Conte métaphorique pour adulte
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Ce tome comprend une histoire complète, indépendante de toute autre, même si le premier chapitre d'une deuxième saison est paru. Il regroupe les 3 épisodes initialement parus en 2011 pour Conception, en 2013 pour Poursuite, et en 2015 pour Rédemption. L'histoire a été écrite par Lovern Kindzierski, dessinée et peinte par John Bolton, avec un lettrage réalisé par Todd Klein. Il commence avec un avant-propos d'une page rédigée par Colleen Doran et une préface d'une page rédigée par Lindzierski. Il comprend également les 8 premières pages du premier tome de la saison 2 consacrée à Hope, réalisé par les mêmes créateurs, ainsi qu'une discussion avec les 2 créateurs de 10 pages richement illustrées, et encore 10 pages montrant différentes étapes de réalisation d'une page à partir du script.
Dans un monde moyenâgeux, mère Vertu est une femme entre deux âges au visage particulièrement laid. Elle fait profiter les habitants de sa magie, de ses dons de guérisseuse, et elle aime et s’occupe les enfants qui en retour l'aiment énormément, qui n'éprouvent aucune hésitation à déposer un baiser sur son visage à la peau abîmée, avec de nombreux grains de beauté. En fin de journée, elle rentre chez dans une maison à l'écart avec un jardin de simples. Elle se prend à rêvasser d'avoir elle aussi une fille, pis se détourne de ce vœu sans lendemain. Mais ce vœu égoïste a fait son chemin jusqu'au cœur des ténèbres et a été entendu. Les jours passent, et elle commence à ressentir les transformations de son corps qui ne peuvent être ignorées. Un soir la créature Slur (Injure / Insulte) lui apparaît et lui fait l'annonce de la naissance à venir de sa fille qui sera appelée Shame (Honte). Mère Vertu sait que Insulte a dit vrai, et au fur et à mesure que la fécondité de son corps s'épanouit, la nature autour de son cottage devient plus luxuriante, les nymphes et les dryades viennent vivre alentours. Le lieu prend le nom de Berceau. Finalement Shame vient au monde sans difficulté, et Vertu décide de l'abandonner au bon soin du Berceau, des nymphes et des dryades, de la nature luxuriante, en jetant un sort pour que tous soient au service de l'éducation de Honte, et que celle-ci ne puisse pas quitter Berceau.
Six ans ont passé et Honte est devenue une jolie enfant, jouant avec ces nymphes et ces dryades. Au cours d'un jeu de ballon, Honte prend conscience de son pouvoir sur les choses, et cela provoque un changement irrévocable dans sa relation avec le monde. Elle exerce son pouvoir pour transformer les choses et les créatures, en punir certaines, sans toutefois prendre la pleine mesure desdits pouvoirs. Comme tous les enfants, elle se lasse assez vite de ses méchancetés qui restent superficielles. Un groupe d'enfants plus enhardis que d'autres tentent de pénétrer dans la forêt entourant Berceau, mais ils renoncent rapidement tout en laissant derrière eux leurs ombres filiformes, terriblement effrayantes. Ces ombres continuent leur progression dans la forêt et se retrouvent devant Honte. Celle-ci constate que ses pouvoirs n'ont pas d'effet sur les ombres et l'une d'elle évoque sa véritable éducation qui commence à l'instant. Toutefois les sorts de Vertu remplissent leur office et les ombres commencent à disparaître. Honte se lance à leur poursuite et tue une dryade qui faisait obstacle sur son chemin. Les ombres en profitent pour s'échapper et retourner auprès de Insulte pour lui faire part de leur réussite. Progressivement, Berceau perd son caractère de jardin paradisiaque, son ambiance devenant moins riante.
Lovern Kindzierski est un coloriste de renom ayant très souvent travaillé avec P. Craig Russell, ainsi que pour Marvel et pour DC Comics. John Bolton est un peintre et un artiste de comics de renom ayant travaillé avec Chris Claremont pour les X-Men, Marada the She-wolf, Black Dragon, ou ayant illustré The books of Magic écrit par Neil Gaiman. Le lecteur comprend vite que les auteurs ont réalisé un conte pour adulte. Il note le jeu sur le nom des personnages : Vertu, Honte, Insulte, ce qui permet d'avoir des dialogues à double sens, selon que le lecteur considère que ces termes désignent le nom d'un personnage, ou le concept portant ce nom commun. L'histoire regorge de conventions propres aux contes : une forêt impénétrable, des créatures magiques ou mythologiques comme les nymphes et les dryades, une maison perdue au fond des bois, un être des ténèbres, une princesse, un enfant abandonné, un (presque) chevalier. Il remarque aussi que la nudité joue un rôle primordial dans le récit : la nudité comme état naturel, comme étant l'absence de dissimulation, mais aussi la nudité mise en scène par des vêtements révélateurs, comme outil de distraction et de séduction.
Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans un monde qui lui apparaît très réel grâce à la consistance des dessins au réalisme criant, jusqu'à parfois donner une impression de photoréalisme, et même de photographie retouchée. Cette impression se produit en regardant certains bâtiments, certaines vues en intérieur. Elle n'est pas très fréquente, et quand bien même l'artiste aurait utilisé une photographie comme point de départ de son dessin, il l'a travaillée à la fois sur les traits saillants à retenir, à la fois sur la mise en couleur pour parfaitement l'intégrer au reste de la page, et pour que les personnages ne ressortent pas comme s'ils avaient été plaqué sur une toile de fond. L'artiste dessine de manière descriptive, avec un bon degré de détails, détourant certaines formes d'un trait de contour fin et léger, réalisant d'autres éléments en peinture directe. Il réalise des dégradés et des camaïeux doux, très agréables à l'œil, rendant compte du relief de chaque forme, ainsi que de l'ambiance lumineuse. Le corps féminin occupe une place centrale dans le récit. Tout d'abord les corps des nymphes et des dryades nues tout étant habillées de lumière, un érotisme très doux. Puis le lecteur découvre une partie du corps potelé de Vertu, plus chaste qu'érotique. Honte s'amuse à déformer un peu le corps des nymphes et des dryades avec des hypertrophies mammaires et des tailles beaucoup trop fines, plus des monstres que des séductrices. C'est ensuite au corps de toute jeune femme de Honte d'être mis en valeurs, mais cette fois-ci par des tenues révélatrices, et plus par une nudité frontale. D'une certaine manière, le lecteur a plus souvent l'impression qu'il s'agit de naturisme sans charge érotique que d'opération de séduction sauf en ce qui concerne Hope mais elle en fait de trop pour être crédible.
Le lecteur plonge donc dans un monde étrange, un monde de conte, de Fantasy, de bas moyen-âge, mais aussi un monde original semblant vibrer d'une vie apportée par des énergies à peine discernable, tout en étant omniprésentes. Il prend le temps de déguster des visuels impressionnants comme les ombres serviteurs de Insulte, la révélation de la forme complète de Insulte, les tenues extravagantes de Honte, sa consécration lorsqu'elle est enceinte, la méchante reine dans son château, l'étrange confiance en lui de Merritt, et bien d'autres. Il peut aussi bien lire l'histoire au premier degré que s'amuser du jeu métaphorique sur la vertu, l'insulte et la honte. Le récit est raconté de manière chronologique, se divisant en deux fils narratifs, l'un suivant Honte, l'autre Vertu, avec un troisième intermittent relatif au chevalier Merritt. Il s'agit donc d'un conte où une jeune femme succombe à la tentation du pouvoir et impose sa volonté aux autres par ses pouvoirs, séduite par le discours d'un conseiller souhaitant la domination. Les dessins et les situations s'adressent à des adultes, pas seulement du fait de la nudité, et le lecteur se retrouve entraîné dans cette narration visuelle riche et envoutante pour savoir comment Vertu pourra contrer sa fille et son père, si tant est qu'il s'agisse d'un conte qui finit bien.
Il est impossible de ne pas penser à un second niveau de lecture tout du long, ne serait-ce que du fait du jeu de langage sur le nom des personnages, et du coup des phrases à double sens selon qu'elles s'entendent comme les concernant ou parlant vraiment de la vertu, de l'insulte, de la honte. Ce jeu se prolonge d'une mise en abîme du fait que Vertu entretient une relation de mère à fille avec Honte, que Insulte est le père de Honte, et que Vertu bénéficie d'une réincarnation qui vient complexifier ces relations familiales. Le récit entre alors dans le domaine de l'inné et de l'acquis, de ce qu'une génération transmet à une autre, du fait que les qualités puissent sauter une génération, d'une forme de conflit entre ce que veut le père et ce que veut la mère, du sacrifice d'une mère pour le bien de sa fille. Le lecteur s'amuse également de la manière dont les auteurs tordent la convention du chevalier qui vient délivrer la princesse prisonnière : il participe bien à l'amélioration de son sort, mais il ne sauve pas la situation à lui tout seul, et la demoiselle en péril n'a pas vraiment son âge, et ils ne se marient pas à la fin pour vivre heureux et avoir beaucoup d'enfants.
Shame est un récit ambition d'une excellente facture, avec une narration visuelle riche et sophistiquée, tout en restant accessible, et un conte pour adulte dans lequel la nudité est un élément narratif important sans être exclusif, avec un jeu sur les conventions du conte, et sur le nom des personnages qui ne sont pas loin d'incarner des qualités et des défauts. En terminant le récit, le lecteur peut trouver que la mise en abîme reste un peu timorée par rapport au potentiel du dispositif.
Je rectifie le tir de Paco en disant que j'aime bien.
Pour l'instant, il n'y a que 5 volumes qui ont été traduits et la mangaka s'en tire plutôt bien avec un sujet quand même assez spécial, et très peu probable sous nos latitudes. Je reconnais que connaître un peu la mentalité japonaise aide, ça permet d'apprécier certains points de détail, voire des pans entiers. J'ai la chance d'être assez familier de la culture japonaise depuis fin 70, j'ai eu le temps de me familiariser avec diverses coutumes qui continuent cependant de m'étonner.
Graphiquement, ça tient bien le choc, c'est bien dessiné, bien que parfois, certains décors sont absents, mais c'est le lot de bien des mangas.
Scénaristiquement, ça tient la route aussi, si on accepte le contexte du Pays du Soleil Levant. Néanmoins, pas besoin d'avoir fait un Master en Japonologie pour apprécier :) Je ne pense pas qu'il faille prendre cette histoire au pied de la lettre, c'est juste gentiment moqueur en extrémisant certaines situations. Oui, ils sont neuneus, mais on en trouve partout, même en France, Internet ou pas.
Perso, je préfère l'ancienne série "Cœurs à Cœurs", mais "Sans Expérience" n'est certainement pas à jeter.
Attendons de voir comment tout ceci se terminera :)
J’ai acheté le premier tome sur seule base de l’avis d’un libraire qui en conseillait la lecture, comparant cette œuvre à celles de Miyazaki. La couverture me plaisait, le dessin me semblait correct et le synopsis plutôt engageant… mais très clairement, je ne savais pas trop où je mettais les pieds.
Le début du récit est sympathique, sans plus. On retrouve un cadre déjà souvent exploré et les personnages ont des profils déjà souvent vus. L’héroïne est attachante et, la galerie de personnages s’étoffant régulièrement, l’univers comme l’intrigue générale deviennent de plus en plus accrocheurs. On reste cependant sur une histoire classique d’adolescente qui éprouve des difficultés à s’intégrer mais à qui son don pour la course à pieds va permettre de s’ouvrir aux autres. Sympathique, vraiment, mais assez innocent et avec ce sentiment que tout va bien tourner.
Mais la vraie force de ce premier tome réside dans sa dernière partie. Et alors que l’histoire baignait dans une certaine innocence, avec l’arrivée de la guerre sur l’île d’Arrecquero, c’est toute la brutalité de celle-ci qui nous explose au visage. Franchement, je ne m’attendais pas à ça et c’est cet aspect qui a fini par me convaincre du potentiel de la série. J’ai ainsi fini ce premier tome avec une seule envie : découvrir la suite.
Côté dessin, j’ai plutôt bien aimé même si je trouve les morphologies parfois un peu étranges. Sans tenir compte du caractère parfois volontairement exagéré de la morphologie de certains des personnages, il y a comme ça par-çi par-là des dessins que je trouve mal proportionnés ou des angles de vue peu judicieux. Mais cela demeure un détail en comparaison avec la qualité d’ensemble. Car le dessin de Toan permet vraiment au lecteur de s’immerger dans cet univers et de s’attacher à ces personnages (celui de Fee en tête). Ça reste du manga, mais du manga soigné dans un style différent du style mainstream actuel. Et sans être un spécialiste du genre, je comprends la comparaison avec Miyazaki et le style graphique qu’il avait utilisé dans un « Nausicaä de la vallée du vent ». Même si le dessin ici n’a pas la même profondeur, il y a quand même un petit quelque chose.
Au final, ce premier tome est vraiment une bonne surprise et je continuerai à suivre la série avec plaisir.
J'avais envie de le lire parce que Guillaume Singelin est un gros créateur du Label 619, avec Meyef, Maudoux, Run ou Bablet. Et que je leur reconnais un renouveau de la BD de genre, marquée par un imaginaire américain mixé aux mangas et saupoudré de références pop. Un univers foisonnant, riche et inventif qui a largement été plébiscité ces dernières années.
De Singelin, je n'ai lu que P.T.S.D. mais ce fut avec grand plaisir. L'auteur manie les personnage chibi (mignon) avec des proportions étranges mais qui évoluent dans un environnement détaillé (les graphismes des vaisseaux sont très précis) et des thématiques lourdes et graves. Mais sans jamais verser non plus dans le roman noir, ça reste du divertissement plus branché action, avec l'intelligence d'un bon scénario. Une recette qui fait très label 619 pour moi, et que j'apprécie clairement !
La BD est dense, vraiment riche en diverses choses mais en même temps très lisible. Ça s'enchaine facilement, avec une première partie d'exposition des personnages et des environnements, qui place les enjeux qui vont suivre et ensuite. L'histoire embraye ensuite sur un road-trip des personnages jusqu'à ce qu'ils se retrouvent tous ensemble et finalement poursuivent leur arcs narratifs vers un final assez peu conventionnel.
J'ai été surpris par cette longue séquence de scénario. Très vite des idées simples mais efficace viennent parsemer l'histoire, donnant à croire qu'on prendra une direction ou une autre, mais Singelin reste dans un équilibre maitrisé entre l'action pure, la critique bien sentie et la SF contemplative. Il y a de quoi relire, largement même, avec la densité de l'histoire. Et je ne parle pas des sujets évoqués (écologie, pollution terrestre et spatiale, extraction des ressources, recyclage, multinationales, droits des travailleurs ...) qui sont autant de petites réflexions qui collent au récit.
Le dessin, comme mentionné plus haut, à une précision dans les détails des vaisseaux. Je n'ai aucun doute sur la quantité de travail qu'il a fourni pour rendre l'ensemble crédible ! D'ailleurs son style de dessin (et l'histoire avec) m'évoque du cyber-punk dans l'espace. Les personnages chibi sont étranges au début, mais on se fait vite à leurs caractéristiques. D'autant que l'auteur a toujours un moyen simple pour qu'on s'y retrouve entre les différents protagonistes.
Si je dois garder un défaut de l'histoire, je dirais qu'il y a une certaine linéarité dans le récit. Les personnages vont d'un point à un autre dans une course qui ne revient jamais vraiment en arrière. Alors je trouve que ça reste dans le propos (la question de créer un nouvel avenir différent) mais il aurait pu être intéressant d'avoir un retour vers ce qu'il se passe là où ils ont été. Il n'y a qu'un seul moment dans la BD où l'impact de leur passage est révélé, et il est d'ailleurs très intéressant.
C'est du pinaillage et je n'en tiens pas rigueur à la BD, qui reste franchement très agréable. Je pense que ça va être le genre que je relirais pour retrouver la richesse de ce qui est développé, et aussi me laisser porter par une histoire qui fait un peu rêver. C'est chouette, parfois, de voyager dans les étoiles !
Dans ce monde de fantasy inspiré du Japon médiéval, des démons menacent l'Empire humain qui doit faire appel à des exorcistes spécialisés pour combattre la menace. Fuzuki est le plus fort d'entre eux mais lui et ses compagnons sont également rejetés par la population pour une mystérieuse faute qu'il a commise dans son passé et le condamne pour hérésie. Cela ne l'empêche pas de se mettre au service de l'Empereur pour retrouver au plus vite les trésors sacrés qui risqueraient de rendre les démons encore plus puissants.
Le contexte, à base de combats à coups de sabre et de sceaux magiques contre des démons humanoïdes séduisants et dangereux n'est pas sans rappeler celui de Demon slayer mais le ton est ici différent.
Il diffère pour commencer dans son graphisme. L'autrice a pris le partie d'offrir un manga à même de séduire lecteurs masculins comme féminins : pour dire les choses simplement, ses personnages sont tous des beaux gosses assez efféminés, l'un d'entre eux étant même régulièrement confondu pour une jeune fille. Le dessin est très bon, détaillé et esthétique pour les personnages, et pas en reste pour les décors même s'ils sont moins présents. La mise en scène est simple mais claire et les scènes de combat bien compréhensibles. Les planches de ce manga flattent l'oeil, et l'édition française est aussi de belle qualité, avec un papier épais.
Au delà des combats, le scénario joue sur deux éléments moteurs. Le premier est la relation entre les personnages, tous très différents et intrigants, avec des rapports complexes les uns avec les autres, souvent du fait de lourds passés. Le second est un voile de mystère insistant et à plusieurs niveaux. Il y a d'une part le mystère sur l'enquête sur le vol des trésors sacrés de l'empereur : comment les démons ont-ils pu s'en emparer ? Qui est derrière tout ça ? Et d'autre part le mystère sur les personnages eux-mêmes, en particulier le protagoniste principal, Fuzuki qui cache à tout le monde les raisons de son comportement et de son passé d'hérétique. Il faudra attendre le quatrième tome pour avoir un aperçu plus clair de ce passé, mais là encore sans qu'il dévoile à quiconque ce qu'il s'est vraiment passé et ce qui l'a poussé à agir ainsi, à l'époque et aujourd'hui encore. Tout en lui et en d'autres personnages est en ambiguïté, sans savoir s'ils sont vraiment bons ou mauvais, s'ils sont alliés ou futurs ennemis.
Ajouté au charme de chacun d'entre eux et à la beauté du dessin, cela apporte la touche d'originalité et d'attrait qui manque un peu à l'action qui, elle, est un peu plus basique. Malgré un léger manque d'accroche, c'est un manga de belle qualité qui donne envie d'être suivi.
Se démarquer de son père
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il est paru sans prépublication, en 2018, coécrit par Anthony Del Cole & Geoff Moore, dessiné, encré et mis en couleurs par Jeff McComsey, avec un lettrage réalisé par Jeff McClelland. Le tome s'ouvre avec une citation de Winston Churchill (1874-1965) : en temps de guerre, la vérité est si précieuse qu'elle devrait toujours être protégée par un rempart de mensonge.
En novembre 1943, au pied des falaises de Douvres, une responsable militaire observe l'océan à la jumelle, alors qu'un soldat l'abrite avec un parapluie et que des gradés se tiennent en retrait. L'agente Cora Brown aperçoit un bateau de pêche venant vers le ponton. Une fois amarré au ponton, il en descend 3 officiers nazis. Le major Reid les accueille et leur demande de le suivre. Une fois à l'intérieur de la base, les trois officiers allemands s'installent sur un banc devant une table : en face d'eux le major Reid et un traducteur, Cora Brown se place plus loin adossée contre le mur. Les officiers déclarent qu'ils ne parleront qu'à Cora Brown. Les deux officiers anglais finissent par accepter de les laisser seuls avec elle. Neuman prend la parole pour évoquer l'obsession de Cora Brown de vouloir trouver Hitler. Mueller ajoute que si elle est en mesure de leur assurer leur liberté, ils peuvent lui indiquer comment trouver l'homme qui peut lui permettre d'accéder à Hitler. En mars 1944, à Lille, monsieur Pierre a fermé sa boutique et est en train de la ranger : une pâtisserie. Alors qu'il passe le balai, deux soldats nazis tapent au carreau. Il rouvre pour laisser entrer le major Vogel et le lieutenant Rene. Le major veut savoir où il les cache : ses délicieuses madeleines. Monsieur Petit répond qu'il ne lui en reste plus. Le major Vogel asticote Petit qui a été un soldat durant la première guerre mondiale. Il jette un coup d'œil derrière au four pour s'assurer qu'il n'y a rien de suspect, puis il s'en va avec Rene. Monsieur Petit laisse son apprentis Pierre Moreau et s'en va avec un carton contenant sûrement des madeleines.
Dans la rue, monsieur Petit remet son carton à un passant qui le remet ensuite à une femme assise à une table en terrasse, et qui le remet à un homme sur le pas de sa porte. Celui-ci l'ouvre, prend une madeleine, la casse en deux et lit le message qu'elle contient : je te plumerai la tête. Quelqu'un frappe à la porte : des soldats allemands pénètrent dans la pièce et abatte l'homme ainsi que celui en train de communiquer par radio. Le lendemain, Pierre Moreau se rend à la pâtisserie à vélo, et franchit le barrage de contrôle sans encombre, le soldat le reconnaissant. Arrivé le premier, il rentre dans la boutique et commence à préparer des pâtisseries dont les fameuses madeleines, les meilleures de tout Lille. Il ouvre la boutique tout seul et commence à servir les clients, expliquant que son patron a dû s'octroyer une quelques heures de sommeil de plus. Un jeune homme l'attire dans l'arrière-boutique : monsieur Petit est allongé mort sur une table. Il a été abattu il y a une heure de cela par les hommes du major Vogel. Pierre Moreau apprend que son patron faisait passer des messages de la résistance dans ses pâtisseries. Pierre Moreau réagit en instantané : il prend une boîte de madeleines et demande son arme à feu à l'un des résistants. Il se rend directement à la Kommandantur, à vélo.
Il est difficile de résister au mélange de grotesque et de comique de la couverture (un individu étranglant Hitler), ainsi qu'au titre sensationnaliste qui ne promet pas des révélations, mais une histoire rocambolesque. Le titre et la couverture contiennent donc une promesse déjà bien explicite, et il faut du temps aux auteurs pour en arriver là : présenter l'individu étant le fils d'Hitler, et encore plus de temps pour arriver fin avril 1945 à Berlin. D'un autre côté, le lecteur se rend compte qu'il ne sait pas trop comment prendre ce que lui racontent les auteurs. À l'évidence, cette hypothèse d'un fils caché d'Adolf Hitler relève de l'invention romanesque et il peut s'attendre à un récit mêlant espionnage et aventures en temps de guerre. D'un autre côté, les scénaristes font en sorte de suivre le déroulement réel de la seconde guerre mondiale en l'évoquant en arrière-plan, et d'intégrer plusieurs éléments historiquement exacts : le séjour possible d'Adolf Hitler à La Bassée en 1917, le réseau des résistants français, Theodor Morell (1886-1948, le médecin traitant d'Hitler), le débarquement de D-Day le 06 juin 1944, la libération d'Auschwitz le 27 janvier 1945, la préparation de la conférence de Postdam en juillet 1945. En outre cette hypothèse de fils caché fait écho aux déclarations de Jean-Marie Loret ayant prétendu que sa mère Charlotte Lobjoie avait couché avec Hitler en 1917 quand le régiment bavarois de celui-ci vint en repos dans le village de Fournes-en-Weppes (sud-ouest de Lille).
Ne sachant pas trop si c'est du lard ou cochon, le lecteur se rend compte que les auteurs savent donner une réelle personnalité à Pierre Moreau, malgré son caractère emporté et violent. Après tout, les prémices du récit sont plausibles et promettent un récit d'espionnage rythmé. Le format du volume est un peu plus petit que le format comics, participant à l'impression d'entamer une lecture de série B. Jeff McComsey se charge de toute la narration visuelle, y compris de la mise en couleurs. Pour cette dernière, il opte pour une forme de bichromie : soit un bleu canard et des nuances très proches pour le temps présent du récit, soit du gris châtaigne et des nuances très proches pour des séquences du passé et la séquence finale. Il réalise des dessins descriptifs dans un registre réaliste, avec une touche de simplification pas toujours facile à définir. Les contours des personnages sont parfois un tout petit peu ronds, les personnages eux-mêmes un peu petits, avec des expressions de visage pas toujours adultes. Pour autant la direction d'acteurs est en phase avec la nature du récit et des événements. Le lecteur observe que l'artiste préfère l'efficacité à la précision photographique en termes de costume, mais qu'ils correspondent à la réalité historique que ce soit pour les uniformes des soldats, ou les vêtements civils.
Jeff McComsey se montre un chef décorateur impliqué, même si parfois le lecteur ne parvient pas à se départir d'une impression de représentation un peu naïve. Les couloirs de la base militaire de Douvres montrent bien des matériaux et une architecture fonctionnelle, conçus pour être rapidement mis en œuvre. La devanture de la pâtisserie fait authentique, avec une petite impression de carte postale. L'aménagement de son intérieur est conforme avec la réalité, ainsi que les fours et les plans de travail à l'arrière. Le poste de contrôle avec ses sacs de sable au milieu de la rue correspond à ce qui se faisait. Le lecteur reconnaît facilement le papier peint d'époque dans la chambre d'un ancien garde personnel d'Hitler, appelé Elias Walter, ce qui fait étrangement penser à Walter Elias Disney. L'architecture intérieure de l'église près de Bruxelles apparaît authentique. Le lecteur peut reconnaître les rues de Berlin, en particulier devant la Chancellerie, certainement représentées d'après photographie d'époque. Le format un peu petit et la consistance de la colorisation donnent la sensation de pages très denses en informations visuelles, qui auraient méritées un format un peu plus grand, tout en ressentant qu'un format plus grand aurait accentué l'effet un peu trop gentil de certaines cases.
Même s'il ne sait toujours pas sur quel pied danser, le lecteur accepte bien volontiers de se laisser emporter par l'intrigue, de plus en plus persuadé que la couverture n'est pas mensongère et que Pierre Moreau aura l'occasion de serrer le cou d'Hitler. Il regarde donc ce jeune homme se transformer en chien fou sous l'effet de la colère. Il le regarde également encaisser les coups, et s'excuser auprès de Cora Brown de ne pas réussir à s'en tenir au plan, de ne pas pouvoir se maîtriser. La progression vers Berlin est semée d'embûches et l'entretien avec le docteur Theodor Morell réserve des surprises de taille, tout en restant compatibles avec la réalité historique. Les coscénaristes écrivent bien une histoire d'espionnage en temps de guerre, avec des missions périlleuses, des affrontements physiques et des stratagèmes bien pensés ou bricolés, mais qui ne se déroulent pas comme prévu. En prenant un peu de recul, le lecteur constate que le récit développe le thème de la paternité, de l'inné et de l'acquis, de l'importance de l'éducation, de la représentation qu'un jeune homme peut se faire de son père, que ce soit le père de substitution monsieur Petit, ou son père biologique Hitler, en ce qui concerne Pierre Moreau. Ce thème prend une autre envergure avec la dernière partie, cette représentation étant également façonnée par ce que l'individu souhaite croire, par ce qu'il projette de lui-même sur les faits. Il ne déforme pas les faits mais il se construit ses propres interprétations en fonction de ses valeurs, en fonction de ses convictions, en fonction de ce qu'il souhaite trouver. Si le lecteur peut trouver la dernière partie un peu téléphonée ou expédiée dans sa réalisation, il est frappé par la mise en scène de cette propension à interpréter la réalité par des sens finis et des connaissances partielles.
La couverture en vue subjective promet de pouvoir étrangler Adolf Hitler de ses propres mains, comme en étant son fils révulsé par les actions de son père. Le récit tient cette promesse, plongeant le lecteur dans une reconstitution historique plausible lors de la seconde guerre mondiale, pour une aventure d'espionnage en suivant un individu dépassé par les événements, incapable de maîtriser ses accès de violence. La narration visuelle est fluide, même si parfois son ton semble en léger décalage par rapport à la nature de l'histoire. Au final, l'intrigue est sympathique et divertissante, et le thème principal plus ambitieux que ne le laisse supposer la couverture : ce que peut s'imaginer un individu et comment ça influence ses actions.
Un album emprunté au hasard, car intrigué par le titre. Et c’est une bonne pioche, une belle surprise. Et le fait d’apprendre que cette histoire est vraie ajoute encore jubilation et atterrement, tellement la nature humaine est ici salement mise à nue.
L’intrigue de base – et historique donc – est assez simple : parmi tous les pauvres types plus ou moins cabossés qui ont survécu à l’enfer de la Première guerre mondiale et qui sont rapatriés sur la fin, un homme, muet et amnésique, sans nom et identité. Il est donc un « soldat inconnu », mais vivant. Et il va devenir le centre d’une frénésie improbable, puisque de nombreuses personnes, familles, vont venir le « réclamer », le « reconnaitre » (contre toute vraisemblance le plus souvent), avec des arguments où le pathétique, le grotesque emportent la réalité très loin. Et des autorités qui cherchent à calmer ces gens – et à surtout ne pas insister sur les méfaits de la guerre, qu’on souhaite oublier.
Autorité et familles, « experts » et charlatans en tous genres, prennent ainsi en étau le brave docteur Fenayrou, « l’inconnu » ayant été hospitalisé dans l’hôpital psychiatrique qu’il dirige : c’est lui qui, dignement, fait face aux menaces diverses, et tentent de raison garder.
L’histoire est terriblement triste, mais on ne peut s’empêcher de sourire très souvent devant des situations ou des dialogues ubuesques, et on comprend le désarroi du docteur.
L’histoire est surprenante, mais aussi très plaisante à lire. Car le travail en Noir et Blanc de Mauro Lirussi est à la fois original et très beau. Ses petites vignettes sont très chouettes.
Une belle découverte en tout cas.
Le couple Abouet/Sapin renouvelle la série en déracinant la sympathique Akissi et son frère Fofana chez Papi en plein Paris. Tout auréolée de sa candeur, de sa naïveté et de son langage qui sent bon le soleil, Akissi va devoir apprendre les codes des ados parisiens qui sont souvent loin de ses repères.
Abouet s'amuse dans la comparaison (pas toujours à l'avantage du système français) de systèmes d'éducation et d'instruction aux antipodes sur plusieurs points. D'une façon souvent drôle Abouet donne à une Akissi au fort caractère un rôle de révélateur de plusieurs défauts qui empoisonnent la vie du collège.
C'est souvent assez classique (indiscipline, mise en danger, détérioration du langage) mais traité avec justesse et cela évite un côté moralisateur inefficace. Pas ou peu de racisme, ni de violence dans ce tome1 mais bien plus la recherche des blessures invisibles qui rendent notre société si riche bien fragile humainement (sa copine Mathilde va au secours pop, ou Marcel se retrouve seul tard le soir).
Abouet met ainsi le doigt sur le mal-être qui ronge nombre d'ados avec la star de la classe qui se met en danger d'anorexie pour rester fidèle aux canons imposés par une société de l'image. Un scénario bien construit autour d'un humour qui tombe juste, ouvre la porte à des thématiques bien plus angoissantes qui parle aussi bien aux ados qu'aux parents.
Mathieu Sapin est un familier de la série. Son héroïne occupe l'espace d'une façon dynamique et convaincante apportant le soleil de sa vitalité dans les rues grises d'un Paris tristounet. Les personnages secondaires sont soignés et répondent parfaitement à la présence d'Akissi. Le trait force un peu sur les stéréotypes sans toutefois aller jusqu'à la caricature. Cela reste un dessin assez classique pour le genre (Tomtom, Anatole...) qui convient bien à ce type de récit.
Un bon démarrage pour renouveler les aventures d'Akissi en y introduisant des thématiques importantes comme le déracinement, la double culture et l'acquisition de nouveaux codes.
Lecture très sympathique en cette rentrée scolaire.
J'ai eu une superbe surprise en lisant ce diptyque des deux auteurs espagnols. Même si la trame du récit est très classique et presque vintage, il y a suffisamment d'éléments dépaysants pour en faire une lecture très agréable.
En effet le contexte est très peu visité par la BD. Nous sommes 100 ans avant Géronimo au nord du Rio Grande mais en pays mexicain/espagnol. La Californie, le Nouveau Mexique voire une partie du Texas ne sont toujours pas Américains.
Gregorio Harriet nous emmène dans une aventure de gardes-frontières sorte de troupe d'élite composée de dragons/lanciers. La surprise vient de l'esprit vintage de l'histoire à contre-courant des récits indiens contemporains. Une jolie nonne enlevée par des Apaches pas trop sympas puis par des Comanches belliqueux qui tuent des Apaches, cela pourrait faire un scénario pour John Ford.
Pourtant la narration est très moderne et évite un manichéisme à la John Wayne. C'est rythmé et bien construit avec quelques touches d'humour (les deux "fiers" cavaliers nus sur un cheval), des scènes de bataille bien construites et de nombreux rappels historiques intéressants.
Le graphisme de Gil est la cerise sur le gâteau. On se croirait par moment dans un épisode de Blueberry. L'esprit est réaliste avec des personnages bien campés très crédibles et un travail sur les paysages du Nouveau Mexique très travaillé. L'alternance des scènes de garnison et des scènes indiennes procure beaucoup de punch au récit.
Une mise en couleur bien dosée soutient très bien la qualité générale de la série.
Une très agréable lecture pour les amoureux d'aventures.
Classique et bien mené, mais pas exceptionnel
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Ce tome fait partie de la collection Vertigo crime : il s'agit d'une histoire indépendante et terminée en un volume, les dessins sont en noir et blanc (sans nuances de gris pour cette histoire) et le tout était publié, à l'origine, dans un format plus petit que celui des comics traditionnels. Cette fois-ci, le scénario est confié à un habitué des comics (Christos Gage) et à un dessinateur (Chris Samnee) qui avait fait quelques comics de ci de là, et qui a gagné en notoriété par la suite.
Un homme est pris de folie et il s'attaque à une famille dans leur appartement en voulant leur forer un trou dans le crâne. L'inspecteur Adam Kamen achetait son journal en bas de la rue et il intervient immédiatement. le meurtrier lui assène un grand coup de tournevis au milieu du front, perforant la boîte crânienne. Heureusement ses collègues arrivent sur ces entrefaites et maîtrisent le forcené. Après son rétablissement, Kamen est affecté à une enquête sur une série de meurtres atroces, dans lesquels les victimes ont été décapitées. Il reprend donc son travail de flic en menant les enquêtes de voisinages de routine, en rencontrant les familles, etc. En même temps, il se rend à ses rendez-vous avec sa psychiatre qui vérifie que la trépanation brutale qu'il a subi ne laisse pas de séquelles. Et puis dans ces moments de liberté, il essaye de retrouver un équilibre émotionnel mis à mal par son récent divorce et la perte de son enfant.
Christos Gage sait mener son scénario comme un vrai professionnel. Son inspecteur fait son travail de manière efficace. Il est doté de traits de personnalité crédibles sans être forcés. Il ne traverse pas une crise existentielle digne d'un film dramatique ou d'une série télé. Il ne picole pas comme un alcoolique, il ne fréquente pas les prostituées. Il s'agit d'un individu normal avec des expériences désagréables. le récit se déroule dans une cadre plutôt réaliste. Pour autant, Gage sait faire avancer l'enquête à un rythme suffisant pour que le lecteur ne s'ennuie pas. Les meurtres sont vraiment atroces. le lien qui unit les victimes n'a rien d'évident. Les lieux où l'emmène son enquête peuvent très ordinaires (l'appartement d'une victime) ou inattendu (une boîte de nuit, un asile psychiatrique).
Cotés dessins, Chris Samnee s'avère une bonne surprise. Ses illustrations ne vous transportent pas d'admiration devant sa technique ou sa capacité à créer un décor ou une atmosphère ; mais son talent le place largement au dessus d'un travail ordinaire. Malgré les limitations qui lui sont imposées (noir et blanc, petit format d'origine), il réussit à faire naître des personnages aisément reconnaissables, dotés d'une vraie identité visuelle, sans être caricaturaux. Les visages expriment des émotions, mais sans exagération. Les lieux visités présentent tous des particularités qui les rendent uniques, sans pour autant qu'ils en deviennent improbables. Les choix esthétiques et de mise en page sont à l'unisson de l'histoire sans explosion pyrotechnique, sans effet de manche, très ordinaires. de ce fait les moments d'horreur (découverte de cadavres, séance d'autopsie à la morgue) ressortent avec plus d'acuité par comparaison à l'environnement presque banal dans lequel se déroule l'enquête.
Ce qui me retient de décerner une cinquième étoile à cette histoire, ce n'est pas le ton terre à terre (que j'ai bien apprécié), ce n'est pas l'irruption d'un élément surnaturel (qui est plutôt bien maîtrisé) et ce n'est pas la résolution finale (qui toute classique qu'elle soit reste très efficace). Ce qui me retient de mettre une cinquième étoile, c'est que le ressort de l'intrigue a déjà été utilisé en bandes dessinées avec une efficacité et une maestria que Gage ne soupçonne même pas. Si, comme moi, vous avez déjà été traumatisé par la lecture du manga d'Hidéo Yamamoto intitulé Homunculus, l'utilisation que fait Gage de cette pratique vous semblera bien fade. Si par contre vous n'avez jamais plongé dans l'horreur de ces récits, Zone 10 constitue un polar efficace, et si vous avez apprécié, essayez le manga.
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Shame - La trilogie de la honte
Conte métaphorique pour adulte - Ce tome comprend une histoire complète, indépendante de toute autre, même si le premier chapitre d'une deuxième saison est paru. Il regroupe les 3 épisodes initialement parus en 2011 pour Conception, en 2013 pour Poursuite, et en 2015 pour Rédemption. L'histoire a été écrite par Lovern Kindzierski, dessinée et peinte par John Bolton, avec un lettrage réalisé par Todd Klein. Il commence avec un avant-propos d'une page rédigée par Colleen Doran et une préface d'une page rédigée par Lindzierski. Il comprend également les 8 premières pages du premier tome de la saison 2 consacrée à Hope, réalisé par les mêmes créateurs, ainsi qu'une discussion avec les 2 créateurs de 10 pages richement illustrées, et encore 10 pages montrant différentes étapes de réalisation d'une page à partir du script. Dans un monde moyenâgeux, mère Vertu est une femme entre deux âges au visage particulièrement laid. Elle fait profiter les habitants de sa magie, de ses dons de guérisseuse, et elle aime et s’occupe les enfants qui en retour l'aiment énormément, qui n'éprouvent aucune hésitation à déposer un baiser sur son visage à la peau abîmée, avec de nombreux grains de beauté. En fin de journée, elle rentre chez dans une maison à l'écart avec un jardin de simples. Elle se prend à rêvasser d'avoir elle aussi une fille, pis se détourne de ce vœu sans lendemain. Mais ce vœu égoïste a fait son chemin jusqu'au cœur des ténèbres et a été entendu. Les jours passent, et elle commence à ressentir les transformations de son corps qui ne peuvent être ignorées. Un soir la créature Slur (Injure / Insulte) lui apparaît et lui fait l'annonce de la naissance à venir de sa fille qui sera appelée Shame (Honte). Mère Vertu sait que Insulte a dit vrai, et au fur et à mesure que la fécondité de son corps s'épanouit, la nature autour de son cottage devient plus luxuriante, les nymphes et les dryades viennent vivre alentours. Le lieu prend le nom de Berceau. Finalement Shame vient au monde sans difficulté, et Vertu décide de l'abandonner au bon soin du Berceau, des nymphes et des dryades, de la nature luxuriante, en jetant un sort pour que tous soient au service de l'éducation de Honte, et que celle-ci ne puisse pas quitter Berceau. Six ans ont passé et Honte est devenue une jolie enfant, jouant avec ces nymphes et ces dryades. Au cours d'un jeu de ballon, Honte prend conscience de son pouvoir sur les choses, et cela provoque un changement irrévocable dans sa relation avec le monde. Elle exerce son pouvoir pour transformer les choses et les créatures, en punir certaines, sans toutefois prendre la pleine mesure desdits pouvoirs. Comme tous les enfants, elle se lasse assez vite de ses méchancetés qui restent superficielles. Un groupe d'enfants plus enhardis que d'autres tentent de pénétrer dans la forêt entourant Berceau, mais ils renoncent rapidement tout en laissant derrière eux leurs ombres filiformes, terriblement effrayantes. Ces ombres continuent leur progression dans la forêt et se retrouvent devant Honte. Celle-ci constate que ses pouvoirs n'ont pas d'effet sur les ombres et l'une d'elle évoque sa véritable éducation qui commence à l'instant. Toutefois les sorts de Vertu remplissent leur office et les ombres commencent à disparaître. Honte se lance à leur poursuite et tue une dryade qui faisait obstacle sur son chemin. Les ombres en profitent pour s'échapper et retourner auprès de Insulte pour lui faire part de leur réussite. Progressivement, Berceau perd son caractère de jardin paradisiaque, son ambiance devenant moins riante. Lovern Kindzierski est un coloriste de renom ayant très souvent travaillé avec P. Craig Russell, ainsi que pour Marvel et pour DC Comics. John Bolton est un peintre et un artiste de comics de renom ayant travaillé avec Chris Claremont pour les X-Men, Marada the She-wolf, Black Dragon, ou ayant illustré The books of Magic écrit par Neil Gaiman. Le lecteur comprend vite que les auteurs ont réalisé un conte pour adulte. Il note le jeu sur le nom des personnages : Vertu, Honte, Insulte, ce qui permet d'avoir des dialogues à double sens, selon que le lecteur considère que ces termes désignent le nom d'un personnage, ou le concept portant ce nom commun. L'histoire regorge de conventions propres aux contes : une forêt impénétrable, des créatures magiques ou mythologiques comme les nymphes et les dryades, une maison perdue au fond des bois, un être des ténèbres, une princesse, un enfant abandonné, un (presque) chevalier. Il remarque aussi que la nudité joue un rôle primordial dans le récit : la nudité comme état naturel, comme étant l'absence de dissimulation, mais aussi la nudité mise en scène par des vêtements révélateurs, comme outil de distraction et de séduction. Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans un monde qui lui apparaît très réel grâce à la consistance des dessins au réalisme criant, jusqu'à parfois donner une impression de photoréalisme, et même de photographie retouchée. Cette impression se produit en regardant certains bâtiments, certaines vues en intérieur. Elle n'est pas très fréquente, et quand bien même l'artiste aurait utilisé une photographie comme point de départ de son dessin, il l'a travaillée à la fois sur les traits saillants à retenir, à la fois sur la mise en couleur pour parfaitement l'intégrer au reste de la page, et pour que les personnages ne ressortent pas comme s'ils avaient été plaqué sur une toile de fond. L'artiste dessine de manière descriptive, avec un bon degré de détails, détourant certaines formes d'un trait de contour fin et léger, réalisant d'autres éléments en peinture directe. Il réalise des dégradés et des camaïeux doux, très agréables à l'œil, rendant compte du relief de chaque forme, ainsi que de l'ambiance lumineuse. Le corps féminin occupe une place centrale dans le récit. Tout d'abord les corps des nymphes et des dryades nues tout étant habillées de lumière, un érotisme très doux. Puis le lecteur découvre une partie du corps potelé de Vertu, plus chaste qu'érotique. Honte s'amuse à déformer un peu le corps des nymphes et des dryades avec des hypertrophies mammaires et des tailles beaucoup trop fines, plus des monstres que des séductrices. C'est ensuite au corps de toute jeune femme de Honte d'être mis en valeurs, mais cette fois-ci par des tenues révélatrices, et plus par une nudité frontale. D'une certaine manière, le lecteur a plus souvent l'impression qu'il s'agit de naturisme sans charge érotique que d'opération de séduction sauf en ce qui concerne Hope mais elle en fait de trop pour être crédible. Le lecteur plonge donc dans un monde étrange, un monde de conte, de Fantasy, de bas moyen-âge, mais aussi un monde original semblant vibrer d'une vie apportée par des énergies à peine discernable, tout en étant omniprésentes. Il prend le temps de déguster des visuels impressionnants comme les ombres serviteurs de Insulte, la révélation de la forme complète de Insulte, les tenues extravagantes de Honte, sa consécration lorsqu'elle est enceinte, la méchante reine dans son château, l'étrange confiance en lui de Merritt, et bien d'autres. Il peut aussi bien lire l'histoire au premier degré que s'amuser du jeu métaphorique sur la vertu, l'insulte et la honte. Le récit est raconté de manière chronologique, se divisant en deux fils narratifs, l'un suivant Honte, l'autre Vertu, avec un troisième intermittent relatif au chevalier Merritt. Il s'agit donc d'un conte où une jeune femme succombe à la tentation du pouvoir et impose sa volonté aux autres par ses pouvoirs, séduite par le discours d'un conseiller souhaitant la domination. Les dessins et les situations s'adressent à des adultes, pas seulement du fait de la nudité, et le lecteur se retrouve entraîné dans cette narration visuelle riche et envoutante pour savoir comment Vertu pourra contrer sa fille et son père, si tant est qu'il s'agisse d'un conte qui finit bien. Il est impossible de ne pas penser à un second niveau de lecture tout du long, ne serait-ce que du fait du jeu de langage sur le nom des personnages, et du coup des phrases à double sens selon qu'elles s'entendent comme les concernant ou parlant vraiment de la vertu, de l'insulte, de la honte. Ce jeu se prolonge d'une mise en abîme du fait que Vertu entretient une relation de mère à fille avec Honte, que Insulte est le père de Honte, et que Vertu bénéficie d'une réincarnation qui vient complexifier ces relations familiales. Le récit entre alors dans le domaine de l'inné et de l'acquis, de ce qu'une génération transmet à une autre, du fait que les qualités puissent sauter une génération, d'une forme de conflit entre ce que veut le père et ce que veut la mère, du sacrifice d'une mère pour le bien de sa fille. Le lecteur s'amuse également de la manière dont les auteurs tordent la convention du chevalier qui vient délivrer la princesse prisonnière : il participe bien à l'amélioration de son sort, mais il ne sauve pas la situation à lui tout seul, et la demoiselle en péril n'a pas vraiment son âge, et ils ne se marient pas à la fin pour vivre heureux et avoir beaucoup d'enfants. Shame est un récit ambition d'une excellente facture, avec une narration visuelle riche et sophistiquée, tout en restant accessible, et un conte pour adulte dans lequel la nudité est un élément narratif important sans être exclusif, avec un jeu sur les conventions du conte, et sur le nom des personnages qui ne sont pas loin d'incarner des qualités et des défauts. En terminant le récit, le lecteur peut trouver que la mise en abîme reste un peu timorée par rapport au potentiel du dispositif.
Sans expérience
Je rectifie le tir de Paco en disant que j'aime bien. Pour l'instant, il n'y a que 5 volumes qui ont été traduits et la mangaka s'en tire plutôt bien avec un sujet quand même assez spécial, et très peu probable sous nos latitudes. Je reconnais que connaître un peu la mentalité japonaise aide, ça permet d'apprécier certains points de détail, voire des pans entiers. J'ai la chance d'être assez familier de la culture japonaise depuis fin 70, j'ai eu le temps de me familiariser avec diverses coutumes qui continuent cependant de m'étonner. Graphiquement, ça tient bien le choc, c'est bien dessiné, bien que parfois, certains décors sont absents, mais c'est le lot de bien des mangas. Scénaristiquement, ça tient la route aussi, si on accepte le contexte du Pays du Soleil Levant. Néanmoins, pas besoin d'avoir fait un Master en Japonologie pour apprécier :) Je ne pense pas qu'il faille prendre cette histoire au pied de la lettre, c'est juste gentiment moqueur en extrémisant certaines situations. Oui, ils sont neuneus, mais on en trouve partout, même en France, Internet ou pas. Perso, je préfère l'ancienne série "Cœurs à Cœurs", mais "Sans Expérience" n'est certainement pas à jeter. Attendons de voir comment tout ceci se terminera :)
Run to Heaven
J’ai acheté le premier tome sur seule base de l’avis d’un libraire qui en conseillait la lecture, comparant cette œuvre à celles de Miyazaki. La couverture me plaisait, le dessin me semblait correct et le synopsis plutôt engageant… mais très clairement, je ne savais pas trop où je mettais les pieds. Le début du récit est sympathique, sans plus. On retrouve un cadre déjà souvent exploré et les personnages ont des profils déjà souvent vus. L’héroïne est attachante et, la galerie de personnages s’étoffant régulièrement, l’univers comme l’intrigue générale deviennent de plus en plus accrocheurs. On reste cependant sur une histoire classique d’adolescente qui éprouve des difficultés à s’intégrer mais à qui son don pour la course à pieds va permettre de s’ouvrir aux autres. Sympathique, vraiment, mais assez innocent et avec ce sentiment que tout va bien tourner. Mais la vraie force de ce premier tome réside dans sa dernière partie. Et alors que l’histoire baignait dans une certaine innocence, avec l’arrivée de la guerre sur l’île d’Arrecquero, c’est toute la brutalité de celle-ci qui nous explose au visage. Franchement, je ne m’attendais pas à ça et c’est cet aspect qui a fini par me convaincre du potentiel de la série. J’ai ainsi fini ce premier tome avec une seule envie : découvrir la suite. Côté dessin, j’ai plutôt bien aimé même si je trouve les morphologies parfois un peu étranges. Sans tenir compte du caractère parfois volontairement exagéré de la morphologie de certains des personnages, il y a comme ça par-çi par-là des dessins que je trouve mal proportionnés ou des angles de vue peu judicieux. Mais cela demeure un détail en comparaison avec la qualité d’ensemble. Car le dessin de Toan permet vraiment au lecteur de s’immerger dans cet univers et de s’attacher à ces personnages (celui de Fee en tête). Ça reste du manga, mais du manga soigné dans un style différent du style mainstream actuel. Et sans être un spécialiste du genre, je comprends la comparaison avec Miyazaki et le style graphique qu’il avait utilisé dans un « Nausicaä de la vallée du vent ». Même si le dessin ici n’a pas la même profondeur, il y a quand même un petit quelque chose. Au final, ce premier tome est vraiment une bonne surprise et je continuerai à suivre la série avec plaisir.
Frontier
J'avais envie de le lire parce que Guillaume Singelin est un gros créateur du Label 619, avec Meyef, Maudoux, Run ou Bablet. Et que je leur reconnais un renouveau de la BD de genre, marquée par un imaginaire américain mixé aux mangas et saupoudré de références pop. Un univers foisonnant, riche et inventif qui a largement été plébiscité ces dernières années. De Singelin, je n'ai lu que P.T.S.D. mais ce fut avec grand plaisir. L'auteur manie les personnage chibi (mignon) avec des proportions étranges mais qui évoluent dans un environnement détaillé (les graphismes des vaisseaux sont très précis) et des thématiques lourdes et graves. Mais sans jamais verser non plus dans le roman noir, ça reste du divertissement plus branché action, avec l'intelligence d'un bon scénario. Une recette qui fait très label 619 pour moi, et que j'apprécie clairement ! La BD est dense, vraiment riche en diverses choses mais en même temps très lisible. Ça s'enchaine facilement, avec une première partie d'exposition des personnages et des environnements, qui place les enjeux qui vont suivre et ensuite. L'histoire embraye ensuite sur un road-trip des personnages jusqu'à ce qu'ils se retrouvent tous ensemble et finalement poursuivent leur arcs narratifs vers un final assez peu conventionnel. J'ai été surpris par cette longue séquence de scénario. Très vite des idées simples mais efficace viennent parsemer l'histoire, donnant à croire qu'on prendra une direction ou une autre, mais Singelin reste dans un équilibre maitrisé entre l'action pure, la critique bien sentie et la SF contemplative. Il y a de quoi relire, largement même, avec la densité de l'histoire. Et je ne parle pas des sujets évoqués (écologie, pollution terrestre et spatiale, extraction des ressources, recyclage, multinationales, droits des travailleurs ...) qui sont autant de petites réflexions qui collent au récit. Le dessin, comme mentionné plus haut, à une précision dans les détails des vaisseaux. Je n'ai aucun doute sur la quantité de travail qu'il a fourni pour rendre l'ensemble crédible ! D'ailleurs son style de dessin (et l'histoire avec) m'évoque du cyber-punk dans l'espace. Les personnages chibi sont étranges au début, mais on se fait vite à leurs caractéristiques. D'autant que l'auteur a toujours un moyen simple pour qu'on s'y retrouve entre les différents protagonistes. Si je dois garder un défaut de l'histoire, je dirais qu'il y a une certaine linéarité dans le récit. Les personnages vont d'un point à un autre dans une course qui ne revient jamais vraiment en arrière. Alors je trouve que ça reste dans le propos (la question de créer un nouvel avenir différent) mais il aurait pu être intéressant d'avoir un retour vers ce qu'il se passe là où ils ont été. Il n'y a qu'un seul moment dans la BD où l'impact de leur passage est révélé, et il est d'ailleurs très intéressant. C'est du pinaillage et je n'en tiens pas rigueur à la BD, qui reste franchement très agréable. Je pense que ça va être le genre que je relirais pour retrouver la richesse de ce qui est développé, et aussi me laisser porter par une histoire qui fait un peu rêver. C'est chouette, parfois, de voyager dans les étoiles !
Miyabichi no Onmyôji - L'Exorciste hérétique
Dans ce monde de fantasy inspiré du Japon médiéval, des démons menacent l'Empire humain qui doit faire appel à des exorcistes spécialisés pour combattre la menace. Fuzuki est le plus fort d'entre eux mais lui et ses compagnons sont également rejetés par la population pour une mystérieuse faute qu'il a commise dans son passé et le condamne pour hérésie. Cela ne l'empêche pas de se mettre au service de l'Empereur pour retrouver au plus vite les trésors sacrés qui risqueraient de rendre les démons encore plus puissants. Le contexte, à base de combats à coups de sabre et de sceaux magiques contre des démons humanoïdes séduisants et dangereux n'est pas sans rappeler celui de Demon slayer mais le ton est ici différent. Il diffère pour commencer dans son graphisme. L'autrice a pris le partie d'offrir un manga à même de séduire lecteurs masculins comme féminins : pour dire les choses simplement, ses personnages sont tous des beaux gosses assez efféminés, l'un d'entre eux étant même régulièrement confondu pour une jeune fille. Le dessin est très bon, détaillé et esthétique pour les personnages, et pas en reste pour les décors même s'ils sont moins présents. La mise en scène est simple mais claire et les scènes de combat bien compréhensibles. Les planches de ce manga flattent l'oeil, et l'édition française est aussi de belle qualité, avec un papier épais. Au delà des combats, le scénario joue sur deux éléments moteurs. Le premier est la relation entre les personnages, tous très différents et intrigants, avec des rapports complexes les uns avec les autres, souvent du fait de lourds passés. Le second est un voile de mystère insistant et à plusieurs niveaux. Il y a d'une part le mystère sur l'enquête sur le vol des trésors sacrés de l'empereur : comment les démons ont-ils pu s'en emparer ? Qui est derrière tout ça ? Et d'autre part le mystère sur les personnages eux-mêmes, en particulier le protagoniste principal, Fuzuki qui cache à tout le monde les raisons de son comportement et de son passé d'hérétique. Il faudra attendre le quatrième tome pour avoir un aperçu plus clair de ce passé, mais là encore sans qu'il dévoile à quiconque ce qu'il s'est vraiment passé et ce qui l'a poussé à agir ainsi, à l'époque et aujourd'hui encore. Tout en lui et en d'autres personnages est en ambiguïté, sans savoir s'ils sont vraiment bons ou mauvais, s'ils sont alliés ou futurs ennemis. Ajouté au charme de chacun d'entre eux et à la beauté du dessin, cela apporte la touche d'originalité et d'attrait qui manque un peu à l'action qui, elle, est un peu plus basique. Malgré un léger manque d'accroche, c'est un manga de belle qualité qui donne envie d'être suivi.
L'Héritier d'Hitler
Se démarquer de son père - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il est paru sans prépublication, en 2018, coécrit par Anthony Del Cole & Geoff Moore, dessiné, encré et mis en couleurs par Jeff McComsey, avec un lettrage réalisé par Jeff McClelland. Le tome s'ouvre avec une citation de Winston Churchill (1874-1965) : en temps de guerre, la vérité est si précieuse qu'elle devrait toujours être protégée par un rempart de mensonge. En novembre 1943, au pied des falaises de Douvres, une responsable militaire observe l'océan à la jumelle, alors qu'un soldat l'abrite avec un parapluie et que des gradés se tiennent en retrait. L'agente Cora Brown aperçoit un bateau de pêche venant vers le ponton. Une fois amarré au ponton, il en descend 3 officiers nazis. Le major Reid les accueille et leur demande de le suivre. Une fois à l'intérieur de la base, les trois officiers allemands s'installent sur un banc devant une table : en face d'eux le major Reid et un traducteur, Cora Brown se place plus loin adossée contre le mur. Les officiers déclarent qu'ils ne parleront qu'à Cora Brown. Les deux officiers anglais finissent par accepter de les laisser seuls avec elle. Neuman prend la parole pour évoquer l'obsession de Cora Brown de vouloir trouver Hitler. Mueller ajoute que si elle est en mesure de leur assurer leur liberté, ils peuvent lui indiquer comment trouver l'homme qui peut lui permettre d'accéder à Hitler. En mars 1944, à Lille, monsieur Pierre a fermé sa boutique et est en train de la ranger : une pâtisserie. Alors qu'il passe le balai, deux soldats nazis tapent au carreau. Il rouvre pour laisser entrer le major Vogel et le lieutenant Rene. Le major veut savoir où il les cache : ses délicieuses madeleines. Monsieur Petit répond qu'il ne lui en reste plus. Le major Vogel asticote Petit qui a été un soldat durant la première guerre mondiale. Il jette un coup d'œil derrière au four pour s'assurer qu'il n'y a rien de suspect, puis il s'en va avec Rene. Monsieur Petit laisse son apprentis Pierre Moreau et s'en va avec un carton contenant sûrement des madeleines. Dans la rue, monsieur Petit remet son carton à un passant qui le remet ensuite à une femme assise à une table en terrasse, et qui le remet à un homme sur le pas de sa porte. Celui-ci l'ouvre, prend une madeleine, la casse en deux et lit le message qu'elle contient : je te plumerai la tête. Quelqu'un frappe à la porte : des soldats allemands pénètrent dans la pièce et abatte l'homme ainsi que celui en train de communiquer par radio. Le lendemain, Pierre Moreau se rend à la pâtisserie à vélo, et franchit le barrage de contrôle sans encombre, le soldat le reconnaissant. Arrivé le premier, il rentre dans la boutique et commence à préparer des pâtisseries dont les fameuses madeleines, les meilleures de tout Lille. Il ouvre la boutique tout seul et commence à servir les clients, expliquant que son patron a dû s'octroyer une quelques heures de sommeil de plus. Un jeune homme l'attire dans l'arrière-boutique : monsieur Petit est allongé mort sur une table. Il a été abattu il y a une heure de cela par les hommes du major Vogel. Pierre Moreau apprend que son patron faisait passer des messages de la résistance dans ses pâtisseries. Pierre Moreau réagit en instantané : il prend une boîte de madeleines et demande son arme à feu à l'un des résistants. Il se rend directement à la Kommandantur, à vélo. Il est difficile de résister au mélange de grotesque et de comique de la couverture (un individu étranglant Hitler), ainsi qu'au titre sensationnaliste qui ne promet pas des révélations, mais une histoire rocambolesque. Le titre et la couverture contiennent donc une promesse déjà bien explicite, et il faut du temps aux auteurs pour en arriver là : présenter l'individu étant le fils d'Hitler, et encore plus de temps pour arriver fin avril 1945 à Berlin. D'un autre côté, le lecteur se rend compte qu'il ne sait pas trop comment prendre ce que lui racontent les auteurs. À l'évidence, cette hypothèse d'un fils caché d'Adolf Hitler relève de l'invention romanesque et il peut s'attendre à un récit mêlant espionnage et aventures en temps de guerre. D'un autre côté, les scénaristes font en sorte de suivre le déroulement réel de la seconde guerre mondiale en l'évoquant en arrière-plan, et d'intégrer plusieurs éléments historiquement exacts : le séjour possible d'Adolf Hitler à La Bassée en 1917, le réseau des résistants français, Theodor Morell (1886-1948, le médecin traitant d'Hitler), le débarquement de D-Day le 06 juin 1944, la libération d'Auschwitz le 27 janvier 1945, la préparation de la conférence de Postdam en juillet 1945. En outre cette hypothèse de fils caché fait écho aux déclarations de Jean-Marie Loret ayant prétendu que sa mère Charlotte Lobjoie avait couché avec Hitler en 1917 quand le régiment bavarois de celui-ci vint en repos dans le village de Fournes-en-Weppes (sud-ouest de Lille). Ne sachant pas trop si c'est du lard ou cochon, le lecteur se rend compte que les auteurs savent donner une réelle personnalité à Pierre Moreau, malgré son caractère emporté et violent. Après tout, les prémices du récit sont plausibles et promettent un récit d'espionnage rythmé. Le format du volume est un peu plus petit que le format comics, participant à l'impression d'entamer une lecture de série B. Jeff McComsey se charge de toute la narration visuelle, y compris de la mise en couleurs. Pour cette dernière, il opte pour une forme de bichromie : soit un bleu canard et des nuances très proches pour le temps présent du récit, soit du gris châtaigne et des nuances très proches pour des séquences du passé et la séquence finale. Il réalise des dessins descriptifs dans un registre réaliste, avec une touche de simplification pas toujours facile à définir. Les contours des personnages sont parfois un tout petit peu ronds, les personnages eux-mêmes un peu petits, avec des expressions de visage pas toujours adultes. Pour autant la direction d'acteurs est en phase avec la nature du récit et des événements. Le lecteur observe que l'artiste préfère l'efficacité à la précision photographique en termes de costume, mais qu'ils correspondent à la réalité historique que ce soit pour les uniformes des soldats, ou les vêtements civils. Jeff McComsey se montre un chef décorateur impliqué, même si parfois le lecteur ne parvient pas à se départir d'une impression de représentation un peu naïve. Les couloirs de la base militaire de Douvres montrent bien des matériaux et une architecture fonctionnelle, conçus pour être rapidement mis en œuvre. La devanture de la pâtisserie fait authentique, avec une petite impression de carte postale. L'aménagement de son intérieur est conforme avec la réalité, ainsi que les fours et les plans de travail à l'arrière. Le poste de contrôle avec ses sacs de sable au milieu de la rue correspond à ce qui se faisait. Le lecteur reconnaît facilement le papier peint d'époque dans la chambre d'un ancien garde personnel d'Hitler, appelé Elias Walter, ce qui fait étrangement penser à Walter Elias Disney. L'architecture intérieure de l'église près de Bruxelles apparaît authentique. Le lecteur peut reconnaître les rues de Berlin, en particulier devant la Chancellerie, certainement représentées d'après photographie d'époque. Le format un peu petit et la consistance de la colorisation donnent la sensation de pages très denses en informations visuelles, qui auraient méritées un format un peu plus grand, tout en ressentant qu'un format plus grand aurait accentué l'effet un peu trop gentil de certaines cases. Même s'il ne sait toujours pas sur quel pied danser, le lecteur accepte bien volontiers de se laisser emporter par l'intrigue, de plus en plus persuadé que la couverture n'est pas mensongère et que Pierre Moreau aura l'occasion de serrer le cou d'Hitler. Il regarde donc ce jeune homme se transformer en chien fou sous l'effet de la colère. Il le regarde également encaisser les coups, et s'excuser auprès de Cora Brown de ne pas réussir à s'en tenir au plan, de ne pas pouvoir se maîtriser. La progression vers Berlin est semée d'embûches et l'entretien avec le docteur Theodor Morell réserve des surprises de taille, tout en restant compatibles avec la réalité historique. Les coscénaristes écrivent bien une histoire d'espionnage en temps de guerre, avec des missions périlleuses, des affrontements physiques et des stratagèmes bien pensés ou bricolés, mais qui ne se déroulent pas comme prévu. En prenant un peu de recul, le lecteur constate que le récit développe le thème de la paternité, de l'inné et de l'acquis, de l'importance de l'éducation, de la représentation qu'un jeune homme peut se faire de son père, que ce soit le père de substitution monsieur Petit, ou son père biologique Hitler, en ce qui concerne Pierre Moreau. Ce thème prend une autre envergure avec la dernière partie, cette représentation étant également façonnée par ce que l'individu souhaite croire, par ce qu'il projette de lui-même sur les faits. Il ne déforme pas les faits mais il se construit ses propres interprétations en fonction de ses valeurs, en fonction de ses convictions, en fonction de ce qu'il souhaite trouver. Si le lecteur peut trouver la dernière partie un peu téléphonée ou expédiée dans sa réalisation, il est frappé par la mise en scène de cette propension à interpréter la réalité par des sens finis et des connaissances partielles. La couverture en vue subjective promet de pouvoir étrangler Adolf Hitler de ses propres mains, comme en étant son fils révulsé par les actions de son père. Le récit tient cette promesse, plongeant le lecteur dans une reconstitution historique plausible lors de la seconde guerre mondiale, pour une aventure d'espionnage en suivant un individu dépassé par les événements, incapable de maîtriser ses accès de violence. La narration visuelle est fluide, même si parfois son ton semble en léger décalage par rapport à la nature de l'histoire. Au final, l'intrigue est sympathique et divertissante, et le thème principal plus ambitieux que ne le laisse supposer la couverture : ce que peut s'imaginer un individu et comment ça influence ses actions.
Le Soldat Inconnu vivant
Un album emprunté au hasard, car intrigué par le titre. Et c’est une bonne pioche, une belle surprise. Et le fait d’apprendre que cette histoire est vraie ajoute encore jubilation et atterrement, tellement la nature humaine est ici salement mise à nue. L’intrigue de base – et historique donc – est assez simple : parmi tous les pauvres types plus ou moins cabossés qui ont survécu à l’enfer de la Première guerre mondiale et qui sont rapatriés sur la fin, un homme, muet et amnésique, sans nom et identité. Il est donc un « soldat inconnu », mais vivant. Et il va devenir le centre d’une frénésie improbable, puisque de nombreuses personnes, familles, vont venir le « réclamer », le « reconnaitre » (contre toute vraisemblance le plus souvent), avec des arguments où le pathétique, le grotesque emportent la réalité très loin. Et des autorités qui cherchent à calmer ces gens – et à surtout ne pas insister sur les méfaits de la guerre, qu’on souhaite oublier. Autorité et familles, « experts » et charlatans en tous genres, prennent ainsi en étau le brave docteur Fenayrou, « l’inconnu » ayant été hospitalisé dans l’hôpital psychiatrique qu’il dirige : c’est lui qui, dignement, fait face aux menaces diverses, et tentent de raison garder. L’histoire est terriblement triste, mais on ne peut s’empêcher de sourire très souvent devant des situations ou des dialogues ubuesques, et on comprend le désarroi du docteur. L’histoire est surprenante, mais aussi très plaisante à lire. Car le travail en Noir et Blanc de Mauro Lirussi est à la fois original et très beau. Ses petites vignettes sont très chouettes. Une belle découverte en tout cas.
Akissi de Paris
Le couple Abouet/Sapin renouvelle la série en déracinant la sympathique Akissi et son frère Fofana chez Papi en plein Paris. Tout auréolée de sa candeur, de sa naïveté et de son langage qui sent bon le soleil, Akissi va devoir apprendre les codes des ados parisiens qui sont souvent loin de ses repères. Abouet s'amuse dans la comparaison (pas toujours à l'avantage du système français) de systèmes d'éducation et d'instruction aux antipodes sur plusieurs points. D'une façon souvent drôle Abouet donne à une Akissi au fort caractère un rôle de révélateur de plusieurs défauts qui empoisonnent la vie du collège. C'est souvent assez classique (indiscipline, mise en danger, détérioration du langage) mais traité avec justesse et cela évite un côté moralisateur inefficace. Pas ou peu de racisme, ni de violence dans ce tome1 mais bien plus la recherche des blessures invisibles qui rendent notre société si riche bien fragile humainement (sa copine Mathilde va au secours pop, ou Marcel se retrouve seul tard le soir). Abouet met ainsi le doigt sur le mal-être qui ronge nombre d'ados avec la star de la classe qui se met en danger d'anorexie pour rester fidèle aux canons imposés par une société de l'image. Un scénario bien construit autour d'un humour qui tombe juste, ouvre la porte à des thématiques bien plus angoissantes qui parle aussi bien aux ados qu'aux parents. Mathieu Sapin est un familier de la série. Son héroïne occupe l'espace d'une façon dynamique et convaincante apportant le soleil de sa vitalité dans les rues grises d'un Paris tristounet. Les personnages secondaires sont soignés et répondent parfaitement à la présence d'Akissi. Le trait force un peu sur les stéréotypes sans toutefois aller jusqu'à la caricature. Cela reste un dessin assez classique pour le genre (Tomtom, Anatole...) qui convient bien à ce type de récit. Un bon démarrage pour renouveler les aventures d'Akissi en y introduisant des thématiques importantes comme le déracinement, la double culture et l'acquisition de nouveaux codes. Lecture très sympathique en cette rentrée scolaire.
Les Dragons de la frontière
J'ai eu une superbe surprise en lisant ce diptyque des deux auteurs espagnols. Même si la trame du récit est très classique et presque vintage, il y a suffisamment d'éléments dépaysants pour en faire une lecture très agréable. En effet le contexte est très peu visité par la BD. Nous sommes 100 ans avant Géronimo au nord du Rio Grande mais en pays mexicain/espagnol. La Californie, le Nouveau Mexique voire une partie du Texas ne sont toujours pas Américains. Gregorio Harriet nous emmène dans une aventure de gardes-frontières sorte de troupe d'élite composée de dragons/lanciers. La surprise vient de l'esprit vintage de l'histoire à contre-courant des récits indiens contemporains. Une jolie nonne enlevée par des Apaches pas trop sympas puis par des Comanches belliqueux qui tuent des Apaches, cela pourrait faire un scénario pour John Ford. Pourtant la narration est très moderne et évite un manichéisme à la John Wayne. C'est rythmé et bien construit avec quelques touches d'humour (les deux "fiers" cavaliers nus sur un cheval), des scènes de bataille bien construites et de nombreux rappels historiques intéressants. Le graphisme de Gil est la cerise sur le gâteau. On se croirait par moment dans un épisode de Blueberry. L'esprit est réaliste avec des personnages bien campés très crédibles et un travail sur les paysages du Nouveau Mexique très travaillé. L'alternance des scènes de garnison et des scènes indiennes procure beaucoup de punch au récit. Une mise en couleur bien dosée soutient très bien la qualité générale de la série. Une très agréable lecture pour les amoureux d'aventures.
Zone 10
Classique et bien mené, mais pas exceptionnel - Ce tome fait partie de la collection Vertigo crime : il s'agit d'une histoire indépendante et terminée en un volume, les dessins sont en noir et blanc (sans nuances de gris pour cette histoire) et le tout était publié, à l'origine, dans un format plus petit que celui des comics traditionnels. Cette fois-ci, le scénario est confié à un habitué des comics (Christos Gage) et à un dessinateur (Chris Samnee) qui avait fait quelques comics de ci de là, et qui a gagné en notoriété par la suite. Un homme est pris de folie et il s'attaque à une famille dans leur appartement en voulant leur forer un trou dans le crâne. L'inspecteur Adam Kamen achetait son journal en bas de la rue et il intervient immédiatement. le meurtrier lui assène un grand coup de tournevis au milieu du front, perforant la boîte crânienne. Heureusement ses collègues arrivent sur ces entrefaites et maîtrisent le forcené. Après son rétablissement, Kamen est affecté à une enquête sur une série de meurtres atroces, dans lesquels les victimes ont été décapitées. Il reprend donc son travail de flic en menant les enquêtes de voisinages de routine, en rencontrant les familles, etc. En même temps, il se rend à ses rendez-vous avec sa psychiatre qui vérifie que la trépanation brutale qu'il a subi ne laisse pas de séquelles. Et puis dans ces moments de liberté, il essaye de retrouver un équilibre émotionnel mis à mal par son récent divorce et la perte de son enfant. Christos Gage sait mener son scénario comme un vrai professionnel. Son inspecteur fait son travail de manière efficace. Il est doté de traits de personnalité crédibles sans être forcés. Il ne traverse pas une crise existentielle digne d'un film dramatique ou d'une série télé. Il ne picole pas comme un alcoolique, il ne fréquente pas les prostituées. Il s'agit d'un individu normal avec des expériences désagréables. le récit se déroule dans une cadre plutôt réaliste. Pour autant, Gage sait faire avancer l'enquête à un rythme suffisant pour que le lecteur ne s'ennuie pas. Les meurtres sont vraiment atroces. le lien qui unit les victimes n'a rien d'évident. Les lieux où l'emmène son enquête peuvent très ordinaires (l'appartement d'une victime) ou inattendu (une boîte de nuit, un asile psychiatrique). Cotés dessins, Chris Samnee s'avère une bonne surprise. Ses illustrations ne vous transportent pas d'admiration devant sa technique ou sa capacité à créer un décor ou une atmosphère ; mais son talent le place largement au dessus d'un travail ordinaire. Malgré les limitations qui lui sont imposées (noir et blanc, petit format d'origine), il réussit à faire naître des personnages aisément reconnaissables, dotés d'une vraie identité visuelle, sans être caricaturaux. Les visages expriment des émotions, mais sans exagération. Les lieux visités présentent tous des particularités qui les rendent uniques, sans pour autant qu'ils en deviennent improbables. Les choix esthétiques et de mise en page sont à l'unisson de l'histoire sans explosion pyrotechnique, sans effet de manche, très ordinaires. de ce fait les moments d'horreur (découverte de cadavres, séance d'autopsie à la morgue) ressortent avec plus d'acuité par comparaison à l'environnement presque banal dans lequel se déroule l'enquête. Ce qui me retient de décerner une cinquième étoile à cette histoire, ce n'est pas le ton terre à terre (que j'ai bien apprécié), ce n'est pas l'irruption d'un élément surnaturel (qui est plutôt bien maîtrisé) et ce n'est pas la résolution finale (qui toute classique qu'elle soit reste très efficace). Ce qui me retient de mettre une cinquième étoile, c'est que le ressort de l'intrigue a déjà été utilisé en bandes dessinées avec une efficacité et une maestria que Gage ne soupçonne même pas. Si, comme moi, vous avez déjà été traumatisé par la lecture du manga d'Hidéo Yamamoto intitulé Homunculus, l'utilisation que fait Gage de cette pratique vous semblera bien fade. Si par contre vous n'avez jamais plongé dans l'horreur de ces récits, Zone 10 constitue un polar efficace, et si vous avez apprécié, essayez le manga.