Les derniers avis (31948 avis)

Couverture de la série Comme un frisson
Comme un frisson

Comme beaucoup – pas assez en fait ! – j’ai découvert cet auteur avec Ils brûlent. Et j’ai cherché à savoir ce qu’il avait produit avant. Voilà donc cet album (paru chez Vide Cocagne, réédité chez 6 Pieds sous terre récemment). Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est un récit qui ne convient pas aux amateurs exclusifs de Franco-belge classique. Le dessin d’abord. Très nerveux, heurté, exprimant une rage qui colle bien aux personnages. Comme s’il avait été tracé au scalpel, comme si les pages avaient été lardées de coups de couteau, pour ensuite saigner (le Noir et Blanc domine, et une certaine bichromie s’installe avec du rouge orangé). Ça peut ne pas plaire, mais moi j’ai trouvé cet aspect raccord avec le récit. Je regrette juste certains textes difficiles à lire (trop petits). Un récit qui nous plonge dans une sorte de dérive un peu grotesque, souvent nihiliste, autour d’un trio de personnages (et quelques personnages secondaires) vivant en marge. Mais vivant ! Car si dialogues et situations sont parfois crues, tout sonne juste dans cette histoire. Un album étonnant, un auteur original en tout cas, qui a ensuite confirmé avec « Ils brûlent ». Note réelle 3,5/5.

13/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Ginette
Ginette

Comme on est en page 69, on s'en fait un ? - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il s'agit d'une bande dessinée en noir & blanc de quatre-vingt-dix-sept pages avec l'utilisation d'une seule teinte de rose généralement pour les arrière-plans, dont la première édition date de 2022. Elle a été réalisée par Florence Cestac, bédéaste et autrice, entre autres, de le démon de midi (ou "Changement d'herbage réjouit les veaux") (1996), copropriétaire et coéditrice de Futuropolis avec Étienne Robial. Il s'agit d'un ouvrage de petites dimensions : 13cm x 18,1cm. Tout commence avec une introduction de Philippe Druillet – Aaaaaaaaaaah ! Oui ! Oui ! Ouiiiiiii !! Une giclée d'admiration devant l'oeuvre profonde de Florence Cestac. Verge haute, chapeau bas ! Ginette, la cinquantaine ou la soixantaine, se tient debout dans son peignoir, cigarette à la main : elle en a déroulé du câble, la Ginette ! Elle va bonnir tout ça car elle sent que ça intéresse le lecteur. Elle est à la retraite maintenant, mais elle monté sa petite affaire toute seule comme une grande. Sans jamais se faire racketter par quelques proxos, souteneurs ou maquereaux en tout genre. Pourtant elle en a connu des beaux. Il y avait le capitaine, gueule de baroudeur mais mauvais comme une teigne, Momo le gros dégueulasse, le chauve sadique qui portait bien son nom. Ou la grosse Mirza avec son claque rue des Tringles à rideaux, Madame de et ses poules de luxe. Et cependant elle n'a jamais eu d'ennui, grâce au commissaire Chinchard, Léon de son prénom. Ce fut un de ses premiers clients, simple flic à l'époque. Gueule d'amour, peau sucrée et bien monté l'animal ! du poilu, du sauvage, du musqué, du fauve à plein nez. Tout de suite, l'accord parfait : bitte, chatte, nichons tétons, peaux, langues, bouches, mains doigts fesses, poils cheveux, odeurs, jus, phéromones… Ils ont a eu de sacrés bons moments, mais faire vie commune, ce n'était pas le genre de l'indomptable. Par contre, il a été son protecteur pour la vie. Concrètement, Chinchard avait laissé un petit appareil à Ginette, qui lui permettait de l'appeler au moindre problème. Des tordus, des cinglés, des pervers, des compliqués, elle a croisé de tout. Ginette se souvient du premier. Un mec zarbi qui ne la regarde jamais en face et fait trois fois le tour de la piaule en mode introspection. Puis il s'adresse à elle en lui ordonnant de se déloquer en vitesse et d'écarter les cuisses. Lorsqu'il se retourne après s'être déshabillé, elle constate qu'il exhibe son engin coiffé d'une capote à clous. Alors qu'il s'approche d'elle, la porte s'ouvre derrière lui, et Chinchard s'occupe lui avec perte et fracas. Ginette revient après la baston et il lui explique qu'il lui a renfilé sa capote à l'envers et balancé sur le trottoir : elle ne l'a plus jamais revu. Un autre : le client la suit dans l'escalier. Une fois entrée dans la chambre, elle se retourne vers lui et constate qu'il est venu avec ses trois frères, chacun plus grand que le précédent. Chinchard intervient pistolet à la main et les oblige à avancer en faisant la chenille, chacun ayant pénétré celui qui se trouve devant lui. Elle n'a pas non plus oublié le maître-chien avec son imperméable en cuir et qui lui explique que c'est le chien qui va la pénétrer. Cette histoire est publiée par l'éditeur Les Requins Marteaux dans sa collection BD.Cul. Effectivement, l'autrice respecte le cahier des charges, avec de la nudité frontale et des scènes de sexe explicites. Dès la planche six, Ginette accueille son client Léon. Dans la première case, elle a son visage à la hauteur du sexe de son client et en apprécie le calibre. Dans la case en-dessous, elle a commencé à lui faire une fellation. Dans la page suivante, le lecteur assiste à une pénétration en gros plan, un cunnilingus, et une expression de jouissance extatique sur le visage de Léon. En page 57, Ginette explique qu'elle en a vu défiler du phallus, et voici quelques morceaux de choix, avec une case en gros plan pour chacun. le standard sous une belle touffe. le mandrin sur grosses couilles et belle toison. le costaud à belles bourses sous pilosité frisée. le trapu bien coiffé, à roubignoles bien ramassées. le vermisseau à petits roustons un peu dégarni. le tout en goutte d'huile sous pelage d'astrakan. le champignon sous la forêt. L'Oedipe irrésolu. La maraca à bout rond sur grosses testicules ébouriffées. le fracturé sur couilles pendantes. À chacun, correspond une case avec un dessin en gros plan. Au fil des scènes, il apparaît que la dessinatrice ne réalise pas beaucoup de gros plans, moins de cinq, mais que les rapports sexuels sont très charnels et très explicites. Il s'agit donc bien d'une bande dessinée à caractère pornographique. Pour autant Florence Cestac n'a pas changé sa manière de dessiner, ce qui, de prime abord, peut paraître un peu antinomique. Elle évoque la carrière d'une prostituée, et elle réalise des dessins à l'apparence tout public voire enfantine. Dès la couverture, le lecteur constate qu'elle utilise le mode Gros nez pour Ginette, et c'est le cas pour tous les personnages. Dans le même ordre d'idée, elle ne dessine que quatre doigts à chaque main, comme une forme de représentation enfantine. Certaines exagérations comiques relèvent également de conventions tout public : des étoiles à proximité d'une bagarre, un hommage aux Dalton de Lucky Luke pour le client avec ses trois frères, des petits coeurs autour de la tête du chien amoureux de son maître, le couvre-chef en peau de castor avec la queue pour le client québécois, les onomatopées, les exagérations de langage corporel et des expressions de visage à des fins comiques, etc. D'un autre côté, ces caractéristiques dédramatisent les situations, font ressortir le plaisir de la relation sexuelle, et tiennent à l'écart tout aspect scabreux, sadique ou dramatique. Elles affichent clairement que l'intention de l'autrice n'est ni sociale, ni sociologique. Malgré ses possibles a priori quant aux particularités visuelles, le lecteur se sent quand même titillé par les compétences professionnelles de cette prostituée, par le contentement de ses clients normaux. Les actes sexuels montrés restent dans des pratiques classiques, sans s'aventurer vers des jeux qui nécessitent un degré de consentement plus important, sans exploration de territoire vers ce qui peut être considéré comme des perversions sans être illégales. Cestac met en scène une femme compétente dans son métier, travaillant sereinement parce qu'elle n'est pas sous le joug d'un souteneur ou d'un proxénète, et parce qu'elle bénéficie de la protection de Léon qui intervient en cas de danger. Il n'est pas question de tarif, mais il s'agit bien d'une activité rémunérée, et il n'est pas non plus question de financement de la retraite, alors que Ginette évoque sa carrière après coup. Dans le même temps, ce défilé de clients ne manque pas d'humour et d'à-propos. L'autrice montre une femme qui sait y faire et des hommes qui viennent chercher une partie de plaisir. Il n'est pas question de leur possible régulière ou de misère sexuelle. En revanche, ils ont recours à l'amour tarifé pour assouvir leurs désirs sexuels. L'autrice s'en tient à la mise en scène des ébats, en faisant apparaître un trait de caractère pour chaque client. Une fois passés les tordus, Ginette évoque les surprises marrantes : l'armoire à glace masochiste, le sournois qui sort sa lame puis qui se met à pleurer, celui qui discute les prix, le lapin trop rapide, le ramoneur interminable, celui qui se rase le pelvis et qui pique, le trop bien monté, le québécois avec ses expressions, le bavard épuisant, celui qui se trouve beau, l'adepte du sexe tantrique. Ces cas ne servent pas à dresser une critique féministe et condescendante de la gent masculine qui pense avec ce qu'elle a entre les jambes. Ginette est touchée par les imperfections, les maladresses, les légères névroses de ses clients, presque dans une attitude maternelle. Chacun vient pour satisfaire ses envies et trouver son plaisir, sans besoin de se soucier de celui de sa partenaire. Chacun exprime ses demandes et expose ainsi ses petites manies, une facette de ses fantasmes, et ceux-ci se situent dans la normalité traditionnelle de l'acte sexuel. Sans pousser le bouchon jusqu'au cliché de la prostituée au grand cœur, Cestac montre que Ginette est parfois sensible à telle ou telle petite manie, qu'elle l'apprécie, ce qui rend ses clients plus humains. En outre, tout le récit baigne dans la bonne humeur, avec quelques cassages du quatrième mur, comme la première page où Ginette s'adresse au lecteur, ou la page soixante-neuf dont Ginette remarque le numéro et propose à son client de se passer à la position correspondante. Les responsables de cette collection proposent à des bédéistes bien installés de réaliser une bande dessinée à caractère pornographique ce qui constitue un vrai défi du fait des conventions très contraignantes du genre. Florence Cestac relève le défi avec sa verve habituelle. Elle met en scène une prostituée à la retraite qui évoque sa carrière, et surtout ses clients les plus marquants, évacuant d'abord les tordus, avant de passer aux individus normaux en manque de sexe. Ce n'est pas un récit féministe, et peut-être que la représentation de la prostituée est un peu datée, mais c'est un récit féminin avec un regard amusé sur la variété des hommes et de leur sexe.

13/07/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série La Bibliomule de Cordoue
La Bibliomule de Cordoue

Aaah Lupano, je dévore ses livres avec des yeux d'enfant. Pour l'instant, c'est un sans-faute avec Alim le tanneur et Un océan d'amour que j'ai adoré. Quel moment agréable en lisant La bibliomule de Cordoue ! J'ai bien rigolé aussi. Une amie me l'a prêtée et c'est vraiment une très belle BD à avoir dans sa bibliothèque, autant pour l'esthétique que pour son contenu. L'histoire est prenante, on y apprend des choses, les personnages sont tous attachants, le style de dessin que j'adore, même quand c'est brouillon ou sans grand détail, et la colorisation est très propre. Quelle aventure ! J'adore l'époque choisie, le style vestimentaire, les décors... bref, je me suis senti totalement immergé dans cette époque. Il y a un bon rythme malgré le pavé, je ne me suis pas ennuyé. Je rejoins un peu Gaston sur sa critique. Il me manque quelque chose pour le grand "wow". Pourtant, j'ai adoré l'histoire! Mais ça manquait peut-être un peu de piquant dans l'intrigue. Quoi qu'il en soit, pour tous les autres points cités et bien d'autres, ça vaut largement les 4 étoiles (franchement bien)! Une lecture que je recommande, mais un achat avant tout ! Ou un cadeau, vraiment, ça vaut le coup.

13/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Usagi Yojimbo et les Tortues Ninja
Usagi Yojimbo et les Tortues Ninja

Ce matin un lapin a croisé des tortues… - Ce tome contient une histoire complète, initialement parue en 2017. Elle comprend 40 pages. Le scénario et les dessins sont de Stan Sakai, avec des couleurs de Tom Luth. Miyamoto Usagi est en train de se battre contre une troupe de bandits de grand chemin. Il en passe plusieurs par le fil de l'épée, et quand il n'en reste plus que quatre, il leur hurle dessus, ce qui suffit à les faire fuir. Les pèlerins qu'il a sauvés lui indiquent qu'ils savaient qu'il interviendrait : l'ancien leur avait dit. Avec leurs indications, Usagi va trouver l'ancien dans une grotte à proximité : il s'agit de Kakera. Il demande à Usagi d'aller lui chercher quatre petites tortues qu'il transforme en Léonardo, Donatello, Raphaël et Michaelangelo. Puis il explique leur mission. Il détient un caillou, en fait une pierre arrachée à un rocher plus grand (appelé Kanameishi) arraché par un éclair. Ce rocher a été créé par le dieu Kashima-No-Okami pour retenir prisonnière la déesse Namazu et l'empêcher de causer des tremblements de terre. Il faut ramener la pierre au rocher pour éviter le réveil de Namazu. Étrangement, les tortues ninjas ne reconnaissent ni Miyamoto Usagi, ni Kakera, malgré leur précédente aventure ensemble (Shades of Green, 1993). Ce phénomène s'explique par le fait qu'il s'agit de leur nouvelle version publiée par IDW et plus de l'originale publiée par Mirage Studios, Kevin Eastman et Peter Laird ayant vendus leur propriété intellectuelle entre temps. Passé cette surprise minime, le lecteur remarque tout de suite que Stan Sakai s'amuse bien dans cette histoire. Ça commence par le combat contre les bandits (toujours sans trace de sang même s'ils meurent, pour rester tout public) et Usagi qui en fait fuir quatre juste en hurlant dessus. Ça continue avec l'air ahuri des pèlerins. Puis ils tendent le bras vers la droite pour indiquer où se trouve l'ancien, et, en faisant ce geste, l'un d'entre eux met le doigt dans l'oreille de sa voisine sans s'en rendre compte. Lorsque Kakera lance son sort pour faire apparaître les tortues, les poils se dressent sur la peau d'Usagi et son corps tressaute de manière incontrôlée et comique. S'opposant à Kakera, Jei est plus sinistre que jamais, mais aussi un peu comique quand il penche la tête de côté. Ça vaut le coup de prendre le temps de regarder les têtes des assaillants d'Usagi et des tortues quand ils passent de vie à trépas : leur visage donne l'impression qu'ils sont en train de surjouer. Ces touches visuelles de comique ne diminuent en rien la qualité de l'intrigue. Cette fois-ci, les héros sont amenés à aider un ancien pour éviter que les tremblements de terre n'empirent au Japon, du fait des soubresauts d'une divinité. L'histoire est linéaire : depuis la rencontre de Kakera jusqu'à la roche Kanameishi. Elle se déroule en milieu naturel, sur les chemins de campagne et dans la forêt. Comme à son habitude, Stan Sakai sait donner la sensation de marcher sur un chemin, avec ses dessins tout public, qui rendent bien compte des espaces et des déplacements, ainsi que des placements respectifs des différents personnages. Le lecteur apprécie de voir Usagi et les quatre tortues se battre comme des lions pour permettre à Kakera de restaurer l'ordre. Une bonne histoire d'Usagi Yojimbo, même si un peu courte.

12/07/2024 (modifier)
Par Pierre
Note: 4/5
Couverture de la série Démon Intérieur
Démon Intérieur

Contrairement aux autres avis, c est la complexité de la narration qui fait selon moi l'intérêt de cette bd. Oui j'ai dû la lire 3 fois pour que tout s'emboîte, car tout s'emboîte ;) Alors oui, le personnage est un peu un super-heros. Mais de toute façon rien n'est vraiment réaliste dans cet univers. Le seul truc vraiment décevant est le titre.

12/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Contes de la Mansarde
Contes de la Mansarde

Lecture idéal pour un soir d'été. Hommage aux comics à l’ancienne (EC comics cf Tales from the crypt) et à la pop culture en général (le contenu en est égrainé de nombreux clins d'Oeil!), cette bande dessinée est une fort agréable découverte. Sur le même principe que ces fameux "Contes de la crypte", chaque histoire, trois au total, ayant pour cadre un même appartement parisien, est introduite par une vieille bonne femme aigrie et toute rabougrie qui sert de fil conducteur. Fil conducteur qui trouvera par ailleurs un plaisant épilogue dans les dernières pages du livre. Passée la première histoire trop convenue dans son scénario mais tout de même satisfaisante, les deux autres récits qui forment ce recueil haussent sacrément le niveau, se révèlent très réussis, plutôt originaux et sont diablement efficaces et prenants. Le gros plus de ces trois récits, c'est qu'ils allient parfaitement recettes à l'ancienne à une certaine modernité dans les thématiques et situations, de ce fait les encrant pleinement dans notre époque. Le dessin assez rêche sert à merveille ce genre d'histoires. Le pari est pleinement réussi pour les deux autrices. Une Pop Corn BD comme on aime, on en redemande!

12/07/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Cœurs insolents
Les Cœurs insolents

Voila une excellente BD ! Je voulais la lire depuis longtemps parce que le nom d'Ovidie ne m'est pas inconnu et que j'aime énormément ce qu'elle dit et ce qu'elle fait. Quitte à assumer parfois des prises de positions polémiques, je trouve son discours souvent salutaire et impressionnant sur la question féminine. Une grande femme, donc, qui s'intéresse en plus à la BD. Autant dire que je n'avais pas envie de passer à côté. La BD n'est qu'une longue mise en parallèle de deux mondes : celui de la jeunesse d'Ovidie, dans les années 90, et celui actuel, post-Metoo et #balancetonporc, où la question féminine est apparue au grand jour. En faisant un déroulé qui met des moments de sa jeunesse en résonance avec ceux qu'elle vit en tant qu'adulte et mère, Ovidie pose un regard cynique sur les années 90. Loin des représentations hollywoodienne qui tentent vainement de faire revivre ce qui s'apparentait à un âge d'or (mais correspond bien plus à une nostalgie mal placée, tout comme c'est le cas des années 80), Ovidie dépeint une jeunesse dans une société profondément sexiste, où le viol est courant et quotidien, où la place de la femme est encore d'objet sexuel ou de désir, où la dualité maman/putain est encore bien présente. La BD présente des situations horribles à voir, ce qui me fait dire que la BD n'est pas à mettre entre toutes les mains, mais embrasse un large spectre de situations, ce qui me donne envie de la mettre entre toutes les mains. Le parallèle est d'autant plus intéressant qu'Ovidie raconte sa propre expérience de mère et réfléchit à ce que sa fille risque de/va subir. Et je suis assez d'accord avec elle sur plein de sujets, y compris la scène de discussion sur l'alcool qui m'incite à réfléchir différemment les repas entre amis. Audrey Lainé à fait un super travail de dessin, entre les couleurs chaudes dans le présent et le dessin qui exprime des horreurs dans le passé, on est dans de l'efficace mais parfaitement lisible, avec une puissance évocatrice dans plusieurs passages. C'est aussi fort que ça doit l'être, y compris dans son final qui surprend un peu vis-à-vis du ton de l'album mais qui ouvre justement sur quelque chose de plus optimiste. Comme souvent, je recommande énormément cet album aux hommes, tous autant qu'ils soient, pour apprendre un peu plus à se mettre dans la peau des autres et comprendre pourquoi le féminisme est important. Il est aussi bon pour eux que pour elles de se rappeler que dans notre enfance, des choses atroces étaient considérées comme banales et communes, et que la situation aujourd'hui peut être à bien des égards encore pire avec l'apparition des réseaux sociaux. Merci le revenge porn, et toutes ces sortes de choses ! Mais en même temps, la BD reste optimiste. Internet a permis à de nombreuses personnes de se trouver collectivement et s'organiser, y compris sur des sujets comme le féminisme. Les choses changent, de Metoo aux nombreuses dénonciations de stars (de la télé, d'internet, de la musique, du sport ...) qui sont régulièrement dénoncées pour leurs abus sexuels. Bien sûr tout n'est pas rose et de nombreuses actrices ayant témoigné ont vu leur carrière détruite, mais je suis d'accord avec Ovidie : les choses changent, à hauteur de vie humaine, et il est de notre ressort de faire progresser tout ça encore un peu plus.

12/07/2024 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Sortilèges
Sortilèges

J'ai emprunté cette saga en bibliothèque à l'aveugle, uniquement en feuilletant vite fait. A l'aveugle, c'est le cas de le dire puisque ce n'est qu'en revenant chez moi que j'ai découvert que c'était Jean Dufaux qui scénarisait ! Excellente surprise, et j'ai eu à ce moment la garantie d'avoir un scénario construit et intéressant. De fait, j'aime énormément la reprise que fait Dufaux de la grammaire habituelle des contes de fée mais pour en faire quelque chose d'assez original. On n'a pas l'impression d'avoir déjà lu 50 fois cette histoire ailleurs, et l'auteur sait nous emmener sur des chemins relativement inattendus. Comme, en plus, il crée une mythologie tout à fait fascinante avec ce royaume d'Entremonde qui côtoie un "monde du bas" assez impressionnant (l'enfer, en gros), j'ai été complètement envoûté. Seul point de détail qui me chagrine : pourquoi avoir appelé ce royaume "entremonde" ? C'est un monde entre le monde d'en bas et quoi ? Du coup, ça fait bizarre quand surgissent les morts-vivants dont on nous dit qu'il se situe entre Entremonde et le monde d'en bas... Mais bon, c'est du détail. Aidé par le dessin de Munuera, vraiment élégant et gracieux, Dufaux réussit à insuffler dans les pages de ces quatre albums un souffle épique et romanesque très puissant. En tous cas, dans les trois premiers albums, c'est certain. Quant au quatrième, il est réussi, mais il a une matière narrative si faible par rapport aux trois précédents que cela le distingue un peu des autres. Sans parler du fait que le troisième tome s'achevait déjà sur un happy end quasiment sans cliffhanger qu'un lecteur n'aimant pas les fins sombres pourrait s'y arrêter sans mal. Pour ma part, j'ai apprécié le fait que la fin ne soit finalement pas si heureuse, même si on a un peu l'impression qu'il a été ajouté juste pour briser la règle du happy end. Son existence peut donc paraître assez artificielle, mais il permet d'opérer quelques retournements intéressants dans la trajectoire de certains personnages. En tous cas, au bilan, c'est une vraiment une belle saga que nous a concocté Dufaux. J'aime beaucoup l'univers créé, et les images de Munuera me font vraiment rêver. Le premier cycle est un vrai sans-fautes, et le deuxième cycle ne manque pas d'intérêt, malgré quelques légères scories (un humour qui brise un peu trop l'atmosphère, par exemple). Pour ceux qui aiment les ambiances de contes et qui ne disent pas non à un peu de noirceur, c'est une saga parfaite !

11/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Thrace
Thrace

Francesco Trifogli signe ainsi généralement lorsqu’il n’est qu’au dessin, préférant le nom de plume de Trif lorsqu’il est auteur complet sur des séries strictement pour adultes (quelques belles réussites récemment chez Tabou). On le retrouve ici au scénario et au dessin, mais il n’y a rien d’érotique dans cette nouvelle série, se déroulant dans l’Italie romaine du dernier quart du Ier siècle. Le dessin – et la colorisation d’Andrea Celestini (habituel acolyte de Trif) – sont vraiment bons, agréables, fluide, c’est du bon boulot. Je regrette juste des décors peut-être pas suffisamment développés, mais pour le reste, c’est dynamique et réussi. L’intrigue tourne autour de deux jeunes gens, Adriana, jeune patricienne, et Cléio jeune esclave gaulois : tous deux ont vécu ensemble depuis leur plus jeune âge, partageant tout, y compris une attirance mutuelle. Mais le père d’Adriana et propriétaire de Cléio meurt dans l’éruption du Vésuve, Adriana doit se résoudre à rejoindre Rome. Un oncle plutôt abject la « recueille » et la marie, lui faisant croire à la mort de Cléio. Adriana devient donc une patricienne bien en cour, tandis que Cléio est en passe de devenir gladiateur. On ne doute pas que leurs chemins vont se croiser de nouveau ! La narration est fluide. Je regrette juste quelques longueurs. Mais pour le reste, c’est un bon tome d’exposition, Trifogli ayant pris le parti de prendre son temps (la série est prévue en trois tomes). Les amateurs de l’Antiquité romaine y trouveront leur compte, et le cliffhanger qui clôt ce premier tome laisse deviner quelques rebondissements : combats dans l’arène, histoire d’amour, un oncle jouant le rôle du méchant haïssable, on a là des ingrédients qui ne manqueront pas de dynamiser l’histoire. Je suis en tout cas sorti satisfait de cette lecture, et attends donc la suite. **************************** La suite est arrivée, et elle confirme tout le bien que je pensais de cette série. Dessin et colorisation sont toujours très bon et donnent une lecture fluide et agréable. Et l'intrigue est encore plaisante. L'histoire d'amour contrariée entre Cleio et Adriana prend de l'ampleur, en même temps qu'elle se fragilise un peu, lorsque Cleio commence à s'enivrer de la gloire conquise dans les arènes. Et Adriana louvoie entre les complots qui secouent les hautes sphères romaines, et le machiavélisme de son oncle (et de la maîtresse de l'Empereur). Dans l'univers de l'Empire romain, on tient là une belle série, et j'espère que le dernier tome à paraitre confirmera cela (mais je ne m'inquiète pas). Une série vraiment recommandable ! ********************************** Voilà, le tome conclusif est paru. Même si c'est sans doute celui que j'ai trouvé moins dense et un chouia en deçà des précédents, je garde néanmoins un avis très positif sur cette série, bien dessinée, avec une narration fluide et agréable. Le final est noir, très fataliste - on n'échappe pas à son destin, comme dans toute tragédie antique qui se respecte. Une histoire d'amour qui finit mal, même si la fin tragique se laissait deviner. Une chouette lecture pour les amateurs de la période.

20/02/2023 (MAJ le 11/07/2024) (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Malgré tout
Malgré tout

Non mais là c'est fait exprès pour que j'adore, il n'y a pas d'autres possibilités ! Évidemment qu'une belle histoire d'amour, lente et qui remonte dans le temps allait me plaire ! Bien sur que les deux personnages tout mignon qui se rencontrent sur un coup de foudre et passent leur vie à se tourner autour allaient m'émouvoir ! Rah, c'est presque trop évident ! Je savais que j'allais aimer lorsque le premier chapitre m'a ému, avec ses petits détails qui font mouche, le lien entre ces deux personnes qui fait si vrai et la suite qui enchaine, remontant les années, les minutes, les secondes jusqu'au point d'origine. C'est dans les détails qu'on reconnait une belle histoire d'amour et là, oui, c'en est une. Parce que ces petits riens de la vie qui se croisent et se mélangent, c'est le sel de la vie. Jordi Lafebre a réussi son histoire d'une manière parfaite, je trouve. Comment ces deux personnes ont pu se tourner autour pendant si longtemps sans jamais vivre leur amour ? Parce qu'il y avait toujours une bonne excuse, comme à chaque fois. Mais surtout, je trouve que l'auteur a su jouer des personnages d'une très belle manière, apportant ce qu'il fallait à chacun d'entre eux pour qu'on sente ce qui les unit. Je ne saurais dire comment il a fait, mais il y a là une véritable alchimie qui se joue et qui traverse les pages. Je reste incroyablement surpris de la facilité avec laquelle les deux protagonistes me sont devenus familiers, m'ont touchés et m'ont conquis. Une très belle histoire d'amour, sans fioritures, juste assez sucrée pour que je l'adore sans avoir l'impression de sirupeux. C'est une BD pour les romantiques et pour les cœurs d'artichaut, mais c'est une BD sacrément réussie.

11/07/2024 (modifier)