J’ai bien aimé cet album, un roman graphique qui tend vers le documentaire et le témoignage historique. En tout cas le contexte, les décors (humains et urbains, politiques) sont très bien rendus. L’intrigue, dans les petites et les grandes lignes, est assez crédible.
L’histoire se déroule en Syrie. Elle commence durant les premiers soubresauts des Printemps arabes, pour se poursuivre sur les 3 premières années de la guerre civile syrienne, jusqu’en 2013.
Au travers des protagonistes que nous suivons, Filiu arrive bien à nous faire comprendre par la base comment la « révolution » a commencé, comment le pouvoir de Bachar El Hassad s’est rapidement cabré en durcissant la répression (y compris en tirant des missiles et en envoyant des gaz toxiques sur des populations civiles dans des régions urbaines densément peuplées). Il nous montre aussi le silence de la « communauté internationale », malgré les appels à l’aide des révoltés.
La narration est fluide et agréable, et le dessin et la colorisation m’ont aussi plu.
Il n’y a finalement que l’histoire d’amour entre le héros (un des leaders de la révolte dans le quartier de Damas où se situe l’intrigue) et son amie d’enfance qui en avait épousé un autre qui m’ait moins convaincu.
Mais globalement, j’ai bien aimé cet album.
Les auteurs racontent la grosse magouille du coup d'état des généraux durant la guerre d'Algérie et comment cela servit le retour de De Gaulle au pouvoir, les gaullistes ayant bien magouillé pour tromper tout le monde !
Le scénario est bien fait et montre bien l'absurdité de la politique française de l'époque (quoiqu'au vu de l'actualité récente, je devrais peut-être enlever 'de l'époque'). Le seul reproche que je peux faire c'est qu'il faut déjà avoir lu sur cette période historique pour bien comprendre ce qui se passe parce que sinon on est facilement perdu face à toutes ces magouilles où tout le monde essaie de tirer profit de la situation ou de garder le pouvoir en éliminant ses rivaux.
Le dessin expressif de Boucq est parfait pour ce type de récit et ce qui est mieux, c'est que l'album est en format plus grand qu'un album franco-belge ordinaire, alors on peut mieux admirer son trait.
Un documentaire historique intéressant sur le procès de ce qui est sans nul doute la personnalité française la plus controversée du 20ème siècle, à savoir Pétain, qui est passé de héros à traitre le temps d'une guerre....en fait c'est bête pour lui, il était déjà assez vieux dans les années 30 pour mourir de vieillesse et ainsi garder une bonne image face à l'histoire. Mourrons tous jeunes comme Jean Moulin !
J'ai eu un peu peur au début parce que la narration est aride et j'avais peur de tomber sur un documentaire BD où au final l'image sert à rien et puis j'ai commencé à embarquer totalement dans l'album et j'ai vu que le dessin et la mise en page changent par moment (des strips humoristiques avec Churchill, le journal intime de Pétain, etc.) ce qui selon moi aide à aérer le récit et ne pas en faire une bête retranscription en BD du documentaire original.
Le propos est passionnant car on voit les pour et les contres sur ce qu'a fait Pétain durant la guerre, alors que je pensais que c'était une question à laquelle il était plus facile à répondre. J'ai appris que Pétain avait peut-être de bonnes raisons de préférer un armistice, mais on voit aussi le moment où tout bascule et que Pétain aurait pu s'enfuir en Afrique du Nord, mais il a préféré s'accrocher au pouvoir, ce qui au final lui donne l'image d'un petit vieux égocentrique complètement déconnecté de la réalité qui va finir comme marionnette pathétique des Allemands et de Laval.
Le déroulement de ce procès m'a captivé avec notamment tout le côté politique de l'affaire, avec notamment tous ces politiciens de la troisième République qui veulent se donner le beau rôle. On n'est clairement pas là pour faire un procès conforme sur la collaboration.
C'est donc un bon album, mais qui s'adresse en premier lieu aux passionnés d'histoire et de politique, les autres risquent de s'ennuyer ferme.
L'empathie est un handicap.
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Ce tome comprend une histoire complète indépendante de toute autre. Il contient les 3 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2019/2020, écrits, dessinés, encrés et mis en couleurs par Stjepan Šeji?. Seul le lettrage a été réalisé par quelqu'un d'autre, en l'occurrence Grabriella Downie. Cette histoire est parue dans la branche Black Label de DC Comics, ce qui permet un ton plus adulte, et induit un format plus grand que celui des comics habituels.
Dans son rêve, Harleen Frances Quinzel est en train de marcher dans une rue de Gotham dont la chaussée semble flotter dans les airs, les gratte-ciels sont étrangement inclinés, sur le ciel se détache le Batsignal. Tout d'un coup une nuée de chauves-souris passe au-dessus d'elle, et devant elle se tient un individu recroquevillé sur le sol, harcelé par les chauves-souris. Elle s'en approche le protège avec son corps et repousse une énorme chauve-souris anthropomorphe. Elle aide Joker à se redresser, lui annonce qu'elle est son docteur pour l'aider, et ils se mettent tranquillement à rire de concert. Un peu plus tard, elle interroge Morris, un soldat incarcéré, en tant que psychologue. Il évoque son service en temps de guerre, son amitié avec un autre soldat, la manière dont celui-ci est mort assassiné par une prostituée en pays étranger, la façon dont ça a changé sa façon de voir les choses : en territoire ennemi, chaque personne (homme femme, enfant) est un ennemi potentiel. Deux ans plus tard, elle présente sa thèse au cours d'un symposium à Gotham : pour elle la phrase clé prononcée par Morris est que l'empathie devient un handicap. Elle estime qu'en temps de guerre, ou de situation de stress prolongée, l'organisme passe en mode réponse combat-fuite, et que cela se transforme en maladie auto-immune si cet état se prolonge trop longtemps. Elle commence à s'empêtrer dans ses explications lorsqu'elle s'aperçoit que plusieurs personnes dans l'auditoire regardent leur montre et commencent à partir avant la fin.
Après cet exposé peu réussi, Harleen Quinzel va prendre un verre avec sa copine Shondra, médecin, mais avec une carrière plus prometteuse, car son projet consiste en des solutions médicamenteuses pour le traitement de certaines formes de dépression. Sa présentation à elle s'est très bien passée, et elle conseille à Harleen de se souvenir que ce qu'attendent les investisseurs, c'est des prévisions de bénéfices. Un peu rassérénée par les propos de Shondra, Harleen Quinzel rentre chez elle à pied en pensant à sa situation de célibataire, d'une trentaine d'années, sans attache. Tout d'un coup, une violente explosion se produit dans la rue transversale qu'elle s'apprêtait à traverser. Joker en sort, accompagné par 4 hommes de main. Il dégaine son revolver et le braque sur Harleen. D'un seul coup, elle repense à tous les choix qui l'ont amenée là, en fermant les yeux. À sa grande surprise, Joker a décidé de ne pas faire feu, et de monter dans la voiture qui l'attend. Mais le conducteur ne démarre pas car ils sont entourés par des fumigènes rendant la conduite impossible. La voix de Batman se fait entendre et il intervient physiquement.
Stjepan Šeji? est un auteur complet qui a commencé a travaillé pour Top Cow, en particulier des épisodes magnifiques de Witchblade, puis a créé sa propre série Ravine (2 tomes avec l'aide Ron Marz), et d'autres comme Death Vigil et Sunstone. L'éditeur DC Comics lui a donc offert la possibilité de réaliser une histoire sur Harleen Quinzel (créée par Paul Dini & Bruce Timm pour le dessin animé Batman, en 1993) qui soit hors continuité. En plongeant dans cette histoire, le lecteur ressent rapidement la force de l'immersion générée par la narration. Il a accès au flux de pensées d'Harleen Quinzel, sa réaction suite à ses entretiens avec ses chefs, avec ses patients, à la fois sur le plan thérapeutique, à la fois sur le plan émotionnel. Ensuite, l'artiste maîtrise parfaitement la construction des pages, la réalisation des cases. Il travaille à l'infographie avec un rendu s'apparentant à de la peinture, les traits de contours étant assez simples, parfois donnant l'impression d'avoir été tracés à la va-vite pour certains éléments comme les poils sous les aisselles de Joker. La peinture infographique apporte des textures réalistes pour la peau, les vêtements. Šeji? maîtrise parfaitement l'intégration de photographies retouchées, simplifiées en arrière-plan (par exemple pour certaines cases en extérieur), tout dosant savamment le degré de simplification : de faible, à uniquement de grands traits structurants. Il utilise les effets spéciaux de l'infographie avec retenue et pertinence, par exemple pour les flammes de l'explosion dans la rue.
Tout en ressentant la force de l'immersion, le lecteur se dit aussi que l'auteur s'attaque à une histoire difficile à rendre intéressante car il la connaît probablement déjà : Harleen Quinzel, psychologue, tombe sous le charme de Joker et devient une criminelle costumée foldingue. Stjepan Šeji? dispose d'un atout : cette histoire est hors continuité, ce qui veut dire qu'il peut prendre des libertés avec la mythologie de Batman et ses ennemis. le lecteur ne peut donc pas être sûr et certain de ce qu'il va advenir d'un personnage qu'il connaît déjà. Par exemple, il découvre qu'Hugo Strange dirige l'asile d'Arkham lorsque Harleen Quinzel commence à y exercer. Par contre, la transformation d'Harvey Dent en Two-face est conforme au canon en vigueur. En fonction de sa connaissance des ennemis de Batman, il va se demander s'il peut tenir pour un fait établi que leur histoire personnelle est identique ou non, ce qui introduit des incertitudes dans le déroulement de l'histoire. Pour autant l'intrigue est bien celle-là : la jeune psychologue (30 ans) Harleen Quinzel va devenir Harley Quinn (c'est annoncé dès la séquence de rêve) au contact de Joker incarcéré à Arkham.
Néanmoins, il y a déjà le plaisir de voir Stjepan Šeji? dessiner les personnages de la série Batman. Harleen Quinzel est à la fois très mignonne en jeune femme bonde, toujours bien mise, avec un sourire craquant, et un caractère bien trempé qui lui permet d'interroger les pires criminels sans être intimidée ou apeurée, et qui permet de tenir tête à ses collègues pas toujours animés de bonnes intentions. L'artiste évite de la sexualiser, même si la taille de sa poitrine a bizarrement augmenté dans le troisième épisode. Il a choisi de faire de Joker un individu d'une trentaine d'années également bien bâti, musclé sans être bodybuildé, avec des cicatrices dans le dos suite à ses différents combats. le lecteur peut être un peu déstabilisé par ce choix de montrer Joker comme un individu normal, plutôt séduisant, à part pour sa peau blanche, ses cheveux verts et son caractère volatil. Il faut attendre le troisième épisode pour découvrir une particularité physique qui constitue un manque ayant une forte incidence sur la psyché d'un individu. Stjepan Šeji? dessine Batman à trois reprises (plus une case), comme un individu grand et fort, mais sans sa mystique de créature de la nuit. Il a l'occasion de représenter plusieurs ennemis emblématiques de Batman, certains de manière très convenue (Two-Face), d'autres magnifiques (Poison Ivy).
Au fil du récit, le lecteur peut apprécier le découpage des planches, d'une page avec 19 cases, à un dessin en double page ou en pleine page, mais sans abuser de ces derniers. Il se régale régulièrement de magnifiques images : un dessin en pleine page d'Harleen Quinzel prenant des notes sur son calepin, Joker et 4 hommes de main avançant avec le feu de l'explosion derrière eux, Harvey Dent et Quinzel discutant à une table sous un arbre en bordure de rivière, l'image d'Harleen Quinzel marchant sur une route reprise à deux fois, la mise en scène des entretiens entre Harleen Quinzel et les patients d'Arkham avec les expressions de visage et les postures corporelles, le motif des losanges du futur costume d'Harley Quinn, etc. D'une manière générale, Stjepan Šeji? privilégie plus la narration que les images choc. Ce choix participe à positionner le récit dans le domaine du suspense psychologique. Si le sort d'Harleen Quinzel ne fait pas de doute, il reste à suivre le cheminement qui l'y conduit. En tant que thérapeute, elle est convaincue qu'il est possible de soigner les patients pour les réinsérer dans la société. En tant que citoyenne, elle a assisté au premier rang au déchaînement de la violence chaotique de Joker. Elle confronte donc ses convictions professionnelles à la réalité de la rencontre avec ces criminels endurcis. Elle confronte également ses convictions à ceux qui les côtoient comme James Gordon, d'autres psychologues (Hugo Strange par exemple), et même Batman.
Tout au long du récit, revient les deux questions suivantes. Faut-il croire en une possibilité de rédemption pour ces criminels endurcis ? Faut-il cautionner des méthodes d'intervention de type vigilant / superhéros pour pouvoir neutraliser ces supercriminels ? Stjepan Šeji? n'est pas le premier à développer ces deux thématiques. Il entremêle plusieurs points de vue dont celui de Joker, ce qui sort de l'ordinaire pour ce dernier. Les convictions d'Harleen Quinzel évoluent donc en fonction des différents entretiens, mais aussi des événements extérieurs comme l'agression dont est victime Harvey Dent. de temps à autre, le lecteur éprouve la sensation que l'auteur a placé un développement à cet endroit juste parce que ça lui tenait à cœur d'exposer cette idée et que ça permet de faire avancer l'état de Quinzel, mais sans plus y revenir par la suite, comme si finalement cette idée particulière n'avait pas plus d'importance que ça, qu'elle aurait pu être remplacée par une autre. Cela introduit une sensation d'arbitraire qui culmine avec le geste impulsif d'Harleen Quinzel à la fin de l'épisode 2, un passage à l'acte qui apparaît très soudain. de la même manière la concomitance de la transformation d'Harvey Dent apparaît bien pratique pour pouvoir permettre l'évasion du dernier chapitre.
Ce récit sort de l'ordinaire et mérite sa place au sein du Black Label. Stjepan Šeji? se montre un auteur complet maîtrisant bien sa narration et la construction de son récit, avec des planches au service de l'histoire. Alors que le lecteur connaît déjà l'histoire, l'auteur parvient à l'y intéresser en donnant une épaisseur remarquable au personnage principal. Il montre que le sort d'Harleen Quinzel est directement lié à l'existence de ces criminels sans remords, la mettant au pied du mur quant à ses pratiques thérapeutiques. En fonction de ses attentes, le lecteur est alors pleinement satisfait de cette évolution progressive d'une personne se heurtant à la réalité, ou reste un peu sur sa fin du fait que la thématique de la sécurité et de la transgression ne soit pas tout à fait assez développée.
Où est le magot ?
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il comprend les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 1997, écrits par Steven Grant, dessinés et encrés par Mike Zeck, avec une mise en couleurs réalisée par Kurt Goldzung. Les couvertures ont également été réalisées par Zeck, et peintes à l'aérographe.
Ce jour, Mike Thorne vient d'achever de purger sa peine de prison de 4 ans au centre de détention de Runacre. Il se présente au guichet de sortie pour récupérer ses effets personnels. le fonctionnaire pénitentiaire lui dit qu'il peut garder les affaires de Thorne s'il le souhaite, parce qu'il pense qu'il sera bientôt de retour derrière les barreaux. Thorne franchit la porte de sortie, et le directeur lui enjoint de profiter de cette seconde chance qui lui est offerte, car beaucoup d'autres aimeraient pouvoir en bénéficier. Thorne sort enfin à l'air libre, sans s'être jamais plaint une seul fois, sans avoir demandé pardon, sans avoir nié sa culpabilité. Il entend quelqu'un appeler son nom : il s'agit de Cliff Farage, son agent de probation. Celui-ci le conduit à la ville voisine et lui énonce les règles du jeu : pas de voyage dans une grande ville comme New Covenant, pas de télé, pas d'alcool, pas de femme, pas de drogue, pas de crime, le rendez-vous hebdomadaire avec lui, un boulot au salaire minimum dans le diner du coin, tenu par Slim un ancien détenu de Runacre. Mike Thorn se plie aux règles, supportant les remarques de sa collègue au Diner, mangeant des conserves à même la boîte, écoutant la radio, et se disant que les autres prisonniers avaient raison : à l'intérieur comme à l'extérieur il y a toujours quelqu'un pour diriger ta vie.
Un jour, Mike Thorne prend sa pause à l'arrière du diner, et Slim le prévient : il a déjà vu ce regard chez d'autres ex détenus, et il lui déconseille d'essayer de prendre la poudre d'escampette. Mike Thorne lui explique qu'il n'a besoin que de 2 ou 3 jours pour se rendre à New Covenant et tenir la promesse qu'il a faite à Douglas Orton, un autre prisonnier, mort en prison. Il lui a demandé d'aller transmettre un message. Slim pose quelques questions sur Orton, et lui dit qu'il va lui avancer l'argent pour prendre le bus jusqu'à New Covenant, et le couvrir vis-à-vis de Farage, sous réserve que Thorne soit de retour avant son prochain rendez-vous avec Farage. Thorne le remercie en se demandant ce qui lui vaut cette gentillesse. Slim est déjà rentré dans le diner et il passe un coup de fil : il demande à parler à King Silver car il connaît le codétenu de Doug Orton. le lendemain, Mike Thorne prend le bus et se rend à New Covenant. Il doit retrouver la sœur d'Orton pour lui transmettre son message. Il se rend dans le quartier chaud, et demande son chemin pour se rendre à l'Orphelinat Sainte Bernadette à un grand balaise qui lui cherche des noises, mais qu'il remet sans peine à sa place. Il est accueilli par une sœur qui le fait rentrer. Il dit qu'il vient de la part de Doug Orton pour retrouver sa sœur Camille Orton.
Un petit récit de polar tordu en 4 épisodes : sympathique, mais quel intérêt ? En 1986, Steven Grant & Mike Zeck collabore pour la première fois pour un récit passé dans les annales (malgré le dernier épisode sabordé par la politique éditoriale) : The Punisher : Cercle de sang. Avec cette histoire, ils font franchir un palier au personnage, l'extrayant du monde des superhéros pour en faire un exécuteur faillible et sans pitié. Quelques années plus tard, l'éditeur Marvel leur donne la possibilité de réaliser une histoire complète sans interférence : Punisher, retour vers nulle part (1989). Aussi en voyant arriver ce récit 8 ans plus tard, le lecteur ne peut qu'être alléché par l'idée d'une nouvelle collaboration entre ces 2 créateurs. Effectivement, l'histoire navigue entre polar et histoire de gangsters. Mike Thorne a fait une bêtise qui l'a envoyé au mitard pour 4 ans. Il sort avec une promesse faite à un autre détenu, et il ne faut longtemps pour qu'il se retrouve le centre d'attention d'un parrain qui cherche à mettre la main sur de l'argent qui a disparu. Bien sûr la somme en question attire la convoitise de 2 ou 3 autres personnes, elles aussi prêtes à faire usage de la violence pour apprendre ce que sait Mike Thorne. Steven Grant met en scène des personnages traditionnels : l'ex-taulard avec des principes moraux, le parrain qui n'hésite à se salir les mains et à qui on ne la fait pas, l'agent de probation qui connaît bien les ficelles et à qui on ne la fait pas non plus, la jeune femme dessalée et intéressée, le bras droit du parrain qui a sa propre ambition, le comptable timoré, et une officier de probation d'état jolie et efficace.
Pour ceux qui ont lu Cercle de sang, il est indéniable que c'est un plaisir de retrouver Mike Zeck en bonne forme. Bien sûr, il est possible de remarquer des effets déjà présents dans cette aventure de Punisher : les yeux mi-clos avec un pourtour à l'encrage un peu appuyé, la tête à demi tournée vers l'arrière pour guetter un assaillant, faire feu sur un ennemi en en utilisant un autre comme bouclier humain, visage en train de transpirer en très gros plan, corps en mouvement dans une forte perspective, une très grande largeur d'épaule pour Thorne. Mais Mike Thorne n'est pas Frank Caste, et ni Zeck, ni Grant n'effectuent un décalque du Punisher. le dessinateur le représente comme un vrai sportif, sans être un culturiste, avec une certaine grâce dans ses mouvements, et une capacité de frappe très rapide. Il sait sourire, mais le plus souvent son visage affiche une intensité qui fait comprendre à son interlocuteur sa détermination. Les autres personnages présentent une forte personnalité graphique : la belle et fine Cam, le frêle Bobby avec ses très grosses lunettes, l'homme de main massif et taciturne, l'étrange parrain à l'air souvent narquois, voire rigolard. le lecteur s'aperçoit que Mike Zeck insère régulièrement une pointe d'humour visuel : les regards en coin de Mike Thorn, la dramatisation appuyée de certains visages, le calme vaguement désabusé de King Silver, les doigts d'honneur du mort dans le cercueil, la fausse soumission de Cam, Thorne en slip, etc. Ce n'est pas que le dessinateur se moque de ses personnages ou introduit de la dérision, c'est qu'il est conscient des conventions narratives du polar et qu'il les met en œuvre en sachant que les lecteurs les attendent sans être dupes.
S'il a déjà lu des comics de superhéros illustrés par Mike Zeck (par exemple Marvel Secret Wars ou Captain America), le lecteur voit bien les gestes, les postures qui sont importés directement des conventions visuelles de ce genre. Toutefois ces réminiscences sont intégrées de manière cohérente dans la narration visuelle globale. Mike Thorne est effectivement un dur à cuir, à la fois suite à ses 4 ans passés en prison, mais également pour son passé de marine et de boxeur. Il doit défendre sa vie contre des truands qui n'hésitent pas à cogner. Ce polar met également en scène une femme fatale, 2 parrains, des hommes de main, personnages souvent présents dans les comics également. Zeck a trouvé le bon dosage dans la représentation des décors. Il n'hésite pas à utiliser les trucs et astuces habituels dans les comics pour avoir à éviter de les représenter, parfois une page durant. Mais il prend soin de les décrire en ouverture de chaque scène et il le fait avec assez de détails pour qu'ils ne donnent pas l'impression d'être en carton-pâte. le lecteur se laisse donc prendre à cette narration visuelle énergique et virile, avec une saveur de genre assumée, et des clins d'œil discrets.
De son côté, Steven Grant a lui aussi baissé d'un cran et mêmes de plusieurs crans les caractéristiques nihilistes de son écriture pour Punisher. Mike Thorne n'est pas revenu de tout : il n'est pas en train de mener une guerre qu'il sait perdue d'avance. Il n'a pas renoncé à la possibilité d'un avenir meilleur. Il est animé par une forme d'absolu qui lui a fait refuser toute facilité ou tout compromis pour les conséquences d'avoir donné la mort par accident. de la même manière que ce personnage participe d'un archétype du polar, ceux qu'il rencontre sont aussi dérivés d'archétypes : le parrain du crime organisé, la femme de mauvaise vie, le second qui rêve d'être parrain à la place du parrain, etc. le lecteur qui est venu chercher un polar en a donc pour son argent, et Steven Grant sait utiliser les conventions du genre avec élégance, avec le bon équilibre entre les clichés attendus et l'originalité nécessaire pour donner de la saveur au récit. Il a conçu une intrigue tordue comme il faut, avec un bon suspense, même si la résolution reste classique. Il sait insuffler une réelle personnalité à chaque protagoniste en un minimum de dialogues. Par contre cette histoire ne constitue pas un révélateur d'une réalité sociale, ou d'une classe sociale. Elle dessine le portrait d'un individu qui sort de l'ordinaire, avec un système de valeurs personnel, et une capacité d'adaptation aux personnes en face de lui.
Il s'agit bien d'un petit polar tordu en 4 épisodes, sans velléité d'être un révélateur social, mais exécuté de main de maître, avec un scénariste dosant parfaitement ses dialogues, et ayant bâti une intrigue ludique, et un dessinateur dosant lui parfaitement ses effets pour une narration divertissante.
Je suis un fan de Michel Bussi. J'ai donc lu le roman il y a quelques années. J'avais beaucoup aimé la construction du récit avec cette ambiance si particulière de la Réunion. Par contre je n'avais pas accroché plus que cela à un final à la narration assez compliquée dans le roman.
Dns la série j'ai retrouvé les points forts que j'avais appréciés et j'ai trouvé le final bien plus lisible et accrocheur que lors de ma première lecture.
C'est dire si j'ai trouvé cette lecture polar très divertissante malgré ma connaissance de l'intrigue. C'était déjà le cas dans Nymphéas noirs avec une adaptation de F. Duval vraiment au top.
Le scénariste travaille avec une grande finesse sur le trio Purvi/Christos/Martial pour fournir une narration très construite, fluide et dynamique. Duval respecte très bien le déroulé et l'esprit du roman. Comme souvent avec Bussi il faut aller au delà des premières apparences et les choix de Duval laissent à entendre sans dévoiler le pourquoi du comment. Ensuite c'est un roman d'ambiance. Bussi nous emporte loin de sa Normandie chérie dans un contexte exotique très dépaysant.
Le roman insistait sur l'envers du décor d'une société rongée par la violence, la drogue ou le chômage derrière le clinquant des hôtels pour touristes Ici c'est juste suggéré grâce au personnage d'Imelda. Cela n'enlève rien à la cohérence du récit qui chante avec les incursions de phrases créoles dans la narration.
J'ai été un peu désorienté au début par le graphisme de Cassegrain. J'ai trouvé les visages de ses personnages avec un manque de volume et une forme allongée un peu trop prononcée. De plus les auteurs respectent le parti pris de ne pas faire de la série une carte postale de l'île.
On est assez loin des images sublimes proposées par les nombreux reportages sur l'île. Les extérieurs sont même un peu effacés par rapport à la dynamique des personnages. Une fois cela accepté cela reste un visuel très agréable qui soutient bien l'intrigue.
Une excellente lecture détente pour le bord de plage en gardant toutefois un œil sur ses bambins.
C'est une belle surprise que j'ai eu en dévorant cette série de Nicolas Juncker. Sa fiction basée sur deux sources qui ont vécu les événements traite avec tact et doigté une thématique longtemps taboue.
En effet les viols indénombrables dont sont victimes les femmes en temps de guerre a rencontré un déni partagé par toutes les armées modernes.
Comme le montre le récit, les autorités se sont souvent cachées derrière un règlement impossible à faire respecter. L'auteur nous plonge dans l'enfer de la prise de Berlin par l'Armée Rouge. Enfer partagé par les deux camps d'ailleurs car si les civils allemands avaient une survie de rats comme le montre la BD, les soldats russes eurent à se battre contre les derniers ados fanatisés du régime et a essuyé de nombreuses pertes de tirs "amis".
Cette tension et les souvenirs des monstruosités allemandes de 41 et 42 expliquent le sort peu enviable des femmes prises dans cet enfer.
La force de la narration est d'éviter tout manichéisme. Ingrid porte une part de culpabilité avec ses sympathies pour les SS et Evguenia appartient à un Corps, le NKVD, qui ne compte plus ses injustices meurtrières.
C'est au milieu de ce contexte que Juncker fait grandir un germe d'humanité qui donne espoir en un futur paisible. Futur encore utopique qui passe par les femmes bien proches des souffrances des combats et toujours éloignées des honneurs de la représentation du héros guerrier.
Le graphisme est un peu surprenant au début de la lecture mais au fil des planches, le dessin nous immerge de plus en plus dans ce gris poussiéreux des combats et du quotidien des uns et des autres.
Seule notre sympathique traductrice russe présente quelques rondeurs naïves et enfantines sur lesquelles on peut reprendre son souffle.
Une très belle lecture pleine de dignité.
Sur une île du Japon, un étrange brouillard est apparu du jour au lendemain duquel surgissent des créatures monstrueuses capables de ravager les villes et populations. L'armée Japonaise n'a pas réussi à les éliminer et a préféré mettre l'île en quarantaine, bloquant sur place une partie de la population. Une organisation armée non gouvernementale a toutefois décidé de rester sur place pour protéger les humains mais aussi étudier et combattre les monstres. Pour cela, elle a créé des humains hybrides dotés d'une force phénoménale proche de celle des monstres. Le héros, psychologique recruté par l'organisation, est amené à découvrir la situation sur l'île et à prendre la tête d'une section de ces hybrides qui ont besoin de son support psychologique pour pouvoir appréhender leur esprit mi humain mi bestial.
Ce manga reprend le thème des kaijus, monstres titanesques façon Godzilla, et le mélange à la trame du film The Mist pour en faire une série d'action avec un message de fond plus ou moins écologique, comme une revanche monstrueuse de la Nature envers les hommes.
C'est une série à grand spectacle, avec un excellent dessin de la part de Nykken. Il maîtrise parfaitement son art pour offrir des personnages soignés, vivants et bien reconnaissables, des décors détaillés, et des monstres qui se démarquent du reste par un style graphique légèrement différent qui accentue leur étrangeté et la menace qu'ils représentent. Créatures gigantesques, décors urbains qui se font pulvériser et action à tout va se mêlent à d'autres scènes plus posées où les héros analysent la situation et apprennent à se connaitre.
C'est le cas en particulier de la jolie Miko, membre de la section dont le héros prend la tête, et dont le caractère hybride témoigne de son étrangeté, ni vraiment humaine, ni vraiment monstrueuse. A travers elle, on essaie de comprendre ces créatures qui surgissent du brouillard, leur état d'esprit et leurs mystérieuses motivations.
Le ton de la série est très sérieux, privilégiant le suspens et l'action. Il présente heureusement une petite part d'humour pour contrebalancer, essentiellement centré sur les réactions autistiques de Miko régulièrement en décalage avec la situation tant elle est étrangère aux émotions humaines classiques.
Très bien dessinée et très bien rythmée, cette série est accrocheuse et donne envie de parcourir ses pages pour voir où elle va nous mener et comment l'Humanité va réussir à gérer cette menace titanesque qui s'en prend à elle.
Voilà un album plutôt étonnant, dans lequel je suis rentré un peu à reculons, et qui, petit à petit, m’a convaincu.
Je ne suis pas fan du dessin, hésitant, souvent brouillon – mais il est lisible quand même. Autre frein au départ, ça part dans tous les sens, ça parait hautement décousu, avec moult digression qui, de prime abord, semblent s’éloigner du sujet – la forêt donc.
Mais plus j’avançais dans cette lecture, et tous ces « pas de côté » (sur la chasse, les gitans, une philosophe chrétienne allemande, la biodiversité et la gestion de la forêt), plus j’étais convaincu que tout ça formait un tout. Claire Braud, sous des airs de « Colombo » documentariste, réussit son pari je trouve, en nous faisant voir la complexité du sujet, mais aussi les moyens d’action de chacun, les piste de réflexion.
Un album intéressant donc.
Note réelle 3,5/5.
Tiens, une nouvelle série qui me semble très intéressante chez Ki-oon.
Elle émarge dans le genre fantastique, avec ces jeunes gens dont les mutations leur confèrent des pouvoirs extra-ordinaires qui ont leur utilité dans un contexte de guerre, comme dans ce monde pseudo-médiéval qui nous est proposé. Le cheminement est classique : un garçon qui découvre ses pouvoirs est repéré par une entité ou un personnage puissant qui le prend à son service pour en faire une arme, changeant sa condition, mais la rendant à peine plus enviable. Ce qui m'a plu, c'est la représentation graphique des sons, comme les perçoit Luka, et l'utilisation qui en est faite par l'entremise de son clairon. C'est à la fois inattendu et très dynamique. Ce premier tome pose un peu les bases de l'univers, sans qu'on en sache beaucoup sur l'origine des pouvoirs des "Branchus". J'aime bien également le casque arboré par le Pape, dont le design n'est certainement pas anodin.
Dans le tome 2 on voit enfin les Branchus du groupe de Luka en action pendant une bataille, et la façon dont ils peuvent interagir. C'est assez bien vu, même si cela mérite d'être revu ultérieurement. ET tout à la fin, une déclinaison intéressante mettant en œuvre de la magie, je suis curieux de voir ce que le scénariste va en faire par la suite. Cela reste toujours de bonne facture au niveau graphique, je n'ai pas vu le temps passer pendant ma lecture.
Graphiquement, sans que le trait de Toumori se démarque d'autres mangas du même genre, il y a de l'énergie, de la recherche, sans toutefois se montrer m'as-tu vu dans les détails ou les mouvements. C'est lisible, c'est intéressant.
Je valide et je veux lire la suite.
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La Dame de Damas
J’ai bien aimé cet album, un roman graphique qui tend vers le documentaire et le témoignage historique. En tout cas le contexte, les décors (humains et urbains, politiques) sont très bien rendus. L’intrigue, dans les petites et les grandes lignes, est assez crédible. L’histoire se déroule en Syrie. Elle commence durant les premiers soubresauts des Printemps arabes, pour se poursuivre sur les 3 premières années de la guerre civile syrienne, jusqu’en 2013. Au travers des protagonistes que nous suivons, Filiu arrive bien à nous faire comprendre par la base comment la « révolution » a commencé, comment le pouvoir de Bachar El Hassad s’est rapidement cabré en durcissant la répression (y compris en tirant des missiles et en envoyant des gaz toxiques sur des populations civiles dans des régions urbaines densément peuplées). Il nous montre aussi le silence de la « communauté internationale », malgré les appels à l’aide des révoltés. La narration est fluide et agréable, et le dessin et la colorisation m’ont aussi plu. Il n’y a finalement que l’histoire d’amour entre le héros (un des leaders de la révolte dans le quartier de Damas où se situe l’intrigue) et son amie d’enfance qui en avait épousé un autre qui m’ait moins convaincu. Mais globalement, j’ai bien aimé cet album.
Un général, des généraux
Les auteurs racontent la grosse magouille du coup d'état des généraux durant la guerre d'Algérie et comment cela servit le retour de De Gaulle au pouvoir, les gaullistes ayant bien magouillé pour tromper tout le monde ! Le scénario est bien fait et montre bien l'absurdité de la politique française de l'époque (quoiqu'au vu de l'actualité récente, je devrais peut-être enlever 'de l'époque'). Le seul reproche que je peux faire c'est qu'il faut déjà avoir lu sur cette période historique pour bien comprendre ce qui se passe parce que sinon on est facilement perdu face à toutes ces magouilles où tout le monde essaie de tirer profit de la situation ou de garder le pouvoir en éliminant ses rivaux. Le dessin expressif de Boucq est parfait pour ce type de récit et ce qui est mieux, c'est que l'album est en format plus grand qu'un album franco-belge ordinaire, alors on peut mieux admirer son trait.
Juger Pétain
Un documentaire historique intéressant sur le procès de ce qui est sans nul doute la personnalité française la plus controversée du 20ème siècle, à savoir Pétain, qui est passé de héros à traitre le temps d'une guerre....en fait c'est bête pour lui, il était déjà assez vieux dans les années 30 pour mourir de vieillesse et ainsi garder une bonne image face à l'histoire. Mourrons tous jeunes comme Jean Moulin ! J'ai eu un peu peur au début parce que la narration est aride et j'avais peur de tomber sur un documentaire BD où au final l'image sert à rien et puis j'ai commencé à embarquer totalement dans l'album et j'ai vu que le dessin et la mise en page changent par moment (des strips humoristiques avec Churchill, le journal intime de Pétain, etc.) ce qui selon moi aide à aérer le récit et ne pas en faire une bête retranscription en BD du documentaire original. Le propos est passionnant car on voit les pour et les contres sur ce qu'a fait Pétain durant la guerre, alors que je pensais que c'était une question à laquelle il était plus facile à répondre. J'ai appris que Pétain avait peut-être de bonnes raisons de préférer un armistice, mais on voit aussi le moment où tout bascule et que Pétain aurait pu s'enfuir en Afrique du Nord, mais il a préféré s'accrocher au pouvoir, ce qui au final lui donne l'image d'un petit vieux égocentrique complètement déconnecté de la réalité qui va finir comme marionnette pathétique des Allemands et de Laval. Le déroulement de ce procès m'a captivé avec notamment tout le côté politique de l'affaire, avec notamment tous ces politiciens de la troisième République qui veulent se donner le beau rôle. On n'est clairement pas là pour faire un procès conforme sur la collaboration. C'est donc un bon album, mais qui s'adresse en premier lieu aux passionnés d'histoire et de politique, les autres risquent de s'ennuyer ferme.
Harleen
L'empathie est un handicap. - Ce tome comprend une histoire complète indépendante de toute autre. Il contient les 3 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2019/2020, écrits, dessinés, encrés et mis en couleurs par Stjepan Šeji?. Seul le lettrage a été réalisé par quelqu'un d'autre, en l'occurrence Grabriella Downie. Cette histoire est parue dans la branche Black Label de DC Comics, ce qui permet un ton plus adulte, et induit un format plus grand que celui des comics habituels. Dans son rêve, Harleen Frances Quinzel est en train de marcher dans une rue de Gotham dont la chaussée semble flotter dans les airs, les gratte-ciels sont étrangement inclinés, sur le ciel se détache le Batsignal. Tout d'un coup une nuée de chauves-souris passe au-dessus d'elle, et devant elle se tient un individu recroquevillé sur le sol, harcelé par les chauves-souris. Elle s'en approche le protège avec son corps et repousse une énorme chauve-souris anthropomorphe. Elle aide Joker à se redresser, lui annonce qu'elle est son docteur pour l'aider, et ils se mettent tranquillement à rire de concert. Un peu plus tard, elle interroge Morris, un soldat incarcéré, en tant que psychologue. Il évoque son service en temps de guerre, son amitié avec un autre soldat, la manière dont celui-ci est mort assassiné par une prostituée en pays étranger, la façon dont ça a changé sa façon de voir les choses : en territoire ennemi, chaque personne (homme femme, enfant) est un ennemi potentiel. Deux ans plus tard, elle présente sa thèse au cours d'un symposium à Gotham : pour elle la phrase clé prononcée par Morris est que l'empathie devient un handicap. Elle estime qu'en temps de guerre, ou de situation de stress prolongée, l'organisme passe en mode réponse combat-fuite, et que cela se transforme en maladie auto-immune si cet état se prolonge trop longtemps. Elle commence à s'empêtrer dans ses explications lorsqu'elle s'aperçoit que plusieurs personnes dans l'auditoire regardent leur montre et commencent à partir avant la fin. Après cet exposé peu réussi, Harleen Quinzel va prendre un verre avec sa copine Shondra, médecin, mais avec une carrière plus prometteuse, car son projet consiste en des solutions médicamenteuses pour le traitement de certaines formes de dépression. Sa présentation à elle s'est très bien passée, et elle conseille à Harleen de se souvenir que ce qu'attendent les investisseurs, c'est des prévisions de bénéfices. Un peu rassérénée par les propos de Shondra, Harleen Quinzel rentre chez elle à pied en pensant à sa situation de célibataire, d'une trentaine d'années, sans attache. Tout d'un coup, une violente explosion se produit dans la rue transversale qu'elle s'apprêtait à traverser. Joker en sort, accompagné par 4 hommes de main. Il dégaine son revolver et le braque sur Harleen. D'un seul coup, elle repense à tous les choix qui l'ont amenée là, en fermant les yeux. À sa grande surprise, Joker a décidé de ne pas faire feu, et de monter dans la voiture qui l'attend. Mais le conducteur ne démarre pas car ils sont entourés par des fumigènes rendant la conduite impossible. La voix de Batman se fait entendre et il intervient physiquement. Stjepan Šeji? est un auteur complet qui a commencé a travaillé pour Top Cow, en particulier des épisodes magnifiques de Witchblade, puis a créé sa propre série Ravine (2 tomes avec l'aide Ron Marz), et d'autres comme Death Vigil et Sunstone. L'éditeur DC Comics lui a donc offert la possibilité de réaliser une histoire sur Harleen Quinzel (créée par Paul Dini & Bruce Timm pour le dessin animé Batman, en 1993) qui soit hors continuité. En plongeant dans cette histoire, le lecteur ressent rapidement la force de l'immersion générée par la narration. Il a accès au flux de pensées d'Harleen Quinzel, sa réaction suite à ses entretiens avec ses chefs, avec ses patients, à la fois sur le plan thérapeutique, à la fois sur le plan émotionnel. Ensuite, l'artiste maîtrise parfaitement la construction des pages, la réalisation des cases. Il travaille à l'infographie avec un rendu s'apparentant à de la peinture, les traits de contours étant assez simples, parfois donnant l'impression d'avoir été tracés à la va-vite pour certains éléments comme les poils sous les aisselles de Joker. La peinture infographique apporte des textures réalistes pour la peau, les vêtements. Šeji? maîtrise parfaitement l'intégration de photographies retouchées, simplifiées en arrière-plan (par exemple pour certaines cases en extérieur), tout dosant savamment le degré de simplification : de faible, à uniquement de grands traits structurants. Il utilise les effets spéciaux de l'infographie avec retenue et pertinence, par exemple pour les flammes de l'explosion dans la rue. Tout en ressentant la force de l'immersion, le lecteur se dit aussi que l'auteur s'attaque à une histoire difficile à rendre intéressante car il la connaît probablement déjà : Harleen Quinzel, psychologue, tombe sous le charme de Joker et devient une criminelle costumée foldingue. Stjepan Šeji? dispose d'un atout : cette histoire est hors continuité, ce qui veut dire qu'il peut prendre des libertés avec la mythologie de Batman et ses ennemis. le lecteur ne peut donc pas être sûr et certain de ce qu'il va advenir d'un personnage qu'il connaît déjà. Par exemple, il découvre qu'Hugo Strange dirige l'asile d'Arkham lorsque Harleen Quinzel commence à y exercer. Par contre, la transformation d'Harvey Dent en Two-face est conforme au canon en vigueur. En fonction de sa connaissance des ennemis de Batman, il va se demander s'il peut tenir pour un fait établi que leur histoire personnelle est identique ou non, ce qui introduit des incertitudes dans le déroulement de l'histoire. Pour autant l'intrigue est bien celle-là : la jeune psychologue (30 ans) Harleen Quinzel va devenir Harley Quinn (c'est annoncé dès la séquence de rêve) au contact de Joker incarcéré à Arkham. Néanmoins, il y a déjà le plaisir de voir Stjepan Šeji? dessiner les personnages de la série Batman. Harleen Quinzel est à la fois très mignonne en jeune femme bonde, toujours bien mise, avec un sourire craquant, et un caractère bien trempé qui lui permet d'interroger les pires criminels sans être intimidée ou apeurée, et qui permet de tenir tête à ses collègues pas toujours animés de bonnes intentions. L'artiste évite de la sexualiser, même si la taille de sa poitrine a bizarrement augmenté dans le troisième épisode. Il a choisi de faire de Joker un individu d'une trentaine d'années également bien bâti, musclé sans être bodybuildé, avec des cicatrices dans le dos suite à ses différents combats. le lecteur peut être un peu déstabilisé par ce choix de montrer Joker comme un individu normal, plutôt séduisant, à part pour sa peau blanche, ses cheveux verts et son caractère volatil. Il faut attendre le troisième épisode pour découvrir une particularité physique qui constitue un manque ayant une forte incidence sur la psyché d'un individu. Stjepan Šeji? dessine Batman à trois reprises (plus une case), comme un individu grand et fort, mais sans sa mystique de créature de la nuit. Il a l'occasion de représenter plusieurs ennemis emblématiques de Batman, certains de manière très convenue (Two-Face), d'autres magnifiques (Poison Ivy). Au fil du récit, le lecteur peut apprécier le découpage des planches, d'une page avec 19 cases, à un dessin en double page ou en pleine page, mais sans abuser de ces derniers. Il se régale régulièrement de magnifiques images : un dessin en pleine page d'Harleen Quinzel prenant des notes sur son calepin, Joker et 4 hommes de main avançant avec le feu de l'explosion derrière eux, Harvey Dent et Quinzel discutant à une table sous un arbre en bordure de rivière, l'image d'Harleen Quinzel marchant sur une route reprise à deux fois, la mise en scène des entretiens entre Harleen Quinzel et les patients d'Arkham avec les expressions de visage et les postures corporelles, le motif des losanges du futur costume d'Harley Quinn, etc. D'une manière générale, Stjepan Šeji? privilégie plus la narration que les images choc. Ce choix participe à positionner le récit dans le domaine du suspense psychologique. Si le sort d'Harleen Quinzel ne fait pas de doute, il reste à suivre le cheminement qui l'y conduit. En tant que thérapeute, elle est convaincue qu'il est possible de soigner les patients pour les réinsérer dans la société. En tant que citoyenne, elle a assisté au premier rang au déchaînement de la violence chaotique de Joker. Elle confronte donc ses convictions professionnelles à la réalité de la rencontre avec ces criminels endurcis. Elle confronte également ses convictions à ceux qui les côtoient comme James Gordon, d'autres psychologues (Hugo Strange par exemple), et même Batman. Tout au long du récit, revient les deux questions suivantes. Faut-il croire en une possibilité de rédemption pour ces criminels endurcis ? Faut-il cautionner des méthodes d'intervention de type vigilant / superhéros pour pouvoir neutraliser ces supercriminels ? Stjepan Šeji? n'est pas le premier à développer ces deux thématiques. Il entremêle plusieurs points de vue dont celui de Joker, ce qui sort de l'ordinaire pour ce dernier. Les convictions d'Harleen Quinzel évoluent donc en fonction des différents entretiens, mais aussi des événements extérieurs comme l'agression dont est victime Harvey Dent. de temps à autre, le lecteur éprouve la sensation que l'auteur a placé un développement à cet endroit juste parce que ça lui tenait à cœur d'exposer cette idée et que ça permet de faire avancer l'état de Quinzel, mais sans plus y revenir par la suite, comme si finalement cette idée particulière n'avait pas plus d'importance que ça, qu'elle aurait pu être remplacée par une autre. Cela introduit une sensation d'arbitraire qui culmine avec le geste impulsif d'Harleen Quinzel à la fin de l'épisode 2, un passage à l'acte qui apparaît très soudain. de la même manière la concomitance de la transformation d'Harvey Dent apparaît bien pratique pour pouvoir permettre l'évasion du dernier chapitre. Ce récit sort de l'ordinaire et mérite sa place au sein du Black Label. Stjepan Šeji? se montre un auteur complet maîtrisant bien sa narration et la construction de son récit, avec des planches au service de l'histoire. Alors que le lecteur connaît déjà l'histoire, l'auteur parvient à l'y intéresser en donnant une épaisseur remarquable au personnage principal. Il montre que le sort d'Harleen Quinzel est directement lié à l'existence de ces criminels sans remords, la mettant au pied du mur quant à ses pratiques thérapeutiques. En fonction de ses attentes, le lecteur est alors pleinement satisfait de cette évolution progressive d'une personne se heurtant à la réalité, ou reste un peu sur sa fin du fait que la thématique de la sécurité et de la transgression ne soit pas tout à fait assez développée.
Damned
Où est le magot ? - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il comprend les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 1997, écrits par Steven Grant, dessinés et encrés par Mike Zeck, avec une mise en couleurs réalisée par Kurt Goldzung. Les couvertures ont également été réalisées par Zeck, et peintes à l'aérographe. Ce jour, Mike Thorne vient d'achever de purger sa peine de prison de 4 ans au centre de détention de Runacre. Il se présente au guichet de sortie pour récupérer ses effets personnels. le fonctionnaire pénitentiaire lui dit qu'il peut garder les affaires de Thorne s'il le souhaite, parce qu'il pense qu'il sera bientôt de retour derrière les barreaux. Thorne franchit la porte de sortie, et le directeur lui enjoint de profiter de cette seconde chance qui lui est offerte, car beaucoup d'autres aimeraient pouvoir en bénéficier. Thorne sort enfin à l'air libre, sans s'être jamais plaint une seul fois, sans avoir demandé pardon, sans avoir nié sa culpabilité. Il entend quelqu'un appeler son nom : il s'agit de Cliff Farage, son agent de probation. Celui-ci le conduit à la ville voisine et lui énonce les règles du jeu : pas de voyage dans une grande ville comme New Covenant, pas de télé, pas d'alcool, pas de femme, pas de drogue, pas de crime, le rendez-vous hebdomadaire avec lui, un boulot au salaire minimum dans le diner du coin, tenu par Slim un ancien détenu de Runacre. Mike Thorn se plie aux règles, supportant les remarques de sa collègue au Diner, mangeant des conserves à même la boîte, écoutant la radio, et se disant que les autres prisonniers avaient raison : à l'intérieur comme à l'extérieur il y a toujours quelqu'un pour diriger ta vie. Un jour, Mike Thorne prend sa pause à l'arrière du diner, et Slim le prévient : il a déjà vu ce regard chez d'autres ex détenus, et il lui déconseille d'essayer de prendre la poudre d'escampette. Mike Thorne lui explique qu'il n'a besoin que de 2 ou 3 jours pour se rendre à New Covenant et tenir la promesse qu'il a faite à Douglas Orton, un autre prisonnier, mort en prison. Il lui a demandé d'aller transmettre un message. Slim pose quelques questions sur Orton, et lui dit qu'il va lui avancer l'argent pour prendre le bus jusqu'à New Covenant, et le couvrir vis-à-vis de Farage, sous réserve que Thorne soit de retour avant son prochain rendez-vous avec Farage. Thorne le remercie en se demandant ce qui lui vaut cette gentillesse. Slim est déjà rentré dans le diner et il passe un coup de fil : il demande à parler à King Silver car il connaît le codétenu de Doug Orton. le lendemain, Mike Thorne prend le bus et se rend à New Covenant. Il doit retrouver la sœur d'Orton pour lui transmettre son message. Il se rend dans le quartier chaud, et demande son chemin pour se rendre à l'Orphelinat Sainte Bernadette à un grand balaise qui lui cherche des noises, mais qu'il remet sans peine à sa place. Il est accueilli par une sœur qui le fait rentrer. Il dit qu'il vient de la part de Doug Orton pour retrouver sa sœur Camille Orton. Un petit récit de polar tordu en 4 épisodes : sympathique, mais quel intérêt ? En 1986, Steven Grant & Mike Zeck collabore pour la première fois pour un récit passé dans les annales (malgré le dernier épisode sabordé par la politique éditoriale) : The Punisher : Cercle de sang. Avec cette histoire, ils font franchir un palier au personnage, l'extrayant du monde des superhéros pour en faire un exécuteur faillible et sans pitié. Quelques années plus tard, l'éditeur Marvel leur donne la possibilité de réaliser une histoire complète sans interférence : Punisher, retour vers nulle part (1989). Aussi en voyant arriver ce récit 8 ans plus tard, le lecteur ne peut qu'être alléché par l'idée d'une nouvelle collaboration entre ces 2 créateurs. Effectivement, l'histoire navigue entre polar et histoire de gangsters. Mike Thorne a fait une bêtise qui l'a envoyé au mitard pour 4 ans. Il sort avec une promesse faite à un autre détenu, et il ne faut longtemps pour qu'il se retrouve le centre d'attention d'un parrain qui cherche à mettre la main sur de l'argent qui a disparu. Bien sûr la somme en question attire la convoitise de 2 ou 3 autres personnes, elles aussi prêtes à faire usage de la violence pour apprendre ce que sait Mike Thorne. Steven Grant met en scène des personnages traditionnels : l'ex-taulard avec des principes moraux, le parrain qui n'hésite à se salir les mains et à qui on ne la fait pas, l'agent de probation qui connaît bien les ficelles et à qui on ne la fait pas non plus, la jeune femme dessalée et intéressée, le bras droit du parrain qui a sa propre ambition, le comptable timoré, et une officier de probation d'état jolie et efficace. Pour ceux qui ont lu Cercle de sang, il est indéniable que c'est un plaisir de retrouver Mike Zeck en bonne forme. Bien sûr, il est possible de remarquer des effets déjà présents dans cette aventure de Punisher : les yeux mi-clos avec un pourtour à l'encrage un peu appuyé, la tête à demi tournée vers l'arrière pour guetter un assaillant, faire feu sur un ennemi en en utilisant un autre comme bouclier humain, visage en train de transpirer en très gros plan, corps en mouvement dans une forte perspective, une très grande largeur d'épaule pour Thorne. Mais Mike Thorne n'est pas Frank Caste, et ni Zeck, ni Grant n'effectuent un décalque du Punisher. le dessinateur le représente comme un vrai sportif, sans être un culturiste, avec une certaine grâce dans ses mouvements, et une capacité de frappe très rapide. Il sait sourire, mais le plus souvent son visage affiche une intensité qui fait comprendre à son interlocuteur sa détermination. Les autres personnages présentent une forte personnalité graphique : la belle et fine Cam, le frêle Bobby avec ses très grosses lunettes, l'homme de main massif et taciturne, l'étrange parrain à l'air souvent narquois, voire rigolard. le lecteur s'aperçoit que Mike Zeck insère régulièrement une pointe d'humour visuel : les regards en coin de Mike Thorn, la dramatisation appuyée de certains visages, le calme vaguement désabusé de King Silver, les doigts d'honneur du mort dans le cercueil, la fausse soumission de Cam, Thorne en slip, etc. Ce n'est pas que le dessinateur se moque de ses personnages ou introduit de la dérision, c'est qu'il est conscient des conventions narratives du polar et qu'il les met en œuvre en sachant que les lecteurs les attendent sans être dupes. S'il a déjà lu des comics de superhéros illustrés par Mike Zeck (par exemple Marvel Secret Wars ou Captain America), le lecteur voit bien les gestes, les postures qui sont importés directement des conventions visuelles de ce genre. Toutefois ces réminiscences sont intégrées de manière cohérente dans la narration visuelle globale. Mike Thorne est effectivement un dur à cuir, à la fois suite à ses 4 ans passés en prison, mais également pour son passé de marine et de boxeur. Il doit défendre sa vie contre des truands qui n'hésitent pas à cogner. Ce polar met également en scène une femme fatale, 2 parrains, des hommes de main, personnages souvent présents dans les comics également. Zeck a trouvé le bon dosage dans la représentation des décors. Il n'hésite pas à utiliser les trucs et astuces habituels dans les comics pour avoir à éviter de les représenter, parfois une page durant. Mais il prend soin de les décrire en ouverture de chaque scène et il le fait avec assez de détails pour qu'ils ne donnent pas l'impression d'être en carton-pâte. le lecteur se laisse donc prendre à cette narration visuelle énergique et virile, avec une saveur de genre assumée, et des clins d'œil discrets. De son côté, Steven Grant a lui aussi baissé d'un cran et mêmes de plusieurs crans les caractéristiques nihilistes de son écriture pour Punisher. Mike Thorne n'est pas revenu de tout : il n'est pas en train de mener une guerre qu'il sait perdue d'avance. Il n'a pas renoncé à la possibilité d'un avenir meilleur. Il est animé par une forme d'absolu qui lui a fait refuser toute facilité ou tout compromis pour les conséquences d'avoir donné la mort par accident. de la même manière que ce personnage participe d'un archétype du polar, ceux qu'il rencontre sont aussi dérivés d'archétypes : le parrain du crime organisé, la femme de mauvaise vie, le second qui rêve d'être parrain à la place du parrain, etc. le lecteur qui est venu chercher un polar en a donc pour son argent, et Steven Grant sait utiliser les conventions du genre avec élégance, avec le bon équilibre entre les clichés attendus et l'originalité nécessaire pour donner de la saveur au récit. Il a conçu une intrigue tordue comme il faut, avec un bon suspense, même si la résolution reste classique. Il sait insuffler une réelle personnalité à chaque protagoniste en un minimum de dialogues. Par contre cette histoire ne constitue pas un révélateur d'une réalité sociale, ou d'une classe sociale. Elle dessine le portrait d'un individu qui sort de l'ordinaire, avec un système de valeurs personnel, et une capacité d'adaptation aux personnes en face de lui. Il s'agit bien d'un petit polar tordu en 4 épisodes, sans velléité d'être un révélateur social, mais exécuté de main de maître, avec un scénariste dosant parfaitement ses dialogues, et ayant bâti une intrigue ludique, et un dessinateur dosant lui parfaitement ses effets pour une narration divertissante.
Ne lâche pas ma main
Je suis un fan de Michel Bussi. J'ai donc lu le roman il y a quelques années. J'avais beaucoup aimé la construction du récit avec cette ambiance si particulière de la Réunion. Par contre je n'avais pas accroché plus que cela à un final à la narration assez compliquée dans le roman. Dns la série j'ai retrouvé les points forts que j'avais appréciés et j'ai trouvé le final bien plus lisible et accrocheur que lors de ma première lecture. C'est dire si j'ai trouvé cette lecture polar très divertissante malgré ma connaissance de l'intrigue. C'était déjà le cas dans Nymphéas noirs avec une adaptation de F. Duval vraiment au top. Le scénariste travaille avec une grande finesse sur le trio Purvi/Christos/Martial pour fournir une narration très construite, fluide et dynamique. Duval respecte très bien le déroulé et l'esprit du roman. Comme souvent avec Bussi il faut aller au delà des premières apparences et les choix de Duval laissent à entendre sans dévoiler le pourquoi du comment. Ensuite c'est un roman d'ambiance. Bussi nous emporte loin de sa Normandie chérie dans un contexte exotique très dépaysant. Le roman insistait sur l'envers du décor d'une société rongée par la violence, la drogue ou le chômage derrière le clinquant des hôtels pour touristes Ici c'est juste suggéré grâce au personnage d'Imelda. Cela n'enlève rien à la cohérence du récit qui chante avec les incursions de phrases créoles dans la narration. J'ai été un peu désorienté au début par le graphisme de Cassegrain. J'ai trouvé les visages de ses personnages avec un manque de volume et une forme allongée un peu trop prononcée. De plus les auteurs respectent le parti pris de ne pas faire de la série une carte postale de l'île. On est assez loin des images sublimes proposées par les nombreux reportages sur l'île. Les extérieurs sont même un peu effacés par rapport à la dynamique des personnages. Une fois cela accepté cela reste un visuel très agréable qui soutient bien l'intrigue. Une excellente lecture détente pour le bord de plage en gardant toutefois un œil sur ses bambins.
Seules à Berlin
C'est une belle surprise que j'ai eu en dévorant cette série de Nicolas Juncker. Sa fiction basée sur deux sources qui ont vécu les événements traite avec tact et doigté une thématique longtemps taboue. En effet les viols indénombrables dont sont victimes les femmes en temps de guerre a rencontré un déni partagé par toutes les armées modernes. Comme le montre le récit, les autorités se sont souvent cachées derrière un règlement impossible à faire respecter. L'auteur nous plonge dans l'enfer de la prise de Berlin par l'Armée Rouge. Enfer partagé par les deux camps d'ailleurs car si les civils allemands avaient une survie de rats comme le montre la BD, les soldats russes eurent à se battre contre les derniers ados fanatisés du régime et a essuyé de nombreuses pertes de tirs "amis". Cette tension et les souvenirs des monstruosités allemandes de 41 et 42 expliquent le sort peu enviable des femmes prises dans cet enfer. La force de la narration est d'éviter tout manichéisme. Ingrid porte une part de culpabilité avec ses sympathies pour les SS et Evguenia appartient à un Corps, le NKVD, qui ne compte plus ses injustices meurtrières. C'est au milieu de ce contexte que Juncker fait grandir un germe d'humanité qui donne espoir en un futur paisible. Futur encore utopique qui passe par les femmes bien proches des souffrances des combats et toujours éloignées des honneurs de la représentation du héros guerrier. Le graphisme est un peu surprenant au début de la lecture mais au fil des planches, le dessin nous immerge de plus en plus dans ce gris poussiéreux des combats et du quotidien des uns et des autres. Seule notre sympathique traductrice russe présente quelques rondeurs naïves et enfantines sur lesquelles on peut reprendre son souffle. Une très belle lecture pleine de dignité.
Superbeasts
Sur une île du Japon, un étrange brouillard est apparu du jour au lendemain duquel surgissent des créatures monstrueuses capables de ravager les villes et populations. L'armée Japonaise n'a pas réussi à les éliminer et a préféré mettre l'île en quarantaine, bloquant sur place une partie de la population. Une organisation armée non gouvernementale a toutefois décidé de rester sur place pour protéger les humains mais aussi étudier et combattre les monstres. Pour cela, elle a créé des humains hybrides dotés d'une force phénoménale proche de celle des monstres. Le héros, psychologique recruté par l'organisation, est amené à découvrir la situation sur l'île et à prendre la tête d'une section de ces hybrides qui ont besoin de son support psychologique pour pouvoir appréhender leur esprit mi humain mi bestial. Ce manga reprend le thème des kaijus, monstres titanesques façon Godzilla, et le mélange à la trame du film The Mist pour en faire une série d'action avec un message de fond plus ou moins écologique, comme une revanche monstrueuse de la Nature envers les hommes. C'est une série à grand spectacle, avec un excellent dessin de la part de Nykken. Il maîtrise parfaitement son art pour offrir des personnages soignés, vivants et bien reconnaissables, des décors détaillés, et des monstres qui se démarquent du reste par un style graphique légèrement différent qui accentue leur étrangeté et la menace qu'ils représentent. Créatures gigantesques, décors urbains qui se font pulvériser et action à tout va se mêlent à d'autres scènes plus posées où les héros analysent la situation et apprennent à se connaitre. C'est le cas en particulier de la jolie Miko, membre de la section dont le héros prend la tête, et dont le caractère hybride témoigne de son étrangeté, ni vraiment humaine, ni vraiment monstrueuse. A travers elle, on essaie de comprendre ces créatures qui surgissent du brouillard, leur état d'esprit et leurs mystérieuses motivations. Le ton de la série est très sérieux, privilégiant le suspens et l'action. Il présente heureusement une petite part d'humour pour contrebalancer, essentiellement centré sur les réactions autistiques de Miko régulièrement en décalage avec la situation tant elle est étrangère aux émotions humaines classiques. Très bien dessinée et très bien rythmée, cette série est accrocheuse et donne envie de parcourir ses pages pour voir où elle va nous mener et comment l'Humanité va réussir à gérer cette menace titanesque qui s'en prend à elle.
La Forêt - Une enquête buissonnière
Voilà un album plutôt étonnant, dans lequel je suis rentré un peu à reculons, et qui, petit à petit, m’a convaincu. Je ne suis pas fan du dessin, hésitant, souvent brouillon – mais il est lisible quand même. Autre frein au départ, ça part dans tous les sens, ça parait hautement décousu, avec moult digression qui, de prime abord, semblent s’éloigner du sujet – la forêt donc. Mais plus j’avançais dans cette lecture, et tous ces « pas de côté » (sur la chasse, les gitans, une philosophe chrétienne allemande, la biodiversité et la gestion de la forêt), plus j’étais convaincu que tout ça formait un tout. Claire Braud, sous des airs de « Colombo » documentariste, réussit son pari je trouve, en nous faisant voir la complexité du sujet, mais aussi les moyens d’action de chacun, les piste de réflexion. Un album intéressant donc. Note réelle 3,5/5.
The Bugle Call
Tiens, une nouvelle série qui me semble très intéressante chez Ki-oon. Elle émarge dans le genre fantastique, avec ces jeunes gens dont les mutations leur confèrent des pouvoirs extra-ordinaires qui ont leur utilité dans un contexte de guerre, comme dans ce monde pseudo-médiéval qui nous est proposé. Le cheminement est classique : un garçon qui découvre ses pouvoirs est repéré par une entité ou un personnage puissant qui le prend à son service pour en faire une arme, changeant sa condition, mais la rendant à peine plus enviable. Ce qui m'a plu, c'est la représentation graphique des sons, comme les perçoit Luka, et l'utilisation qui en est faite par l'entremise de son clairon. C'est à la fois inattendu et très dynamique. Ce premier tome pose un peu les bases de l'univers, sans qu'on en sache beaucoup sur l'origine des pouvoirs des "Branchus". J'aime bien également le casque arboré par le Pape, dont le design n'est certainement pas anodin. Dans le tome 2 on voit enfin les Branchus du groupe de Luka en action pendant une bataille, et la façon dont ils peuvent interagir. C'est assez bien vu, même si cela mérite d'être revu ultérieurement. ET tout à la fin, une déclinaison intéressante mettant en œuvre de la magie, je suis curieux de voir ce que le scénariste va en faire par la suite. Cela reste toujours de bonne facture au niveau graphique, je n'ai pas vu le temps passer pendant ma lecture. Graphiquement, sans que le trait de Toumori se démarque d'autres mangas du même genre, il y a de l'énergie, de la recherche, sans toutefois se montrer m'as-tu vu dans les détails ou les mouvements. C'est lisible, c'est intéressant. Je valide et je veux lire la suite.