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Juger Pétain

Note: 4/5
(4/5 pour 4 avis)

Le procès le plus retentissant du XXe siècle.


1939 - 1945 : La Seconde Guerre Mondiale Documentaires Politique Procès

Paris, le 23 juillet 1945. Au beau milieu de l’été, un an après la libération de la capitale par les troupes du Général Leclerc, c’est sous une chaleur harassante que la foule s’agglutine devant les portes du Palais de Justice. Et pour cause, c’est aujourd’hui qu’à lieu le procès du maréchal Pétain. Le procès d’un vieux monsieur de 89 ans, que l’on dit sénile et dont on a du mal à croire qu’il fut tour à tour sauveur de la République puis meneur de l’ignoble Collaboration. Seulement 3 mois après la capitulation finale de l’Allemagne nazie, c’est le procès retentissant de l’un des personnages les plus controversés de l’histoire de France qui commence... (texte : Glénat)

Scénaristes
Dessinateur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 09 Septembre 2015
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Juger Pétain

18/10/2015 | Spooky
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Par Erik
Note: 4/5
L'avatar du posteur Erik

Il y a des lectures qui peuvent vous permettre de changer d’avis sur le jugement d’un fait historique. Le régime de Vichy est décrit encore aujourd’hui à juste titre comme le pire que la France ait pu rencontrer dans son histoire si l’on excepte la Terreur. Ce régime était commandé par un homme au passé assez illustre et qui était vénéré à savoir Philippe Pétain. Ce dernier était le héros de la bataille de Verdun lors de la première Guerre Mondiale. Il est également devenu celui qui a trahi la France et a fait preuve de crime d’intelligence avec l’ennemi. Quand le président Mitterrand fleurissait sa tombe, il voulait surtout le faire au titre de la mémoire du héros sauveur à Verdun. Le Général de Gaulle s’est également empressé de commuer sa peine de mort en réclusion à perpétuité après l’avoir jeté en pâture auprès de ses jurés comme pour tourner une page de l’Histoire de France. Ce sont toujours les vainqueurs qui écrivent les pages de l'Histoire officielle. Jamais les perdants. De nos jours, lorsque des responsables politiques font référence au régime de Vichy pour contrer une loi que le premier ministre de gauche souhaite imposer au nom de la sécurité nationale, cela provoque un tollé. Bref, il ne fait pas bon être taxé de sympathisant à ce régime à tout jamais marqué par le sceau de l’infamie. Encore une fois, sans doute à juste titre quand on se remémore par exemple la rafle du Vel d’Hiv dans le cadre de la collaboration. On peut avoir une lecture orientée de l’Histoire également. J’avoue que j’ai toujours pensé que le Général de Gaulle était le sauveur et que Pétain était l’infâme traite à la Nation. Est-ce réellement la réalité ? La lecture de ce procès fait douter de ces réalités ou du moins jette un peu de complexité en étalant les faits de manière assez rigoureuses. Lorsqu’on sait que la plupart des fonctionnaires sous Vichy sont restés après la Libération tout en tournant leur veste, il y a de quoi se poser des questions légitimes. Cependant, le simple fait de remettre en cause ce dogme est une offense à la mémoire de tous ceux qui sont tombés pour la France durant cette période. La défense de Pétain était axée sur le fait qu’il était le seul capitaine au milieu de la tempête. En effet, il est facile de commander depuis Londres et de ne jamais se salir les mains. Et puis, tant qu’on y est, on n’a jamais posé plus de questions mis à part le procès de Riom quant à ceux qui ont permis qu’une telle débâcle militaire soit possible pour la 4ème puissance mondiale. J’ai un grand-père qui avait 14 ans lorsqu’un soldat au service du nazisme lui a tiré sur la jambe alors qu’il tentait de voler du pain pour se nourrir. J’ai exposé ce fait lors d’un repas avec des collègues un peu conservateurs dans une région également conservatrice pour ne pas dire sympathisante des théories de l’extrême droite. Réponse : il n’avait qu’à pas voler ! Sic ! Je livre cette anecdote personnelle juste pour situer les choses car je ne suis pas du tout un adepte ou un nostalgique de ce régime et pour tout vous dire, je ne les aime pas. Cependant, je m’interroge sur les manipulations politiques de l’Histoire. Tout n’est jamais noir ou blanc. Cela me fait d’ailleurs penser à la fin de la saga Hunger Games sur la même problématique entre un pouvoir autoritaire et la Résistance. Pardon pour la référence mais les plus jeunes comprendront aisément où je veux en venir… En effet, il y avait les communistes qui avaient un grand poids dans le gouvernement provisoire du Général de Gaulle. Il y avait également le rôle incontestable de Pierre Laval face à un vieillard de 80 ans qui aurait mieux fait de prendre sa retraite. Bref, la défense de Pétain a livré des arguments dont je ne suis pas ressorti insensible. Je pense que cet homme aimait véritablement son pays plus que son ambition personnelle et qu’il a voulu le protéger mais qu’il l’a mal fait car mal entouré. L’enfer est souvent pavé de bonnes intentions. Bref, une excellente bd pour mieux comprendre un pan peu glorieux de notre Histoire. Si les rôles avaient été inversés, aurait-il fait mieux ? Je me pose désormais cette question. Néanmoins, je garde à l'esprit que ce sont nos choix qui déterminent qui nous sommes...

22/03/2016 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5
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A la base, « Juger Pétain » est un documentaire TV réalisé par Philippe Saada. Aidé à l’écriture par ce dernier, Sébastien Vassant en a fait une adaptation en bande dessinée réussie. En France, rarement un homme d’Etat aura été autant source de discordes que Pétain. Aujourd’hui encore, le personnage subit le mépris d’une grande partie des Français. Car même s’il n’a cessé de clamer que, pour le bien de son peuple, il préférait la collaboration à la guerre, il a tout de même envoyé des milliers de Juifs à la mort. Mais s’en tenir à ce seul constat serait oublier que l’homme n’est pas arrivé à la tête du pays par hasard et qu’à l’époque, il bénéficiait d’une immense aura pour son rôle héroïque dans la Guerre de 14-18. Ce que rappellent fort judicieusement les auteurs à travers les étapes de ce procès. Retracer le déroulé d’un procès, si mémorable soit-il, aurait pu vite s’avérer rébarbatif, même en bande dessinée. Bien au contraire, la narration est ici très plaisante. Sébastien Vassant, tout en respectant la chronologie des plaidoiries, se met à la place du lecteur lambda en présentant les protagonistes et en énonçant des rappels historiques bienvenus. Mais surtout, il sait glisser des phases de respiration en utilisant les procédés métaphoriques et ludiques dans la mise en page que seule la BD permet, le tout relevé par un humour grinçant. Agrémenté d’une monochromie sépia, le dessin de Vassant s’attarde davantage sur les personnages et les visages que sur les décors, avec un talent certain pour saisir les expressions et les âmes, tels le « regard reptilien » de Pierre Laval, ou la mine à la foi fatiguée et gonflée d’orgueil de Philippe Pétain. Tous ces éléments font de « Juger Pétain » un excellent ouvrage pédagogique. A l’aide d’une documentation fouillée, les auteurs ont tenté de comprendre comment la France a pu sombrer dans un tel bourbier durant ces quatre années qui restent comme une tâche honteuse dans l’histoire du pays. Les auteurs ont su rester objectifs, si tant est que l’on puisse l’être face à l’antipathique Laval, retors et arriviste, grand manipulateur devant l’éternel, mais de façon honnête, ils rappellent que le jugement a été voté par un jury partial. En plus d’être ambitieux, Pierre Laval possédait de surcroît un talent oratoire (« sa grande spécialité : il ne dit pas tout ! ») et sut faire de Pétain sa marionnette, du moins c’est ce qui ressort à la lecture. Quant au vieux maréchal, affublé des pleins pouvoirs grâce aux manigances de son « dauphin », il devint littéralement grisé par le pouvoir, se voyant plus puissant que Louis XIV (alors que dans les faits, il n’était qu’à la tête d’un Etat croupion de l’Allemagne nazie).

05/03/2016 (modifier)
Par montane
Note: 4/5
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Cet album s'adresse avant tout aux passionnés d'histoire, et à ceux qui voudront approfondir leurs connaissances, sur une des périodes les moins glorieuses de l'histoire de France. Sur 130 pages, les auteurs se sont attachés à adapter un documentaire réalisé par l'un d'eux sur le "Procès PETAIN". Plutôt que de raconter le procès de manière un peu plate, dans le style d'une BD plus traditionnelle, les auteurs utilisent la caricature dans le dessin (comme l'ont fait David B et Jean Pierre FILIU dans Les Meilleurs Ennemis sur les relations entre les USA et le Monde Arabo-Musulman), pour en ridiculiser les acteurs de l'époque et montrer combien certains ne furent que des marionnettes aux mains de l'occupant. De même, les auteurs inventent un Journal Intime dans lequel PETAIN prendrait la parole pour expliquer son point de vu, et nous montrent également un Winston Churchill dans son salon se désolant de l'attitude des Français. On voit aussi au beau milieu du récit une sorte de dépliant publicitaire ventant les charmes de la ville de Vichy... Tout cela permet de maintenir un récit assez vivant, dans lequel on comprend mieux les raisons et les conditions dans lesquelles l'armistice a été conclue. L'ambivalence du personnage de PETAIN est particulièrement bien mise en avant. Comment quelqu'un qui était un héros national passe soudainement au statut de "traitre à la Nation"? Voila finalement la trame de ce procès, ou le simplisme est laissé de coté et la complexité des choix effectués clairement mises en évidence. Une belle réussite

26/10/2015 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
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Philippe Pétain, c'est pour toutes les générations nées après la seconde guerre mondiale, la figure institutionnelle du collaborateur, celui qui, du haut de l'Etat français, a sacrifié la nation. Pour la génération précédente, c'est l'archétype du demi-dieu guerrier, le vainqueur de Verdun en 1917. Mais lorsque la France a été attaquée puis occupée en 1940, c'est lui qui a obtenu l'Armistice et a gouverné le pays sous le joug nazi. Un acte -ou plutôt une suite d'actes- considéré(s) comme de la haute trahison pour l'ensemble de la population française. Son procès s'ouvre en juillet 1945, soit trois mois après la fin de la guerre, et durera trois semaines. C'est un événement sans précédent, qui sera largement relayé par les média. 70 ans plus tard, le documentariste Philippe Saada réalise Juger Pétain, qui retrace ces quelques jours cruciaux pour l'Histoire de France. Et dans la foulée une version en images avec Sébastien Vassant, excellent BD-reporter habitué de La Revue dessinée, afin d'aller encore plus loin dans la reconstitution des faits et la supposition de certains passages. Attention, il s'agit d'un procès, ne vous attendez pas à un lynchage effréné contre le Français le plus honni du siècle. Le prestige passé de Pétain est présent, mais aussi le fait qu'il a "donné" la France à l'envahisseur. La proximité du procès avec la fin du conflit avait deux raisons ; d'une part l'âge très avancé (89 ans) de l'accusé et aussi le besoin d'exorciser au plus vite les quatre à cinq années de souffrance d'une bonne part de la population. Ce qui explique que certains éléments, comme la déportation et l'élimination de centaines de millions de personnes, soient plus ou moins passés sous silence, non pas par ignorance mais parce que l'ampleur de l'horreur du phénomène n'était pas encore connue. Le résultat est un récit d'apparence aride, un procès c'est rarement passionnant, mais que les auteurs ont émaillé d'intermèdes un peu ludiques (si on peut dire ça dans ce sujet si particulier), nous mettant dans la tête de Pétain qui fait un retour sur sa vie ou dans le cabinet de Churchill, grand amateur de thé. Les auteurs laissent une large place aux "vrais" acteurs de cette période, tels Daladier, Laval, passant de façon plus superficielle sur les témoignages sans incidence. L'ensemble est très éclairant sur la façon dont Pétain et son entourage ont vécu et géré cette époque, tâchant de ne pas paraître trop partisan de l'accusation. Le travail de Sébastien Vassant est remarquable. Très proche des spécialistes des prétoires, il s'est attaché à croquer le plus fidèlement possible les différents intervenants, qui pour des questions de mode, se ressemblaient pas mal. Il n'hésite cependant pas à aller un peu plus vers la caricature pour rendre sa copie moins austère. La patte de La revue dessinée, en quelque sorte. Fortement conseillé si vous souhaitez en savoir plus sur ce pan de notre Histoire...

18/10/2015 (modifier)