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Tocqueville, vers un nouveau monde

Note: 3.5/5
(3.5/5 pour 4 avis)

Le parcours initiatique d'Alexis de Tocqueville en Amérique d'après le récit "Quinze jours dans le désert".


1816 - 1871 : De la chute du Premier Empire à la Commune Adaptations de romans en BD BDs philosophiques [USA] - Nord Est

Été 1831 : deux Français entreprennent un voyage aventureux jusqu'au cœur de la région des Grands Lacs américains. De la disparition annoncée des Indiens à l'urbanisation forcenée, ils témoignent de la fin du Nouveau Monde, rapidement dévoré par les jeunes et impétueux États-Unis d'Amérique.

Scénariste
Auteur oeuvre originale
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 11 Mai 2016
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Tocqueville, vers un nouveau monde
Les notes (4)
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18/05/2016 | Mac Arthur
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L'avatar du posteur Noirdésir

L’album s’inspire d’une sorte de journal, rédigé par Tocqueville à la fin de son séjour dans les jeunes Etats-Unis (il tirera de son séjour son œuvre la plus connue, à savoir « De la démocratie en Amérique »). Il souhaitait, avec un ami, rencontrer les « Indiens », et voir par lui-même la « frontière », le lieu de rencontre entre civilisation et monde sauvage. L’album se laisse lire, avec de nombreux passages bucoliques, lors de la traversée des grands espaces forestiers où l’homme – « européen » s’entend – n’avait que peu laissé son empreinte. Tocqueville est un « libéral », et sa vision du monde, et de la société américaine en particulier, est imprégnée de ces idées. C’est ainsi que sa vision des indiens est proche de celle des « sauvages » de Rousseau. De même, il montre, et dénonce l’attitude des Blancs « civilisés » face aux Indiens. Mais Tocqueville est aussi admiratif de ce jeune Etat (cela saute aux yeux si l’on lit « De la démocratie en Amérique »), et il ne remet jamais en cause la « destinée manifeste » au cœur du projet des pères fondateurs et des théoriciens américains qui leur succèderont. C’est ainsi que s’il jette un regard nostalgique et compréhensif sur les Indiens et leur mode de vie, évoquant à juste titre leur probable disparition à court ou moyen terme, il ne remet pas en cause l’ethnocide, ni la prépondérance de la soif de conquête et d’enrichissement des Américains, moteur de leur expansion. Ce qui peut paraître étonnant, c’est ce décalage entre une sincère soif de connaissance et une sorte de fraternisation avec la réalité des Indiens de la Frontière (mais il ne « connait » que ceux-là, déjà « imprégnés » de la présence conquérante des Blancs, et méconnait les peuples indiens plus éloignés et encore libres et belliqueux), et cet acquiescement, cette acceptation fataliste de la destruction de leur monde (forêts défrichées, acculturation, mœurs dépravées, etc) : la « civilisation » du Nouveau monde est en marche (on retrouve aussi certains de ces aspects dans des écrits de Chateaubriand, comme « Les Natchez » par exemple). Autre chose qui me chiffonne dès lors que l’on évoque Tocqueville, c’est l’oubli dans lequel sont tombés ses propos consternants lorsqu’il défendra, quelques années après ces écrits « américains » la conquête de l’Algérie par la France, et surtout les méthodes employées : moins de compassion ici pour le « sauvage » ! Si l’on fait abstraction de cet arrière-plan historique et « culturel », l’album est un récit d’aventure calme, qui se laisse lire tranquillement, sans laisser non plus de souvenir impérissable.

09/12/2017 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5
L'avatar du posteur sloane

Franchement bien et instructif qui plus est mais sans le côté didactique chiant que l'on peut parfois rencontrer. Je n'ai pas lu Tocqueville qui il me semble fut tout de même une référence et l'est encore pour ce qui est de parler de la corruption de la civilisation sur les peuples. L'exemple des Indiens d'Amérique est à cet égard édifiant, laminés qu'ils furent par le rouleau compresseur des flux d'européens qui venaient s'installer sur ces terres dites vierges mais qui ne l'étaient pas tant que cela puisque habitées par les dits Indiens. Et que l'on ne vienne pas me dire que ces européens ont fait œuvre civilisatrice. Pour la route j'aime à rappeler que les inventeurs du scalp furent nos amis anglais. Alors cette BD. Elle nous offre de belles planches avec des paysages vierges qu'il a du être assez exceptionnel de découvrir dans leur jus. Comme dit plus haut le récit n'est pas didactique et même s'il reprend des paragraphes de Tocqueville son langage du 17 ème siècle est facile à comprendre. Un récit agréable où effectivement l'affect ne transparaît que peu mais cela est parfois intéressant.

15/10/2017 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
L'avatar du posteur Ro

Dans "Quinze jours au désert", livre paru après sa mort, Alexis de Tocqueville racontait son voyage en 1831 avec son ami Gustave de Beaumont dans la région des Grands Lacs à la recherche de la nature sauvage et des indiens fiers et braves tels qu'ils se les imaginaient. Lors de ce périple, ils vont découvrir à quel point la civilisation occidentale américaine s'étendait déjà à une vitesse vertigineuse, modifiant son environnement et le mode de vie des peuplades indiennes. Ce n'est qu'après avoir dû pousser aussi loin que possible que les deux voyageurs purent enfin atteindre une zone où les villages n'étaient pas les petites villes proprettes américaines qui se ressemblaient toutes et où les indiens n'étaient pas devenus des clochards misérables et ivrognes. Ce constat un peu amer et édifiant amena ainsi l'auteur à s'interroger sur l'impact de la civilisation occidentale sur le monde et sur son sentiment mitigé entre les bienfaits qu'elle apportait et la façon dont elle corrompait et faisait disparaître la nature sauvage et les peuples indigènes. C'et ce récit que Kévin Bazot adapte en bande dessinée, permettant d'ajouter au récit de Tocqueville une mise en image mettant en valeur les décors historiques et les paysages grandioses que les voyageurs de l'époque pouvaient admirer. L'adaptation est bonne et on ne sent nulle lourdeur dans la narration. Il y a peu d'action mais le rythme est bon et on sent l'aspect exploration aventureuse du récit. Les dessins sont de très bonne qualité, agréables et frais. Les personnages sont bien rendus, les décors travaillés. Et l'auteur nous offre même quelques beaux paysages en pleine page. Ceci dit, sur certaines mises en page en double page, j'ai parfois hésité quant au sens de lecture des scènes et dialogues qui m'a paru non intuitif. Je dois dire aussi que malgré l'aspect aventureux et la beauté des décors, l'émotion est peu passée à la lecture en ce qui me concerne. Ni les textes ni la mise en scène ne m'ont vraiment touché, me donnant presque l'impression de lire le journal de bord d'une expédition scientifique plutôt que le récit du voyage extraordinaire, initiatique et exotique de deux jeunes explorateurs. Seul l'aspect instructif de comment se déroulait la conquête du Nord-Ouest américain à l'époque m'a vraiment marqué et intéressé.

30/03/2017 (modifier)
L'avatar du posteur Mac Arthur

Le premier aspect qui m’aura marqué à la lecture de cet album, c’est la qualité du trait. Un style semi-réaliste à la fois très accessible et pourtant riche de détails sert en effet de support à ce récit historique. Ce trait est, de plus, bien soutenu par une colorisation nette et vive. Elle pourra paraître trop tranchée aux yeux de certains mais, de mon point de vue, elle est un des accroches-regards de l’album. Vient ensuite le fond. Et ce récit historique, librement adapté des écrits d’Alexis de Tocqueville (et plus précisément de « Quinze jours dans le désert »), s’est avéré aussi divertissant qu’instructif. Alexis de Tocqueville, dont je ne connaissais finalement que le nom, m'est apparu comme un penseur, un philosophe et un humaniste des plus intéressants. Sa quête d’un mode sociétal juste au travers d’un Ouest en voie de colonisation va le mener à quelques remises en question qui feront de ce récit un voyage exotique, initiatique... et désabusé. Témoins de la disparition d’une civilisation, Alexis de Tocqueville et Gustave de Beaumont posent avant l’heure un regard écologiste et humaniste dont on ne peut que saluer la pertinence avec le recul (de près de deux siècles). Plus qu’une biographie, ce récit est à la fois récit d’aventure et de réflexion. Il divertit et interpelle, nous donne à réfléchir sur l’évolution de nos sociétés sans nous assommer de rhétorique. Un bien bel album, en définitive.

18/05/2016 (modifier)