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Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Batman White Knight - Harley Quinn
Batman White Knight - Harley Quinn

Tiraillée entre les différentes composantes de sa vie - Ce tome fait suite à Batman : Curse of the White Knight (2020) qu'il faut avoir lu avant. Il regroupe les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2021, coécrits par Sean Murphy et Katana Collins, dessinés et encrés par Matteo Scalera, avec une mise en couleurs réalisée par Dave Stewart. Il contient également les couvertures originales de Murphy et les couvertures alternatives de Scalera. Il se termine avec une histoire courte de 10 pages réalisées par la même équipe créative. Harley Quinn se souvient : tout le monde s'accorde à dire que c'est à cause de Joker si elle a mal tournée, qu'il a fait d'elle un monstre. La vérité est qu'elle ne l'a pas rencontré à Arkham comme tout le monde le pense. Ils se sont rencontrés bien avant quand il était juste Jack Napier. C'est Jack qu'elle a rencontré, Jack avec qui elle est tombée amoureuse, et c'est à cause d'elle s'il a mal tourné. Sans elle, Joker tel que le monde le connaît n'aurait sans doute jamais existé. Il travaillait alors comme homme de main dans une bande organisée, et il mangeait dans une boîte à striptease où travaillait Harley pour payer ses études. Elle effectuait un numéro de danse de poteau à sa table et avait fini sur ses genoux. Ils avaient été bousculés par un porte-flingue passant dans l'allée. Jack avait estimé que le lourdaud avait manqué de respect à Harley, faute de s'être excusé, et il était en train d'en venir aux mains, quand Batman avait fait irruption dans la salle. Batman avait neutralisé les nervis, et Napier avait pris la poudre d'escampette. Batman avait conseillé à Harley de se tenir à l'écart de Jack car il était sur une mauvaise pente, peine perdue car elle était tombée sous son charme. Harley arrête là son histoire, en concluant que c'est également le jour où elle avait rencontré Bruce Wayne. Ses deux jeunes enfants, Jackie & Bryce, se sont endormis sur ses genoux et elle va les coucher. Elle s'en retourne à la cuisine, avec ses deux hyène apprivoisées Bud et Lou. À la télé, les informations annoncent le décès de Lily O'Rourke, actrice star du l'âge d'or, assassinée à l'âge de 78 ans dans sa maison, un meurtre à ajouter à une série prenant comme cible des acteurs de cette époque. Soudain les deux hyènes dressent la tête, car il y a quelqu'un à la porte. Duke Tomas a apporté un repas pour elle et ses hyènes : des nems. Il constate le désordre dans la pièce, et le couteau planté dans une poupée de chevalier en armure avec une épée. Il explique qu'il est venu prendre de ses nouvelles. La ville a bien changé depuis qu'Azrael l'a débarrassée de ses criminels costumés, et que Batman s'est ensuite occupé d'Azrael. Mais il y a un nouveau tueur en série en liberté, et cela risque de donner des idées à d'autres. Il lui propose d'intégrer l'équipe de la police de Gotham qui s'occupe de l'affaire, lui avec Renée Montoya et le psychologue Hector Quimby, un grand admirateur d'Harley. Elle le remercie pour son offre, la décline et le met dehors. À peine la porte refermée, ses deux enfants se réveillent. Après deux tomes consacrés à cette version divergente de Batman, sous l'égide de Sean Murphy, ce dernier développe une histoire consacrée à cette version d'Harley Quinn, avec l'aide d'une coscénariste, et d'un autre artiste. S'il a suivi sa carrière, le lecteur a déjà pu constater que Matteo Scalera a été fortement influencé par Murphy, tout en présentant une touche personnelle. Il a en particulier illustré la série Black Science de Rick Remender, avec une inventivité et une fougue remarquables. le lecteur retrouve des contours détourés avec un trait fin, des personnages qui savent sourire de temps à autre, un goût certain pour développer une ambiance particulière avec les environnements et les tenues vestimentaires, mais sans le sens de la mise en scène des séquences d'action si impressionnant chez Murphy. Le titre indique clairement que le récit se situe dans la continuité désignée par l'appellation White Knight, et que le centre d'attention est Harley Quinn et pas Batman, ce qui s'explique par le fait que Bruce Wayne se trouve en prison. Les coscénaristes la présentent comme une jeune femme plutôt posée, tiraillée entre plusieurs facettes de sa vie. Elle a été l'amante de Jack Napier, la psychiatre de Joker. Elle est la mère de deux enfants en bas âge, ainsi que la maîtresse de deux hyènes domestiquées. Son titre de psychiatre a été révoqué à la suite de sa pratique non conventionnelle à l'asile d'Arkham. Elle fait ce qu'elle peut pour subvenir aux besoins de sa cellule familiale, et elle a renoncé à ses escapades en costume. À la suite des conseils de Bruce Wayne à qui elle rend régulièrement visite en prison, elle accepte la proposition de devenir consultante dans l'équipe de police enquêtant sur les meurtres. de fil en aiguille, elle réendosse son costume, ou des variations adaptées à une sortie ou à une autre, tout en revenant sur sa relation avec Jack & Joker. Il est visible que les deux scénaristes ont développé une véritable affection pour ce personnage, et le lecteur tombe rapidement sous son charme. Il comprend son attirance pour Jack, sa fascination pour Joker, son déchirement entre les deux, sa sensation d'être une mauvaise mère ne consacrant pas assez de temps à ses enfants, son intelligence et ses compétences professionnelles qui lui permettent d'établir des liens de cause à effet qui échappent aux autres membres de l'équipe. Il voit bien que son ancienne activité de criminelle costumée était toute relative, mais lui a permis de développer des contacts qui font également défaut aux autres. Le lecteur accroche rapidement à l'intrigue : cette série de meurtres d'anciens acteurs et actrices, et les deux criminels très mystérieux : le Producteur et Starlet. le dessinateur est en bonne forme, et le coloriste encore plus. Dave Stewart est un vétéran du métier de metteur en couleurs, et il est possible que le lecteur ne mesure pas ce qu'il apporte à la narration visuelle, à la fois parce qu'il ne réalise pas des compositions spectaculaires, à la fois parce que dessins et couleurs semblent l'œuvre d'un seul et unique artiste. Il utilise une palette un peu terne pour correspondre à l'ambiance du récit plutôt réaliste. Il met à profit les capacités de l'infographie non pas sous forme de camaïeux spectaculaires qui en mettent plein la vue, mais en jouant discrètement sur les nuances, pour souligner un relief ou un éclairage, tout en donnant en surface une impression d'aplat de couleur, ce qui préserve la rapidité de lecture, tout en donnant de la consistance et de la profondeur aux cases. En fonction de sa sensibilité, le lecteur y prête plus ou moins attention : la manière dont Stewart prend en charge les fonds de case vides pour y développer une ambiance, le travail sophistiqué pour baigner la salle de la boîte d'une lumière qui paraît uniforme, mais qui fait ressortir chaque élément les uns par rapport aux autres, le ressenti feutré de l'appartement d'Harley, l'amélioration de la lisibilité de cases chargées comme la sortie au parc avec les jeux pour enfants, ou le salon du Producteur, etc. L'artiste a choisi de donner une morphologie normale aux principaux personnages, n'exagérant la carrure que des porte-flingues et de Batman, et la silhouette longiligne d'une supercriminelle, mais pas ses rondeurs. Il apporte un grand soin aux tenues vestimentaires d'Harley Quinn qui est toujours très élégante. Il reprend la tenue de Duke Thomas définie par Murphy dans le tome précédent. Il s'amuse avec des variations du costume de criminelle d'Harley Quinn, et il reproduit avec fidélité l'image sublimée des tenues des années 1920. Il investit du temps dans le langage corporel et dans les expressions de visage, qu'il exagère de temps à autre pour un effet comique, entre jeune âge du personnage, et légère insistance sur une situation dramatique, ou une réaction sans filtre. le registre de la narration visuelle n'est pas celui des conventions et clichés des récits de superhéros : les dessins sont plus soignés et plus esthétiques, tout en conservant cette augmentation de l'intensité dramatique. Le lecteur se dit que les auteurs vont donc emprunter une voie naturaliste pour explorer la psychologie d'Harley Quinn, avec une sensibilité adulte. L'intrigue se déroule posément sur le mode d'une enquête pour essayer de déterminer l'identité des deux criminels et de les devancer avant qu'ils ne commettent un nouveau meurtre. La progression est régulière, mais sans réellement réussir à manipuler le lecteur pour qu'il se livre à des conjectures sur leur identité. Les coscénaristes reprennent donc les conflits intérieurs qui animent Harley Quinn, entre son amour pour Jack Napier qui a dû s'accommoder de l'existence de Joker et ses responsabilités de mère. Mais ils quittent le strict domaine réaliste avec ses deux hyènes domestiquées qui diminuent d'autant le niveau de plausibilité. Au fil des séquences, il apparaît également qu'ils ne parviennent pas réellement à faire croire que Harley s'occupe de deux enfants en bas âge, ni d'ailleurs à faire exister ces deux bambins. Par ailleurs, Harley Quinn finit par avoir besoin de l'intervention de Batman pour pouvoir surmonter un obstacle dans son affrontement contre les deux criminels, ce qui sape un peu sa capacité d'autonomie. La qualité de l'étude de caractère du personnage se heurte à ces éléments trop fantaisistes. L'histoire supplémentaire de 10 pages appartient à la même veine, avec les prémices de la relation entre Harley et Batman, également agréable à la lecture. Les auteurs réalisent un récit focalisé sur Harley Quinn, version White Knight, avec un niveau de qualité quasi similaire à celui des deux premiers récits. La narration visuelle de Matteo Scalera est dans la continuité de celle de Murphy, avec un peu moins d'énergie esthétique dans les scènes d'action. La mise en couleurs est d'une qualité extraordinaire, un travail d'orfèvre. L'intrigue est consistante, avec de beaux moments consacrés à Harley Quinn, tout en ne réussissant pas tout à fait à s'émanciper des clichés superhéros, ni à les mettre totalement à profit pour le portrait de cette jeune femme.

23/07/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Labyrinthe inachevé
Le Labyrinthe inachevé

Je commence à découvrir Jeff Lemire sous la pression de notre webmaster qui n'a de cesse de le louer. Et il faut dire qu'il sait se faire convaincant le bougre ! C'est tout naturellement que je me suis tourné vers un de ses plus connus pour commencer cette découverte, et elle fut très belle ! L'histoire de deuil d'un homme seul n'ayant pas surmonté sa perte est exploité avec cet imaginaire du labyrinthe faisant évidemment référence au mythe de Thésée mais pas seulement. La BD est aussi une exploration urbaine dans laquelle la solitude est présente alors que les bâtiments enferment dans un labyrinthe de murs (symbolique présente tout au long de la BD), solitude d'un homme désormais sans liens sociaux et qui ressasse son passé. La BD est toute tournée autour de ce personnage, avec abondances de détails renforçant les symboliques : le fil rouge de l'histoire, ici carrément présent physiquement, la perte et les retrouvailles, les complémentarités... Ce dernier point est là encore traité de façon assez originale : il est en opposition avec sa voisine sur le travail : lui surveille les normes des nouveaux bâtiments, elle protège les anciens. C'est la dualité entre la préservation et la reconstruction, mais présenté comme complémentaire et même nécessaire. Une belle image métaphorique du récit, là encore. C'est un récit enchâssé de métaphore qui font ressortir un parcours somme toute "banal" de deuil enfin accepté, comme tant d'autres histoires l'ont déjà fait. Mais ce n'est pas l'histoire l'important, c'est comment on la raconte. Ici tout n'est que symbole de ce dépassement d'une situation initiale insupportable. Le tout est mis en image d'une façon originale, en tout cas je ne connaissais pas le trait de Lemire. C'est un fatras de trait qui reste toujours clair et lisible, ainsi qu'une mise en couleur privilégiant les petites touches pour rehausser l'ensemble. L'aquarelle donne le relief au dessin, tandis que son trait permet de créer de la répétition et partir dans des fulgurances lorsque le récit le demande. Il y a de vrais contrastes de planches avec des compositions originales dans les face-à-face dialogués ou la course remontant vers le labyrinthe. Je n'ai pratiquement jamais été perdu dans ma lecture malgré tout, l'auteur usant de petits artifices simples pour lier les cases et maintenir le lecteur dans le récit, comme découper de toute petite ouvertures dans les cases pour indiquer le sens de lecture. Une BD maitrisée de bout en bout, c'est clair : dessin, histoire, originalité, traitement, métaphore, tout est clair et limpide mais aussi efficace et bien trouvé. L'histoire touche rapidement au cœur de son sujet tout en restant dans une sensibilité pudique, qui ne rentre jamais dans l'effusion. Il n'y en a pas besoin, et c'est tout aussi bien. Après lecture je peux confirmer que ce premier Jeff Lemire ne sera pas le dernier ! Je ne m'attendais pas à autant aimer.

23/07/2024 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Wesh Caribou
Wesh Caribou

Wesh frérot ! Inutile de tergiverser plus longtemps : Wesh Caribou est un drôle de petit bouquin édité à l'italienne à hurler de rire tant les anecdotes rapportées par Boris Dolivet qui se met lui-même en scène semblent à la fois véridiques et amusantes. Drôle de parcours pour cet auteur parisien amoureux du grand froid et qui décide contre vents et marées d'embarquer toute sa famille loin de sa banlieue d'origine vers un Montréal dont les moeurs et le quotidien diffèrent complètement pour notre Frenchie quadra. Entre les forts écarts d'amplitude thermique, le langage français déformé et les visites onéreuses du dentiste, chaque petit geste du quotidien est à réapprendre car rien ne ressemble à l'hexagone. Eldiablo se met en scène, langage fleuri et verlan en bonus ainsi que son épouse (scènes hilarantes garanties entre les échanges du couple) sans aucun filtre et chaque chute est mémorable. Du grand vécu mais pas du grand n'importe quoi. Son style graphique proche de celui d'un Eric Salch (qui intervient également dans ce bouquin !) est lisible et percutant. Ce n'est pas un indien dans la ville mais plutôt un bon gars plein de bonne volonté essayant de s'adapter à chaque nouvelle situation et c'est toujours cocasse. Sachant autant manier les bons mots que son désir d'intégration, Eldiablo n'a pas son pareil pour faire preuve d'autodérision tout en montrant son amour manifeste pour ce nouveau pays dont il ne saisit pas tous les codes. Wesh Caribou est un véritable petit bijou qui prouve une fois de plus que l'auteur de Monkey Bizness n'a pas sa langue en poche pour savoir nous régaler d'un pays lointain sans sortir de notre canapé.

22/07/2024 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Lombric
Lombric

Jusqu'à ce jour, je n'avais jamais rien lu de Mathieu Sapin et je reconnais qu'un rapide coup d'oeil sur ses précèdentes oeuvres plutôt axées sur la politique me faisaient de l'oeil autant que sur le parcours télévisé d'un Cyril Hanouna mais ce petit livre à la réalisation éditoriale parfaite me faisait envie depuis longtemps. Il faut déjà prévenir les parents égarés entre ces pages que ce n'est pas réellement recommandable pour les enfants et qu'il peut même s'agir d'une oeuvre dite OVNI pouvant pas mal diviser. Les dessins magnifiques attirent l'oeil mais le récit est court et pourrait même être perçu comme creux avec une conclusion plutôt ouverte mais que je trouve finalement parfaite. Divisé en 3 actes, on suit l'enquête policière d'un duo d'animaux de la forêt en quête de crimes mystérieux des hôtes de ces bois. Les dialogues entre ce crapaud détective au look anglais et de son assistant d'infortune sont tous simplement savoureux. On suit en parallèle la naissance puis l'évolution d'une drôle de bestiole au look fantomatique dans ces mêmes bois. Tous ces personnages vont finir par se croiser dans un troisième acte troublé par la présence humaine. Ici encore il est plus amusant de ne pas en dire plus, de laisser le lecteur pris (ou pas) dans de superbes tableaux graphiques bien souvent muets mais de toute beauté. Il y a de la cruauté, quelques scènes trash, mais également une certaine forme de poésie et de liberté. Les dessins sont juste superbes et forcent l'admiration dans un registre proche du classique Le Vent dans les Saules dont ce Lombric serait le penchant adulte... Surpris par la brièveté du récit (on peut le lire en moins de 20 minutes sans trop se presser), ce n'est qu'après l'avoir refermé que je me suis rendu compte que le récit m'avait marqué tout comme à l'époque ma première lecture de Jolies ténèbres de Fabien Velhmann et Kerascoët donc ce lombric est en quelque sorte le complément et compagnon.

22/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Bad mother
Bad mother

Avez-vous vu mon chaton ? - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Il regroupe les 4 épisodes, initialement parus en 2020, écrits par Christa Faust, dessinés et encrés par Mike Deodato junior, et mis en couleurs par Lee Loughridge. Les couvertures ont été réalisées par Deodato. le tome contient également la couverture variante réalisée par Tim Bradstreet, une postface d'une page et demie de la scénariste, une de deux courts paragraphes de Deodato, 3 pages de composition de page et d'effets spéciaux réalisées par le directeur artistique, le script de 11 pages de l'épisode 3, case par case, avec les cases dessinées par Deodato en vis-à-vis. April Walters est train d'essayer un jean dans un magasin et elle constate qu'elle ne rentre plus dans sa taille habituelle, ce qui la déprime, et l'incite à repartir sans rien acheter, malgré la proposition de la vendeuse d'aller chercher une taille au-dessus. Elle va ensuite faire ses courses dans un supermarché d'alimentation et prend une bouteille de jus de pomme. Valerie, une copine la salue en lui faisant observer qu'elle ferait mieux de prendre du jus de fruit bio, sinon ça revient à donner un soda à ses enfants. C'est une jeune mère dans une forme physique splendide, avec un ventre plat parfait. En faisant la queue à la caisse, elle indique à son mari qu'elle a pris du saumon comme il aime pour le repas du soir : il lui répond que finalement il a pris un vol plus tôt et qu'il prendra quelque chose à manger dans un établissement à emporter. Elle lui souhaite un bon vol. Deux hurluberlus font irruption dans le magasin, avec une arme à feu à la main, exigeant que tout le monde se couche à terre, et que la caissière leur donne l'argent. Un client est parvenu à appeler le numéro d'urgence 911. Les sirènes se font entendre, et l'un des deux hommes décide d'attraper une otage. Il préfère choisir une jeune femme bien faite de sa personne, plutôt qu'April. Ekland, un inspecteur de police, fait irruption avec deux policiers armés derrière lui qui tiennent en joue les 2 agresseurs. Il commence à négocier. Discrètement, il sort le revolver qu'il a dans sa poche et fait feu sur celui qui tient l'otage, le tuant net. April est éclaboussée par le sang. Une fois rentrée chez elle, April appelle son époux Steve pour le rassurer, mais il est dans une zone sans connexion. Elle lui laisse un message lui disant que tout va bien et qu'il n'a pas lieu de s'inquiéter. Son fils Adam pénètre alors qu'elle est en train de laver son teeshirt : il a besoin de son polo propre pour son voyage du lendemain. Elle le serre très fort dans ses bras, et lui propose d'aller au cinéma ensemble. Il répond qu'il a déjà promis à Justin de passer du temps ensemble. le soir, elle est assise dans son fauteuil sur la véranda, et elle envoie des textos à sa fille, lui rappelant qu'elle doit rentrer à l'heure prévue. Elle voit arriver une voiture qui dépose sa fille Taylor. April se met sur les marches pour lui barrer le passage et l'admonester sur le respect des horaires. Elle se rend compte que sa fille a un bleu au coin de l'oeil droit, et un peu de sang séché à la commissure des lèvres. Sa fille l'écarte en hurlant que son copain Chase est vraiment un bel abruti, et elle monte s'enfermer dans la salle de bains. Elle décide de se rendre chez Chase pour lui dire sa façon de penser : elle découvre son cadavre et celui d'un autre jeune homme. Même s'il n'a lu ni la quatrième de couverture, ni la postface de l'autrice, le lecteur comprend vite l'intrigue : une maman de pavillon, mère de famille au foyer, va se charger de récupérer sa fille, impliquée malgré elle dans un trafic de drogue, tombée dans les mains d'une redoutable cheffe de réseau. Il s'agit d'un thriller, avec enlèvement de mineur, et maman vengeresse. La particularité : April Walters commence à prendre de l'âge, du poids, n'est ni sportive, ni une pratiquante des arts martiaux, ni une guerrière, ou une détentrice d'armes à feu avec port d'arme. le point de départ évoque vaguement la série Jennifer Blood créée par Garth Ennis & Adriano Batista, à la fois pour la mère au foyer, à la fois du fait de la couverture variante réalisée par Tim Bradstreet (illustrateur des couvertures des séries Punisher d'Ennis), mais la ressemblance s'arrête là. La scénariste joue vraiment le jeu, en présentant cette femme. Elle ne fait pas pitié, mais elle son existence ne semble passer que par ses enfants et la tenue du foyer. Elle fait pâle figure par rapport à d'autres femmes au foyer plus actives, plus sportives. Son mari est parti pour des motifs professionnels. Son jeune fils n'a que faire de ses démonstrations de tendresse. Sa fille est une adolescente bientôt majeure ayant du mal à supporter la tutelle maternelle. le dessinateur parvient à maîtriser es élans : April est discrètement empâtée sans être obèse, avec une tenue vestimentaire confortable qui ne la met pas en valeur, une femme dont l'apparence reflète une vie au service de sa famille, sa personne passant au second plan. Scénariste et artiste sont en phase pour une narration factuelle, ancrée dans le pragmatisme de la vie quotidienne. Mike Deodato réalise des dessins très réalistes, parfois même photoréalistes. Certains environnements semblent intégrer des photographies : les rayonnages du supermarché avec les produits, la cuisine tout équipée, les modèles de voiture, le bureau de travail de l'inspecteur Ekland, la rue avec ses pavillons bien alignés avec leur pelouse sur le devant, une vue du dessus d'une rue de la ville, un entrepôt désaffecté avec des murs de brique où il n'en manque pas une, le drone utilisé, etc. le lecteur sent bien que le dessinateur a pu intégrer certains éléments photographiques retouchés ou utiliser un logiciel de modélisation 3D pour les bâtiments, avec application de textures. Pour autant, ces éléments ne jurent pas par rapport au reste des dessins, et ils apportent à la fois la consistance de vrais lieux, et leur banalité du quotidien. Ces lieux ordinaires constituent l'ordinaire de la vie d'April Walters, montrant son quotidien de responsable d'un foyer de famille, et devant assurer les tâches logistiques dans toute leur diversité. Christa Faust indique dans la postface qu'elle a intégré des remarques de mères de famille avec qui elle a pu discuter pour nourrir son récit. Elle en fait le portrait d'une personne dévouée à sa fonction, faisant preuve de débrouillardise, d'adaptation, avec une capacité d'adaptation, et un pragmatisme à toute épreuve. En découvrant que sa fille a été enlevée par une organisation criminelle bien rôdée, April Walters fait l'expérience de l'inertie de la police qui doit attendre 48 heures avant de considérer une personne comme étant portée disparu, de l'absence de l'homme de la maison qui est en voyage d'affaires : c'est une situation qui sort de l'ordinaire, comme beaucoup d'autres dans la vie de tous les jours de cette femme, et elle s'emploie à y trouver une solution avec les moyens du bord, et les ressources de son quotidien. D'un autre côté, on peut compter sur Mike Deodato pour insuffler une dramatisation visuelle pertinente dans chaque scène. La première page montre April constatant qu'il lui faudrait une taille plus grande, et le plan de prise de vue montre le constat du bouton qui ne ferme pas, la mine dépitée d'April, son départ du magasin sur un mode presque héroïque devant l'échec. Les courses se font dans des cases de la largeur de la page, insistant sur le quotidien, mais aussi la durée d'une telle tâche. Par la suite, la mise en scène met en avant la solitude de la mère de famille : elle parle à la boîte vocale de son mari, son fils s'échappe de son étreinte, sa fille la repousse et va s'isoler. L'artiste est tout aussi à l'aise pour les scènes sortant de la banalité, certaines passant dans le registre de l'action : la découverte des cadavres, la pauvre Taylor ligotée, la discussion entre la maman et le gros malabar à l'entrée du laboratoire de crack, la tentative d'étranglement, etc. Il sait se tenir à l'écart des conventions visuelles des comics de superhéros, pour rester entre la banalité du quotidien, et la tension du thriller, avec un savoir-faire très impressionnant du découpage et de la mise en scène. le lecteur constate avec plaisir qu'April Walters ne se transforme pas en un ange exterminateur invincible, insensible à la douleur, et capable de prouesses physiques pour infliger une douleur sadique, qu'elle reste une personne normale qui refuse le rôle de victime, et qui sait faire preuve de ressource. La scénariste montre bien qu'il en va aussi ainsi de Taylor qui refuse d'être cantonnée au rôle de victime passive d'un enlèvement. Elle sait également intégrer des particularités des relations familiales au cours des affrontements, par exemple la manière dont la responsabilité des parents dans l'éducation crée des liens uniques, ainsi qu'une ténacité peut commune. Le lecteur ressort de ce thriller avec un grand sourire. L'intrigue en elle-même n'est pas très originale, ni pour le point de départ, ni pour les rebondissements. En revanche, la narration visuelle est d'une grande qualité, à la fois dans l'attention portée au réalisme, à la fois dans la fidélité à l'intention de l'autrice. Celle-ci a construit un thriller rapide et efficace, dont la dynamique repose sur le sentiment maternel, la débrouillardise de la femme au foyer devant résoudre toute sorte de problème et sa ténacité.

22/07/2024 (modifier)
Par jean-bart
Note: 4/5
Couverture de la série Jenny
Jenny

Didgé, G. Van Linthout et Stibane, nous signent une histoire un peu policier sur la protection d'une petite fille avec des papys américains héros de la seconde guerre mondiale durant la bataille des Ardennes, dessiner un Dakota qui s'écrase n'est pas forcément aisé, la bd de 48 pages, édition de 1995, vous entraine dans une histoire digne des hebdomadaires Tintin ou Spirou de l'époque. Bande dessinée édité par G+Editions pour la protection de l'enfance ASBL MARC & CORINNE...

22/07/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Mécanique céleste
Mécanique céleste

J'ai été séduit dès les premières pages ! Ma note porte surtout sur le premier tome, car tout comme Ro, je me serais contenté de ce one-shot. Le second tome, que j'ai également apprécié pour son originalité, m'a tout de même un peu perdu par son rythme effréné. J'ai eu un véritable coup de cœur pour le style de dessin et la magnifique colorisation. J'adore le thème post-apocalyptique, et j'ai donc pris plaisir à scruter chaque planche pour tous les petits détails des décors. La gestuelle des personnages m'a particulièrement séduit, on sent vraiment le mouvement. En fait, le dessin à lui seul m'a suffi pour aimer cette BD. Le scénario m'a également conquis, je suis vite rentré dans l'histoire. J'ai aimé l'originalité de la "Mécanique céleste" (balle au prisonnier) qui monte en puissance à chaque cycle. Puis comment ne pas tomber sous le charme d'Aster, à qui on s'attache rapidement grâce à son caractère, son vécue, son style vestimentaire et ses mimiques. Je rejoins Ro sur l'esprit Shonen, ou plutôt dans l'esprit manga en général (shonen, seinen..), qui ne m'a pas déplu. C'est très appréciable de lire un one-shot de ce style, efficace, qui aurait pu s'éterniser en version manga. Les personnages secondaires sont tous attachants, en particulier la bande de pirates que j'ai aimé retrouver dans ce second tome. L'ensemble manque un peu d'explications et de développement pour certains personnages afin de les rendre encore plus attachants (là où effectivement le manga aurait pu apporter un +) , mais pour une série courte comme celle-ci, on ne peut pas être trop exigeant. C'est avant tout une lecture divertissante et un régal pour les yeux !

22/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Freaks of the Heartland
Freaks of the Heartland

Place aux jeunes - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Il regroupe les 6 épisodes initialement parus en 2004, écrits par Steve Niles, dessinés, encrés et mis en couleurs par Greg Ruth qui a également réalisé les couvertures. Il se termine par 6 pages d'études graphiques de Ruth. Quelque part dans une zone rurale des États-Unis, un endroit appelé Gristlewood Valley, au début de vingtième siècle, un enfant sort de la ferme parentale isolée en courant et s'amuse dans les champs. L'adulte qu'il est devenu se souvient et se dit qu'il lui est difficile d'exprimer ce que ces jours pouvaient signifier pour lui à l'époque. Tant de malheurs se sont produits, et tout ça parce qu'ils étaient effrayés, inquiets du passé, terrifiés du futur. Quelle façon de vivre ? le petit garçon s'amuse à tirer sur des ennemis imaginaires avec un faux pistolet. Il regarde le ciel et se rend compte que le soleil est en train de se coucher. Il doit rentrer, mais il a bien profité de ce moment de jeu. Il rentre en passant devant un groupe de pierres tombales, en pensant à l'absence de bruit d'oiseaux, juste le bruit du vent. Ses parents sont déjà attablés, sa mère Marion étant silencieuse, la tête baissée, son père Henry reposant la bouteille sur la table. Trevor Owen va s'assoir en répondant à son père lui reprochant son retard. Il se fait remettre à sa place, et se tait. Sa mère commence une phrase pour le défendre, et son mari se montre menaçant avec sa fourchette. Il se rassoit satisfait du respect craintif qu'il impose. À la fin du repas, il rappelle à Trevor qu'il doit laver son assiette, puis il lui dit qu'il doit aller nourrir son frère. Trevor va prendre la clef accrochée sur le mur de l'entrée, et sort dans le noir, se dirigeant vers la grange. Il passe devant le tas d'ossements dans l'enclos adjacent. Il prend le seau qu'il remplit de nourriture et pénètre dans la grange. Il marque un temps d'arrêt pour allumer la lampe à pétrole. Il arrive enfin devant le corps hypertrophié de son jeune frère, et lui demande comment il va. Will répond que ça va, même s'il a froid et faim. Trevor répond qu'il essaiera de chaparder une couverture supplémentaire quand l'occasion se présentera. Il raconte à son frère qu'il est allé en ville ce jour et qu'il a vu un énorme camion tout neuf, aussi gros qu'un tracteur, d'un rouge vif. Il pense qu'il venait d'un endroit à l'extérieur de la vallée. Will demande si Trevor pense qu'à l'extérieur de la vallée c'est rouge, et ajoute qu'il a encore faim. Son frère lui répond que non, c'est le camion qui était rouge, et il pense que Will mange beaucoup pour un garçonnet de six ans. Il ajoute que parfois il voit des images dans sa tête qu'il ne peut pas expliquer, Will ajoute que c'est comme lui. Trevor indique que non, il n'est pas comme lui, que c'est Will qui n'est pas bien dans sa tête. Ce dernier lui attrape la cheville pour chahuter, Trevor parvient à se dégager, et Will est arrêté net dans son élan pour le rattraper, étant arrivé au bout de la longueur de la chaîne attachée par un collier autour de son cou. La voix du père retentit, sommant Trevor de revenir dans la maison. Il s'exécute, tout en indiquant à son frère qu'il reviendra pendant la nuit pour qu'ils fassent un tour dehors. Au fil des années, Steve Niles est devenu le maître des récits d'horreur au rythme rapide, et à la trame simple. Il a acquis sa notoriété avec la série 30 jours de nuit, créée avec Ben Templesmith. Greg Ruth quant à lui a illustré plusieurs épisodes de la série Conan, écrite par Kurt Busiek. Il a la lourde tâche d'apporter de la consistance au scénario. En effet, l'écriture de Niles repose sur la création d'une situation à la dynamique simple, filée de manière linéaire, laissant beaucoup de place à l'artiste, ou faisant reposer une grande partie de l'histoire sur ses épaules. En l'occurrence, le jeune Trevor, pas encore un adolescent vit dans une ferme isolée, dans une région rurale des États-Unis sous la coupe d'un père abusif, et d'une mère soumise, par la force des choses. Son jeune frère est affligé d'une maladie d'origine inconnue qui a accéléré la croissance de son corps, mais pas celle de son esprit. Il est donc tenu à l'écart dans la grange et enchaîné. L'histoire raconte comment Trevor décide de s'enfuir avec son frère, et ce qu'ils découvrent dans les fermes avoisinantes, avec les efforts déployés par les adultes pour les rattraper et les abattre comme des animaux nuisibles. Et voilà. D'une certaine manière, il n'y a pas de quoi en faire 6 épisodes, sauf à décompresser la narration : il y a donc intérêt à ce que les dessins apportent quelque chose, et ne soient pas juste fonctionnels. L'artiste détoure les formes en s'attachant plus à l'impression globale qu'à la précision du contour, ou au niveau de détail. Pour autant, dès la première page, le lecteur est transporté dans cette Amérique rurale, industrialisée, tout en paraissant surannée, les champs lui donnant une allure immuable. La page donne la sensation d'un environnement très concret, avec des couleurs typiques, c'est-à-dire la couleur des blés, par une journée un peu couverte. La mise en couleurs apporte donc texture, relief et ambiance lumineuse. Au fil des séquences, la mise en peinture apporte la texture et la couleur des blés, la pénombre de la nuit alors que le soleil vient juste de se coucher, et qu'il ne reste plus qu'une faible luminosité, mais pas de couleurs, la faible luminosité apportée par une lampe à pétrole, l'incandescence d'un crachat de flammes, la grisaille d'un jour incertain. L'artiste ne se sert pas de la couleur pour détourer des formes, mais pour apporter des impressions données par le ciel ou la nature du terrain, tout en respectant le détourage réalisé à l'encre. Il joue également sur les niveaux de noir, avec des zones encrées d'un noir profond et régulier, et d'autres zones peintes en noir, avec des variations d'intensité. Cela apporte une forte solidité aux dessins, un poids à chaque case, et des degrés de noirceur, parfois pour des ténèbres évoquant la violence et la méchanceté, d'autres fois plutôt une couleur rassurante, évoquant le fait que les enfants ont plutôt confiance a priori, même si le lecteur comprend bien que l'obscurité peut être aussi bien favorable qu'angoissante. Les traits de contour sont souvent très fins, un peu irréguliers comme s'ils étaient mal assurés, mais sans jamais donner l'impression d'être rigide. La sensation de se trouver dans chaque lieu incite le lecteur à prendre du temps pour détailler les éléments représentés. Il se rend vite compte que ces dessins n'ont pas été conçus pour être lus ainsi. D'un côté, il reconnaît immédiatement chaque forme représentée, de l'autre s'il s'y attarde un peu, il se rend compte que la représentation peut être un peu naïve, ou un peu superficielle. Ce n'est qu'avec la combinaison de la couleur que chaque case devient une image complète avec une impressionnante force d'évocation. Il en va de même pour les personnages : s'il s'attarde un peu trop sur une silhouette, un visage, ou même la morphologie exacte de Will, le lecteur va se mettre à chipoter sur une proportion ou une cohérence d'une page à une autre. En revanche, s'il reste au niveau de l'impression globale, il ressent de l'empathie pour le caractère très sain de Trevor, pour l'envie de vivre de Will, pour l'accablement de Marion incapable de tenir tête à son époux, pour la colère de ce dernier. Le lecteur prend plaisir à accompagner Trevor et son frère Will dans leur recherche de liberté. Il ne s'attarde pas trop sur le mystère de découvrir ce qui a provoqué la déformité de Will, ne sachant pas si l'auteur en donnera la raison, mais ressentant bien que cela n'a pas d'importance significative pour l'histoire. Il voit bien que Niles maintient son point d'équilibre instable entre une histoire qui est presque un reportage en temps réel, et un conte. D'un côté, Trevor et Will ont conscience qu'ils vont devoir trouver à manger, à s'abriter. D'e l'autre côté, la réaction des pères de famille est assez monolithique, sans réelle opposition, l'atmosphère de ville isolée relève du cliché de genre. Enfin le scénariste sort un ou deux rebondissements de son chapeau (le feu craché par Will) sans aucune explication, sans aucune consistance, car il n'en est plus jamais question. Dans le même temps, la narration visuelle apporte effectivement une consistance palpable à cette ambiance horrifique, ce qui est indispensable pour que la trame de Niles évolue en un récit consistant. Grâce à Greg Ruth, le lecteur s'immerge effectivement dans un environnement où l'horreur devient palpable : la maltraitance générée par l'autoritarisme de Henry Owen, la souffrance émotionnelle de Trevor qui voit son petit frère enchaîné, la haine des adultes envers les monstres, etc. le récit devient alors une parabole poignante sur les souffrances que les adultes infligent aux enfants, sur leur peur de leur progéniture qui vient perturber leur chemin de vie tout tracé. Les récits de Steve Niles sont souvent simples, avec le risque de devenir simpliste si l'artiste effectue un travail basique de mise en images. Pour ce récit, Greg Ruth fait bien plus que ça, avec une narration visuelle envoûtante, enveloppante, axée sur l'ambiance émotionnelle, très réussie. Du coup, le récit prend de l'envergure et devient une fable sur l'enfance et la peur des parents cherchant à canaliser et maîtriser ces êtres nouveaux et indépendants.

21/07/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Un polar à Barcelone (Je suis leur silence)
Un polar à Barcelone (Je suis leur silence)

3.5 Second one-shot où Lafebre est auteur complet et j'ai mieux accroché qu'avec ''Malgré tout''. Il faut dire que j'aime bien le polar et celui-ci est bien fait. L'histoire est racontée via un flashback avec l'héroïne qui raconte tout à son psy. La narration est très bien faite et la mise en scène est totalement maitrisée. L'humour fonctionne bien et il y a des surprises dans le scénario. Le seul défaut est qu'il y a quelques facilités dans le scénario. J'ai trouvé que les membres de la famille de riche se confiaient un peu trop facilement avec l'héroïne. Cela fait un peu du sens pour certains, d'entre-eux, mais pour d'autres je trouvais que c'était un peu trop gros qu'ils parlaient de tout avec une femme qu'ils ont juste rencontré récemment. Malgré cela, j'ai passé un bon moment. Il faut dire que le dessin est vraiment très bon. C’est le genre de style qui me donne envie de lire tout de suite une BD.

21/07/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série À mourir entre les bras de ma nourrice
À mourir entre les bras de ma nourrice

Très sympathique album dont le dessin m'a attiré l’œil. C'est une mise en couleur directe dont les tons donnent la couleur du récit. Le mélange entre le vif parfois clairement présent et le terne de l'immeuble de cité. D'ailleurs ce dessin contribue énormément au ressenti de l'album, avec une oppression de ces tours verticales, ces couloirs étroits et ces appartements qui font trop petits. Les cases semblent souvent trop petites, rendant claustrophobe et oppressant les protagonistes jusqu'à une fin qui se passe à l'extérieur, là où les murs on disparu. Un joli symbole présent dans tout le récit ! Mais la BD est aussi une histoire qui prend le temps de s'installer, où Fatoumata accepte de fricoter avec les trafiquants de drogue de sa cité contre l'argent qu'il lui fallait parce qu'elle est mère célibataire avec trois enfants. Une des thématiques que je m'attendais à voir dans le récit concernait la police et le rapport belliqueux que la cité entretien avec eux, mais il s'est vite avéré que c'est un récit sur la solitude des personnes dans les cités. Fatoumata est seule, et doit se débrouiller seule. C'est contre la police, contre ses voisins et contre les dealers qu'elle doit se battre, mais aussi contre un système dans laquelle elle peut disparaitre sans que cela n'émeuve personne. Si le récit montre l'héroïne s'en sortir, ce n'est cependant pas une glorification de l'action individuelle qui prime, puisqu'elle sera tout de même aidée de quelques personnes finalement. Une petite forme de solidarité qui pointe dans un monde bien individuelle. Je ne sais pas si la BD est représentative des banlieues d'aujourd'hui mais je sais que les fléaux du trafic et de la drogue ne sont jamais à l'avantage des habitants de ces lieux. Une BD qui parle surtout de solitude contemporaine dans un espace où tout le monde est proche. Paradoxe de ces grandes cités vu comme un rêve de ville et devenu plutôt un enfer carcéral.

21/07/2024 (modifier)