux détails du décor urbain. Les thèmes abordés deviennent plus sérieux, touchant à la violence, aux difficultés familiales et aux premiers pas vers l’indépendance. Ce qui m’a particulièrement plu dans ces deux tomes, c’est la sincérité du récit qui est pour moi un élément clé dans ce type d'oeuvres. Les histoires sont racontées avec une honnêteté désarmante, sans chercher à enjoliver la réalité. L’absence d’une intrigue centrale forte peut donner une impression de dispersion, mais c’est aussi ce qui fait le charme de ces récits : ils reflètent la vie telle qu’elle est, avec ses moments de bonheur et de difficulté. En résumé, voici une série de 2 bandes dessinées touchantes et bien réalisées qui capturent l’essence de la vie dans ce quartier. Très bon moment de lecture.
Un printemps à Tchernobyl
Voici une bande dessinée qui m’a beaucoup plu par son approche visuelle et narrative. Le travail graphique de Lepage est remarquable, avec des illustrations qui rendent les paysages de Tchernobyl à la fois fascinants et inquiétants. Les couleurs et les détails des dessins plongent immédiatement dans l’ambiance de cette zone sinistrée. Toutefois, j’ai trouvé le début un peu long. Les réflexions de l’auteur sur ses motivations et ses appréhensions avant de partir pour Tchernobyl prennent beaucoup de place. Cette introspection, bien que compréhensible, ralentit un peu le rythme du récit qui met du temps à s'installer. Une fois sur place, l’histoire prend une tournure plus captivante. Les rencontres avec les habitants de la zone d’exclusion sont particulièrement touchantes. Ces moments apportent une dimension humaine à la catastrophe, en montrant l’impact durable sur la vie des gens. Les témoignages des personnes rencontrées permettent de voir au-delà des ruines et des chiffres. Lepage réussit à juxtaposer les paysages dévastés avec la résilience et l’espoir des habitants. Les scènes où la nature reprend ses droits sur les bâtiments abandonnés sont à la fois poétiques et troublantes, symbolisant la persistance de la vie malgré tout. Et c'est là que j'apprécie la démarche narrative car il est parti avec des idées mais s'est laissé surprendre. Et au lieu d'un endroit de mort, c'est bien un endroit de vie qu'il y trouve, en témoignent les couleurs qui apparaissent au fil des pages avec le printemps. La conclusion de l’ouvrage est à la hauteur du récit, apportant une réflexion sur la mémoire et la résilience. “Un printemps à Tchernobyl” est une lecture intéressante qui, malgré un début un peu hésitant, se révèle riche en émotions et en enseignements. Malgré quelques longueurs initiales, l’œuvre de Lepage mérite d’être découverte pour sa profondeur et la beauté de ses illustrations.
Le Jour d'avant
Ce n’est pas la première adaptation d’un roman de Sorj Chalandon que je lis (sans jamais avoir lu un roman de l’auteur en question, d’ailleurs) mais c’est celle qui m’a le plus plu jusqu’à présent. Pourtant, le dessin n’est vraiment pas ma tasse de thé… mais l’histoire compense largement cela. Le Jour d’avant nous plonge dans le bassin sidérurgique du nord de la France dans les années 1970, un cadre qui me parle puisque très proche des bassins sidérurgiques belges, eux aussi marqués par leurs drames. Et Sorj Chalandon en donne une image poignante, marquée par la noirceur des corons, la fierté des mineurs, la rudesse du travail et l’exploitation du peuple par les puissants. J’ai aimé ce cadre, cette noirceur, ce mélange de résignation et de fierté. L’histoire se focalise sur le frère d’un de ces mineurs, rongé par la mort de ce dernier. Une mort qui va entrainer celle de son père puis de sa mère. Une mort qui va le pousser à quitter le Nord pour monter sur Paris et tenter de s’extraire de cette poussière de charbon dont il ne se débarrassera jamais. Il nous raconte ainsi sa vie, depuis sa jeunesse jusqu’à son retour au pays. Un retour motivé par un seul objectif : faire payer aux responsables la mort de son frère. Quitte à s’aveugler lui-même… Le récit est poignant même si certaines astuces narratives m’ont semblé un peu faciles, a posteriori. J’ai en tous les cas dévoré l’album. Mon seul bémol vient d’un style graphique que j’ai trouvé très ‘limite’. S’il retranscrit assez bien cette ambiance noire, je trouve qu’il manque de précision sur les physionomies des personnages et sur les décors. C’est un dessin d’ambiance qui permet de se concentrer sur le récit (ce qui est une qualité) mais je pense que ce récit m’aurait encore plus plu si le dessin avait été plus fignolé, plus abouti. Enfin, ce récit permet de revenir sur le drame survenu à Liévin en 1974, et le dossier joint en fin d'album permet d'en savoir plus sur les circonstances de ce drame et sur l'exploitation minière tout en rendant hommage aux mineurs.
Un Dernier tour de terrain
Assez étonnamment, peu de bandes dessinées se rapportant au football sont parues en cette année d’Euro. Et ce n’est pas plus mal ! Je préfère en effet une faible production de qualité à une grosse production dans laquelle il faut faire un tri sévère. Un dernier tour de terrain est signé par une équipe d’auteurs espagnols dont je ne connaissais que le dessinateur (pour qui j’ai une réelle affection). Il a la particularité de se centrer sur l’histoire d’un agent de joueurs, et c’est un beau portrait que nous livrent là Inaki San Roman, Alvaro Velasco et Pedro Rodriguez, celui d’un homme passionné et obstiné mais rongé par ses erreurs. Un portrait à hauteur d’homme d’un personnage loin d’être parfait mais touchant par sa sincérité. Le récit se scinde en deux parties et c’est l’occasion pour les auteurs de comparer deux époques. Le football des années 1990 n’a plus grand-chose à voir avec celui des années 2020 tant il est devenu un buziness, et les auteurs ne se privent pas de pointer du doigt la désagréable évolution actuelle. A travers ces deux époques, ils démontrent leur connaissance du milieu sans pour autant signer un album uniquement accessibles aux amateurs de football. Le propos ici est universel, on y parle d’amitié et de pardon, de rédemption et d’ambition sans oublier les relations familiales. J’ai vraiment bien aimé. Je trouve les personnages touchants et l’image que les auteurs donnent du milieu du football m’a semblé assez juste, sans exagération extrême (même si on reste dans un récit grand public dans lequel les personnages principaux parviennent parfois à inverser une tendance qui semblait pourtant bel et bien irréversible). J’ai autant apprécié le lien d’amitié qui unit l’agent à son ancien poulain que le rapport difficile qu’il entretient avec sa fille. D’un point de vue visuel, je trouve que Pedro Rodriguez a réalisé un travail impressionnant au niveau de sa mise en page, faisant plus souvent qu’à son tour preuve d’imagination. Cette recherche d’originalité permet de casser avant même qu’elle puisse apparaitre l’éventuelle monotonie qui aurait pu s’emparer du récit. Par ailleurs, même si les joueurs et autres personnages réels qui interviennent dans le récit ne sont pas toujours reconnaissables, le lecteur amateur de football n’aura aucun mal à reconnaitre les principaux d’entre eux. Et à titre personnel, je préfère cette approche graphique qui harmonise les différents personnages plutôt que des caricatures forcées qui créent un décalage entre la représentation des personnages réels et l’image des personnages de fiction. Pour résumer, je peux dire que j’ai bien aimé. Le récit est touchant et le dessinateur a su me convaincre dans un genre dans lequel je ne l’attendais vraiment pas. Une très bonne surprise. Franchement bien est peut-être un peu excessif mais pour moi, c'est mieux qu'un bête 'pas mal'.
Maus
Maus… Comme il est compliqué de noter une telle œuvre. Art Spiegelman nous livre non seulement la biographie de son papa, mais également son ressenti de fils de. Survivant d'Auschwitz et de Dachau Vladek Spiegelman fut logiquement marqué à vie par l'épisode le plus noir que l'humanité ait connu. Alors si on regarde les dessins, c'est assez simple. Je pense qu'Art a pris parti de dessiner des souris et des chats pour se détacher d'une histoire beaucoup trop lourde pour ses épaules (et je pense trop lourde pour tous les rescapés et enfants de rescapés de crimes de guerre). Le dessin est peu engageant de prime abord. Ensuite la BD n'est pas aisée à lire. Cela justifierait une note de 2-3 Mais il y a l'histoire et l'Histoire et là j'avoue avoir du mal à comprendre comment on ne peut rien ressentir en la découvrant. Cette horreur décrite m'a profondément ému, au point qu'en refermant le tome 2 je suis resté de longues minutes prostré. Besoin de reprendre mes esprits et de digérer tout ceci. Du coup la note monte directement à 5 car rarement un ouvrage m'aura pris aux tripes de la sorte. Maus est une œuvre incontournable, destinée à un public averti. Certains passages du tome 2 sont émotionnellement durs. Notre part d'humanité sort de cette lecture marquée
Dans la combi de Thomas Pesquet
J'ai gardé longtemps cette série(empruntée) avant de la lire tellement le sujet de la conquête de l'espace me laisse indifférent. Le métier d'astronaute n'a jamais fait partie de ma wishlist et après lecture je n'échangerais pas ma vie contre celle de Pesquet. J'étais donc très dubitatif à l'ouverture de ce pavé de 200 pages. Contre toute attente j'ai été immédiatement séduit par la construction et le rythme proposés par Marion Montaigne. A ma propre surprise j'ai suivi avec intérêt les différentes étapes qui ont conduit l'astronaute français dans la station orbitale. En 2016/17 je n'avais vu aucune émission, direct, FB ou photo de Pesquet. Ce côté découverte d'un sujet vierge a sûrement aidé pour mon intérêt dans cette lecture. Surtout j'ai aimé la construction de l'autrice qui équilibre le côté compétition, intime et passages scientifiques afin de rendre très vivant son récit. Elle y ajoute une touche d'humour et de dérision bien venue pour amoindrir la folie hagiographique qui a accompagné le voyage de Pesquet. En fait c'est le passage dans la station qui m'a le moins passionné compte tenu de l'importance donné à la partie scatologique. Le graphisme de l'autrice possède une visée humoristique assez minimaliste qui convient bien à l'esprit du récit. Le dessin donne un bon dynamisme alors qu'il n'y a pas vraiment d'action. Malgré quelques passages un peu moins rythmés j'ai lu cette série d'une traite sans m'ennuyer. Une surprise même si cette série ne m'a pas fait changer d'avis sur cette activité.
Dark Blue + Atmospherics
Sans concession - Ce tome regroupe 2 histoires indépendantes, écrites par Warren Ellis. Atmospherics : dessins de Ken Meyer, initialement parue en noir & blanc, en 1996 dans les numéros 1 à 5 de l'anthologie Calibrations. L'histoire comprend 30 pages de bandes dessinées. L'histoire commence dans une salle d'interrogation, certainement dans un commissariat. Un individu non identifié interroge Bridget Rinehart, une femme. La scène se passe le 16 juillet 1996, dans une ville non identifiée, au Nevada ou dans l'Utah (cette précision n'est pas apportée non plus). Toute la scène est dessinée en vue subjective ; c'est à dire que le lecteur perçoit l'interrogatoire par les yeux de celui qui le mène. L'interrogateur précise que cette discussion a pour objet de déterminer ce qui s'est réellement passé. Les premiers échanges permettent d'établir que Rinehart et son interrogateur sont d'accord sur le fait qu'elle est la seule survivante d'un massacre qui a exterminé la population d'une petite ville dans le désert dénommée Helen. L'interrogateur indique que Rinehart a été témoin de mutilations effectuées par des extraterrestres sur la population et il souhaite savoir comment elle s'est enfuie de cette ville et pourquoi elle est la seule survivante. Warren Ellis a commencé sa carrière d'écrivain en 1990, en travaillant pour les magazines anglais Deadline et Judge Dredd. En 1994, il a commencé à travailler pour Marvel sur les séries Hellstrom, prince of lies, Doctor Doom 2099, Thor (Worldengine) et Wolverine (Wolverine: Not Dead Yet). Parallèlement à ces travaux pour l'un des 2 grands éditeurs de comics américains, il a continué à écrire des récits pour des éditeurs indépendants, dont il a conservé les droits de propriété intellectuelle. Et parmi ces récits, il a écrit aussi bien des séries longues que des histoires courtes dans des formats diverses et variés. Pour la précédente édition de 2002, Ellis avait rédigé une postface succincte qui est intégrée dans la présente édition. Il explique que l'idée lui est venu en écoutant les théories de Whitley Strieber (écrivain d'horreur, par exemple Wolfen, dieu ou diable ) sur les expérimentations que feraient les "visiteurs" sur les vaches. Il s'agit pour Ellis de se moquer des élucubrations de Strieber, tout en s'accaparant cette légende pour en faire quelque chose de plus sinistre. En 30 pages d'histoire, Ellis installe un face à face comme il sait bien le faire, sous la forme d'un interrogatoire. Bridget Rinehart et son interrogateur jouent au chat et à la souris sous les yeux du lecteur qui essaye de se faire son avis. Évidemment Ellis dispose de quelques munitions supplémentaires et le récit réserve plusieurs surprises. À la lecture des planches, il ne m'est pas possible de savoir si Meyer a ajouté la couleur a posteriori, ou si la première édition était en noir & blanc uniquement pour une question de coût d'impression. Il a réalisé ses illustrations principalement à l'aquarelle, en délimitant parfois les contours des silhouettes par le biais d'un trait violet. Il adopte un style réaliste avec quelques détails significatifs. Il est par exemple possible de compter les morceaux de carrelages derrière Rinehart dans la salle d'interrogatoire. Il a une tâche assez complexe pour rendre les illustrations vivantes dans la mesure où le dispositif narratif est très contraignant : quasiment un plan fixe pour les 2 tiers du récit, correspondant au regard de l'interrogateur qui fixe Rinehart assise sur sa chaise, de l'autre coté de la table. Il fait preuve d'assez d'inventivité dans les expressions de Rinehart et ses mouvements limités pour traduire sa tension et ses sautes d'humeur, et autres revirements. de temps à autre, une image ou une courte séquence vient montrer au lecteur la vision intérieure de Rinehart alors qu'elle se remémore une scène, ou la vision que donne l'interrogateur des événements. Meyer illustre les petits gris avec retenue, et les expérimentations ne sont pas montrées. Il n'y a qu'une image qui semble un peu trop enfantine : une pluie de scalpels dessinée de manière trop littérale. Au fil de cet interrogatoire, Ellis bâtit un suspense psychologique qui n'a rien de binaire pour raconter une histoire d'horreur, avec une chute inattendue. Les qualités de l'illustrateur évitent au récit de ressembler à une succession de cases avec uniquement des têtes en train de parler, défi pourtant audacieux au vu du dispositif narratif très contraignant. - Dark Blue : dessins sont en noir & blanc, réalisés par Jacen Burrows. Cette histoire comprend 60 pages. Dans le sous-sol d'un commissariat, dans la cellule d'interrogation la plus éloignée, l'inspecteur Frank Christchurch s'apprête à appliquer le troisième degré à un suspect, avec une agressivité peu commune (il lui promet de lui arracher le sexe pour lui mettre dans l'arrière train). À l'étage, l'inspectrice Deborah Thorogood pénètre dans le bureau du lieutenant Lou Abbey pour s'enquérir de son partenaire Frank. Elle dérange Lou en train de s'injecter un fix dans le bras. Lorsqu'elle arrive dans la cellule d'interrogation, elle trouve le prévenu torse nu, à terre, toujours ligoté à sa chaise, avec du sang partout, et Frank s'apprêtant à le tabasser avec la crosse de son arme de service. Elle est obligée de le frapper pour le ramener à la raison. Frank se fait passer un savon par Lou Abbey, puis rentre chez lui. En chemin il fait l'expérience déroutante de passer au travers d'un piéton. de retour chez lui, dans son fauteuil, il se souvient de la scène de carnage indescriptible qui l'attendait alors qu'il poursuivait Trent Wayman, criminel notoire, et dealer d'une drogue appelée LD50. Dans la postface, Warren Ellis explique que l'idée de base de ce récit lui est venue dans les années 1990 en lisant des écrits de Terrence McKenna relatant ses expériences de prise de drogues, en particulier celles contenant de la diméthyltryptamine (DMT, une substance psychotrope puissante). Ellis plonge d'entrée de jeu le lecteur dans le quotidien d'un inspecteur de police très intense, obsédé par la traque et la capture de Wayman dont une séquence montre l'horreur de ses actions (cadavres mutilés et éventrés). Burrows dessine tout avec une seule épaisseur de trait pour délimiter les contours de chaque forme. Dans cette première collaboration avec Ellis, il sait déjà transcrire l'intensité du comportement de Christchurch, dans son langage corporel et les expressions de son visage. Voilà un individu sur les nerfs, tendu, prêt à craquer, prêt à recourir à la violence pour atteindre son but. L'impact de ce récit doit beaucoup à Burrows (pourtant pas toujours convaincant dans ses collaborations avec Ellis) qui dispose de 2 atouts majeurs. le premier réside dans sa capacité à retranscrire la profondeur de champ. Burrows utilise des perspectives simples pour montrer au lecteur la disposition de l'open-space au commissariat, ou du dénuement de la pièce unique de l'appartement de Christchurch. Ces mêmes perspectives rendent admirablement compte de la largeur des voies, et des espaces des rues. le deuxième atout de Burrows est qu'il dessine avec le même premier degré tout les éléments du scénario, y compris les plus immondes. Il dépeint les éventrations avec un sens du gore mariant la violence de l'arrachement des membres, avec un coté un peu simpliste qui introduit un parfum d'effets spéciaux bon marché, vite dissipé quand le lecteur prend conscience de la présence de crochets de boucher. Cette façon de dessiner confère également une force de conviction déconcertante aux hallucinations provoquées par la drogue LD50. Warren Ellis propose un récit intense et viscéral dans lequel le personnage principal a les nerfs à fleur de peau. C'est brutal et obsessionnel avec une dose de psychotrope. C'est intense, et pas forcément très profond, c'est efficace comme une nouvelle rapide qui va directement à l'essentiel. Comme pour les théories de Whitley Strieber dans Atmospherics , le lecteur a l'impression qu'Ellis se sert de l'idée de McKenna, comme d'une hypothèse farfelue juste bonne à donner lieu à un divertissement brutal. Il ne faut donc pas s'attendre à une analyse psychologique fouillée du personnage principal. Par contre, le lecteur aura le plaisir d'être surpris par plusieurs retournements de situation, ainsi qu'une attitude butée de Christchurch qui ne faiblit pas du début jusqu'à la fin. Warren Ellis ne développe pas d'idée révolutionnaire, mais il construit un suspense très prenant, avec des dialogues bien dosés, et en laissant (comme à son habitude) de la place pour des séquences visuelles quasi muettes qui permettent au lecteur de se plonger dans l'atmosphère développée par les dessins. Cette première collaboration entre Ellis et Burrows s'avère très réussie, avec un récit tendu invitant à suivre un individu sur de son bon droit, pour qui la réalité se dérobe par moment, dans des visuels bien conçus, à défaut d'être sophistiqués.
Carcajou
Un chouette western. Un album sur ma pile à lire depuis plusieurs semaines, j'ai profité de ce dimanche ensoleillé pour m'y plonger. Le Canada, 1895, la petite ville de Sinnergulch s'apprête à vivre une révolution, celle de l'or noir. Une révolution qui va mettre à mal cette bourgade. Le carcajou, également connu sous le nom de glouton ou de wolverine en anglais, est un animal redoutable, solitaire et farouche, des traits de caractère que le sang-mêlé Gus Carcajou, il est à moitié Nakoda, est pourvu aussi. D'autres personnages possèdent aussi des traits de caractère de l'animal figurant dans leur nom de famille : le rusé homme d'affaires Jay Foxton, la force et la puissance pour le shérif Linus Kodiak et la vivacité et l'indépendance pour Linda Squirrel, la responsable du cabaret. Ils jouent parfaitement leur rôle. Eldiablo propose un récit dur, violent et très bien construit auquel il glisse avec modération quelques passages proches du burlesque, un ensemble qui fonctionne à merveille. Une lecture que je n'ai pu lâcher avant la dernière planche, surtout ne pas la regarder pour ne pas gâcher la conclusion de ce récit captivant. C'est la partie graphique qui a repoussé ma lecture, pas le genre qui me met des étoiles dans les yeux de prime à bord. Je dois avouer qu'à force de tourner les pages, je lui ai trouvé des qualités. Des personnages qui ont des gueules reconnaissables au premier regard, un coup de crayon gras, expressif avec beaucoup de charme. Les couleurs sont très belles, une petite partie en noir et blanc pour plonger dans le passé de nos personnages. Une mise en scène réussie. De l'excellent travail. Un très bon western que je recommande. Coup de cœur. "La terre ne t'appartient pas, tu le sais. C'est nous qui lui appartenons."
Les Petites Reines
Oh, c'est génial comme BD ça ! Une BD inspirante pour des jeunes filles qui sont victimes de harcèlement sur leur physique, inspirant et surtout riches en sujet pour des jeunes qui la liront ! C'est avant tout le récit de trois jeunes femmes qui sont élues "boudin de l'année" par un type au collège qui est clairement décrit comme un connard, et qui décident de voyager jusqu'à Paris, chacune pour une autre raison. Si le début du récit est bien fait et que le début du trajet m'a intéressé de loin, bien vite j'ai été plus pris au jeu que je ne pensais parce que les autrices ont décidées de mettre en scène divers sujets qui sont d'actualités, liés à ce voyage et plutôt pertinent. En vrac, j'ai trouvé la question du féminisme, l'apprentissage de la philo, la mise en perspective d'internet et de la vraie vie (vraiment bien retranscrit) et surtout un apprentissage de la maturité, les jeunes filles découvrant que leurs belles idées de ce qu'il se passerait une fois arrivé peut être mis à mal face à la réalité. Les gens ne se comportent pas tous comme on s'y attendait, et c'est tant mieux. Parce qu'avec la distance et la méconnaissance, on peut être amené à faire des choses qu'on regrettera ensuite ! Et internet est un bon exemple de ce que les gens peuvent devenir lorsqu'il n'y a plus de conséquences directes. Le tout est servi par le dessin mignon et coloré de Magali Le Huche que je ne connais pas du tout mais qui me plait bien. Il y a ce qu'il faut de texte et de dessin pour toujours avoir une lecture fluide, malgré la quantité de pages. Le travail d'adaptation est remarquable, je n'ai pas du tout senti le poids de l’œuvre originale ! Il y a bien quelques petits défauts de ci, de là : l'adolescente qui tombe amoureuse du gars de 26 ans, je comprends, mais la réciproque, on attendra, hein ? Pareil sur Mireille qui sort parfois des tirades que je trouve très matures pour une fille au collège. Mais bon, c'est parce que sa mère est prof de philo, on va dire qu'elle l'a bien éduquée ! De la même façon, il n'y a pas vraiment le poids de la route à vélo qui est retranscrit, et pour avoir fait des vacances à vélo je peux vous dire que la caravane tirée si facilement par des collégiennes, j'y crois franchement moyen. Mais ces défauts sont imputables à un récit jeunesse qui ne s'embarrasse parfois pas du réalisme pour pouvoir présenter son récit, qui lui est excellent. Le message est louable, l'intention parfaitement exécutée, les considérations tombent juste et le final est tout à fait satisfaisant. Dans un monde où la violence d'internet déborde bien trop dans les vies de tout le monde, chaque jour, il est plaisant de lire une BD ramener un peu tout ça dans le monde réel et montrer que, motivée, des jeunes femmes peuvent briser les clichés. Honnêtement, je ne m'attendais pas à aimer autant, mais j'en suis ravi !