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Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série La vie et la mort de Toyo Harada
La vie et la mort de Toyo Harada

Un acmé ? - Ce tome fait suite à la première saison Harbinger et la deuxième saison Imperium, toutes les 2 écrites par Joshua Dysart. Il comprend les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2019, écrits par Joshua Dysart, dessinés et encrés par Carlos Alberto Fernandez Urbano (CAFU), avec une mise en couleurs réalisée par Andrew Dalhouse. Les scènes du passé ont été illustrées par Mico Suayan pour l'épisode 1, par Butch Guice pour l'épisode 2, par Adam Pollina pour l'épisode 3, par Diego Yapur pour l'épisode 4, par Kano pour l'épisode 5, et par Doug Braithwaite pour l'épisode 6. Ce tome contient également les couvertures alternatives réalisées par David Mack, CAFU, Mike Choi, Jeffrey Veregge, Ben Harvey, Dean Haspiel, Ken Lashley, Nen Chang, Jack Herbert, Dan Brereton, 12 pages de crayonnés et d'encrage, et 2 pages extraites de la proposition initiale de Joshua Dysart pour la série Harbinger. Qu'est-ce qui existait avant la connaissance ou la compréhension ? D'où est venue l'étincelle qui a tout enflammé ? L'explosion qui a suivi l'étincelle contenait toute l'information qui a jamais été et qui sera jamais. L'explosion a inventé le temps. 400 millions d'années après l'étincelle, la lumière fut enfin. En 1938, Toyo Harada voit le jour à Hiroshima au Japon. En 1941; lorsque le Japon entre en guerre, le père de Toyo Harada s'engage dans l'armée. En 1943, il meurt au combat. En 1945, la bombe atomique Petit Garçon (Little Boy) s'abat sur Hiroshima. le jeune Toyo voit sa mère être consumée par le feu atomique et lui survit. En 1948, se tient le festival pour la paix à Hiroshima au cours duquel un Lieutenant général des forces alliées s'adresse à la foule. Il s'interrompt en voyant arriver un jeune garçon devant qui la foule s'écarte et se prosterne. Il reprend connaissance dans un hangar abritant des armes et des munitions. Toyo Harada ordonne au général de distribuer les ressources présentes dans le hangar aux populations les plus faibles. Il ajoute qu'il est le promoteur d'une nouvelle ère de paix. Au temps présent, les informations annoncent que 9 pays se sont alliés à Toyo Harada, que des guerres civiles impliquant des manifestants pro-Harada se sont déclenchées dans 19 états. Morris Kozol donne une conférence en Chine : c'est le président directeur général de la multinationale Rising Spirit, spécialisée dans la fabrication de dispositif anti-psiotiques. Il explique que l'objectif de Toyo Harada est de fomenter des insurrections contre les gouvernements en place, afin de s'installer comme dictateur de la Terre entière. Il dispose d'un petit groupe d'individus dotés de capacités extraordinaires : Angela Vessel, Gravedog, Seigneur LV-99, Law, Darpan, Orchid, Mech Major et Ingrid Hillcraft. À côté de sa base Fondation (une ville de réfugiés en Somalie), il a fait construire un ascenseur spatial proche d'être terminé et opérationnel, pour aller récupérer la technologie de la race extraterrestres des Vine, en orbite proche de la Terre. Actuellement, Toyo Harada est à la tête d'une équipe (Gravedog, LV-99, Law, Darpan et Orchid) pour stopper une attaque contre l'ascenseur spatial et neutraliser les soldats des forces alliées. Ce récit vient constitue une forme de troisième saison après Harbinger (26 épisodes) et Imperium (16 épisodes), l'un et l'autre écrits par Joshua Dysart. Ce dernier dispose de 6 épisodes pour terminer son histoire, et il n'a pas le temps d'effectuer des rappels sur les personnages ou sur la situation de départ. du coup, ce tome s'adresse essentiellement aux lecteurs ayant lu au moins Imperium, et au mieux Harbinger + Imperium. Les autres risquent de n'avoir aucune idée de qui sont tous ces personnages, quels sont leurs pouvoirs, quelle est l'histoire qui les unit, ce que représente Rising Spirit, ou encore pourquoi ce moine qui saigne revêt une importance particulière. Ceux qui ont lu les deux premières saisons sourient d'aise en voyant Mech-Major reprendre son nom de Sunlight on Snow, éprouve un grand plaisir à retrouver Ingrid Hillcraft, et à reconnaître les différents alliés de Toyo Harada, y compris les plus dangereux comme Angela Vessel et LV-99. Chaque épisode comprend 30 pages, sauf le sixième qui comprend 15 pages de récit. C'est à la fois plus qu'un épisode habituel de comics (20 pages), et à la fois trop peu. Joshua Dysart souhaite apporter une conclusion satisfaisante à son récit sur plusieurs plans : la vie (et la mort, c'est dans le titre) de Toyo Harada, le conflit qui oppose la Fondation et les nations constituées, le sort de plusieurs personnages secondaires. Malgré la pagination, il doit faire des choix : il n'a pas la place de développer autant de personnages, et il s'appuie donc sur ce qu'il en a déjà dit dans les 2 premières saisons, sans pouvoir en dire beaucoup plus. En particulier, Darpan, Law et Orchid sont réduits au rôle de pions, d'artifices narratifs, sans personnalité propre. L'une des caractéristiques initiales des deux premières saisons était leur proximité avec le monde réel, plus forte que celle des univers partagés de DC ou de Marvel. C'est encore le cas ici avec CAFU qui réalise des planches descriptives et réalistes, soignées et détaillées. Il investit du temps pour représenter les décors avec une très grande régularité dans plus de 80?s cases, niveau beaucoup plus élevé que dans un comics de superhéros traditionnel. Il en découle que le lecteur peut aisément se projeter dans chaque environnement : à l'extérieur du bâtiment qui abrite les bureaux du projet appliqué Harada, au-dessus d'une mine de cobalt dans la République Démocratique du Congo, dans l'espace juste au-dessus de l'atmosphère terrestre, dans la grande cité de la Zone Fondation en Somalie, sur le porte-avions USS Bush, etc. L'artiste apporte le même soin à la représentation des personnages : des êtres humains élancés avec une musculature normale sans exagération, un robot métallique et froid, un monstre extraterrestre qui fait peur, des civils banals, des militaires compétents, etc. Ces choix graphiques contribuent de manière essentielle à rendre le récit proche de la réalité du lecteur. L'auteur et les responsables éditoriaux ont fait le choix de confier les scènes du passé de chaque épisode, à un dessinateur différent, ce qui fait sens à la fois pour marquer la distinction entre le passé et le présent, à la fois entre les différentes décennies. En termes de réalisme, Mico Suayan est plus impressionnant que CAFU, avec des dessins plus détaillés, plus précis, tout en restant aussi lisibles. Andrew Dallhouse adapte sa mise en couleurs pour chacun des artistes de manière à accroître la distinction entre les différents plans dans chaque case, à souligner les reliefs, sans surcharger les dessins. Butch Guice reste lui aussi dans un registre réaliste, avec un encrage plus appuyé qui rend bien compte de la rigueur des éléments déchaînés pendant une tempête. de prime abord, les dessins d'Adam Pollina semblent trancher fortement avec les autres. le lecteur se rend compte que cela est dû à la mise en couleurs avec des teintes plus vives, et que ce parti pris est adapté à la nature des souvenirs qui comprend une dimension spirituelle. Les dessins de Diego Yapur reviennent dans un registre plus réaliste, avec une mise en couleurs naturaliste, légèrement plus doux que ceux de CAFU. Les dessins de Kano donnent l'impression d'être plus simples et plus crus que les précédents, ce qui peut se voir comme la vision du jeune homme qui accompagne Toyo Harada dans ces moments. Enfin, Doug Braithwaite réalise des planches impressionnantes pour rendre compte d'une séquence se déroulant dans une autre dimension. Le lecteur se plonge avec facilité et avec délice dans cette bande dessinée soignée pour découvrir ce qui arrive à ce personnage à l'aura magnétique, animé de bonnes intentions, mais utilisant des moyens douteux, ou pour le moins discutables. le lecteur s'en souvient vite en retrouvant ses alliés comme LV-99 et Angela Vessel. Il retrouve également des moments de la vie de Toyo Harada qu'il connaissait déjà : la mort de son père, la mort de sa mère, et d'autres qu'il découvre. Joshua Dysart se montre habile à montrer le cheminement de la vie d'Harada qui fait qu'il lui a fallu du temps pour arriver à bâtir sa multinationale et que sa création d'état indépendant s'est faite dans le chaos. S'il peut regretter que certains personnages secondaires ne puissent pas être développés (à commencer par Ingrid Hillcraft), le lecteur voit que l'auteur tient bien sa promesse du titre : raconter la vie et la mort de Toyo Harada. Il retrouve la thématique principale d'Imperium : un être doté de pouvoirs extraordinaires fait tout ce qu'il peut pour améliorer le sort de l'humanité, pour initier le changement et vaincre l'inertie incroyable de la population mondiale. Même avec la durée de vie allongée de Toyo Harada, il est obligé d'user de la force et de s'allier à des individus peu recommandables. Encore adolescent, il utilise des méthodes expéditives dont il paye le prix. Plus mature, il est confronté à l'absurdité de la vie, à son absence de sens, ce qui provoque en lui une période de doute. Indubitablement, le lecteur éprouve une grande satisfaction à voir ainsi se dérouler la vie de Toyo Harada, à comprendre ce qui a façonné sa personnalité et ses choix de vie, à voir ses plans mis à l'épreuve de la réalité. Il est un peu surpris de voir réapparaître le moine qui saigne, et dans le même temps comblé que le mystère qui l'entoure soit levé. Il ne s'attend pas à la conclusion, ni dans le fond, ni dans sa forme, même si ce dénouement apporte une fin cohérente et satisfaisante. En termes de confection, le lecteur trouve tout ce qu'il était en droit d'attendre : un récit qui évoque la vie et la mort de Toyo Harada, qui bénéficie d'une narration visuelle soignée et minutieuse, ainsi qu'une dimension mythologique rattachant Harada à l'étincelle originelle de l'univers. Pourtant il est possible qu'il subsiste un goût de trop peu. Il faut un peu de temps au lecteur pour trouver d'où provient cette touche de frustration. Finalement, ce tome n'est pas l'apogée du récit, mais sa conclusion logique. Joshua Dysart a pris le risque de placer la culmination du récit dans Imperium, plutôt qu'à la fin, dans le dernier tome. C'est un déroulement qui ne va pas crescendo, en décalage avec 99,99?s récits de ce genre, ce qui déroute.

09/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Carcajou
Carcajou

Sortie il y a quelques mois déjà, cette bande dessinée semble être un peu passée sous les radars. Pourtant, il s’agit d’une des meilleures bandes dessinées parues en 2024 qu’il m’a été donné de lire (jusqu’à présent, mais je pense qu’elle restera dans le haut du panier, quoiqu’il advienne). Carcajou tient autant de la fable que du récit d’aventure, son assise historique est intéressante tandis que la grande galerie de personnages lui apporte tout son sel. L’histoire se découpe en trois parties : - un long crescendo dans l’horreur, la convoitise, le meurtre, le sordide ; - une descente ensuite marquée par le sentiment de culpabilité de différents personnages. Sentiment qui les fait progressivement sombrer dans la paranoïa, la folie, en quête d’un pardon qui ne viendra pas ; - une conclusion, enfin, marquée par l’acceptation, le renoncement et la réconciliation sinon avec le genre humain du moins avec une terre nourricière. Vous l’aurez sans doute compris : la trame générale de ce récit n’a rien de drôle. Pourtant le ton oscille constamment entre la farce et l’horreur. C’est à la fois très noir et enjoué, grave et jouissif. Et c’est dû à une galerie de personnages hauts en couleurs, à des dialogues vifs et percutants, à une intrigue finement ciselée, à un dessin expressif et à une colorisation franche. On est clairement proche du sans-faute même si le récit n’est pas dépourvu de certaines petites facilités. Franchement bien à mes yeux, un achat que je ne regrette vraiment pas !

09/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Au bord du monde
Au bord du monde

En vacances dans le Finistère, et sur les conseils d’un libraire local, j’ai acheté la version de cet album parue chez Locus Solus. Une version augmentée qui vaut autant le coup d’œil pour les trois récits de Bruno Le Floc’h que pour les nombreux ajouts qui constituent près de la moitié du livre. Les trois récits de le Floc’h sont clairement des œuvres de jeunesse. Elles ne proposent pas la même densité dans le contenu qu’un album comme « Trois éclats blancs » mais j’ai vraiment beaucoup aimé l’authenticité qui s’en dégage. L’auteur nous plonge littéralement dans cet univers à la fois marin et paysan (un univers dont je me sens très proche de par mes ancêtres qui, à défaut d’être bretons n’en étaient pas moins marins et paysans), entre histoires locales et légendes, marqué par les superstitions et la religion, par la rudesse de la vie, du travail, du climat. A défaut de développer des intrigues implacables, ces récits ont une âme, une sincérité à laquelle je suis très sensible. Par ailleurs, il y a le trait de l’auteur, influencé par Pratt. Un trait cinglant, qui va à l’essentiel sans pour autant oublier les détails (comme par exemple les tenues des personnages). C’est pur, brutal et envoutant… comme la mer. Les ajouts qui constituent la seconde moitié de l’album permettent de revenir sur le parcours de l’auteur, ses influences, son attachement au pays bigouden, ses recherches graphiques, sa « patte » si personnelle. Là encore, j’ai senti beaucoup de sincérité et de respect. Non plus d'un auteur vis-à-vis d’un peuple mais des proches vis-à-vis d’un auteur, cette fois. Au final, même si je trouve l’objet un peu cher, je ne regrette pas mon achat. Sans doute mon attachement au Finistère y est-il pour beaucoup. Très certainement mes antécédents familiaux jouent-ils aussi un rôle. Mais je me sens proche de cet auteur trop tôt disparu et ses histoires me parlent particulièrement, même dans le cas présent où ils tiennent plus de l’anecdote et de la légende locale que de l’évocation historique.

09/07/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Moi, menteur
Moi, menteur

Eh beh, ça tire à boulet rouge ici ! Le dernier arc de la trilogie du moi enfonce encore plus loin le clou des précédents en peignant d'un noir désespéré notre société occidentale. Après le rouge sang du meurtre, le jaune de la folie, voici le vert du mensonge. Mais cette fois-ci une planche finale liera les trois couleurs, dans un triptyque qui allie le meurtre, la folie et le mensonge, se finissant sur ce dernier, créant le politicien parfait. Merveilleux ! Cet album (comme les autres d'ailleurs) est lourdement chargé en symbolique. Que ce soit dans le dessin, avec par exemple une reprise évidente de la Cène, dans le propos et la symbolique des lieux (la cathédrale), que ce soit dans la liaison thématique (le faux dans l'art et en politique), dans les personnages (le tueur artistique tué par des tueurs politiques), etc ... C'est rempli de détails qui font le sel de la lecture et l'intérêt de la relecture, parce qu'une telle BD nécessite sans doute deux lectures pour tout assimiler. Le cœur du récit est le mensonge politique (avec un type qui fait diablement penser à Macron d'ailleurs ...) autour de ce communicant en langage qui va vite se révéler apolitique, ou au moins hors des clivages traditionnels (ça me rappelle quelqu'un ça ...) et qui mangera à tout les râteliers dans l'ombre, gagnant en pouvoir parce qu'il est indispensable. Et qu'il est nécessaire ! Le volume va pousser jusqu'au bout la logique du menteur, enfoncé dans un océan de mensonges qui servent à maintenir une façade de respectabilité au parti le plus corrompu d'Europe. Et la BD reste dans un cynisme atroce jusqu'à l'arrivée à Bruxelles, où l'Europe maintient le statut quo tout en faisant croire à une respectabilité. Si je ne pense pas que la BD est parfaitement vraie, elle tape sacrément juste au regard des innombrables affaires de corruption ou de cabinet de conseil, jusqu'en France. La série "moi, ..." pose vraiment des scénarios riches, denses et complexes mêlant les questionnements sur la nature humaine, l'art et les problématiques sociétales. A travers les trois tomes, c'est une société malade qui est méticuleusement décortiquée, le tout dans une ville espagnole qui semble chère à l'auteur. C'est tragique mais terriblement vrai, malheureusement, de voir comment notre monde est. Et le rappel est sordide mais salutaire : cet Adrian qui n'a plus de volonté politique, détaché des sentiments humains, juste tendu vers son travail qu'il accomplit au mieux sans se soucier des conséquences autre que son pouvoir et l'argent. La réunion des partis d'extrême-droite est glaçante, à ce niveau-là. Honnêtement, on est pas loin d'un petite chef-d’œuvre en terme de série. C'est puissant dans le propos, dérangeant dans le fond et sublimé par des dessins qui sont à mi-chemin entre une horreur quotidienne qui ferait penser à Lovecraft et un polar noir qui joue sur les bas-fond sordide de l'être humain. Je recommande clairement la lecture !

09/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Quatrième Mur
Le Quatrième Mur

J'ai vraiment été enthousiasmé par cette lecture. Je suis fan de théâtre et Antigone d'Anouilh reste un must du répertoire. Je ne connais pas le roman de Sorj Chalandon mais j'ai trouvé cette thématique de la liberté proposée par Anouilh appliquée à la guerre du Liban dans son épisode le plus tragique très saisissante. Evidemment les événements relatés dans le récit de Corbeyran sont encore très présents dans ma mémoire. De plus le fait d'être assez familier avec les différentes composantes du puzzle libanais est un atout pour suivre facilement le déroulé du scénario. Contrairement à Ju j'ai bien aimé l'équilibre entre la partie française et la partie libanaise de la série. Cela permet de bien installer les personnalités de Georges et de Samuel dans leur quête de justice. Cela crédibilise aussi l'action de Georges qui devient malgré lui un Hémon prêt à tout perdre. Corbeyran travaille son scénario de façon très intelligente pour nous donner un éclairage moderne de la pièce de Jean Anouilh. C'est très rythmé et sans aucune facilité. J'ai trouvé le graphisme de Horne bien adapté à l'esprit du récit. Son N&B très grisé s'adapte particulièrement bien à la partie libanaise faite de poussière de la route ou des bombes. Cependant l'univers sans nuance, en N&B de la jeunesse de Georges correspond aussi à ce graphisme. Si les extérieurs sont rares le dessin travaille le contraste des expressions entre Georges et Samuel. Une très bonne lecture qui touche par la justesse de ses propositions sur les thématiques de liberté et de justice.

09/07/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Plutôt jouir !
Plutôt jouir !

Agréable découverte, quelques pages pour poser les bases et hop l'excursion commence ! Pas une seconde d'ennui, pas le temps ! C'est l'histoire d'une vieille dame qui n'a justement plus de temps devant elle. En arrivant à l'EHPAD, elle se plonge dans ses souvenirs, ressent la nostalgie du passé, d'un certain manque sexuel qu'elle a perdu trop vite, et avec un brin de folie, décide d'exposer sa fleur pour goûter une dernière fois au plaisir d'une abeille butineuse. Cette dame est super attachante et complètement déjantée ! On suit son aventure avec le sourire tout du long. C'est original, drôle et poétique. Ça nous fait réfléchir sur la sexualité des personnes âgées et on a envie d'en savoir plus. Mais également sur ce que le vieillissement implique, comme vivre en EHPAD, les aides sociales, l'infantilisation, le regard des autres... J'hésitais entre 3 et 4 étoiles, mais pour l'originalité, je tranche à 4. Le dessin au trait minimaliste qui me fait penser à Tom-Tom et Nana se marie bien avec le ton humoristique de l'histoire. J'ai particulièrement aimé la colorisation qui semble être à l'aquarelle. C'est une BD qui fait passer un bon moment et qui offre un regard frais et plein de vie sur la vieillesse.

08/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Jardin des désirs
Le Jardin des désirs

Un album sympathique. Ce qui est bien avec lui, c’est que je l’oublie rapidement mais que je prends toujours autant de plaisir à le redécouvrir. Le scénario n’est pas des plus consistants mais les tribulations amoureuses de notre dandy restent agréables à lire. Le côté léger et surtout la fin effacent les idées sources à débat. Mais le top de l’album reste le dessin et couleurs de Will. Il y a une belle magie, ses femmes sont superbes, c’est doux et légèrement érotique. Un agréable moment à chaque fois. Avec le temps, ça vaut bien un petit 4*

08/07/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Moi, fou
Moi, fou

Ce deuxième tome poursuit l'étrangeté du monde présenté par Antonio Altarriba, sorte de version corrompue de notre monde, qui semble pourtant bien réaliste. Ce volume confirme la très bonne impression que j'ai à propos de ce duo : le dessin noir et blanc avec une unique touche de couleur prédominante, ici jaune folie, permet de créer directement des ambiances sombres et hallucinées propices au propos. C'est sur un mélange de paranoïa et de réalisme que la BD se construit, avec la progression du personnage dans une boite pharmaceutique faisant explicitement référence aux laboratoires Pfeizer, jusque dans le nom. La question des maladies mentales nouvelles est abordée avec un cynisme qui fait froid dans le dos, inventant de nouveaux troubles pour vendre plus d'anciens médicaments sans jamais se poser la question de la pertinence de l'idée (il faut juste vendre) ni de ce qui les provoque toujours plus, comme un système défaillant. Sans en dire les mots, c'est bien une critique de notre société et du capitalisme qui est fait dans la BD. Parlant de folie humaine, c'est bien plus la société qui semble devenue folle et prise d'étranges maladies mentales. Le final est glaçant et renforce cette noirceur, tout en replaçant aussi la question des entreprises, microcosmes dans lesquels se développent des folies ordinaires. On peut repenser à ces gens qui finissent par revenir dans la boîte avec un fusil ... La BD est sombre mais véhicule beaucoup de bonnes idées. C'est autant dans les discours que les détails : le personnage principal est homosexuel, "déviance" qualifiée de maladie pendant très longtemps, et qu'on tentait de "soigner". Je ne pense pas que ce soit un choix au hasard que de l'avoir mis comme personnage central. D'autre part on voit des liens avec Moi, assassin par des personnages qui reviennent, soulignant la continuité thématique des messages. L'art, la folie, le côté sombre de l'humain, la société en proie au capitalisme ... On est sur une série posant de grandes questions sur l'humain et dont les réponses mettent surtout en avant comment la société y répond mal. Une BD lourde mais ô combien pertinente, je trouve.

08/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Batman vs Deathstroke
Batman vs Deathstroke

Mon fils : ma bataille - Ce tome fait suite à Deathstroke Rebirth, Tome 5 : La chute de Slade (épisodes 26 à 29 et annuel 1) qu'il n'est pas indispensable d'avoir lu avant, mais il vaut mieux être au fait des principaux événements de la série Deathstroke. Il comprend les épisodes 30 à 35, écrits par Christopher Priest. Carlo Pagulayan a dessiné les épisodes 30 à 32, 34 et 35, avec un encrage de Jason Paz aidé par Roberto Viacava & Larry Hama pour les épisodes 31 & 32, de Trevor Scott pour l'épisode 34 et d'Andy Owens pour l'épisode 35. Jeromy Cox a réalisé la mise en couleurs de 5 épisodes. L'épisode 33 est dessiné par Ed Benes, encré par Richard Friend, avec une mise en couleurs réalisée par Dinei Ribeiro. Les couvertures ont été réalisées par Lee Weeks (é30), Robson Roqua, Daniel Henriques et Brad Anderson pour les épisodes 31 à 35. Ce tome comprend également les couvertures variantes réalisées par Francesco Mattina (*5), Jerome Opeña, ainsi qu'un texte de 3 pages rédigé par Priest expliquant les enjeux d'une rencontre entre les 2 personnages, et 6 pages d'études graphiques. Dans un bar à New York, William Randolph Green se retrouve face à Alfred Pennyworth et ils échangent quelques phrases pleines de sous-entendus sur les courses hippiques en train de se dérouler. En fin de soirée, ils se retrouvent à descendre des verres ensemble, et à évoquer leur employeur respectif. Dans un enregistrement vidéo, Tim Drake évoque une caractéristique de Batman. À Gotham, dans la chambre des coffres d'une banque, la police enquête sur une effraction. James Gordon demande aux policiers de sortir, et une fois que Batman est entré dans la pièce, il lui remet une enveloppe à son nom. Sur une autoroute sortant de Gotham, le véhicule des cambrioleurs se fait arraisonner par Batman et il demande à celui encore conscient d'où provient ladite enveloppe. Il n'obtient aucune information concrète. Au manoir des Wayne, Bruce a ouvert l'enveloppe : il s'agit de résultats de tests ADN concernant Damian. Sa mère est bien Talia al Ghul. Par contre, les marqueurs du père ne correspondent pas à Bruce Wayne. Dans un enregistrement vidéo, Jericho (Joseph Wilson) parle de la capacité de son père à tuer. À Dubaï, Batman a infiltré le gratte-ciel de Bernie Chua, le commanditaire du pillage de la salle des coffres. Il neutralise quelqu'un qui pénètre dans la pièce où il se tient en pensant qu'il s'agit de Slade Wilson. Il s'agit en fait d'un leurre, Deathstroke se tenant à l'extérieur dans sa tenue Ikon. Un affrontement s'engage entre Deahtstroke et Batman dès que ce dernier est sorti à l'extérieur du bâtiment. Batman indique à Deathstroke qu'il a bien reçu son message dans l'enveloppe, et Deathstroke ne comprend rien à cette histoire. Une fois un peu calmés par un séjour dans l'eau froide, Batman s'explique. Slade Wilson reconnaît bien volontiers qu'il a couché avec Talia al Ghul. En réponse à une remarque de Batman, il reconnaît qu'il a déjà vu ces résultats de tests ADN et qu'il s'agit de faux. Pas calmé pour autant, Batman lui indique qu'il va s'attacher à faire capoter toutes les missions de Slade Wilson tant qu'il n'aura pas tiré au clair cette histoire de paternité. Wilson lui rétorque que c'est une mauvaise idée car à l'évidence ce comportement va provoquer une escalade de sa part, avec des dégâts potentiels impossibles à maîtriser. Dans la postface, Christopher Priest indique qu'a priori il ne voyait pas trop comment écrire une rencontre entre ces 2 personnages partageant la même caractéristique : tout prévoir à l'avance, pour être prêt en toutes circonstances. En outre, cette rencontre avait d'abord été envisagée sous la forme d'une histoire écrite à quatre mains, avec Scott Snyder, mais l'emploi du temps de ce dernier ne lui avait pas permis de donner suite à cette idée. Enfin, il manquait un enjeu assez fort pour justifier que leur antagonisme soit avivé au point de provoquer une série de batailles à l'échelle de plusieurs épisodes. Mais une fois qu'il eut mis le doigt sur la motivation, le thème de l'histoire est devenu clair : la relation que ces pères entretiennent avec leur fils respectif. Il ajoute qu'il s'est bien amusé à concevoir les différentes attaques de l'un contre l'autre, Batman ayant décidé de refuser à continuer de supporter les agissements de Deathstroke, et ce dernier employant toute son intelligence à trouver comment le mettre hors d'état de nuire. L'enjeu du récit ne réside donc pas dans le fait de savoir si Damian est bel est bien le fils biologique de Bruce Wayne, et pas celui de Slade Wilson, mais dans l'affrontement entre Batman et Deathstroke, et dans l'importance que l'un et l'autre accordent à cet état de fait. S'il n'a pas suivi la série Deathstroke écrite par Christopher Priest, le lecteur va être confronté à 2 caractéristiques de son écriture. La première est qu'il évoque aussi bien l'histoire personnelle de Batman que celle de Deathstroke. Autant il est vraisemblable que le lecteur soit familier de la première, autant la seconde peut lui être plus étrangère. Cet état de fait se trouve accentué par la complexité de la famille de Wilson : son ex-femme Adeline Kane, ses différents enfants Joseph Wilson (Jericho), Grant Wilson (son fils décédé), sa fille Rose Wilson (ravager). Or, du fait du thème de la paternité, cette progéniture est évoquée à plusieurs reprises, avec l'histoire entre elle et leur père. Dès la première scène, William Wintergreen joue un rôle important, et Adeline Kane se mêle des affaires de son ex-mari, pas pour les améliorer. Du côté de Batman, il est plus simple de resituer Tim Drake, Damian Wayne et Talia al Ghul et leur passé avec Batman. La deuxième caractéristique de l'écriture de Christopher Priest est de jouer avec la structure de son récit, en particulier en utilisant des ellipses. Cet outil narratif demande au lecteur d'être un peu concentré, d'accepter que toutes les explications à une situation n'arrivent pas tout de suite ou de manière linéaire. Toutefois dans cette histoire, le scénariste fait un effort visible pour se restreindre dans cette façon de faire afin de rester accessible pour le plus grand nombre. Il a également choisi de jouer le jeu des conventions superhéros comme précédemment dans la série, en particulier en intégrant une branche inédite de la JLA : la Justice Experience composée de Bronze Wraith, Major Flashback, Manx, Song Bird et Human Dynamo (Ace Pasterson). Le lecteur plonge donc dans un récit à haute teneur en action : course-poursuite sur une autoroute de Gotham, acrobaties le long d'un gratte-ciel de Dubaï, avion transportant Slade Wilson abattu en plein ciel, combat à l'épée, fouille du manoir Wayne par les services de police, etc. Tous les coups sont permis entre Deathstroke et Batman, et Adeline Kane veille à faire empirer chaque situation quand elle peut l'aggraver. 5 épisodes sur 6 sont dessinés par l'artiste attitré de la série Deathstroke : Carlo Pagulayan. Il réalise des planches avec une approche réaliste et descriptive, et un bon niveau de détail. Il bénéficie de la mise en couleurs de Jeromy Cox qui nourrit bien ses dessins avec des couleurs soutenues, même si le papier mat utilisé pour cette édition a tendance à les assombrir.au long de ces 5 épisodes, il adapte son nombre de cases à la nature de la séquence, et il utilise avec parcimonie d'autres dispositions que des cases sagement alignées en bande, avec des cases en biais, ou des cases posées en insert sur un dessin plus grand. Il sait donner les bonnes postures à Batman pour faire ressortir son comportement sérieux et rigide, Slade Wilson étant beaucoup plus détendu que Bruce Wayne dans ses postures, jouissant plus de la vie. Le lecteur prend plaisir à découvrir des lieux comme la salle des coffres de la banque, le bureau de Wayne dans la tour de Wayne Entreprises, les rues de Madrid, la piscine de l'hôtel où Talia & Slade ont passé la nuit, la bibliothèque dans le manoir des Wayne. Pagulayan sait insuffler l'énergie attendue dans les scènes d'action, à la fois l'impact des coups portés et la vitesse des déplacements et des mouvements. Il réalise un superbe dessin en double page dans lequel Deathstroke et Batman se lancent l'un sur l'autre pour une attaque musclée. Le lecteur peut observer les différences à l'occasion de l'épisode dessiné par Ed Benes. Ce dernier accentue plus les poses de superhéros, et s'investit moins dans les arrière-plans. La narration visuelle perd alors en nuance pour plus jouer sur les poses des superhéros, les effets spéciaux et les visages tendus sous l'effort. Dans la mesure où de brefs cartouches de texte continuent d'accompagner l'action avec les remarques de l'intelligence artificielle du costume Ikon, la narration globale ne perd pas en intensité, et le lecteur peut ne pas trop prêter attention au changement de dessinateur le temps de cet épisode. En entamant ce tome, le lecteur n'est pas trop de sûr de ce qu'il va y découvrir : il redoute une histoire prétexte, avec une narration allégée pour plaire au plus grand nombre, avec des pages rapidement exécutées parce que de toute façon ça se vendra comme des petits pains. Il remarque que Christopher Priest a un peu aménagé sa narration pour être plus accessible, tout en ayant conçu un motif plausible suffisant pour générer un conflit entre Deathstroke et Batman, et en continuant de développer le thème global de la série Deathstroke, sur l'axe de la relation du père avec ses enfants. Carlo Pagulayan ne change en rien sa manière de dessiner, et continue de réaliser des planches d'une bonne qualité descriptive, avec un équilibre entre éléments réels et emphase superhéros. Le lecteur se rend compte qu'il sourit à plusieurs reprises et comprend que cela provient à la fois du fait que les auteurs ne se prennent pas au sérieux, à la fois du fait que la rivalité entre Batman et Deathstroke est piquante et savoureuse.

07/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Popeye - Un homme à la mer
Popeye - Un homme à la mer

Les gens comme nous, ça trime ou ça crève. Quand ça crève pas en trimant… - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, qui met en scène le personnage de Popeye, créé en 1919, par Elzie Crisler Segar (1894-1938), et qui est tombé dans le domaine public européen depuis le premier janvier 2009. Sa première publication date de 2019, et compte cent deux pages de bande dessinée. Il a été écrit par Antoine Ozanam, dessiné et mis en couleurs par Marcello Lelis. Sur une mer d'huile, un petit bateau à cheminée est à l'arrêt, avec un filet de pêche à la traîne. Popeye ramène ses filets et constate qu'il n'y a qu'un seul poisson. Il décide que c'est fini pour aujourd'hui et qu'il peut rentrer. Il relâche le poisson à la mer et il met les machines en marche. Il rallie le port sans problème, avec quelques vagues. Il amarre son rafiot et il en descend. Il se fait interpeller par un groupe de trois marins qui raillent le fait qu'il rentre bredouille. le ton monte et ils sont prêts à en venir aux mains quand la voix de Bosco, un autre marin, se fait entendre. Il a haussé le ton pour indiquer aux policiers qu'ils n'ont pas le droit de faire ça : ils sont en train de mettre des scellés sur son bateau parce que ça fait six mois qu'il ne paye plus ses traites. Maturin quitte ceux contre qui il s'apprêtait à se battre, pour rejoindre son ami, le soutenir dans son épreuve, et lui éviter d'aggraver son cas. Maturin offre un coup à Bosco qui l'accompagne au troquet Rough House. Chemin faisant, Bosco lui avoue qu'il ne sait pas comment il va annoncer ça à sa femme Myrtille et à son fils Junior. Arrivé au troquet, Maturin et Bosco s'installent à une table et le premier accepte d'offrir une bière à Wimpy qui vient s'installer avec eux. Il accepte même de leur payer à manger. Wimpy se lève pour aller passer commande auprès d'Olive Oyl la tenancière. Il écarte de son chemin Castor Oyl, le frère d'Olive, un homme de petite taille. Sa soeur le fait passer derrière le comptoir avant qu'il ne se lance dans une bagarre avec Wimpy. Elle lui demande ce qu'il est venu faire ici : Castor est venu pour lui emprunter de l'argent. Elle lui hurle dessus de déguerpir. À la fermeture, Maturin raccompagne Bosco chez lui. Ils sont accueillis par Myrtille et il lui demande de se montrer gentille avec son mari car les huissiers lui ont pris son bateau. Après avoir déposé un baiser sur le front de son ami déjà endormi, il va se mettre au calme à l'extrémité d'un ponton. Quelques instants plus tard, il entend le bruit d'une agression et il intervient. Il se bat contre les voyous qui s'en prenaient à Olive pour la dépouiller de la recette de la journée. Il prend quelques coups, mais les agresseurs le trouvent trop coriace et ils mettent les bouts. Olive le remercie, puis se tourne vers Ham qui vient d'arriver sur les lieux, et Maturin en profite pour s'éclipser discrètement. Il rentre chez lui : une maison en planches au bord de la plage. Il ouvre le placard et en sort une boîte de conserves contenant des épinards : son dîner du soir comme souvent, car il n'a pas péché de poisson aujourd'hui. le lendemain il est tiré de son sommeil par le soleil qui passe par la fenêtre et il découvre qu'Olive est dans sa chambre. Le personnage de Popeye est apparu pour la première fois en 1929, dans le comic-strip créé en 1919, et réalisé par Elzie Crisler Segar (1894-1938). Par la suite il a été adapté à plusieurs reprises en dessin animé : une première série de 1933 à 1957, une deuxième de 1960 à 1962, une troisième de 1978 à 1987, et plus récemment un film en 1980 : une comédie musicale réalisée par Robert Altman, et écrite par Jules Feiffer. Grâce au passage du personnage dans le domaine public, les auteurs peuvent maintenant s'en servir en toute liberté. En entamant sa lecture, le lecteur ne trouve pas de repère sur le moment où se déroule cette histoire par rapport à ce qu'il peut savoir de Popeye. Pour que le récit prenne toute sa saveur, il vaut mieux qu'il en dispose d'une connaissance superficielle : un marin, une amoureuse, un goût immodéré pour les épinards dont l'ingestion est sensée lui donner de la force, et quelques potes, sans oublier un grand costaud qui entretient une solide inimitié à son égard. Avec ces quelques grands traits en tête, il peut jouir de la dimension du ludique de l'histoire, en repérant les éléments identiques et les éléments qui diffèrent, même s'il ne s'agit pas de l'intérêt principal de la lecture. La couverture montre un étrange rafiot : des éléments très concrets et réalistes comme les bouées accrochées au bastingage et servant à amortir le choc lors de la mise à quai, l'étroite cabine de pilotage, la couleur rouge de la coque, ainsi que des éléments plus imaginaires comme le gouvernail en proue ou les cheminées démesurées par rapport au moteur de ce rafiot, le tout formant une vision plus onirique et poétique que réaliste et plausible. La première planche montre ce même bateau sur une mer étale, avec une cheminée principale peut-être encore plus imposante, d'une hauteur deux fois plus importante que celle de la cabine. le gouvernail n'est pas présent à la proue. Les mailles du filet semblent manquer de texture, ni cordage, ni matière plastique. le nom est griffonné en tout petit sur la coque 4 Cigare, une référence au nom du créateur de Popeye (for Segar). L'artiste détoure les formes d'un fin trait crayonné, pas toujours régulier, voire tremblotant. Il ajoute des éléments à l'intérieur des formes avec le même trait très fin, apparaissant parfois comme griffonné. Les silhouettes des personnages sont détourées de la même manière et présentent des exagérations morphologiques comme l'énorme mâchoire de Maturin et ses yeux plissés au point de ne voir ni leur blanc, ni leur iris, où le corps filiforme d'Olive, celui de Bosco qui évoque un nain de jardin, etc. Il se dégage de ces dessins éthérés une sensation un peu diaphane, surtout quand l'artiste décide de s'affranchir de dessiner l'arrière-plan pendant toute une page, voire toute une séquence. Pour autant, le récit ne se déroule pas dans une ambiance cotonneuse déconnectée d'éléments concrets. Comme sur la couverture, Lelis prend le temps de représenter des lieux et des accessoires aussi concrets que possibles. Par exemple, la roue du gouvernail se trouve dans la cabine du bateau de Maturin ce que le lecteur peut voir en page quatre, avec à côté une boussole de navigation, des cadrans de contrôle. L'arrivée au port se fait avec un dessin en plongée depuis le ciel montrant un porte-conteneur, les pilotines et les bateaux pilote servant au lamanage, les grues de déchargement et les bâtiments de la capitainerie. Dans la page suivante, le lecteur découvre en plus des chariots élévateurs, des pontons et des bittes d'amarrage, ainsi que des escaliers pour accéder au quai haut. Ces éléments ancrent les personnages dans des lieux concrets, avec des éléments très pragmatiques. Toujours dans cette séquence, un chat est juché sur une caisse de poissons, en train de les détailler pour choisir son festin. le troquet Rough House est implanté en coin de rue, avec un rideau de fer tiré pour le magasin d'à côté. Ses tables et ses chaises sont de forme simple et endurante. Lorsqu'Olive se rend chez Maturin pour le remercier, le lecteur peut jeter un coup d'oeil dans sa pièce principale où se trouve également son lit. Il regarde l'aménagement : les stores vénitiens qui ont connu des jours meilleurs, la couverture en patchwork, le canapé, les commodes, les tableaux accrochés au mur, le parquet en lattes de bois très large, le coin cuisine à l'américaine, le fauteuil et le tapis. Un peu plus tard, Maturin et Bosco vont travailler comme manutentionnaires sur le port : les images montrent les installations techniques de l'entrepôt qui les emploie. Plus tard, Bosco et Myrtille passent la journée dans une immense fête foraine, avec des attractions bien détaillées qui donnent envie. Ce dosage entre éléments concrets et détaillés, et apparences vaporeuses maintient le lecteur dans l'incertitude quant à la nature du récit, entre drame léger et conte fantastique. le pathos reste à un niveau très relatif, alors même que les personnages évoluent dans une situation sociale précaire. le bateau de Maturin tombe en panne, celui de Bosco a été mis sous scellés et les voilà dans l'impossibilité de prendre la mer, et dans l'obligation de travailler à terre, pour un boulot d'une très forte pénibilité, et une paye très basse. Olive retrouve son copain en train d'embrasser une autre. Les relations entre Maturin et son père sont à l'antagonisme. le frère d'Olive se raccroche à un espoir aussi fantaisiste qu'illusoire : une carte indiquant l'emplacement d'une épave de bateau dont les soutes contiendraient un trésor. Il n'y a pas de résolution miraculeuse, même s'il s'agit d'une histoire à chute. Ces individus doivent confronter leurs rêves et leurs aspirations, à la réalité et aux contraintes économiques, à leur faible valeur en tant que membre de l'écosystème professionnel. le lecteur se sent plus ou moins touché par leur situation, en fonction de sa sensibilité. Il peut y voir une forme de métaphore avec d'autres métiers passion qui ne nourrissent par leur homme, ou leur femme, ou leur créateur et créatrice quand il s'agit d'auteurs de bande dessinée par exemple. La scène des deux dernières pages vient modifier la perspective du récit de manière significative, modifiant le dosage entre réalité et conte. Popeye est tombé dans le domaine public et les auteurs peuvent maintenant l'interpréter comme ils le souhaitent, en proposer leur révision, en faire la métaphore de questions d'actualité. le scénariste a choisi de raconter la vie quotidienne de Maturin au premier degré, dans une crise de l'industrie de la pèche, obligeant les indépendants à se tourner vers les grosses entreprises pour assurer un revenu permettant de vivre. La narration visuelle opte de naviguer entre réalisme concret et licence poétique propre aux contes. Le lecteur ressent bien la difficulté pour ces personnages de reconnaître la réalité de leurs perspectives professionnelles très limitées, de se résigner à abandonner leur vocation, le mode de vie qui contente leurs aspirations profondes. L'arrivée d'un nouveau personnage dans la conclusion vient modifier la perspective de cette situation, en ramenant une dose d'imaginaire dans leur vie.

07/07/2024 (modifier)