Je ne vais pas rajouter beaucoup de choses aux louanges légitimes qui entourent cette remarquable série. Ce qui est remarquable dans cette première création BD de Fabien Toulmé est qu'il provient d'un univers assez éloigné de la BD (ingénieur dans le bâtiment) mais qu'il réussit à produire une œuvre de vieux briscard .
C'est probablement la force amenée par sa fille Julia qui lui a permis de s'ouvrir avec autant de talent dans ce nouveau domaine. La construction du récit est proprement excellente. Sur une thématique difficile Toulmé introduit une tension qui va crescendo jusqu'au deux tiers du récit pour finir dans une explosion d'amour et de confiance.
Comme tous j'ai été frappé par la sincérité du propos. Toulmé se présente d'une façon si stressante au début de l'album que c'est difficile de rester impassible devant son attitude. Pour autant cette attitude est intéressante car pur produit d'un monde qui promeut paradoxalement la compétition et la normalité même appliquée à la petite enfance.
Sa Julia est bien "exceptionnelle" car elle ouvre sur un autre rythme, d'autres façons de faire. Le récit devient de plus en plus touchant au fur et à mesure que Fabien Toulmé découvre les richesses de sa fille. C'est toute la beauté de l'ouvrage de nous faire partager cette ouverture sur une différence qui peut être angoissante à cause de notre ignorance. Toulmé réussit à combattre cette ignorance par cette superbe série. Il est bien épaulé par sa femme et sa grande fille qui apportent une grande joie de vivre au récit.
La narration est d'un très bon niveau évitant le pathos ou la mièvrerie.
Le graphisme de type documentaire traduit parfaitement les émotions de Toulmé et de son entourage. L'auteur introduit de la distance à soi, de l'autodérision et un soupçon d''humour qui rendent la lecture plaisante malgré une thématique lourde.
Une excellente lecture à la fois touchante, sincère et instructive pour combattre les idées reçues .
Logan a décidé de se ressourcer au Canada, à Dawson City dans le Yukon. Il boit une bière tranquille tout seul à sa table, avant d'être entraîné dans une bagarre. Une fois sortie en charmante compagnie, il est assailli d'images mentales et de sensations liées à la furie animale, et à la soif de tuer pour voir le sang couler. Il est également assailli physiquement par un groupe d'individus grands, élancés, couverts d'une fourrure blanche qui enlève la femme qui l'accompagnait. Il se lance à leur poursuite dans l'immensité neigeuse et sauvage.
Le lecteur peut ressentir l'influence de Wolverine de Chris Claremont et Frank Miller dans la première pleine page (visuellement) et dans cette histoire de chasse et d'animalité. Néanmoins, Davis ne se contente pas d'un récit "à la manière de..". Il utilise comme Claremont et Miller, le flux de pensée de Logan, dans de brèves cellules de texte, pour transmettre sa confusion mentale sous l'assaut de ces sensations primaires. Il insère une composante surnaturelle importante, et une légère touche de science-fiction, pour un récit dans lequel Wolverine est complètement dans son élément, entre étendues sauvages enneigées, et tiraillement entre son coté animal et ses aspirations civilisées. Il est visible que Davis a passé du temps sur ses dessins (plus sur les personnages que sur les décors), avec un encrage méticuleux de Neary. L'environnement enneigé permet à Davis & Neary de s'affranchir des arrières plans pour un fond blanchâtre avec quelques jeux de lumière, transcrivant les étendues neigeuses. le soin apporté aux personnages permet d'éviter l'effet scène de théâtre vide de décor pour les différentes séquences.
Davis et Neary réalisent une histoire originale de Wolverine respectant ses caractéristiques principales, avec une petite réflexion sur ses aspirations et ses craintes les plus intimes.
Ce troisième tome ne s'inscrit pas dans le meilleur des cycles de Thorgal, pourtant Yann s'en sort assez bien avec ce hors série.
C'est pourtant curieux d'avoir confier à Yann et Surzhenko, les deux auteurs de deux séries dérivées de Thorgal, la réalisation de ce hors série.Nous sommes loin de l'idée géniale d'aller trouver Robin Recht pour "Adieu Aaricia".
Et passons aussi sur le tirage spécial, dans lequel j'ai lu cette aventure, exclusivement en noir et blanc, contrairement aux deux premiers tirages spéciaux des précédents albums .
Revenons à l'album, que j'ai trouvé nettement meilleur que Thorgal Saga - Wendigo qui ne m'avait pas entièrement convaincu.
Ici Yann nous livre une aventure que l'on aurait pu trouver dans la série mère. Pour une fois, Yann ne nous accable pas de références inutiles et j'ai été littéralement séduit par cette nouvelle quête de notre immortel héros.
N'ayant lu ni "Louve", ni "la jeunesse de Thorgal", je découvre le dessin de Roman Surzhenko et il s'inscrit parfaitement dans les pas de Rosinski.
Un scénario solide, avec un dessin qui m'a séduit dans sa version noir et blanc, bref j'ai passé un très agréable moment.
Eh bien moi, contrairement à mon prédécesseur, j’ai vraiment bien apprécié cet album. Il faut dire que je suis plutôt client de ce style d’humour, un chouia con et décalé.
Le principe de ces strips est quasiment toujours le même. A savoir un homme qui déclare sa flamme à une femme et qui, malheureusement pour lui, rate quelque chose. Un mot de trop, un peu trop direct, trop con, trop salace, trop je ne sais quoi (pas assez romantique souvent sur la fin !), et donc il se prend un râteau (et parfois une baffe). On pourrait aisément résumer ces histoires en disant qu’à chaque fois l’homme n’arrive pas à bien conclure (dans tous les sens du terme !).
Ce sont donc la plupart du temps des monologues, et Jean-Christophe Mazurie réussit le plus souvent à bien mener ces monologues, avec une chute surprenante, en tout cas amusante (le ratage du mec dans sa déclaration donc).
Le dessin est minimaliste, statique, mais pour ce genre de strips, ça fonctionne très bien. Quelques personnages à longs nez effilés (à la Voutch). Mais c’est globalement suffisamment expressif pour que l’humour fonctionne (même si ce sont surtout les textes qui servent d’agitateur de zygomatiques).
Un album jamais réellement hilarant, mais le plus souvent drôle. Une lecture plaisante en tout cas.
Note réelle 3,5/5.
Le premier Jim Bischop que j'ai lu a été un coup de cœur, cette lecture confirme mon impression quant à l'auteur : il est à suivre !
Si "Mon ami Pierrot" emprunte beaucoup à Myazaki et son fameux Le Château ambulant, sans aucun doute, le récit est bien différent du film cité ici. Parlons plutôt d'inspiration ou de réécriture bien différente. Et maintenant que j'ai lu deux BD de l'auteur, je commence à distinguer des éléments qui reviennent, mais sans jamais se répéter.
L'histoire est longue et n'a pas réellement d'intérêt à être résumée. Sur le canevas mille fois vu (et qui personnellement m'énerve !!) de la fille qui va être mariée de force et aimerait vivre une autre vie parce qu'on l'oppresse, Jim Bishop a réussi à sortir une histoire qui va bien au-delà de simple considération du genre "vie ta vie, tu es libre !". Et j'ai énormément apprécié !
Déjà, le récit comporte de la magie, mais bien plus dangereuse et violente qu'on pourrait l'imaginer. Il y a une vraie question de ce que la magie peut être, ce qu'elle cause et les problématiques qu'on peut déclencher. A ce sujet, j'ai été bien surpris sur le climax ! D'autre part, même si la question de l'opposition entre religion intolérante et paganisme chamanique est encore présente (autre cliché qui m'énerve), le traitement de la religion est ici bien plus proche de la seule foi que du culte oppressant style inquisition. C'est avant tout un personnage qui se retrouve embrigadé par sa foi et qui va se pousser presque jusqu'à la folie avec celle-ci.
Donc l'auteur utilise des outils de narration que je trouve personnellement éculé, mais il les utilise d'une bonne façon et surtout pour un propos qui m'a semblé très réussi. C'est la question de la liberté individuelle (qui confine parfois à l'égoïsme, semble dire la BD) mais aussi de l'aveuglement, enfermé dans nos carcans sociaux (famille, éducation, religion). Et face à cela, il y a l'aventure, la liberté, l'exotisme ! Et tout les dangers que cela comporte ... Notamment l'un des mieux mis en scène par la Baba Yaga dans sa maison en pattes de poule : arriver à voir clair dans nos vies et comprendre ce qui nous pousse. C'est toute la violence du récit et l'intérêt de l'acte final : être au clair sur nous-même et nos vies, ne pas s'illusionner, ne pas jouer l'autruche.
C'est une BD très intéressante, utilisant ingénieusement des clichés d'histoire pour des leçons de vies bien moins manichéennes qu'il n'y parait. C'est plus adulte qu'une banale histoire de fille qui veut s'échapper d'un monde trop oppressif, et ça fait du bien de voir le sujet traité avec un sérieux et une gravité inattendu.
Le dessin de Bischof est assez proche de ce que j'ai lu dans Lettres perdues mais si je dois pinailler, j'avoue que certaines fois les visages de face étaient étranges, notamment entre Cléa et sa mère qui se ressemblent beaucoup. Mais j'ai beaucoup aimé tout de même, surtout l'utilisation des couleurs et la violence graphique qui peut jaillir parfois d'une page à l'autre.
Franchement intriguant de prime abord, le récit s'est vite dévoilé comme fascinant et même violent, avec une question au centre de celui-ci qui m'a interpellé. Jim Bishof trouve un équilibre dans son récit qui ne vire jamais à la glorification d'un personnage, mais aux questionnements, aux choix et aux impasses de la vie. Le tout avec une fin qui peut surprendre et propose une réponse bien loin de ce que j'aurais imaginé de prime abord. Non, vraiment, je ne peux que recommander !
Très jolie petite BD, dont le dessin est assurée par Léonie Bischoff dans un style qui confirme son talent !
C'est adapté d'un livre que je ne connaissais pas mais dont le récit est parfait pour la jeunesse : c'est le gamin espiègle et débrouillard qui fait son petit voyage initiatique, plein de rêves, d'envies et de bonnes volontés. C'est la rencontre avec des gens qui vont le faire grandir, lui apprendre à se méfier et à faire confiance, le tout avec l'amitié qui s'installe progressivement. Et bien sur, avec de l'humour, des moments d'éclats, quelques considérations sur le monde américain. En somme, un parfait récit de voyage !
La trame étant clairement à destination de la jeunesse, le récit avance vers un final qu'on devine sans peine mais qui n'importe que par le voyage qui aura eu lieu auparavant. C'est surtout la série de rencontres et d'obstacles qui vont faire la force du récit. C'est l'adversité qu'il faut vaincre et les amis qu'on se fait en chemin, le tout dans un récit qui permets de comprendre une Amérique de cette époque. Quand se côtoie grande ville et ruralité bien moins développée, esclavagisme et territoire abolitionniste, mais aussi amérindiens et tuniques bleus. Le récit comporte son antagoniste principal, bien trouvé d'ailleurs dans la question de s’émanciper et devenir un adulte accompli.
Le récit est porté par le dessin de Léonie Bischoff, qui sait jouer des paysages américains qu'on aurait envie de traverser, avec une jolie mise en couleur. C'est parfaitement lisible, un vrai petit plaisir de lecture jusqu'au bout. Franchement, c'est recommandé comme lecture pour les plus jeunes, mais les adultes qui sauront juger une œuvre destinée aux enfants ne bouderont sans doute pas leurs plaisir de lecture !
Une des dernières séries publiée par Hubert, qui décèdera avant la publication du deuxième volume, hélas ...
Je ne sais pas si la série s'est arrêtée au tome 2 alors faute de scénariste ou si elle était prévue ainsi, mais elle est, en l'état, complète dans son histoire et son propos. Et pour ce qui me concerne, je la trouve franchement très agréable !
L'histoire est assez simple sur un jeune homme qui a un don pour la sculpture. L'histoire se développe vraiment autour de l'art et de la façon dont celui-ci se développe. Nous aurons droit à la phase d'initiation, l'apprentissage, les questionnements sur ce qu'il contient en essence, les concurrences ... L'histoire développe plusieurs choses au sujet de l'art, mais c'est aussi et surtout une histoire d'accomplissement personnel : un jeune homme dans un monde qu'il découvre petit à petit, en bien comme en mal, jusqu'à trouver sa place dans celui-ci. Et à ce niveau, je trouve la fin très jolie. C'est simple, sans grande parole, mais tout est dit.
Le dessin est joli et convient très bien à ce genre d'histoire. Les contrastes entre les deux villes mais aussi avec la campagne sont bien retranscrits et la question de l'art qui émerveille est rendu compréhensible par une astuce bienvenue.
Sous des aspects de petit conte simple, c'est encore une fois les thèmes cher à Hubert qui sont remis en branle (amour, place des femmes, l'art, le pouvoir ...). C'est plaisant à lire, pas le meilleur de l'auteur mais je le trouve bon.
J'adore le monde d Alessandro Barbucci, je le trouve poétique et magique. L'histoire de ces trois sœurs différentes mais complémentaires, est vraiment agréable à lire et à regarder.
Il s’agit d’une des premières séries du célèbre Riad Sattouf, cela se ressent dans le dessin qui a un style plus simple et cartoon que sa célèbre série L'Arabe du futur, mais également dans l’atmosphère qui s'en dégage et qui se trouve être très début année 2000.
C’est l’histoire de Jérémie, un anti-héros comme Sattouf aime les créer qui est un peu loser et malchanceux dans la vie ainsi qu’avec les filles. Ses histoires s’entremêlent avec celles de ces amis Jean-Jacques et Sandrine qui sont des personnages tout autant comiques; certains passages sont vraiment hilarants.
Ça faisait longtemps que je n’avais pas sincèrement ri à voix haute en face d’une BD, c’est le travail le plus drôle de Sattouf.
Les trois albums peuvent se lire séparément et j’ai ma préférence pour le premier album Les Jolis pieds de Florence qui vaut vraiment le détour. Lire cette série rend heureux !
American parano est un sympathique diptyque mettant en scène une jeune détective qui va intégrer la brigade des homicides du SFPD après la mort de son père, présence invisible pesante dont elle ne semble vraiment pouvoir se défaire: elle travaille dans le même département que lui, et décide d'habiter son appartement dont elle a hérité.
L'action se déroule en 1967: gros point positif pour l'ambiance qui est parfaitement respectée. Voitures, vêtements, attitudes...Tout y passe, et on y croit. Le seul gros bémol sur ce point, c'est l'héroïne : une femme détective au SFPD en 1967 c'est hélas n'importe quoi. En fait le SFPD interdisait tout recrutement féminin autre que dactylo. Ce n'est qu'après un procès que la première femme policière a pu être embauchée, mais au rang de simple officier et seulement en 1975... Or la BD semble dire que c'est finalement assez facile d'arriver à plusieurs échelons supérieurs une décennie plus tôt, les seuls obstacles étant des blagues potaches et sexistes d'un goût douteux.
Du coup une étoile de moins.
Cela mis à part : le dessin est un petit peu simpliste / gamin, mais cela ne pose pas préjudice car c'est un moyen somme toute habile d'amoindrir certains aspects glauques ou gore. Car notre détective est chargée d'enquêter sur des meurtres rituels à priori commandités par des satanistes, et c'est parfois assez sanglant. L'enquête est intéressante, même si l'on se doute que le principal suspect du premier est plus que probablement innocent.
Parlons-en des personnages : contrairement à beaucoup de BD, ils ont droit à une bonne exposition, et sont bien mis en avant. Il y a certes quelques facilités autour de la psychologie et assassins et leur motivation, mais c'est compensé par le twist autour de leur identité, qu'on avait pas vraiment vu venir.
La seule inconnue concerne le père de notre héroïne, et son vrai lien avec les assassins. La fin nous réserve aussi une autre surprise, qui appelle une suite que je lirais avec plaisir.
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Ce n'est pas toi que j'attendais
Je ne vais pas rajouter beaucoup de choses aux louanges légitimes qui entourent cette remarquable série. Ce qui est remarquable dans cette première création BD de Fabien Toulmé est qu'il provient d'un univers assez éloigné de la BD (ingénieur dans le bâtiment) mais qu'il réussit à produire une œuvre de vieux briscard . C'est probablement la force amenée par sa fille Julia qui lui a permis de s'ouvrir avec autant de talent dans ce nouveau domaine. La construction du récit est proprement excellente. Sur une thématique difficile Toulmé introduit une tension qui va crescendo jusqu'au deux tiers du récit pour finir dans une explosion d'amour et de confiance. Comme tous j'ai été frappé par la sincérité du propos. Toulmé se présente d'une façon si stressante au début de l'album que c'est difficile de rester impassible devant son attitude. Pour autant cette attitude est intéressante car pur produit d'un monde qui promeut paradoxalement la compétition et la normalité même appliquée à la petite enfance. Sa Julia est bien "exceptionnelle" car elle ouvre sur un autre rythme, d'autres façons de faire. Le récit devient de plus en plus touchant au fur et à mesure que Fabien Toulmé découvre les richesses de sa fille. C'est toute la beauté de l'ouvrage de nous faire partager cette ouverture sur une différence qui peut être angoissante à cause de notre ignorance. Toulmé réussit à combattre cette ignorance par cette superbe série. Il est bien épaulé par sa femme et sa grande fille qui apportent une grande joie de vivre au récit. La narration est d'un très bon niveau évitant le pathos ou la mièvrerie. Le graphisme de type documentaire traduit parfaitement les émotions de Toulmé et de son entourage. L'auteur introduit de la distance à soi, de l'autodérision et un soupçon d''humour qui rendent la lecture plaisante malgré une thématique lourde. Une excellente lecture à la fois touchante, sincère et instructive pour combattre les idées reçues .
Wolverine - Possession
Logan a décidé de se ressourcer au Canada, à Dawson City dans le Yukon. Il boit une bière tranquille tout seul à sa table, avant d'être entraîné dans une bagarre. Une fois sortie en charmante compagnie, il est assailli d'images mentales et de sensations liées à la furie animale, et à la soif de tuer pour voir le sang couler. Il est également assailli physiquement par un groupe d'individus grands, élancés, couverts d'une fourrure blanche qui enlève la femme qui l'accompagnait. Il se lance à leur poursuite dans l'immensité neigeuse et sauvage. Le lecteur peut ressentir l'influence de Wolverine de Chris Claremont et Frank Miller dans la première pleine page (visuellement) et dans cette histoire de chasse et d'animalité. Néanmoins, Davis ne se contente pas d'un récit "à la manière de..". Il utilise comme Claremont et Miller, le flux de pensée de Logan, dans de brèves cellules de texte, pour transmettre sa confusion mentale sous l'assaut de ces sensations primaires. Il insère une composante surnaturelle importante, et une légère touche de science-fiction, pour un récit dans lequel Wolverine est complètement dans son élément, entre étendues sauvages enneigées, et tiraillement entre son coté animal et ses aspirations civilisées. Il est visible que Davis a passé du temps sur ses dessins (plus sur les personnages que sur les décors), avec un encrage méticuleux de Neary. L'environnement enneigé permet à Davis & Neary de s'affranchir des arrières plans pour un fond blanchâtre avec quelques jeux de lumière, transcrivant les étendues neigeuses. le soin apporté aux personnages permet d'éviter l'effet scène de théâtre vide de décor pour les différentes séquences. Davis et Neary réalisent une histoire originale de Wolverine respectant ses caractéristiques principales, avec une petite réflexion sur ses aspirations et ses craintes les plus intimes.
Thorgal Saga - Shaïgan
Ce troisième tome ne s'inscrit pas dans le meilleur des cycles de Thorgal, pourtant Yann s'en sort assez bien avec ce hors série. C'est pourtant curieux d'avoir confier à Yann et Surzhenko, les deux auteurs de deux séries dérivées de Thorgal, la réalisation de ce hors série.Nous sommes loin de l'idée géniale d'aller trouver Robin Recht pour "Adieu Aaricia". Et passons aussi sur le tirage spécial, dans lequel j'ai lu cette aventure, exclusivement en noir et blanc, contrairement aux deux premiers tirages spéciaux des précédents albums . Revenons à l'album, que j'ai trouvé nettement meilleur que Thorgal Saga - Wendigo qui ne m'avait pas entièrement convaincu. Ici Yann nous livre une aventure que l'on aurait pu trouver dans la série mère. Pour une fois, Yann ne nous accable pas de références inutiles et j'ai été littéralement séduit par cette nouvelle quête de notre immortel héros. N'ayant lu ni "Louve", ni "la jeunesse de Thorgal", je découvre le dessin de Roman Surzhenko et il s'inscrit parfaitement dans les pas de Rosinski. Un scénario solide, avec un dessin qui m'a séduit dans sa version noir et blanc, bref j'ai passé un très agréable moment.
Torrents d'amour
Eh bien moi, contrairement à mon prédécesseur, j’ai vraiment bien apprécié cet album. Il faut dire que je suis plutôt client de ce style d’humour, un chouia con et décalé. Le principe de ces strips est quasiment toujours le même. A savoir un homme qui déclare sa flamme à une femme et qui, malheureusement pour lui, rate quelque chose. Un mot de trop, un peu trop direct, trop con, trop salace, trop je ne sais quoi (pas assez romantique souvent sur la fin !), et donc il se prend un râteau (et parfois une baffe). On pourrait aisément résumer ces histoires en disant qu’à chaque fois l’homme n’arrive pas à bien conclure (dans tous les sens du terme !). Ce sont donc la plupart du temps des monologues, et Jean-Christophe Mazurie réussit le plus souvent à bien mener ces monologues, avec une chute surprenante, en tout cas amusante (le ratage du mec dans sa déclaration donc). Le dessin est minimaliste, statique, mais pour ce genre de strips, ça fonctionne très bien. Quelques personnages à longs nez effilés (à la Voutch). Mais c’est globalement suffisamment expressif pour que l’humour fonctionne (même si ce sont surtout les textes qui servent d’agitateur de zygomatiques). Un album jamais réellement hilarant, mais le plus souvent drôle. Une lecture plaisante en tout cas. Note réelle 3,5/5.
Mon ami Pierrot
Le premier Jim Bischop que j'ai lu a été un coup de cœur, cette lecture confirme mon impression quant à l'auteur : il est à suivre ! Si "Mon ami Pierrot" emprunte beaucoup à Myazaki et son fameux Le Château ambulant, sans aucun doute, le récit est bien différent du film cité ici. Parlons plutôt d'inspiration ou de réécriture bien différente. Et maintenant que j'ai lu deux BD de l'auteur, je commence à distinguer des éléments qui reviennent, mais sans jamais se répéter. L'histoire est longue et n'a pas réellement d'intérêt à être résumée. Sur le canevas mille fois vu (et qui personnellement m'énerve !!) de la fille qui va être mariée de force et aimerait vivre une autre vie parce qu'on l'oppresse, Jim Bishop a réussi à sortir une histoire qui va bien au-delà de simple considération du genre "vie ta vie, tu es libre !". Et j'ai énormément apprécié ! Déjà, le récit comporte de la magie, mais bien plus dangereuse et violente qu'on pourrait l'imaginer. Il y a une vraie question de ce que la magie peut être, ce qu'elle cause et les problématiques qu'on peut déclencher. A ce sujet, j'ai été bien surpris sur le climax ! D'autre part, même si la question de l'opposition entre religion intolérante et paganisme chamanique est encore présente (autre cliché qui m'énerve), le traitement de la religion est ici bien plus proche de la seule foi que du culte oppressant style inquisition. C'est avant tout un personnage qui se retrouve embrigadé par sa foi et qui va se pousser presque jusqu'à la folie avec celle-ci. Donc l'auteur utilise des outils de narration que je trouve personnellement éculé, mais il les utilise d'une bonne façon et surtout pour un propos qui m'a semblé très réussi. C'est la question de la liberté individuelle (qui confine parfois à l'égoïsme, semble dire la BD) mais aussi de l'aveuglement, enfermé dans nos carcans sociaux (famille, éducation, religion). Et face à cela, il y a l'aventure, la liberté, l'exotisme ! Et tout les dangers que cela comporte ... Notamment l'un des mieux mis en scène par la Baba Yaga dans sa maison en pattes de poule : arriver à voir clair dans nos vies et comprendre ce qui nous pousse. C'est toute la violence du récit et l'intérêt de l'acte final : être au clair sur nous-même et nos vies, ne pas s'illusionner, ne pas jouer l'autruche. C'est une BD très intéressante, utilisant ingénieusement des clichés d'histoire pour des leçons de vies bien moins manichéennes qu'il n'y parait. C'est plus adulte qu'une banale histoire de fille qui veut s'échapper d'un monde trop oppressif, et ça fait du bien de voir le sujet traité avec un sérieux et une gravité inattendu. Le dessin de Bischof est assez proche de ce que j'ai lu dans Lettres perdues mais si je dois pinailler, j'avoue que certaines fois les visages de face étaient étranges, notamment entre Cléa et sa mère qui se ressemblent beaucoup. Mais j'ai beaucoup aimé tout de même, surtout l'utilisation des couleurs et la violence graphique qui peut jaillir parfois d'une page à l'autre. Franchement intriguant de prime abord, le récit s'est vite dévoilé comme fascinant et même violent, avec une question au centre de celui-ci qui m'a interpellé. Jim Bishof trouve un équilibre dans son récit qui ne vire jamais à la glorification d'un personnage, mais aux questionnements, aux choix et aux impasses de la vie. Le tout avec une fin qui peut surprendre et propose une réponse bien loin de ce que j'aurais imaginé de prime abord. Non, vraiment, je ne peux que recommander !
La Longue Marche des Dindes
Très jolie petite BD, dont le dessin est assurée par Léonie Bischoff dans un style qui confirme son talent ! C'est adapté d'un livre que je ne connaissais pas mais dont le récit est parfait pour la jeunesse : c'est le gamin espiègle et débrouillard qui fait son petit voyage initiatique, plein de rêves, d'envies et de bonnes volontés. C'est la rencontre avec des gens qui vont le faire grandir, lui apprendre à se méfier et à faire confiance, le tout avec l'amitié qui s'installe progressivement. Et bien sur, avec de l'humour, des moments d'éclats, quelques considérations sur le monde américain. En somme, un parfait récit de voyage ! La trame étant clairement à destination de la jeunesse, le récit avance vers un final qu'on devine sans peine mais qui n'importe que par le voyage qui aura eu lieu auparavant. C'est surtout la série de rencontres et d'obstacles qui vont faire la force du récit. C'est l'adversité qu'il faut vaincre et les amis qu'on se fait en chemin, le tout dans un récit qui permets de comprendre une Amérique de cette époque. Quand se côtoie grande ville et ruralité bien moins développée, esclavagisme et territoire abolitionniste, mais aussi amérindiens et tuniques bleus. Le récit comporte son antagoniste principal, bien trouvé d'ailleurs dans la question de s’émanciper et devenir un adulte accompli. Le récit est porté par le dessin de Léonie Bischoff, qui sait jouer des paysages américains qu'on aurait envie de traverser, avec une jolie mise en couleur. C'est parfaitement lisible, un vrai petit plaisir de lecture jusqu'au bout. Franchement, c'est recommandé comme lecture pour les plus jeunes, mais les adultes qui sauront juger une œuvre destinée aux enfants ne bouderont sans doute pas leurs plaisir de lecture !
Le Boiseleur
Une des dernières séries publiée par Hubert, qui décèdera avant la publication du deuxième volume, hélas ... Je ne sais pas si la série s'est arrêtée au tome 2 alors faute de scénariste ou si elle était prévue ainsi, mais elle est, en l'état, complète dans son histoire et son propos. Et pour ce qui me concerne, je la trouve franchement très agréable ! L'histoire est assez simple sur un jeune homme qui a un don pour la sculpture. L'histoire se développe vraiment autour de l'art et de la façon dont celui-ci se développe. Nous aurons droit à la phase d'initiation, l'apprentissage, les questionnements sur ce qu'il contient en essence, les concurrences ... L'histoire développe plusieurs choses au sujet de l'art, mais c'est aussi et surtout une histoire d'accomplissement personnel : un jeune homme dans un monde qu'il découvre petit à petit, en bien comme en mal, jusqu'à trouver sa place dans celui-ci. Et à ce niveau, je trouve la fin très jolie. C'est simple, sans grande parole, mais tout est dit. Le dessin est joli et convient très bien à ce genre d'histoire. Les contrastes entre les deux villes mais aussi avec la campagne sont bien retranscrits et la question de l'art qui émerveille est rendu compréhensible par une astuce bienvenue. Sous des aspects de petit conte simple, c'est encore une fois les thèmes cher à Hubert qui sont remis en branle (amour, place des femmes, l'art, le pouvoir ...). C'est plaisant à lire, pas le meilleur de l'auteur mais je le trouve bon.
Les Soeurs Grémillet
J'adore le monde d Alessandro Barbucci, je le trouve poétique et magique. L'histoire de ces trois sœurs différentes mais complémentaires, est vraiment agréable à lire et à regarder.
Les Pauvres aventures de Jérémie
Il s’agit d’une des premières séries du célèbre Riad Sattouf, cela se ressent dans le dessin qui a un style plus simple et cartoon que sa célèbre série L'Arabe du futur, mais également dans l’atmosphère qui s'en dégage et qui se trouve être très début année 2000. C’est l’histoire de Jérémie, un anti-héros comme Sattouf aime les créer qui est un peu loser et malchanceux dans la vie ainsi qu’avec les filles. Ses histoires s’entremêlent avec celles de ces amis Jean-Jacques et Sandrine qui sont des personnages tout autant comiques; certains passages sont vraiment hilarants. Ça faisait longtemps que je n’avais pas sincèrement ri à voix haute en face d’une BD, c’est le travail le plus drôle de Sattouf. Les trois albums peuvent se lire séparément et j’ai ma préférence pour le premier album Les Jolis pieds de Florence qui vaut vraiment le détour. Lire cette série rend heureux !
American Parano
American parano est un sympathique diptyque mettant en scène une jeune détective qui va intégrer la brigade des homicides du SFPD après la mort de son père, présence invisible pesante dont elle ne semble vraiment pouvoir se défaire: elle travaille dans le même département que lui, et décide d'habiter son appartement dont elle a hérité. L'action se déroule en 1967: gros point positif pour l'ambiance qui est parfaitement respectée. Voitures, vêtements, attitudes...Tout y passe, et on y croit. Le seul gros bémol sur ce point, c'est l'héroïne : une femme détective au SFPD en 1967 c'est hélas n'importe quoi. En fait le SFPD interdisait tout recrutement féminin autre que dactylo. Ce n'est qu'après un procès que la première femme policière a pu être embauchée, mais au rang de simple officier et seulement en 1975... Or la BD semble dire que c'est finalement assez facile d'arriver à plusieurs échelons supérieurs une décennie plus tôt, les seuls obstacles étant des blagues potaches et sexistes d'un goût douteux. Du coup une étoile de moins. Cela mis à part : le dessin est un petit peu simpliste / gamin, mais cela ne pose pas préjudice car c'est un moyen somme toute habile d'amoindrir certains aspects glauques ou gore. Car notre détective est chargée d'enquêter sur des meurtres rituels à priori commandités par des satanistes, et c'est parfois assez sanglant. L'enquête est intéressante, même si l'on se doute que le principal suspect du premier est plus que probablement innocent. Parlons-en des personnages : contrairement à beaucoup de BD, ils ont droit à une bonne exposition, et sont bien mis en avant. Il y a certes quelques facilités autour de la psychologie et assassins et leur motivation, mais c'est compensé par le twist autour de leur identité, qu'on avait pas vraiment vu venir. La seule inconnue concerne le père de notre héroïne, et son vrai lien avec les assassins. La fin nous réserve aussi une autre surprise, qui appelle une suite que je lirais avec plaisir.