Sans entrave
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il regroupe les différents chapitres de Iron Devil, ainsi qu'un épilogue intitulé Busted in Oklahoma, tous écrits, dessinés et encrés par Frank Thorne (1930-2021) qui a également appliqué des nuances d'ocre, pour une forme de bichromie. La première édition de ces pages date de 1994/1995. Le présent recueil commence par une introduction de Ryder Windham évoquant les recueils des histoires de Thorne publiés par Eros Comix, la branche coquine de l'éditeur Fantagraphics, ainsi que la volonté de l'auteur de réaliser une histoire vraiment pornographique. Il contient également un texte d'une page écrit par Thorne contextualisant la réalisation de l'épilogue, à la suite d'une saisie de comics dans un libraire spécialisé de l'Oklahoma. Il se termine avec une présentation des héroïnes de l'auteur, à raison d'une par page : Red Sonja, Ghita of Alizarr, Lann, Ribit.
La déesse s'avance vers son auditoire invisible, nue sous son immense manteau de plumes et d'écailles. Elle semble surprise que son interlocuteur la connaisse. Elle se plaint du nombre important de déités dans le royaume de l'oubli. L'autre lui rend hommage, et lui demande si en contrepartie de cette politesse, il pourrait voir ses célèbres seins. Elle indique qu'ils sont toujours magnifiques et elle se tourne pour accéder à la demande. Elle ajoute que seules deux filles d'Éros ont bénéficié d'une telle paire Fey Brith, une nouvelle fille dans la maison close Iron Devil dans une lointaine antiquité, et Tristi Joie, une débutante dans la meilleure maison close de l'ouest de Manhattan. En ce qui concerne la première, sa mère ou une grand-mère vient la vendre à la ville, au temple de Pharos. Fey se trouve nue devant les personnes assemblées qui commencent à la toucher, à soupeser ses seins, la tenancière souhaitant savoir à quel prix elle peut acheter cette vierge. La vieille répond de manière poétique et mystique ce qui met la puce à l'oreille à l'acheteuse. Pendant ce temps-là, les autres en profitent, se faisant sucer, ou l'enfilant. Finalement l'affaire est conclue.
À Manhattan, la tenancière présente la maison à Tristi Joie, ses pensionnaires, la statue achetée dans un bazar, d'un satyre doté d'un énorme sexe. Elle continue : Prof veut voir la nouvelle venue d'Akron. Dans la chambre numéro six, le professeur d'histoire antique est couché dans un cercueil et il a déj une énorme érection. Tristi ne perd pas de temps pour s'occuper de lui, en le rejoignant dans le cercueil. Il remarque tout de suite sa paire de seins, ainsi que l'amulette qu'elle porte autour du cou, avec le symbole d'un ancien culte pharaonique de la mort. Elle le chevauche sans trop prêter d'attention à ses propos. Un prêtre du temple est convoqué à l'établissement Iron Devil pour administrer la bénédiction inaugurale à Brith. La cérémonie commence sur une note équivoque. Le prêtre n'arrête pas d'éternuer. Le nain qui l'assiste comprend rapidement que c'est le parfum qu'utilise Fey pour sa toison qui provoque cette réaction allergique. Il la nettoie en conséquence. La cérémonie peut reprendre, mais Fey semble refuser de répéter les paroles du rite. Le nain explique au prêtre qu'elle est sourde. Il continue, et agenouillée nue devant lui, elle réalise une fellation avec un doigté extraordinaire.
L'introduction ne plaisante pas quand elle établit qu'il s'agit d'un ouvrage pornographique : ça fornique à tour de bras, avec un répit réduit au strict minimum pour assurer la transition d'une scène à l'autre, qu'il s'agisse du fil narratif dans l'antiquité, ou de celui dans les années 1990. Frank Thorne ne fait pas les choses à moitié. Tout commence avec la magnifique poitrine dénudée de la déesse, et dès la page trois Fey se fait enfiler avec un dessin explicite pas encore un gros plan, alors que dans la case en vis-à-vis Tristi réalise une fellation goulue en plan rapproché. Le lecteur tourne la page et il peut la voir se faire tripoter, puis pénétrer par derrière, alors qu'elle réalise une autre fellation. Le nain y va avec plusieurs doigts pour explorer sa cavité et en enlever le parfum. Les pratiques se diversifient : double pénétration, sodomie, intromission d'objets, zoophilie dès la page 22, urologie en page 31, sexe masculin surdimensionné, sexe en groupe, accouplement avec un centaure, etc. Il semble que seule la nécrophilie ne soit pas de la partie. Tous ces accouplements et pénétrations diverses se concentrent sur les deux héroïnes qui s'avèrent capables de tout accepter avec un consentement tacite jamais démenti. Même s'il n'est pas bégueule, le lecteur perçoit cette accumulation de relations comme une jouissance sans entrave, sans limite, avec une volonté de débauche physique sans frein.
À l'opposé de la pudibonderie régnant en maître dans les les comics américains, où il est possible de montrer les pires blessures ouvertes, les pires sévices sadiques, mais pas un téton, le créateur représente frontalement tous les actes décrits. Il a bien sûr recours à une exagération relevant des conventions du genre pornographique : femmes toujours prêtes et consentantes avec une plastique plutôt callipyge que filiforme, hommes avec des sexes énormes et des érections à toute épreuve, toison savamment taillée pour les uns comme pour les autres. Il utilise des gros plans sur le sexe féminin, comme sur le sexe masculin, et sur les pénétrations : il s'agit bien d'un registre pornographique assumé. Il y a de temps à autre un relent de douleur, de masochisme, par exemple avec le sexe énorme du centaure, et d'acte contre nature, avec l'urologie. Pour autant, ces séquences n'ont pas pour enjeu d'avilir la partenaire féminine, de la soumettre, ou de l'humilier. Celle-ci, Fey comme Tristi, est toujours partante, toujours en train de prendre du plaisir, et satisfaite par les sensations, sans pour autant manifester de signe de jouissance ou de climax. L'homme prend son plaisir, sans pour autant être à la hauteur, sans parvenir à combler sa partenaire qui elle est très active, mais ne prenant l'initiative qu'exceptionnellement.
Une fois qu'il s'est accoutumé aux caractéristiques narratives très prononcées, le lecteur peut faire l'effort nécessaire pour se concentrer sur l'intrigue. Celle-ci est étrange : elle permet à l'auteur de passer d'une scène de rapport sexuel à la suivante, tout en développant un enjeu qui apparaît dans la deuxième partie de cette histoire, intitulée Devil's angel, mais constituant en fait la suite directe sans solution de continuité avec la première, le passage de l'une à l'autre n'étant même pas indiqué dans la présente édition. C'est étrange d'avoir conscience de l'enfilade de scènes cochonnes, et en même temps d'une trame ténue en filigrane, pas uniquement prétexte à se faire succéder les actes sexuels, mais pas assez solide pour devenir une histoire consistante. De fait, le lecteur venu pour se rincer l'œil en a pour son argent en mises en scène inventives et en parties de jambes en l'air, tout en ressentant une forme de décalage, presque un malaise. Il n'y a pas de sentiment, pas d'émotion, même pas de la lubricité, plutôt une acceptation débarrassée de toute hypocrisie du plaisir de la chair. Puis, tous et toutes aiment ça, le font avec envie et plaisir, avec souvent le sourire, mais pas forcément avec contentement. L'auteur montre l'acte sexuel comme allant de soi dans toutes ses formes (ou presque), et toute forme de répression, de normalisation vers un conformisme ou même d'absence de participation comme étant suspect. C'est une ode à la diversité des pratiques, et une condamnation de toute intervention, quelle que soit sa forme, qui aurait pour but d'empêcher de jouir sans entrave, de restreindre le degré de liberté dans cette activité.
Dans l'introduction, Windham explique que les numéros de Iron Angel ont été saisis dans une librairie spécialisée de comics, et ont servi de prétexte pour mettre en accusation son propriétaire. En réaction, le fond de défense pour les comics lui est venu en aide, et Frank Thorne a réalisé les 26 pages de Busted in Oklahoma, qui constitue une satire de la répression sur les pratiques sexuelles. Par rapport au récit principal, il introduit l'exagération comique, l'outrance de comportements de la brigade des bonnes mœurs, et il se lâche tout autant sur les pratiques sexuelles. Celle-ci est caricaturée sous la forme d'une petite troupe de frustrés arborant un insigne qui fait penser à une croix gammée et au régime du troisième Reich, se déplaçant en tank jusqu'au lieu du spectacle incriminé. Ils observent alors une joyeuse troupe dans une représentation salée et pornographique, comprenant un individu habillé en sorcier, ressemblant à Thorne lui-même, un diable doté d'un sexe de plus d'un mètre de long, une demoiselle aux allures de fillettes de dix ans, et bien sûr les héroïnes de l'auteur toutes aussi chaudes et participatives. Parmi les spectateurs se trouvent un duo peu commun : Oscar Wilde (1854-1900) et Aubrey Beardsley (1872-1898). La farce est énorme, mais en même temps ravageuse contre les censeurs, et à nouveau une ode à la liberté des mœurs, sans contrainte, pour les adultes. La charge est sans nuance, l'humour est en dessous de la ceinture ridiculisant à outrance les prudes et les coincés, en restant dans le genre pornographique. Quelles que soient les convictions du lecteur, il ne lui est pas possible de résister à la verve de l'auteur, à sa bonne humeur, à sa force vitale, à son ode à la liberté d'expression.
Ce recueil ne peut pas être au goût de tout le monde, et pas simplement du fait de son caractère pornographique débridé. On peut ne pas aimer l'aspect des dessins : traits de contour fins et secs, et aplats de noir arrondis et esthétiques, décors allant de détaillés à inexistants. On peut ne pas aimer la représentation de la femme en personne toujours prête et consentante pour le plaisir masculin, comme on peut aussi ne pas aimer tous ces individus de sexe mâle focalisés sur l'assouvissement de leur pulsion sexuelle par l'éjaculation. Il est aussi possible de voir ce conte pour adulte comme une métaphore de l'exigence de liberté et le refus de toute forme de restriction des libertés de l'individu, une exigence qui ne souffre pas le compromis. De ce point de vue, c'est une grande réussite mettant en scène l'intransigeance absolue de Frank Thorme concernant sa liberté individuelle.
J’ai moi aussi beaucoup été marqué par le roman de Cormack McCarthy, mais aussi par le film sorti en 2009. J’étais donc impatient de découvrir cette adaptation de Manu Larcenet, dont j’avais adoré Le Rapport de Brodeck, une autre BD basée sur un roman. Et je ressors satisfait de ma lecture.
On retrouve les moments clés de l’histoire : les rencontres avec les gangs cannibales, la découverte de la cache remplie de provisions, le monsieur qui vole le chariot. L’adaptation est réussie, et mon avis se rapproche beaucoup de mon avis sur Le Rapport de Brodeck : la narration est légère et souvent contemplative, les dialogues se font discrets, et à ce titre l’auteur évite les lourdeurs parfois associées à ce genre d’exercice un peu casse gueule.
Après, pour le bénéfice de celles et ceux qui ne connaissent pas l’œuvre originale (voir l’avis de Jeannette), il faut quand même signaler la noirceur absolue du récit, qui ne laisse aucune place à l’espoir. Si vous lisez pour vous divertir, rêver, vous évader, alors « La route » risque de vous déprimer. J’ai personnellement attendu le « bon » moment pour la lire.
Un grand bravo à l’auteur.
Welcome to Hope est un peu à la BD ce qu'est un Snatch ou un Pulp fiction au 9ème art : un univers déjanté et glauque ou se croisent des personnages tarantinesques sans foi ni loi. Il n'y en a vraiment pas un ou une pour rattraper l'autre...
J'ai dévoré ainsi d'une seule traite ce triptyque dont l'histoire se déroule dans un trou perdu du Kansas et où les paris autour des combats de chiens sont les seuls événements qui égaient la triste vie des péquenauds du coin. L'espoir promis ici par la ville de Hope, bien qu'hypothétique, résonne ici surtout dans l'histoire des personnages jalonnant la série : un joueur de poker qui a tout perdu suite à une partie de jambes en l'air avec la femme d'un de ses compagnons de table, un mécano secrètement épris d'une belle blonde ou encore une serveuse qui ne rêve que de quitter cette ville de paysans. Bien que l'histoire soit très fluide et entremêle habilement les arcs narratifs de chaque personnage, j'ai tout de même été un peu déçu par la fin qui, si elle reste surprenante et m'a décroché un sourire, s'avère trop brutale à mon goût.
Au niveau du dessin, malgré quelques proportions de visages et de personnages qui parfois m'ont dérangé, cela reste assez classique et agréable à l’œil. Rien d'exceptionnel ou de très original de la part des auteurs toutefois hormis peut-être ces très belles couvertures jouant parfaitement entre ombres et lumière.
Une belle découverte (grâce aux bonnes note de Bdthèque :)).
Originalité - Histoire : 8/10
Dessin - Mise en couleurs : 7/10
NOTE GLOBALE : 15/20
Si Cuvelier est essentiellement connu pour la série Corentin ou pour Epoxy, sa carrière ne s’est pas limitée à cela. Flamme d’Argent met en scène une sorte de Robin des Bois au 11e siècle qui été entre la France, l’Espagne et la terre sainte. La particularité des histoires est qu’elles ne comptent que 30 planches mais l’habileté de Greg fait que la lecture de s’en ressent pas et que l’on ne se dit pas qu’il aurait fallu atteindre les fameuses 46 planches de l’époque. Le dessin réaliste de Cuvelier est toujours superbe, bien moins figé que celui d’un Jacques Martin par exemple. Voilà une série d’aventure de facture très classique comme on pouvait les lire dans le journal Tintin des années 60. Malheureusement la série s’est arrêtée nette au bout de trois histoires et c’est bien dommage car ces aventures ont somme toute bien vieilli.
J'ai bien aimé la lecture de ce diptyque. C'est une lecture détente qui se lit très facilement et vite. Pourtant Galandon aborde d'une façon assez fine plusieurs thématiques sensibles.
A partir de l'épisode peu glorieux des femmes tondues à la libération l'auteur nous conduit sur les pas de Gabriel enfant adultérin issue de relations "coupables" franco-allemandes. J'ai trouvé le scénario qui envoie le pauvre Gabriel de Charyb en Scylla dans la découverte du père intelligemment construit.
Evidemment on se doute assez vite de l'issue de sa quête mais j'ai trouvé l'intérêt du récit ailleurs. Certains passages me rappellent l'esprit de Seules à Berlin avec le sujet du viol ou de la culpabilité assumée d'une relation avec un "monstre". C'est traité de façon bien plus légère et superficielle mais j'ai bien aimé ces passages.
Le graphisme de Monin est plaisant dans un style semi réaliste dynamique et expressif.
Le final en happy end est assez convenu mais cela n'a pas gâché mon plaisir de lecture.
J'ai beaucoup apprécié la lecture des sept albums de Marzena Sowa. Avec Petit pays c'est la série des souvenirs d'enfance dans des situations politiques dramatiques que j'ai préféré.
En effet Marzena trouve un équilibre crédible entre des épisodes (plutôt heureux) de sa vie petite fille unique dans sa ville ouvrière. Entre ses jeux d'enfants dans sa cage d'escalier, ses séjours à la campagne, son école et ses relations avec ses parents, Sowa nous livre un récit intime d'une jeunesse insouciante pas très éloignée de certains quartiers banlieusards de mon enfance.
Mais au fil des six premiers épisodes la situation politique de la Pologne envahit de plus en plus l'espace du récit. A ce moment je trouve que la série quitte le rayon jeunesse pour un public bien plus averti.
C'est d'autant plus vrai que la narration off est souvent assez lourde et de plus en plus technique et fine sur la position des ouvriers polonais sur Solidarnosc. J 'ai vécu de France cette décennie qui a transformé le monde pour aboutir à la chute du mur et j'ai trouvé très intéressant cette vue intérieure à hauteur d'enfant (Marzena) et à hauteur de simple ouvrier (son père).
Le tome 6 ne cache pas une certaine désillusion dans la période de transition du début des années 90 malgré les fonds très importants envoyés en Pologne. Marzena introduit une réflexion sur la liberté et son apprentissage qui donne de la profondeur à son expérience.
Le tome 7 s'affranchit de la voix off pour donner une histoire d'ados plus légère qui laisse le passé pour s'orienter vers de nouveaux horizons.
Je m'autorise une remarque sur la qualité de la langue utilisée par une autrice qui n'avait aucun lien avec le français né dans un milieu populaire peu ou pas littéraire. A ce propos la transcription de son premier devoir de français dans sa belle écriture ronde est un vrai régal.
Le graphisme de Savoia évolue au fil de la série avec la personnalité de Marzi. Assez jeunesse au tome 1 le trait est nettement plus ferme et dynamique à la fin de la série. Toutefois dès le début Savoia a su crée une ambiance pleine de soleil avec sa Marzi aux grands yeux bleus pleins de curiosité et avides de vérité et de liberté.
Toutes mes amies polonaises qui ont vécu cette période raffolent de cette série dans laquelle elles se retrouvent pleinement.
Une très belle lecture malgré une narration off parfois un peu lourde et une structure en histoires courtes un peu discontinues.
Une belle plume pour raconter l'Amérique pré-industrielle, ou en voie de le devenir, devrais-je dire. C'est ce qui m'a sauté aux yeux lors de ma lecture : la beauté des planches et la qualité mise dans les paysages. Comme d'autres BD avant elles, on y retrouve la grandeur des espaces vides d'humains de l'Amérique, que Tocqueville appellera ironiquement un désert.
Comme beaucoup de monde, à en lire les avis, Tocqueville m'est relativement inconnu autant dans ses écrits que dans son propos, même si je sais que son fameux ouvrage "De la démocratie en Amérique" a eut une influence considérable sur les penseurs libéraux et surtout de l'autre côté de l'Atlantique. Bref, tout ça pour dire que cette BD a été une porte d'entrée vers l'auteur et son œuvre, je ne suis donc pas apte à juger de la pertinence du propos ou de la retranscription (même s'il semble bien que l'auteur ai collé au plus près du texte).
Et franchement, c'est à la fois bien retranscrit et assez édifiant sur la "civilisation" qui arrive avec ses sabots massifs dans les forêts du nord de l'Amérique. Même si tout au long du récit on sent que Tocqueville est du côté du "progrès", il n'en reste pas moins assez attristé de la disparition des amérindiens et leurs cultures, tout en se posant des questions bien légitimes sur l'homme blanc. C'est assez net que Tocqueville croit en un futur que lui inspire la mécanisation et l'industrialisation, de même qu'il n'est pas dans une vénération de la nature ou des autochtones. Son avis est peut-être plus proche de ce bon sauvage qu'on aimait imaginer à l'époque, mais avec quelques pointes de réalisme qui viennent souligner surtout le fossé entre deux mondes qui se télescopent, l'un écrasant l'autre.
La BD alterne des paysages magnifiquement retranscrit et des pensées diverses de Tocqueville, des pensées de touriste voyageant dans un monde voué à disparaitre et qui en est bien conscient. En la lisant, je me demandais ce que Tocqueville aurait pensé du monde industriel qui est né par la suite, donnant lieu à beaucoup d'horreurs jusqu'à un changement climatique global ...
Une BD qui m'a donné envie de découvrir un peu plus l'auteur, la période et surtout qui pose des questions sur la naissance des idéaux qui ont conduit le monde jusqu'à notre point. Une belle façon de mettre la pensée en perspective !
Merci Josq, un gros coup de cœur pour moi également. La colorisation est splendide et je retiendrai en particulier chaque conversation, toutes finement amenées. Aucune ne nous ennuie, aucune n'est sans intérêt. Tout est millimétré pour apporter cette fameuse douceur qui crée une véritable poésie dans une histoire d'aventure captivante.
Le dessin est très réussi, j'adore. Les visages sont particuliers, permettant de déceler la nature profonde de chaque personnage, même ceux qui sont les plus difformes ont un brin de lumière dans le regard. Vraiment, le dessin m'a séduit : les décors, l'époque, les lieux où se déroule chaque partie de l'histoire, le regard du personnage principal, simple mais tendre...
Gros coup de cœur, je ne donne pas la note maximale à cause de la facilité du scénario. Bien qu'il m'ait paru très original dans la plus grande partie de l'histoire, j'ai été un peu moins convaincu par la dernière partie. Plus je m'approchais de la fin, plus je sentais que tout allait s'accélérer, et souvent, dans ces cas-là, la qualité de l'histoire perd un peu de sa saveur vers la fin. Je dis bien -un peu-, car la qualité scénaristique reste excellente, tout est parfaitement maîtrisé et en adéquation avec le ton de l'histoire. C'est plus par rapport à mes attentes que j'ai ressenti une baisse. Un peu trop rapide et facile à mon goût. Malgré ça, j'ai tout de même passé un agréable moment sur cette dernière partie et j'ai fini cette BD avec grand plaisir.
Dommage que ce genre de pépite ne dure pas plus !
C'est joli et triste, un peu forçant sur le tire-larme mais sans jamais tomber dans le pathos, ce que j'apprécie beaucoup !
C'est le genre de BD sur laquelle je n'ai pas grand chose à dire, parce qu'elle mérite simplement d'être lue. Le dessin est très joli et me donne envie d'aller lire les autres BD de Mazel. C'est doux à l’œil mais en plus les représentations des montagnes est aussi franchement bonne et font vivre le Mont-Blanc.
L'histoire est triste mais très jolie, une petite histoire d'amour et une histoire de conquête des sommets, avec en filigrane quelques petites notes sur le féminisme émergent, les classes sociales, la famille ... Rien n'est particulièrement développé, c'est juste une toile de fond pour raconter l'histoire d'amour, mais je trouve que ça fait plus crédible et que ça ancre le récit dans son époque.
Franchement agréable, je recommande la lecture sans trop d'attente, ça fait plaisir !
Je découvre à rebours l’œuvre de Pignocchi, puisque j’ai lu ses deux autres séries avant cet album, pourtant premier paru. Du coup mon regard en est sans doute biaisé, et c’est peut-être pourquoi j’ai à certains moments ressenti une attente déçue. Car il n’y a pas ici le côté fortement « engagé » très présent dans La Recomposition des mondes ou Petit traité d'écologie sauvage, ni l’humour – du moins le même type d’humour ironique et pince sans rire parfois – qui innerve le Petit traité (qui est une sorte d'inverse d'Anent, puisque ce sont des Amérindiens qui observent et jugent les "Occidentaux" !).
Mais j’ai mieux compris le Petit traité en découvrant cet « Anent », et je cerne bien mieux cet auteur, franchement original et une personne très fine.
Ici, il se lance à la découverte des Jivaros (on est souvent presque plus proche du documentaire que du pur roman graphique). Ou plutôt à la redécouverte. En effet, il a été marqué par la lecture du récit d’un ethnologue, Philippe Descola, qui a vécu chez eux il y a une cinquantaine d’années, et qui en a fait un récit qui sert de « guide » à Pignocchi, qui le cite abondamment – surtout dans la première partie de l’album.
Et du coup cet album révèle plusieurs degrés de lecture. D’abord un côté un peu ethnologique. Mais aussi un aspect historique indéniable, tant la société des Jivaros a été bouleversée par la rencontre avec le « monde moderne », voire l’évangélisation – partielle ! De fait, Pignocchi est très souvent surpris de ne pas retrouver ce qu’il a lu dans le livre de Descola. Ces « surprises » sont souvent source d’humour (il y en a donc, mais pas le même que sur le Traité d’écologie) et sont à la fois source de dynamisme pour le récit, et source d’information pour ceux qui s’intéressent à ces « peuples premiers ».
Une lecture d’autant plus intéressante que le dessin de Pignocchi – qui use de styles différents selon qu’il s’inspire du récit de Descola ou que c’est son expérience qui est illustrée – est vraiment bon, et souvent beau.
Note réelle 3,5/5.
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Iron Devil
Sans entrave - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il regroupe les différents chapitres de Iron Devil, ainsi qu'un épilogue intitulé Busted in Oklahoma, tous écrits, dessinés et encrés par Frank Thorne (1930-2021) qui a également appliqué des nuances d'ocre, pour une forme de bichromie. La première édition de ces pages date de 1994/1995. Le présent recueil commence par une introduction de Ryder Windham évoquant les recueils des histoires de Thorne publiés par Eros Comix, la branche coquine de l'éditeur Fantagraphics, ainsi que la volonté de l'auteur de réaliser une histoire vraiment pornographique. Il contient également un texte d'une page écrit par Thorne contextualisant la réalisation de l'épilogue, à la suite d'une saisie de comics dans un libraire spécialisé de l'Oklahoma. Il se termine avec une présentation des héroïnes de l'auteur, à raison d'une par page : Red Sonja, Ghita of Alizarr, Lann, Ribit. La déesse s'avance vers son auditoire invisible, nue sous son immense manteau de plumes et d'écailles. Elle semble surprise que son interlocuteur la connaisse. Elle se plaint du nombre important de déités dans le royaume de l'oubli. L'autre lui rend hommage, et lui demande si en contrepartie de cette politesse, il pourrait voir ses célèbres seins. Elle indique qu'ils sont toujours magnifiques et elle se tourne pour accéder à la demande. Elle ajoute que seules deux filles d'Éros ont bénéficié d'une telle paire Fey Brith, une nouvelle fille dans la maison close Iron Devil dans une lointaine antiquité, et Tristi Joie, une débutante dans la meilleure maison close de l'ouest de Manhattan. En ce qui concerne la première, sa mère ou une grand-mère vient la vendre à la ville, au temple de Pharos. Fey se trouve nue devant les personnes assemblées qui commencent à la toucher, à soupeser ses seins, la tenancière souhaitant savoir à quel prix elle peut acheter cette vierge. La vieille répond de manière poétique et mystique ce qui met la puce à l'oreille à l'acheteuse. Pendant ce temps-là, les autres en profitent, se faisant sucer, ou l'enfilant. Finalement l'affaire est conclue. À Manhattan, la tenancière présente la maison à Tristi Joie, ses pensionnaires, la statue achetée dans un bazar, d'un satyre doté d'un énorme sexe. Elle continue : Prof veut voir la nouvelle venue d'Akron. Dans la chambre numéro six, le professeur d'histoire antique est couché dans un cercueil et il a déj une énorme érection. Tristi ne perd pas de temps pour s'occuper de lui, en le rejoignant dans le cercueil. Il remarque tout de suite sa paire de seins, ainsi que l'amulette qu'elle porte autour du cou, avec le symbole d'un ancien culte pharaonique de la mort. Elle le chevauche sans trop prêter d'attention à ses propos. Un prêtre du temple est convoqué à l'établissement Iron Devil pour administrer la bénédiction inaugurale à Brith. La cérémonie commence sur une note équivoque. Le prêtre n'arrête pas d'éternuer. Le nain qui l'assiste comprend rapidement que c'est le parfum qu'utilise Fey pour sa toison qui provoque cette réaction allergique. Il la nettoie en conséquence. La cérémonie peut reprendre, mais Fey semble refuser de répéter les paroles du rite. Le nain explique au prêtre qu'elle est sourde. Il continue, et agenouillée nue devant lui, elle réalise une fellation avec un doigté extraordinaire. L'introduction ne plaisante pas quand elle établit qu'il s'agit d'un ouvrage pornographique : ça fornique à tour de bras, avec un répit réduit au strict minimum pour assurer la transition d'une scène à l'autre, qu'il s'agisse du fil narratif dans l'antiquité, ou de celui dans les années 1990. Frank Thorne ne fait pas les choses à moitié. Tout commence avec la magnifique poitrine dénudée de la déesse, et dès la page trois Fey se fait enfiler avec un dessin explicite pas encore un gros plan, alors que dans la case en vis-à-vis Tristi réalise une fellation goulue en plan rapproché. Le lecteur tourne la page et il peut la voir se faire tripoter, puis pénétrer par derrière, alors qu'elle réalise une autre fellation. Le nain y va avec plusieurs doigts pour explorer sa cavité et en enlever le parfum. Les pratiques se diversifient : double pénétration, sodomie, intromission d'objets, zoophilie dès la page 22, urologie en page 31, sexe masculin surdimensionné, sexe en groupe, accouplement avec un centaure, etc. Il semble que seule la nécrophilie ne soit pas de la partie. Tous ces accouplements et pénétrations diverses se concentrent sur les deux héroïnes qui s'avèrent capables de tout accepter avec un consentement tacite jamais démenti. Même s'il n'est pas bégueule, le lecteur perçoit cette accumulation de relations comme une jouissance sans entrave, sans limite, avec une volonté de débauche physique sans frein. À l'opposé de la pudibonderie régnant en maître dans les les comics américains, où il est possible de montrer les pires blessures ouvertes, les pires sévices sadiques, mais pas un téton, le créateur représente frontalement tous les actes décrits. Il a bien sûr recours à une exagération relevant des conventions du genre pornographique : femmes toujours prêtes et consentantes avec une plastique plutôt callipyge que filiforme, hommes avec des sexes énormes et des érections à toute épreuve, toison savamment taillée pour les uns comme pour les autres. Il utilise des gros plans sur le sexe féminin, comme sur le sexe masculin, et sur les pénétrations : il s'agit bien d'un registre pornographique assumé. Il y a de temps à autre un relent de douleur, de masochisme, par exemple avec le sexe énorme du centaure, et d'acte contre nature, avec l'urologie. Pour autant, ces séquences n'ont pas pour enjeu d'avilir la partenaire féminine, de la soumettre, ou de l'humilier. Celle-ci, Fey comme Tristi, est toujours partante, toujours en train de prendre du plaisir, et satisfaite par les sensations, sans pour autant manifester de signe de jouissance ou de climax. L'homme prend son plaisir, sans pour autant être à la hauteur, sans parvenir à combler sa partenaire qui elle est très active, mais ne prenant l'initiative qu'exceptionnellement. Une fois qu'il s'est accoutumé aux caractéristiques narratives très prononcées, le lecteur peut faire l'effort nécessaire pour se concentrer sur l'intrigue. Celle-ci est étrange : elle permet à l'auteur de passer d'une scène de rapport sexuel à la suivante, tout en développant un enjeu qui apparaît dans la deuxième partie de cette histoire, intitulée Devil's angel, mais constituant en fait la suite directe sans solution de continuité avec la première, le passage de l'une à l'autre n'étant même pas indiqué dans la présente édition. C'est étrange d'avoir conscience de l'enfilade de scènes cochonnes, et en même temps d'une trame ténue en filigrane, pas uniquement prétexte à se faire succéder les actes sexuels, mais pas assez solide pour devenir une histoire consistante. De fait, le lecteur venu pour se rincer l'œil en a pour son argent en mises en scène inventives et en parties de jambes en l'air, tout en ressentant une forme de décalage, presque un malaise. Il n'y a pas de sentiment, pas d'émotion, même pas de la lubricité, plutôt une acceptation débarrassée de toute hypocrisie du plaisir de la chair. Puis, tous et toutes aiment ça, le font avec envie et plaisir, avec souvent le sourire, mais pas forcément avec contentement. L'auteur montre l'acte sexuel comme allant de soi dans toutes ses formes (ou presque), et toute forme de répression, de normalisation vers un conformisme ou même d'absence de participation comme étant suspect. C'est une ode à la diversité des pratiques, et une condamnation de toute intervention, quelle que soit sa forme, qui aurait pour but d'empêcher de jouir sans entrave, de restreindre le degré de liberté dans cette activité. Dans l'introduction, Windham explique que les numéros de Iron Angel ont été saisis dans une librairie spécialisée de comics, et ont servi de prétexte pour mettre en accusation son propriétaire. En réaction, le fond de défense pour les comics lui est venu en aide, et Frank Thorne a réalisé les 26 pages de Busted in Oklahoma, qui constitue une satire de la répression sur les pratiques sexuelles. Par rapport au récit principal, il introduit l'exagération comique, l'outrance de comportements de la brigade des bonnes mœurs, et il se lâche tout autant sur les pratiques sexuelles. Celle-ci est caricaturée sous la forme d'une petite troupe de frustrés arborant un insigne qui fait penser à une croix gammée et au régime du troisième Reich, se déplaçant en tank jusqu'au lieu du spectacle incriminé. Ils observent alors une joyeuse troupe dans une représentation salée et pornographique, comprenant un individu habillé en sorcier, ressemblant à Thorne lui-même, un diable doté d'un sexe de plus d'un mètre de long, une demoiselle aux allures de fillettes de dix ans, et bien sûr les héroïnes de l'auteur toutes aussi chaudes et participatives. Parmi les spectateurs se trouvent un duo peu commun : Oscar Wilde (1854-1900) et Aubrey Beardsley (1872-1898). La farce est énorme, mais en même temps ravageuse contre les censeurs, et à nouveau une ode à la liberté des mœurs, sans contrainte, pour les adultes. La charge est sans nuance, l'humour est en dessous de la ceinture ridiculisant à outrance les prudes et les coincés, en restant dans le genre pornographique. Quelles que soient les convictions du lecteur, il ne lui est pas possible de résister à la verve de l'auteur, à sa bonne humeur, à sa force vitale, à son ode à la liberté d'expression. Ce recueil ne peut pas être au goût de tout le monde, et pas simplement du fait de son caractère pornographique débridé. On peut ne pas aimer l'aspect des dessins : traits de contour fins et secs, et aplats de noir arrondis et esthétiques, décors allant de détaillés à inexistants. On peut ne pas aimer la représentation de la femme en personne toujours prête et consentante pour le plaisir masculin, comme on peut aussi ne pas aimer tous ces individus de sexe mâle focalisés sur l'assouvissement de leur pulsion sexuelle par l'éjaculation. Il est aussi possible de voir ce conte pour adulte comme une métaphore de l'exigence de liberté et le refus de toute forme de restriction des libertés de l'individu, une exigence qui ne souffre pas le compromis. De ce point de vue, c'est une grande réussite mettant en scène l'intransigeance absolue de Frank Thorme concernant sa liberté individuelle.
La Route
J’ai moi aussi beaucoup été marqué par le roman de Cormack McCarthy, mais aussi par le film sorti en 2009. J’étais donc impatient de découvrir cette adaptation de Manu Larcenet, dont j’avais adoré Le Rapport de Brodeck, une autre BD basée sur un roman. Et je ressors satisfait de ma lecture. On retrouve les moments clés de l’histoire : les rencontres avec les gangs cannibales, la découverte de la cache remplie de provisions, le monsieur qui vole le chariot. L’adaptation est réussie, et mon avis se rapproche beaucoup de mon avis sur Le Rapport de Brodeck : la narration est légère et souvent contemplative, les dialogues se font discrets, et à ce titre l’auteur évite les lourdeurs parfois associées à ce genre d’exercice un peu casse gueule. Après, pour le bénéfice de celles et ceux qui ne connaissent pas l’œuvre originale (voir l’avis de Jeannette), il faut quand même signaler la noirceur absolue du récit, qui ne laisse aucune place à l’espoir. Si vous lisez pour vous divertir, rêver, vous évader, alors « La route » risque de vous déprimer. J’ai personnellement attendu le « bon » moment pour la lire. Un grand bravo à l’auteur.
Welcome to Hope
Welcome to Hope est un peu à la BD ce qu'est un Snatch ou un Pulp fiction au 9ème art : un univers déjanté et glauque ou se croisent des personnages tarantinesques sans foi ni loi. Il n'y en a vraiment pas un ou une pour rattraper l'autre... J'ai dévoré ainsi d'une seule traite ce triptyque dont l'histoire se déroule dans un trou perdu du Kansas et où les paris autour des combats de chiens sont les seuls événements qui égaient la triste vie des péquenauds du coin. L'espoir promis ici par la ville de Hope, bien qu'hypothétique, résonne ici surtout dans l'histoire des personnages jalonnant la série : un joueur de poker qui a tout perdu suite à une partie de jambes en l'air avec la femme d'un de ses compagnons de table, un mécano secrètement épris d'une belle blonde ou encore une serveuse qui ne rêve que de quitter cette ville de paysans. Bien que l'histoire soit très fluide et entremêle habilement les arcs narratifs de chaque personnage, j'ai tout de même été un peu déçu par la fin qui, si elle reste surprenante et m'a décroché un sourire, s'avère trop brutale à mon goût. Au niveau du dessin, malgré quelques proportions de visages et de personnages qui parfois m'ont dérangé, cela reste assez classique et agréable à l’œil. Rien d'exceptionnel ou de très original de la part des auteurs toutefois hormis peut-être ces très belles couvertures jouant parfaitement entre ombres et lumière. Une belle découverte (grâce aux bonnes note de Bdthèque :)). Originalité - Histoire : 8/10 Dessin - Mise en couleurs : 7/10 NOTE GLOBALE : 15/20
Flamme d'Argent
Si Cuvelier est essentiellement connu pour la série Corentin ou pour Epoxy, sa carrière ne s’est pas limitée à cela. Flamme d’Argent met en scène une sorte de Robin des Bois au 11e siècle qui été entre la France, l’Espagne et la terre sainte. La particularité des histoires est qu’elles ne comptent que 30 planches mais l’habileté de Greg fait que la lecture de s’en ressent pas et que l’on ne se dit pas qu’il aurait fallu atteindre les fameuses 46 planches de l’époque. Le dessin réaliste de Cuvelier est toujours superbe, bien moins figé que celui d’un Jacques Martin par exemple. Voilà une série d’aventure de facture très classique comme on pouvait les lire dans le journal Tintin des années 60. Malheureusement la série s’est arrêtée nette au bout de trois histoires et c’est bien dommage car ces aventures ont somme toute bien vieilli.
L'Enfant maudit
J'ai bien aimé la lecture de ce diptyque. C'est une lecture détente qui se lit très facilement et vite. Pourtant Galandon aborde d'une façon assez fine plusieurs thématiques sensibles. A partir de l'épisode peu glorieux des femmes tondues à la libération l'auteur nous conduit sur les pas de Gabriel enfant adultérin issue de relations "coupables" franco-allemandes. J'ai trouvé le scénario qui envoie le pauvre Gabriel de Charyb en Scylla dans la découverte du père intelligemment construit. Evidemment on se doute assez vite de l'issue de sa quête mais j'ai trouvé l'intérêt du récit ailleurs. Certains passages me rappellent l'esprit de Seules à Berlin avec le sujet du viol ou de la culpabilité assumée d'une relation avec un "monstre". C'est traité de façon bien plus légère et superficielle mais j'ai bien aimé ces passages. Le graphisme de Monin est plaisant dans un style semi réaliste dynamique et expressif. Le final en happy end est assez convenu mais cela n'a pas gâché mon plaisir de lecture.
Marzi
J'ai beaucoup apprécié la lecture des sept albums de Marzena Sowa. Avec Petit pays c'est la série des souvenirs d'enfance dans des situations politiques dramatiques que j'ai préféré. En effet Marzena trouve un équilibre crédible entre des épisodes (plutôt heureux) de sa vie petite fille unique dans sa ville ouvrière. Entre ses jeux d'enfants dans sa cage d'escalier, ses séjours à la campagne, son école et ses relations avec ses parents, Sowa nous livre un récit intime d'une jeunesse insouciante pas très éloignée de certains quartiers banlieusards de mon enfance. Mais au fil des six premiers épisodes la situation politique de la Pologne envahit de plus en plus l'espace du récit. A ce moment je trouve que la série quitte le rayon jeunesse pour un public bien plus averti. C'est d'autant plus vrai que la narration off est souvent assez lourde et de plus en plus technique et fine sur la position des ouvriers polonais sur Solidarnosc. J 'ai vécu de France cette décennie qui a transformé le monde pour aboutir à la chute du mur et j'ai trouvé très intéressant cette vue intérieure à hauteur d'enfant (Marzena) et à hauteur de simple ouvrier (son père). Le tome 6 ne cache pas une certaine désillusion dans la période de transition du début des années 90 malgré les fonds très importants envoyés en Pologne. Marzena introduit une réflexion sur la liberté et son apprentissage qui donne de la profondeur à son expérience. Le tome 7 s'affranchit de la voix off pour donner une histoire d'ados plus légère qui laisse le passé pour s'orienter vers de nouveaux horizons. Je m'autorise une remarque sur la qualité de la langue utilisée par une autrice qui n'avait aucun lien avec le français né dans un milieu populaire peu ou pas littéraire. A ce propos la transcription de son premier devoir de français dans sa belle écriture ronde est un vrai régal. Le graphisme de Savoia évolue au fil de la série avec la personnalité de Marzi. Assez jeunesse au tome 1 le trait est nettement plus ferme et dynamique à la fin de la série. Toutefois dès le début Savoia a su crée une ambiance pleine de soleil avec sa Marzi aux grands yeux bleus pleins de curiosité et avides de vérité et de liberté. Toutes mes amies polonaises qui ont vécu cette période raffolent de cette série dans laquelle elles se retrouvent pleinement. Une très belle lecture malgré une narration off parfois un peu lourde et une structure en histoires courtes un peu discontinues.
Tocqueville - Vers un nouveau monde
Une belle plume pour raconter l'Amérique pré-industrielle, ou en voie de le devenir, devrais-je dire. C'est ce qui m'a sauté aux yeux lors de ma lecture : la beauté des planches et la qualité mise dans les paysages. Comme d'autres BD avant elles, on y retrouve la grandeur des espaces vides d'humains de l'Amérique, que Tocqueville appellera ironiquement un désert. Comme beaucoup de monde, à en lire les avis, Tocqueville m'est relativement inconnu autant dans ses écrits que dans son propos, même si je sais que son fameux ouvrage "De la démocratie en Amérique" a eut une influence considérable sur les penseurs libéraux et surtout de l'autre côté de l'Atlantique. Bref, tout ça pour dire que cette BD a été une porte d'entrée vers l'auteur et son œuvre, je ne suis donc pas apte à juger de la pertinence du propos ou de la retranscription (même s'il semble bien que l'auteur ai collé au plus près du texte). Et franchement, c'est à la fois bien retranscrit et assez édifiant sur la "civilisation" qui arrive avec ses sabots massifs dans les forêts du nord de l'Amérique. Même si tout au long du récit on sent que Tocqueville est du côté du "progrès", il n'en reste pas moins assez attristé de la disparition des amérindiens et leurs cultures, tout en se posant des questions bien légitimes sur l'homme blanc. C'est assez net que Tocqueville croit en un futur que lui inspire la mécanisation et l'industrialisation, de même qu'il n'est pas dans une vénération de la nature ou des autochtones. Son avis est peut-être plus proche de ce bon sauvage qu'on aimait imaginer à l'époque, mais avec quelques pointes de réalisme qui viennent souligner surtout le fossé entre deux mondes qui se télescopent, l'un écrasant l'autre. La BD alterne des paysages magnifiquement retranscrit et des pensées diverses de Tocqueville, des pensées de touriste voyageant dans un monde voué à disparaitre et qui en est bien conscient. En la lisant, je me demandais ce que Tocqueville aurait pensé du monde industriel qui est né par la suite, donnant lieu à beaucoup d'horreurs jusqu'à un changement climatique global ... Une BD qui m'a donné envie de découvrir un peu plus l'auteur, la période et surtout qui pose des questions sur la naissance des idéaux qui ont conduit le monde jusqu'à notre point. Une belle façon de mettre la pensée en perspective !
Aldobrando
Merci Josq, un gros coup de cœur pour moi également. La colorisation est splendide et je retiendrai en particulier chaque conversation, toutes finement amenées. Aucune ne nous ennuie, aucune n'est sans intérêt. Tout est millimétré pour apporter cette fameuse douceur qui crée une véritable poésie dans une histoire d'aventure captivante. Le dessin est très réussi, j'adore. Les visages sont particuliers, permettant de déceler la nature profonde de chaque personnage, même ceux qui sont les plus difformes ont un brin de lumière dans le regard. Vraiment, le dessin m'a séduit : les décors, l'époque, les lieux où se déroule chaque partie de l'histoire, le regard du personnage principal, simple mais tendre... Gros coup de cœur, je ne donne pas la note maximale à cause de la facilité du scénario. Bien qu'il m'ait paru très original dans la plus grande partie de l'histoire, j'ai été un peu moins convaincu par la dernière partie. Plus je m'approchais de la fin, plus je sentais que tout allait s'accélérer, et souvent, dans ces cas-là, la qualité de l'histoire perd un peu de sa saveur vers la fin. Je dis bien -un peu-, car la qualité scénaristique reste excellente, tout est parfaitement maîtrisé et en adéquation avec le ton de l'histoire. C'est plus par rapport à mes attentes que j'ai ressenti une baisse. Un peu trop rapide et facile à mon goût. Malgré ça, j'ai tout de même passé un agréable moment sur cette dernière partie et j'ai fini cette BD avec grand plaisir. Dommage que ce genre de pépite ne dure pas plus !
Edelweiss
C'est joli et triste, un peu forçant sur le tire-larme mais sans jamais tomber dans le pathos, ce que j'apprécie beaucoup ! C'est le genre de BD sur laquelle je n'ai pas grand chose à dire, parce qu'elle mérite simplement d'être lue. Le dessin est très joli et me donne envie d'aller lire les autres BD de Mazel. C'est doux à l’œil mais en plus les représentations des montagnes est aussi franchement bonne et font vivre le Mont-Blanc. L'histoire est triste mais très jolie, une petite histoire d'amour et une histoire de conquête des sommets, avec en filigrane quelques petites notes sur le féminisme émergent, les classes sociales, la famille ... Rien n'est particulièrement développé, c'est juste une toile de fond pour raconter l'histoire d'amour, mais je trouve que ça fait plus crédible et que ça ancre le récit dans son époque. Franchement agréable, je recommande la lecture sans trop d'attente, ça fait plaisir !
Anent - Nouvelles des Indiens jivaros
Je découvre à rebours l’œuvre de Pignocchi, puisque j’ai lu ses deux autres séries avant cet album, pourtant premier paru. Du coup mon regard en est sans doute biaisé, et c’est peut-être pourquoi j’ai à certains moments ressenti une attente déçue. Car il n’y a pas ici le côté fortement « engagé » très présent dans La Recomposition des mondes ou Petit traité d'écologie sauvage, ni l’humour – du moins le même type d’humour ironique et pince sans rire parfois – qui innerve le Petit traité (qui est une sorte d'inverse d'Anent, puisque ce sont des Amérindiens qui observent et jugent les "Occidentaux" !). Mais j’ai mieux compris le Petit traité en découvrant cet « Anent », et je cerne bien mieux cet auteur, franchement original et une personne très fine. Ici, il se lance à la découverte des Jivaros (on est souvent presque plus proche du documentaire que du pur roman graphique). Ou plutôt à la redécouverte. En effet, il a été marqué par la lecture du récit d’un ethnologue, Philippe Descola, qui a vécu chez eux il y a une cinquantaine d’années, et qui en a fait un récit qui sert de « guide » à Pignocchi, qui le cite abondamment – surtout dans la première partie de l’album. Et du coup cet album révèle plusieurs degrés de lecture. D’abord un côté un peu ethnologique. Mais aussi un aspect historique indéniable, tant la société des Jivaros a été bouleversée par la rencontre avec le « monde moderne », voire l’évangélisation – partielle ! De fait, Pignocchi est très souvent surpris de ne pas retrouver ce qu’il a lu dans le livre de Descola. Ces « surprises » sont souvent source d’humour (il y en a donc, mais pas le même que sur le Traité d’écologie) et sont à la fois source de dynamisme pour le récit, et source d’information pour ceux qui s’intéressent à ces « peuples premiers ». Une lecture d’autant plus intéressante que le dessin de Pignocchi – qui use de styles différents selon qu’il s’inspire du récit de Descola ou que c’est son expérience qui est illustrée – est vraiment bon, et souvent beau. Note réelle 3,5/5.