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Couverture de la série Tête de Chien
Tête de Chien

Après l’uchronie avec leur univers Block 109, les auteurs semblent se faire une spécialité de récits historiques (Ira Dei, Le Roy des Ribauds, Cosaques…), un tandem (devenu trio en cours de route) toujours aussi efficace malgré leur forte production. Ce premier tome de Tête de chien s’avère sans réelles surprises mais rondement mené et bien réalisé, un très bon moment de lecture à la clé. J’ai bien aimé l’idée de départ, à savoir le mode de vie de ces chevaliers sans richesse, les tournois étant leur seule source de revenu. Après c’est plus classique dans les péripéties, les personnages sont bien campés mais stéréotypés … mais malgré çà, ça reste très agréable à suivre. J’ai beaucoup aimé les premières pages de chaque chapitres, un peu moins la mise en page de certains combats que j’ai trouvé parfois confuse (mais c’est pour faire mon chieur). En l’état un très bon premier tome, j’espère que la suite sera du même acabit et ne me fera pas le même effet que Le Roy des ribauds où la tournure des événements m’a moins accroché au fil des parutions. Nota : D’ailleurs je me demande si ces 2 séries ne partagent pas la même temporalité, il m’a semblé reconnaître Le Triste Sire et le roi dans une case, bientôt des aventures communes ? MàJ tome 2 : En entamant ce 2eme tome, j’avais une petite crainte mais vite envolée. Je l’ai même préféré au 1er. Graphiquement tout d’abord, un trait peut être plus poussé, mais c’est surtout les scènes de combats que j’ai trouvé bien plus sympa et inspiré (le coup du reflet dans le casque …). Les protagonistes sont toujours aussi bien campés. Niveau histoire (comme les personnages), nous sommes toujours dans les archétypes mais sans que ce soit gênant. Un récit rondement mené, bien réalisé et plus qu’efficace. Pour moi maintenant, Tête de chien n’est pas qu’un personnage de « L’Incal ». Bref franchement sympa à suivre.

28/06/2023 (MAJ le 25/07/2024) (modifier)
Par Charly
Note: 4/5
Couverture de la série Superman - Red Son
Superman - Red Son

J’ai vraiment apprécié lire cette bande dessinée. Le concept de Superman élevé en URSS est original et intriguant. Les dessins sont beaux et les couleurs vives. J’ai aimé voir des personnages connus comme Batman et Wonder Woman dans ce contexte de guerre froide. Cependant, j’ai trouvé que l’histoire devenait un peu confuse vers la fin. Il y a beaucoup de personnages et de sauts dans le temps, ce qui rend parfois la lecture difficile. Malgré cela, j’ai passé un bon moment et je recommande cette BD à ceux qui aiment les super-héros et les histoires alternatives.

25/07/2024 (modifier)
Par Simili
Note: 4/5
Couverture de la série Boule & Bill
Boule & Bill

Boule & Bill c'est le retour en enfance et le temps de l'innocence et des bêtises pas très graves. Autant je déteste Titeuf, autant j'ai une tendresse particulière pour cette série. Certainement parce qu'elle fut une des premières que j'ai lue et qui mettait en scène un enfant (et son chien, surtout son chien). La star de Boule & Bill c'est Bill, le chien, qui ne pense qu'avec son estomac, qui n'aime pas les chats et les bains. Et voilà on a fait a peu près fait le tour des gags car cela va essentiellement tourner autour des ces sujets Il y a donc effectivement une certaine redondance dans les gags. La série étant produite depuis 1962 c'est donc inévitable. C'est d'ailleurs peut être là qu'est le problème, aurait-elle dû survivre à Roba ? Je n'en suis vraiment pas sûr. Graphiquement je les préfère de loin à Titeuf ou Kid Paddle que je trouve horribles. Niveau humour ma préférence va pour Le Petit Spirou (et l'inénarrable prof Mégot) Comme le dit gruizzli dans sa critique Boule & Bill c'est gentil, c'est rétro mais cela se lit toujours bien. Boule & Bill c'est la BD d'été à lire sur le transat à l'ombre du cerisier en attendant que Morphée vienne vous chercher pour une petite sieste Allez je met un 4, histoire de remonter la note car c'est impossible que "Boule & Bill" soit plus mauvais que Titeuf

25/07/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Ma révérence
Ma révérence

4eme lecture d'une BD de Lupano et 4eme coup de cœur. Il faut dire que j'ai choisi les mieux notées jusqu'à présent. Un véritable régal cette lecture. Ça me fais penser à des films comme *Snatch* ou *Arnaques, Crimes et Botanique* avec un bon rythme du début à la fin, des personnages se retrouvant dans des situations loufoques, et une dernière partie qui ne laisse aucun répit. J'ai adoré la narration, les flashbacks, et la mise en page originale de certains passages. Gaby, le personnage que je pensais aimer le moins, m'a finalement beaucoup fait rire, surtout quand il s'imagine des choses dans l'appartement en venant chercher le gamin. Le style de dessin est plutôt sympa et colle bien avec cette ambiance de "quartier" et les grossièretés du langage. C'est une histoire de braquage du dimanche qui nous tient en haleine tout du long avec un final franchement sympathique.

25/07/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Des maux à dire
Des maux à dire

3.5 Un très bon one-shot qui parle de troubles mentaux. Je ne sais pas du tout si le récit est entièrement fictif ou si l'autrice s'est basé sur sa vie. Je ne connais pas du tout la biographie de cette dernière, mais tout ce que je peux dire c'est que le tout semble très réaliste. L'héroïne a une mère qui souffre d'un problème mental et qui ne sera diagnostic pendant des années. Du coup pendant des années elle va se comporter de façon bizarre et sa famille ne sait pas trop quoi faire. L'autrice brasse plusieurs thèmes et n'a pas peur de parler de sujets graves, notamment dans les scènes montrant l'enfance peu reluisante que la mère de l'héroïne a eu et qui explique en partie son comportement une fois devenue adulte. J'ai bien aimé le dessin qui est particulier, mais va très bien pour illustrer ce genre d'histoire.

24/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Lois Lane – Ennemie du peuple
Lois Lane – Ennemie du peuple

Les faits parlent à l'esprit, la vérité au cœur. - Ce tome contient une histoire complète, entretenant un lien avec la continuité de l'époque des titres Superman. Il regroupe les 12 épisodes, initialement parus en 2019/2020, écrits par Greg Rucka, dessinés et encrés par Mike Perkins, qui a également réalisé les couvertures principales. La mise en couleurs a été réalisée par Paul Mounts pour les épisodes 1 à 4 et 6, Gabriel Eltaeb pour les épisodes 5, 7 et 8 par Andy Troy pour les épisodes 9 à 12. Les couvertures alternatives ont été réalisées par Jenny Frison, Nicola Scott, Sana Takeda, Emanuela Lupacchino, Mirka Andolfo, Elena Casagrande, Yasmine Putri, Kamome Shirahama, Bilquis Evely, Tula Lotay, Joëlle Jones, Amanda Conner. À Chicago, dans le luxueux hôtel Drake, la femme de chambre Alejandra Ortiz est en train de faire le ménage dans la suite occupée par Lois Lane : elle fait le lit, elle prend bien soin de ne pas déranger tout ce qui traîne par terre ou sur les meubles. Elle laisse la télévision allumée en continue sur une chaine d'informations, tout en entendant le staccato du clavier alors que la journaliste rédige un article. Ayant achevé son article, elle s'adresse enfin à la femme de ménage en rappelant ses trois consignes : faire le lit, changer les serviettes, remplir le minibar, et ne pas prêter attention au bazar omniprésent. Une fois Ortiz partie, elle envoie son article à Perry White. Celui-ci l'appelle rapidement en lui reprochant ses fautes d'orthographe, en lui posant des questions sur son article, sur la solidité de ses sources, si elle veut vraiment signer l'article de son nom ou si elle préfère qu'il soit attribué à l'équipe du journal. Il termine en l'informant du décès de la journaliste Mariska Voronova. La version officielle est qu'elle souffrait de dépression et qu'elle s'est suicidée. Cette version ne mentionne pas qu'elle avait pour habitude de critiquer le Kremlin. Au beau milieu de la nuit, Lois envoie un très court courriel : besoin de se voir, en mode Woodward. Peu de temps après, au beau milieu de la nuit, Lois Lane se retrouve dans un parking souterrain où elle rencontre un mystérieux individu. Elle lui explique que la journaliste Voronova a été retrouvée morte ce jour et qu'elle a la certitude que ce n'était pas un suicide. Voronova conservait des sauvegardes cachées et elle lui a avait confié leur localisation. Lane confie les documents permettant de les récupérer à son interlocuteur et lui demande de les ramener. Enfin elle rentre dans sa suite d'hôtel et se déshabille pour aller prendre une douche. Elle se rend compte avec plaisir qu'il y a déjà quelqu'un sous la douche et elle y rejoint son mari. Elle se réveille peu après six heures, et Clark est toujours à ses côtés : il la regardait dormir. Ils vont prendre un petit déjeuner ensemble, à l'extérieur. Clark a du mal à se contenir quand il surprend un homme murmurer une épithète injurieuse vis-à-vis de Lois parce qu'elle a embrassé Superman publiquement. À Moscou, un groupe de nervis est déjà en train de rechercher les clés USB de la journaliste. En 2017, l'éditeur DC Comics commence la publication de Mister Miracle de Tom King & Mitch Gerads en 12 numéros. le récit est un succès et l'éditeur décide de publier d'autres récits dans ce format, dont deux dérivés du personnage de Superman : celui-ci et Superman's Pal Jimmy Olsen: Who Killed Jimmy Olsen? de Matt Fraction & Steve Lieber. le début de l'histoire laisse supposer que Lois Lane va partir en guerre, ou du moins aller enquêter sur l'assassinat de sa consœur. Mais en fait, elle confie la récupération de la clé à une autre personne. Par la suite, il est question de malversations et de prévarication, d'affaires de corruption et de prises illégales d'intérêt. Mais en fait, il est question de tentative d'assassinat sur sa propre personne, ou peut-être sur celle d'un intermédiaire haut placé. Lois Lane doit également gérer sa relation avec son époux et ses capacités extraordinaires, ce que lui a dit le père de Clark, et ce que souhaite faire leur fils Jon. Mais en fait, c'est l'existence même de l'homme de main qu'elle emploie qui soulève des interrogations difficiles. Au bout de la moitié des épisodes, le lecteur n'est plus très sûr de l'histoire que raconte réellement le scénariste, entre allusions transparentes à la porte-parole du gouvernement du quarante-cinquième président des États-Unis, et continuité des aventures de Superman en 2020. D'un autre côté, les responsables éditoriaux ont su affecter un artiste unique tout le long de ces 12 épisodes, avec une approche réaliste et urbaine qui colle bien à cette ambiance d'enquête journalistique à haut risque. Il porte une attention soutenue aux différents environnements : la chambre d'hôtel et sa décoration, son ameublement, les piliers en béton et les murs nus du parking souterrain, la promenade à pied sur les quais à Chicago, la salle de conférence pour la conférence de presse de la porte-parole du gouvernement, l'appartement saccagé de Mariska Voronova, le bureau de rédacteur en chef de Perry White, les vues du ciel de Chicago quand Superman tient Lois dans ses bras, quelques bars et cafés, bien ou mal fréquentés, un cimetière où se déroule une cérémonie d'enterrement, un parloir, un plateau de télévision, etc. de la même manière, il soigne l'apparence des personnages, que ce soient les tenues de Lois Lane, des figurants civils, des militaires, des hommes de main, de Superman et de deux autres superhéros. le degré d'implication de l'artiste apparaît encore plus lors des séquences de combat physique : elles sont réfléchies, donnant à voir un enchaînement de coups logique et cohérent, avec une exagération mesurée pour les rendre plus spectaculaires. En y prêtant plus attention, le lecteur se rend également compte que les scènes de discussion bénéficient aussi d'un plan de prise de vue pensé, plus riche qu'un simple enchaînement de cases avec seulement des têtes en train de parler dans une alternance de champ et contrechamp. Les différents metteurs en couleurs œuvrent dans un registre naturaliste, avec une palette de couleurs souvent assombries. Jusqu'à l'épisode 6, le lecteur éprouve des difficultés à déterminer le fil directeur du récit. À l'évidence, ce n'est pas une enquête journalistique dépourvue de superhéros. La question de l'assassinat de la journaliste russe ne constitue pas le fil directeur du récit, voire disparaît même en cours de route. Avec l'épisode 6, celui de l'enterrement, le scénariste met au cœur de son récit un décès survenu dans les séries Superman, alors écrites par Brian Michael Bendis. Dans un premier temps, le lecteur peut n'y voir que le professionnalisme de l'auteur qui s'accommode des événements d'actualité pour Superman et donc son épouse. de la même manière, il se dit que les responsables éditoriaux sont bien accommodants de le laisser reprendre des éléments que Rucka a développé plus de dix ans plutôt, tels que la religion du crime dans la série hebdomadaire 52 (2006/2007), puis dans The Question: Five Books of Blood (2007), et de mettre en scène un de ses personnages fétiches, Renee Montoya, présente dans plusieurs séries qu'il a écrites. La deuxième moitié du récit s'avère encore plus inattendue avec une intrigue qui repose sur l'existence du multivers. Mais dans cet épisode 6… … Lois Lane confronte ses valeurs à celles de son père : c'est une véritable profession de foi Finalement, malgré la présence d'une superhéroïne en tant que gare du corps, malgré la présence en filigrane de Superman, malgré cette intrigue qui tourne autour de la présence d'individus issus d'un autre univers, l'histoire est bien focalisée sur Lois Lane, et pas simplement parce qu'elle est le personnage principal. Derrière l'apparence réaliste et adulte des dessins, le lecteur est déstabilisé par la présence d'éléments superhéros très premier degré avec costume moulant coloré, d'une science-fiction qui porte la marque des années passées. Ce n'est pas forcément ce qu'il attendait. Il voit bien que Greg Rucka s'amuse avec la porte-parole du gouvernement qui évoque l'aplomb de Sarah Huckabee Sanders, et la collusion entre le gouvernement et des intérêts financiers privés. Cela reste des évocations, sans devenir une analyse critique avec un questionnement de la liberté de la presse, des effets tangibles du quatrième pouvoir ou de la pandémie d'infox. Pourtant la dernière de l'histoire met en lumière le questionnement sur une facette du journalisme qui court tout du long : la recherche de la vérité. le scénariste se montre plus fin que prévu sur le thème des faits avérés et de la vérité. A priori, le lecteur s'attend à un bon polar sous forme d'enquête journalistique menée par l'héroïne. Il remarque bien le teeshirt porté par l'héroïne sous la couverture, mais en se disant qu'il s'agit juste d'attirer le client. Il trouve bien une narration visuelle dans un ton urbain assez réaliste et sombre. du coup, il s'interroge sur la pertinence d'éléments typiquement superhéros, en décalage avec son attente. Il faut alors qu'il accorde sa confiance au scénariste. Sous cette réserve, le récit révèle sa subtilité, à la fois en prise directe avec les éléments superhéros inévitables pour l'épouse de Superman, à la fois une étude de caractère sur la motivation de cette femme hors du commun.

24/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Pillages
Pillages

Triste récit que celui-ci. Triste mais essentiel car il est important que nous, occidentaux, prenions conscience des impacts sur la planète de notre mode de vie et de notre mode de consommation, que celui-ci concerne les énergies, l’alimentation ou n’importe quel autre domaine. Pillages s’intéresse à l’alimentation, et plus exactement à la surpêche telle qu’elle est pratiquée dans le golfe de Guinée. Les auteurs en analysent les raisons et les conséquences. Le documentaire est très bien conçu, malgré quelques redites, et permet de comprendre toute l’horreur et toute l’absurdité du système mondial mis en place. Destruction des milieux marins, assèchement des ressources d’une population (la condamnant à devoir émigrer pour pouvoir vivre), massacre d’espèces de poissons jusqu’à les menacer d’extinction… tout ça pour, en grande partie, nourrir des poissons élevés en pisciculture de l’autre côté de la planète. C’est tellement con, c’est tellement absurde ! Le récit permet de suivre plusieurs acteurs sur le terrain, depuis le petit pêcheur local finalement obligé de s’engager sur un chalutier pour survivre à un équipage engagé dans la défense des océans (les Sea Shepherd) en passant par le commandant d’un chalutier, un armateur ou un garde-côte local. Corruption, braconnage, esclavagisme… tous les travers humains sont ici mis en évidence, au nom du profit et de la loi du plus fort. L’exploit de la part des auteurs est de ne pas faire montre d’un manichéisme outrancier, expliquant à quel point les différents acteurs sont prisonniers d’un système destructeur. Le constat, par contre, est incroyablement triste tant la lutte parait disproportionnée. Pillages porte bien son nom et son propos devrait nous inciter à réfléchir. Est-ce le monde dont on rêve ? Je me rends compte que je n’ai pas parlé du dessin. Si celui-ci s’efface devant la force du propos, il n’en constitue pas moins un bon support. Le trait est agréable, la colorisation est soignée, les différents tableaux (peu nombreux et toujours pertinents) sont clairs, les personnages sont faciles à reconnaitre. Ce n’est pas le trait qui fait acheter ce genre de documentaire mais, dans le cas présent, il est d’une très belle qualité. Pour moi, il s’agit d’une lecture plus que recommandée. Il aura réussi, en tous les cas, à me dissuader de consommer du saumon pour quelques temps. Pas un coup de cœur, non. Plutôt un fameux coup de poing !

24/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Kamasutra - De Chair et de sang
Kamasutra - De Chair et de sang

Inévitablement, des lecteurs vont être déçus après avoir découvert le contenu de cet album. En effet, le titre est quelque peu trompeur et là où l’on s’attendait à trouver un récit avant tout érotique, voire limite pornographique, on se retrouve devant un récit d’aventure certes agrémenté de quelques scènes érotiques mais qui restent bien secondaires en comparaison avec l’histoire de vengeance qui occupe le devant de la scène. A titre personnel, j’ai bien aimé. D’abord parce que le dessin de Laura Zuccheri se prête parfaitement au sujet. Elle use d’un style classique très léché qui met en exergue l’exotisme, la violence et la sensualité du récit. Ses personnages sont séduisants et/ou effrayants, ses décors sont soignés, sa colorisation apporte de la profondeur à son trait. C’est vraiment le genre de trait soigné qui plaira aux amateurs de bandes dessinées classiques. Ensuite parce que l’histoire imaginée par Sudeep Menon allie trois aspects avec un bel équilibre. L’exotisme d’abord puisque l’auteur nous plonge en Inde au IIème siècle après JC, cadre dépaysant s’il en est. Pas vraiment callé en la matière je ne peux pas juger de la pertinence de la reconstitution historique mais j’ai envie de dire que cela n’a pas trop d’importance tant nous sommes ici dans un récit d’aventure avant tout. L’essentiel est donc que je croie à cet univers. Et j’y ai pleinement cru ! L’aventure ensuite puisque ce récit relate principalement une histoire de vengeance et de trahisons. Les scènes d’action sont nombreuses, les combats sont violents et l’histoire en elle-même est bien contée et tient la route. L’érotisme enfin, est bien présent au travers de quelques scènes. Mais il s’agit de scènes qui s’intègrent logiquement dans le récit. De plus, si ces scènes sont plutôt chaudes, les auteurs ne tombent pas dans le piège de l’exhibition gratuite, privilégiant l’étreinte des corps et les caresses passionnées au détriment de l’exposition gratuite de sexes. Cet aspect érotique est donc tout à fait à mon goût et sa présence justifie le titre de l’album tout en s’imbriquant parfaitement dans le récit. Au final, je peux dire que j’ai vraiment bien aimé… même si l’histoire est cousue de fil blanc et si l’on se doute rapidement de son issue. Mieux qu’un simple « pas mal », en tous les cas, ne fusse que pour l'équilibre du récit et l'harmonie entre le sujet traité et le style graphique.

24/07/2024 (modifier)
Par Charly
Note: 4/5
Couverture de la série Le Sculpteur
Le Sculpteur

L’histoire explore le processus créatif et les sacrifices que l’artiste David Smith est prêt à faire pour réaliser son rêve. Les débats sur l’art, la célébrité et la quête de sens sont bien développés. La rencontre entre David et Meg apporte une dimension émotionnelle à l’histoire. Leur lien est poignant et réaliste. McCloud applique ses théories sur la bande dessinée avec brio. Le découpage, la mise en page et la bichromie sont excellents. Certains passages traînent un peu en longueur, mais l’ensemble reste plaisant à lire.

24/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Sara (Ennis/Epting)
Sara (Ennis/Epting)

Pour la mère patrie - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre. Il regroupe les 6 épisodes, initialement parus en 2018, écrits par Garth Ennis, dessinés et encrés par Steve Epting, avec une mise en couleurs d'Elizabeth Breitweiser. Dans une forêt russe, en territoire occupé par l'armée allemande en 1942, Sara, une tireuse d'élite de l'armée russe, est en planque dans les hauteurs d'un arbre, voyant passer des soldats allemands à trois ou quatre mètres sous elle. Elle reste absolument immobile. Tard le soir, elle rentre à la base de son unité, une ferme, dont une grange abrite un char allemand. En, passant, elle voit deux soldats jeter à terre deux prisonniers allemands. Ils ont déjà du sang sur le visage et leur sort ne fait pas de doute. Sara pénètre dans la baraque qui est dévolue aux femmes. Ses six compagnes tireuses d'élite sont déjà là : Mari, Nata, Katrina, Vera, Lidy et Darya. Elle les informe qu'il y a des prisonniers en train d'être interrogés. Vera demande s'ils ont déjà besoin de leur aide. Pas encore répond Sara. Puis elles se demandent ce qu'il y a à manger car la nourriture n'a pas encore été amenée. Nata estime que ce sera forcément meilleur que ce qui est servi à Leningrad. Sara pose son fusil bien droit, en pensant à ce qu'il est vraiment. Il a un nom composé de de lettres et de chiffres, un calibre en millimètres, c'est un instrument de précision. Pour elle, c'est juste une arme à feu, un pistolet. Dans l'après-midi, toujours à son poste de guet dans l'arbre, Sara attend encore l'arrivée de la cible qui lui a été désignée, tout en s'inquiétant de la présence de nombreux soldats. Elle ne sait pas trop si elle doit prendre le risque de l'abattre en premier et de voir tous les regards se tourner vers l'endroit où elle se tient, ou si elle doit commencer par abattre les deux soldats dotés d'un pistolet mitrailleur MP40 avant, pour qu'elle ait plus de chance de s'en sortir. Puis après, elle lâchera les grenades. Il lui faut juste espérer qu'il n'y aura pas un vétéran aguerri qui sait comment réagir efficacement. de toutes les manières, elle n'a qu'une seule chose à faire : attendre. le soir, Sara et une collègue sont sorties pour aller chercher les marmites afin de pouvoir manger. Elles passent devant les soldats qui continuent de frapper les prisonniers pour les interroger, sans leur jeter un seul regard. Elles rentrent dans leur baraque et posent la marmite sur la table, puis vont enlever leur chaud manteau. Raisa, la commissaire politique est arrivée entretemps et explique à toutes qu'elles peuvent tout lui confier : elle est là pour ça. Elle ajoute que la hiérarchie est satisfaite des résultats de la mission de Sara dans l'après-midi. Un soldat ouvre la porte et demande si Vera peut venir les aider. Elle se lève avec entrain, et une autre se demande pourquoi elle aime tant ça. Sara répond qu'elle sait mettre en œuvre des techniques redoutables d'interrogatoire, car elle ressent une véritable haine pour les nazis. Raisa intervient pour rappeler les consignes en cas de capture et d'interrogatoire par l'ennemi. Le scénariste a répété à plusieurs reprises que c'est l'une des meilleures histoires de guerre qu'il ait pu écrire. L'horizon d'attente du lecteur s'en trouve particulièrement élevé, surtout s'il a lu ses séries Battlefields et War Stories, ou ses histoires plus récentes comme The Stringbags avec P.J. Holden ou Out of the Blue avec Keith Burns. Il a donc choisi de situer son récit en Russie, ou en Union des républiques socialistes soviétiques, dans une partie occupée par l'armée allemande, et de s'intéresser à un groupe de 7 tireuses d'élite. Effectivement, il y a eu environ 2.000 tireuses d'élite soviétiques durant ce conflit, dont Lioudmila Pavlitchenko (1916-1974) fut la plus célèbre, avec environ 300 morts à son actif. le scénariste se focalise sur leurs compétences, ne mettant en scène le rapport entre hommes et femmes qu'à deux reprises : des soldats qui lancent quelques remarques pour essayer de draguer, et un officier qui essaye d'obtenir une faveur sexuelle en échange d'un renseignement. Dans les deux occurrences, la situation tendancieuse tourne court immédiatement au désavantage des hommes. Sara se montre tellement glaciale que le capitaine abandonne la partie dès la première phrase et redevient professionnel. Dans la deuxième circonstance, l'une d'elle lance une répartie cassante, et les autres soldats n'osent pas tenter leur chance avec ces soldats de l'armée tenus en haute estime par la hiérarchie et par les responsables de la propagande. Le lecteur peut comprendre qu'Ennis se sente fier de ce récit car il est raconté de manière naturaliste du début à la fin, sans les moments choquants de violence exacerbée avec une touche d'humour noir, dont il est coutumier. le lecteur suit Sara du début jusqu'à la fin, dans ses missions, ses moments d'attente, ses moments de tir, ses brefs répits dans la base avec un retour en arrière pour sa formation initiale de tireuse d'élite. le dessinateur se tient à distance de toute forme de voyeurisme. Les tireuses sont habillées de tenues militaires pour le grand froid, et pour passer inaperçues, essentiellement blanches, conformes à la réalité de l'équipement de l'époque pour ce genre d'unité, car Ennis est intransigeant sur l'authenticité de l'attirail militaire. le lecteur observe donc des jeunes femmes, moins de 30 ans remplir leur devoir militaire, de façon professionnelle, compétente, et prudente. Il n'y a pas de forme de compétition entre elles et les soldats masculins car elles sont une unité d'élite spécialisée, sans contrepartie masculine dans leur détachement. Epting a conçu une apparence spécifique pour chacune d'entre elles, que ce soit par la morphologie, la forme du visage, la chevelure, et le lecteur peut ainsi les identifier facilement quel que soit leur uniforme, de campagne, ou de d'intérieur. Il leur applique une direction d'acteur, ou plutôt d'actrice, de type naturaliste. Leur visage est peut-être un peu plus avenant que dans la réalité, mais avec une gamme d'expression restreinte, car elles sont sur leur garde en présence de la commissaire politique et elles restent sur leur réserve d'une manière générale, très consciente du regard des autres, du risque de délation auprès de la commissaire. Le lecteur ne peut donc se faire une idée des pensées des tireuses d'élite et des personnes avec qui elles interagissent que par les dialogues et les expressions de visage, à l'exception de Sara dont une partie des pensées font l'objet de cartouches de texte. L'artiste réalise des dessins descriptifs avec un très bon niveau de détail, et un rendu sophistiqué, en apparence parfois photographique, en réalité, un savant dosage entre les éléments qui bénéficient d'un contour minutieux, et ceux qui sont plus suggérés. Elizabeth Breitweiser réalise une mise en couleur avec la même approche naturaliste, tout aussi sophistiquée : pas d'effets spéciaux pyrotechniques, pas de lissage parfait ou de gradient de couleurs aux mille nuances, mais des aplats aux formes sophistiquées, pour un rendu d'un naturel épatant. le dessinateur met en œuvre une mise en scène tout aussi naturaliste que ce soit pour les scènes de dialogue, ou pour les scènes d'action militaire. C'est confondant de fluidité et d'évidence, au point que le lecteur ne fasse pas attention aux techniques de dessins, totalement immergé dans la narration. Il éprouve la sensation de se trouver avec les soldates dans le bâtiment de ferme, avec les lits, la table, comme s'il allait passer à table avec elles. Il se tient à leurs côtés quand elles avancent dans la neige pour aller prendre position en planque, pour attendre. Il se sent attaqué avec elles quand elles font face à une unité allemande, avec une clarté remarquable sur ce qui se passe, les mouvements des uns et des autres, les tirs, ainsi qu'une gestion extraordinaire de la densité d'informations visuelles et d'authenticité pour chaque élément. Ainsi, le lecteur se laisse entièrement porter par le récit, sans chercher à l'anticiper, sans se demander ce qu'il y a d'étrange dans le comportement de Sara. En arrivant vers la fin du cinquième épisode, il finit par s'interroger. L'intrigue s'avère simple et facile à suivre, quelques missions, et ce retour en arrière de la première leçon avec un vétéran de l'armée. Ennis sait sous-entendre un malaise, un secret en deux tournures de phrase un peu décalées. le lecteur se rend compte qu'il est admiratif de la compétence de Sara en tant que tireuse d'élite, et qu'il ne s'interroge pas tant que ça sur sa motivation, sur ce qui la fait tenir, et continuer d'aller de l'avant. le scénariste montre comment son instructeur lui a appris à déshumaniser les soldats ennemis, pour éviter toute susceptibilité à la pitié. Il met en scène la manière dont l'armée russe maintient ses soldats dans la peur pour éviter toute hésitation de leur part. Il a construit une intrigue avec une progression narrative qui fait que les tireuses d'élite vont finir par se heurter à un ennemi d'un genre particulier, aussi logique que plausible. Il finit par lever le voile sur le malaise qui habite Sara, ainsi que sa source. À nouveau, c'est plausible. En fonction de sa sensibilité, le lecteur se demande si cet élément de l'intrigue était indispensable, ou si l'auteur a estimé que son récit manquait d'un élément supplémentaire pour le rendre plus poignant, mais ce qui le rend un peu moins naturaliste. Arrivé à ce stade de sa carrière, Garth Ennis a plus que fait ses preuves comme scénariste spécialisé dans les récits de guerre, maîtrisant tous les aspects de la reconstitution historique, et la narration à hauteur d'être d'humain. Steve Epting a soigné chaque planche et chaque case, avec une maîtrise extraordinaire du dosage d'informations visuelles, et une mise en scène naturaliste remarquable. Ses pages sont bien complémentées par la mise en couleurs tout aussi experte, et la qualité de la reconstitution historique est tout autant impeccable. Arrivé à ce stade de sa carrière, le scénariste est en compétition avec lui-même, avec les nombreux récits de guerre qu'il a déjà réalisés. En fonction de sa familiarité avec l'oeuvre d'Ennis, le lecteur peut être ébahi à juste titre par le présent récit, ou lui en préférer d'autres qui l'auraient plus touché.

23/07/2024 (modifier)